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, , . . , . L I n 1 t1 at10 n Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophle Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes O‘ 7-8"‘° VOLUME. — 3‘“° ANNÉE SOMMAIRE DU N° M (Août 1890) —— D<—— PABT|E lNlT|AT|QUE... Jeanne d’Arc victo— rieuse . . . . . . . . . . . .. Papus. (p. 385 à 400.) La Faute d’Adam .... .. G.
Montière. (suite et fin). (p. 4oo‘à 411.) PARTIE PHILOSOPHIQUE La Lungzer_e et les_Ma ET SCIENTIFIQUE... térialzsatmnsspmtes M. Filder. (_P,- 4_12 à 4r9.) Inmauon des femmes. 0. Wirth. (P419 à 423.) La Quadrature du cercle . . . . . . . . . . . .. Vurgey. (p. 423 à 426.) Gabrielle Bompard et la suggestion hypno tique . . . . . . . . . . . . . .. A. Robert. Ë L(Æp. 4261à 432.) ' ’ to 0 1e sacree. (sêiiË). . . . . . . .
Marcus de Vèze. (p. 43,2 à 441.) PARTIE LITTÉRAIRE... La La: de Karma (suite et fin) . . . . . .. Georges Polti. (p.442 à 455-) L’Œzldu Dragon(œita). R. de Maricourt. (p455 a 404-) La Légende divine (Augustin Clmboseau). — Groupe indépendant d’études ésotériques. -— Bulletin théosophique. — Nouvelles di verses. — Revues du mois. — Livres reçus.
Rémcrrors _: Administration, Abonnements: 29, rue de Trevzse, 29 58, rue St—André—des—Arts, 58 PARIS PARIS Le Numéro; UN FRANC. —— Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine de; forces_purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efi'rayés (les résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiati0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— ' physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des pesitivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique. ‘ Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre , l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux ‘ grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère.
' Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune.
Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. _ La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies etdes nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. - L’Initiution parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà deux années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nifian‘ion 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BA’RLET. M. S. T. S; — STANISLAS DE (îUAITA. S.'. I.'. 53). —-— GEORGE MONTIÈRE, S.'. 1.-. — PAPUS, 5.-. l.'. g — Légat catholique romain auprès de l’Initiati0n : JOSEPHIN PÉI.ADAN, R-j—C-j—C. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.— Le F.'. BERTRAND.VEN.'.— BOUVERY.— RENÉ CAILLIE. —AUGUSTIN CHABOSEAU. — G.
DELANNE. — DEI.ÉZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR. — FABRE DES ESSARTS. —-— Dr FOVEAU DE COURMELLES. — JULES GIRAUD. —— E. GARY. — HENRI LASVIGNES. — J. LEJAY. — DONALD MAC-NAB. — I‘.lARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY.— EUGÈNE NUS. — HORAGE PELLETIER — G. Pon REI.. —- G. POLTI. -—JUI.ES PRIOU. — Le Magnétiseur RAYMOND. Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUXEL. — H. SAUSSE. — G. VITOUX. — F. VURGEY. — HENRI WELSCH. —— OSWALD WIRTH.
30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — E. GOUDEAU. — MANOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE.— CH. DE SIVRY. — CH. TORQUET. 40 P DE SIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. —- P. GIRALDON. -— PAUL MARROT. — MARNÈS. — A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . 'k
(nonne Indépendant d’innnes lsntn’niqnns Sous LA DIRECTION DE LA Revue L’INITIATION ,29, ‘Rue de ‘Iréoise, 29, PARIS COURS ET CONFÉRENCES PERMANENTS SUR LA KABBALE, LA THEOSOPHIE, LES SCIENCES OCCULTES E X P É RI E N C E S d’Hypnotisme, de Spiritisme, de Magie par groupes fermés Librairie. — Salle de Conférences. —— Salle de Cours. — Bibliothèque d’Occultisme. — Bulletin hebdomadaire : Le Voile d 'Isis, résumant les travaux du groupe pour les membres de province et de l’Etranger. Tout abonné de FINIT/A TION reçoit sa carte de membre du groupe sur sa demande. PLUS DE 350 ADHÉRENTS ‘ Dix Sociétés adhérentes, affiliées ou représentées Branches en Europe et en Amérique CORRESPONDANTS OFFICIELS ET CHEFS DE GROUPE
äamuunMamw' PARTIE INITIATIQUE 3eme d’Ëu: ÿictrmrieuse‘” Qui pourrait résister àl’homme orgueilleux parvenu enfin au but de ses désirs ? Sa renommée le fait puis— sant partout, sa forcea tout écrasé, et cette incarna tion de la Fatalité, qu’elle s’appelle Nemrod, Gengis Khan ou Napoléon, voit tous les fronts se courbersur son passage, tous les orgueils s’anéantir devant le sien; aussi se demande—t-il bientôt s’il existe une autre domination que la sienne, un autre Dieu que l’Humanité dont il dirige à son gré l’évolution. Tout s’incline à son nom, la Nature lui doit obéissance autant que l’homme, rien ne pourra désormais lui résister. Fou d’orgueil, il lève la tête vers le ciel qu’il croit vaincu, et clame à la face des siècles un nom qu’il espère célèbre ; mais tout à coup il chancelle, et, mal— gré son ridicule essai de résistance, courbe le front (|)Jeanne d’Arc victorieuse, par Saint-Yves d'Alveydre. 1 vol. in-8 de 300 pages. 5 fr. (Librairie du Merveilleux, 29. rue de Trévise.) 13
386 L’INITIATION devant une force plus puissante que sa volonté: le Soleil paraît à l’horizon.
La lumière aveugle qui la veut contempler face à face sans en avoir le pouvoir; et si quelque extatique vient enseigner aux hommes les divins mystères qu’il a sur pris au sein du soleil des soleils, la foule des aveugles et des faux voyants s’ameute contre lui, le taxe d’impos ture ou d’ignorance et le conduit au bûcher, à la croix ou à la fusillade suivant les peuples et les temps.
Etre initié c’est savoir la nature humaine, c’est attendre la calomnie et l’outrage de ceux à qui vous révélez les mystères sacrés, et c’est avoir la force de leur pardonner à l’avance : l’initie’ tuera l’initiateur, telle est la loi. ‘ Or le caractère essentiel de l’homme parvenu à l’ini tiation véritable, c’est l’indiflérence devant l’attaque d’en bas et la poursuite courageuse de son but.
Lorsque, dès 1880, un écrivain parut qui affirma l’existence de la tradition occidentale en l’appliquarit à la loi sociale, que d’obstacles ne rencontra-HI pas ?
Chose curieuse, ce furent ceux qui prétendaient être les dépositaires de la tradition originelle d’Orient qui devinrent ses implacables adversaires, et ces pseudo— initiés employèrent à cet effet les seules armes dignes d’eux :la calomnie, les attaques personnelles sur la vie privée et l’injure sous toutes ses formes.
Mais les paroles passent et les écrits seuls restent, scripta manent ; ouvrons donc les livres des deux parties et cherchons où se trouve la preuve dernière de la plus haute initiation. La sagesse orientale se manifeste à l’Occident par
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 387 des pamphlets dont le catéchisme poissard forme le fond : attaques contre nos sciences, injures contre nos religions, prise à partie de nos savants les plus cons— ciencieux, le tout pour clamer des affirmations sans preuves, panachées d’erreurs scientifiques.
Le résultat ne se fait pas longtemps attendre; les naïfs ou les fem— mes, peu instruits des connaissances contemporaines, sont seuls à se pâmer devant ce genre de productions, quitte à reconnaître plus tard leur cruelle erreur. D’autre part, nous voyons répondre à toutes ces calomnies par des actes ou par des œuvres.
Parcourez les ouvrages du marquis de Saint-Yves, vous n’y trouverez d’attaques contre rien, ni contre personne; les sciences, les religions, les philosophies sont cha cune l’objet d’une étude aussi élevée qu’impartiale, et l’auteur peut être justement fier d’avoir en le courage de chercher partout le bien, de manifester partout le beau en dehors de toute école ou de tout commentaire.
D’un côté nous voyons donc l’envie, la jalousie et l’injure présider à la confection d’ouvrages destinés à « développer les facultés latentes en l’homme ». Ceux là possèdent seuls , à les entendre, le titre d’initiés. De l’autre côté, au contraire, on s’occupe à produire des œuvres solides, pures de toute personnalité et dont la lecture élève les cœurs vers la bonté au lieu de les plonger dans la haine.
Ceux-là ne sont peut— être pas les initiés, car ils ne se targuent jamais de ce titre ; mais franchement je préfère être profane de cette façon, qu’initié de l’autre. M. de Saint-Yves vient de faire paraître un nou veau livre : Jeanne d’Arc victorieuse. “m.«m.M\W «nm.n‘ -ws.«—‘ ._ ,,—»Mm.4_aæwvnwu
388 L’INITIATION _.— -vw—— , L’ouvrage comprend trois parties : 1° Une préface en prose; 2° Le corps du volume constitué par une épopée en vingt-cinq chants ; 3° Un appendice bibliographique et la table. Nous allons analyser de notre mieux chacune de ces trois parties. le tu La Préface constitue à elle seule une étude magis trale de politique sociale, dans la véritable acception du mot.
L’auteur défend une thèse que nous réprouvons personnellement au sujet de l’Alsace-Lorraine, mais notre opinion a trop peu d’importance pour l’instant. Considérant la France comme la Jeanne d’Arc des nations, il montre que toute abdication de sa part serait une faute irréparable et qu’accepter la neutra lisation de l’Alsace—Lorraine serait accepter la neutra lisation de notre Patrie elle-même vis—à-vis de toute I’Europe.
Il y a dans cette préface une étude de géométrie sociale tout à fait suggestive, déjà énoncée d’ailleurs dans la Mission des sou»erains.
Considérant les champs d’évolution des intérêts de chaque peuple comme une ellipse dont les foyers sont constitués par chacun des peuples antagonistes, l’auteur montre que l’ellipse franco-allemande est enfermée dans l’ellipse anglo-russe, elle-même sus ceptible d’être écrasée par la grande ellipse américano chinoise. Cette étude des résultats épouvantables auxquels
JEANNE D’ARC VICTORIEU5E 389 g aboutira fatalement le: système de brigandage légal pratiqué par les peuples d’Europe entre eux et déguisé sous les noms de « Politique extérieure » et de « Di plomatie » est del’eHet le plus saisissant. Nous ne pou vons que conseiller sa lecture à nos chers politiciens, plus instruits souvent des procédés oratoires que des procédés opératoires de direction sociale.
Comme remède unique à cet état de choses, M. de Saint—Yves propose ‘le seul système capable de tout remettre en bon ordre : la Synarchz‘e.
Nos lecteurs connaissent assez cette haute conception d’organisa tion sociale pour qu’il nous soit inutile d’insister sur ce point. _ Voilà en quelques lignes le résumé de la partie po litique de cette préface; voyons maintenant ce que l’auteur pense d’une question particulièrement inté— ressante pour tous : la question religieuse. Il part de cette citation de saint Augustin (Retract., ].
I, ch. xm, n° 3) : « La chose même que l’on nomme « aujourd’hui religion (ou synthèse) chrétienne exis« « tait déjà chez les Antiques. Elle n’a pas cessé, dès « l’origine, d’assister le genre humain, jusqu’à ce que « le Christ vint lui-même s’y incarner.
D’où le nom « de chrétienne qui fut dès lors donné à la religion « (ou synthèse) vraie qui existait déjà. » Affirmation au début de l’universalité de la Reli gion indépendamment des Cultes, voilà bien la grande base d’études sur laquelle s’appuie l’occultisme. M. de Saint—Yves renferme l’Église universelle, gar— dienne de la triple révélation, en trois centres : 1° L’Église patriarcale , la plus ancienne, avec
3go L’INITIATION son centre actuel, sa pagode mère, la mystérieuse Agartha et le Souverain Pontife du Brahmanisme indépendant comme chef ; 2° L’Église mosaïque, avec le Gaon de Jérusalem et les synagogues; 3“ Enfin l’Église évangélique manifestée par l’épiscopat chrétien, Pape en tête, avec les conciles œcuméniques.
A chacune de ces Églises se rattache « un protes— tantisme » particulier, rameau du tronc universel : Le Bouddhisme de Chakya Mouni à la première; L'Islam de,Mohamed à la seconde; Le Protestantisme de Luther à la troisième.
Un point important à noter en passant, c’est que l’auteur connaît peut—être les mystères de l’organisa— tion secrète de l’ésotérisme hindou mieux que beau coup de prétendus initiés qui affirment vivre en communion constante avec les sanctuaires orientaux. Comme preuve de ce fait, je livre aux méditations de certains naïfs la description suivante (il s’agit de la vision finale de Jeanne d’Arc) : .
BË'iÈ'Ê ÎllÊ’.äââä‘âä‘ÎîÆëäïiäâê’à‘ÿ‘âïm ‘ our quelque mystère sublime, ' Une et tri le, trois chefs, trois ch_œurs dans l'Inouî, L'un de lHimalaya, l'autre du SInai, Et le troisième de Solyme. Le plus ancien ortait les Védas : c'était Ram| Héritier de No , testateur d'Abraham. Sa tiare avait sept couronnes. Sept richis, comme lui voilés de diamants, L'accomp}agnaient. traînant du Ciel les llamboiements Des rincipautés et des Trônes.
Crosse en main, aux côtés de leur blanc Brahatma Le Mahanga planait avec le Mahatma Sous la tiare varanique. Orientant les sept, étoiles du Védas, Puis. mitre au front, trois cent soixante Bagwandas, Zodiac du ciel brahmanique.
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 39 I J’ai souligné en italique les noms des chefs de l’Église brahmanique; d’où il résulterait que le Ma hatma n’est qu’un grade comme le Mahanga, dominés tous les deux par le Brahatma. Nous serions bien reconnaissants aux initiés hindous de nous éclairer sur ce point.
En passant, M. de Saint—Yves dit quelques mots des mouvements provoqués par l’occultisme en ces der niers temps, et à ce propos il est de notre devoir de présenter quelques observations. Tout d’abord, le courant occultiste s’était dessiné avant la publication des Missions.
Wronshi et ses disciples les plus connus, Landur etElz’phas Lévi, sans compter Louis Lucas, Lenaz’n, Lacour, avaient im— primé à ce mouvement une impulsion toute nouvelle dès 1802. Les Missions ont attiré autour de leur auteur un ensemble réel de sympathies et l’ont fait considérer de suite comme l’un des plus grands parmi les occultistes défendant la tradition occiden— tale, sinon comme le plus grand.
Dans ses derniers ouvrages, la France Vraie et celui ci, l’auteur des Missions tend à considérer l’occul— tisme comme une occupation de jeunesse qu’on aban— donne avec l’âge. Cette idée est vraie si l’on ne veut voir dans la science occulte que l’étude des curieuses théories sur l’hermétisme ou la Magie pratique; mais la question change si l’on saisit dans son ensemble l’universalité du mouvement.
Nos livres de sciences sont à refaire sur de nouvelles bases, et l’occultisme est seul à même de fournir aujourd’hui les éléments nouveaux si indispensables.
392 L’INITIATION Nos livres d’histoire sont également à refaire sur un nouveau plan; j’en appelle à l’auteur lui-même. Enfin, les grands mouvements sociaux n’ont jamais été exécutés que par les sociétés d’occultisme.
Que ces sociétés aient été mal dirigées, c’est possible; mais un fait certain, c’est que l’indépendance de l’Amérique, la Révolution française et, à l’heure actuelle, tous les soulèvements qui agitent l’Amérique du Sud sont l’œuvre des sociétés occultes, dont l’influence possible n’apparaît pas dans l’exposé politique qui sert d’intro duction à Jeanne d’A rc rictorieuse.
M. de Saint-Yves affirme qu’il n’a « voulu exercer aucune action directe sur ces mouvements » provoqués par la science occulte. Nous sommes heureux de cette affirmation loyale qui répond victorieusement à cer— taines insinuations dénuées de fondement.
Comme occultiste, nous sommes donc obligés de critiquer cette partie de la Préface, tout en admirant profondément la hauteur à laquelle atteint l’auteur des Missions, exposant en quelques pages les lois poli tiques qui dirigent fatalement l’Europe,et leurs tristes conséquences si l’on n’y porte bientôt remède.
Regrettons enfin les déclarations réitérées de l’au teur annonçant que c’est là sa dernière œuvre et qu’il abandonne le soin de réaliser définitivement la synar chie au grand justicier d’ici-bas : le Temps. * 44 Le caractère tout nouveau de l’épopée qui forme le corps du volume, c’est que l’histoire y est suivie pas à
JEANNE D'ARC VICTORIEUSE 393 pas, sans que l’auteur se soit permis aucune de ces licences qu’excuse la forme qu’il a choisie. Pour donner une juste idée de la somme de science et d’observations accumulées dans ces vingt—cinq chants, il faudrait analyser l’ouvrage à un triple point de Vue : 1° comme œuvre d’art, 2° comme livre d’his— toire, 3° comme livre d’occultisme.
Jelaisse aux critiques autorisés le soin de se pro noncer sur le premier point, mon opinion n’ayant qu’une valeur toute négativeà ce propos. Je n’ai qu’une chose à déclarer : c’est que la lecture des poèmes m’a ému en maint passage au delà de toute expression et que je suis très sincèrement reconnaissant à l’auteur des moments délicieux qu’il m’a fait passer.
Au point de vue historique, je ne crains pas d’affir— mer que M. de Saint-Yves est un des premiers qui aient su dégager nettement les deux influences en cours dans l’action de Jeanne d’Arc : l’influence mys tique d’une part et l’influence rationnelle de l’autre, sans vouloir jamais mêler en rien ces deux influences ainsi que le font les historiens catholiques, sans vou— loir non plus soumettre de force toutes les actions mystiques aux lois étroites d’une « raison » apanage exclusif(heureusement pour nous) de quelques his toriens matérialistes.
Voici le résumé de la mission de Jeanne présenté clairement par l’auteur lui-même ; nous ne pouvons ‘ mieux faire que de le citer in extenso : xæ « ax « Jeanne d’Arc n’a pas plus été abandonnée de
394 L’INITIATION Dieu et de ses anges après Reims qu’avant. Elle n’avait ni n’a jamais rien fait qui méritât cet abandon. Mais elle a toujours porté ombrage aux deux princi— paux conseillers de son roi, dès son arrivée de Dom rémy à Chinon. Ces deux conseillers étaient Régnault de Chartres, archevêque de Reims, grand chancelier, et le cham— bellan vicomte de Thouars de la Trémoille.
Avant qu’elle vit le Dauphin pour la première fois, on essaya de la faire tuer à Chinon même. Ensuite, dans l’espoir de se débarrasser, sinon d‘elle, du moins de sa mission, on suscita un concile de fait, si ce n’est de nom. On l'y tint quinze jours à Poitiers, l’examinant sur sa foi, sur ses mœurs et sur ses révé— lations divines.
Elle convainquit l'Assemblée ecclésiastique, qui permit au roi d'accepter son secours, au dépit des deux conseillers susnommés. . Ceux—ci, croyant la dynastie des Valois et la France entière perdues, avaient déjà fait leurjeu politique de l’autre côté. Ils s’étaient engagés à fond vis-à—vis de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et des Plantagenets-Lan castres. La chute d’0rléans était le signal de ces prélimi naires oraux ou écrits.
La mission de Jeanne d’Arc vint bouleverser cette politique de liquidateurs féodaux. Elle mit le principal meneur du Dauphin, son pre mier ministre, dans une situation périlleuse à l’ex trême.
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 395 "TÏ’:Ï:;Î"I'"“ ' C’est pourquoi il ne cessa pas un moment d’entra ver partout Jeanne d’Arc, de conspirer sa perte, de soustraire le roi à la direction de l’inspirée, à l’en traînement de l’héroïne, à la politique nationale de la sainte paysanne. A Reims, le plan définitif de la perte de Jeanne d’Arc fut résolu.
Il y allait de la tête du chancelier si Philippe le Bon et le duc de Bedfort avaient parlé , et ils l’eussent fait sans ce qui suit. Après que La Trémoille eut empêché la prise de Paris par Jeanne, le chancelier alla de sa personne tenter de faire échouer la campagne de l’Oise. La Trémoille prit le gouvernement de Compiègne, Flavy obéit : Jeanne fut livrée à Philippe de Bour gogne.
C’est alors que Régnault de Chartres se trahit osten siblement en aidant l’ennemi, dans son mandement aux Rémois, sans parler ici d’autres actes. C’est alors aussi que son vidame, l’évêque de Beau vais, Cauchon, entra en scène. Prisonnière de guerre, Jeanne tombait dans le droit des gens: c’était la liberté sous rançon.
Prisonnière d’Eglise diocésaine, jugée par le clergé bourguignon, anti-armagnac, et sous le contrôle des Plantagenets—Lancastres, c’était la mort. La situation était celle de Jésus jugé par les siens d’un parti adverse et sous l’œil du gouverneur romain. Voilà toute la vérité, résumée en peu de mots, qu’au ‘ cun historien ne contestera valablement, car les mem—
396 L’INITIATION bres épars de cette vérité sont chez eux tous comme dans les documents du xv° siècle. » * I#* Les vingt-cinq chants développent les diverses phases historiques condensées en ces quelques lignes.
Signalons tout particulièrement à l’attention des lec— teursle quatrième chant : la Vengeance des Templiers, où se trouve ainsi conçue l’œuvre néfaste de l’Esprit du mal : L'invisible Esprit de l'enfer Livre aux États chrétiens le secret de la poudre, Et ricane: « Prenez et buvez... c'est la foudre! : Mangez... c'est du plomb! c'est du fer! » Il faudrait citer en son entier le 19" chant : Jeanne au Concile, à tous les points de vue; ' mais la place nous manque.
Signalons ces quelques vers du début comme reconstitution : Par ordre du Conseil royal ! Clergé, clergie, oyezl Sa Majesté vous somme Et messire de Reims. chancelier du royaulme, Vous clame à son Présidial. . .
Chez l'advocat du Roy, toutes cléricatures Tretous clers, moynes, séculiers, Docteurs, professeurs, bacheliers Es droits civils, canon et sainctes Escriptures; A bonnes fins d'ouîr, céans Icelle Jeanne d'Arc, en assises publicques Jugeant d’elle en ses foy, dactrines catholicques, Et visions sus Orléans Pour, illec, dire au roi des François, vostre maistre, S'il convient user tel secours, Et si, li bailler son concours, Est d'ung roi très chrestien, sans nul pesche‘ commestre? L’interrogatoire de Jcanne devrait être cité tout au long, mais encore une fois l’espace nous est compté
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 397 et force nous est de dire quelques mots de l’œuvre au point de vue hermétique. Si les études d’occultisme constituent des « œuvres de jeunesse », M. de Saint-Yves me permettra-t-il de saluer en lui un des plus « jeunes » parmi ceux qui défendent ces idées?
Son ouvrage fourmille d’idées profondes, empreintes de la plus haute philosophie, faites pour être incom— prises des lecteurs mondains et toutes teintées du plus pur ésotérisme.
Voyez plutôt cet exposé en trois lignes de la double loi du ternaire scientifique et artistique : « A tout effet il faut une cause, entre l’efi‘et et la cause une loi ; à tout art il faut une science, entre l’un et l’autre un rapport. » Le rapport de l’art à la science correspondant à laloz' de l’effet à la cause, n’est-ce pas là de l’analogie mise merveilleusement en action?
Et tout « cet avertissement » ne renierme-t-il pas un résumé très clair de l’extase et de ses mystérieuses lois ?
La distinction entre ces deux extases est, du reste, tout entière enfermée en ces deux strophes : Voici la description de l’infernale par Séguin, le docteur théologien, au 19° chant : C‘est un des rites du Sabbat Qui relie au démon la région hantée; Et tout corps dont la peau par quelque herbe est frottée Sent l‘extase où l'Eufer s'ébat.
,' ' “(il.. 398 L’INITIATION Alors c'est une ivresse allant à la folie ! On voit, ou, du moins, on croit voir Tout ce qu‘Ame peut concevoir, Quand le nœud de sa chair s‘embrasc et la délie. Écoutez maintenant la réponse de Jeanne, ques— tionnée sur ces deux genres d’extases pour savoir laquelle l’avait absorbée : Jeanne, ouvrant ses yeux agrandis : 0 Père ! respectez le céleste Édifice !
L‘extase d'ou l‘on sort, courant au sacrifice, Est la porte du Paradis !
Qu‘il en existe une autre ou non, mon ignorance Me garantit de Lucifer Et de votre porte d'Enfer : Est-ce jamais par là qu'on vient sauver la France I Puisque nous sommes entré dans cette question, je ne puis résister au plaisir de recommander aux occul« tistes cette description tout ésotérique du symbole du Mal présidant le Sabbat : Au milieu, double corne au front, monstre électrique, Le vrai Satan, celui du Rit ésotérique, Météore géant, ‘ Assis sur un dolmen, les regarde et préside , Et tous disent ici : c!
Salut au premier homicide, Roi des rois du Néant! » A ces mots, rayonnant, flamme et milliers de flammes, . batan a resplendi, car ces feux sont les âmes ‘ Qu‘il incorpore ainsi, Au front, aux pieds, selon le crime, et sous son aile Droite ou gauche, selon que l‘Ame criminelle Fut homme ou femme ici.
Ajoutez à tout cela que : « Les xxv lettres qui rythment la pensée de Jeanne d’Arc victorieuse sont aussi XXV anges du Verbe, xxv arcanes de la Parole, xxv mystères des Nombres. » Et voyez sincèrement si l’occultiste ne parait pas, malgré tout et toujours, dans l’auteur des Missions. t a -i ,.A ,,# ,__.ÿ,, ‘4‘.“ ÿu—‘fik Γ‘—. Lu“ ..
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 399 A la fin du volume, M. de Saint—Yves publie une série de notes bibliographiques du plus haut intérêt.
Chaque détail historique nouveau, chaque fait impor— tant avancé dans le cours de l’ouvrage trouve là, Chant par chant et presque vers par vers, sa justification rationnelle; c’est là une innovation vraiment heu reuse dans les ouvrages de l’auteur et qui met fin aux calomnies bizarres répandues sur le manque de base solide de ses affirmations.
Il est d’usage, quand on a exposé l’œuvre d’un auteur, d’y mêler ses réflexions personnelles sous forme de critique et de donner des leçons sur la manière dont on aurait soi-même compris le sujet. Trouvant cet usage profondément ridicule, je m’abs— tiendrai de m’y conformer.
J’ai fait des réserves au sujet de l’avenir que je pense dévolu à l’occultisme, contrairement aux opinions de l’auteur; j’ai même avancé que, personnellement, je croyais la ruine du système politique actuel possible sans guerre nouvelle ; mais le lecteur impartial se soucie peu des pensées personnelles de celui qui analyse un livre. Il veut avant tout connaître les idées exposées. C’est ce but que je me suis efforcé d'atteindre.
Il y aurait encore beaucoup à dire pour résumer tout ce qui est contenu dans Jeanne d’A rc victorieuse ; il y aurait d’instructifs enseignements à tirer du paral lèle de la conception nouvelle du marquis de Saint Yves avec celle, plus ancienne et toute différente, de Fabre d’Olivet sur cette question. Mais ce serait abuser plus qu’il ne faut de la patience de nos lecteurs et allonger outre mesure une étude pour laquelle l’es
400 L’INITIATION . .5. . .. _... .-_ arum "“ ' ’ 'n’3'; ".‘.‘, pace est malheureusement trop restreint; aussi arrê terons-nous là cette analyse et renverrons-nous les curieux à la meilleure source possible d’informations : à l’ouvrage tout entier du marquis de Saint—Yves, ouvrage que chacun sera heureux de lire dans son ensemble.
PAPUS. Œla ä’aura u*iänan (Suite.) Pour que l’homme méritât sa félicité et sa gloire futures, il fallait en eflet que rien ne pût l’empêcher de développer, selon l’étendue de ses forces, sa Volonté qui devait avant tout être libre, puisque la Liberté constitue son essence même.
Or, comme le déclare justement saint Martin : « La véritable faculté d’un être libre est de pouvoir par lui—même se maintenir dans la loi qui lui est prescrite, et de conserver son indépendance en résistant volontairement aux obs tacles et aux objets qui tendent à l’empêcher d’agir conformément à cette loi; ce qui entraîne fatalement la faculté d’y succomber, car il ne faut pour cela que cesser de vouloir s’y opposer. » D’où la présence né cessaire dans Adam de ce sentiment intérieur et pro— \ . fond qui attache l‘être a sa propre emstence indivi—
, .('- v 7 . -.WWrwrmæ .drfæ:&.;æ;s' J'..i,_}.fi‘.>Ln!ut. LA FAUTE D’ADAM 401 duelle, qui lui fait ardemment désirer de la conserver ou de l’étendre, que Moïse appelle Nahash, l’attract originel et nécessaire parce que, sans lui, il aurait été impossible à Adam d’acquérir aucune force volitive, ni d’atteindre par conséquent à aucun de ses dévelop pements animiques.
« Cependant Nahash, l’attract originel, la cupidité, cette ardeur interne appétente, était la passion entrai nante de la vie élémentaire; le principe intérieur de la Nature, ouvrage de Jhoah, » (Genèse, III, 1.) De la Providence à la Volonté humaine partait donc sans cesse une émission de Vie.
« Le regard indéclinablè à Dieu, écrit le kabbaliste: Keleph-Ben—Nathan dans sa Philosophie divine, est la seule caution et la seule source de toute vraie vie, de toute vraie lumière et de tout vrai bonheur, qui sont en Dieu comme le seul qui les contienne en ori— ginal. Ce regard indéclinable fait l’union de Dieu avec I’Être qu’il regarde sans cesse.
Pour que cette vraie vie et vraie lumière qui font le bonheur n’aient point d’interruption, il faut que l’Être écoulé, ou émané, ou créé, sans perdre toutefois son existence créaturique, soit dans ce qu’on appelle l’anéantissementmystique, l’anéantissement moral, pour pouvoir à chaque instant être rempli de Dieu et de son écoulement qui ne peut parfaitement s’opérer que sur le néant moral de la créature; car Dieu n’anime et ne vivifie que le néant, et non celui qui lui oppose son être propre...
Le regard continuel suppose et emporte en soi un amour continuel et non interrom'pu de celui qui regarde, et fait que le Dieu à qui il regarde rend continuellement
402 L’INITIATION ..... -. ‘ I amour pour amour; il suppose encore une justice, un devoir continuellement accompli par celui qui a tant reçu et reçoit tout, envers celui qui lui donne tout. » ‘ Nahash, fils de la libre Volonté humaine, harcelait à présent celle—ci de supplications égoïstes et orgueil— leuses: Pourquoi l’homme ne s’afiranchirait-il pas du joug de la Providence et ne se rendrait-il pas créateur à son tour?
Si lui, Nahash, esprit intérieur, s’alliait à un esprit extérieur comme l’était Adam, tous deux ne feraient-ils pas rayonner aussi bien, sur l’as— tral, des principes qu’enfanterait l’aveugle Destinée, sans souci des conseils de quiconque, sans autre maître qu’eux-mêmes, possesseurs désormais de la science du Bien et du Mal ?
« Parce que l’Eternel Dieu avait fait Nahash esprit intérieur, il aspirait à être,esprit extérieur, peut-être bien l’un et l’autre, et il se flatta, en réunissant les deux facultés opposées, de parvenir à égaler, même à surpasser le Très—Haut.
« Il pensait que, pour réussir dans ce hardi dessein, ‘ il lui était nécessaire de s’emparer d’un esprit exté— rieur qui, en se développant sous ses lors, lui servit de point d’appui. » (Fabre d’Olivet, Kai‘n.) ._ Dieu avait créé Adam mâle et femelle. La chute de l’homme fut par le fait la chute de la femme.
L’Etre entier qui formaitla vraie humanité pure, qui réunissait par sa constitution fluide et compliquée la capacité de répondre à la double affluence de la Providence et du Destin, ne pouvait perdre cette faculté que par une première défaillance de sa moitié féminine; car le
LA FAUTE D’ADAM 403 féminin (Aïsha) est contenu dans le masculin (Aïsh), et le féminin est la porte ouverte par laquelle le divin passe vers l’homme pour que celui-ci le projette ensuite dans l’astral.
« Or Nahash, cette passion insidieuse, dit à Aïsha, la faculté volitive d’Adam : Pourquoi vous a-t-il recommandé, Lui-les-Dieux, de ne pas vous alimenter de toute la substance de l’enceinte organique P « Aïsha, la faculté volitive, ayant considéré qu’en effet cette substance mutuellement désirée par le sens du goût et celui de la vue paraissait bonne, et la flattait agréablement de l’espoir d’universaliser son intelligence, détacha de son fruit, s’en nourrit, et en donna aussi avec intention à son principe intellectuel, Aïsh, auquel elle était étroitement unie; et il s’en nourrit. » (Genèse, Hi, I et 6.) Adultère à la Providence qu’elle rejetait, Aïsha avait donc reçu en elle, pour concevoir, les essences astrales de Nahash ; et Adam partageait sa faute.
Jusqu’alors toute la vitalité de l’homme, mue par des courants agissant de l’intérieur vers l’extérieur, et partant du Dieu caché dans la volonté centrale, n’avait émis aucun courant de force créatrice, soit consciente, soitinconsciente, qui nelût en rapport avec la loi du rayonnement établi.
Par cette soustraction de son amour, opérée en se détournant de Dieu pour s’ouvrir au fluide astral, Aïsha ne pouvait manquer d’arrêter de la part de la Providence « l’écoulement de sa vie et de sa lumière, et de faire une désunion, un arrêt, une obstruction à cet écoulement. Ainsi l’esprit rebelle, arrêtant le reflux, arrêta le flux , et, coupant cette
404 L’INITIATION communication instantanée de vie et d’amour, com mença ainsi la désunion. » (Keleph-Ben-Nathan, Philosophie divine.) L’action du Principe providentiel, producteur jus que-là des créations de la Volonté humaine, puisque son action était leur véritable base et leur premier appui, dut cesser d’agir lorsque la loi qui l’asservis sait à l’action fut suspendue.
Tant que cette loi eût opéré, jamais Adam n’eût perdu son impénétrable armure faite de l’influx divin, qui l’armaît de cette lance où s’amadgamaient quatre métaux inséparables. En rentrant dans sa source ori ginelle, le Principe divin, force expansive qui conte— nait les forces astringentes de l’astral, se sépara des éléments et les abandonna à leurs propres lois.
Elles s’opposèrent les unes aux autres, et désormais les éléments désassociés se combattirent et se divisèrent.
« Adam cessa d’être une forme contenant des rayons irradiant tous dans un sens constructif, et commença à devenir une forme pour des courants en sens oppo sés, les uns s’élançant encore des centres profonds de son être intérieur vers l’organisme visible extérieur, tandis que d’autres rayonnaient des surfaces et enva hissaient les sanctuaires de son être. » (Laurence Oli phant, Sympneumata.) L’homme, encore adolescent à cette époque, ne put résister aux conséquences de ce conflit dont il deve— nait le champ de bataille.
Les forces grossières du monde sensible l’accablèrent ; sa vie trop faible suc— comba sous le poids. Elle rie pouvait plus croître, elle .dut décliner, et pour 1’Eternité puisque Adam ne
LA FAUTE D’ADAM 405 saurait mourir.
« Le principe générateur de l’homme est l’Unité; cette Unité, possédant tout en soi, com munique aussi à ses productions une existence totale et indépendante, en sorte qu’elle peut bien, comme chef et Principe, étendre ou resserrer leurs facultés; mais elle ne peut pas leur donner la mort, parce que, ses ouvrages étant réels, ce qui est ne peut pas ne pas être. » (Saint Martin, Erreurs et Ve’rzte’.) L’androgyne fut divisé: Aïsha, distincte d’Ai‘sh, de— vint Eve; et les atomes du grand corps de l’humanité pri mitive commencèrent à se disperser et à s’envelopper chacun d’une écorce matérielle.
Alors furent créés d’abord le Temps (Kai‘n) et l’Espace (A bel). « Le moyen que l’Eternel Dieu avait posé àcôté du Mal possible pour sa guérison fut de changer le mode d’existence d’Adam ; de mettre dans l’lmmensité l’Es pace, dans l’Eternité le Temps, et, ce qui est plus admirable encore, de réduire l’unité à la divisibilité. C’est ce qui fut fait.
Ainsi la souffrance, qui sans cela eût été unique et éternelle, devint temporelle et frac tionnelle.
D’universel qu’était Adam, il devint parti— culier; et la division qui devait avoir lieu dans son essence commença; » (Fabre d’Olivet, Kaïn, acte 1 r .) Mon savant ami Stanislas de Guaita consacre un des plus curieux chapitres de son beau travail sur i le Serpent de la Genèse à exposer, d‘après les enseigne ments de Moïse, la création du monde matériel par les atomes disséminés de l’ancien Adam ; chapitre dont les lecteurs de l’Inz‘tz'atz‘on auront sans doute la primeur. Voyons,en attendant, de quelle façon Fabre d’Olivet
406 L’INITXATION fait expliquer par Adam à Kaïn, les conséquences de sa faute: « Un effet épouvantable suivit mon acte criminel. Le cours que suivait ma vie dans l’éternité s’arrêta, tout s’arrêta autour de moi, et je vis avec une indes criptible stupeur que les productions de mon Eden et toutes les créatures que j’yavais mises, consolidées par une force qui m’était inconnue , ne dépendaient plus des actes de ma volonté.
Un mouvement rétrograde avait tout envahi. Emporté avec tout le reste dans ce mouvement épouvantable, c’est envain que j’essayerais de te peindre mon angoisse. Elle est autant au-dessus de ton imagination que toutes les forces réunies de tous les hommes qui doivent exister à jamais sont au-dessus de la force d’un seul homme.
C’est au mi— lieu de cette angoisse que la voix du Très—Haut se fit entendre à moi, et que sa miséricorde daignaymettre un terme en changeant, par sa toute—puissance, le mode de mon existence, que rien autre ne pouvait changer. Alors je pris des formes analogues à celles que mes productions avaient prises. Je devins corporel comme elles.
L’Eternel Dieu aurait pu sans doute anéantir mes productions ; mais comme la souffrance, qui est la suite inévitable de ma faute, ne pouvait se guérir qu’en se divisantà l’infini, et que plus elle était par— tagée et divisée, plus elle devenait supportable, et tendait d’autant plus vite à s’effacer, il daigna faire concourir à ma guérison toute la nature corporelle qui était mon ouvrage...
Elle n’était pas plus inno— cente que mes descendants ne le sont et ne le seront; car encore une fois, tous ces êtres, sous quelque point
LA FAUTE D’ADAM 407 de vue qu’on les considère, ne sontque moi, que moi— même, dont l'unité est passée à la diversité. » (Fabre d’Olivet, Kai’n.) Si les créations de l’Unité sont éternelles, en re vanche les éléments de la matière se renouvellent continuellement, et il résulte de là une infinité de combinaisons successives, « d’où les observateurs, ajoute saint Martin, ont trop légèrement conclu que, les corps se succédant sans cesse, la matière qui leur sert de base est impérissable.
Car, loin de la regarder comme éternelle, ils doivent convenir avec nous qu’il n’y a pas un seul instant où elle ne se détruise, puisque dans elle une action fait toujours place à l’autre... et nous pouvons considérer l’Univers comme un assemblage d’une multitude infinie de germes et de semences, qui toutes ont en elles le Principe inné de leurs lois, selon leur classe et selon leur espèce. » L’Erreur, symbolisée dans le monde sensible par la matière d’où naissent la douleur et le mal, serait donc toute de création humaine , par conséquent corruptible et destinée à disparaître.
« La vérité, c’est ce qui est éternel et immuable, la vérité n’est pas et ne peut être sur terre... rien n‘est en effet la vérité sur terre, parce que toute chose est une matière revêtue d’une forme corporelle sujette au changement, à l’altération, à la corruption, à la trans formation...
Il n’y a rien de vrai que ce qui reste ce qu’il est, ce qui change au point de n’être pas reconnu comment cela pourrait-il être la vérité ? — La vérité c’est donc ce qui est immatériel, qui n’est point enfermé dans une enveloppe matérielle, exempt de changement
408 L’INITIATION -- "6"". et d’altération, en un mot ce qui est éternel. Toute chose qui périt est mensonge et fausseté... Aussi les choses de la terre ne sont pas la vérité. » (Discours d’Hermès à Thoth, trad.
Marcus de Vèze.) Une fois l’harmonie rompue, l’astral se peupla d’élémentaux et de larves engendrés par les idées fausses, les passions désordonnées, filles de Nahash et de la Volonté humaine, que le Destin revêtit à mesure de formes grossières faites des éléments désas— sociés.
L’atome le plus infime de l’élément adamique, autrefois Un, épars aujourd’hui, comme un levain en travail, semé dans la matière, s’efforce de soulever l’enveloppe qui l’opprime, de la dissoudre, et, domi nateur de l’astral, d’exercer à nouveau sur lui son antique puissance.
« La valeur des mondes, comme celle des hommes, ne consiste pas tant, du moins je le crois, dans la masse de matière qui les compose, que dans la force et la pureté de l’intelligence qui les anime.
Or, que la masse de matière diminue sans cesse dans l’Univers, et qu’au contraire l’intelligence y augmente de force et de pureté, est une conséquence nécessaire. -Car si c’est une maladie spirituelle qui a déterminé la for— mation de cet Univers, et qu’un moyen curatif appliqué à cette maladie y ait constamment opéré depuis l’origine des choses pour y amener la guérison, il est évident que la matière, ou l’enveloppe de ce moyen, doit diminuer sans cesse, à mesure que l’es prit s’épure pour atteindre le comble de la perfection d’où il était tombé. » (Fabre d’Olivet, Kai‘n, acte II.) Tant que la Volonté humaine n’aura pas vaincu
r_f’n—umrwwrw W ÆMË*#ËVM .9 .rm.uæ .i : I... LA FAUTE D’ADAM 409 Nahafsh, le gardien du seuil, l’attirance à l’individua lité, tant que Marie, l’Eve régénérée, ne tiendra pas sous son talon la tête du serpent astral, une écorce quelconque de nature aérienne, ou composée de l’esprit et des vapeurs du corps terrestre, ou condensée dans l’air environnant, emprisonnera chacun de ses atomes. Non, la matière n’a pas d’existence propre.
« En distinguant la Forme du Principe, nous saurons que l’une peut varier sans cesse, pendant que l’autre reste toujours le même, et on n’aura plus de peine à reconnaître la fin et le dépérissement de la matière dans la succession des faits et des êtres que la Nature expose à nos yeux, tandis que le Principe de cette Matière, n’étant point Matière, demeure inaltérable et indestructible...
« Cette dissolution particulière ne s’opère que par la séparation des émanations secondaires, qui étaient demeurées dans le cadavre, et que nous pouvons regarder chacune comme le centre de la partie qu’elle occupait. Mais alors nous ne pourrons nous dispen ser de reconnaître que les corps, que les parties des corps, que tout l'Univers n’est qu’un assemblage de centres, puisque nous voyons par gradations le ébrps se dissiper entièrement.
Or, si tout est centre, et si tous les centres disparaissent dans la dissolution, que restera-t-il d’un corps dissous, qui puisse faire partie de l’existence et de la vie de nouveaux corps? « Nous croirons donc que toutes ces difi'ormités, tous ces accidents auxquels nous sommes exposés, tant dans notre être corporel, que dans notre être a;,.ë.. . ,,, _. .. \w.
410 L’INITIATION v»... .. a .,.. m...v..fl.,; _>.._., O intellectuel, ont incontestablement un principe; mais que nous ne le connaissons pas toujours, parce qu’on le cherche dans la loi morte de la Matière, au lieu de le chercher dans les lois de la Justice, dans l’abus de notre Volonté, ou dans les égarements de nos ancêtres.
« Il est heureux que la Destinée ne se soumette point à la pensée des hommes ;tout aveugle qu’ils la supposent, elle les laisse raisonner et elle agit.
C’est même à la fois un bonheur inappréciable pour eux que la marche de cette Destinée soit aussi ferme et aussi intrépide; car, étant impénétrable aux systèmes des hommes, et leur en démontrant la faiblesse par sa constance à suivre sa loi, elle les forcera un jour d’avouer leurs erreurs, de quitter les sentiers obscurs où ils se traînent, et de chercher la Vérité dans une source plus lumineuse.» (Saint Martin, Erreurs et Vérité.) , J’ai exposé, dans un précédent article qu’a publié l’Im'liaz‘z‘on (septembre 1889), les lois de l’Involution et de l’Évolution humaines, d’après les théories d’Emmanuel Swedenborg.
Elles concordent de tous points avec les données présentes. A Fabre d’Olivet de conclure : « Que le Mal soit nécessaire à la plupart des choses, dans l’état actuel des choses, c’est assurément ce qu’il y a de plus évident dans le monde ; mais que le Mal soit nécessaire en soi, qu’il existe nécessairement, et qu’il soit en lui-même un être absolu, indépendant, c’est assurément ce qu’il y a de plus faux... Si tous les êtres désirent le Bien en tant que Bien, et que nul ne
...._Û,.ç,. ..... ,.. 1-. -urr, . I‘I‘H’a-ÏI‘ ddflt;rm un ,3 I LA FAUTE D’ADAM 41 I désire le Mal en tant que Mal, il résulte de cette diffé rence notable dans le désir, que le Bien est le prin cipe intérieur de tout être, le levain de la vie, tandis que le Mal ne lui est qu’un efl’et accidentel, Une sorte d’ombre, qui indique plutôt une absence qu’une réalité.
« Le Mal est dans l’Univers ce qu’est une maladie dans un individu : on ne peut pas dire que la maladie soit l’état absolu de cet individu, son état propre et nécessaire; c’est au contraire la santé qui est ou de vrait être cet état. Rien ne répugne à la santé, tandis que tout répugne à la maladie; ainsi, dans l’Univers, rien ne répugne au Bien, tout l’appelle au contraire pour soi ; et quant au Mal, tout le repousse, rien n’en veut.
Le Bien est donc le principe primordial, absolu, tandis que le Mal n’est qu’un accident amené par une cause connue ou inconnue, et qu’un moyen connu ou inconnu doit ôter et ôtera. » (Kaïn, acte 11.) (Fin.) GEORGE MONTIÈRE. L %‘2I ‘s '.\
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE 1ÏlIFLUENGE DE la ËUMIÈRE SUR LA MATÉRIALISATIQN DES ESPRITS Depuis quelques années, je m’étais livré avec une grande ardeur à l’étude des phénomènes spiritualistes, persuadé que l’on réussirait à obtenir des résultats, ou parviendrait, en se plaçant dans les conditions voulues, à prouver la réalité de l’immortalité de l’âme.
Il n’y a toutefois que les esprits eux-mêmes qui peuvent vous fournir les moyens de faire cette démonstration. Assez heureux dans une première tentative, je ne pus cepen— dant poursuivre le but que je me proposais, parce que je fus contraint par mes affaires à partir pour le con tinent, où je ne pus rencontrer les éléments néces saîres au succès de mes recherches ultérieures.
Je donnais surtout la préférence à ces phénomènes qu’on appelle d’ordre supérieur; mais je reconnaissais en même temps la nécessité d’être à même de donner . | I.-=....I-.< «.3. ë.{<._.
_q___ Il“, _ INFLUENCE DE LA LUMIÈRE 413 la preuve des phénomènes physiques à ceux qui n’en admettaient pas encore la réalité. Tel fut le but auquel je visai au commencement de mes idées, et j’ai l’espoir qu’un jour ou l’autre me fournira l’occasion de pour suivre et de conduire à bonne fin l’œuvre à peine ébauchée, quoique en bonne voie.
Celui qui ne connaît pas la théorie du spiritisme ne peut absolument concevoir comment un esprit peut avoir la faculté de se rendre visible et de faire mou voir des objets matériels,et, quand les esprits se mani festent réellement, il s’étonne qu’ils ne puissent se pro duire en pleine lumière aussi bien que dans l’obscu rité. Il est facile de répondre à cette objection: les esprits n’ont pas la toute-puissance.
Tous les êtres humains, y compris moi, nous ne sommes que des esprits incarnés. Quand ce que nous appelons la mort survient — c’est-à-dire lorsque l’esprit incarné en un être humain dépose son enveloppe de chair, — ilreste un esprit qui est l’homme véritable, celui d’avant l'incarnation.
Ce n’était pas sa demeure terrestre ou sa dépouille mortelle qui faisait de lui un être humain, pas plus que ce 'n’est sa disparition de la surface de la terre ou la perte de son vêtement corporel qui fait de lui un esprit.
L'homme ou esprit qui subsiste après la transfor mation morale est le même esprit ou homme qui vivait avant, et si l‘esprit,après sa délivrance,acquiert quelque nouvelle aptitude, il en perd d’autres, et par— ticulièrement la faculté de se mettre naturellement et sans un concours étranger en contact avec les subs tances matérielles. w-vL4WJ;ÆWÿEË—MIfirrmar .: '.» f:"l’-«t-r‘- .» - ..—-, v-a
414 L’INITIATION Pour reprendre le pouvoir, il lui faut donc se placer dans des conditions déterminées. L’esprit a besoin de matière, et, celle—là lui manquant, il la prend d’êtres humains vivants ou, en d’autres termes, d’esprits incarnés.
Pour cet effet, il est nécessaire qu’un certain nombre de personnes mutuellement sympathiques, une demi-douzaine , par exemple , se réunissent ensemble : l’esprit désincarné concentre alors et tra vaille l'exhalaison ou émanation de la matière vivante qui se détache de leur corps, s‘en revêt momentané— ment et réussit ainsi à se rendre visible sous son ancienne forme terrestre.
Dans cet état il peut parler, écrire, faire mouvoir des objets, jouer d’instruments de musique, se faire pho tographier et ne diffère en rien des esprits incarnés. Ceux qui ne sont pas au courant de semblables questions m’objecteront peut-être que nous n’avons aucune preuve que les esprits empruntent réellement cette matière aux assistants.
Mais, quoique nos yeux ne soient pas témoins de cette opération, beaucoup d‘expériences radicales qu’il serait trop long d’exposer démontrent que nous sommes dans le vrai. Il n’y a plus de doute sur cette question, ni parmi les spirites, ni parmi les savants qui étudient nos phénomènes. .
Il est certain aussi que les esprits libres rencontrent de fortes difficultés pour opérer cette concentration de matière empruntée, pour me servir de ce terme, et affirment que la lumière produit sur eux l’effet d’un dissolvant et leur nuit, en ce sens qu’elle désorganise et divise en particules invisibles la matière que l’esprit tente de réunir.
W...-.. .. . rg1ùWIFWÙIWËWQ*.M-J«. ,. . u « " ' INFLUENCE DE LA LUMlÈRE 415 En effet, un morceau de glace exposé à la chaleur perd son état solide; si la chaleur produit cet effet sur une substance, pourquoi la lumière ne le produirait— elle pas sur une autre? Nous savons que la lumière est une cause de mouvement :le radiomètre qui se met en mouvement aussitôt qu’un rayon de lumière vient à le frapper en fournit la preuve.
De plus, l’ex périence de l’hydrogène et du chlore qui, mêlés dans l’obscurité, ne subissent aucune altération, tandis qu’aussitôt exposés à la lumière ils produisent une explosion soudaine et se transforment en acide chlorhy drique, fournit un nouvel exemple à l’appui de notre thèse et démontre d’une façon évidente la puissance de la lumière.
Par suite du fait que la lumière peut agir sur les substances matérielles, je fus amené à croire qu’à cause de cela les spirites auraient à combattre une diffi culté qui pourrait être atténuée si, dans les expériences, on se servait d’une lumière colorée à dessein ; c’est pourquoi j’entrepris des expériences en me servant isolément des principales couleurs de l’iris. _, J’eus alors des séances pour obtenir des matériali— sations, et M. William Armstrong de New-Castle—on Tyne s’of’f’rit gracieusement de m’assister en se sou mettant aux conditions suggérées par les esprits, comme indispensables.
Je commençai _avec une lumière de couleur violette ; mais je dus la rejeter aussitôt, car je la trouvai moins favorable que la lumière blanche même. La lumière rouge eût été préférable, mais dans la pratique elle avait un défaut, elle était trop vive p0ur quel’on pût bien voir.
416 L’INITIATION J’essayai une lampe immense en faisant l’expé— rience avec difiérentes autres couleurs, mais je n’ob tins aucun bon résultat; c’est pourquoi je songeai à colorer les vitres des fenêtres, et alors nous eûmes des effets variés et plus ou moins satisfaisants.
Réglant la lumière à notre fantaisie, nous dispo sions d’une clarté telle que nous pouvions sténogra phier et lire; quand les conditions étaient les plus favorables, il m'était possible de lire même un livre placé sur mes genoux et de voir l’heure à ma montre placée à la distance de mon bras étendu dans toute sa longueur.
N os expériences nous amenèrent à cette conclusion que, après la condensation de la matière enlevée aux assistants par les esprits, la lumière orange était la seule qui leur permit de maintenir cette matière dans .un état suffisant de cohésion. Cettelumière cependant doit être autant que possible diffuse et uniforme, de façon qu’on ne puisse distin— guer les rayons qui partent de la source lumineuse.
Ces conditions une fois admises, M. Sambourg fit placer le gaz tout autour de la chambre, à une hau teur de quatre ou cinq pieds au-dessus du parquet. Un écran de papier orangé transparent fut placé devant le gaz depuis le plancher jusqu’au plafond.
Ces dis— positions prises, la lumière qui s’échappait de plu— sieurs trous de petite dimension était tellement diffuse que, bien que la salle fût entièrement éclairée, il n’était pas possible de distinguer à travers le dia phragme la situation de différents becs. Les photo graphes savent bien que celle qui a le moins d’action
.vw<-vv_--, 1r. fl , —'. INFLUENCE DE LA LUMIÈRE 417 sur le verre sensible est la lumière orangée; il en est de même pour la matière dont se forment les appa ritions, matière qui doit être de sa nature superlati— vement sensitive, afin de pouvoir être manipulée par la seule force de volonté des esprits opérateurs.
Quand nous fûmes arrivés à des résultats pour ce qui a rapport aux conditions de lumière, l’effet que nous obtenions le plus souvent était de voir surgir du parquet, après quelques minutes d’attente, quel— que chose de blanc assez semblable à un mouchoir.
En quelques moments cet objet blanc grandissait et semblait tantôt s’élever, tantôt s’abaisser; mais chaque fois qu’il s’élevait, il croissait de deux ou trois pouces et à la fin atteignait la hauteur de quatre àcinq pieds; alors il prenait l’aspect d’un bonhomme de neige, avec cette différence toutefois qu’il donnait des signes de vie évidente.
Cette masse animée quelque peu informe prenait ensuite tout doucement une forme distincte jusqu’au moment où nous trouvions devant nous un être humain aux formes parfaitement déterminées.
En assistant aux apparitions de ces êtres humains ou esprits, il m’est arrivé souvent de voir les assistants reconnaître en eux des parents ou amis qui avaient abandonné leur dépouille mortelle; de ces amis, que la mort, pour parler vulgairement, m’avait ravis, et l’un étaitM. Hedley, l’autre M. Ri cliffe. Ces deux âmes ne furent pas reconnues par moi seulement, mais par ma femme et quatre autres personnes étrangères à ma famille. Si l’on veut me croire sur ma parole d’homme d’honneur et admettre que réellement j’ai vu, revêtus a 14 il"... -
418 L’INITIATION d’un corps matériel, deux personnes que je savais dans la tombe — non pas morts, car les hommes ne meurent pas, c’est-à-dire ne s’anéantissent pas. mais se transforment comme le papillon qui sort de la Chrysalide —- si l’on veut, dis—je, accepter ces faits, ou reconnaîtra qu’il est pour nous de la plus haute im portance (Ëe bien comprendre les conditions qui leur permettent de se revêtir d’une enveloppe matérielle et de s’entretenir avec nous sous la même forme que nous leur avons connue.
C’est pourquoi j’ai pensé que mes travaux pouvaient devenir utiles et être poursuivis avec avantage par d’autres qui les repren draient au point Où j’ai été forcé de les interrompre. Il serait nécessaire pour cela de pouvoir disposer d’un bon médiumà effets physiques qui consentît à accorder une ou deux séances par semaine pendant plusieurs mois et s’obligeât à n’en pas donner d’autres pendant tout ce temps.
Il faudrait s’associer au moins une douzaine de personnes capables de poursuivre convenablement les expériences et qui promettraient, saufle cas de force majeure, d’être assidues à toutes les séances. Quoique la musique ne soit pas absolu ment nécessaire, on aurait néanmoins une plus grande certitude de succès, si parmi les associés il se trouvait deux ou trois bon musiciens.
Quand on a le bonheur de réunir toutes ces conditions, on peut être à peu près certain d’une bonne réussite et de faire progres ser la question d’une façon décisive. Les spirites qui ont étudié les phénomènes comme je les ai étudiés ne peuvent avoir d’autre sentiment quepelui-ci : que les deux mondes, notre monde et O
Ï}I‘l INFLUENCE DE_ LA LUMIÈRE 419 celui qui est au delà du nôtre, seront avec le temps tellement fondus l’un dans l’autre.que leurs frontières ne seront marquées que par l’enveloppe corporelle plus matérielle de ceux qui ne sont pas encore passés à l’autre vie, et que les amis d’outre-tombe et ceux qui vivent encore sur la terre ne seront plus tout à fait séparés comme ils le sont aujourd’hui, par l’état de transition auquel on a donné le nom de mort.
C’est pour cela, dans ce but précisément, que j’ai cru devoir appeler l’attention des spirites sur la nécessité de coopérer à la recherche des moyens aptes à hâter l’heureux événement. Les conditions de lumière bien comprises et bien appliquées faciliteront infailliblement et beaucoup la tâche que nous indiquons à ceux qui voudront l’en treprendre.
MATHIEU F ILDER , The medium and Daybreak. (Traduction de M. Homes PELLETIER.) initiatin des ä‘emmes La Franc-Maçonnerie paraît devoir faire parler ' d’elle l’hiver prochain. — Les loges françaises vien— nent, en effet, d’être saisies d’une question de la plus haute importance, qui ne manquera pas d’avoir un certain retentissement dans le monde profane. — Il ne
420 L’INITIATION --"r‘ s’agit de rien moins que de l’admission de la femme dans la Franc-Maçonnerie. Ce n’est point là, il est vrai, une question aussi nouvelle qu’on pourrait bien le croire.
Elle fut agitée en France dès 1730, c’est—à-dire cinq ans à peine après l’introduction de la Maçonnerie moderne en notre pays. —- L’idée, néanmoins, ne prit corps d’une façon définitive qu’en 1774., époque à laquelle le Grand Orient de France patronna officiellement la Maçonnerie des dames, plus connue sous le nom de Maçonnerie d’adoption .
De nombreuses loges féminines furent alors créées. -— Parmi elles se distingua surtout la loge la Candeur, fondée en mars I775. Il fut donné, à cette occasion une fête brillante, à laquelle prirent part toutes les dames de la cour, et en particulier la duchesse de Chartres, la duchesse de Bourbon et la princesse de Lamballe. La Maçonnerie d’adoption fut ainsi mise à la mode.
L’exemple ayant été donné par les personnalités les plus en vue du règne de Louis XVI, il devint de bon ton de se décorer du tablier symbolique. —- Au point de vue initiatique, on n’attachait, du reste, aucune importance réelle aux travaux d’adoption. Cela explique comment, après un moment de vogue, il en fut de la Maçonnerie des dames comme de toute chose dont le succès n’est dû qu’à un en gouement passager.
Le fait est qu’on ne tarda pas à s’en désintéresser; même après les encouragements donnés à l’œuvre, en 1805, par l’impératrice Joséphine. — Ces sortes d’ini« =7 '-"-mlr
I‘I !_m‘_. - I W,æWv , _.tm. -u 1w .— r INITIATION DES FEMMES 421 tiations présentaient décidément un caractère trop futile pour survivre longtemps aux circonstances qui leur avaient donné naissance. — Elles tombèrent dès lors de plus en plus en désuétude, jusqu’à notre époque, qui ne voit plus en elles qu’un souvenir his torique. \ ‘ La Maçonnerie actuelle trouve cependant qu’il ne lui est pas permis de se désintéresser du sort de la femme, en l’abandonnant, comme par le passé,à l’in— fluence des idées obscurahtistes, qui la retiennent sous le joug de préjugés néfastes et entravent le libre essor de ses admirables facultés.
La Maçonnerie comprend qu’après s’être adressée d’abord exclusivement à l’homme, il est temps qu’elle s’occupe sérieusement aussi de cette autre moi tié du genre humain, sans laquelle rien ne saurait se faire de vraiment durable et de grand. Les maçons se proposent, en conséquence, d’inviter les femmes àvenir concourir à leur œuvre si haute ment humanitaire.
On ne voudrait pas en cela se contenter simple ment d’organiser des fêtes de bienfaisance, dont la Maçonnerie fournirait le prétexte. On retomberait ainsi dans l’erreur des promoteurs de l‘ancienne Maçonnerie d’adoption, qui ne répondrait plus en aucune façon aux besoins de notre époque. Il faut envisager aujourd’hui la question à un point de vue beaucoup plus large.
Ce serait faire fausse route que de s’attacher à ressusciter une institution disparue, qui n’eut jadis que le mérite de convier la société aristocratique du siècle dernier à des réunions
422 L’INITIATION . -— w"'l_.." ‘l_‘rz';ugrrs’|‘ assurément fort belles et fort touchantes, mais fort anodines, en somme, au point de vue du progrès des lumières, ou relativement à l’émancipation des faibles en général et de la femme en particulier. Il nous faut autre chose, de nos jours, qu’une sorte de Maçonnerie à l’eau de rose, spécialement adaptée aux usages du monde élégant.
Ce n’est point par le moyen d’amusements innocents,présentant une vague analogie avec les rites initiatiques, qu’on parvientà rendre son orientatic’m normale à une civilisation dév0yée. ’ Ce qu’on réclame en ces conditions, c’est une insti tution sérieuse, une organisation puissante suscepti— ble d’offrir à la femme ce qu’elle ne trouve nulle part à notre époque, c’est-à-dire l’Initiation. Celle-ci ne doit pas consister en vaines formalités.
Il faut faire briller devant la femme la lumière ma çonnique autrement que sous le symbole d’une flamme de lycopode. La femme pour cela doit appren dre à penser.C’est le seul moyen pour elle de s’affran chirde toute servitude intellectuelle,etde s’élever ainsi à un rang strictementégal à celui de l’homme. La Maçonnerie saura certainement sous ce rapport se montrer à'la hauteur de sa mission.
Elle fera pour la femme ce qu’elle a déjà fait pourl’homme. Mais en cela sa tâche est des plus ardues. -7On n’improvise point à la légère une institution propre à conférer l’initiation spéciale qui convient au génie féminin. De profondes connaissances initiatiques sont requises en pareille matière si l’on veut arriver à une solution vraiment satisfaisante d’un problème aussi délicat.
m... ».W " . v.43w ' .a .-.r. BIBLIOGRAPHIE ‘42 3 Nous verrons d’ici peu comment la Maçonnerie actuelle pourra parvenir à trancher la difficulté. Pour le moment, la question vient d’être mise à l’étude dans un grand nombre de loges. Il en résultera des discus sions du plus haut intérêt, qui tourneront toutes au plus grand avantage de la cause si intéressante de l’initiation des femmes.
On peut, en tous les cas, s’attendre de ce côté à des surprises, dontles amis du progrès n’auront qu’à se féliciter. OS\VALD VVIRTH, Membre du groupe Maç.-. d'Éludes initiatiques. lBtmoeaaaaraa Le problème de la quadrature du cercle fut connu dans l’antiquité la plus reculée avant la période de la chronologie classique, et a depuis passionné les savants de tous les pays et de toutes les époques.
Parmi eux se trouve un auteur inconnu (1), nulle part cité. Irlandais d’origine, il s’appelle O’Donnelly, a été l’objet de vexations multiples en France et s’est réfugié en Belgique. Il a traduit l’obélisque de Louq sor et restitué la langue originale dans le premier (l) Les vraies Mathématiques aux prises avec la pierrefltiloxophale, 18541 — Du même auteur: La Découverte prodigieuse. Travaux d‘égyp tologœ, hebraïques, chronologiques, etc. .:-y t -;.>:( en —î'-ÙG«»«:.- r v ._Wämfl
424 L’INITIATION chapitre de la Genèse. Sa traduction du Zodiaque 'de Deudera a rencontré le plus de sceptiques. Nous ne sachons pas qu’aucun ouvrage d’égyptologie le cite. Avait-il connaissance de la restitution de la langue hébraïque et de la traduction du Zodiaque de Deu dera faites par Fabre d’Olivet, à peu près àla même époque.
Ce dernier, qui donna la première traduction exacte de l’hébreu du premier chapitre de la Genèse, a en également beaucoup à endurer de son vivant. Depuis quelques années, la nouvelle école philosophique des théosophes et spécialement le marquis de Saint-Yves d’Alveydre, l’auteur de la Mission des Juifs, dont on parle si peu en ce temps d’anti—sémitisme, ont rendu justice au grand mérite de Fabre d’Olivet.
O’Donnelly semble se rattacher à l’esprit de cette école par d’autres particularités encore et mérite, pensons—nous, d’être tiré de l’oubli.
La concordance qu’il établit, par la solution de la quadrature du cercle, entre la science moderne et la Genèse; la haute antiquité qu’il reconnaît à la Terre, 5298 ans avant Adam, confirmant ainsi d’une nou— velle preuve mathématique l’opinion de plusieurs auteurs qui assignent à la création l’espace compris entre deux précessions des équinoxes, le mot jour étant une déplorable traduction, et cela conformé ment à la chronologie des livres sacrés de tous les peuples; ces données doivent le faire réclamer par les occultistes modernes.
Sa solution de la quadra ture du cercle, outre ces résultats, lui permet de confirmer la genèse numérique selon Pythagore, l’initié des mystères d’Egypte, d’établir les bases de la
BIBLIOGRAPHIE 42 5 vraie astronomie et de la vraie philosophie, et d’en expliquer jusqu’aux derniers détails avec une préci sion et une unité peu communes. Tout cela encore nous semble ne pouvoir laisser aucun doute sur le Caractère de son esprit et la tradition dont il relève. A ses frères à le connaître.
En ce qui concerne le problème lui-même au point de vue purement algo rithmique, il en est donné trois démonstrations et quatre confirmations des plus précieuses dans leurs applications cosmogoniques. O’Donnelly nous parait un auteur des plus intéres sants et des plus originaux.
Fort de l’exactitude de la Genèse selon le dz'es cœlz‘ de David, les annz' antiquz‘ et dz‘es seculz‘ de Malachie ; fort du développement cosmogonique, astronomique, chronologique, mathé matique, philosophique universel et absolu de sa démonstration de la quadrature du cercle; fort aussi de la traduction exacte du premier chapitre de la Genèse selon la langue originale restituée; fort encore de la clef des hiéroglyphes, de la traduction du Zodiaque de Deudera et d’autres découvertes, il confirme l’opinion commune de tous ceux qui ont fait autre chose que de répéter ce qu’ils avaient lu.
Il serait intéressant de comparer ses œuvres avec celles de Wronski et de Fabre d’Olivet. Il paraît étrange qu’il n’ait pas eu connaissance de la restitution de la langue hébraïque de ce dernier. Au point de vue mathématique, son esprit a de grandes analogies avec le généreux esprit de Wronski. En égyptologie, je ne l’ai jamais vu cité. On ne s’est pas encore occupé de classer cet auteur très contrarié de
426 L’INITIATION son vivant et pour ainsi dire inconnu aujourd’hui encore. Je le signaleà ceux qui ne doivent pas l’igno rer. F. VURGEY. Eauanassa iBomsaan ET LA SUGGESTION HYPNOTIQUE Rarement une affaire criminelle apassionné l’opi nion comme l’affaire Gouffé.
Rarement aussi, la presse a été tenue si longtemps en haleine, et jamais peut être la magistrature et le monde savant n’ont eu au tant de préoccupations, n’ont éprouvé autant d’hési— tation pour établir la responsabilité et la part prise par chacun des acteurs de ce lugubre drame. C’est que cette affaire soulève une question brûlante: la question de la suggestion hypnotique et de l’irres ponsabilité de ceux que l’on suppose y avoir été sou mis.
Il est certain que, si tout ce qui a été dit ou écrit, soit dans les livres, soit dans les journaux depuis quelques années, était vrai; si, sous l’influence de la suggestion.hypnotique on pouvait dominer un sujet au point de le rendre voleur ou assassin ou en faire tout autre chose qui plairait à l’hypnotiseur, il est .1:'—_tl!!
GABRIELLE BOMPARD 427 certain que jamais l’humanité n’aurait été en butte à un si grand péril social et la responsabilité de ceux qUI ont répandu ces théories ne saurait être trop lourde. Mais, disons-le tout de suite, il faut en rabattre, et en rabattre, beaucoup, de cette épouvantable domi— nation.
Avec un peu de bon sens et d’expérience des faits, on comprendra vite que les dangers de la sug gestion n’ont d’autre influence sur les hommes que celle que le croquemitaine exerce sur les enfants. Depuis que les savants se sont livrés à l’étude de l’hypnotisme, les clameurs se lèvent dès qu’un crime est commis, et l’on ne voit partout que la suggestion comme cause déterminante.
Qui ne se rappelle les racontars de tous les journaux au sujet du soi-disant enlèvement d’une noble espa< gnole, et des crimes de Pranzini, de Prado et de tant d’autres, que n’a-t-on pas dit! ’ ' Il est temps pourtant que la saine raison fasse jus tice de toutes ces divagations, et c'est pour cela que je me permets d’apporter dans ces débats ce que qua rante ans d’expérience et d’observation ont pu me donner.
La suggestion hypnotique n’est autre chose que l'expression extrême qui résulte de l'influence des milieux. L’homme ne connaît rien moins que}ui-même. Ses instincts, qu’ils soient bons ou mauvais, restent souvent à l’état latent, jusqu’à ce qu’une occasion, une cir constance vienne les réveiller. La fréquentation d’un milieu vicié est la pierre de touche des consciences. La mauvaise nature s’y com . , _. ..._«.::w-fix.h_;æk p.1“.
42 8 L’INITIATION plaît, elle y grouille : elle y trouve des éléments pro pices à son développement, et, d’inoffensive qu’elle paraissait être, elle est bientôt devenue dangereuse pour la société. Si, au contraire, l’instinct de la per sonne qui tombe dans ce milieu est bon, il grandira en proportion du contact contraire auquel il s’est ' heurté; une réaction qui peut aller jusqu’au dégoût se manifeste, et alors un éloignement naturel se produit.
Eh bien, les choses ne se passent pas autrement dans les faits de suggestion hypnotique.
Il est certain que s’il fallait s’en rapporter à tous les comptes rendus qui ont été publiés des expériences faites dans certains milieux scientifiques, le péril serait grand; mais peut-être serait-il à propos de chercher si l’enthousiasme des premières études hyp notiques des savants ne leur a pas, pour le moment, faussé le sens de discernement et s’ils n’ont pas pris l’apparence pour le fait. ‘ Dans un milieu d’expérimentation,le sujet est abso— lument soumis à l’expérimentateur, quant aux phé nomènes physiologiques.
Celui-ci peut le faire passer par toutes les phases sans que celui—là puisse opposer une salutaire résistance. Tandis que, dans les phéno mènes moraux, quand il s‘agit de suggestion, le sujet devient un compère inconscient de l’opérateur: il sait que tous les actes qui lui sont imposés sont simulés, et il s’y abandonne aveuglément. On peut le faire voler, empoisonner, poignarder, toutes les actions imposées seront exécutées avec précision.
Sa rouerie v prendra même une telle acuité qu’il poussera l’exé cution des faits jusqu’à se jouer des plus habiles expé—
GABRIELLE BOMPARD 429 nmentateurs, surtout quand sa vanité, ses caprices ou ses intérêts sont mis en jeu. Mais il y a loin des expériences d’étude à la réalité de la vie. Il est certain que rien ne sera plus facile que de faire exécuter une suggestion de vol à un vo leur; mais, pour celui-ci, pas n’était besoin de le sug— gestionner; un conseil donné sur un plan bien com bir‘1é lui aurait aussi bien suffi.
Tandis que si l’on suggère à une personne soumise à l’action hypnotique un acte répréhensible contre sa nature, à l’heure convenue l’idée lui en viendra, mais en même temps sa conscience renaîtra, son libre arbitre agira, elle ne l’exécutera pas, et la suggestion tombera à néant.
Quoi qu’on dise, on ne fera jamais un honnête homme d’un coquin, ni un coquin d’un honnête homme, pas plus que l’on fera un pigeon d’un cra paud ou un crapaud d’un pigeon. -— Qui est népoz’ntu ne meurtpas carré. D’illustres savants, MM. les docteurs Brouardel, Most et Vibert, ont obtenu sur Gabrielle Bompard les effets les plus extraordinaires de suggestion.
Qu’est—ce que cela prouve ? sinon que cette personne est acces sible à l’influence hypnotique. Mais, parmi les femmes de cette catégorie, huit sur dix ont la même sensi bilité ! Gabrielle Bompard savait très bien que dans cette épreuve hypnotique elle jouait sa tête et n’a pu faire autrement que de se prêter à toutes les expériences que l’on a voulu produire sur elle. . -Des épreuves de cette nature ne prouvent absolu
430 L’INITIATION ment rien, si ce n’est la lutte d’habileté et de finesse qui préside à l’accomplissement des faits et dans laquelle les avantages sont rarement pour les savants. Quant à la catalepsieet la crise de nerfs qui ont suivi l’expérimentation, elles prouvent seulement que les expériences ont été faites par des personnes qui ne connaissent pas la direction des forces dont ils dis posent.
Rien ne prouve d’ailleurs que cette femme ait été hypnotisée par Eyraud.
Mais admettons pour un ino— ment l’hypothèse d’une suggestion qui lui ait enlevé le sens moral, et qu’inconsciente sous l'influence de la volonté d’lîyraud, elle ait pris rendez-vous avec Gouffé; qu’elle ait eu une part active au crime; que, toujours machinalement, elle ait aidé à mettre la vic time dans la malle; que, froidement, elle ait passé la nuit dans la chambre de l'assassiné, et qu’enfin elle ait voyagé avec son lugubre colis jusqu’au moment où elle et son complice l’ont déposé à Milyrle.
Série d'ac— tions mêlée de préoccupations et d’incidents de temps et de lieux matériellement impossibles à obtenir sur un sujet, même dans l'ordre purement expérimental. Ajoutons à ceci qu’un sujet qui subit une suggestion se trouve toujours, au moment où il l’exécute, dans un état d’hypnose presque égal à celui où il était au moment où on la lui a imposée.
Mais, enfin, suppo sons toujours que tout ce qui a été fait ait été le résul tat d’une influence à laquelle elle n’a pas pu résister : comment se fait—il alors qu’une fois arrivée en Amé rique, Gabrielle n’ait plus subi cetteinfluence, au point de se jouer d’Eyraud en le bernant de fallacieuses proo
GABRIELLE BOMPARD I messes et de s‘opposer à faire à Garanger le même sort qu’à Gouffé ? Si elle a été maitreSse d’elle-même en Amérique, ne faisant que ce qu’elle a voulu, c’est qu‘en participant à l’assassinat de Gouffé elle a agi de son plein consentement.
Je n’ai certainement pas la prétention de traiter cette délicate question au point de vue juridique, pas plus que je n’ai à rechercher la part prise par Gabrielle Bompard dans la perpétration de ce crime.
En pre— nant la plume, j’ai seulement voulu tâcher d’appor ter un peu d’ordre et d’éclaircissement dans ce dédale créé par l’hypnotisme et affirmer que, quel que soit le rôle joué par cette femme dans cette affaire, elle a parfaitement agi avec discernement.
' Si on l’innocentait, si on la déclarait irresponsable pour cause de névrosisme ou comme victime elle— même de suggestion hypnotique, une pareille déci sion serait le champ ouvert à tous les crimes. Ce serait le triomphe de la corde, du vitriol, du couteau et du poison, et la porte ouverte à tous les chantages. Je ne veux pas, par ce qui vient d’être dit, insinuer que la suggestion hypnotiqne soit sans dangers.
Je crois au contraire qu’il y en a, mais ce ne sont pas ceux qui ont été signalés. Je tâcherai de les mettre en évidence et de donner le moyen de les éviter en ter minant cette étude dans le prochain numéro de l’Inz‘ liation. A. ROBERT.
43 2 L’INITIATION .æ=w «« Wm.....-..æ«- ‘ I.’ÈGYPT@EIŒI’IIE fiAERÈE (Suite) 25. Khepra symbolisel’existence, le devenir, c’est-à— dire l’apparition à la vie, et même la réincarnation. 26. Khons, c’est I’Harpocrate thébain, le troisième membre de la triade thébaine: Ammon, Maut, Khons, nous l’avons vu ci-dessus. Khons-Thoth joue un rôle lunaire.
Il était vénéré sous les noms suivants : Khons en The’baïde, bonproÿ tecteur; Khons conseiller de la Thébai‘de, qui chasse les mauvais esprits, etc. 27. Ma, déesse fille du Soleil, qui personnifie le vrai et le juste; aussi son nom s’écrit en égyptien avec le terme coudée, C’est Ma qui introduit le mort dans la salle où Osiris rend son jugement.
On représente cette déesse accroupie, le corps enveloppé dans une robe collante et la tête surmontée du disque solaire ou de l’hiéroglyphe formé par la fronde du palmier, qui est homophone de ma (coudée). 28.
Maut, épouse du dieu Ammon, dont le nom signifie mère. -— « Maut, nous dit M. de Rougé (I), est ordinairement coifiée du psclzentou double diadème ; , , quelquefois un vautour, symbole de la maternité, . (I) Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les ga leries du musée du Louvre. Br. in-8, Paris, I855. ‘
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 433 rt«‘"ä*‘:* ' montre sa tête sur le front de la déesse ; les ailes for ment sa coiffure. Elle est vêtue d’une longue robe étroite et tient dans sa main le signe vie. Les principaux titres de Maut sont ceux de « dame du ciel, régente de tous les dieux ». zg. Mentou ou Mout, dieu solaire adoré à Hermon this; c’est le dieu de la guerre, aussi le représente—t—on tenant en main le glaive royal nommé Khopesh. 30.
Mer—Sker, déesse, forme d’Athor, dont le nom signifie: celle quiaime le silence. 3x. Nebou-out, déesse qui ne paraît être qu’une des formes d’Isis; elle était principalement adorée à Esneh. 32. Néphthys, sœur d’lsis, épouse de Set, qui aida sa sœur dans ses incantations pour ressusciter Osiris; aussi a-t-elle un rôle funéraire et la surnomme—t—on, comme Isis, la pleureuse, la couveuse. 33. Noun, knoun, une des formes d’Ammon. 34..
Mout, déesse qui personnifie l’espace céleste, plus particulièrement la voûte céleste ; aussi la repré sente-t-on le corps replié sur les reins, touchant la terre de ses pieds et de ses mains. 35. Osirz’s, dieu du bien, le frère et l’époux d’Isis, le divin symbole de toute mort (tout défunt était assi— milé à Osiris); il est le roi de la divine région infé rieure. 36.
Pacht ou Sekhet, déesse paraissant symboliser l’ardeur dévorante du soleil et, comme telle, chargée du châtiment des âmes de l’amenti. Bast, Menhit Ouadj sont des formes de Sekhet. 37. Quebou Qeb. Ce dieu paraît avoir les mêmes
434 L’INITIATION attributions que le Chronos (le temps) des Grecs, 38. Seb, personnification de la terre ; on la repré sente souvent couchée à terre, les membres couverts de feuillages, tandis que le corps de Mout, la déesse de la voûte du ciel, se courbe au-dessus de Seb. 3g. Sebek, dieu solaire d’origine très ancienne, qu’on assimilait souvent à Horus et qui était dès lors adoré comme tel à Ombos. 4o.
Selk, une des formes d’Isis, préposée à la pro tection des entrailles renfermées dans les canopes ; on la figure généralement avec un scorpion sur le front. 4.1. Set, dieu du mal, le typhon des Grecs et dont le rôle mythique est des plus obscurs. 42. Shou, fils de Ra, un des noms du soleil levant, déification de la lumière du disque solaire.
Les re— présentations de ce dieu nous le montrent soulevant la voûte du ciel et la tête surmontée du signe Pe/z, qui signifieforce, ou bien encore de la plume d’autruche hiéroglyphique de son nom. Ce dieu est représenté agenouillé et les bras en l’air; quelquefois on le voit représenté avec la déesse Tewnoul : on les désigne dès lOrs sous le nom de Couple des lions. 43.
Soupti ou Sept—Hor, une des formes d’Horus adorée sous l’emblème de l’épervier momifié; il porte alors le titre de Seigneur de l’Orz’ent. 44,. Tanen, une des formes de Ptah, et même d’Athor; du reste, les noms et rôles de cette déesse sont des plus obscurs. Nous nous demandons même si les égyptologues n’auraient pas pris à tort ce nom de Tanen, qui est une région souvent mentionnée dans les textes religi ux, pour le nom d’une déesse.
L’EGYPTOLOGIE SACRÉE 435 4.5. Tewnout, déesse ditefille du Soleil: on la repré sente avec une tête de lionne, surmontée du disque solaire. 46. Thouè‘ris. Quelques archéologues considèrent cette déesse comme la compagne de Set; d’autres l’identifient à Apet, la déesse nourrice, surnommée la bonne nourrice ; on la dénomme également Ta-ouer, c’est-à-dire la Grande.
Thouëris, épouse de Set après la défaite de celui-ci, fut sauvée des poursuites d’un serpent par Aroëris, quil’épousa, dit-on. En somme, c’est un mythe obscur. Nous bornerons ici la nomenclature des person nages mythiques de l’Égypte; ce que nous en avons dit suffira pour l’intelligence complète de ce que nous allons étudier dans la suite de notre travail. Nous passerons donc aux animaux sacrés, qui ter— mineront le présent chapitre.
IV. —- Animaux sacrés. Les Égyptiens éprouvaient pour Dieu un si profond respect que non seulement ils ne l’adoraient, comme nous venons de le voir, que par l’intermédiaire de divinités secondaires symbolisant le Dieu unique, mais encore ils n’imploraient ces divinités même que par l’intermédiaire des animaux sacrés; ceux—ci seuls recevaient les adorations directes.
Les prêtres ne furent pas sans doute étrangers à cette substitution, parce qu’ils savaient fort bien que le peuple a toujours mieux compris un culte mor« phique. Cependant le peuple égyptien savait fort
436 L’INITIATION bien que,quand il se prosternait devant une lionne, un cynocéphale, un cheval, un bélier, une chatte ou devant,d’autres animaux, ce peuple savait fort bien qu’il adorait en réalité Sekhet, Thoth, Anubis, Noum, Bast, etc., c’est-à-dire encore des représentations de la divinité du Dieu Unique.
Il est résulté de cet état de choses que peut-être le peuple a pu se livrer à des pratiques superstitieuses à l’égard des animaux sacrés, pratiques qui furent sans doute largement exploitées par la caste sacerdotale; mais jamais les classes instruites, les classes élevées n’ont adoré les animaux, pas plus qu’elles ont jamais pu supposer qu’un jour, après leur mort, leur âme pourrait transmigrer dans le corps d’un animal.
Les prêtres égyptiens, dans un but facile à comprendre, pouvaient bien laisser supposer au peuple que l’homme ayant mal agi pendant sa vie pourrait, après sa mort, habiter le corps d’un animal quelconque; mais cela ne prouve rien en faveur de cette croyance, et certainement le prêtre pouvait le dire, mais n’y croyait pas.
Par l’étude approfondie que nous avons faite de la religion égyptienne, nous pouvons affirmer qu’on ne peut admettre un seul instant que ce peuple, dont les anciens sont unanimes à louer, à vanter même la haute sagesse, ait jamais pu adorer des animaux; c’est une fable qui n’a pas le sens commun.
Ainsi les Grecs, qui dans l’antiquité représentent la civilisation avancée, ces Grecs s’efforçaient d’imiter, de copier les Égyptiens; ils s’ingéniaient surtout à comprendre leur philosophie. Ajoutons qu’ils n’y
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 437 sont jamais parvenus, parce qu’il leur manquait une clé, celle de l’Inz‘tiatz‘on. Quelques Grecs croyaient la posséder, en partie du moins: ils se trompaient, ils avaient tout au plus reçu la gnose de la petite initiation ; c’est-à-dire qu’ils con— naissaient peu, fort peu de la science occulte des Egyptiens.
Platon était un de ces petits initiés, et, malgré le peu de connaissances qu’il possédait au sujet des mystères, il avait une si haute opinion de la sagesse égyptienne et de son antique origine, que, dans son Timée, il prête ces paroles au vieux prêtre de Sais: « O Grecs, vous n’êtes que des enfants; parmi vous, il n’est point de vieillards, car vous êtes nés nouvellement à la vie intellectuelle et ne possédez aucune des sciences gri sonnantes. » Que faut-il entendre par sciences grisonnantes, si ce n’est les anciennes sciences, les sciences occultes P ' Un archéologue moderne très versé dans les choses de l’antiquité exprime dans un fort beau livre (I) une pensée qui mérite de fixer l’attention : « On connaît, dit M. Bunsen, l’attrait que l’étude de la sagesse et des antiquités des Egyptiens exerçait sur les plus grands esprits des anciens Grecs, et comment, depuis Hérodote, ils cherchèrent toujours à pénétrer sous les formes bizarres des dieux et le culte des animaux, jusqu’à ces fêtes et ces cérémonies dans lesquelles un sens plus profond et plus intime se révélait à leur esprit. De l’Egypte leur venait déjà le sphinx, dont la (1) La Place de l'Eg‘yptè dans l‘histoire. Vol. I, p. 92.
438 L’INITIATION figure humaine expressive et méditative les poussait à analyser le mystère de la vie. » Ces deux citations, celle de Platon et celle de Bun sen, montrent bien l’estime que les Grecs professaient pour la sagesse égyptienne et peuvent également té— moigner que jamais, au grand jamais, l’Egypte n’a pu adorer des animaux ou des fétiches quelconques.
Nous pensons que,_silesartistes égyptiens ont affublé leurs divinités de têtes d’animaux consacrés, c’était pour différencier d’une manière indubitable, sans aucune hésitation possible, les très nombreux repré— sentants du Dieu unique. Ces têtes d’animaux. de même que la diveisité des coiffures, ne sont autre chose que des symboles qui facilitent l’écriture des hiéroglyphes.
Dans une statue grandeur naturelle, l’artiste peut exprimer sur la figure de son personnage la bonté, la ' douceur, la méchanceté ou la violence ; mais dans un tout petit signe hiéroglyphique, l’artiste et l’écrivain ne pouvaient caractériser leur personnage que par un signe conventionnel : de là, les personnages humains àtêtes d’animaux. Nous sommes très surpris qu’aucun égyptologue n’ait jamais dit jusqu’ici ce que nous venons d’écrire.
Passons en revue quelques animaux sacrés et le caractère divin qu’ils symbolisent. La LIONNE symbolise Seklzet; le CHACAL, Anubz’s; I’HIPPOPOTAME, Taou-er ; le CHAT et la CHATTE, Bast; le TAUREAU, Apis; la vache, Isis et Athor; le BENNOU (vanneau), Osiris; le SCORPION, Sel/t; le SCARABÉE, Kep/zra. L’pno«:us (aspic, hajé) étaità la fois un symbole
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 439 divin et royal; le VAUTOUR était l’emblème de Maut et de la maternité. Le CYNOCÉPHALE, sorte de singe, était consacré à Thoth-lunus, parce que cet animal, nourri dans les temples, avait les yeux voilés pendant la conjonction du soleilet de la lune. On voit le cynocéphale accroupi sur le fléau de la balance pendant le jugement ou la pesée de l’âme; il parait également symboliser l’équi libre.
Le cynocéphale était aussi consacré à l’adora tion du soleil levant. Thoth était encore représenté par l’IBIS, parce que cet oiseau marche avec mesure et gravité et que son pas était un étalon métrique. Le BÉLIER symbolisait Ammon—Ra, le grand dieu de l’Egypte, parce que sa principale force réside dans sa tête et parce qu’il marche en avant du troupeau et le conduit, enfin parce qu’il représente l’ardeur gêné ratrice.
L’ÉPERVIER, l’oiseau d’Horus, symbolise la renais sance de la Divinité sous la forme dU-soleil levant: c’est pour cela que Ra est représenté avec une tête d’épervier coiffée du disque. Les Pharaons étant des Horus, leur bannière est surmontée de l’épervier; quand cet oiseau porte une tête humaine, il est l’hiéro— glyphe de l’âme. Il symbolise le soleil, parce qu’il peut, commel’aigle, fixer son regard sur cet astre.
Le PHÉNIX symbolisait l’astrologie, la science sa crée. Voici ce que nous dit Hérodote (I), au sujet de cet oiseau merveilleux: « Il existe un autre oiseau sacré, mais dont je n’ai vu que la peinture; ou le (I) I, II, 73.
4.40 L’INITIATION u . _ _,_ nomme Phénix. Il ne parait que fort rarement en Egypte: tous les cent cinq ans, suivant le dire des habitants d’Héliopolis , et on ne le voit que lorsque son père vient à mourir. Si la peinture que j’ai vue est fidèle, voici comment il serait: ses plumes seraient rouge et or, sa taille et sa forme approchent de celles de l’aigle. Du reste, on raconte de lui des choses qui me paraissent tout à fait incroyables.
On dit que cet oiseau, partant de l’Arabie, transporte le corps de son père enduit de myrrhe, dans le temple du soleil pour l’y enterrer, etc., etc.» Car Hérodote poursuit son récit et nous raconte en effet des choses incroyables, pour nous servir de son expression. Il n’est pas hors de pro— pos de dire ici, une fois pour toutes, que tout ce que nous rapporte Hérodote sur les Égyptiens est empreint d’une grande exagération.
Nous supposons même que les prêtres de l’Egypte se sont moqués de l’historien et lui ont fourni à dessein de nombreux renseigne— ments, tout à fait erronés. Nous en donnerons ici une nouvelle preuve en mentionnant ce que nous apprend l’écrivain grec sur les serpents ailés (I, n, 74.) : « Du côté de l’Arabie, en face de la ville de Buto, est un lieu où je me suis rendu moi-même pour prendre des renseignements sur les serpents ailés.
Lorsque j'y fus arrivé, on me fit voir une quantité d’os et d’arêtes de serpents si considérable qu’il est impossible d’en donner une idée; elle formait des amas, les uns plus ou moins grands, les autres très petits, mais le nombre en était immense. Le lieu où ces débris étaient répandus se trouve au débouché d’un défilé étroit des montagnes, dans une vaste plaine conti—
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 44l guë aux champs de l’Égypte. L’on assure qu'au com mencement du printemps, un grand nombre de ces serpents ailés volent de l’Arabie sur l’Égypte ; mais que les Ibis allant au devant d’eux, à la sortie du défilé, ne les laissent pas passer et les détruisent com— plètement.
Les Arabes prétendent que c’est en recon naissance de ce service que les Égyptiens ontl’lbis en si grand honneur, et les Égyptiens conviennent avec eux que c’est là réellement le motif de leur vénération pour cet oiseau. » Il est probable que c’était un dépôt de restes de serpents employé comme engrais; en tout cas, il est fâcheux qu’Hérod0te ne nous apprenne rien au sujet des ailes de ces fameux serpents.
En dehors des animaux sacrés, les Égyptiens utili saient les figures d’animaux pour symboliser les vices: ainsi le bouc était l’emblème de la luxure,le crocodile de la voracité, la tortue de la paresse, etc., etc. De ce symbolisme animal naquit la vénération que les Égyptiens avaient pour les animaux en géné ral; etquand ceux-ci avaient longtemps figuré dans les temples ou sur l’autel même, où ils avaientreçul’ad0 ration au lieu et place de la divinité qu’ils représen taient, quand ces animaux venaient à mourir, on les embaumait et leurs momies étaient placées par recon naissance dans des sanctuaires vénérés,dans des cham bres sépulcrales construites exprès pour les recevoir. J. MARCUS DE VÈZE. (A suivre.) ‘ en l4\
II.. PARTIE LITTÉRAIRE C’est dans une ombre opaque, lourde, ËJA ËW E KARMA m (Suite et fin) CHAPITRE III MOURIR épaisse, de chambre close que le malheureux Tély se réveille. (x) ERRATA. -— L'auteur prie le lecteur de faire les corrections sui— vantes dans les_précéduits numeros_: Page 147. 3° ligne :au lieu de génerale, mettre universelle. I 49, avanp dernière ligne : au lieu de chantant. mettre chantent.
I57, 23°] : au lieu de tout corps, mettre ton corps; — 29° 1. ; au lieu de Ta me’nzozre, est-ce, mettre Ta mémoire enfin, est-ce. :59. dernière ligne : au lieu de tendant, mettre tordant. 160, 8° 1. : après de lumière, ajouter réapparu .' — 11° 1. : au lieu de je me suis dégagé. mettreje mens de me dégager. 254.
4‘h1. : au lieu de dans le jroid, mettre au milieu du jrord. _ 255, 25° 1. : au lieu de_dans un grand élan. mettre avec un grand élan ; — 27° 1. : au heu de dans les rues, mettre par les rues. 260, 17°]. :aII lieu de en sa tête. mettre en son cerveau. 26|, I5° l. : au lieu de saoul, mettre soûl.
351, 15" l. : la remplacer par doute émis par celui qui s’inquz‘e‘làit ne laisse plus rien à repondre à Celui-ci; il va, etc. 354, 6° 1.: au lieu de Tel est donc, mettre 7el est ainsi; — 9l. : au lieu de s’agit-il donc, mettre s’agit-il. 357. 26° 1. ; au lieu de je raidissais, mettre je me raidissais.
358, 2° 1. : au lieu de Indestructible, mettre alal; ——‘II° l. : au lieu de se courbent, mettre se plient; — I " I. :au lieu de ha lelte, mettre halète. 359, 20° 1. ; su primer bien. 360. 8-1. :Eau ieu de Te’Iy le sait bien, mettre Certes. ‘Ie‘ly le sait. — tc. Il reste bien d'autres corrections à faire, et_des plus importantes.
Mais le lecteur ne pardonnera-bu pas_, en conlstde’ration du nouveau que l‘auteur s'est eflorcé de lm amener jusqu’au jour?
LA 1.01 DE KARMA 443 Pâle—mêle, toutes ses pensées se bouleversent g... et il est emporté par l’épouvante! Pas une idée ne poind, qui ne continue aussitôt par une absurdité énorme, par un renversement; contra dictions insensées, la logique a éclaté, en vain il lutte..... Oh! le jour ne viendra-t-il donc pas? mon Dieu, le jour!... Passent, dans ce désordre effrayant, à peine reconnus, des lambeaux de souvenirs, de conscience...
Une phrase, ah l voici une phrase sue jadis par cœur... Il se cramponne à elle, mais la perd; il la ressaisir, la dit, la redit, appelant, évoquant de tout son pouvoir celle qui la suivait, jadis, et qui finit par venir : avec un fol amour, il dit ensuite, les retrouvant, oh! les chères, l’une après l’autre, celles qui se succédaient, b,3ni;t de cette page apprise autre fois, vite, à une prière à laquelle il a pensé, par bon heur.
Il court ainsi qu'un équilibriste prêt à tomber, de toute sa vitesse instinctive, sur tout ce qu’il sait, récite, achève et tout de suite reprend au début; car en deux secondes une incroyable quantité de choses ont été dites. C’est un péril de mort, il ne faut pas s’arrêter, un péril de mort !... Le jour, mon Diëu, le jour !... comme la pensée tremble sur le gouffre de la folie... -Malheurl il a hésité, il tombe! et ne sait plus...
Affreuse angoisse... sans fin, semble—t—elle; rien, dans la nuit, — que la peur! Ses mains crispées à il ne sait quoi, parmi la dé bâcle insensée de son cerveau, il se retient de toutes ses forces,’pour ne pas le laisser aller, l’affreux hurlement... Il ne peut plus, il râle... S’il crie, tout
444 L’INITIATION est perdu, la raison est brisée... Mais il ne peut plus, ne peut se souvenir plus de rien! Il l’a fallu !...
Immense, long comme un deuil, et assouvissant pourtant comme toute fin, après avoir déchiré sa gorge, s’élève, fuit celui qu’il fallait retenir, le fatal, damné, désormais inarrêtable hurlement... — Comment se fait-il. qu‘Annie soit là, et qu’il fasse jour [une lumière de soleil bien terne par cette fenêtre ouverte], jour depuis très longtemps, proba bl ement ? —— Non, il ne délire pas, notre Maître, et le cri de l’humaine angoisse l’assiégeait sans succès cette nuit.
Comment mon père n’a-t-il pas vu cette sueur froide qui coule à flots sur vos joues, pauvre martyr forcé de combattre dans les grandes ténèbres contre les mau vais anges, afin de pouvoir, le jour, exercer votre sainte influence, guérir miraculeusement les malades, et nous dire la parole vraie!
Tély, dont la mémoire et l’intelligence sont toujours comme évanouies, écoute cette voix lente, dont il se souvient, mais sans pouvoir préciser le sens de ce qu’elle prononce; son toucher souffre, sa vue souffre, tous ses sens souffrent, et dans ses muscles, dans sa pensée aussi, il a mal.
Peuà peu, il se remet assez pour se rappeler, avec la stupeur que lui donnerait un songe qu’il apprendrait être réalité, son rôle depuis trois ans : les montées de la folie, les traitements (avec l’Adversaire se penchant vers lui et si mal masqué par
m..-..« . .... _ .Ÿ '_ . . .‘ n LA LOI DE KARMA 4.45 le front dur et les gros yeux du médecin aliéniste —— père d’Annie l), les prédications,les guérisons miracu leuses, toute une histoire légendaire qui se retrace sur le fond de son souvenir plutôt à la façon de quelque récit lu naguère.
Il se rappelle en même temps son application à tâcher de corriger les écarts de la folie, au moyen des saintes paroles qui lui ve— naient alors si facilement aux lèvres, et par l’usage du pouvoir invraisemblable, magique, qu’il exerçait sur les malades. Non, ce n’était pas un rêve, ni une lecture; c’était sa vie.
Annie, sa dévouée, son adoratrice, son disciple, était près de lui comme à présent, — s’entêtant à le défendre contre ceux qui le rendaient fou sous pré texte de le guérir et voulaient le tenir enfermé pour l’empêcher de parler et d’agir, orgueilleuse d’avoir découvertla première et de proclamer la puissance de _ son Tély.
C’est elle qui, à force de l’aimer, en est venue à s’expliquer avec une si touchante ingéniosité tous ses délires qu’elle les partage et y laisse, morceau par morceau, sa raison, également.... Tély a eu un grand remords de l’entraîner dans sa chute, mais il s’est excusé longtemps devant lui-même en essayant de l’instruire de tout ce qu’il sentait de surhumain, et de réparer de la sorte, par un côté, ce qu’il ruinait, par un autre, en cette âme.
Ce mensonge de certaines heures, ces crises incompré hensibles, il les revoit, et frissonne: ce n’était plus lui qui parlait, dans ces moments, mais l’autre, l’ennemi, qui se glissait en son corps, pendant les extases qui en
446. L’INITIATION a (.5 fr("'æ‘ ,'»a ‘\y. ‘: éloignaient l’âme, essayait de détruire et l’oeuvre et l’instrument en les heurtant l’un contre l’autre avec frénésie. — Comment n’est—il donc pas ici? murmure Tély, les sourcils rapprochés par la méfiance; où peut-il se cacher?
Il ajoute soudain, pris d’angoisse: « Mon Dieu, c’est en moi! » et puis, défaillant : «... il y restera, maintenant » ; car Tély ,vient de l’y deviner, non plus s’agitant comme naguère pour lui disputer la possession de son corps, mais fort désormais et presque définitivement le maître : ce fut pendant le dernier accès, sans doute...
Désormais, — Tély ne sera même plus la double créature divine et démo niaque, qu’il était parvenu à être ; mais, attaché ici— bas, il sera l’esclave toujours vaincu de sa moitié inférieure.
D’un violent effort de sa volonté, il rejette subite ment son adversaire presque au dehors, et, sans perdre de temps, le poursuit; l’autre se dérobe en Annie, qui se prend à délirer, comme elle l’a vu faire trop souvent à Tély ; celui-ci s’élance vers elle, décidé à finir. Elle crie. Il s’arrête, sur le point de la frapper.... Mieux vaut périr lui-même et la perdre!
Alors,laissant revenir sur lui le haineux étranger qui se réjouit de sa victoire, il le maintient pour un suprême moment.... « Agenouille-toi, Annie, je t’en prie. » Tremblante encore, elle obéit ; pourtant elle a douté, elle doute en ce moment :. son père avait donc raison ? quoi, Tély a failli la tuer? il faut qu’il soit fou furieux, en effet.
LA LOI .DE KARMA 447 L Une dernière tension de la volonté de celui—ci a évoqué cependant près de la jeune fille une forme de jeune homme. « Ce sera lui, ce sera moi encore, » pro— nonce nettement Tély, et, \près une espèce de geste de bénédiction ou de remerciement, se renversant en arrière, il crie: « Sauve-toi, va vite chercher ton père et mon frère ! » Elle se précipite au dehors : l’Adversairetriomphe!
« A toi donc, râle Tély, je m’abandonne, prends mon corps, prends mon âme, suicide, folie, que mon œuvre soit anéantie, je cède, je t'appartiens. » Et, sou— levé par une force irrésistible, celui qui fut une intel ligence et une bonté est comme précipité vers l’angle d’une porte, à laquelle il va s’ouvrir le crâne, et meurt. Deux cycles de sept années se sont accomplis.
Parmi les choses a vécu le disparu ; ce n’est plus une penséeliée par des organes insuffisants et forcée d’em— ployer la volonté; ayant absorbé l’obstacle adversaire par le renoncement, il participe divinement à toute la création; pour lui, songer et créer ne sont qu’un : il est. _ Voici les bords de la Loire, un peu plus haut que Tours : les beaux peupliers sortent leurs corps de l’eau grandie; ce matin—là, un petit paysan d’une quinzaine d’années, mû par il ne sait quoi (c’est par l’invisible, le disparu, qui se sert en ce moment de lui pour sentir),s’est amusé à descendre un sentier pour tremper, à la fin, le bout de ses pieds dans la
448 - L’INITIATION grande eau bénie. Dans les branches se répercutent les rayons du soleil levant ; l’air est frais; le ciel sou rit ;le silence est plein de jeunesse. -— Comme les maisons sont mesquines vis-à-vis de ces splendeurs matinales! dit à son compagnon, mar— chant sur la route blanche qui suit la Loire, le frère du disparu. Qu’il fait bon vivre ici, debout sur le talus verdoyant du quai !
Il s’en va, accompagné du docteur, d’un pas souple _ vers les montées rocheuses,où tous deux s’enfoncent; entre les pierres dorées de mousse, ils montent, tour nent l’espèce de ruine singulière qui paraît veiller au loin sur le pays et qu’on nomme la Lanterne de Rochecorbon. Les voilà sur les plateaux où souffle le vent large du sud-ouest, en entraînant les frais nuages sur la vallée, dans laquelle une place immense est tenue par le fleuve.
Le disparu a pensé une fleur, elle éclôt ; et pour l’admirer, un petit garçon d’à peu près sept ans, sorti d’un jardin, est venu se planter devant elle. -— Déjà levé, Jacques ‘? dit le docteur en l’embras— sant; et ta mère, mon mignon ?-—- Elle est là, répond le petit.
L’officier, qui était venu avec le médecin, retient l’enfant, et, se retournant vers son compagnon : « Docteur, fait—il d’une voix émue, n’avez-vous jamais remarqué comme le fils de votre fille ressemble à mon pauvrefrère P — Si, si,avoue le docteur, troublé ; je l’ai remarqué, il y alongtemps; c’est sans doute ce souvenir qui la hante l’hérédité par influence contient d’étranges mystères. —- Mais, bien qu’elle
LA LOI DE KARMA ' 449 ait épousé le fils du vieux Dubois, Annie n’a donc pas oublié notre cher mort, qu’elle aima tant? —— Est—ce qu’on oublie, en réalité l — Je la croyais, on la disait si éprise de son mari. — Vous êtes superbe avec vos questions; je ne l’ai pas forcée, j’imagine. Certainement, elle l’aime. —- Je ne comprends pas! — Et moi? Mais il y a beau temps que j’ai renoncé à expliquer tout cela.
Cherchez, vous qui aimez tant" le mystère!... Tenez, la voici. » . Annie s’avance en effet, au bras d’un homme jeune encore. Et Fernand est tout à coup frappé de. voir comme celui—ci, chaque fois qu’il la regarde, ressemble à Tély. Mais ce n’est qu’un éclair : dès que le mari d’Annie détourne d’elle ses regards, ce n’est plus que le premier venu, sans expression indivi duelle.
Fernand, qui les observe pendant que le docteur le présente à M. Dubois fils et que l’on cause, s’étonne de plus en plus : on dirait qu’Annie se rend compte du va—etwient qui alieu sur les traits de son mari et que c’est pour cela qu’elle veut sans cesse, avec une sorte d’accaparement jaloux , l’occuper d’elle.
Que dirait le frère de Tély s’il la savait convaincue que l’homme qui {lui donne le bras est celui qui lui fut indiqué le jour où se tua Tély ? Tantôt elle le voit seul d’un côté, tandis que le fantôme du disparu se dresse de l’autre, et elle est malheureuse; tantôt, àforce de captiver son mari, elle y fait s’incarner pour ainsi dire et rayonner celui dont elle se souvient toujours, alors elle est pleine de tendresse et de joie. Seul, le docteur est dans la confidence de cette sin 15
450 L’INITIATION ns_; , gulière folie ; c’est le secret de famille qui l’attriste et qu’il cache avec soin.
En vérité, l’âme du disparu envahit tout ; il naît sous la forme d’un idéal obscur au fond de ce que e voudrait être le petit paysan laissé Ià—bas sur le bord de l’eau; c’est cette âme encore, à qui reprend le besoin d’expérimenter dans l’humanité, qui, agissant par toute la douceur de ce printemps, déjà'rapproche Annie et son mari, rentrant chez eux.
Et dans la descente par le joli village de Saint-Georges, sur la route retrouvée et près de la Loire, les deux prome— neurs sont obsédés du même souvenir. — Ne crée+elle pas un problème autrementterrible que celui de la mort, la folie ? demande Fernand.
Avoir travaillé pendant des années à enrichir sa pensée età élargir son âme, pour voir ensuite toutes ces connaissances se confondre, se désagréger, se cor rompre, et tant de peines se métamorphoser, presque chimiquement, en vils instincts ? Impossible, dans le cas présent, de se piper avec la possibilité d’un autre monde !
Non, celui que vous admiriez et aimiez, il reste devant vous; ses moments de lucidité vous déses pèrent plus que ses crises, en vous montrant à chaque fois que son « âme » est bien attachée au corps et qu’elle glisse de plus en plus, sous vos yeux, à la putréfaction... Si la folie n’était encore qu’un épou— vantable malheur isolé, nous nous courberions, peut— être. Mais ce véritable « miracle de Satan » se mêle perpétuellement à notre vie.
Chaque nuit, les rêves absurdes, où nous faisons passer ceux qui nous fré— quentent de jour, modifient, sans que nous nous en .5 5 ‘s, i 1 l '1 4 _—-—————— -..———..—«————r.————r —«A—î..— - _ . _.,
LA LOI DE KARMA 451 apercevions. nos dispositions envers ceux-ci et notre façon de les comprendre. Et même dans chacun des instants de notre pensée, il y a une lacune illogique, un abîme vide, et le hasard seul nous sert de pont.
Vous, qui êtes aliéniste, quelles cconlusions avez-vous pu réunir, au point de vue de la conduite de la vie, en face de tels dangers ? — Deux règles, c’est tout : la première, que le seul danger, c’est la peur, c’est-à-dire un produit de l’ima gination, c’est-à-dire.... . de ce que vous voudrez, -— car nous n’y comprendronsjamais rien, et c’est un mot pour cacher,une fois pour toutes, un mystère; -— la seconde, qu’il faut que nous nous en remettions au même miracle perpétuel par lequel nous nous trouvons en ce monde, à une espèce de protection divine, à un enthousiasme, une foi, une inspiration, une « grâce ».
Je ne dirai pas que le reste n’est rien et que la raison est exactement un néant; mais c’est très peu de chose, très peu. — Votre positivisme s’étaie d’une confiance illimi tée et très chrétienne en l’inconnaissable. C’est fort bien. Mais je ne puis, si sage que vous me paraissiez dans ces deux domaines, science et foi, me contenter d’une pareille incuriosité.
Je vous l’avoue, je ne com prendrais point l’indif’férence d’un Littré, si je ne sique par des travaux très absorbants; encore ne trouvé— je pas àce cas plus de mérite, au point de vue de notre m’expliquais ce manque de préoccupation métaphy question, qu’à celui du monsieur très occupé (vous savez de quoi le sont nos mondains et gens de rela— tions !) qui n’a «jamais eu le temps de penser ». Je
,,,,.. . .-.— «,w..... - v"'?: } -Ir -.____ 45 2 L’INITIATION me sens forcé par ma nature de creuser toujours la question ; et quand j’ai vu dans la Commune où les théories philosophiques conduisaient en politique, j’ai compris qu’il était, autant qu’à moi en particulier, nécessaire à tous et inévitable de voir et de choisir.
Or tant de misères incompréhensibles , tant de malheurs inutiles et si capricieusement répartis ne me semblent explicables qu’en admettant quelque théorie comme le Karma des Hindous : nous vivons un nombre infini d’existences etne sommeschargés, dans chacune, que des punitions méritées précédemment; dès lors, à nous, en les supportant courageusement, de nous créer des destinées meilleures pour l’avenir. .
Le docteur ne peut s’empêcher de sourire : — Incorrigible utopiste, vous me rappelez votre frère en ce moment. Mais peut—être, après tout, est-ce l’air vif de ce matin qui nous pousse l’un et l’autre à discuter ces questions...
Voyons, vous savez bien que votre Théosophie n’est qu’un ramassis de théories pillées à droite et à gauche : sa métaphysique est prise au bouddhisme; sa psychologie? du brahmanisme; sa morale, fondée sur le Karma, est spirite; il est vrai qu'Allan Kardec l’aura puisée à son tour dans les Contemplations; votre logique, vous la trou verez avec sa méthode suggestive opposée à la critique aristotélicienne, avec ses analogies numériques et le reste, dans les mystiques chrétiens et dans Fourier! — Si nous avions affaire à la théorie d’un homme, réplique le frère de Tély, votre critique serait grave.
Mais l’originalité, la personnalité n’ont rien à voir dans le travail d’une collectivité qui cherche à se *'fl‘-W . - . v ' .
LA LOI DE KARMA 453 *;,i‘g..çp'æ( .7..: rendre compte de la vérité et à faire jaillir le divin qu’elle recèle. Attendez la science, dites-vous. Allons donc, vous pouvez bien voir que votre école est aussi passée de mode que celle des réformateurs sociaux de 1848. Avez-vous rendu les hommes meilleurs? Un peu plus francs, peut-être, mais plus .cyniques aussi dans le mal.
Une race nouvelle s’élève, qui vous dépite, bien entendu : mystique, elle aura ses hypo crites, mais elle a déjà ses natures « providentielles ».
La bonté, grâce à elles, reprend une nouvelle jeunesse; ne pensez-vous pas qu’une vie et des actions saintes, sans raisonnements sceptiques, ne soient pas faites pour réveiller de nobles émulations ? —— Un exemple me ferait mieux comprendre. — Je ne vous prendrai que ce que j’ai vu hier avant de venir en Touraine.
Sur les boulevards, un fardier chargé d’énormes pierres ne pouvait avancer; vous connaissez la scène : le charretier faisant retentir la longue lanière de son fouet, blouse au vent, jurant et travaillant à entraîner par la force de sa volonté les chevaux qui piétinent, qui glissent... C'est un beau spectacle d'entêtement : la foule se tient alentour; il suffirait en sommeide quelques individus de bonne vo lonté aux roues.
Seulement, à quoi bon se déranger sans profit personnel? on regarde les coups pleuvoir sur les croupes des chevaux; pour ma part, je vous avoue que je ne songeais qu’au côté esthétique de la scène. Par hasard, je regardai une calèche Où se trouvait justement l’une de ces Théosophes dont les théories vous déplaisent sitfort; et je fus surpris de ce que je vis: cette mondaine regardait, elle aussi, mais nulle
454 L’INITIATION ment avec la candide indifférence des passants; ses yeux, fixés sur les pauvres chevaux, étaient pleins de souflrance sympathique. A chaque fois que le fouet s’abattait sur leurs flancs en nage, le charitable visage semblait en trahirle contre-coup ; elle vivait en ces ani— maux,c’était évident, et avait mal.
Enfin, elle n’y tint plus, et, en dépit de toute respectabilité, se pencha pour toucher le bras d'un maçon, en lui disant d'une voix suppliante : « Je vous en prie, monsieur, vous et quelques-uns de vos amis, si vous vouliez donner un coup de main à cette voiture ; voici pour leur dis— tribuer... » Le fardier fut aisément remis en route, les gens furent frappés; un journaliste vint, on s’excusa de ne lui point donner le nom qu’il demandait, et l’équipage partit aussi. — Tenez, vous êtes incroyable, avec vos symboles!
Eh bien, faites de la métaphysique, faites-en! Vous n’empêcherez pas chaque système que vous construi— rez de s’écrouler bientôt après, comme les pâtés de sable du petit Jacques, là-haut. Il sont descendus près de la Loire, et ne trouvent plus rien à se dire; car les idées intimement contradic toires de chacun d’eux n’ont pu s’emboîter à celles de l'autre.
Parmi la légère brume qui s’élève des roseaux, le soleil fait sa montée, selon son antique représen— tation, comme un jeune roi sur un chariot d'or, dont la masse sombre des arbres, d’une part,et l'espace clair, de l’autre, semblent les deux coursiers emblématiques. —- Vous avez raison, dit Fernand, mais que faire enfin, pour nous dégager de ces idées vagues, pour avancer? A
LA LOI DE KARMA 455 Jamais il ne s’est senti plus brisé qu'en présence de cette jeune nature si saine dans son ensemble,et il s’enfonce sans résultat dans ses analogies et ses rai sonnements. Le docteur aussi est énervé, mécon tent. — Que faire, enfin ? Où aller?
Oh ! qui donc fait jaillir, de la fraîche voix de l'en fant là-haut, avec tant de sereine et naïve confiance en ses notes joyeuses, cette parfaite unité d'un char mant rire P GEORGES POLTI.
FIN Œ’ŒIIL ou aaeou (Suite) A mes pieds le talus dévalait rapide jusque dans une eau jaune et lourde; une touffe de roseaux vibrait avec un petit frémissement continu, courbée par le courant; en face, une légère éminence dans les herbes prenait la forme d’une hutte de faucheur.
La femme allait-elle paraître P La petite barque se mon trerait-elle au détour P J’aspirai l’air et j’en gonflai mes poumons : j’avais peur, car je sentais l’asphyxie me serrant à la gorge comme autrefois. La lune, un peu voilée, montait sur la croupe des monts Sabins. Une à une les étoiles apparurent dans
456 L’INITIATION l’atmosphère d’une transparence doucement bleuâtre. Saint-Pierre, le Vatican, le château Saint-Ange découpaient leurs masses colossales mais, le fond rouge n’avivait plus leurs contours. L’incendie n’al lait-il pas s’allumer derrière ? . Pris de faiblesse, je m’affaissai sur l’herbe; en regardant au-dessus de moi, je reconnus jusqu’aux dessins fantaisistes tracés sur le ciel par les déchi quetures du feuillage.
Alors il se produisit un phénomène interne d’une nature déconcertante. _ Je me demandai si tous les objets environnants n’étaient pas des illusions, de simples réminiscences accourues pendant le rêve que je faisais, souvenirs des choses vues jadis en réalité. Comme le dormeur des Mille et une nuits, je ne pouvais distinguer le fantôme d’avec le palpable, savoir où prendre la réalité objective.
Et pour constater que j’étais bien éveillé je faisais de grands gestes, je parlais très haut. ’ En même temps surgissaient des images confuses, effacées, entrevues dans les brouillards d’un lointain perdu. Des bourdonnements sortis de profondeurs souterraines montaient en grossissant. Je croyais y distinguer des cris humains, des ,hennissements de chevaux, des chocs métalliques.
Puis aussitôt je reconnaissais le bruit naturel du vent c‘ourbant les roseaux dans la plaine. Je ne saurais dire à quel moment précis mon esprit quitta notre planète pour s’envoler dans la lumière et y revivre les temps de mon ancienne existence. Tous rrv w_‘.,rLw‘î
L’ŒIL DU DRAGON 45 7 F.‘.—Ex?“ n: -a les événements de la précédente incarnation me furent retracés cette nuit-là avec une précision de détails que je ne retrouve plus lorsque je veux rap peler ceux de la vie actuelle. . Les faits se confOndent, s’enchevètrept dans mon souvenir, si bien qu’il m’arrive parfois, devant les imbéciles, de faire allusion à quelque anecdote dont je fus le héros sous François I".
Ils ne manquent pas d’en conclure que je suis réellement fou et que ma séquestration a été imposée par la prudence. Ah ! s’il m’était possible d’enfermer l’humanité dans une maison de lunatiques ! —- Les choses remises ainsi en place, le monde irait mieux, dis—je, en affectant une conviction profonde. Le petit œil gris du vieillard se fixa sur moi avec une expression qui me gênait. —— J’aimeraisà croire que vous parlez sérieusement, monsieur.
En attendant je me contente de hausser les épaules et de me taire. — Mais non, veuillez continuer ; dites-moi ce que vous avez vu au bord du Tibre. —— Volontiers, d’autant mieux que la révélation de Rome éclairait et complétait celle de Paris. Avec elle toute ma biographie a été reconstruite. Je la résume rai-en quelques mots.
Très noble, portant un des plus beaux noms de France, fabuleusement riche, je m’étais attaché àla fortune du connétable de Bourbon. J’aimais, en l’ad mirant, ce jeune héros si supérieur à François I", pauvre personnage singulièrement travesti et sürfait
;:.ç‘:*-‘,..‘ 'g.,y :»°;“ . eu 7 a" 3 . _ '- ' 458 par l’histoire, un vulgaire polisson d’intelligence mé diocre ! Pendant les guerres du Milanais j’avais levé une compagnie de gens d’armes ; des aventuriers alle mands, italiens, quelques Français, tout un joli ramassis de pendards. Je m’étais, en même temps, fait confectionner la pièce d’armure dont je vous ai parlé.
Avec la vanité fanfaronne et puérile de mon époque, j‘ai voulu que mon équipement dépassét en magnificence artistique tout ce qui s’était fait dans ce genre. Je suivis le connétable au siège de Rome ; je me trouvais près de lui lorsqu’il fut tué à la brèche de la Porta Cavalleggieri.
Après notre entrée en ville et les atrocités du sac, je plantai mes tentes sur la rive du Tibre, à quelque distance du château Saint-Ange dont 'nous faisions le siège. Messir Orazio Baglioni s’y était enfermé avec l’an tillerie que Benvenuto Cellini, un fameux hâbleur, se vante d’avoir manœuvrée presque seul.
Je venais de m’étendre, tout armé, sur quelques bottes de paille et je commençais à y reposer, lorsque je fus éveillé par de grandes clameurs. Deux femmes échevelées, les vêtements en lame beaux, couraient à travers le camp, poursuivies par des soudards. L’une des deux, qui semblait la suivante de l’autre, se jetant à mes pieds, m’embrassait les genoux. —-;< Illustre capitaine, noble seigneur, au nom de la Madone, sauvez doua Gemma. Ses parents sont L’INITIATION ' " "=""-’-‘=zlra .
L’ŒIL DU DRAGON 459 twmw.- .... . - --. . .. - .' ,.. égorgés ; notre palais est en feu. Nous n’avons pas de refuge ! » . Du bras gauche j’abritai cette doua Gemma pen dant que de la main droite demeurée libre, je décou pais quelques têtes de lansquenets ivres. Quand l’ordre fut à peu près rétabli, je desserrai mon bras pour dégager la femme. La face de celle—ci m’apparut éclairée à la fois par la lune et l’incendie.
Son front était tout ensanglanté. } Je pensai qu’en m’escrimant j’avais dû, par un ' mouvement involontaire, lui écorcher le visage c0ntre mon corselet. Vous êtes prié, monsieur, de noter ce détail. La Madonna Gemma me fixa avec une tranquillité sous laquelle je sentais une sorte de dédain, presque de mépris. Semblable attitude, dans nos situations respectives, était au moins étrange.
Je pouvais attendre quelque chose de mieux, ne fût—ct: qu’un remerciement. La suivante m’apprit qu’elle ne parlait jamais. Les faucheurs, vous le savez, construisent en plaine des huttes provisoires où s’abriter pendant les heures chaudes du jour. C’est dans une cabane de ce genre que j'installai mes prisonnières, près de mon campement, de l’autre côté du Tibre. Moi-même, avec l’aide de valets, je me chargeai de leur porter des provisions.
Une conduite si bizarre dans pareille condition, étant données les mœurs ambiantes, ne s’explique que par un phénomène, un phénomène lui-même assez rare parmi mes semblables.
--.-—«-«-u.»1.a...-..u-;.L»a.».-v.-.ww-h.....,...... .>'v,-..,.Lw ,..ÿ _ ,, y.. T’?’ -‘"“"“HI 4 60 L’INITIATION Le fait est que, dès le premier coup d’œil, j’étais devenu amoureux de Gemma, amoureux comme jamais collégien ne l’a été d’une prima donna, ni valet d’une princesse. ' J’avais fait défense à mes hommes non seulement de molester les recluses, mais même d’approcher la cahute, et cela sous peine de mort immédiate.
La beauté surhumaine de cette femme me pétrifiait dans une extase étonnée. Il y avait en elle quelque chose d’énigmatique, attrayant et répulsif à la fois, qui exaspérait ma passion jusqu’au délire. Elle ne parlait pas, mais entendait et comprenait. Mes suppli cations les plus tendres, mes plus violentes déclara tions n’ont jamais un instant altéré la sérénité atroce, implacable de son regard.
Une timidité niaise m’a tenu barricadé dans les limites du respect le plus invraisemblable. Jamais un mot hardi n’a pu sortir de mes lèvres. Sous ses yeux impassibles les miens se baissaient comme si j’eusse ressenti la honte de quelque faute ignorée dont seule elle aurait eu le secret.
Oh! comme, dans le fond de ma pensée, je me vengeais des tortures infligées par cette créature inerte l ' Dans mes songeries je la traitais avec les raffine— ments d’une cruauté exquise. Quelles débauches de férocités savantes ! Quel dévergondage d’imagination pour inventer des supplices I Elle se faisait statue; c’est à coups de marteau que je la brisais en menus fragments ! Il faut me pardonner. On devient méchant à force
W,.w,,:,, , .. . w_,.,____..m. .__u . L’OEIL DU DRAGON 461 de souflrir.Chose incroyable ! Parfois je croyais recon naître ses traits, son attitude. Dans des ténèbres loin taines comme au fond d’un puits, il m’a semblé qu’une statue pareille à Gemma trônait sur un piédes tal bien haut, bien haut... L’édifice était sombre... Confusément j’entrevoyais des colonnes trapues, des monstres taillés dans le roc.....
Enfin, un soir, décidé à sortir de ma position ridi cule, sans attendre le rameuret les valets, j’ai voulu traverserle Tibre. Vous savez comme quoi je m’y suis engouffré. Voilà tout ce que je vis sous les ormes près du fleuve. Sans savoir quandet de quelle façon j’étais rentré chez moi, via del Babuino, je m’y retrouvai à l’issue d’une longue crise fiévreuse coupée de délires.
Le fait fut attribué à une infection miasmatique; l’on me fit prendre de ce sirop d’eucalyptus que le frère Alcide, trappiste auxTrois—Fontaines-Saint-Paul, venait d’inventer. Le vieillard s’arrêta, fit une pause comme pour rassemblerses souvenirs, puis il reprit sa narration. IV Le jour descendait en jetant sur les pavés la lueur jaunâtre et fausse qui, dans les villes du Midi, s’allie à une sensation de chaleur malsaine avec un marasme opaque.
Un vrai jour de sciroco. A la suite d’une longue flânerie, courbaturé dans tout le corps, mais l’esprit libre, la pensée vagabonde,
462 L’INITIATION je me trouvais près de Saint-Georges—en-Vélabre; j’allais tourner sur la place della Bocca della Verità, lorsque je m’arrêtai subitement fasciné.
Sur la façade d’une maison d’aspect sordide je venais de lire en lettres rouges : I ANTICHITA — LOPALLINO Dl NEATI Je relus plusieurs fois en sentant, je ne sais pour— quoi, un frisson qui me secouait. — Lopallino di Neati, répétai—je inconscient et ne pouvant m’empêcher de redire à satiété ces mêmes syllabes. Elles revenaient bourdonnant comme un refrain qui vous obsède, lorsque je franchis les deux marches qui conduisaient à la boutique.
C’était une vaste pièce oblongue, basse de plafond, obscure, toute remplie de cet entassementdésordonné d’objets disparates que l’on rencontre chez les Imar chands de bric-à-brac. Un homme, assis devant une table, y feuilletait un ' gros in-folio. -— Je voudrais avoir..... Je m’arrêtai, ne sachant pas pourquoi j’étais là. Après un moment d’hésitation, j’achevai : — Je voudrais avoir une réduction en bronze du petit temple de Vesta.
Je parlais au hasard. Le voisinage de ce charmant édiœle sur la place venait de me suggérer une idée. L’homme leva un instant la tête, agita le bras avec urmg I"
L’ŒIL DU DRAGON 463 l’indolente majesté d’un souverain d’Orient et pro nonça ces mots : ——- Servez monsieur, vous autres. Puis il reprit son occupation. Vieux, voûté, coiffé d’un bonnet grec à galons noircis, enveloppé dans une robe de chambre dont l’étoffe semblait arrachée à quelque tapisserie antique, cet homme avait les traits massifs, empâtés.
Un petit bouquetde poils poussait sur son nez évidé comme celui de Socrate ;les oreilles étaient velues aussi. Forte, rousse, saupoudrée de blancheurs, la barbe masquait sa bouche et montait par-dessusles pommettes. Ses yeux disparaissaient derrière des lunettes rondes à verres fumés. L’accumulation de ces choses triviales ne produisait cependant pas un ensemble vulgaire.
La physiono mie, évidemment laide, était d’une laideur grandiose et saisissante , tellement au—dessus du médiocre qu’on ne pouvait la voir sans emporter une impression qui s’enfonçait dans le souvenir comme un coin chassé par le maillet. Le geste et l’appel de cet homme avaient fait surgir deux femmes derrière le comptoir.
L’une d’elles, de taille massive, penchait la tête en cherchant l’objet demandé; je ne vis qu’une mèche grise échappée du fichu rouge qui,noué sous le menton, lui couvrait la tête. L’autre, toute jeune, se tenait près de la fenêtre par laquelle un jour bas éclairait chichement les curiosités de la boutique. La lumière, arrivée de biais, envelop—
464 L’INITIATION pait, en le frôlant, le visage de la jeune femme dans les caresses de ses demi—teintes. Je la regardai. Une ondée de fièvre courut dans toute ma chair; mes artères battirent follement, mes dents s’entrecho quèrent; de mes mains crispées je me retins au comp toir pour ne pas tomber et je murmurai : « Gemma, oh !
Gemma... » Je parlais d’une voix extraordinaire, sans vibration, qui me surprit tant elle me rappelait la voix entendue dans le rêve lorsque, en me noyant, j’avais imploré la femme sur le talus du fleuve. R. DE MARICOURT. (A suture.) J.mzs DARMESTETER. —- La Légende divine. — I vol. in-18, chez ALPH. LEMERRE.
Parce que M. James Darmeste;er s’est fait à Paris, côte à côte avec M. Michel Bréal, M. Émile Sénart et quelques autres, le champion des doctrines herméneutiques de Max M‘ùller et d'Adalbert Kühn, il est permis, lorsqu’il s’ingénie à interpréter les mythes ancestraux, de ne pas souscrire toujours à ses conclusions. Mais il est un ordre d’études où il ne faut point lui contester la mai trise, et c’est la linguistique.
Le Zend surtout et le Pehlvî lui ont livré tous leurs secrets, et, depuis la traduction de l’Avesta qu’il a donnée dans cette langue anglaise, la seule de notre temps que l’on ait ledroit de qualifier d’aussi universelle que POSSIblC, il est considéré à juste titre comme le plus autorisé des iranologues. ' , C’est aussi un poète. Je sais bien qu’il n’a jamais pu— blié de vers. Mais n’allez pas me chercher chicane.
Si l’on devait s’en tenir aux vieilles conventions, M. Coppée, pour avoir coupé en petites tranches régulières de la prose
LA LÉGENDE DIVINE 465 ana-e ra- - qui fait songer à du fromage très avancé, serait poète, et M. de Banville aussi, qui a réalisé ce tour de force d’ali gner rien du tout en rang d'oignons. M. James Darmes teter a donc donné en 1879 un poème en prose, ou, si vous préférez l’heureux mot de M. Péladan, une prosely rique, intitulée : La Chutedu Christ.
Une seconde édition vient d’en paraître chez Lemerre, augmentée de plusieurs morceaux inédits, et qui en vérité eussent pu le rester, leur fond comme leur forme étant manifestement infé rieurs à la pensée qui a inspiré le chant principal et à l’expression qui a vivifie’ cette pensée.
Il y a ainsi une sorte de trilogie, Jésus, fils de Marie, talenteuse, j’en conviens, mais guère enthousiasmante et où les tenta— tives de restitution historique rappellent invinciblement celles, combien malheureuses, du peintre Munckaczy; puis un Interme{{0 dans la note de certain piteux pam phlet rimé par le chevalier de Parny aux beaux temps du voltairianisme; puis, à la fin, une Résurrection, man quée, et un épilogue.
Alruna, dont le sens et l’urgence m’échappent. Par exemple, la Chute du Christ est un pur diamant. Dans un style sobre et ferme, éclatant parfois comme un paysage araméen, intense toujours, et sous quoi pal pite la fauve passion mal contenue, un style d’aliure grande, comparable seulement à celui d’Isaie, à qui d’ailleurs. M. James Darmesteter a songé ici, est réno vée prestigieusement la vieille légende du crépuscule divin.
A travers les mondes et les constellations et les nébu leuses et les univers, par delà l’Infini, « loin, bien loin, plus loin que ne vont les foins et les morts », le poète s’est laissé emporter par l’Ange de ses Ténèbres dans le Shéol des Dieux. ( Ici, gisent tous les dieux morts, tous ceux que l’homme a créés et tués, tous ceux qu’il a tirés du néant pour s’accroupir une heure devant eux, et qu’il a rejetés du pied au néant pour y pourrir à tout jamais. » Sur un des plus hauts piliers du palais, que viennent battre toutes les vagues et toute l’écume du 41 fleuve divin >, il regarde, et son guide, 4 triste et calme ), debout contre lui, dénombre et dénomme les Devas et les Devis, les Baalim et les Baalozh, les Neters et les Ne
466 L’INITIATION . ".‘:"l_ tertes, les resplendissants et les monstrueux, « les myriades de la plèbe divine..., lesmyriades non comp tées..., autant qu’il y a de myriades dans les feuilles tombées de mille automnes ». Mais ( ce n‘était pas encore la cité du Christ ).
Or le sifflement du serpent immonde a fait grincer les portes du Sheol..., voici que l’heure approche... -— Quoi! le Christ à son tour icLbasl Hier encore, n’était-il pas solide dans les cœurs et sur sa croix? Hier encore, l’homme n’avait-il pas pour lui, pour lui seul, des genoux et des lèvres? — Hier, hier, hierl L’ouragan des temps a passé.
Et puis le Ciel aussi a ses mirages, et plus d’un est déjà de sept coudées dans la tombe qui semble encore vivant là-haut. Silence et regarde : Ecce Homo! « Et un souffle passa sur le chaos, et l’enfer tressaillit jusqu’aux fibres dernières de ses racines... etje vis des hauteurs lointaines un spectre blanc descendre.
Il venait, il venait lentement, mais sans arrêt, sans retour, poussé par derrière d’une main invisible... et la huée colossale jaillit des gueules de l’abîme : — Comment es tu tombé du Ciel, étoile des étoiles, fils de la Vierge 1... Et des pleurs muets coulaient le long de sa face ».
Au dessus de sa tête il ne voit que ( l’ombre et la nuit et le vide n, et il cherche « une face sans haine.. . . . » ( Dans l’angle des hauteurs il aperçoit le poitrail » des Kerûbîm, et il crie vers Iahveh : — Eli, elz‘, lamma sabacthani !« Entre les têtes dres sées des deux taureaux, jaillit comme une flèche la colonne de feu; elle frappe à la face Jésus chancelant, et la grande voix gronde : Ani Adonaï, Ekhad.
C’est moi qui suis le Seigneur, et moi seul. > Alors le Serpent bondit et siffle : ( Résigne—toi, Jésus, et comme nous: Maudis l’homme, et meurs. ) Et Jésus, ( levant la main qui frappa le figuier, lança hors du gouffre sur les mondes les paroles qui des— sèchent ) .
Quand le poète revint sur cette terre, « la vie et la mort étaient toujours aussi vivantes...,les cœurs étaient toujours aussi vastes et aussi profonds..., mais les mères en pleurs sur leurs enfants morts ne relevaient
LA LÉGENDE DIVINE 467 plus leurs yeux vers le ciel », et il y avait des hommes déjà qui, lorsque sonnait l’heure, tombaient, sans espé rer et sans maudire, « dédaigneux et le sourire aux lèvres ». Ce stoîcisme sans doute est sincère, mais un athéisme de cette envergure n’est, comme toujours, que du théisme exaspéré, inassouvissable; en tout cas, il est bien. . . biblique.
M. Anatole France, récemment, remarquait combien M. James Darmesteter était resté, il ditjuif, je préfère écrire israélite. A cela, je trouve ici une confirmation puissante.
Entre le nihilisme tel que le saigne M. James Darmesteter et cette conception, rapportée de la capti— vité par les rédacteurs du Testament, d’une Divinité à laquelle il est défendu d’attribuer un nom, et que l’on désigne par une formule tout algébrique :Celui(et même CE) quiEst etquifaitétre, et encore, formule dont les Ini tiés seuls connaissent la prononciation, une Divinité enfin que l’on ne peut définir que par des négations, — je ne vois aucune différence.
AUGUSTIN CHABOSEAU. @©naa ünÉanaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES A la dernière séance du Groupe, le vendredi 11 juillet, on a refusé plus de 200 personnes. La salle des confé rences était littéralement comble. Trois sujets ont servi aux expériences faites devant le public: Mlles Vehrya, Clarisse et Antoinette. La conférence faite par Papus n’était que le résumé de la brochure qu’il vient de faire paraître sur les rapports de l’hypnotisme et du spiritisme.
468 L'INITIATION BRANCHES Une loge nouvelle du Groupe a été créée à Bruxelles (Belgique), sous la présidence de M. F. VURGEY, 25, rue des Junkers. Le titre de la nouvelle loge est Kuums. Une loge est en formation au Havre. Une nouvelle loge vient également d’être créée à Panama sous la présidence de M. BERTONEINI, S.'. I.'.. SOCIÉTÉS ADHÉRENTES UNION TH ÉISTE CULTE LIBRE RATIONNEL. DISCUSSION.
29, ‘Rue de Tre’uise, 29 P A R 18 Président : EDOUARD BARME. Viceprésident : FABRE DES ESSARTS. Secrétaire général . H. CAMERLYNCK. Trésorier : STREIFF. Réunion chaque dimanche, à 10 heures précises du matin. ' L’Union théiste a pour objet de grouper les croyants en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Ses membres n’appuient leurs doctrines que sur les révélations plus ou moins précises de la conscience.
Ils travaillent à organiser un culte populaire et natio nal qui soit le terrain de rencontre pour la foi et la rai son. . Toute liberté de parole est laissée aux contradicteurs. (ENTRÉE LIBRE POUR LES LECTEURS DE L’Initidtion)
BULLETIN THÉOSOPH1QUE 469 iBursmtrsu Œ‘ar’aosoranqua La Société Théosophique le Sphinx commencera ses séances ouvertes au public dès le mois d’octobre. La propagande s’organise déjà sur des bases sérieuses, et tout fait espérer que le succès mérité répondra aux efforts des organisateurs. * >æ4 MORT DE SUBBA ROW Le 24 juin dernier, une des lumières de la Théosophie, Subba Row, est mort presque subitement, à l’âge de 34 ans.
La carrière de ce jeune maître a été des plus brillantes. Possédant les diplômes justifiant de ses connaissances de nos sciences occidentales, il unit ces données à la philo sophie hindoue qu’il connaissait au mieux comme Brahme. Il participa pour la plus grande part à l’exposition de la doctrine théosophique dans ses détails.
Le caractère de ses travaux. publiés dans le Theosophist en grande partie, consiste dans une élévation remarquable de pensée unie à la clarté la plus nette, le tout conduit par une méthode des plus rigoureuses. - Subba Row ne tarda pas du reste, comme beaucoup de théosophes instruits depuis, à entrer en discussion avec Mme Blavalsky au sujet de la doctrine.
D’accord avec toutesles écoles d’occultisme orientales -ou occidentales, Subba Row affirme que la loi fonda mentale est le ternaire tonalisé en quaternaire. M"“ Blavatsky voulait au contraire prétendre que le septenaire était la seule loi réelle de l’esotérisme, en contradiction avec les idées défendues par elle dans ses précédents ouvrages. (Voy. Isis Unveiled) Subba Row“ n’eut pas grand'p«=ine à battre sur tous
470 L’INITIATION les points sa contradietrice dans fine série d’articles des plus remarquables parus dans le Theosopltist. Du reste, le brahme resta toujours en bonnes relations avec le colonel Olcott, quoique ayant quitté la Société Théosophique. Ce dernier fit même des efforts très grands pour le guérir par le magnétisme lors de sa der nière maladie, qui eut en trois jours une issue fatale.
Le colonel Olcott affirme que Subba Row était tenu au courant des progrès de l’initiation de Damodar en ce moment vers le Thibet. * AYA-Y» DISSOLUTION DE L’HERMÈS Nous apprenons que, par décision de la majorité des membres du bureau de I’Hermès, cette branche de la S. T. est dissoute pour des motifs d’ordre intérieur et général. L’un des vice-présidents de I’Hermès, Eugène Nus, avait déjà donné sa démission de membre du Bureau. En outre, M. G.
Caminade, président de la Loge éso térique de la S. T., qu’il avait fondée il y a quelque temps, a donné sa démission et cette Loge est également dissoute. ’ Il n’y a donc plus à Paris, pour représenter la S. T. publiquement, que la branche le Sphynx. —V-*’l Articles importants du Theosophist (juillet 1890). - (La seule revue sérieuse consacrée à la théosophie depuis la fondation de la ,S. T.) Mysticisme rationnel. -— T. Douglas Fawcett, par H.
S. OLCOTT. Varaha Upanishad de Krisna. —— Yapu-Veda, etc. L’abonnement annuel du Theosophist est de 25 fr. par an pour la France. S’adresser au secrétariat de la 80— ciété Théosophz’que le a Sphinx », 29, rue de Trévise, Paris, qui est ouvert tous les jours de 10 heures du ma tin à 7 heures du soir. {'Î II.I À. È.
‘ NOUVELLES DIVERSES 47!
Nouvamas waasas Par décret du Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, en date du 14 juillet 1890, M. Parus a été nommé Officier d’Académie : 1° Comme publiciste (direction de l’Initiafion et pu blication d’ouvrages philosophiques divers); 2° Comme professeur, médaille de bronze et médaille d’argent de l’Union française de la jeunesse. * «b4 On vient de vendre à Coire, aux enchères publiques, la maison natale de Théophraste Paracelse , le plus fameux médecin et alchimiste du seizième siècle, mort en 1541, sur un lit d’hôpital, à l’âge de quarante-huit ans. ‘ On assure que l‘acquéreur, M. Bichler, va faire faire des fouilles dans les caves pour découvrir les secrets de Paracelse.
On croyait communément, il y a deux cents ans, que le thaumaturge avait réellement découvert l’art de faire de l’or à volonté. Cagliostro fut le dernier paracelsiste.
'k «\\4 PRIME GRATUITE A NOS ABONNÉS On raconte partout des faits extraordinaires: ici, c’est l’entraînement de la suggestion ou la vue à distance sans le secours des yeux; la, le compte rendu officiel d'une opération chirurgicale faite sans douleur dans le somnambulisme ou de maladies réputées incurables gué ries par le Magnétisme.
Nie’ hier encore, le Magnétisme est affirmé aujourd’hui par les savants, et tout le monde veut être renseigné sur sa valeur. Ne reculant devant aucun sacrifice quand il s'agit d’être
472 L’INITIATION agréable à nos lecteurs, nous venons de nous entendre avec le Journal du Magnétisme, organe mensuel de la Société magnétique de France, dont l’abonnement est de 7 fr. par an, pour que cet intéressant journal soit servi à titre de PRIME ENTIÈREMENT GRATUITE à. tous nos abonnés nouveaux et à nos réabonnés, pendant la durée de leur abonnement. - Pour recevoir cette prime, en faire la demande à la Li brairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris, en y joignant sa quittance d’abonnement. ‘A' se UNE AFFAIRE DE ’SORCELLERIE (Extrait d’un journal quotidien) Dans notre numéro d'avant-hier, nous avons fait con naître quelques détails relatifs à l’affaire de la fille Vari nel, que la Cour d’assises de la Seine-Inférieurejugeait sous la prévention d’infanticide.
On sait que la Cour a renvoyé l’affaire à une autre session pour qu’il puisse être procédé à l’examen mental de la fille Vatinel. L’interrogatoire a toutefois mis en lumière certains détails des plus curieux que nous croyons devoir men tionner et qui donneront une idée des superstitions qui existent encore à notre époque. D. Bastide vous a-t—il conseillé de tuer votre enfant I’ lui demande le président. R.
Non, puisqu’il me disait que je n’étais pas enceinte. Il m’affirmait que c’était une boule d’eau qui fondrait au lever du soleil. Quandje lui disais: « On me dit que je suis enceinte », il me répondait : « Ma pauvre enfant, si tu l’étais, il y a longtemps que ça‘ serait fait. > D. Après votre accouchement, n’avez-vous pas taché votre linge de sang?
NOUVELLES DIVERSES - ' ' * — - R. Bastide me disait de mettre du sang de poulet pour faire fondre la boule d’eau. D. Vous avez cependant bien vu que vous accouchiez. R. Oui, en regardant dans le seau, j’ai vu un enfant. J’ai dit : « Bastide, pourquoi ne m’avez-vous pas dit que j’étais enceinte 1’») Il m’a répondu : onMa pauvre enfant, ne l’dites pas, pour votre honneur comme pour la mienne. H D.
Pourquoi n’avez-vous rien dit à vos maîtres de la conduite de Bastide ? R. Je ne le pouvais pas : c’était là (l’accusée porte les mainsà son cou) et ça ne pouvait pas sortir, j’avais beau faire, ça restait quand je voulais causer, ça m’étran glait. Avec ses livres, il commandait mon âme. D. Pourquoi parlez-vous de Bastide , maintenant , alors que vous n’avez pas donné ces détails pendant l’instruction? R.
Bastide ne me peut plus rien, je me suis confessée ; il m’avait défendu de voir un prêtre. Il n’est plus là avec ses fioles et ses mauvais livres pour m’empêcher de parler. D. Quelles fioles? que contenaient-elles ? R. De l’absinthe, pour quinze sous, et du persil. Je devais en boire au coup de midi, quand l’Angelus sonne rait, et la boule d’eau se fondrait. D. Bastide faisait-il des signes sur vous ? R. Entre les yeux, autour des reins.
Me Goujou. — Ne vous a-t—il pas dit que vous perdriez quelqu’un de votre famille? R. Oui, il m‘a dit que je n’étais pas au bout de mes peines, queje perdrais quelqu’un, et de fait, le t3 février, ma petite sœur mourait. (L’accusée verse des larmes). D. Bastide avait-il aussi quelque pouvoir sur vos maîtres ? R.
Oui, il faisait descendre mon maître de sa chambre quand il voulait; sur son ordre, les tonneaux de la cave dansaient, et à ce moment—là je ne voyais plus clair, tout tournait. Je voyais Bastide qui tenait un de ses livres avec une couverture noire. » D. Que contenaient ces livres ? R. Je ne sais pas.
474 L’INITIATION Bastide a été entendu comme témoin, mais il a nié avoir eu des relations avec la fille Vatinel et lui avoir commandé quoi que ce soit. D’autre part, le défenseur a donné lecture de la lettre suivante écrite par M. le duc d’Almezan, maire de Saint Saêns. « Saint—Saëns, 12 mai. « J’ai pris quelques informations sur l’affaire de la fille Vatinel. « L’opinion populaire, rue du Bosc, n’est pas favorable à Bastide.
Il passe pour un sorcier redoutable ; nul n’i gnore qu’il a le Livre des bergers et qu’il peut ainsi causer à une femme toutes sortes de désagréments, rien qu’en la regardant d’une certaine façon. « Il a pu ainsi rendre mère la fille Vatinel et lui per— suader de ne pas s’inquiéter de la déformation de sa taille, qu’elle n’était enceinte que d’une boule et que cette boule ne manquerait pas de fondre sous son regard.
« La fille Vatinel l’aurait cru et se serait laissée ainsi surprendre, tandis qu’autrement elle aurait été se cacher chez sa mère.
19 On sait que la Cour a cru devoir, dans ces circons— tances, renvoyer l’affaire à une autre session. * x:t ACTIONS occuuas pas PENTACLES MAGIQUES (Preuves expérimentales) On sait que les sujets placés en somnambulisme acquièrent un état particulier avec l’influence duquel le corps astral réagit vivement sous toutes les influences qui le sollicitent.
C’est sur l’action occulte des signes, des paroles,des parfums et des couleurs surle corps astral qu’est basée la plus grande partie de la magie pratique. Partant de ces idées, nous avons fait une série d’ex périences desquelles il résulte que les pentacles ont ;.y
REVUES DU MOIS 475 rgw‘ï"v. w I une action très nette sur le sujet somnambulique. Ainsi le Pentagramme (étoile à 5 pointes) est surtout remarquable à ce point de vue. Présenté la pointe en haut (en signe de magie blanche) à un sujet non prévenu, le pentagramme cause une gaieté très forte au sujet. La pointe en bas, au contraire, une répulsion violente se produit avec tous les signes de la fureur.
Nous avons fait de nouvelles expériences en évitant toute suggestion possible, mentale ou autre, etles mêmes faits se sont toupurs reproduits. PAPUS.
EVUES nu M©IlS REVUE serrure (1er août go). — Deux articles sur l’Inc0nscient. — Christ est-il d’origine sémitique ou aryenne, par MARCUS DE VÈZE. — Fait nouveau d’hyp notisme médianimique. — La Vie de l’esprit pendant le sommeil. * a;)+ LA LUMIÈRE (27 juillet 1890). — Rapport intéressant sur le guérisseur Léopold Montant, par LUCIE GRANGE, qui a fait exprès le voyage. *4l JOURNAL DE MAGNÉTISME, 23, rue Saint—Merri. — Étude sur le magnétisme appliqué à la thérapeutique, par H.
DURVILLE. * ’#8 LA CHAiNE MAGNÉTIQUE. — Effets de la catalepsie sur les mouvements cérébraux, par EUGÉNIE GARCIA v Rurz.
476 L’INITIATION ., ..__._ 1 -u‘:_cr'.fifl qu_g — Déplacement d’objets inanimés sans Contact, par H. PELLETIER. * x:s L’AVENIR DE L’HUMANITE (Douai). — Un excellent ur ticle dans le n° 4 (août 90). — Pluralité des existences de l’âme, par M. J. JESUPRET. * 44 REVUE DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES, ILLUSTRÉE. -— Ga brielle Bompard et la suggestion mentale, par L.
MOU— TIN. v: -\n& REVUE SOCIALISTE (juillet 1890). — La Revue sociale et littéraire, par ADOLPHE TABARANT. * 45 L’ALLIANCE SCIENTIFIQUE. — Importante étude de Au. FRANCK, de l’Institut, sur la condition politique et reli gieuse de la Judée dans les derniers temps de sa natio nalité. û :4- A" LA RELIGION UNIVERSELLE (Nantes). —- Où en est la question sociale, par CH.
FAUVETY. ‘ * . ‘ll 4» LA TRADITION. — Direction MM. ÉMILE BLÉMONT et HENRY CARNOY, 33, rue Vavin. (Recommandée.) t ’4‘; L’ECIIO DE LA SEMAINE (rédacteur en chef: Victor Tissot). . ‘ Nous signalons l’Echo de la Semaine à ceux de nos a- .a.—Ll'i.anvL-‘ul - _. ÿ
REVUES DU MOIS 477 lecteurs qui cherchentunjournal leur apportant une lec ture agréable et variée pour la journée du dimanche. L'Echo de la Semaine est le plus littéraire et en même temps le plus varié et le plus intéressant des journaux parisiens hebdomadaires. Il est illustré. Il donne dans chaque numéro la matière d’un petit volume; il ne Coûte que 6 fr. par an pour la France, — dont 3 fr. 50 rem boursés par un volume de la librairie Dentu.
Ses chroniques sont signées : Bergerar, Mirbeau,Auré lien Scholl, etc.; il publie des nouvelles de Theuriet, Coppée, Richepin, Mendès, Guy de Maupassant ; des portraits artistiques et des portraits militaires ;des comé dies, des monologues, des pièces de vers, une semaine théâtrale, une semaine littéraire, et chaque mois, alter nativement des chroniques agricoles, scientifiques, médi cales, scolaires et mondaines.
L’Echo de la Semaine commence dans son numéro de ce jour deux très intéressants romans, se passant dans des milieux nouveaux du Paris moderne. L’Echo de la Semaine est illustré. Le texte qu’il a ‘ demandé à M. Guillot, juge d’instruction, sur les Prisons de Paris, sera accompagné de dessins d'après nature.
Lire encore dans le numéro de ce jourl’article d'Al phonse Baudet sur les Goncourt ; la page inédite de ces écrivains ; la délicieuse fantaisie de Gustave Droz ; les impressions de voyage dans l’Engadine‘ de Paul Bourget, les vers de Jean Rame au, etc. Un numéro spécimen de l’Echo de la Semaine est envoyé gratuitement et franco à toute personne qu1 en fait la demande, 3, place de Valors, Paris. En vente partout.
15cent. le numéro. —Abonnement: France ; 6 francs par au. Union postale : 7 fr. 50, dont 3 fr. 50 remboursés en ouvrages de la librairie Dentu, (demander la liste des volumes-primes). — Envoi Franco de numéros spécimens de l’Echo sur demande, 3, place de Valois, Paris.
478 L’INITIATION l .-- Sas-1“: m ÉTRANGER Revista de Estudios Psicologicos (juillet 1890). -— Revue spirite et spiritualiste mensuelle publiée à Barcelone. Nous ne saurions trop répéter que les revues de l’étran- 't ger donnent l’exemple aux revues françaises. —— C’est le cas de celle- ci qui est une des mieux faites d’Europe.
On y trouve les nouvelles les plus complètes concer nant le mouvement dans le monde entier. — Nous ne saurions trop la recommander à nos lecteurs connaissant l’espagnol. Ce numéro contient un article sur la Franc—Maçon nerie et le spiritisme qui cite, après des statistiques inté— ressantes, une partie du Bulletin Maçonnique d’Oswald Wirth dans l’Initiation.
La Revista Espiritista de la Habana (juin 1890) -— est aussi fort bien faite. — Elle reproduit, à côté d’excellents articles originaux,les études de Papus parues dans l’1ni— dation. Elle a cité aussi le cas d’une jeune fille de Montréal âgée de 26 ans, qui, d’après des preuves authentiques, n’a pas mangé depuis 284 jours et ne diminue pas de poids (elle pèse 125 livres). Elle se contente de prendre de temps en temps un peu d’eau.
Ses facultés mentales ne sont en rien diminuées. * 21-4! Lux de Rome, dirigée par Giovanni Hofl'mann, publie toujours d’excellents travaux originaux sur les questions qui nous intéressent. Le numéro de juillet se termine par une revue de la presse. * :521» La Psiche (Hypnotisme — Magnétisme. — Spiritisme). .” ‘ . A . . . . . -;.,ë"‘-“L #-‘-.. ” “ "
REVUES DU MOIS 479 — Proposition d’une alliance universelle spirite et spiri— tualiste, par E. Ungher. lLIN’RBS Reçus J. de Strada. — LA GENÈSE UNIVERSELLE (ouvrage important, compte rendu prochainement). 'l'et Allan Kardec. — ŒUVRES POSTHUMES, 1 vol. in—18, prix 3 fr. 50, publiées parla Société de Librairie Spirite. * 4‘ 4 Dr Foveau de Courmelles. — LES FACULTES MENTALES DES ANIMAUX.
Bibliothèque scientifique contemporaine. * 24L# GUÉRISON CERTAINE DU CHOLÉRA. — Rapportà l’Acadé mie des sciences (librairie du Magnétisme). ‘k C I LA SCIENCE PSYCHIQUE, analyse de l’œuvre de M. Amé— de’e H. Simonin (20 cent., même librairie). * 4!‘ LE SP_IRITI5ME, par Papus, 20 cent.
Brochure résu mant les points principaux de la doctrine spirite. * 1k -\t Congrès international de 1889. — LE MAGNÉTISME HUMAIN appliqué au soulagement et à la guérison des maladies. Rapport général. (G. CARRÉ, éditeur.) * ’5’!— **o ä ‘
480 L’INITIATION La CAFÉ, par l’ingénieur Le Turcq des Rosiers, membre de la Société française d’hygiène (exposé d’un nouveau procédé de torréfaction). * 4a: SORCERY IN SCIENCE, by Anna Kingsford, docteur en médecine (publication importante du Theosophist). TIERS ORDRE DE LA ROSE -lCROIX CATHOLIQUE R+C+C Le Sur Joséphln Peladan ayant démissionné du Conseil des doute pour se consacrer l la. Rose Croix Cathollque, LES MAGNIFIQUES l’ont élu maître de l’ordre. En conséquence, le Sar Joséphin Paladan est hlérarque de la suprême hiérarchie, ainsi constituée en septenairo officiel. Sar Peladan. Samas, Sin, comte de Larmandie, comte de . .. . Tammuz. Le Tiers Ordre de la Rose-Croix catholique n'a. aucun rapport désormais avec MM. Agur. Alto, etc. Seul, Papas est accrédité, ayant droit de séance et place au conseil comme créateur et seul chef du mouvement de désoccultation de l’occulte. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, mr. r:. ARRAULT ET c“, RUE DE LA PRÉFECTURE. 6.
Vient de paraître .' PAPUS CONSIDÉRATIONS SUR LES PHÉNOMÈNES DU SPIRITISME Rapports de I'Hypnotisme et du Spiritisme, nouuelles règles pratiques pour la formation des médiums 1 brochure in-8, avec quatre gravures. . . . . 1 franc. = JULES‘LERMINA L’ELIXIR DE VIE Conte magique (AVEC UNE PRÉFACE DE PAPUS) Joliebrochurein«18. . . . . . . . . . . 75 cent. = EMILE MICHELET DE L’ÉSÛTÉRISME DANS L’ART Élégante brochure in-18 . . . . . 1franc. FABRE D’OLIVET LA LANGUE HÉBRAÏQUE RESTITUÉE 2v01umes complets (franco). . . . . . . 30 francs.
OUVRAGES MODERNES . L-'._|ÿ.flÿ.l’,“ -',_ ;.);jr .. SUR LE SPIRITUALISME & L’OCCULTISME ——u 1° ÉTUDE ÉLÉMENTAIRE : L’Occultzsme, par PAPUS (0 fr. 20); Le Spiritisme [du même] (0 fr. 20) ; Magie pratique de JULES LERMINA (3 fr. 50); CROOKES, Recherches (3 r. 50); YVELING RAMEAUD , Force . Psychz‘que [avec gravures] (5 fr.). 2° ÉTUDE DOCTRINALE : A — OCCULTISME. Traité élémentaire de Science Oaulte (3 fr.
50); Au seuil du Mystère, par STANISLAS DE GUAITA (6 fr.) ; Dogme et Rituel de Haute .Magie, par ELIPHAS LÉVt (18fr.) [2 volumes]; Tarot des Bohémz‘ens, PAPUS (9 fr.). B -—— SPIRITISME. Œuures d’Allan Kardec (3 fr. 50 le volume) [4 volumes princifpaux]; Le Spiritisme et la Science, par GABRIEL DELANNE (3 r. 50); Mes expériences avec les esprits, par H. LACROIX (4 fr.); Considération sur les Phéno mènes du Spiritisme (I r.). C —- ALCHIMIE.
La Pierre philoso hale [preuves de son existence , par PAPUS (I fr.); C2nq raités d’alchimie , par ALBERT oxsson (5 fr.) ; L’Or et la Transmutation des Métaux, par TIFFERAU (5 fr.). » D —— THÉOSOPHIE. Fragments de Théosophie occulte,fpar LADY CAITHNESS (2 f. 50);Les septprincipes de l’homme (1 r.). E — LITTÉRATURE. Spirite, par THÉOPHILE GAUTHIER (3 fr. 50 .
Louis Lambert, Séraphitus Séraphita, par BALZAC (1 fr.); e Vice su rême, JOSÉPHIN PÉLADAN (3 fr. 50); Un Caractère, par L. fiENNIQUE (3 fr. 50 ; A Brûler, par J. LER MINA (3 fr.) ; L’Elz'xir de vie, par J. ERMINA (0 fr. 75). S’adresser aux bureaux de 1’]N1 T1A T! ON ENVOI FRANCO CONTRE REÇU DU PRIX
L’I N I TI AT 1 O N (“EN’%’ÉËËÈ’ENT’) RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . c:A R RÉ DIRECTEUR: PAPUS . , " DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL 58’ rue Sdlnt—Andre-des.A r“ Rédacteur en chef: George MONTIÈ RE Y Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an. 10 fr. CH. BARLET. ——J. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscarrs. —— Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. Lxvass ET REVUES. ——-Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATlON, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d‘avance à l'Administracion par mandat, bon de poste ou autrement. AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l'Initiation.
Chacune de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro. ‘ ’ L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES MAISONS VENDANT L’INITIATION AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARPON ET E. FLAMMARION Galeries 12, Boulevard 14. rue Auber ‘ _ LELIÊGEOIS Rue de Marengo de [Odéon des !!alzcns gérant Remise de x5 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs LIBRAIRIE E. DENTU LIBRAIRIE 36””, avenue de l’Ope’ra, 36”“ ' m; H. FLOURY.
GÉa.m L’ART INDÈPENDANT 11, Chaussée-d’Antz‘n, Il PA R I S LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 29, rue de Trèvise, — PARIS CHACORNAC Il, quai Saint—Michel, 11 Vente de tous les livres et revues d’0ccultisme. Salle de lecture et Bibliothè ue c0ntenant les ouvrages les plus rares sur la Science occu te, la Kabbale, la Théosophie, la Franc-Maçonnerie, etc., etc., et les revues d’occultisme du monde entier.
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