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‘L’Initiation RevuephibsoçhiqueIndépendantedes HaulesEtudes V/ y Hypnotisme, Th'eosophie A A Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 9”VOLUME.erŒEANNÊE SOMMAIRE DU N°2 (Novembre 1890) ._.4_ FARTIE INITIATIQUE.. . Le corps psychique, la personnalité après la mort (avec figures). Papus. (p. 97 à 110). La Philosophie mo derne chez les prin cipales nations de l’Europe (avec ta— bleau synthétique). F. Ch. Barlet. (p. 1IIà 156).
PARTIE PHILOSOPHIQUE Médecine nouvelle. Dr Foveau de (Jour ET SCIENTIFIQUE... (p. 157 à 101). melles. Occultisme pratique. . Louis Fayard. (p. 16221 164). PARTIE LITTÉRAIRE... Dédoublement ..... Manoël de Grand— (p: 162à 170). - tord.
Bibliographie : Les Outrages à la nature et leur conséquence. -— Pourquoi Parabrahm s’est-il difl‘érencié? — Groupe indépen— dant d’études ésotériques, sous la direction de la revue l‘Initia tion. — Nouvelles diverses. — Les sciences secrètes dévoilées. —— Le Traité méthodique de science occulte.— Bulletin maçon que. — Revue des revues. 29., rue de Trévise, 29 58, rueSt--Andrédex—Arts,58 , PARIS PARIS Le Numéro: UN FRANC. — Un‘ An: DIX FRANCS. R É D A cr10 N : Administration, Abonnements :
{' ,..}.<: 1. ,_._‘_4 .2PRÔGËÂMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri« mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expertmentateurs contemporains.
Dans la Religion à donnér une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vpe social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le militarisme et la. 111i5ère.‘ Enfin l’Initia1ion étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L‘Initiation expose les opinions de toutes les écoles, ' mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. .
La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littérqire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initt’ation paraît régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Inz’tz’az‘ion 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. S.'. I.'. S; —— STANISLAS DE (iUAITA. S.'. I.' — GEORGE MONTIERE, S.‘. I.'. — PAPUS, 5.-. l.' catholique romain auprès de l’Initiation : . R-j—Cj—C. . 5;). . {Q— Légar JOSÉPHIN PÉLADAN, 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.— Le F.'. BERTRAND.VÉN.'.— BOUVERY.—- RENÉ CAILLIÉ. -— AUGUSTIN CHABOSEAU. — G.
DELANNE. — DEI.ÉZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR. — FABRE DES ESSARTS. — D“ FOVEAU DE COURMELLES. — JULES GIRAUD. — E. GARY. — HENRI LASVIGNES. — J. LEJAY. — DONALD MAC—NAB. — MARCUS DE VÈlE. -:— NAPOLÉON NEY.— EUGÈNE Nus. — HORACE PELLETIER — G. POI REI.. — —JUI.ES PRIOU. —— Le Magnétiseur RAYMOND. Le Magné tiseurA. ROBERT. — ROUXEI.. — H. SAUSSE. -— G. VITOUX. -— F. VURGEY. -— HENRI WELSCH. — OSWALD W1RTH.
' 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. -— E. GOIIDEAU. —— MANOEL DE GRANDEORD. —-—JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — R. DE MARIGOURT. —— LUCIEN MAUCHEL. —— CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. -— GEORGE MONTIÉRE. —— CH. DE SIVRY. —— CH. TORQUET. .4° POESIE En. BAZIRE. —— CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —- P. GIRALDON. —— R. DE MARICOURT. -— PAUL MARROT. —— A. MORIN. —— ROBERTDE I.A VILLEHERVË. I
Groupe Indépendant n’nnnnnn Ennnnninnns Sous LA DlRECTION DE LA Revue L’INITIATION Quartier général : 29, “Rue de °Ïre”vùæ, 29, PARIS COURS ET CONFÉRENCES PERMANENTS SUR LA KABBALE, LA THÉOSOPHIE, LES SCIENCES OCCULTES E X P É RI E N C E S d’Hypnotisme, de Spiritisme, de Magie par groupes fermés Librairie. — Salle de Conférences. — Salle de Cours. — Bibliothèque d’0ccultisme. — Bulletin hebdomadaire : Le Voile d’Isis, résumant les travaux du groupe pour les membres de province et de l’Etranger.
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PARTIE INITIATIQUE Le tarps psych que ‘\ La Persanrmalité apres la mari Dans un des derniers numéros de l’Initiaz‘ion nous avons exposé les données de l’occultisme concernant le corps astral au moyen de figures analogiques. Le succès obtenu par cet essai auprès de nos lecteurs nous invite à continuer dans cette voie; aussi allons-nous appliquer le même procédé à l’étude de l’âme et à la question de la conservation de la personnalité après la mort.
Afin de ne pas compliquer outre mesure cet exposé, nous désignerons l’ensemble des principes supérieurs de l’homme sous le nom de corps psychique par ana logie avec le corps astral et le corps physique qui cons tituent les autres éléments synthétiques de l’être hu main. Quand on veut en effet n’aborder la question que 4
98 L’INITIATION www«,— ,...., W sous le point de vue général, on peut dire que l’homme est composé de trois principes : 1° Le corps physique ; 2° La vie ou corps astral ; 3° L’âme ou corps psychique.
Mais si l’on veut se rendre compte d’une façon pré cise de l’action de ces trois principes, si l’on veut cher— cher à rapporter ces principes à nos données scienti fiques contemporaines, il est nécessaire de faire de nouvelles divisions, de même que le physicien qui veut étudier les lois de la colorisation, analyse les trois couleurs irréductibles qu’il a d’abord détermi minées : le rouge, le jaune et le bleu.
Sept couleurs générales se présentent au physicien qui étudie le spectre solaire, de même sept principes généraux se présentent à l’occultiste qui étudie l’être humain. Le corps physique présente trois éléments, un élé ment matériel: le corps; un élément animant ce corps: la vitalité; enfin un élément intermédiaire entre le corps physique et le principe supérieur, élément dési gné sous le nom de corps astral.
Jacob Boehm et Swedenborg ont étudié la division septenaire de l’homme, et, du reste, nous pouvons montrer que cette analyse suit pas à pas celle des cou leurs du spectre. En effet, le rouge n’ofl’re-t-il pas deux couleurs sup plémentaires à l’observateur: l’orangé et le jaune ?* Nous allons voir qu’il en est toujours de même pour l’analyse de l’homme ou celle de la lumière. Une même loi préside à tous les phénomènes de la nature.
LE CORPS PSYCHIQUE 99 ,l -..«. .
Le éorps astral, principe médian, nous montre aussi : 1° Un élément qui le relie au principe inférieur, élément qui a le nom du principe lui—même: corps astral; 2° Un élément qui apparaît dans la série animale chez les individus dont les ganglions thoraciques sont très développés : l’âme animale, origine de l’instinct; 3° Un élément qui n’apparaît que lorsqu’un gan glion céphalique existe chez l’animal ou chez l’homme: l’âme humaine, origine de l’intelligence.
Ce dernier élément sert encore de point d’intersection au principe médian, le corps astral, et au principe supérieur, le corps psychique. Dans la série des couleurs le jaune, le vert et le bleu correspondent à ces trois éléments de l’homme.
Le corps psychique , principe supérieur, nous montre : I° L’élément intermédiaire précédent: l’âme hu maine; 2° Un élément spécial n’existant qu‘en germe chez les hommes actuels: l’âme spirituelle, origine de la spiritualité ; 3° Un élément encore moins développé: l’âme divine origine de l’immortalité définitive de la monade personnelle. Le bleu, l’indigo et le violet correspondent à ces éléments. Nous ne faisons que donner ici une nomenclature assez aride de ces sept principes dont nous avons étu
100 L’INITIATION dié la localisation physiologique antérieurement (1). Ce qu’il est important de noter pour l’établissement de notre figure analogique, c’est que deux éléments servent de crochets pour tous les autres : le troisième (corps astral) et le cinquième (âme humaine). De même deux des couleurs, le Jaune et le Bleu, sont intermédiaires entre deux séries différentes. La figure suivante montre .ces rapports. AME 7. L'âme divine.
Violet ps;‘êgî’âue 6. L’âme spirituelle. Indigo 5. L'âme humaine. Bleu CORPS 4. L‘âme animal. Vert ASTRAL 3. Le corps astral. Jaune CORPS 2. La vitalité. Orangé PHYS'QUE 1. Le corps matériel. Rouge I Le corps astral nous apparaît donc comme un double crochet dont la tige est le quatrième principe (l’âme animale).
Comment figurer les deux autres grands principes, le corps et l’âme P Le corps matériel ne peut être mieux figuré que par une masse, un poids quelconque, un bloc de plomb par exemple. (1) Les sept pnincz‘pes de l’homme au point de vue scientifique.
LE CORPS PSYCHIQUE IQI L’âme, au contraire, dont l’essence est totalement différente, demande une image opposée du tout au tout à la précédente. Au lieu d’une chose pesante, ce sera une chose absolument légère, une chose échap pant en apparence aux lois de la pesanteur, Quelle meilleure figure que celle d’un ballon à cet effet ? Je sais bien qu’on va encore dire que ce sont là des naïvetés indignes de questions philosophiques ; mais on accuse l’occultisme d’être incompréhensible à ceux qui n’ont fait que leurs classes primaires. Comme il faut montrer que les questions les plus abstraites peu vent être connues de tous, nous laissons là toutes les critiques sur la naïveté de nos images et nous poursui-' vous notre exposé. Un double crochet tenant en haut un ballon, en bas un bloc de plomb, nous représentera très bien la composition de l’homme eu égard à l’élément supé— rieur, l’âme, dont nous parlerons spécialement tout à l’heure. Comme les trois principes se divisent par l’analyse en sept,la figure suivante nous montrera cette division exactement appliquée dans l’image de notre ballon. (Voir figure cz'—contre.)
Figure analogique de la constitution de l‘être humain.
LE CORPS PSYCHIQUE [03 L’homme est ainsi conçu comme un système de forces équilibrées mais placées en équilibre instable. Suivant que le corps matériel (la masse de plomb) ou le corps psychique (le ballon) l’emportera, le système entier _sera porté vers la terre ou vers le ciel. Afin qu'on ne pense pas qu’il s’agit là d’éléments purement métaphysiques, nous allons résumer leurs localisations, grâce à la figure suivante : g 7r-\_ Les sept principes de l'homme. Analyse de l’Ame (A), de la Vie (V) et du corps (C). W“‘%Mwaynv ,.-_ 7.....-I .
104 L’INITIATION On remarquera qu’une partie de ces éléments sont localisés hors de l'être. Cette portion forme le NON MOI supérieur, ou inconscient supérieur étudié en détail par les écoles d’occultisme presque exclusive ment et inconnu du spiritisme. L’Esprit incarné en l’homme, le MOI, est formé par les 4° et 58 principes et est, par suite, placé entre deux inconscients, un supérieur et un inférieur.
L’incon scient inférieur est connu des médecins actuels sous le nom de Vie organique et localisé dans le grand sympathique (I). Il ne s’agit pas là de révélations faites par des Ma hatmas tout récemment; c’est le système de Paracelse, de Jacob Bœhm de Swedenborg, connu d’autre part depuis des milliers d’années dans l’Inde, que nous essayons de résumer de notre mieux.
La figure du ballon permet déjà de saisir d’un coup d’œil la théorie esotérique du péché ou de la Maté— rialz‘satz‘on de l’Esprit (prédominance du bloc de Plomb sur le Ballon) et celle de l’Extase ou de la Spi— ritualisation du Corps (prédominance du Ballon sur le bloc de Plomb).
On peut de même passer en revue la plupart des données religieuses qui sont des don; nées scientifiques incomprises, ainsi que le montre Wronski qui appelle les dogmes des porismes, c’est à-dire des problèmes à démontrer. Mais laissons là ces points de détail et abordons une question assez délicate. (i) Voy. l’lnitiatx‘on, 9' volume, m I. -. 1’,
LE CORPS PSYCHIQUE 105 L’AME APRÈS LA MORT Remarquons bien les localisations des entités psy chiques. Le MOI est placé entre deux inconscients. 1° Un inconscient supérieur,le NON-MOI supérieur ou le SOI. 2° Un inconscient inférieur, le NON-MOI inférieur ou la Vie organique. Le Ballon représente le 301 (7° et 6° principes). Le Crochet inférieur du Ballon et le Crochet supé rieur du Corps Astral représentent le MOI (5e et 49 prin cipes). ' Enfin les autres parties de la figure représentent les autres éléments plus inférieurs. Que se passe-t—il à la mort? Ces divers principes se séparent et continuent cha cun leur évolution sur un plan dzjfi’érent. Nous savons tous qu’après la mort le corps matériel évolue sur le plan matériel, que ses cellules orga— niques s’en vont animer de nouveaux organismes et que la vitalité se répand dans la Nature. Le MOI continue également son évolution dans le plan astral. C’est là un point parfaitement défini dans les différents ouvrages s’occupant de spiritisme. D’autre part le SOI poursuit de même son évolution dans le plan Divin, essentiellement impersonnel. Ces deux derniers principes sont toutefois toujours reliés l’un à l’autre, nous verrons tout à l’heure comment. Pour résumer disons que, de même qu’il existe trois
106 L’INITIATION plans bien distincts dans l’Univers, il existe trois évolutions correspondantes à ces plans : 2° Le Plan Astral. Plan Personnel ou Moral. son évolution. 3° Le Plan Divin ou Dans lequel le 501 poursuit impersonnel. l 10 Le Plan Matériel. Dans lequel le corps physi que suivra son évolution. Dans lequel le MOI poursuit son évolution La figure suivante résume ces données :
glut 1m... 14 . ...A\.1 . . T H e. .æ u .w . ‘m. Pd .m .u.nn .. sy mzm n p .3, n l m um. P “Uni C .m w . m a.t .II. m m M tS M n a ‘llllr r E M n L r m m D. aL . .I v|..l. . , llli I.» L . e , r .1 m. .e ,m _ v m m ...t n + M n N .e m o a P N m. 0C In. «du. mua v MWIMŒË \HII u) .1 :. \\. . a mm; un 5555» Ënmm F :53.
108 L’XNITIATION A quoi bon, nous dira-t-on, ce 501 qui se distingue du MOI? C’est là une source de galimatias où personne ne peut s’entendre. Nous allons montrer un seul côté de la question, les autres nécessitant plus d’espace que nous ne pouvons en consacrer à cette étude. La doctrine primaire de l’occultisme nous enseigne la théorie de la réincarnation. L’homme se réincarne plusieurs fois dans son évolution progressive. Si maintenant nous supposons queJean soit mort, que son Esprit, après avoir accompli son évolution astrale, se soit réincarné avec son périsprit, comme le veulent certains spirites, dans l’individualité de Pierre, que se produira—t—il si l’on évoque Jean par les procédés de la Nécromancie et du Spiritisme ? Pierre devra«t—il s’endormir à l’instant et renvoyer hors de lui l’individualité primitive de Jean avec son périsprit? Le problème se complique encore si, au lieu de l’in carnation immédiatement antérieure, on cherche celle qui précède de 10 à 12 échelons dans la série. C’est parce que l’occultisme répond au mieuxà toutes ces difficultés que nous avons tenu à exposer ses en seignements à cet égard. D’aprèsla doctrine du Karma et dela Réincarnation, l’évolution de l’homme peut être comparée à une
LE CORPS PSYCHIQUE 109 longue tige verticale coupée par de petites tiges hori zontales. La grande tige verticale représente ce principe divin le SOI qui passe à travers toutes les personnalités et qui porte la chance ou la malchance dans l’individua lité suivante, suivant la conduite de l’individualité précédente. Chacune des petites barres horizontales représente un des nombreux MOI traversés par le Prinéipe divin en évolution.
Ainsi si j’ai été Jean dans une existence antérieure et que je sois Pierre dans celle-ci, ce n’est pas la per sonnalité de Jean qui a servi à constituer ma person nalité actuelle; le principe divin seul qui était dans Jean est dans moi, ou plutôt est au-dessus de moi, et constitue mon idéal, de même que ce principe sera dans la personnalité future que j’aurai. La position sociale et la « chance » de chacune des personnalités dépendra donc de la conduite de la per—
1 10 L’INITIATION sonnalité antérieure; mais cela n’empêche pas chacune des personnalités ainsi générées de conserver intacte toute son individualité, tout son mon dans le plan astral. Le Principe supérieur, évoluant dans un sens diffé rent, ne peut gêner en rien l’évolution des diverses per sonnalités auxquelles il est toujours lié, de même que le fil est lié aux grains du chapelet qu’il traverse.
Au moment où le système solaire va entrer dans sa périodede repos, le Principe supérieur, le 501, peut voir se manifester à lui tous les MOI qu’il a évolués et faire la synthèse totale des mérites et des démérites acquis pendant son évolution. Mais nous abordons là une question qui sort de notre sujet.
Pour tout résumer, notons bien la facilité avec la— quelle l’objection de tout à l’heure se trouve résolue par la théorie de la conservation indéfinie des vibra tions générées, à un moment quelconque, dans le plan astral. Chacune desindividualite’s persiste, liée à toutes les autres par le Principesupérieur,maisindépendante des autres dans son évolution particulière.
La croix égyptienne qu’on trouve sur le Tarot repré sente au mieux cette théorie, la branche verticale figurant le son et chacune des branches horizontales un MOI particulier avec son plan spécial d’évoiution. PAPUS.
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CLASSEMENT DES DOCTRINES PHILOSOPHIQUES (BARLET) SPÉCIALISATION DANS LA MULTIPLICITÉ DE L'ÊTRË l m GENRES Q CLASSES L'ABSOLU L’INTELLIGIELE LE COND’T’0NNE" p4 . . . , . ou RELATIF 0 (Spiritualisme) (Log15me) (Naturalisme) Ê En Soi-Même 1 Idéalirme 2 Nualagisme 3 Sznsualirmz (Origine du savoir) (Malebranche) (Kent) (Locke,Condillac) D« ,_,_.,_,, E . . = E - 7 Mysticisme 8 5 - l9 Expédmeutalisme -«_‘n' D,am’ le sujat_ (Synthèse idéale) 6“” “me (Synthèse sensible) (Methode du savon) (Lavater) ( 55‘33“95) (Bacon) , .
13 Réalisme P h 1 ' x5 Naturalisme Dit.“- 1 05"” , (Des,Universaux) 14 — J‘y; a 0gume (Nominalisme) (Matiere*du savon) (Jacobi) (Dugald Stewart) (Hume) 5 Spiritualismz En Soi 7‘}, " (Métaphysique 4 “smeh rationel Ontologie) (Malebranc e) (Descartes) ' Dans l'Intcl/igible m Dz'isme ,, Evhimrùm (Psychologie (ou Rationalisme) N 0 u m e n e s ) (Leibnitz)] (comtev Proudh°") Dans le Sensible Il Existence (l'litra enActe) I.
Savoir (oui l ) C 16 Dynamisme 17 Narmalz‘sme 6 Substantialisme (ou hylozoïsme) (Stolclens,Gardau.Robin) 12 Déterminisme (le hasard organisateur) (Littré) 18 fila tÂriulismt plète) tc. (Cosmologie S (Négationduhasard) 19 ha8ardsans organig“ p h é n o m è u e s ) ( Palmer) (Volney) d'lîolback. Bûchner . . «s Ê' Ë Métaphysique 19 Révélation Religion Naturelle Religion Formelle =.,' 3, (Religieuse) (Bossuet, Pascal) (Rousseau) (les Jésuites) - a!
Ë53 ___.. _ .,..__,_- *_————— __._ÿ_ÿù_ —-yÿÿ7 W ..t_ Intelligible 20 Morale Morale Morale Ë.ä (Morale) religieuse Indépendante utilitaire —— w ‘« ’: Ë Sensible 21 Politique: EconomistesOrthodoxes Social iste: En ..5 Pratique et senti- (Aristocm’tie-Noblease) (Oligarchie- Bourgeoisie) démocratiepeuple a: ä mentale) (Machiavel) (Adam Smith) (Proudhon) . E' â . “3 .
':'i Par 7uxta)asitian Thamismeq Ecledùml Enqclo/idi{me i? ( Encyclopédisme et °“S°mmüflspll‘lîuahstefl) L , _ _ (sommes naturahstee) '; o Synchrétisme) St-Thomas-\Volfl) i °1bmtzv C°“sml (Diderot, etc.) a + ——-r-mwr m "2 É äfl Imparfaite Papiheäismz PanthéismeduMai Panthéisme lu_iérialiate _gm .3 o (Combinaison parzdmlzste F_ H (le Boudhlsme _ 1;; 7.. _së tielle) (Spino sa.) ( “3htev egel) du Sud) 1: 0 É -aa ,___ u: "a o a . , , 3 Parfaite ou}soténque 7jhmsojhes, Cab_aAÀMÜES et ThÉm_ A h_h ,- m Ù t ”' ‘ n.‘-’ (Combinaison com— 21:12:, Rase—Cran, _ ' 8 , peuthes Magna»: Extérioration complète ou négation de l‘Etre — o 3 (Volontaire) -— Scepticisme pyrronien. Involontaire) ——Ignorance .
PSYCHOLOGIE DU MACROCOSME ET DU MICROCOSME L’ABSOLU ACTIF (ou Être) TÊTE (l'Invisible Supérieur). — La hiérarchie célzsle(Elaïm, Demis, Anges, tic...) non détaillée ici. Intermédiaires: les Adejtes du Sanctuaire. jSIBLE (sans) nummri Il y a toujours des intermé diaires entre deux divisions: natura non fruit saltus. ( Tête) la Religion 2° Théologique (herméneutique); ; 1° Ésotérique; . 3° Pratique (le Culte public).
Instinct d‘ordre supérieur (embrassant science et philo suphie). À—— Intermédiaires : les Philoso}hrs religieux. ' (Cœur) ' r° Synthétique; L'Ecalz philosa- ? 2° Analytique; hi ue. 3° Sceptique et positiviste. 7 TÊTE . .
LA( PENS)ÉE Intermédiaires : les Pailesfihzlasn}hrs (HA-rade, Navalis). ’ 1° Métaphysique (art religieux— littérateurs — philosophes — moralistes). — Ex. : Voltaire, Rousseau, Gœthe. (Organisme) 20 Art propre_ Littérature, 3rts plastiques et , Arl, jublicisme, ment dit: musrque, e pur sentiment (du lyrisme au naturalisme).
Littérature scientifique et vul garisatrice.— Enseignement de l'abstrait (sciences, lan gage, économie, etc...) -— Les Ecolel. scientz, enseigne— ment. 3° Analyse et ' Pédagogie: Instlncts supérieur et infé rieur en mélange et en lutte. Instinct inférieur (au ser vice de la tête par le cœur). Intermédiaires : Publicisies politiques.
"‘ ‘ ." (Mll‘abeaul KObesPierre' etc,_.) VflHE erre SUDGIVISCG en [1’015 "1 \ 1‘“ I”S‘fi”aimn' ê Autrefois les fondateurs de peuples. genres d‘aprèslea mêmes dis (CŒUR) tinctions . L'ACTION (Cœur) ( Les Exécutifs (Napoléon, Syéiès, Talleyrand, VIVIFIANTB Les Gouvernants. ( etc...) (Autrefois la Noblesse.) (Organisma) â (Colbert, Vauban, Turgot, Robert Peel, Thiers, Les Administrateurs etc...) — (la_ Bourgeoisie).
Intermédiaires: grands Financiers tt grands Industriels. . Au service de la têtes; le ‘ - p 0 — ‘ - a (CORPS ou 3 Les Admmzstrn :0 Jl(ë:ÏÏÂ;ÊL et Finances) cœur.— Leur travail produi ORGANISME) (le Peujle). . 3° Consommateurs — (les Olsifs et infirmes). sant le pmgres de la pen5ée par les gouvernants . ‘ Intermédiaires : les Animaux domestiques. ‘ (CORPS) Intellectuelle (animaux supérieurs). Au service de la tête (la _ 7 ‘ ANIMALE Passionnelle.
' Vie Divine) par le cœur ( °“ ORGANISME) Végétative (les animaux rudimentaires ou protozoaires. (l’humanité). ( VISXBLE VÉGÉTALE ( LA NATURE . c .| MIN ERALE (Corps invisible). Les Éléments formats (l'Im/isiblt inférieur). \ L’ABSOLU PASSIF (ou Néant). Tête Corps Cœur . ...u.’g_o, ."'.M;‘._ ......._..|..---.. -
I 14 LÏNITIATION Œa HKL©S©PHRE Monarana CHEZ LES PRINCIPALES NATIONS DE L’EUROPE Les observations auxquelles on va demander les lois qui règlent la marche des idées peuvent se limiter d’abord àla période généralement admise pour la phi losophie moderne quicommence avec le xvne siècle, et en même temps aux trois nations principales de l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne.
En dehors d’autres considérations qui apparaîtront par la suite, on peut compter dans ces limites sur une moisson de faits bien assez riche pour fonder une théorie plausible, sauf à la soumettre ensuite au contrôle des autres temps.
L’histoire de la philosophie française pendant cette période nous offre trois époques parfaitement carac— térisées tant par les principes qui les dominent que par les intervalles neutres qui les séparent ; ce sont : L’époque de la philosophie cartésienne, qui s’étend de 1646 à 1700 environ ; Celle des encyclopédistes qui commence à Condillac, pour atteindre à son apogée lors de notre révolution ; de 1740 à1793 ; Puis la superbe effervescence de 1830 qui débute par Royer-Collard, Joutïroy, Mairie de Biran, vers
LA PHILOSOPHIE MODERNE 115 1817, pour aboutir en 1850 au triomphe de l’école posuiviste. Ces trois périodes se réËument en trois noms carac téristiques : Descartes, Condillac, Comte (i).
Si nous examinons à quels genres ils appartiennent d’après la classification du chapitre précédent, voici ce que nous trouvons : Tous trois sont philosophes de l’Ordre du Savoir, du moins en acceptant le caractère de Comte tel qu’on l’admet universellement, tel par conséquent qu’il a infiuencéla marche de la pensée, c’ést—à-dire comme le promoteur de la méthode positive, bien que ce ne soit point là son caractère fondamental ,2).
Quantàleurs genres, Descartes est principalement philosophe de méthode (méthode scientifique; obser vation et raison combinées). Comte qui par le positivisme entend exclure du savoir humain non seulement la métaphysique, mais jusqu’à la psychologie etla perception interne, Comte est un naturaliste (du genre 3, numéro 15 du tableau).
Condillac appartient à la 1” classe, celle de l’origine a (i) On a cru ne devoir prendre our caractéristique de cette é oque( ni comme pour démentir la 191 e succession de Cousin, 0 1': tous es systèmes à la fois), ni l‘éclectisme qui ne fut qu‘un retour brillant mais éphémère à l)escartes et à Leibhit2, ni la. psychologie écossaise intro duite ar Maine d'e Biran, ni le catholicisme libéral de Lamennms, Lacet aire à Bûchez, ni l'indécision voltairienne de Beniamin Constant ; l'école qui a eu la véritable puissance, dans le présent comme dans l'avenir, dans la philosophie comme dans la vie pratique, a été celle de Comte, disciple de Saint-Simon.
V (2) Spencer, dans quelquespa çs qu1 sontun modèle dejngement et de classement d'une d0ctrine, a par entament démontré que ce qui appartient à Comte. c‘est la religion-de l'humanité et la théorie des quatre états, non pas du tout le p051tivisme qui remonte bien plus haut. V. Revue Scientifique. Comment ]L‘ me suis séparé de.. ., etc.
I 16 L’INITIATION de nos idées, et en attribuant cette origine à la sensa— tion seule il se place dans le 3° genre aussi, celui des sensualistes. En vrai positiviste, il nie la possibilité de connaître ni l’infini, ni l’être, ni même le moi (ce qui lui donne de fortes affinités avec Comte); mais, par sa méthode métaphysique, il se rattache beaucoup plusà Descartes qu’à Bacon.
Maître de Hume, précur seur de Rousseau autant que de Comte, son système eut une influence considérable; il constitue une sorte de transition entre le cartésianisme du XVII” siècle et le baconisme du xi“. Un caractère commun à ces trois chefs d’école est à noter soigneusement, c’est leur foi en la suprématie de l’Homme.
Le propre de Descartes est de tirer toute connaissance de l’esprit humain ; Comte s’est vrai— ment distingué par le culte de l’humanité, comme son maître Saint-Simon ; et si Condillac ne s’esf point attaché à cette conséquence de ses principes, il n’y a pas d’époque qui l’ait proclamée davantage que celle qu’il a inspirée avec Descartes, l’ère des droits de l’homme. * :4n24L En Allemagne, nous apercevons d’abord l’époque que Spinosa remplit avec Leibnitz; celui-là avec beau coup moins de succès tout d’abord, et non sans scan— dale même, mais avec l’avenir pour lui; celui-ci avec beaucoup plus d’éclat, mais avec bien moins de netteté, de durée et d’étendue.
Ce temps va de 1670 à 1720 environ ; il est suivi immédiatement de l’en gouement de l’Allemagne pour les encyclopédistes français. '
LA PHILOSOPHIE MODERNE I [7 Vient ensuite l’époque unique dans l’histoire de la philosophie qui, par une admirable suite d’études des plus approfondies, conduit la pensée humaine de Kant à Hegel par Schelling, de 1780 à 1820 environ.
Après quoi nous trouvons, en 1845, le mouvement naturaliste, commencé par Feuerbach, continué par Buchner, Moleschott et qui, aujourd’hui encore, dé nature le pessimisme de Schopenhauer longtemps laissé dans l’ombre. - Voyons les genres de philosophie correspondant à ces périodes : Spinosa, philosophe hébraïsant, disciple de Maimo— nide et d’Averrhroès est un synthétiste puissant : les trois grandes questions de la philosophie ont pour lui une égale valeur, et il donne à leur solution un cachet d’unité rare en toutes les écoles; aussi l’a-t-on méconnu toutes les fois qu’on l’a considéré sous un point de vue spécial.
Pour l’origine de nos connaissances, il sait faire la juste part du sensualisme, du noologisme et de l’idéa , lisme, sans exclure l’un pour l’autre; En ce qui concerne I’Existence, il en proclame l’as pect Trinitaire : principes, noumènes et phénomènes.
Sa morale, beaucoup trop méconnue, au lieu d’être le brutal fatalisme qu’on s’étonne de lui voir attri buer trop souvent, prescrit l’assentiment à la Volonté suprême, ce qui est la solution la plus élevée et la plus féconde aussi de la terrible question du libre arbitre. En traitant ainsi, dans les trois ordres, sous leur triple aspect, les seuls points de vue métaphysiques, il assure la solution de tous les autres. Il offrirait
1 18 L’INITIATION p . _rIu donc le caractère complet de l’ésotérisme sans cette faiblesse, qu’il tient de Descartes et qui s’exagérera chez Hegel, de vouloir tirer de la seule intelligence humaine, à l’exclusion de l’expérimentalisme, cette synthèse grandiose qu’il avait pourtant puisée dans les traditions bibliques. Ce défaut de méthode le classe parmi les Synthétiques imparfaits, comme Pan— théiste spiritualiste.
Kant procède exclusivement de Descartes et de Locke: c’est un philosophe du savoir en Soi (classe I"), noologiste (2° genre) parce qu’il limite toute connais sance à l’esprit humain, à la subjectivité pure. Pour les matérialistes, leur caractère n’exige aucun développement.
V En laissant de côté pour le moment Schopenhauer, généralement mal compris, ainsi qu’Hartmann qui a répandu et développé le mom‘sme, nous trouvons aux trois chefs principaux de l’École allemande le même caractère commun qu’à ceux de France, à sa— voir la prépondérance de l’intelligence humaine, soit qu'ils fondent sur elle toute la métaphysique, soit qu’ils y renferment toute la connaissance, soit qu’ils bornent toutes leurs espérances à elle seule. n et En Angleterre, trois époques s‘accusent encore avec la même netteté.
I° Bacon, de qui l’influence restera longtemps ca chée, bien qu’immédiate et considérable; elle se con— fine dans la Société Royale de Londres, et se fait éclatante avec N ewton et sa philosophie naturelle — première époque, de 1620 à 1700 environ.
LA PHILOSOPHIE MODERNE 119 2° Philosophie de Locke, suivie de celle écossaise, qui en est comme la spiritualisation, de 1690 à I750. 3° Enfin de 1830 à 1850, l’école des deux Mill, père et fils, l’associationnisme. Tous trois encore sont des philosophes de Savoir (ordre 1‘") : Bacon caractérise l’expérimentalt‘sme (classe 9); Locke se place avec la même netteté dans le sensualisme (classe 3°).
Quant à Mill, c’est aussi un philosophe de méthode, et spécialement de mé thode expérimentale comme Bacon, mais avec des nuances essentielles qu’il importe de noter. Contrai rement au positiviste Comte, il admet l’observation interne; en outre à la méthode baconienne, il ajoute les magnifiques développements de sa théorie de l’in duction qui le rapproche de Descartes.
Pour spécifier complètement sa place, il faudrait donc se les figurer dans la première subdivision du genre expérimenta— lisme, celle qui est tout proche de la méthode scien tifique. Sa théorie de l’association lui assigne une place analogue parmi les psychologues, dans la sub division toute voisine des naturalistes. Ici encore l’élément humain domine clairement.
Pénétrons davantage dans les détails : De ces trois nations, c’est l’Allemagne qui offre la série la plus nette et la plus simple. Le synthétiste Spinosa lance d’abord sa majestueuse doctrine, inspi rée en fait par l’ésotérisme de Bœhm (1620). Le spino sisme ne sera point le directeur de la philosophie alle— mande, mais il aura fait jaillir un flot de chaude lu mière qui doit se diffuser, comme un principe vivi— fiant, dans les autres écoles.
120 L’INITIATION là C’est Kant, philosophe zoologiste, qui va prendre la tête du mouvement; Kant qui, de même que Bacon, de même que Descartes, de même que Locke, des quels il procède directement, se réclame franchement du principe intelligible. Leibnitz l’a précédé, mais l’oeuvre sonore de cet encyclopédiste ambitieux n’a eu ni influence durable, ni conséquence profonde.
La raison en était que Leibnitz n’avait saisi ni l’essence de la doctrine cartésienne qui était réellement dans la philosophie du savoir, non dans celle de l’Être, ni surtout la synthèse de Spinosa, dont il mutile la Tri nité pour la rabaisser à l’unité secondaire de la mo— nade et résoudre ainsi le dualisme de Descartes.
A travers beaucoup d’ob'scurités ou de contradictions, il réduit Dieu à la substance qu’il fait active et intelli gente; il prend ainsi la tête d’une Trinité de second ordre pour le sommet dont elle n’est que le reflet (1).
Ces erreurs s'expliquent quand on se rappelle que Leibnitz avait reçu de l’initié Mercure Van Helmont quelques notions d’ésotérisme, suffisantes pour lui faire entrevoir la grandeur de cette synthèse, mais trop imparfaites pour lui donner la force de l’embras ser.
C’est de là que lui est venue la théorie de la mo nade, mais à défaut de la clef trinitaire cette donnée n’a pu le conduire qu’aux bizarreries de l’harmonie préétablie. (I) La monade devant être représentée par le nombre 4, quand l'ab solu l'est par le nombre 1.
Leibnitz ne s’arrête même pas à ce premier reflet; en donnant l'intelligence our moteur à la manade, Il descend jusqu'au principe représent ar e nombre 10: ausm se range-t-Il_dans notre genre Io, classe par ousm lui-meme qui le proclame ramona liste.
LA PHILOSOPHIE MODERNE 121 Leibnitz (1719) est le synthétiste incomplet, inintel ligible, impuissant, dont l’exemple est bien utile à mé— diter. * Tout autre était l’envergure de Kant (1781) qui, tout en se limitant au domaine où il se sentait maître, avait beaucoup mieux compris Spinosa. On retrouve partout chez lui la formule trinitaire que Schelling et Hegel feront ressortir.
Toutefois, comme il procède directement de Locke et de Descartes, il est spéciale— ment attaché au principe intelligible, inter‘médiaire; aussi, quand il arrive au terme de son admirable ana lyse, il se trouve partout en face du dualisme qui est le propre de ce principe; sa conclusion est que toute question fondamentale de la philosophie conduit né— cessairement la raison pure à l’antinomie.
Il est vrai qu'au bord de cet abîme où toute règle s'efface, effrayé, il s’élance par un retour désespéré vers les hauteurs de la métaphysique pour y retrouver avec l’instinct ‘ moral la révélation directe de la Divinité; mais ce n’était plus là qu’une intuition assez vague qu’on n'a pas manqué de lui reprocher; il appartenait à Fichte et à Schelling de la développer par des considérations toutes nouvelles dues à l’inspiration de Spinosa., celles de la subjectivité.
Oui, diront-ils, la connaissance est purement sub— jective, l’origine des idées est dans le Moi, mais qu’est— ce que le Moi ? — l’opposé du Non—Moi sans lequel il ne serait que néant. — C’est par cette observation que Fichte (1795) passe de l’étude du savoir, où Kant était resté, à celle de l’Être considéré à la lumière de cette analyse nouvelle. Pour lui, le Moi se limite par le
122 L‘INITIATION j Non-Moi; cette faculté de se limiter suppose qu'en l soi-même il est sans limite, infini; on trouve donc en lui la synthèse de ces deux formes de l’Être, c’est-à dire qu’au-dessus du moi limité, divisé, individuel, se trouve le Moi absolu qui enveloppe toute la nature.
La connaissance de ce Moi absolu, voilà l’objet de la science; la méthode de Descartes n’y peut plus suf— fire, car elle n'étudie que la pensée abstraite alors que la pensée naturelle plus étendue, comprend en outre le sentiment.
Cependant ces conséquences ne sont qu'in diquées par Fichte; il ne développe ni la méthode ésotérique qui attend encore son Descartes, ni cette recherche du Moi absolu, synthèse une du monde dualistique et multiforme. ‘ Ce dernier problème, Schelling {1800) l’aborde après Kant avec une ampleur qu'aucun autre philo sophe n’a surpassée.
Sans souci pour la réputation de son système s’il ne le voit conforme à la vérité, il va le modifiant sans cesse, fatiguant par ses variations la critique ignorante qui ne peut le suivre dans les spi— rales de son vol toujours plus large, parcourant l’un après l'autre les cieux et la terre pour les embrasser dans leur unité.
Sa méthode est celle de Fichte et de l’ésotérisme; l’intuition active contrôlée par l’intelli gence passive. , Pour ce qui est de l’Être, objet principal de sa phi— losophie, il élève son disciple jusqu’au Moi suprême, absolu, un, qui réunit toutes les antinomies ; il montre cette unité se dualisant par la conscience pour se ma nifester d‘une part en principe actif, idéal, la pensée; d’autre part, en principe passif, le monde sensible -Ncrwmawvw MW. _ me. “MW ' a "‘"“’"m.îcÏ
LA PHILOSOPHIE MODERNE , 123 r.1, 7 1 1 -w — r ...s.. dont la loi fondamentale est le Nombre. Il fait voir en chaque individualité cette Unité de la forme et de la substancequi avait échappé à l’école de Descartes; enfin, dans l’homme, il montre le point intermédiaire entre le Concret et l’Absolu. Ses dernières années et ses dernières forces sont consacrées à l’essai d’une ap plication de ces majestueux principes à la vie sociale et individuelle.
Nous voilà bien près de Spinosa, de l’ésotérisme, de la synthèse universelle, objectif idéal de toute phi losophie. Comment donc l’esprit humain va-t—il retomber en quelques années de ces hauteurs dans les ténèbres contradictoires du sensualisme et l’indéfinie multiplicité de l’analyse?
C’est que Schelling avait encore ce défaut capital que Hegel (1812). occupé à* peu près en même temps des mêmes efforts, doit exa gérer comme pour accélérer la chute.
Ce défaut est un reste d’exclusivisme, un lien qui enchaîne si for tementl’homme au principe intelligible qu’il ne peut s’en détacher qu’au prix d’efforts presque surhumains, à moins d’une discipline totale, physique, intellec tuelle et morale qu’on ne connaît que dans l’initiation ésotérique.
Schelling a nommé lui-même sa doctrine l’Ide’alz’sme transcendental ou philosophie de l’Identité, parce qu’il identifiela pensée humaine,l’idée, ou Dieu absolu. C’est égaler le Verbe ou Fils au Père, ques tion des plus graves, soulevée dès le début du chris tianisme et qui a commencé les admirables débats de ses premiers siècles. Hegel affirme plus franchement encore cette iden tité ou, pour mieux dire, il la’suppose; c’est sur elle
124 L’lNITIATION qu’il base toute sa philosophie. Abandonnant la mé thode ésotérique de Spinosa, de Fichte, de Schelling, propre au principe métaphysique, il redescend vers celle de Kant et de Descartes qui se réclan?e du prin cipe intellectuel. Son premier soin est de développer la dialectique, méthode bâtarde, qui retient plutôt les défauts que les qualités de ses parentes.
De l’Idée, identifiée à l’Absolu, il redescend à travers la méta physique, la logique et la physique même, par une série de déductions trinitaires tantôt brillantes de génie,tantôt étonnantes de profondeur, et plus souvent encore d’une témérité qui fait reculer la conviction.
Il espérait ainsi mettre immédiatement l’Absolu à la portée de l’intelligence humaine sans avoir à la délivrer de ses liens terrestres, erreur fatale qui le fait retomber lui-même et avec lui tout son peuple élevé si haut!
Si le Verbe, chez l’homme, est assez puissant déjà pour reprendre conscience de son infinie gran deur, l’inertie du principe passif le paralyse encore trop pour qu’il lui soit possible d’en résoudre par lui seul ou immédiatement la multiplicité en unité; il n’y arrive que petit à petit, par une série d’efforts constants, par le progrès dont il est l’âme.
Lors donc qu’on identifie à l’Absolu non seulement le Verbe, mais surtout l’état humain du Verbe, l’Idée empruntée à l’intelligence de l’homme, on assigne à l’Absolu lui-même le caractère progressif; Dieu est un devenir et un devenir indéfini ; c’est la conclusion d’Hegel. Elle revient à dire que Dieu n’existe pas , encore et à le subordonner à l’homme. Le successeur désigné d’Hegel ne sera donc pas un ésotérique ; il ne
‘ LA PHILOSOPHIE MODERNE 125 I’W“““=:m* - e se rattachera même pas au principe humain puisque Kant en a fait une pure illusion subjective qui ne peut plus être rachetée par l’impératif catégorique ; la car rière est libre pour Feuerbaeh (I840), Büchner (1855), Hœckel (1873), en un mot le développement du prin cipe passif.
Krause (1830) aurait peut—être arrêté l’in telligence humaine sur cette pente en l’afiranchissant le premier des chaînes du .Moi pour la relever vers les hauteurs de la synthèse complète ; mais, comme s’il eût fallu, de par un destin inéluctable, que l’esprit humain continuât sa descente jusqu’au fond des prin cipes, Krause, jeune encore, est enlevé au moment où il touche au couronnement de son oeuvre mé ditée pendant trente ans dans la retraite ; sa syn« thèse reste plutôt méconnue qu’inachevée.
Quoi qu’il en soit, cette chute était une conséquence obligée de l’exclusivisme intelligible ; l’école alle— mande s’y trouvait condamnée par Spinosa lui—même, parce que ce cabaliste avait voulu greffer sa synthèse sur la philosophie cartésienne. **I‘ Nous avons négligé jusqu’ici bien des philosophes qui semblent en dehors de ce mouvement si nette ment progressif; il est temps de revenir à leurs doca trines qui vont nous faire comprendre l’ensemble du mouvement germanique.
Parmi eux, remarquons d’abord une famille très nettement caractérisée, celle des éclectiques; cherchons-en le classement. Leibnitz (1720) est le plus grand d’entre eux; il succède à Spinosa; il éclipse le faible Mendelsohn (1764) qui lui succède de près.
126 L’INITIATION Schleiermacher (1820) vient après Fichte et Schel ling qu’il combat, puis. quelques années plus tard (1824 à 1828), Herbart triomphe presque sans efforts ou croit triompher d’Hegel tombé réellement, nous l’avons vu, par sa propre faute. Le caractère des éclectiques est principalement dans la méthode qu’ils observent, laquelle se rattache inti mement à celle de Descartes, au principe intelligible.
C’est dans la nation qui ressent l’influence directe de ce principe, en France, qu’il en faut chercher le type le plus pur ; Cousin l’a érigé en système en élargissant les doctrines accessoires d’autres instinctifs , les Ecossais. Par lui nous comprenons très clairement l’éclec tisme.
C’est, en fait, la philosophie du bon sens, c’est-à-dire de l’instinct, qui se borne à constater ce qui convient ou répugne à sa nature sans vouloir approfondir les causes de sa sensation métaphy— sique.
L’éclectisme est donc la philosophie des faibles, de ceux à qui les pics ou les profondeurs donnent le ver tige; il est le refuge de tous les esprits que le tremble ment saisit dans les ténèbres ou sur le bord des abîmes ; il ouvre les bras à toutes les faiblesses, à toutes les nonchalances, les consolant par les espé rances vagues de dons acquis sans grands efforts, par la bonté d’une providence incompréhensible, par la perspective de régions sublimes, mais non définies, à atteindre sans les fatigues ou les efforts du voyage. Il a pour les plus lâches les mollesses de l’ataraxz‘e épi curienne ; il offre aux plus faibles l’oreiller soporifique
LA PHILOSOPHIE MODERNE 127 du doute; il soutient l’espoir des meilleurs par des discours sonores empruntés aux magnificences de toutes les doctrines. Il réconforte tous les découra gements. C’est pourquoi il apparaît toujours après les plus grands efforts de l’esprit humain, et ses succès sont grands alors, bien que de courte durée.
Il faut lui rendre cette justice, son influence toute féminine est, en son temps, des plus salutaires; elle représente la vertu précieuse de l’Espérance. La lumière projetée par Spinosa a saisi, effrayé les esprits ; Mendelsohn, Leibnitz les rassurent; eux mêmes n’ont pu comprendre le colosse, mais en croyant le renverser ils font connaître en quoi ils l’ont méconnu; ils récitent de ses grandeurs ce qu’ils en ont pu saisir et les vulgarisent.
Kant sera mieux apprécié, étant plus rapproché du principe humain ; mais, quand ses successeurs se seront élevés trop haut pour être suivis, Schleierma cher, Herbart surtout sauront rassurer les esprits troublés, proposer des mouvements nouveaux et moins pénibles. Qu’importe après cela de quelle classe ces demi synthétiques se rapprochent le plus; leurs préférences sont réglées sur les besoins du temps.
Leibnitz est plus près de la philosophie de l’Être, Herbart de celle du savoir, comme Cousin; un autre sera plutôt philo sophe de rapports, tel est Benjamin Constant. Il est du moins un caractère commun que vous leur retrouve— rez constamment, c’est qu’ils se rattachent fermement
128 L’INITIATION au principe intelligible (I), tout en flottant entre les deux autres, dans l’antinomie, attirés tantôt vers la synthèse, tantôt vers le doute. Ils représentent l’homme qui se replie sur lui-même, dans l’effroi des deux infinis extrêmes.
C’est par ce caractère d’attachement désespéré à l’intelligible que les éclectiques se réclament de Des cartes de qui la méthode est en somme l’intuition intel lectuelle ou de second ordre; car l’intuition aussi a trois termes : le supérieur que réclame la méthode ésotérique; l’inférieur qu’invoque le sensualisme, et l’intermédiaire qui n’est autre chose que le sens com man.
Après les éclectiques, nous trouvons encore, en Alle— magne, deux autres classes de philosophes non seule— ment distinctes, mais antagonistes : ceux que l’on désigne communément par les noms de mystiques (ou au moins religieux), et la catégorie des athées ou des matérialistes dont nous avons cité seulement les prin cipaux.
En Allemagne, les principaux sont : d’une part Jacobi, Lavater, Baur, Strauss; de l’autre, Bauer, Feuerbach, Buchner, Hœckel et leurs disciples.
Laissons à parties mystiques véritables : ce sont des ésotériques complets étrangers réellement à l’école; tel est Bœhm, inspirateur de Spinosa, et que Hegel mettait au—de'ssus de tous les philosophes depuis Aris tote et Platon ; tels sont encore les actifs de cette même .(1) Soit par le deuxième genre de leur classe comme Cousin et Benja— mm Constant. soxt par la deux1‘çme classe de leur ordre comme Le1bmtz, ce qui constitue un degré supérieur. ‘
LA PHILOSOPHIE MODERNE 129 Wr -".--"""“" ' . classe : Weishaupt, Wœlner, les Illuminés et les Rose Croix. Lavater serait plutôt des leurs, il faut cependant le compter à l’école à cause de son influence sur son temps et comme le principal inspirateur de Jacobi.
Le caractère principal de ces deux philosophes est dans leur méthode qui est celle de l’intuition supérieure ou mystique (r); Lavater (1775) l’enseigne jusqu’à l’ex— tase, comme avait fait Gerson; Jacobi, au contraire (I785), n‘en sut rien tirer de plus que la critique des systèmes dialectiques; sur la philosophie de l'Être, il se renferme dans un christianisme mystique assez étroit.
C’est au christianisme aussi que Baur (1840 à 1860) et Strauss (1835—1856) se sont attachés, mais leur place est dans l’ordre des philosophes de rapport (à la 1“ classe, rapp6rts métaphysiques7 les religieux). Ce que leur caractère nous ofl°re de plus remarquable, c’est que tous deux sont disciples de Schleiermacher en même temps que d’Hegel; observation qui trouvera tout à l'heure son importance.
Baur a concentré tous ses efforts sur l’histoire de la doctrine chrétienne; son œuvre considérable et en partie posthume est Un su— perbe tableau des progrès de la pensée religieuse : c’est l’ésotérisme qui lui donne la vie; certaines parties en O (xLC'est la méthode de l’ésotérisme; elle diffère de celle éclectique ou du on.sens en ce que celle-ci se pose exdusive en face des deux autres non_ mpms particularisées; l'observation pure et l'intuition pure(nommée ordinairement mysticisme, la mérhode ésotérique synthétise les autres : elle perçort ar lintuiticn et l'observation les deux extrémités du monde et contrôle es perceptions par l‘expérience; elle est aussi rationaliste et naturaliste que mystique. 5
130 L’INITIATION ont produit en Allemagne une sensation immense, et l’avenir confirmera sans doute en l’accroissant cette impression première. On sait assez comment Strauss a traité le même sujet en se bornant aux origines; ajoutons que plus dégagé de l’influence éclectique de Schleiermacher il accentue davantage aussi le défaut d’Hegel, ce qui explique qu’il soit devenu, depuis, un darwiniste.
Quant aux doctrines de Bauer (1843), de Feuerbach (1845) et de Büchner (1855), elles sont bien connues. On sait la thèse historique antichrétienne de Bauer (1) que Saint-René Taillandier nomme « un Voltaire, moins l’esprit, affublé d’une perruque et d’un grand bonnet ».
On connaît aussi bien le panthéisme éner— giquement matérialiste de Feuerbach etle matérialisme de Büchner encore plus dénué d’absolu : leur place dans notre classement est nettement indiquée; c’est le dernier genre de la dernière classe dans le troisième ordre des philosophies spécialisées ; ce que l’on pour— rait appeler les bas-fonds de la nature.
Il est superflu d’insister sur leur compte ; cherchons plutôt à nous expliquer les succès de ces deux genres de doctrines si opposées. Plus une philosophie se rapproche de la synthèse, plus elle offre à ses disciples d’aspects divers, à moins qu’elle ne soit assez puissante pour faire entrevoir au moins l’unité dans la multiplicité en s’élevant jus qu’aux principes les plus universels.
Spinoza même (1) Le christianisme, d'après lui, n‘est qu‘une imposture heureuse de l'évangéliste saint Marc. r_w‘—J-w.‘—5_Æ .: ’ww—o-œ—s. Ï," 4M. .....j{...
LA PHILOSOPHIE MODERNE 131 WËW r eut à peine cette puissance que l’on ne trouve vrai ment que dans l’ésotérisme; ses successeurs l'eurent bien moins encore; Hegel moins peut-être que tout autre, malgré la grandeur de ses intentions et de sa tentative.
Les disciples de ces philosophes, incapables de s’élever même jusqu’à leurs maîtres, ne saisissent leur doctrine que par une seule face différente pour chacun d‘eux; ils restent donc attachés à une spécia lité, c’est—à-dire à l‘un des trois aspects de toute syn thèse totale ou partielle. Le même eñet se produit, du reste, en face de l’Unité ésotérique; ceux qui ne sont point capables de l’em' brasser la morcellent pour se la partager.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’à un Spinosa, un Schelling, un Hegel succèdent, parallèlement, une école matérialiste et une école mystique. L’antiquité nous offre un exemple célèbre de ce phénomène en Platon et Aristote issus tous deux par Socrate de l’école d’Elée, c’est;à-dire de Pythagore; tous deux initiés aux mystères antiques où se transmettait l’éso— térisme.
' Les éclectiques ont plus de motifs encore de produire le même effet parce que, ne possédant pas la clef de l’Unité, ils ont construit leur doctrine comme une mosaïque à pièces empruntées de toutes parts et mal cimentées; aussi rien n’est plus divergent que la série de leurs disciples. L’éclectisme n’apparaît pas comme un centre; c’est un carrefour où l’on se retire de par tout, d’où l’on repart dans toutes les directions.
Ainsi s’expliquent les écoles secondaires dont nous ‘venons de parler; elles sont les conséquences néces % r ____, ., . , .,.L-i. __.. .,. : -.-.;äaùæ2M-Ïa.læ;... M.. ,
1 3 2 L’INITIATION saires ou de la faiblesse des disciples à côté du maître ou de l’impuissance de celui-ci à s’élever à la hauteur des principes assez synthétiques.
Mais notons l’utilité de ces défaillances ; l’ésotérisme nous la montre dans toute chute, dans tout sacrifice messianique; il la dé peint dans les légendes d’Osiris déchiré par Typhon, de Bacchus mis en pièces par les bacchantes ; dans le symbole des bourreaux se partageant les vêtements du Christ. Un génie s’élève, si grand au milieu des siens qu’il devient la victime de leurs passions jalouses ; le moindre Messie doit être un martyr!
Quelques rares apôtres perpétuent seuls plus ou moins parfaitement ses enseignements ; mais c’est par ses adversaires sur tout qu’ils sont répandus en fragments isolés, incohé— rents, opposés ; puis ces adversaires divisés par ces dé— pouilles même entrent en lutte, se réforment par leurs attaques réciproques , et, finalement, reproduisent comme malgré eux, après plusieurs siècles, la synthèse qu’ils ont méconnue et brisée.
N’est—ce pas ainsi qu’il en advient toujours quand l’esprit, le principe actif, descend dans la matière, ou principe passif?
Que le moindre spore pénètre au mi lieu des cellules inertes, et voilà qu’il les bouleverse; elles s’acharnent après lui, l’absorbent, s’en animent à leur tour, se pressent, se transforment, entrent en lutte, pour arriver enfin à se rassembler harmoni quement en un organisme analogue à celui d’où pro venait le germe primitif. Telle est l’histoire que nous venons de parcourir : Bœhm, Spinosa surtout, qui est moins élevé, fournis ...lŒ
LA PHILOSOPHIE MODERNE 133 ,,.-e,.—.. w:mlÿfç%m , .
W ,, ,,'5_‘,'>'3_f:_:.”. waainq.x,w.CMV—wuauu.ætw .....,M.« .u .-.':' -. .. ., ,. .. . . . .,.,. _.. . ..... -.t...e.x... sent le germe; Kant en est comme le ferment auxiliaire emprunté à un autre organisme ; puis viennent les disciples qui, par leurs développements, font ressortir. les défauts plus encore que les qualités et par là favo risent les adversaires; ceux-ci, on les trouvera jusque dans la même école, soit parmi les faibles comme les éclectiques, soit parmi les plus hardis qui, nouveaux Judas, trahirent le maître faute de l’avoir compris.
L’école primitive se décompose donc jusqu’à engendrer son contraire ; mais c’est alors que son triomphe approche si elle est vraiment la maîtresse de son temps. C’est ainsi qu’au moment où le matérialisme semble tout puissant en Allemagne, ce n’est point pour lui même qu’il travaille. C’est pour la synthèse et comme malgré soi, car il faut une synthèse à l’esprit humain.
Les nombreuses éditions de « Force et matière » de Büchner ne sont pas encore épuisées que l’Allemagne acclame Schopenhauer, méconnu pendant près d’un demi-siècle (1819 à 1860), puis le monïsme d’Hart— mann (1866), synthèses panthéistes et idéalistes encore en formation, mais qui se distinguent par un caractère nouveau: elles s’appuient sur le naturalisme.
On aperçoit maintenantl’évolution de laphilosophie allemande moderne à l’intérieur de l’école: elle part de Spinosa, du principe métaphysique, inspiré par Bœhm ; elle traversa avec Kant, Fitchte, Schelling et Hegel le principe intelligible, tout en se diffusant par la complicité des disciples et des éclectiques qui la méconnaissent, puis de là elle tombe morcelée dans le principe sensible, mais pour s’y reformer presque aussitôt en une synthèse nouvelle dont le principe est -v'" A J I II"“>“Bi . -.:..A. ' 1 n—'-
134 L’INITIATION dans la nature. Quant aux mystiques, ils sont restés presque en dehors de ce mouvement, comme des témoins et des tuteurs dont la présence seule rappelle les principes suprêmes de la synthèse ésotérique.
Il reste cependant à rendre compte d’une dernière classe de philosophes, ceux que l’on peut appeler les philosophes littérateurs : Novalis, Lessing, Gœthe; mais leur rôle sera mieux compris tout à l’heure à propos de la philosophie française ; du reste ils n’ap partiennent pas réellement à l’école.
L’histoire si remarquable de la pensée en Alle— magne nous a forcément entraînés en de longs déve loppements; ils vont simplifier ceux que demande— raient les autres nations chez qui nous allons retrou ver les mêmes mouvements et les mêmes principes ; il n’y aura plus qu’à faire ressortir ce qu’y ajoute le caractère national.
'k :œs En France, le tempérament dominant est celui du principe intelligible avec le sentiment qui lui cor respond, celui de la justice et de la philanthro pie (I). Ici, donc, point de mysticisme, point d’éso— térisme; il faut que tout soit à la portée immédiate de l’intelligence humaine.
Cependant, si la logique triomphe, elle ne sera pas inflexible; le cœur, retenu seulement par l'intelligence, non gouverné par l’inté rêt comme en Angleterre, ne s’égarera pas dans le (I) Tandis que l‘Allemagne représente le t_empérament mystique avec toute la rigueur fatale, implacable, du principe absolu. Il est facile de retropver ce caractère dans toutes les Institutions et la conduite des deux peup es.
LA PHILOSOPHIE MODERNE 135 mystère; ce sera l’intellectualité bornée, toute hu maine, mais artistique et généreuse (1). Voici com— ment l‘analyse fait apparaître ce caractère.
Après Descartes, deux courants se produisent aussi nets que persistants : ceux des philosophies que l’on désigne par les dénominations assez vagues de sen sualistes et de spiritualistes : d’une part Condillac, Hel vetius, les Idéologues, Laromiguière, Comte, Littré; d’autre part Diderot, Condorcet, Volney,tous quelque peu indécis, puis surtout Maine de Biran, Cousin et l’école éclectique.
Ces deux genres s’accusent dès le temps de Descar tes, par l’antagonisme de Gassendi; son éclectisme semi-positiviste 'produira la série des philosophes mondains qui doit aboutir à Voltaire. Comme nous manquons icidu point de ralliement qui faisait l’unité frappante de la philosophie allemande, nous serons dans un dualisme perpétuel ; les deux principes infé rieurs, l’lntelligible et le Sensible, subsistent seuls dans leur insoluble antinomie.
Les maîtres de cette pé riode, ceux qui ont imprimé des directions précises et durables, se réduisent même à deux : Descarz‘es, père de l’école spiritualiste française, qui donne la direction vers le principe intelligible. (1) En se reportant au_passé, on trouvera les caractères : .
De l‘Allemagne en Orient“ (Sçhopenhauer, Hartmann revœnnent ac tuellement à la philosophie indienne, et l’Allemagne politique est im périale.) _ _ _ d De la France dans la Grèce. (Paris est dit assez souvent 1 Athène‘s mo— crue). Dé l'Apgleterre à Rome. (Même caractère pratique, même passion de domination du monde et de colonisation mi ita1re.) 7 ...««... \«b—vwe' -“W,MWWWM-—sfi.äæc«w , ,‘g..A..t: .a:.' : . u*‘-.
t.,h.æ...__,_ v“:_fi.__.._,__,_' - _-.,_ :_.. 136 Comte, qui imprime vers le principe sensible la di— rection que Littré accentuera. Tous deux sont des philosophes de méthode (genre deuxième de la deuxième classe), car c'est dans leurs méthodes beaucoup plus que dans leurs doctrines que s’est trouvée leur puissance. Celle de Comte est la méthode de Bacon, précisée, presque achevée par une mise en pratique de deux siècles.
Condillac en avait établi à priori les bases sensualistes; Newton, Leibnitz, Descartes lui—même, par leurs travaux mathématiques, avaient commencé à fonder la cosmologie sur l’observation sensible; Boulanger, Dupuis, Volney, avaient ajouté à l’édifice des sciences exactes une ethnographie aussi savante dans son analyse que primaire dans ses conclusions très goûtées cependant du public; Comte n’a eu qu’à les formuler pour asseoir son positivisme sur la base très équivoque des quatre âges de l’humanité (I).
L’ensemble de ce mouvement tendait donc à faire disparaître toute communication suprasensible, tout spiritualisme comme une illusion ridicule. Cependant, en sens contraire, le principe intelli gible trouve jusque dans les mêmes doctrines une L’INITIATION ' source nouvelle de prospérité.
Ces doctrines en effet ne pouvaient qu’exalter l’homme et son intelligence, en lui attribuant tout le mouvement progressif. (I) On peut remarquer combien cette théorie positiviste du progrès se rapproche dans ses périodes de l'évolution indiquée par le présent essai, à savoir la série : chaos, foi, doute et science; mais il y a entre les deux théories cette difi’érence profonde que la pensée métap ysique regardée par Comte comme une su erstition puerile est donnée ici comme la source et le but suprême. (Êe qui tient à ce que Comte suppose le pro grès en ligne droite hypothèse contraire à l'histoire. . .. mv'.-juv—.‘—. .._ _- ,___
LA PHILOSOPHIE MODERNE 137 ‘7WÉ’gu’ü‘fiWàÇ/u‘säîh‘f'u'l :‘. ,....' u_s .,':, ...r .' ï' , , v,, ‘ . , ‘t -3 w:,.. Ainsi, jusqu’à sa phase dernière, le principe sensible se rattache encore au principe intelligible; ou, pour mieux dire, ce dernier, en tant que principe humain, emprunte sa force et son éclat au principe sensible.
C’est pourquoi Comte, positiviste et sensualiste, aboutit à la constitution quasi—scientifique de cette religion de l’humanité dont ses prédécesseurs avaient tenté le culie un demi—siècle auparavant.
De leur côté,les spiritualistes eux-mêmes, j’entends ceux de l’école évidemment dominante, ne se sou tiennent que par l’observation intérieure, c’est-à-dire en appliquant au principe intelligible la méthode ba conienne plutôt propre au principe sensible.
Il faudrait se garder, d’ailleurs, de voir dans. ces rapprochements aucune fusion synthétique; l’antino— mie subsiste dans tous les détails; la lutte et la confu— sion sont comme la caractéristique de cette période. Si la synthèse y est tentée, elle n’aboutit qu’à l’éclec tisme doctrinal fondé sur le bon sens, l’instinct, l’aveu » d’impuissance scientifique.
Ce qu’il y a de réel dans ce mouvement, c’est une progression de l’esprit humain passant, à travers le principe intelligible, du principe métaphysique au principe sensible; transition nécessairement troublée, remplie de notions vagues, car c’est le propre du principe humain, intermédiaire, d’être également sol licité par les instincts de sa nature vers le métaphy sique et le physique, de souffrir d’une anxiété inquiète, jusqu’à ce qu’il trouve le repos dans la synthèse de ces deux harmonieux, de ces deux extrêmes. Ë.l>.>—‘q.| '-,' .I. ..I., .111 - .v,.v rr*r'r 3 -‘-’"’«?t-*;
i 38 L’INITIATION Une revue rapide des doctrines françaises va nous montrer, en effet: Au xvn" siècle, une tendance vers le principe divin; Au xvrne siècle, au contraire, un mouvement précipité tumultueux vers le principe physique de l’homme, la perception sensible; Au xnx° siècle, après un retour très accentué vers un point intermédiaire et plutôt métaphysique, une des cente nouvelle, plus réfléchie, plus persistante aussi, non plus seulement vers le sensualisme, mais vers le principe sensible lui—même, le naturalisme; puis, vers la fin, aux temps actuels, une direction marquée vers la variété métaphysique du naturalisme, qui con duit évidemment vers la synthèse du second genre, celle consciente ou de la foi savante.
En même temps, soit à cause du génie propre âi la France, celui du sentiment intelligent, soit par suite du trouble inhérent à toute transition, nous allons trouver plus abondant qu’ailleurs le troisième brdre de philosophes (I) (philosophie de rapports), avec toutes ses classes et tous ses genres : Bayle, Condor— cet, Rousseau, Royer Collard, Lamennais, De Mais tre, Buchez, Saint-Simon, etc., etc. Par la même raison, on rencontre en plus grand nombre aussi, et surtout avec beaucoup plus d’auto rité qu’ailleurs, la famille des philosophes littérateurs, (1) Il faut remarquer en effet, dans le tableau de classification, que, dans la première division (philosophie spécialisée), la proportion du senti ment va en croissant à mesure que l‘on descend à travers les classes. ' ,v. .«...w...
LA PHILOSOPHIE MODERNE 139 intermédiaires entre le public et l’école: Bossuet, Fénelon, Bayle, Diderot, Volney, Voltaire, Buffon, Lacordaire‘, Quinet, Benjamin Constant, Paul—Louis Courier, et tant d’autres !
La méthode de Descartes, qui était par-dessus tout une déclaration des droits de l’homme à l’intérieur de l’École, provoqua immédiatement, selon la loi constante, la réaction des deux autres principes : phy sique et métaphysique; l’un par Gassendi, comme adversaire, l’autre par Bossuet, Pascal, Arnauld, Male branche, comme disciples ou défenseurs, ou par les jésuites comme ennemis.
Cependant l’avenir n’était pas aux métaphysiciens; Malebranche (1674), pour ne pas sortir de l’école, et son théisme absolu, n’eurent d’écho qu’en Allemagne par Leibnitz qui même le rabaissaaudéisme (classe 109 au lieu de classe 4°); la rigoureuse école de Port Royal (1630 à 1664) n’avait pas été de durée plus longue, tandis que le sensualisme de Gassendi (1644) devait se préciser par Condillac (1750) et Helvétius ( I 758), avec cette particularité, toutefois, que l’homme, pour automatique qu’ils le font, reste encore l’objet principal de leurs études.
C’est ce qu’exprimera parti— culièrement Buf’fon (1740). Ainsi, le principe intelli— gible reste tout—puissant sous la domination apparente du principe sensible. La philosophie qui se rattache au principe méta— physique n’était, du reste, ni vaincue, ni effacée; elle restait même la plus féconde et, de beaucoup, la plus populaire, mais la moins profonde aussi, affectant un
140 L’INITIATION caractère tellement indécis qu‘il faut l’étudier atten— tivement pour discerner le principe vers lequel elle penche presque inconsciemment. Quoi de plus nua— geux que la profession de foi du Vicaire Savoyard ? A combien de jugements divers n’ont pas donné lieu les déclamations contradictoires de Condorcet, de Diderot, de Voltaire, de Volney, qui tous, pourtant, se déclarent déistes ?
Mais qu‘on le remarque bien, ce ne sont pointlà les faiblesses de l’éclectisme en quête d’une synthèse sans unité; c’est l’expression très éner gique d’une foi absolue dans le principe humain conçu seulement par l’instinct, non par l’intelligence, et, par là, cette philosophie remonte véritablement à Descartes.
Elle va se traduire en actes dans la Révolution, s’accusant dans la première déclaration des droits de l’homme; puis, comme une vague en efface une autre en la surmontant, elle disparaîtra avec les Girondins, étouffée sous les passions tumultueuses du principe naturaliste et fataliste dont les Montagnards sont les esclaves.
Le même dualisme se poursuivra dès que la poli— tique permettra que l’école reprenne ses travaux : Cabanis (du genre naturaliste, 1803), Destutt de Tracy et les idéologues (du genre sensualiste, 1804) semblent d’abord assurer le triomphe du principe sensible, mais ils ne font que surexciter pour ainsi dire dans le désespoir le spiritualisme qui va se ranimer par l’ana— lyse quand Royer Collard importera en France les observations psychiques de l’école écossaise. Que le lecteur veuille bien permettre ici une digres
LA PHILOSOPHIE MODERNE I4.I sion nécessaire pour faire ressortir une loi secondaire par rapport à celle qui commence à s’apercevoir, mais fort importante encore; on _ne peut mieux la recon naître que dans cette histoire tourmentée de la philo sophie française, elle s’y montre clairement dès les temps où nous sommes arrivés.
Voici quelle est cette loi : Le règne d’un principe à l’école affecte deux pé riodes successives bien tranchées : La période de foi, synthétique, mais confuse ; La période de science où l’unité se perd au profit de la précision et de la certitude. La suite montrera même qu’une troisième période leur succède, celle de synthèse savante et précise (I).
Voici maintenant comme cette même loi apparaît dans notre histoire après l’effacement presque com— plet du principe métaphysique. Au début de notre période, Bacon et Descartes se 'montrent comme les représentants encore instinctifs _ du principe sensible et du principe intelligible.
Mais le premier de ces principes se prête par nature, et invite à une analyse bien plus simple, bien plus saisis— sante que le second ;le principe sensible passeradonc plus rapidement de la période de foi instinctive à celle (I) C‘est absolument le mouvement que l'ésotérisme dépeint comme l'état d’innocence, la chute et la rédemption de l'esprit.
On eut ajouter à cette loi celle indiquée déjà pour l'Allemagne par laque] e toute doctrine individualisée, sectaire, éveille par ses ropres exagérations celles qui lui sont opposées, lesquelles sont appefées a la détruire, sauf a périr à leur tour parla même cause.
On aperçoit ainsi comment les actions réciproques des écoles pro duisent entre elles un roulement sur la voie du progrès où la marche générale est réglée par la succession des tr015 principes. - r r — row>.p.u ..<WJ_ŒF ‘.
I42 L’INITIATION de science :Locke, que Condillac représente et pré cise en France, apparaît déjà soixante-dix ans après Bacon, et trente ans seulement après Hobbes, son disciple, qui clôt la période de foi.
Au contraire le principe intelligible persistera plus d’un siècle et demi dans les inspirations puissantes mais indécises encore de cette première période ; c’est le caractère que nous venons de signaler jusqu’ici chez tous les philosophes de l’école cartésienne. Cette différence donnait au principe sensible ou sensualisme une force qui devait lui assurer le triom phe, grâce à la précision et à la certitude de ses cri tiques.
C’est pour cela qu'à Diderot, à Dalembert, à Voltaire, à Rousseau, à Condorcet, nous voyons succé— der si rapidement Cabanis, Destutt de Tracy et les idéologues.
Mais ce triomphe d’une école individualisée ne pou vait être qu'éphémère, la vérité n’étant pas bornée à un point de vue ; il a pris fin quand les écoles vain cues ont adopté les armes de leurs adversaires, c’est à—dire sont passées à la phase scientifique par l’ana lyse psychologique interne. La lutte va donc se rani mer; la victoire va changer de camp une fois encore.
Nous voici en effet à l’époque la plus éclatante du spiritualisme rationnel et peut-être aussi de l’histoire française de la philosophie: Royer-Collard, (1810), Maine de Biran (1817), Cousin (1816-1840), louf— froy (1835-1842), Garnier (1839-1859). Ce n’est pas seulement la renaissance du spirituæ lisme sous une forme plus scientifique, c’est aussi une tentative de synthèse nouvelle en France, l’éclec n #14
LA PHILOSOPHIE MODERNE 14.3 W7I’I’vævy‘ .. .'. _‘ _‘ . ,. _- . - _ _ .. . . . rflî ruW»JE- Js ‘ .": tisme.
Animé par la chaleur du sentiment, prêché avec une éloquence qui devait séduire notre nation artiste, habillé d’une érudition inconnue jusqu’alors dans l'étude de la philosophie ; propre, en apparence, à mettre une fin désirée aux tiraillements du dua lisme, l’éclectisme ne pouvait manquer de produire une révolution véritable, un déplacement complet de l’autorité au profit du principe intelligible.
Il lui rendit si bien la vie que le principe divin lui-même, qu’On pouvait croire tout à fait oublié, en fut vivement galvanisé : De Maistre (1810), de B0 nald (1827), Lamennais et Lacordaire (1830), etc. Aussi, bien que l’éclectisme nes’adressât qu’à l’ins tinct humain (le bon sens) son règne eût été peut-être de bien plus longue durée sans une contre-révolution fort inattendue qui lui arracha promptement le scep tre ; je veux parler de la philosophie de Saint-Simon (1824), à laquelle Comte donna son expression véri— table (184.0).
Il faut en bien comprendrle le caractère : Jusqu'alors on était resté sur le terrain psycholo gique; la lutte du principe sensible contre l’intelli— gible se passait dans le domaine humain. Elle se transporte maintenant dans celui qui est propre au premier de ces‘ principes, la nature physique ; la psychologie même y sera portée.
D’après le physz‘cz'sme qui est comme la première manière de Saint-Simon, les phénomènes moraux ne sont que des résultats mécaniques du mouvement des fluides; l’homme n’est qu’un animal qui a progressé, les religions n’ont été qu’une étape de sa marche ;
144 L’INITIATION elles doivent faire place à présent à la Science qui, toute entière, se résume en la physique. Les savants constitueront le sacerdoce nouveau ; l’industrie, le bien-être matériel, la réhabilitation de la chair, le règne de l’homme sur la nature sensible ; voilà la fin de la religion nouvelle.
Ce naturalisme humanitaire fournit une période \philosophique très remarquable: c’est la transition bien nette du Principe intelligible au Principe sen— sible. C’est de la science analytique des phénomènes sensibles que l’on attend tout salut, mais, en même temps, la foi dans le Principe humain est si puissante encore qu’elle inspire même au plus naturaliste un mysticisme assez singulier pour confiner au ridicule.
On ne se contente pas de renoncer à tout absolu, à toute pensée surhumaine, on fait un Dieu de l’homme même, le substituant, idole nouvelle, àl’idole qu’on prétend renverser.
Et comme le génie même ne manque pas dans cette passagère aberration, les phi losophes de cette époque saisissent, découvrent dans le monde sensible quelques-unes de ces lois univer— selles qui régissent la synthèse des trois mondes ;. leurs systèmes en empruntent des lueurs étonnantes, qui brillent comme les paillettes argentifères dans la galène : Saint-Simon imagine le pontificat du prêtre social « dispensateur suprême, qui lie, associe et gouverne les «industriels » par la hiérarchie des prêtres de l’ana lyse, des industriels — synarchie véritable, limitée seulement au monde matériel. Enfantin, s’élevant jusqu’à la loi d’amour, mais
LA PHILOSOPHIE MODERNE 145 enfermé dans la même sphère sensible, borne cette loi à l’humanité et n’en voit même la réalisation que dans les angoisses de l’amour physique, dans la duade humaine, sans cesse renouvelée.
Fourier élargit encore ce mysticisme de l’instinct ; la passion elle—même devient la loi fondamentale de l’homme qui, à travers un fatalisme absolu, est appelé cependant à devenir le maître de l’univers; paradoxe des plus ingénieux où la pétition de principes se dis simule profondément cachée (1).
Son mysticisme est bien plus apparent que réel ; il n’emprunte, en fait, à quelques principes ésotériques, qu’un cadre qu’il rem plit assez maladroitement.
Guépin, Pierre Leroux, Toureil, ont puisé plus lar— gement aux sources synthétiques ;mais, toujours éga rés par l’idée préconçue du culte de l’humanité et de la seule satisfaction des besoin’s physiques, ils sont retombés dans ce mysticisme matérialiste bien plus funeste que l’exaltation religieuse parce que,én répon— dant à l’un des besoins les plus profonds de l’être humain, il semble donner un corps sensible à un fantôme aussi mystérieux sinon plus illusoire que ce— lui des fanatiques anthropomorphistes.
Rien n’était plus logique, plus naturel, plus con— forme à la loi du mouvement que nous décrivons que l’avènement, après ces philosophes, des doctrines de (l) Assurément, si l‘homme est absolument livré à la fatalité des ins tincts, son seul salut est dans l'utilisation des passions,_ et dès lors le système est vrai (sauf la psychologie fantastique de Fourier); seulement, comment l'homme s'astreindre-hi à cette direction s'il n‘a pasla faculte de choisir P'Le fatalisme des passions entraîne la guerre et non l'har monie ; comment les règlera—f—il s‘il n'en est pas maître !
146 L’INITIATION Proudhon (1840— 1 860),l'evhémerisme pur (genre 1 1°), efflorescence dans le monde des réalisations de la philosophie de Comte, sublimation de toutes ces doc trines bâtardes dont le faux mysticisme reste au fond de la cornue. Selon Proudhon, toutes les conceptions fournies dans les trois premières époques de Comte sont l’ins— . piration d’un être spirituel réel, mais esprit inférieur, ennemi juré de l’Homme.
« Dieu c’est le mal! » L’homme l’a vaincu parla science ou plutôt le triomphe de l’homme commence, car il est un devenir, une condensation suprême de la nature. Nous voici donc bien désormais dans le principe sensible que nous abordons par sa tête terrestre, l’homme.
La fatalité qui l’a produit comme une écume du bouillonnement atomique reste la seule divinité suprême, aveugle, mystérieuse, si incom préhensible, même pour cette philosophie nouvelle, qu’on se contente de la faire entrevoir sans la définir, presque sans la nommer.
Nous sommes maintenant sur la pente du matéria lisme; les facultés ou les réalisati0ns les plus élevées de l’homme vont tomber dans le domaine de l’anato mie et de la physiologie corporelle, avec Littré d’a bord, appuyé sur le darwinisme et les travaux de Robin ;puis viendra la psychologie physique qui dans ce mouvement nouveau représente comme l’é cole écossaise du monde sensible.
Nous laissons à part l’école universitaire qui, soit par nécessité de l’institution, soit par vocation, s’at-g tache en efforts presque désespérés au spiritualisme
LA PHILOSOPHIE MODERNE 147 en décadence, passant de Descartes à Cousin et depuis à Leibnitz à qui elle arrive à présent, c’est-à—dire se portant par une série de concessions à la gauche de l’éclectisme sans consentir à l’abandon de ce refuge suprême. Les synthétiques n’ont pas manqué non plus à toute cette période, mais ils n’apparaissent que per dus et négligés dans la fumée de la lutte.
Ils sont cependant comme les dépositaires del’avenir, les gar diens de l’Arche, bien qu’ils affectent parfois le carac tère de leur temps ou qu’ils n’aient qu’une con science confuse de leur rôle. Au xvn" siècle, quand l’esprit métaphysique montre encore queïque pouvoir, c’est Poiret, M'“ Guyon et le quiétisme de Molinos.
Les agitations confuses du xvnxe siècle sont souvent, à leur insu, réglées par un ésotériste pur : l’influence de Saint-Martin, le Philosophe Inconnu, est en effet considérable dans les loges maçonniques, inspira trices de la Révolution française.
C’est sur la science positive que s’appuient les éso téristes du XIX° siècle de Fabre d’Olivet à Saint-Yves d’Alveydre, avec Wronski, Lucas et autres, de qui les admirables travaux longtemps méconnus re— viennent au jour, grâce au mouvement synthétique actuel.
Citons encore Buchez qui retrouva l’ésotérisme dans les nuages saint-simoniens, et qui rompt dès lors avec ses amis de la veille. , Nommons enfin, comme se rattachant encore, sinon à l’ésotérisme, du moins à la synthèse, et le plato—
148 L’INITIATION nisme savant et délicat de Fouillée, et l’œuvre trop peu connue de Vacherot; elle se distingue par cette particularité qu'elle se rattache plus spécialement aux traditions orientales. c'est-à-dire à la nuance sensible de la synthèse, non à celle intelligible qui est le propre des traditions occidentales. Caractère des plus remarquables pour nous qui prouve du reste combien ce philosophe ingénieux et fin acompris son époque.
Peut-être sa doctrine servira-t-elle dans un temps prochain à rassembler nos savants analystes comme Schopenhauer et Hartmann tentent de le faire en Alle— magne.
En résumé, la marche de la philosophie française pendant les trois derniers siècles apparaît comme un mouvement du principe intelligible vers le sensible, composé d’une série d'oscillations assez analoguesà celles d‘une aiguille aimantée sollicitée par deux sources magnétiques de forces peu différentes.
D'autre part, la philosophie en jeu est presque tou jours celle du savoir, et plus spécialement celle de la méthode (Descartes, Condillac, Cousin, Comte), ou bien la philosophie du mouvement (des rapports) c’est-à-dire du sentiment , et plus spécialement dans l’intelligible (2° genre) (Bayle, Voltaire, Rous seau, Condorcet, les socialistes, Buchez, de Bonald, de Maistre, Proudhon, etc.).
C’est seulement quand le principe sensible vient à dominer que l’on s’attache de préférence à la philosophie de l'Être, mais en res tant encore dans le 2" genre, soit par l'anthropolâtrie de Comte et de Proudhon, soit par le fatalisme de Littré et de ses disciples.
LA PHILOSOPHIE MODERNE 149 L’Angleterre nous offre un spectacle différent. Elle se trouve dès l’origine attachée au principe sensible en même temps qu’à la classe intelligible, avec Bacon qui est comme caractéristique de ce genre (celui n° 9 du tableau de classification, l’expérimentalisme). Non seulement elle se tiendra avec constance à ce caractère, mais elle le raffinera, elle le spiritualisera progressivement mieux qu’aucune autre nation.
On vient de dire qu’elle se tient à ce caractère d’expérimentalisme (genre 3° de la 2e classe, dans l’or— dre i") ; cela doit s’entendre toutefois en ce qu’elle varie seulement par le genre réciproque (c’est à-dire le genre 2 de la classe 3), la psychologie, dont l’école écossaise est le type, comme Bacon est celui du précédent; c’est là, en effet, que nous trouverons non seulement Hutcheson, Reid, Dugald Stewart, mais aussi Stuart Mill et Bain.
Si Locke semble faire exception en se vouant spécia lement à l’étude de l’origine du savoir qui le place dans la 1re classe, il faut remarquer que c’est par l’observation de l’entendement humain, et qu’il est bien plus rapproché que Condillac du principe intel Iigible.
En sens inverse, Berkeley, dont l’influence paraît du reste fort limitée, tire du sensualisme même son idéalisme à outrance, et se rapproche ainsi de Locke dont il est comme l’ombre. Les philosophes de rapport (ou de mouvement) appartiennent en Angleterre à la classe sensible (celle n" 21) et la plupart sont ou économistes, ou juris consultes, ce qui les rattache au principe humain :
I 50 L’INITIATION Hobbes, (Jumberland, Bentham, Owen, Schaftesbury, Adam Smith. L’histoire de cette philosophie doit donc être à la fois plus simple et plus rapide que les précédentes. On y trouvera, comme en France. la lutte entre les deux principes de l’intelligence et de la nature, mais avec beaucoup moins de confusion et une direction plus accentuée vers le dernier; aussi est-il finalement plus développé que dans notre pays.
Bacon (1620) est presque immédiatement suivi de Hobbes (1650), nominaliste. qui nie toute métaphy sique, borne l’objet de la philosophie à l’étude de la nature physique et conclut à une morale purement utilitaire.
Il est contredit par Cumberland (1672) qui fonde la morale sur la loi du devoir comme antérieure et supérieure à toute convention humaine (à peu près l’impératif catégorique de Kant), en ajoutant qu’elle est aussi le meilleur calcul de l’intérêt individuel. Locke (1690), nominaliste et sensualiste comme Hobbes, reprend la cause naturaliste en la transportant sur le terrain psychologique.
Il croit en un Dieu que la nature seule lui démontre, mais il doute de l'âme, comme du libre arbitre, et réduit la morale aux impul sions du plaisir ou de la douleur. Cette philosophie, encore plus empirique que savante, suscite la réac tion jusqu’à l’idéalisme de Berkeley (I710) qui peut, dans une certaine mesure, se comparer au subjecti visme de Kant.
Berkeley se contenta, en effet, de prouver queles sensations invoquées par l’école adverse ne pouvaientproduire que des impressions subjectives,
LA PHILOSOPHIE MODERN E 151 mais pour en conclure que l’intelligence seule existe, et par elle l’esprit. ’ ' Après lui vient Hume (1747) qui reprend encore une fois, avec plus d’éclat que de solidité, mais avec plus d’ensemble peut—être que ses prédécesseurs, cette thèse que la métaphysique et la psychologie doivent faire place à la physiologie; que l’intelligence humaine ne peut s’élever au delà de la connaissance des rap— ports entre les êtres sensibles; que l’idée de cause n’est que le fruit de l’habitude; que, du reste, les choses sont en un écoulement perpétuel qui ne suppose au— cune cause première, et qu’enfin la morale n’est qu’un instinct sentimental, la science et la vie étant, en fait, diamétralement opposées.
Price (1751) en se bornant à la morale, contredit assez faiblement ces dernières doctrines; mais il se rattache à une école célèbre, celle écossaise, qui, avec Hutchesonl1 72 8)et surtout Reid (I 739), contradicteur spécial de Hume, donne à la lutte un caractère tout nouveau par l’esprit scientifique d’observation précise qu’elle y apporte. , Reid transporte ou rapporte dans le domaine de l’intelligible ce principe de l’observation baconienne, par une psychologie fondée sur l’observation interne, .aidée par l’analogie et l’induction.
En même temps il prend le bon sens (c’est-à-dire le sens spirituel inférieur) pour Critérium de la certitude. Grâce à cette méthode nouvelle, l’école naturaliste pouvait sembler vaincue par ce spiritualisme si vague cependant encore, et avec les armes de Bacon lui-même. Aussi ses défenseurs, qui ne se trouvent plus, du reste, que dans la philo—
I 5 2 L’INITIATION sophie de rapport, restent-ils désormais au second plan: l’utilitarisme de Bentham (I789) et le socia lisme égalitaire du déterministe Owen (I 816).
Le sensualisme et l’utilitarisme ne pouvaient plus se défendre sérieusement qu’avec les armes scienti— fiques de la philosophie écossaise ; la victoire lui revint grâce au génie des deux Mil] et surtout du fils (1843 1869), qui produisit en Angleterre un mouvement aussi important et plus fécond que celui de Saint-Si mon en France.
Stuart Mil] n’admet pas plus que ses prédécesseurs que nous percevions rien autre qu’une série d’im pressions, de modifications internes; mais sa force est dans l’habileté, la finesse et la profondeur avec la— quelle il soutient cette thèse en l’appuyant de deux théories psychologiques dont il peut se dire presque le fondateur, celles de l’association des idées et de l’induction.
Économiste, utilitaire en morale, positi viste dans sa méthode, il ne consent point cepen dant à exclure la métaphysique et la conjecture d’une cause première. Sa philosophie est donc plus étendue et plus élevée que ne l’est en France celle de la même école.
La contradiction ne lui a pas manqué plus qu’à ses prédécesseurs ; son adversaire était du reste digne de lui et de l’estime partagée qu’il lui a témoignée Wheurel (1840-1860), savant plus encyclopédiste encore que StuartMill, fondait la certitude sur l’intui tion, sans refuser toutefois à la sensation le rôle de produire l’idée. Sensations et idées sont pour lui commela matière et la forme des corps; les idées sont
.LA PHILOSOPHIE MODERNE 153 des sensations informées et non pas transformées. Les notions d’espace, de temps, de force, de cause lui semblent nécessaires et non pas dérivées de l’expé rience ; mais il n’appuya ces assertions que des argu ments négatifs qu’il opposait auxingénieuses théories de Stuart Mill ; ce caractère défensif nous le repré sente en un rôle inférieur.
Le digne successeur de Stuart Mill et le plus grand philosophe peut-être de l’Angleterre pouvait venir maintenant recueillir les fruits de tous ces remar— quables travaux et en retirer l’essence.
Spencer (1850 1880) a développé plus et mieux que qui que ce soit les principes supérieurs de la nature autant qu’ils peuvent l’être par une philosophie spécialisée; aussi se laisse—t-il emporter souvent par son esprit synthé tique jusqu’à des hauteurs si voisines de l’ésotérisme qu’il en devient suspect à ses confrères effrayés ou irrités.
Rassemblant toutes les données de la science moderne avec une habileté rare et des aperçus d’un génie un peu subtil, il a, le premier, tracé le tableau complet des connaissances humaines que Bacon avait rêvé dans son Novum organum; aussi Spencer en propose-t-il une classification nouvelle.
Contemplant ainsi le grand Tout des profondeurs terrestres, il s’élève jusqu’à la certitude d’une Force, d’une Substance et d’une Cause première que ses pré- . décesseurs niaient faute de pouvoir la concevoir; seu lement il se contente d’apercevoir cette terre promise qu’il persiste à croire inabordable à l’homme; par cette seule faiblesse il retombe dans les désespérances du naturalisme et de l’utilitarisme. afls-Wa—Kmuaa _, Wa\___an—
154 L’INITIATION Avec lui nous sommes complètement arrivés au principe de la Nature, aperçu même en ce qu’il a de plus élevé. Pour Spencer, l’homme est un produit supérieur de l’évolution. C’est par elle que se sont formées sa morale et ses plus hautes facultés; cepen dant l’homme disparaît ici devant l’évolution du Cos mos dont Spencer nous trace un admirable tableau scientifique.
L’être humain, pour arriver au bonheur, doit assentir et obéir au courant des cycles immenses qui sont comme la voie ouverte à l’évolution, depuis l’apparition de la nébuleuse jusqu’à la mort de l’uni— vers, à travers les phases de l’individuation, de l’har monisation et de la reproduction.
C’est la peinture déjà complète de la Nature Nature’e représentée dans les détails de sa vie, et ce tableau, tracé avec les cou leurs de la science baconienne, constitue un triomphe inouï jusqu’ici.
L’ésotérisme peut en concevoir une grande joie, car ce succès prépare les intelligences à la connaissance correspondante de la Nature Naturante en lui four nissant une base qu’elle avait perdue depuis bien des siècles et qu’elle n’a jamais eue apparemment aussi large et aussi solide. Il est à croire que Spencer fera époque dans l’évolution de la pensée humaine comme préparateur et précurseur d’uneère nouvelle.
Eclairées d’un éclat inconnu jusqu’ici, les vapeurs du mysti cisme allemand peuvent rendre transparents les voiles du sanctuaire au profit d’une masse aussi considérable que jamais d’âmes troublées, anxieuses. Les ésotériques n’ont pas manqué non plus en An gleterre, bien qu’ils y soient plus rares. Robert Fludd
LA PHILOSOPHIE MODERNE 155 (1630), purement cabaliste, trouve beaucoup plus d’adversaires que de partisans; Pordage, élève de Bœhm et maître de l’illuminée Jeanne Leade (vers 1650), n’a pas eu d’influence considérable sur son pays.
Celle de Cudworth (1678) a été plus importante, bien qu’il fût plutôt théoricien, ou peut-être parce qu’il le fut seulement, mais il est bien remarquable que sa théorie porte à peu près entièrement sur la lumière astrale (qu’il explique et justifie sous le nom de mé— diateur plastique), c’est-à-dire sur le principe sensible de l’ésotérisme, tant il est vrai que l’Angleterre est attachée par tempérament au principe naturel.
De même Fludd était principalement alchimiste. . u v Dans cette revue rapide, nous n’avons parlé que des trois nations principales; c’est qu’elles sont, en réalité, les seules qui renferment la vie de cette pé riode; les autres sont, dès lors, dans le corps occi dental comme des organes ou atrophiés ou informes; àquelques exceptions près, ils vivent de la vie des trois principales. .
L’Italie a mis comme les derniers battements de son cœur dans le magnifique élan de la renaissance; après quoi elle s’est pour ainsi dire endormie, de même que l’Espagne, de même que la Grèce, se bor nant à suivre le mouvement général, sans y aider davantage, comme si son principe vital s’était épuisé au profit du reste de l’Europe dans cette transmission de la vie orientale, et qu’il n’y eût point de place utile en Occident en dehors des représentants des trois prin W.»va\ -—-*w >*-k-'w—v.t.«W_ ,\. v\_. .—«M— /
1 56 L’INITIATION I" cipes fondamentaux. Quant aux peuples de l’extrême Nord, on peut les compter encore comme des ado lescents dont l’avenir est peut-être uni au sort de l’Orient. Il est, en tous cas, un fait des plus remarquables, c’est que les rares philosophes illustres que ces nations secondaires fournissent à la période que nous étudions sont des ésotériques ou tout au moins des synthé— tiques presque parfaits.
Contentons—nous de nommer pour preuve : l’ltalien Vice, en 1725 ; . Le Génevois Bonnet (1770) que nous aurions pu fort bien comprendre dans l’histoire française, côté de Ballanche; Les néo-catholiques Rosmini (1830), Gioberti sur tout (1833), en Italie; Balmès (1845) en Espagne; Et l’illustre voyant Swedenborg (1750), en Suède.
Ne semble-t-il pas que, lorsqu’une nation, fatiguée par la vie ou assoupie au berceau, attend dans le sommeil le jour de la résurrection, l’ésotérisme y per siste seul pour éclairer les ténèbres de quelques lueurs comme la lampe solitaire et vacillante que l’on con serve la nuit à la voûte du sanctuaire. F. C11. BARLET. , 24.4...
Wmmfl ._ .. . m. . ‘-...\_. '- ' ‘ PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Méuaema Navama Tout dernièrement notre ami L. Serizier nous entre— tenait de la tendance que les médecins ont actuelle— ment à vouloir guérir les maladies de l’âme, les seules qui menacent de peser à jamais sur notre pauvre humanité, les autres disparaissant peu à peu devant la thérapeutique contemporaine.
Reste à savoir main tenant si cette tendance est justifiée en tout ou en partie.
Le médecin a acquis dans nos sociétés une place presque prépondérante grâce à son savoir, à ses lu mières, à son utilité, à son rôle humanitaire, etc., etc. Je n’oserai jamais dire que cela est vrai — la modes tie me l’interdisant — je me bornerai à le penser et j’ajouterai que cependant il ne faut pas exagérer son rôle, ou du moins celui que certains médecins fin de siècle veulent prendre ! Aujourd’hui tout est folie: Êtes-vous amoureux ? folie! Êtes-vous croyants? folie! Etes-vous athée? ""Ï‘."î"x»‘.
158 L’INITIATION folie! C’est là tout au moins un diagnostic facile. Il est bien entendu que sont exempts d’aliénation ceux qui émettent ces opinions étranges! Est-il bien nécessaire de faire de longues années d’étude pour traiter ainsi ses contemporains? J’en doute! La folie n’est pas déjà si facile à déterminer qu'on la puisse voir ainsi partout, comme si pour quelques-uns un miroir leur réfléchissait constam ment leur image!
Qui a jamais pu délimiter les caractères de la saine raison et ceux de la démence? Tous les inventeurs ont passé pour fous avant que leur idée ait pu faire son chemin; il en est qui le sont devenus devant les ennuis qui leur ont été créés ou devant leur insuccès. Des parents ont pu faire enfermer leurs proches qui les gênaient, et amener ceux-ci à la folie grâce à la contagion ou à l’impuissance de sortir qui les minait.
Et combien d’exemples pourrait—on ainsi donner? Évidemment, la question de la démence est capitale on semble telle au point de vue de la culpabilité ou de la non-culpabilité. Cependant si l’on veut réfléchir, on est en droit de se demander si elle est aussi impor tante qu’on la fait généralement. Ce n’est pas là un paradoxe.
Supposons, en effet, un crime accompli; un forfait épouvantable a été perpétré; on arrête l’au— teur de l’acte — je ne dis pas l’assassin, — alors les questions suivantes s’imposent : L‘accusé est-il fou ? L’accusé est-il sain d’esprit ?
MÉDECINE NOUVELLE t 59 Et même avec les nouvelles idées sur la suggestion et l’hypnotisme: L’accusé n’était-il pas l’instrument d’une volonté étrangère à la sienne? Les réponses sont faciles. Que l’accusé soit fou ou sain d’esprit, voire sugges tionné, peu importe. Il acommis un crime, il a nui à la société, et, si l’on accorde à celle-ci le droit de se dé— fendre, elle devra se préserver du criminel, conscient ou non.
Il n’y aura à choisir que pour la nature du supplice :guillotine ou maison de santé. Mais, dans tous les cas, si la société se reconnaît, — et elle se le reconnaît, le fait brutal de tous les jours nous le dé montre, — le droit de mort, elle doit séparer de son sein l’être gangrené, la bête venimeuse qui la menace. Le rôle du médecin se bornera à chercher la raison ou la démence. S’il se trompe, son erreur a relative ment peu d’importance.
Qu’il prenne pour fou un cri minel ayant sa parfaite raison, celui-ci sera enfermé et il aura beaucoup de chances de devenir fou; ce sera là une légitime punition. S’il prend pour criminel un fou, il aidera celui-ci à être débarrassé d’une vie inu tile, d’un pesant fardeau! Il me semble entendre crier au paradoxe. Peut-être! J ’ai pris intentionnellement les cas extrêmes pour montrer où les exagérations mènent fatalement!
Et ces exagérations sont trop fréquentes surtout parmi une certaine classe de médecins qui voient partout de la folie ou de la suggestion. Ainsi, l’amour est une folie, ou pour le moins une Wn,«fi»« '“' ‘-<' ‘«m \«MMMm»—s'v , - - «>‘-»«r*""‘
160 L’INITIATION maladie nerveuse! Tous les poètes qui l‘ont chanté sont des aliénés ou des malades; tous les amoureux sont bons à lier; les maris qui aiment leurs femmes, des êtres ridicules! Certes, j’admire presque le cou rage de ceux qui émettent ces bizarres idées et qui pourraient s’attirer les légitimes foudres de la gent passionnée.
Heureusement pour eux que celle-ci, tout entière à son bonheur, ne songe pas à mal, sans quoi ces détracteurs de ce qui a été toujours considéré comme la plus belle chose d’ici-bas, passeraient pro bablement un mauvais quart d’heure! Avec ce système,— et l’expérience de tous les temps l’établit incontestablement, —— tous, nous avons été, sommes ou serons fous à un moment donné; c’est rassurant!
Mais un fou même guéri peut retomber dans ses errements; alors qui nous dit que les distin gués écrivains lançant ces étranges théories ne sont pas candidats éligibles ou élus...fous? . o au A côté du mal, le remède! Il parait qu’il y a la suggestion, c’est-à-direl’implan tation, dans le sommeil ou même l’état normal, de la volonté. d’autrui. Il y a même toute une intolérante école qui enseigne cela.
Mais est-ce que tous les jours on ne voit pas un sujet quotidiennement endormi abandonner son magnétiseur ou hypnotiseur ou même plaider contre lui ? Jusqu’ici a—t-on scientifiquement fait commettre autre chose que des crimes imaginaires ou de laboratoire, selon une heureuse eXpression ? Est-ce qu’il est démontré urbi et orbz' que Gabrielle ' &1‘3...
MÉDECINE NOUVELLE 161 Bompard — dont la cause va bientôt se dérouler aux assises — a obéi à une volonté étrangère suggérée hypnotiquement? Pourquoi celle—ci eût—elle été plus tard impuissante pour un second crime? Est-ce que 1es confrontations seraient possibles? Est-ce que les juges mêmes ne seraient pas suggestionnés?
Qu’un esprit fort domine un esprit faible et lui donne la tentation de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose, cela est; mais c’est une tentation, non un ordre fatal. Un individu qui a faim est libre de man— ger ou de ne pas manger, et si la faim — voilà cepen dant une puissante suggestion! —— pousse de pauvres diables à voler, il en est qui préfèrent en mourir et rester honnêtes.
Quand la suggestion hypnotiquea guéri, c’est l’ima— gination du malade qui, mise en mouvement, a déter— miné des courants nerveux régulateurs et l’a sauvé;ce n’est pas sa volonté qui a sombré. "Ces idées sont celles de la saine raison ; et, depuis longtemps, je les ai défendues ici même ou dans mes livres : le Magnétisme devant la loi, l’Hypnotisme (bibliothèque des Merveilles)...
Elles sont toujours d'actualité et il faut souvent y revenir et faire réaction contre des tendances abusives et subversives. Défendre la cause de notre liberté et de nos sentiments les plus chers est certainement un but tentant et suggestif: nous en avons suivi l’impulsion avec plaisir! Dr FOVEAU DE GOURMELLES.
162 L’INITIATION @EGULTlSME RATl@UE MONSIEUR PAPUS, J’ai l’honneur de vous faire part des expériences auxquelles je me livre depuis plus d’un mois, expé riences renouvelées de celles de MM. V. Fernandez, Ivon le Loup et H. Pelletier.
Première Expérience. — Dans une rondelle de liège, j’enfonce verticalement une aiguille la pointe en haut, apyèsy avoir posé en équilibre un rectangle de papier; je place ma main droite en forme de fer à cheval à un centimètre de l’appareil, il se produit un mouvement giratoire continu de droite à gauche; avec la main gauche, de gauche à droite.
J’ai expérimenté pendant quinze jours de suite, le matin, à midi et le soir, avant et après chaque repas,en notant chaque fois les résul tats obtenus. J’obtiens ce phénomène à volonté, je n’ai rien remarqué de particulier si ce n’est que lors que j’étais irrité etle soir, lorsque j’étais fatigué, l’ap— pareil tourne moins régulièrement et par petites sac— cades.
2° Exp. —— Je renverse la main droite, le pouce touche la table, je l’approche de l’instrument en m’efforçant de la tenir à moitié fermée; j’attends quelques secondes: le rectangle de papier tourne en sens contraire, c’est—à dire de gauche à droite ; avec la main gauche, dans les mêmes conditions, de droite à gauche, de sorte qu’avec
OCCULTISME PRATIQUE 163 'nñ':.Æ 1.Î;Êlî"“è _' . la même main j’obtiens deux mouvements différents que je répète à volonté. 3° Exp. — Je place l’instrument sous un verre à pied; regard. volonté, passes magnétiques, rien n’y fait, il reste immobile. 4° Exp. — A la température de 32° centigrades, mêmes conditions que pour l’expérience n° 1, le rec tangle ne marche pas aussi bien ni aussi vite qu’à 20°.
A une température supérieure à celle du corps, impossible de le faire tourner : il oscille dans tous les sens et c’est tout. 5° Exp. — Avec un gant en caoutchouc, immobilité complète. 6" Exp. — Je pose l’un devant l’autre trois de ces petits instruments; leur longueur totale est un peu . moindre que celle de ma main, il y a entre eux juste l’espace pour tourner librement.
Je place ma main droite les doigts allongés à un centimètre: après quelques oscillations, en moins de 30 secondes, tous les trois sont sur une seule ligne parallèlement à ma main; je répète plusieurs fois, tou— jours le même résultat.
Ayant toujours la main droite à la même place, j’approche lentement la main gauche les doigts allongés: arrivée à la même distance que l’autre, les trois rectangles se mettent en travers comme les barreaux d’une échelle; j’ôte mamain droite : après quelques oscillations ils se placent parallèlement à la main gauche et y restent.
7e Exp. — Autour d’un verre à pied de forme demi— sphérique pouvant contenir 200 gr.d’eau je maintiens à l’aide d’un caoutchouc un papier qui enveloppe la
164 L’INITIATION moitié du verre et en dépase le bosrd de la hauteur d’une carte de visite. Dans une rondelle de liège j’en fonce verticalement une aiguille, puis horizontalement trois épingles pour que le flottèur reste au milieu du verre; il faut avoir soin d’en enfoncer une le double des deux autres.
Sur le verre plein d’eau bouillante, l’épingle la plus courte en face le bord du papier qui entoure le verre, vous obtenez, à droite, le même mouvement qu’avec la main droite, à gauche le mouvement de la main gauche; placé sous un grand globe il marche une heure. Voilà ce que j’ai obtenu par mes recherches.
J’ai lu avec un vif intérêt les expériences de M. Vicente F ., Yvon le Loup, Horace Pelletier, mais aucune de leurs conclusions n’est satisfaisante.
Je laisse à de plus autorisés, à ceux qui ont un plus grand nombre de faits le soin de chercher la vraie cause de cette force, mais je me demande si ces phé nomènes sont la confirmation des lois de la polarité humaine, comment il se fait que j’obtienne deux mouvements contraires avec la même main et qu’à une haute température je ne puisse rien obtenir? ‘ LOUIS FAYARD. Rue Victor-Hugo, I4, Lyon. --A’u- . -_
PARTIE LITTÉRAIRE ®Euoueaanaur A M”e DE WOLSKA. Je ne jugerai pasl’étrange aventure que je vais écrire, je ne suis pas de force, non plus, à en tirer une conclu— sion, ni une explication. J’affirme seulement qu’elle est de la plus exacte vérité. Je ne mettrais pas en scène la personne que j'ai le plus tendrement aimée de ma vie, si mon but n’était que de faire un frivole récit.
Tous ceux qui me connaissent depuis longtemps sa— vent que ce n’est jamais sans une profonde émotion que je raconte ce qui va suivre: « C’était pendant la saison des vendanges ; nous étions, ma mère et moi, chez ma grand’mère à la cam pagne, dans une vieille maison située sur un haut pla teau, où se sont passées les meilleures années de ma vie, à courir les sentes mouillées, à ramasser les champignons dans les bois, à cueillir les mûres des buissons, à croquer les fruits verts et à sonner le soir l’an gelus dans une petite église abandonnée, dont notre
I 6 6 L’INITIATION métayer était le sacristain. L’église, le clocher, la cloche, la corde, tout cela ne tenait guère, mais je ne m’inquiétais pas du danger, toute enivrée de la joie d’annoncer à chacun que le moment du travail était terminé, que c’était l’heure d’ôter son chapeau, de s’agenouiiler et de réciter à demi voix la salutation angélique.
Je ne sais pas s’il était bien orthodoxe qu’une petite fille de douze ans remplit les fonctions de son— neur de cloche, mais Sanilon notre métayer n’y regar dait pas de si près et trouvait que mieux que per sonne je pouvais, par l’élan que je savais me donner, m’enlever à quelques pieds du sol, tout en faisant courir dans la campagne le frisson mystérieux de la prière du soir.
Donc, en cette chère demeure si loin de moi et pourtant toujours si près de mon cœur, ma mère et moi avions notre chambre au premier étage, tout à fait à l’angle de la maison ; grand’mère couchait au rez—de-chaussée, directement au-dessous de nous; il fallait, pour aller de sa chambre dans la nôtre, tra verser le salon, la salle à. manger, un vestibule, monter un escalier, suivre un long corridor que coupait en deux le premier étage.
Je vous demande pardon de ces détails, vous allez comprendre qu’ils étaient néces— saires. « Un matin je me réveillai de bonne heure, les vo lets à demi fermés laissaient pénétrer dans l’appar— tement un jour clair et doré.
Je me souviens que mon premier regard fut pour le grand Chiffonnier d’acajou dont je vis reluire les poignées de cuivre; puis, tout à coup, tournant les yeux, j’aperçus.. là..juste au milieu de la chambre, très droite, très grande, me fixant et
DÉDOUBLEMENT 167 n. a... un I .... .. . . .varJ . ...aaw.... me souriant, ma chère grand’mère habituellement endormie à cette heure encore matinale. « Je l’examinai un instant. Elle avait une toilette que je ne lui connaissais pas; elle qui d’ordinaire ne portait que des robes noires était vêtue ce matin—là d’un vêtement violet semé de feuilles blanches bien découpées.
Un châle de couleur foncée se croisait sur sa poitrine; un bonnet de dentelles, pareil à ceux qu’elle mettait le soir, couvrait sa tête. Je remarquai ses bandeaux de cheveux blancs, bien lissés sur son front très haut et très brun. Grand’mère ressemblait exactement aux portraits du Dame, quoiqu’elle n‘eût rien de dantesque, dans l’esprit, la chère et sainte femme!
Mais ce jour-là, tout en la considérant avec étonnement, constatant encore une fois le tendre regard de ses grands yeux noirs, le bon sourire de ses lèvres fermées, je fus prise sans me l'expliquer d’un effroi subit. Au lieu de lui tendre les bras, de baiser son cher visage, je fermai les yeux, je me couchai à demi sur la couverture en me disant: Comme grand'mère mefait peur aujourd’hui!
« Un instant après, sans que j’eusse entendu le bruit de ses pas, je sentis sur ma figure sa caresse habituelle— deux doigts qui me pinçaient légèrement la joue, —- toujours sous le coup d’une inexplicable émotion. Je fis aussitôt cette réflexion. Commegrand’ mère a mis du temps pour venir juqu’au lit ! « Je demeurai là quelques minutes, transie de frayeur, sans oserbouger. Un mouvement de ma mère à côté de laquelle j’étais couchée me fit revenir à moi.
168 L’INITIATION Je lui dit aussitôt que grand’mère était venue et qu’elle m’avait effrayée. -— « Je l’ai bien vue, me répondit ma mère de très mauvaise humeur. Elle est venue sûrement nous ré— veiller pour nous faire aller à quelque messe. Moi aussi elle m’a fait peur !.. Elle est si grande! ajouta— t—elle en se levant. Je vais lui demander ce qu’elle voulait. La pauvre femme ne peut pas nous laisser dormir tranquilles!
' « En un instant jefus par terre. Pour rien au monde je n’eusse voulu rester seule dans la chambre, et en peignoir et en pantoufles nous descendîmes au rez de-chaussée. Rien n’était ouvert; ilétait six heures du matin. « Ma mère, de plus en plus en colère d’avoir été réveillée de si bonne heure, ouvrit vivement la porte de la chambre de grand’mère.
Nous nous attendions à la voir son chapeau sur la tête, son ombrelle à la main, prête à partir pour le petit village où elle allait faire ses dévotions. Quelle fut notre stupéfaction de l’apercevoir en bonnet de nuit, en camisole, en jupon, agenouillée sur son prieDieu, le chapelet à la main! Sa femme de chambre faisait son lit. « Ma mère éclata alors en reproches.
Qu’avait-elle _ besoin de venir nous faire peur, avec sa grande taille, sa grande figure pâle, et ses pas si légers qu’on ne les entendait point! Ne pouvait-elle nous laisser dormir ? Nous étions encore toutes les deux effrayées de son apparition. « Grand’mère s’était levée nous regardant d’un air stupéfait sans comprendre un mot de ce que sa fille
DÉDOUBLEMENT 169 lui disait. Elle n’avait pas bougé de sa chambre. Ma rianne, qui avait son franc parler, étant depuis plus de vingt ans à son service, déclara que, entrée dans la chambre depuis un quart d’heure, elle avait trouvé madame encore endormie.
« Mais alors P — « Tu avais une robe neuve, dit ma mère toute tremblante —— tu étais debout — tu regardais Marié. —— « Oui, m’écriai-je à mon tour, oui, grand’mère, je t’ai bien vue.. et tu m’as pincé la joue avec tes deux doigts, tiens, comme ça.. et tu m’as fait peur..
Grand’ maman ! quoique tu eusses une belle robe violette avec des feuilles blanches, ton beau châle de soie et ton bonnet à rubans gris... (5 Grand’mère se mit à rire —— elle n’avait pas de robe violette ; son beau châle était enfermé dans une boîte à la ville, et son bonnet aussi. Nous étions folles toutes les deux, nous n’avions qu’à aller nous ren dormir tandis qu’elle finirait ses prières.. « Ma mère n’insista pas.
Elle savait que la vérité sortait toujours de ces lèvres, qui ne se fussent pas même permis ce que théologiquement on nomme un mensonge joyeux.
Nous laissâmes grand’mère à son chapeletetnous sortîmes de sa chambre ;Marianne nous suivit décomposée elle aussi. — « Vous l’avez vue ?.. c’est bien vrai? dit notre vieille servante en tremblant. — « Comme je te vois, et Marie aussi l’a vue. — « Alors. c’est signe de mort, dit Marianne en pleurant, car.. moi aussi je vous le jure.. la pauvre madame n’est pas sortie de sa chambre !
170 L’INITIATION « Dieu merci la prédiction ne se réalisa pas !.. Grand’ mère a vécu encore de longues années. Elle a vu les enfants de ses petits-enfants et leur a souvent raconté elle-mêmel’inexplicable histoire de son dédoublement.
La théorie du corps astral, si on la lui eût expliquée, eût d’ailleurs laissé incrédule cette chère âme naïve qui croyait arrêter l’incendie en y jetant son scapu laire, et considérait les étoiles comme des clous d‘or plantés par Dieu dans un azur solide, pour la seule joie de nos yeux. » MANOEL DE GRANDFORD. RBLI®@RAIË’HIB LES OUTRAGES A LA NATURE ET LEUR CONSÉQUENCE Ce livre signé : E.
Noé, et que l’on dirait issu d’un laboratoire d’alchimiste, vient d’étaler ses innombrables absurdités sur le sol parisien. En lisant cet ouvrage -—- ma foi ! fort bien écrit — on pourrait se demanderai la démence a, parfois, des éclairs de raison; car, au milieu de tourbillons insaisissables, un parfum de vérité s’exhale de ce livre, qui traite de la nature animale, comme le jongleurjoue avec des boules.
Aux savants, il appartient de dire si nous sommes en présence de la sagesse ou de la folie, et si l’utopie, rêvée par quelque égaré, peut se changer en vérité. Dans certains cas, cette vérité apparaît aux yeux des profanes; surtout dans le chapitre qui traite de l’alimen tation; dans celui de la caducité précoce. Mais, je ne conseillerai pas aux goutteux de le suivre dans son im précation. Il les traite d’une belle manière: défaut de "‘ ‘ - .-> -lf_..
BIBLIOGRAPHIE I7l dignité, dit-il; matière grossière et insatiable, et il les accuse d’un défaut capital. Je n’ose l'exprimer, il me faudrait pour cela employer du latin, et j’engage ceux qui ne connaissent pas cette langue à deviner ce qu’il veut dire. Ce sera facile, car l’auteur est malheureusement trop clair dans son style, bien que le titre de cet ouvrage ne concorde nullement au fond moral, qui est l’essence de cette œuvre.
POURQUOI PARABRAHM S’EST-IL DIFFÉRENCIÉ ? (question connue, de M. Lermina) Permettez—moi de développer ici ma manière de trai— ter cette question, qui à juste titre intéresse tant les chercheurs de la vérité. Je fais cela pour vous soumettre un échantillon de mon entendement des choses occultes auquel on pourrait juger de mes progrès et de mes capa cités.
Il me semble, avanttout, que la question énoncée plus haut est uniquement causée par la conception del’absolu, comme étantÿune fois complètement homogène. Cette conception, nous l’avons par l’analogie de la ma tière terrestre environnante, que nous voyons se trouver dans l’état d'un rep05 parfait, ou bien donnant lieu à des phénomènes et à des produits matériels nouveaux.
De là cette question qui a tourmenté toujours l’homme: l’origine des choses. L’observation rigoureuse cepen— dant exclut l’idée d’un repos absolu et nous mène au contraire à l’idée d’un mouvement absolu. Ce dernier est lié toujours avec le changement des formes ; la vie une, l’absolu, comme enseigne notre‘science occulte, a cela pour ses attributs.
Nous admettons le mouvement éternel de la substance de l'absolu, pourquoi donc s'ima giner l’absolu une fois en mouvement et homogène? L’idée du mouvement est nécessairement relative ; si l’absolu est en mouvement, il est dans un mouvement d’une inten sité différente. (Je crois que ce sont ces points neutres de
I 7 2 L’INITIATION l'auteur d‘une note sur le même sujet, insérée dans un des derniers numéros de l’Initiati0n.) Ce mouvement, comme tel, estlié inséparablement avec une différenciation etpar là avec la relativité de l'absolu. Nous sommesvenus ainsi a ce que l’absolu ne pouvait pas être homogène — et par conséquent ne pouvait donner lieu à aucune différencia tion, parce qu’elle existait éternellement.
Si on suppose l’homogénéité de l’absolu, comme on l‘a supposé toujours, on ne peut se passer de deux hypo thèses : ou l'absolu était incité de dehors, ce qui est illo gique(l’absolu letout), ou bien l’absolu possède la volonté.
Cette dernière conception de l'absolu tranche toute la question ; il me semble que c'est celle des religions éso tériques qui, pour apaiser la soif de l‘humanité après l'origine des choses, ont fait pour les masses un excré risme avecle Dieu personnel incitant du dehors, comme pouvant être mieux compris et suffisant pour leurs besoins.
L’homogénéité primitive de tout donne aussi lieu à des questions touchant la conscience et le libre arbitre de l’absolu, mais ces développements ne sont pas ici nécessaires vu la manière de traiter la chose que j'ai admise.
W. @R©UIPE itnna’eanaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’Initiation SÉANCE D’OUVERTURE La séance d’ouverture des conférences du groupe a eu lieu le vendredi 17 octobre devant une assistance aussi nombreuse que choisie. Le monde diplomatique et l’aris
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 173 . _ fl| r. .ïr tocratie étaient largement représentés parmi les cent cin quante assistants.
Papus a fait une conférence sur les origines ésotériques du christianisme, Lucien Mauchel a fait l’historique du groupe depuis sa fondation et a énu méré les succès sans cesse croissants; mais le succès de la soirée a été pour Émile Goudeau, qui a enlevé les bra vos unanimes de l’assistance en déclamant l’une de ses poésies les plus belles et les plus philosophiques, la Revanche des Bêtes.
Tous les quinze jours à partir du I7 octobre, séance générale ouverte à tous nos lecteurs qui demanderont une invitation, 29, rue de Trévise. IMPRESSION DU « VOILE D’lsrs >> Le succès croissant de notre groupe nous a décidé à faire un nouveau sacrifice. Le Voile d’Isis, notre organe hebdomadaire, paraîtra désormais imprimé typographi— quement, dans un format supérieur à celui qu’il avait jus qu’à présent.
L’abonnement annuel sera servi à toutes les personnes inscrites jusqu’à ce jour sans tenir compte des numéros qu’elles ont déjà reçus et sans augmentation de prix. Pour les nouveaux abonnés le prix de l’abon nement est porté à 5 fr. par an, primes comprises, car le Voile d’Isis donnera souvent des primes gratuites à ses lecteurs. Le Voile d’Isis est le seul organe hebdomadaire de ce genreparaissant en France.
Le Groupe indépendant d’étu— des ésotériques donne par là encore une fois raison à sa prétention d’être à la tête du mouvement spiritualiste en France, tant par l‘importance de ses publications que par le nombre sans cesse croissant de ses adhérents et de ses branches. NOUVELLE BRANCHE La charte nécessaire à la fondation d’une nouvelle
1 74 L’INITIATION vl", branche a été envoyée à Clermont-Ferrand (Puy—de— Dôme) où est établie déjà une loge du S.'. I. ' . . oa. A Lyon, plusieurs discours ont été prononcés lors de l’ouverture de la branche « les Indépendants Lyonnais ». On trouvera le résumé de ces discours dans le Voile d'Isis. Nouvmuas ®waasms CONFÉRENCE DE SENS.
M. L'“, président de la branche du Groupe à Sens, aidé de quelques membres dévoués, avait organisé une conférence au grand théâtre de cette ville. Cette conférence a réussi au delà de toute espé— rance. ' Nous extrayons du Républicain de l’Yonne le résumé de cette conférence: äas fiaientes secrètes dévailéas Conférence faite à Sens par M. PAPUS, conférencier de la salle des Capucines, oficier d’Académie.
Quatre à cinq cents personnes ont assisté dimanche à— la conférence de M. Papus; elle a été, ainsi qu’on s’y attendait, intéressante. C’est avec un tact parfait que l’orateur a su parler avec clarté d’un sujet des plus déli— cats. A l’aide d’ingénieuses comparaisons, il a mis à la
.._.. , > LES SCIENCES SECRÈTES DÉVOILÉES 175 portée de tous ces théories si abstraites de l’occultisme sur le monde, sur l'homme, sur l’âme et sur la vie.
Nous analysons “brièvement cette belle causerie qui a été divisée en deux parties : dans la première, l’orateur s’est attaché à définir la constitution de l’homme; il a ré servé la seconde à l'exposé des expériences nouvelles qui tendraient à prouver à la fois l’existence de l’âme et sa pérennité.
' La science a besoin, comme les armées, d’éclaireurs, de hardis soldats qui sont trop souvent sacrifiés; maisil ne faut pas en vouloir aux corps Scientifiques, aux Acadé - mies, si les découvertes nouvelles ne sont acceptées par elles que tardivement. Il en est de la science comme du langage: l’Académie française n’admet que les mots qui ont déjà été consacrés par l’usage.
Il en est ainsi des vérités scientifiques qui n’entrent dans les corps savants que pour y recevoirla consécration définitive, le baptême de l'immortalité. Les idées des savants sur la constitution de l'homme sont, encore à l’heure présente, contradictoires : les uns, les matérialistes, n’admettent que l’existence du corps visible, animé en raison d’une propriété peu connue qui serait adéquate à la matière elle-même.
Les panthéistes admettent deux principes, le corps et la vie; le premier en se dissociant à la mort rendrait à la nature, ou réser voir commun, la force ou vie qui le faisait agir. Cette force en se répandant au dehors serait chargée de mou voir d’autres êtres. Les occultistes à leur tour professeur que l’homme est composé de trois parties. et, pour bien mettre en relief ces trois principes, M. Papus a fait une curieuse com paraison.
Examinez, a-t-il dit, une voiture traînée par un cheval: le véhicule nous représente le corps, inerte par lui-même; le cheval sera la vie, force qui le fait mouvoir, et le cocher sera la personnification de l’âme, chargé de diri ger le moteur et sa charge.
Les passions son} des forces attachées à la vie; dans la colère, par exemple, la force inintelligente par elle-même prend le dessus : c’est le cheval qui est emballé, il n’obéit plus au conducœur. 5 N
176 L’INITIATION Supposez qu’une force extérieure intervienne, que le cocher soit ligotté, l’attelage pourra ,pbéir à la volonté extérieure qui prendra la place du cocher, et vous avez là une figure de ce que produisent les phénomènes d’hyp notisme. connus de toute antiquité, décrits avec toutes leurs phases par des expérimentateurs consciencieux, sous le nom de magnétisme, bien longtemps avant que la science officielle ait daigné s’en occuper.
C’est ce qu’elle appelle aujourd’hui l’hypnotisme.
Les médecins de l’école de Nancy ont fait une expé— rience absolument concluante et désormais fameuse; il est utile de la rappeler en peu de mots : Un sujet mis en état de réceptivité hypnotique a produit des faits qui sembleraiem miraculeux, si on ne savait que le surna turel n’existe pas. — Ce sont les stigmates; ces plaies sanguinolentes se sont formées d’elles-mêmes, pour ainsi dire, à une heure indiquée d’avance, laissant couler dix à douze grammes de sang, selon l’indication de l’expéri mentateur.
Un autre sujet ayant reçu un vésicatoire sur un. bras et sur l‘autre bras un corps inerte, l‘expérimen tateur a fait -— toujours à heure fixée d'avance, — se produire, par la seule action de sa volonté, sur le sujet, une plaie vésicante sous la lamelle de bois, tandis que le' véritable vésicatoire n'avait produit aucun effet sur l’autre bras.
Ces expériences prouveraient bien que la force vitale, même dans les fonctions réputées inconscientes, agit toujours sous l’impulsion d’une volonté quelconque, intérieure ou extérieure à l’homme. Ce point est à retenir, il met en pleine évidence la prédominance de la volonté sur la matière.
Dans la seconde partie de sa conférence, M. Papus s’est arrêté longuement sur les incroyables expériences de savants dont on ne peut mettre en doute la bonne foi» Ces savants après tout, s’ils avaient entendu se jouer de la crédulité moderne, risquaient gros jeu puisque leur réputation longuement acquise était l’enjeu de leurs affirmations. .
Les phénomènes décrits par l’un d’eux, Crookes, émi nent chimiste, membre de la Société royale de Lon-y dres, étaient tellement extraordinaires, qu’il a voulu .
s,æ.b . LES SCIENCES SECRÈTES DÉVOILÉES 177 réunir toutes les précautions possibles pour se garantir contre les causes d'erreur : opérant avec des médiums (on appelle ainsi des personnes capables d’extérioriser leur force), il a voulu les étudier chez lui —— dans sa pro .pre maison, pour être bien certain qu’il était à l’abri de toute supercherie.
Il s’est fait assister de plusieurs sa— vants aussi sérieux que lui-même et, se méfiant de ses propres sens, craignant, malgré Ses précautions, d’être — ainsi que ses collègues -— le jouet d’hallucinations, il a construit des appareils mécaniques enregistreurs. . Il apesé les sujets avant et après les séances.
Il a dis— posé des appareils photographiques et il a obtenu, en pleine lumière, des apparitions d’êtres matérialisés à tel point qu’ila pu les étreindre, les ausculter, compter les battements de leur pouls et — fait absolument probant — en obtenir d’excellentes photographies. Aussi, fort de ces précautions, Crookes a-t-il pu appe ler sur ces phénomènes l’attention du monde savant.
Il dit : a On peut déjà difficilement admettre que j’aie pu, avec six autres personnes, être le jouet d’une même hallucination; mais les plaques sensibilisées de mes appareils ne peuvent pas, elles, être impressionnées par autre chose qu’un objet réellement existant et visible — je ne dis pas que cela est possible, JE ms QUE CELA EST. ) Pendant plus de deux ans, dans des séances répétées un nombre considérable de fois, plusieurs fois par semaine, il a obtenu la Maiérialisation fréquente d’un être qui s’entretenait avec lui-même et avec l‘assistance — sa famille et ses collègues — et qui a pris le nom de Katie King.
Quelqu’ un lui disait un jour ironiquement: « -— Vous êtes donc spirite ? -— Non, répondit Crookes avec esprit, je suis chimiste. — Enfin vous croyez aux esprit ?— Je crois à Katie King. » D'ailleurs, les expériences de Crookes sont corroborées par celles d’Aksakoff, savant russe à Saint-Pétersbourg, . de Zoéllner, astronome berlinois, de Paul Gibier, élève de Pasteur, àcette époque aide-naturaliste au Muséum de Paris, aujourd’hui directeur aux États—Unis d’un institut antirabique. Aksakof‘fa obtenu des moulages en paraffine qui défient .-A.—I ! -II .._1'A&__—_n—.L
178 L’INITIATION toute critique. Imaginez qu'une main soit plongée d’abord dans la paraffine chaude et, immédiatement ensuite, dans une envette d’eau froide. une mince enveï loppe de paraffine prend aussitôt la forme de la main.
Eh bien, si cette main appartient à un être vivant, il est : impossible de retirer le moule sans le briser; si ce moule au contraire —et c’est le cas— enveloppe un être capable de se dématérialiser, on aura un léger moulage sans sutures. Aksakotî a pu obtenir ainsi plus de soixante empreintes, non seulement de mains, de pieds, mais de têtes sur lesquelles aucune solution de continuité n’existe, malgré le rétrécissement du cou et du poignet.
Ces faits sont graves. Ils s’imposent à l’attention, à l’observation la plus minutieuse de nos savants ; et s’ils sont exacts, les conséquences en sont incalculables. Douze millions de spiritualistes admettent présenter ment la réalité de ces phénomènes — qui sont acceptés aussi par des revues scientifiques très sérieuses. Il nous faut une complète lumière. Messieurs les savants, travaillez.
LANCIEN-CLERC.‘ LE MOUVEMENT A LONDRES. —A la suite de sa conférence de Sens, Fapus s‘est rendu à Londres pour se rendre compte personnellement de l‘importance du mouvement en Angleterre et pour entrer en relations avec les repré— sentants locaux des fraternités occultes. Le mouvement bouddhiste dirigé par le capitaine Pfoundes est en pleine prospérité et compte plusieurs centaines d’adhé rents.
Le mouvement spirite gagne peu à peu quoique lentement. Il n’en est pas de même de la Société théoso phique, de plus en plus décriée à Londres ainsi qu’en France. La découverte de l'origine réelle des fonds em ployés pour la propagande, adéfinitivement écarté de cette société toutes les personnes sérieuses; de plus, les révé lations du Sun du 30 juillet 1890 ont aussi ouvert les yeux de beaucoup de naïfs.
Nous rappelons qu’à la suite de certaines découvertes, Papus a demandé son exclu sion immédiate de ce milieu. Son désir a été satisfait
. l . ‘3‘ ,_v/ rVvw—r - î n 4. I LES SCIENCES SECRÈTES DÉVOILÉES 179 après de timides essais d’explication. La France ne comptera bientôt plus de membres de cette société, espé. tons-le pour le bien du spiritisme et du spiritualisme. ‘k x4> Pendant son séjour à Bruxelles, Massenet vient de promettre sa collaboration à une œuvre d’une. forme bien nouvelle dans sa multiplicité. Voici comment nous l’explique son auteur, F. Vurgey.
Sous le titre : Pantaxe trois paroles constituent l’œuvre littéraire tendant à l’ex pression de la cardinalité philosophique. Son esprit comme sa forme inaugurent un mode littéraire, le numé ' tisme, meilleur que le symbolisme imparfaitement ana— logique. Absplue dans sa portée , l’œuvre exige une interprétation complète.
C’est pourquoi, épuisant toutes les formes d’art, ce triangle est parfait d’abord en un triptyque (le premier légitime, parce que nécessaire dans sa forme) de l’iconographe Fernand Khnopfi'. Puis, dans ce cadre plastique, M. Antoine, le directeur du Théâtre libre, dramatise l’œuvre littéraire aux accents de la tri logie phonographique qu’y fait correspondre Massenet.
Ainsi, littérature, drame, peinture et musique s’unissent dans une expression simultanée de la pensée génératrice. Massenet qui a dé)à promis son Werther à M. Antoine, est enchanté de cette collaboration. # 1* Le professeur H. Durville, directeur du Journal du Ma ne'tisme, rouvrira son cours pratique de magnétisme app iqué à la ph siologie et à la thérapeutique, le samedi 6 novembre,à l’ nstitut magnétique, 23, rue Saint-Merri, Paris. * 31-”!
Une revue d’art illustrée vient de se fonder à Bruxel les, sous le titre : Les Salons. Elle publiera chaque semaine quatre planches phototypiques, réalisant, à un très bas prix, le désir si souvent exprimé par les artistes et les dilettanti d’avoir enfin un pénodique digne de l’art national.
La première livraison des Salons est consacrée aux œuvres exposées au Salon triennal de Bruxelles, de MM. Juliaan Dillens, Georges Hitchcock, Nicoias Vanden Eeden et L.-J. Anthonissen.
1 80 L’INITIATION ,., .wa TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE 0CGULTE Ce volume est actuellement à l’impression. Le manus crit comprenait 1,600 pages qui, vu la grandeur choisie (grand in-8), forment environ 600 à 700 pages d’impres— sion. Afin d’aller le plus vite possible, l’éditeur, M. Carré, n’a pas hésité à choisir une des meilleures imprimeries de Paris, celle du zlfoniteur.
On peut donc assurer que dans deux mois l’apparition de la 5° édition du traité de Papus pourra se faire. Voici la table des matières de ce volume entièrement refondu et augmenté considérablement: INTRODUCTION A L’ÉTUDE DE L’OCCULTISME Prolégom’enes LA SCIENCE OCCULTE. — SON EXISTENCE. —SES FONDEMENTS sa MÉTHODE CHAPITRE PREMIER. — La Science et l’Instruction dans l’antiquité. — Définition de la Science occultes.
5 1.— La Science de l’anti uité. q 5 2. — Les découvertes des modernes connues des anciens. —- Science des Chinois. 5 3. — L‘Instruction dans l’antiquité. —- Initiation aux mystères sacrés. CHAPITRE II. — La Méthode de la Science occulte et ses applications. 5 I. — L’Analogie. 5 2. ——-Le Ternaire.—Opérations inconnues sur les nombres. — Sens mystique des nombres. —- Tra— vaux de Wronski et de Charles Henry. 5 3. — Résumé. ' .. .nu_n n.‘
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 181 P‘ remière partie LA DOCTRINE CHAPITRE III. — La Vie universelle (Cosmogonie). 5 I. — La Vie universelle. 552. — Marche de la vie. — L’Involution et l’Evolution_ 5 3. —— Le Transformisme. — La Chaîne planétaire, -- La « Vague de vie > dans un monde. 54.. — La « Vague de vie » dans une planète. — Quelques mots de l’histoire de la terre. — Les Races humaines.
5 5. — La < Vague de vie » dans une race. — Quelques mots de l’histoire de la race blanche. 5 6 -— La « Vague de vie » dans l’homme. — La Sain teté. —- Le Nirvânâ. 5 7. — Résumé. CHAPITRE IV. — L’Homme (Androgonie). 5 I. -— Constitution de l’homme. — Les trois prin cipes. 52. — Constitution de l’homme. — Les sept prin— cipes. CHAPITRE V. — La Naissance (Psychurgie), 1" partie. 5 r. — LaNaissance. — Développement d’un végétal.
52. —— Embryon végétal et embryon humain. 5 3. —- Développement de l’embryon humain. 5 4. — Incarnation de l’âme dans le corps. — Époque de cette incarnation. CHAPITRE VI. — La Mort (Psychurgie), 2° partie. .L’AME APRÈS LA MORT. — SON ÉTAT. — SES TRANSFORMATIONS CHAPITRE Vil. — Communication avec les morts. -— Le Spiritisme et ses théories.
182 L’INITIATION q... ._;vvw 2° partie LA TRADITION A. — Des Origines du Christianisme CHAPITRE VIII. — La Science des Egyptiens et la Genèse de Moïse. âI. —— La Tradition. —— Moïse et la Science de l’Egypte. — Le Système de Champollion et l’Oc cultisme. 5 2. — L’Origine du langage et les trois langues mères. — L’hébreu est la langue des mystères égyp tiens.
CHAPITRE IX. — Histoire du Sep/ter de Moise (La Genèsa) depuis sa rédaction jusqu’à nos jours. CHAPITRE X. — La Genèse. — Les trois Sens dévoilés. (Traduction in extenso des dix premiers chapitres, par Fabre d’Olivet.) CHAPITRE XI. — Résumé méthodique de la Kabbale. A. Partie systématique. 5 I. — Exposé préliminaire. -—- Division du sujet.
5 2. — L’Alphabet hébraïque. — Les vingt-deux lettres et leur signification (étude de chacune des lettres). ‘ 5 3. — Les noms divins. 54. — Les Séphiroth (par Stanislas de Guaita). — Les tableaux de correspondance. B. Partie philosophique. 5 5. — La philosophie de la Kabbale. — L’Ame d’après la Kabbale. 56. — Les Textes. — Le Sepher Jesirah, les trente deux voies de la sagesse. —- Les cinquante portes de l’intelligence. LA TRADITION B. Du Christianisme aux temps modernes CHAPITRE XI]. — Les Origines du Christianisme (le Poly‘
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 183 1'“ -«...;,... , théisme et la Gnose). —-La filet/rode de transmission de la tradition. g 1. — L’Esotérisme. — L’Exotérisme. — Le Culte. 22. La Tradition exotérique de Moïse au Christia nisme. -— Les Mythologies. 5 3. — Les Origines du Christianisme. 54. — La Gnose. CHAPITRE XIII. — La Tradition au moyen âge. — L’AI chimie (Traité méthodique et complet d’alchimie).
CHAPITRE XIV. — La Tradition aux temps modernes. — La Franc-Maçonnerie. 5 I. — Le courant alchimique. — La Rose-Croix. 5 2. ——-Origines de la Franc-Maçonnerie. SES. -—— Les trente-trois degrés de l’écossisme et leurs secrets. 5 4. —- Perte de la tradition. 5 5. -— Les Textes. -— La Légende d’I—Iiram et, son ésotérisme. CHAPITRE XV, — La Tradition orientale. -— Résumé.
CHAPITRE XVI. —-— Importation de la tradition ésoté rique d‘0rient en Europe. —- Les Bohémiens. CHAPITRE XVII. — Histoire résumée du mysticisme par Wronski. 3‘ partie LE MONDE DES INVISIBLES ET LA DIVINATION CHAPITRE XVIII. — Le Visible‘et l’Im’isible en l'homme.
CHAPITRE XIX. — Exemple d’une science de Divination — La chiromancie. (Traité méthodique et complet avec une foule de données inédites.) CHAPITRE XX. —— Le Visible et l’Invisible dans la Nature. — La Magie. 5 t. — L’ldée. — La Vie et la Matière. — Le Magné tisme et le Spiritisme. g 2. — La Magie et le Corps astral. qui;
184 L’lNITIATION 5. -—- Microcosme et Macrocosme. — L’Astral. — L’Elémental et l’Elémentaire. — Rôle occulte des satellites. ( ä 4.‘ CHAPITRE XXI. — Les tableaux analogiques et les figures magiques. -— Procédés de construction et d’explication. Conclusion ' CHAPITRE XXII. — La Science expérimentale et l’Occul tisme contemporain. — L’Initiation et le Groupe indé— pendant d’études ésotériques. 5 5.
Histoire de la Tradition de 1750 à 1890 dans toutes ses branches. — Tableau résumé. Appendice Renseignements complémentaires. — Ce que c’est que la Sacie'te' Théosophique. — Mise en garde contre la tromperie. GLOSSAIRE DE LA SCIENCE OCCULTE lBULJLE’E‘IIIN Magouruua L’AVENIR DE LA FRANC-MAÇONNERIE. Chacun comprend décidément en Maçonnerie que cette institution n’est pas à l’heure présente ce qu’elle doit être.
Aussi voit-on tous les maçons, soucieux des intérêts de leur ordre, se préoccuper vivement des me sures à prendre en vue de remédier à l’état.actuel des choses. De nombreuses solutions sont naturellement propo sées. Toutes tendent à modifier profondément la situaf tion actuelle ; mais toutes n’ont pas en vue la réalisation d’un même idéal. _ .‘.._-"-.__._u.: - " EUH—:g.r;g_ l“ .._.
BULLETIN MAÇONNIQUE 185 Sous ce rapport, les maçons se partageaient jusqu’ici en deux camps : l’un ayant pour drapeau le progrès dans le sens d’un modernisme ennemi de toute tradition ini» tiatique ; l’autre fidèle, au contraire, aux usages anciens, justifiés par leur haute portée ésotérique.
D’une part,la était considérée comme uneins titution vieillie, qu’il faut se hâter de rajeunir, en la débar— rassant de formes surannées et de coutumes discréditées On reprochait, en d’autres termes, à l’ordre maçonnique de n’être pas assez 4I fin de siècle » et l’on s’ingéniait à le rendre plus conforme au goût du jour.
D’autre part, on s’attachait à enrayer la manie des ré— formes mal comprises, en défendant tout ce qui est sym— bolique et traditionnel contre le vandalisme iconoclaste des maçons ignorants. On s’efforçait aussi de ramener la Maçonnerie vers la pratique effective et sérieuse de la Véritable initiation. - Ces deux courants d’opinion s’étaient seuls affirmés distinctement depuis quelques années au sein de la Ma çonnerie française.
On a pu voir en particulier dans ces derniers temps les loges parisiennesdevenir le théâtre de joutes oratoires provoquées par la question du main tien ou du rejet du symbolisme maçonnique. Ces débats absorbèrent même à tel point l’attentiOn que certains faits importants purent passer totalement inaperçus.
Nous voulons parler de tout un mouvement nouveau qui se prépare en maçonnerie : mouvement avec lequel on ne pourra bientôt plus se dispenser de compter, car il paraît de nature à absorber en grande partie les deux autres. _ Ce mouvement prend tout à fait l’allure d'une véritable conspiration.
S’étendant sans bruit, il englobe graduel lement tous les maçons ayant donné des preuves d’une indomptable énergie et connus comme partisans décidés d’une puissante action révolutionnaire occulte. Les nouveaux venus ne voient dans le symbolisme et les rites initiatiques qu’un intérêt assez secondaire.
Ils refusent de donner dans ce qu’ils appellent le mysticisme et considèrent volontiers les adeptes de l’ésotérisme comme des rêveurs perdus dans les nuages de spécula— tions abstraites, dont l’actualité ne se fait guère sentir à «-,;,..æ_ . ..
I 86 L’INITIATION - .---g-.I_. ' “- w. _,1 i une époque où il faut avant tout être pratique et prêt à l'action. Quant aux maçons agnostiques, nos conspirateurs les mettent carrément à leur place.
Ils ne vont pas par quatre chemins pour déclarer que ce sont tout simple— mentc des imbéciles ), —- des moutons de Panurge sui vant aveuglément la. direction que l’opinion commune imprime à leurs idées », -—-des instruments inconscients de certaines menées ambitieuses.
Il s’agit dès lors d’empêcher que ce troupeau naïf, mais plein de bonne volonté au fond, ne devienne la proie de certains loups hypocrites, qui n’ont eu que trop long— temps carte blanche. Peut—être regrette-t-on bien un peu sous ce rapport, que la M.'. se soit départie du c-«ractèretragique que ses adversaires se plaisentà lui prêter.
On ne demande pas, sans doute, à tuer physiquement tout parjure man quant à des engagements librementcontractés, mais on se dispose du moins à ne point laisserles coupables impunis et cela en les frappant d’une mort morale à laquelle ils ne sauraient échapper. Ce qui précède doit suffire pour faire entrevoir au lec teur la direction en laquelle semble vouloir s’engager la maçonnerie contemporaine.
Assurément il y a là un sym ptôme de crise prochaine qui pourrait bien éclater avant que les initiés n’aient réussi à conjurer le danger.
Leurs efforts pour éviter les secousses d'une révolution sociale violente pourraient bien alors rester infructueux, ce qui les obligerait nécessairement d'ajourner leurs projets d’organisation initiatique et de céder la place à des hommes déterminés, ne craignant point, le moment venu. de retrousser la manche pour faire la bes‘ogne. Iln’y aen cela, du reste, qu’à attendre les événements.
Ils approchent, et puisque les gens expérimentés sentent v. venir l‘orage, que’ chacun se tienne ‘a son poste, prêtà faire son devoir. - OSWALD \VIRTH, Membre du groupe maçn. d’études initiatiques
REVUE DES REVUES 187 w.-‘ REVUE DES VUES Septembre-Octobre I 890. (Articles signalés). OCCULTISME Un nouvel organe d’occultisme a pris naissance en ' septembre 1890 à Bagnères—de-Bigorre, tinel'Eclaireur. Il est dirigé par MM Paule Janick et a comme rédacteur en chef notre savant ami René Caillié. Cet organe se rattache à la Fraternité de l’Etoile. Ses deux premiers numéros sont fort intéressants.
Tous nos souhaits de prospérité à notre nouveau confrère. * Ai e» L’Etoile, très belle poésie de JHOUNEY. Entrevue du tzar et de l’empereur d’Allemagne. Étude curieuse sur Loyola soeialiste, par l’ABBE ROCA. (Numéro de novembre). L’Absolu, la Trinité etle Christ par Alber Jhouney. — Art. de l"ABBÉ ROCA, suite des études de, René Caillié et surtout traduction de Sun du 30-juillet 1890 sur les tronzperies de la Société Théo sophique.
Nous possédons ce document ainsi que bien d’autres que nous enverrons à notre confrère sicela peut lui être de quelque utilité. Q «V-h L’Aurore, organe du Christianisme ésotérique, suite de la traduction d’Anna Kingsfort : la Voie Parfaite. * star L’Anti-Egoi‘ste, bulletin de la Société d'altruisme (Nantes). Ce bulletin est fort bien fait maintenant et prendra sous peu une des premières places parmi les revues de ce genre.
Le dernier numéro contient un fort bel article sur les Châtiments corporels dans l’Armée et une étude de réelle valeur intitulée les Ondes du Soi, rêverie littéraire et psychique. Amaravella doit avoir passé par là. ‘\
(88 L’INITIATION ‘k #3» La Religion Universelle (Nantes), organe de solidarité et de régénération sociale (septembre 90). Bel article de FABRE DES ESSARTS sur Jeanne d‘Arc vietorieuse. Suite des études sociales de CHARLES FAUVETY. Dans cette revue, un écrivain fort instruit, M. P. F. COURTÉPÉE, fait une série de très belles études sur le Bouddhisme.
SPIRITISME Dans le Spiritisme, notre excellent confrère Gabriel Delanne commence une série d'articles intitulés Spiri tisme et Occultisme. Dans la première étude quelques erreurs seulement à si naler, entre autres celle qui consiste à considérer loccultisme comme ne tirant ses idées que de l’antiquité. Plusieurs fois déjà nous avons eu occasion de détruire ce préjugé.
L’occultisme applique la méthode des sciences ésotériques, l’analogie, aux sciences expérimentales contemporaines; de là des idées nouvelles sur beaucoup de questions, y compris la question si complexe des phénomènes spirites. Quant à la négation de l’idée du Progrès, c’est la un doux rêve qu’aucun occultiste n’a jamais défendu.
Dire que nous connaissons mal les anciens, que nous avons une idée trop arrêtée sur laloi du Progrès,c’est faire de la Science et chercher àéclairer certains points obscurs d’histoire, mais non pas nier l’existence du progrès. Louis Lucas (et non pas Pierre Lucas, cher confrère) a fort bien «lé veloppé toutes ces données.
Mais ce sont là des points de détail et nous ne doutons pas que Gabriel Delannç n‘évite ces petites erreurs dans ses prochains articles qui ne peuvent manquer d’être fort intéressants pour les lecteurs du Spiritisme. * 'I-4 Revue Spirite (octobre). La folie à deux et les appa ritions par le COMMANDANT DUFILHOL, et suite des études de MARCUS DE Vi:zn sur l’intolérance religieuse, plus de nombreuses lettres de diverses personnes. (Novembre).
Bonne revue de la presse. Études sur les Jésuites par MARCUS DE VÈZE.— Discours de M. LAU RENT DE FAGET à la société de Spiritisme scientifi que, etc. i 1 «‘ Moniteur Spirite et Magnétique (octobre). Spiritisme et hypnotisme par D. METZGER. Début d’une étude qui promet d’être intéressante; nous en reparlerons par la
y, y .— 1 .( rfllfl.T-nr‘."fll v. w . > v "' \ 'l . 1 ' ’ REVUE DES REVUES , 189 suite. Bulletin parisien, toujours fort bien fait, par B. SYLVAIN; il y parle de Home à propos des calomnies de M. Pierre de Lano, et d’études diyerses parues dans le Matin, dans la Justice et dans l'Eve’nement, et sur— tout dans le Figaro, au sujet du spiritisme. ’F*’tu La Lumière (octobre).
Études spirites par Mme Lucie Grange, M. de Courteuille etl’abbé Boulant(Dr Johannès). Beaucoup de m‘ysticisme et quelques pointes d'orgueil signalent les communications obtenues à l’attention des spirites p1étistes. (Septembre). Dans ce numéro Mm LUCIE GRANGE se pose franchement en rivale de Montant et du Zouave Jacob. Rien n’y manque, pas même les nombreux certi ficats.
La parole est à la Revue Théurgique. * 2i—\t MAGNÉTISME Journal du Magnétisme. Excellente étude sur la Zoo thérapie. Revue des Sciences Psychologiques illustrée (octobre). Les origines de la Vie et l’école Pastorienne, par LOUIS JACOLLIOT (avec portrait), étude scientifique fort bien faite—M. A. GOUPIL publie depuis assez longtemps aussi un très bon travail sur les questions magnétiques; mais le titre choisi : Pour et Contre est fort mauvais .
FABRE DES ESSARTS donne une étude curieuse intitulée: J. B. M. M. Lockroy y est quelque peu malmené. Cette revue est fort bien faite et mérite d‘être connue de tous les chercheurs sérieux, car elle évolue surtout sur le terrain strictement scientifique.
Les bureaux sont 2, rue Duperré, Paris. * “ 4‘ La Chaîne .Magnétique, études intéressantes et di— verses sur le magnétisme et ses applications. * «\tdn SOCIALISME La Revue Socialiste poursuit ses études fort con sciencieuses sur le socialisme. Beaucoup des rédacteurs de cette revue ignorent la partie que les questions so— ciales peuvent tirer des enseignements de l’occultisme.
190 LÜNFflATION " ""'W .951 _ Julien Lejay et Augustin Chaboseau les initieront bientôt, nous l’espérons, à ces données Inconnues d'eux. a» un Le Devoir, revue des questions sociales, de Guise (Aisne), se place sur un terrain à la fois lus pratique et plus avancé que la revue précédente.
Signalons à ce propos la visite de M. Yves Guyot au familistère et la distinction bien méritée accordée à Mme Godin, direc trice du Devoir, nommée officier d’Académie pourles services qu‘elle ne cesse de rendre à l’instruction pu blique. * as 2( La. Rénovation, organe de la conciliation sociale et des doctrines d‘association, mériterait d'avoir un plus grand développement. Les études d’Hippolyte Destrem sont fort bien faites.
' 4 15 DIVERS Le Bulletin de la Société d‘ethnographie a publié dans les n°5 41, 42 et 43 une magistrale étude de M. Ad. Franc/c sur ( la condition politique et religieuse de la Judée dans les derniers temps de sa nationalité ». Les trois sectes juives, celle des Pharisiens(théologisme), celle des Sadu— céens (Matérialisme) et celle des Esséniens (é50térisme), sont l’objet de développements t0ut particuliers.
Le n° 42 (août 90) contient un travail sur « la peine de mort et les erreurs judiciaires ) de I.éon de Rosny. Le n° 45 (octobre) publie une étude sur « l’Inde avant le Bouddhisme ) par E.
Lemairesse, véritable résumé d’histoire générale. * 2ti 41 QUOTIDIENS: Le Mot d’ordre du 23 septembre, la Nou velle Lune du 21 septembre, le Charivari du 22 septembre, le Mot d’ordre du 19 septembre, l’Orchestre du 1cr oc— tobre ont consacré des études au mouvement provoqué par l’occultisme.
L’Indépendant du Cher a publié, à partir du 7 octobre 1890, une série de feuilletons sur la science occulte et les conférences de Papus à la salle des Capucines. * —\=—\c ÉTRANGER Hollande. A Amsterdam parait mensuellement une
REVUE DES REVUES 191 grosse revue “Het Roqekruis” (La Rose—Croix) qui traduit les principauxarticles parus dans l’Initiati0n. Cette revue est dirigée par le Pr L.-L. Plantenga, correspondant du groupe d’études ésotériques. Trois numéros ont déjà paru. . . . Langue espagnole. La “Revista de estudios Psicolo gicos”, de Barcelone, est l’organe le mieux informé de toute la presse spirite.
Nous ne pouvons trop féliciter son directeur, le vicomte Torres Solanot, pour la tournure qu’il donne à sa revue. t «ax Le “ Revistd Espiritista de la Habana” poursuit aussi dansles premiers rangs ces études si intéressantes. Elle commence dans son numéro de septembre la traduction de l‘article de Papus sur les différentes écoles représentées au Congrès de 1889.
Cet organe s’occupe aussi très arti vement de la Fédération des divers groupes spirites poursuivi dans tous les ays de langue espagnole. Il est curieux de constater la raternité qui existe entre toutes les Revues espagnoles et de les comparer aux rivalités mesquines qui existent en France. n «la _ “ Paso al Progreso " paraît à Barcelone tous les huit jours et porte fièrement le drapeau sp1ritual1sté.
R de Verdad e Lu{ défend les mêmes idées en langue por— tugaise. 19 ahil Langue italienne. La Lux, de Rome, bulletin de l‘académie internationale d’études spirites et magnétiques dirigé par notre ami G. Hofi"mann, est devenue une revue très artistique d’aspect. Des études diverses sur Home paraissent en ce moment dans cet organe. Ü . .
La Psiche de Rome (octobre) publie la traduction d'une étude sur la c Nouvelle croyance » parue dans la Revue spirite. ' Langue anglaise. “ The Light” de Londres contient (le résumé des travaux des groupes spirites anglais et une foule de nouvelles sur le spiritualisme en général. “ The Theosophist" de Madras (septembre 90) contient diverses études philosophiques. tel
1 92 L’INITIATION LIVRES REÇUS Le socialisme intégral, par BENOIT MALON (compte rend“ prochainement par JULIEN LEJAY). _ Thaïs, par ANATOLE FRANCE (compte rendu procha nement). * x A! Le compte rendu de Cœur en Peine, le nouveau livre de JOSEPHIN PÉLADAN, se trouve retardé grâce à une cir— constance imprévue ; il paraîtra dans un prochain nu— méro. Nous prions l’auteur de nous excuser à ce propos, .
X» «l Le Secretdu Bonheur, par PAULE JANICK (1 petit vol. in 18; prix 0, (‘10 cent., chez l’auteur, Bagnères-de-Bigorre) renferme une série de discours d’une très grande éléva tion et fortbien écrits. L’apœlfait successivement « à nos frères des campagnes l) (sacerdoce, instituteurs, maires, propriétaires et châtelains, travailleurs et prolétaires) du monde entier, ne peut manquer d’être entendu quand il est proféré en de si nobles accents.
Nous conseillons vivement la lecture de ce livre à toutes nos lectrices. t*’l FABRE DES ESSARTS, La Chanson des couleurs, (compte rendu prochainement). ,, x AV NECROLOGIE . Une femme de bien, un apôtre ardent et convaincu de nos doctrines, Mme F. Vigné, vient de mourir, à peine âgée de 38 ans. l\ m Vigné s’était entièrement consacrée à l’éducation de ses enfants dont elle a fait des défenseurs du Spiritualisme.
Pendant le peu de loisirs que lui laissaient ses devoirs de mère, elle étudiait et écrivait. C’est elle qui a traduit de l’italien le livre de Rossi et Pagnoni sur la Médiumnite‘ hypnotique ; c’est encore à elle que le Congrès Spirite doit plusieurs traductions espagnoles insérées dans le Rapport général.
Enfin, beau: coup des nôtres sont redevables à Mme Vigné d’un appui précieux et éclairé que les plus belles paroles du monde seront impuissantes à jamais récompenser. Une seule chose é alait son savoir réel, c’était son extrême modestie. Puisse a vie de notre soeur servir d'exemple à toutes celles qui se consacrent à la diffusion du Spiritualisme scientifique, non pas seulement par les paroles, mais aussi par les actes . Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET c“, RUE DE LA PRÉFECTURE. 6.
AVIS Les Abonnés dont l’abonnement expire en octobré sont priés de le renouveler (10 fr. pour la France, ’12 fr. pour l’étranger), par mandat ou bon de poste : A l’Adresse de M. CARRÉ 58, Rue Saint-André-des-Arta — PARIS .Ceux qui n’auraient pas le loisir de se déran - ger pourront attendre la présentation de la quittance par la poste (Su pplémçnt de 50 cent). PROCEEDINGS OF nu: SÛCIETY FOR PSYCHICAL RESEARCH December 1 8 9 5 Report on the 'Phenomena connected With Theosophy, RICHARD HODGSON Rapport de 180 pages in-8 sur les procédés de tromperie de la Société, suivi de trois planches explicatives, et contenant une foule de lettres des fondateurs. ' PRIX : 5 fr. 50 franco La librairie du Merveilleux, grâce à un traité passé avec la maison Trübner, Redway et 0° de Londres, est dépositaire pour la-Frànce de tous les livres d’occultisme anglais.
Vient de paraître : JOSEPHIN l’ÉL \DAN LA DÉCADENCE LAT/NE—ÉTHOPËE CŒUR EN PEINE Commémoration du Chevalier A D R 1 1: N P E 1. A 1) A N 1 vol. in-18 de 330 pages . . . . . . . . . . 3 fr. 50 JULES LERMINA L’ELIXIÎÎ DE VIE Conte magique (AVEC UNE PRÉFACE DE PAPUS) I Jolie brochure 111-18 . . . . . . . . . . . 75 cent. ; 1 ÉMILE MICHELET DE L’ESOTÉRIËME DANS L’ART Ëlégante brochure in-18 . . . . . . . . . 1 franc. ‘ GÉRARD ENCAUSSE 1 Essai de PhysiäÎo—gie Synthétique_ AVEC 35 SCHÉMAS INÉDITS Application de la Science o:culte aux Sciences expérimentales ' 1 vol. in—8 . . . , . . . . . . . . . . 4 fiancé.
L’INITIATIO N G- . c A R R Ë;v 5 8, rue Saint—A ndré—des—A rls DIRECTION j ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO ,, PARIS j DIRECTEUR: PAPUS ='lÿ )lRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en clicf: George I\ION'L‘ 1 E RE . Secrétaires de la Rédaction : FRANCE: un an10 “ 3H. BARLET. — J. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION : 1.1, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité; L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se Termettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus '1 moins d’avis Spécial.
Un numéro de la Revue est toujours :omposé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction "ecevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y l lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de .‘adresser à la rédaction.
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L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro le 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez es principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 89 page).
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