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r-\l," nitiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèosophle Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ÿ 7"‘° VOLUME. — 3'”° ANNÉE SOMMAIRE DU N°10 (Juillet 1890) f '4— PARTIE INITIATIQUE.. . La Roue du devenir. . Stanislasde Guaita. . (avec figures). (p. 289 à 305.) PARTIE PHILOSOPHIQUE La Faute d’Adam .... .. G. Montière. ET SCIENTIFIQUE... (p. 306à 315.) L’Egyptolngie sacrée. (suite) . . . . . . . . . . . ..
Marcus de Vèze. (p. 316 à 330.) Économie politique (suite) . . . . . . . . . .. Julien Lejay. (p. 330 à 337.) P! RTIE -LITTÉRAIRE. .. L’œil du Dragon .... .. R. de Maricourt. (p. 338 à 350.) La Loi de Karma (suite) . . . . . . . . . . . .. Georges Polti. (p. 350 à 361.) Hespe’rus (suite)........
Catulle Mendès. (p. 361 à 371.) Bibliographie : La Théosophie. — Livres nouveaux. — Groupe indépendant d’études ésotériques. — Bulletin Ihéosophiquè. — Nouvelles diverses. — Revues du mois. yRÉDACTION _: Administration, Abonnements: 2 9, rue de Trevzse, 2 9 56’, rue S t-André-des-A rts, 56 PA R1 5 P A RI S ' Le Numéro; UN FRANC. -— Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion a distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiaiion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: \ Dans la Science 21 constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement ’ physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l‘Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. .
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initr‘atique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. , La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà deux années d'existence. —Abonnemem: I0 francs ‘ par au.
.3». .,.. PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’]ni1‘iation V [0 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. M. S. T. {i‘g -— STANISLAS DE GUAITA. S.'. I.'. ,(æ). —- GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. -— PAPUS, S.'. I.'. -— Légat catholique romain auprès de l’Initiation .‘ JOSEPHIN PÉI.ADAN, R1—Cj-C. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.— Le F.'. BERTRAND.VÉN.'.— BOUVERY.— RENÉ CAILLIE. — AUGUSTIN CHABOSEAU. — G.
DELANNE. — DEI.EZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR. -— FABRE DES ESSARTS. — D“ FOVEAU DE GOURMELLES. -— JULES GIRAUD. — E. GARY. — HENRI LASVIGNES. — J. LEJAY. — DONALD MAC-NAB. — MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. — EUGÈNE Nus. - G. POIREI.. — G. POLTI. — JULES PRIOU. — Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A ROBERT.— ROUXEL. — H. SAUSSE —— G. VITOUX — HENRI WELSCH. — OSWALD WIRTH. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. —- E.
GOUDEAU. —- MANOËL DE GRANDFORD. —JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. .— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. -— CH. DE SIVRY. -— CH. TORQUET. 40 POÉSIE ED. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. ——- P. GIRALDON. -— PAUL MAR_R0T. -— MARNES. -— A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . *
(nonne Indépendant d’ilnnlnn lnnléniqnen Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Société pour l‘étude de la Science Occulte Théorique et Pratique dans toutes ses branches et indépendamment de toute école. 29, RUE DE TRÊVISE, 29, PARIS ——W Trois grandes Commissions permanentes: Enseignement - Exécutif - Finances PLUS DE 300 ADHÉRENTS COURS & CONFÉRB.NCES PERMANENCES sur la Kabbale, la Théosophie, la Franc- Maçonnerie, la Science Occulte, etc. ÉTUDES PERMANENTES PAR. GROUPES FERMÉS DES PHÉNOMÈNES DE SPIRITISME, DE MAGNÉTISME ET DE MAGIE Correspondance hebdomadaire par Bulletin spécial avec tous les Membres adhérents de Province et de l‘Etranger. ——W—— BIBLIOTHÈQUE D’OCCULTISME ET SALLE DE LECTURE Contenant toutes les Revues d’Hermétisme du monde entier v— «ara-«Bu
PARTIE INITIATIQUE En une. un avnnm (Serpent de la Genèse, livre Il, chap. 111) N. B. La loi d’universelle polarisation des êtres, jamais divulguée, constitue l’un des arcanes les plus occultes de la Magie. Le présent extrait, qui en contient la réVélation précise, s‘adresse aux seuls ini tiés. C’est un joyau qu'on détache en leur faveur de cet écrin magnifique où l’antiquité sacer dotale entassa les trésors de son ésotérisme: profonde réserve scientifique du passé, où l‘avenir ébloui peut longtemps puiser à. mains pleines, sans risquer d’en tarir les richesses. Une solide plateforme, Où siège le sphinx impas Plus bas, une vaste roue, entée sur un axe mobile, que deux supports maintiennent à hauteur voulue. Deux monstres— les génies antagonistes du Mal et du Bien —— cramponnés à cette roue, de gauche et de droite: la descend un démon cornu, la tête en bas, la fourche au poing sénestre; il entortille au volant ses jambes incertaines et squammeuses. Ici, 10
290 L’INITIATION c’est un cynocéphale qui remonte; sa tête est près d’atteindre à la plate—forme du sphinx. Et sa droite lève un caducée. Tel est l’admirable emblème que nous présente la dixième lame du Tarot (I). En haut, l’Absolu manifesté, le Verbe, potentiel d’une inépuisable création.
C’est le sphinx égyptien, qui synthétise en sa forme fantastique celles des quatre animaux sacrés de la science kabbalistique (Hai‘oth Haltltadôsh m-rPn nim), figuratifs des quatre lettres de l’incommunicable Iod—[ze’ué n‘mv. Typhon, descendant à gauche, symbolise l’exode involutif des sous—multiples verbaux qui sombrent dans la matière, entraînés au poids de leur propre chute — et qui donnent ainsi le branle à la grande roue du Devenir.
A droite, Hermanub15 emblématise en remontant l’évolution des formes progressives de cette matière même, réactionnée par l’Esprit, et le retour des sous multiples à l’intarissable Unité—mère d’où ils sont émanés.
D’une part, le Dai‘môn Èle l’Inyolutïon, qui, dans sa. chute grimaçante, n’a pu perdre entièrement la figure humaine — similaire del’image divine — cette figure que ne parviennent point à dénaturer les cornes de la perversité, de l’égoïsme et de l’orgueil.
D’autre part, le Daïmôn de 1’Éyolutzbn ascendante, qui, bran— dissant le caducée de la science _et de l’équilibre, et sur le point d’escalader la plate-forme sphingienne, (I) Voir la dixième figure du Tarot d'Oswald “’irth. Æ‘..Ï
LA ROUE DU DEVENIR 291 conserve encore sur son visage le stigmate infamant de l’animalité, symbole des règnes inférieurs d’où il émerge... Quel contraste plus grandiose et plus significatif?
Les deux silhouettes monstrueuses figurent, en dernière analyse, un seul et même personnage— l’Adam cosmique —— sous les deux aspects complé mentaires de la chute et de l’ascension, ou, si l’on veut, dans les deux tendances inverses de l’Analyse et de la Synthèse, de la Différenciation et de l’Inté— gration universelles.
Mais que dire de la conséquence immédiate de ce mouvement double: le branle imprimé à la roue du Temps sans borne, qui va multiplier ses tours, embrassant l’Espace illimité dans la sphère de sa rotation?
N’est-ce point qu’elle touche au sublime, l’éloquence hiéroglyphique des auteurs du Tarot, habiles à préciser en cette simple image le comment et le pourquoi du rapport mystérieux et profond qui lie à la chute de l’Adam céleste la création de l’Uni vers sensible et l’ouverture du Cycle temporel ?
Si, du sens universel, nous passons à une signifi cation d’ordre particulier, la dixième clef du Tarot nous représentera la constitution ternaire de tout être : esprit, âme, corps. ‘ Le sphinx 'symbolisera l’élément spirituel, actif et mâle, ou le soufre {} des alchimistes ; —— Typhon, l’élément corporel, passif et féminin, ou le sel 6 des alchimistes; — Hermanubis enfin symbolisera le moyen terme entre l’esprit et le corps: l’élément
2 92 L’INITIATION animique, ou mercure des alchimistes, qui est androgyne, c’est-à—dire actif relativement au corps, passif par rapport à l’esprit. Ceci nous donne la polarisation générale de chaque être: pôle positif +, l’esprit; pôle négatif —, le corps; centre d’équilibre m, l’âme.
D’ailleurs l’esprit, le corps et l’âme, envisagés abstractivement, présentent chacun son ternaire de polarisation bien distinct : pôle positif, pôle négatif, et neutre équilibré —— ainsi qu’on peut s’en rendre compte en étudiant àce point de vue le magni fique schéma publié par Fabre d’Olivet, dans son Histoire philosophique du genre humain (1), en une planche hors texte (a); et qui fait malheureuse ment défaut dans un grand nombre d’exemplaires.
Mais c’est loin d'être tout. — Nous sommes amené à faire connaître ici les principes d’un système de po larisation double et sextuple, applicable à tous les être vivants, depuis le Cosmos envisagé comme tel jusqu’au plus humble exemplaire individuel qu’on veuille choisir, soit dans la série animale, soit même parmi les règnes inférieurs. Nous ne sachions pas que cette théorie ait jamais été divulguée.
Le docteur Adrien Péladan lui—même n’en fait pas mention dans son livre génial de l’Ana tomie homologz‘que, ou triple dualité du corps humain (Paris, 1886, in-8). Quant aux autres ouvrages du (r) Deuxième édition de son Etat social de l’homme (Paris, Brière, 1824, 2 vol. in—8). (a) Insérée à la page 26 du tome I«. "-I. h
LA ROUE DU DEVENIR 293 _-Inxfl' immm< >1 a. 7 _ . . iE.a Œ, næ même genre que nous avons pu consulter, il ne s’y trouve pas vestige de cette théorie.
Nous parcourions récemment la collection du Lotus, excellente revue d’0ccultisme, qu’une dispa— rition prématurée empêcha seule de tenir ce qu’elle promettait et ce qu’un bon Lexique des matières, col lationnées par ordre, en eût fait à coup sûr : l’encyclo pédie théosophique des études boudhistes en France. La page 102 du tome I" mit sous nos yeux un article (reproduitdu Theosophist) Où se trouve posé, sous la signature N.
C., le problème de la polarité chez l’homme, à propos de deux livres parus quelques mois auparavant: l’un du Dr Chazarin (I), l’autre du savant magnétiseur Durville (2). Tout en rendant justice aux connaissances et au courage moral déployé par ces deux explorateurs d’un monde assez nouveau,M. N. C. aborde, au nom de la science occulte, la critique de ces deux ouvrages. Ce n’est guère le lieu de résumer ces opinions.
Bien que le censeur me paraisse, à vrai dire, sinon partial en faveur du D? Chazarin, du moins bien sévère pour M. Durville, dont l’ouvrage est des plus remarqua— bles, je ne prétends point décider à qui revient la palme de la découverte, ni même examiner si décou verte il y a. C’est au critique lui—même que je m’adresse. ’ {1) Découverte de la polarité humaine; Paris, Doin, in-18. '2) Tratte expérimental et 1he’rapeut1que du magnétisme; 1886, in-8. '4
294 L’INITIATION Il cueille et nous ofire, avec la curiosité conscien— cieuse d’un érudit herboriseur du mystère, un cer tain nombre de détails d’un réel intérêt; mais qu’il me permette de lui marquer ma surprise — puisqu’il prend la parole au nom de l’Occultisme — de le voir négliger les grandes avenues de la science, pour battre les buissons à la recherche de ses fleurettes.
Sans doute, les amateurs de physiologie occulte se— ront heureux d’apprendre (s’ils ne le savent déjà), que dans l’homme il y a sept forces, côrrespondant aux septprincipes analytiques deM.
Sinnett, et que chacune de ces forces se polarise à part sur son plan spécial d’activité; — quela moitié droite du corps est posi tive, l’autre négative; que les artères et les nerfs mo teurs sont de nature positive, les veines et les nerfs sensitifs de nature négative ; — que l’endosmose élec— trique (ainsi que l’ont démontré Ralcliffe, Matteucci, et du Bois-Reymond) s’opère à travers les tissus de l’organisme; — qu’enfin « le coude est légèrement « positif pour la poitrine, et la main quelquefois néga « tive pour le pied, quelquefois positive ».
Il y a beau temps que les étudiants en occultisme savent toutes ces choses et quelques autres de même importance; les eussenbils oubliées, du reste, que les analogies des Révolutions de Iêué, d’une part, et de l’autre l’étude du Pentagramme ou de l’Étoile flam boyante appliquée à la physiologie, leur permettraient de déterminer géométriquement tous ces rapports... Mais ce que les étudiants ignorent et ce que — par lant au nom des maîtres —— il eût été sans doute à pro— -l‘m M" *
pn"*" fl V .. r-—rç -:RT‘:"m’."*ÆÎ«.ËE vu"'-"Ï'.Ël .-——.»—-—. \ LA ROUE DU DEVENIR 295 pos de leur enseigner, c’est la grande loi de l’Equilibre vital, cette loi synthétique et rigoureuse qui permet de déduire tant d’autres lois, et, englobant à la fois les trois foyers d’activité qui constituent la vie de tout être, sert d’infaillible critérium pour localiser à priori non seulement la bipolarité de chacun des trois sys— tèmes dynamiques — l’intellectuel , l’animique et l’astral — mais aussi les termes d’une polarisation tout autre, qui s’affirme cruciale, en mode double de réciprocité inverse et complémentaire, et qui va de l’intellectuel au physique, d’une part, et de l’individu mâle àl’individu femelle, de l’autre.
C’est bien là, non pas ailleurs, la clef absolue de la Biologie occulte, — une loi vraiment universelle et, par surcroît, révélatrice d’une foule d’autres, égale— ment synthétiques : celles, par exemple, de la Socio— logie et de l’Histoire primitive, ou (si, nous élevant du plan terrestre à des plans supérieurs d’existence, nous voulons généraliser) celles de la Cosmogonie et même de la Théogonie occultes.
Nous voici derechef dans l’ésotérisme le plus secret des temples antiques : la connaissance de cette loi pivotale n’était transmise qu’au seul initié, par voie traditionnelle et sous la garantie d’un serment solennel et terrible...
Non pas qu’une pareille révé— lation se traduisit par un axiome immoral ou dange reux en soi; mais elle permettait de fabriquer un passe—partout, à l’habile emploi duquel il n’était guère de portes, dans le sanctuaire, qu’on estimât susceptibles de résister. ....-..w .,
296 L’INITIATION , vw _ .—_.wnp. .._ - Or, si le secret juré ou quelque autre motif de ce genre fermait la bouche à M. N. C., du moins aurait il dû, — montant dans la chaire théosophique pour juger ex cathedrâ MM. Durville et Chazarin, — démontrer l’existence d’une loi de synthèse, et en déduire celle, plus particulière déjà, mais encore générale, d’une loi de polarité vitale chez l’homme.
Quant à nous, que nul engagement ne lie, nous allons prendre à tâche d’exposer au bref cette théorie large comme l’univers, simple comme la nature, rigoureuse comme une équation d’algèbreQ Car l’heure a sonné, pour parler le langage de notre frère Jhou— ney, d’ouvrir à tous le temple, sinon le sanctuaire.
Néanmoins, pour ne pas nous écarter du point de départ de cette digression, nous entendons, cette . grande loi une fois énoncée, en restreindre l’applica tion à la physiologie de l’homme, ou, pour mieux dire, à la biologie de I’androgyne humain.
Le lecteur nous saura gré peut-être de laisser à sa sagacité le soin, d’ailleurs facile, soit d’en étendre l’adaptation à des objets plus universels, soit au contraire de la restreindre à de plus spéciaux. La loi peut se formuler en ces termes : -— Le mâle est positif dans la sphère sensible, négatif dans la sphère intelligible. La femelle, au contraire, est positive dans la sphère intelligible, négative dans la sphère sensible.
Inversement complémentaires, le mâle et la femelle sont neutres tous deux dans la sphère médiane du psy chique. Gette similitude animique est même leur seul
Wm‘myr’.’ "'“\r"‘“‘v““"w. i».v,, r‘rL’"”"r‘"nrc--.. 1‘11“m' .Jnrs 'r-' _" au la f..".t"._‘J‘—'1 .: . n. '_-_ L. - ‘. . LA ROUE DU DEVENIR 297 point de contact; c'est moralement la charte d’en haut qui consacre l‘identité de la race entre individus de sexe opposé. Mais cette loi se conçoit à peine, condensée en un axiome aussi général, et son incalculable portée ap— paraît bien vague encore, pour ne pas dire bien nulle.
A cette heure, il convient d’en faire brièvement l’adaptation, dans les limites que nous nous sommes tracées d’avance.
' Donc, appliquant cette loi vraiment universelle à l’homme terrestre, au couple humain, c’est—à-dire à l’être adamique envisagé au plus haut degré où son évolution aboutit sur notre planète; Considérant qu’on peut compter en lui trois centres d’activité: — 1° le foyer intellectuel, localisé dans le cerveau, et dont le pôle occulte réside dans les cir convolutions supérieures de cet organe ; —« 2° le foyer «mimique , localisé principalement dans le cœur et le grand sympathique , et dont le centre occulte n’est autre que le plexus solaire; ———j3° le foyer sensitif, qui distribue son énergie aux divers organes des sens, et dont le pôle occulte se localise à l’organe génital , Nous disons que clzeg l’homme, l’organe génital est mâle ou positif, et le cerveau féminin ou négatif; Qu’à l’inverse, chez la femme, l’organe génital est féminin ou négatif, et le cerveau mâle ou positif; Qu’enfin, chez l’homme comme chez la femme, le
. - -s -.'-.( -Ç-. -..;-‘.— .Ï.1 " " T 298 L’INITIATION plexus solaire constitue le point central équilibrant de l‘organisme tout entier.
Qu’est-ce, en effet, qu’un organe mâle? —- C’est celui qui produit et donne la semence, le germe rudi mêmtaire que l’organe féminin reçoit, réactionne, geste, nourrit, élabore et développe un temps plus ou moins long, à l’expiration duquel ce dit organe met au jour un être parfait, c’est-à-dire en acte, et conforme au germe fécondateur qui ne contenait cet être qu’en puissance.
Ces choses apparaissent évidentes, à n’envisager que le pôle génital, dans les individus des deux sexes: nul ne contestera que celui de l’homme est actif, c’est—à-dire un instrument de fécondation ; celui de la femme, passif, c’est—à-dire un instrument de réception, de gestation et d’élaboration définitive. L’inverse n’est pas moins certain, si nous considé— rons le cerveau, cet organe où se 'manifeste la contre polarité de l’organe génital (I).
Le cerveau mâle de la femme ne donne que des germes d’idées, mais c’est lui seul qui donne ces germes, c’est-à—dire le mouvement initial et la subs— (l) Vainement obiecterait—on la presque identité du cerveau. chez les individus des deux Sexes, en regard de la dissemblance profonde des organes de la génération.
Les idées. étant d'ordre intelligible, n'ont que faire de véhicules phalliques ou de cavités utérines, pour l‘accomplissement de l'hymen idéal.
D'ailleurs, c‘est souvent à l‘état sentimental que le sperme d'ordre intelligible est transmis par la femme; ce sont, dans ce cas, les centres animi ues ou médiane qui deviennent les lieux propres au phénomène de la écondation; dès lors le sentiment, transmis au centre mimique de l’homme. se sublime pour atteindre la cervelle, matrice appropriée ou il reprend sa première forme du sperme idéal. ., -...Î, . ’Y
LA ROUE DU DEVENIR 299 »m_——W—.—- » ——vw-. n—,... .1- .;w;—a—-v.——;- —u;r'"#>r—= _—gy_v -_-L‘fifir.y;ræw '*fl(æ' . -‘;:'.,‘r:w‘_äl'ul1‘._æ; tance première, en un mot le Sperme intellectuel (I). C’est le cerveau mâle de la femme qui féconde la cervelle féminine de l’homme. Ainsi, d’une part, le cerveau de la femme est à la cervelle de l’homme comme le phallus de l’homme est à l’utérus de la femme.
D‘autre part, chez la femme, le cerveau est à l’uté— rus comme chez l’homme le phallus est à la cervelle. /’ _ X \‘/<°'O jfx \ÿ 'Ïx ÉQUILIl3RI—Z e">< \’è« 0 x \. Ÿx \ Organe »__—__——> génital. génital. + De ces prémisses on peut déduire d’innombrables (l) L'ère préhistorique nous en offre un exemple frappant, si nous fixons nos regards sur l’origine des sociétés humaines.
Ces temps reculés n’ont sans doute laissé que d’indécis vestiges et des monuments bien incomplets. Mais lalégende supplée presque avantageusement aux récits de faits positifs: elle synthétise en des types de géneralisation symbo— lique les notions que les récits de faits ne nous pourraient ofl'rir que particularisées et disséminées... Or, l'Histoire et la Légende ne s'appuient-elles pas l’une sur l'autre pour venir nous apprendre que les
300 L’INITIATION conséquences, dont nous n‘esquisserons que les prin cipales et les plus décisives (I). C’est ici le lieu d’invoquer la loi fameuse en phy sique générale : les contraires s’attirent, les sem blables se repoussent.
En faisant à notre schéma l'application de cette formule, nous comprendrons de suite : L’horreur de la femme intellectuelle pour le type du viveur, expressif à son gré de toute la bestialité du mâle; -— et réciproquement : le mépris du viveur pour la femme intellectuelle, qu’il traite de bas-bleu (ligne positive des semblables) ; ‘ Le dédain de l’homme de pensée pour la femme sensuelle, — et réciproquement l’aversion de celle—ci pour celui-là (ligne négative des semblables).
La raison physiologique de ces antipathies? — Voici : la tête positive de la femme méprise le phallus également positif de l’homme, et vice versa. —— La tête négative de l’homme a le plus profond dédain pour l’utérus de la femme, négatif lui aussi, et réci proquement... C’est que : les semblables se repoussent.
Il ne serait pas plus difficile de qualifier de même les sympathies inverses et complémentaires de ces remiers germes de civilisation furent toujours semés par la femme dans e destin des races adolescentes?
N’est-ce point l’Amour, dans la cosmogonie phénicienne, qui tire le monde du chaos ?... (Voir l'Etat social de l'homme, par Fabre d'Olivet). (I) L'examen du présent schéma va permettre au lecteur de les déter mmer toutes géométriquement, pour ainsi dire. Une figure ultérieure lui doit offrir encoreqd autres indications, pour pousser ses recherches plus avant, si bon 1111semble.
LA ROUE DU DEVENIR 301 .i.-ç-—,—n——v— .nur_r4.—-m...— w)fl;;...fl,g,; antipathies; c’est que: les contraires s’attz‘rent (1). Quant au centre moral (ou médian), équilibrant les deux pôles occultes -— intellectuel (ou cérébral) et ,sensitif (ou génital) —— il est neutre, aussi bien chez l’homme que chez la femme.
Aussi faut-il voir en lui le point de suspension, non seulement de la balance bipolaire dans chaque individu, mais encore la ba— lance sexuelle dans l’androgyne humain. L’amour proprement dit, qui est bien la force dé. ployée par ce centre et quilui appartient en propre (2), l’amour est de même essence chez l’homme et chez la femme.
Il se révèle identique ici et là, (3), avec son (i) Chacun peut s‘amuser à compléter le tableau de ces relativités. (2 Comme etant avant tout passionnelle, c‘est-à-dire mimique, bien que susceptible de se porter principalement, soit au pôle cérébral (ado ration), soit au pôle génital (appétit vénérien). (3) dentique dans son essence, non peint dans sa tendance. ceci mérite toute l’attention du lecteur; il est prié de se référer au récé dent schéma '. les courants passionnels y sont figurés par des flèc es en . divers sens.
Pour nous en tenir à l'amour envisagé aôstractiuement chez l’homme, puis chez _la femme, notons que la logique même de _notre figure le dis tingue, iCl et n. en deux courants de direction précisément inverse. Le courant, chez l‘homme, monte de l‘organe éuital (positif) à la cervelle (négative); chez la femme, au contraire, il escend du cerveau (positif), vers l'utérus (négatif).
Cette opposition doit nous suffire : c'est là qu’il faut chercher la. cause profonde de ces nuances qui différencient l'amour d'un sexe a l'autre -— nuances que nous négligeons de détailler ici. Un exemple, pourtant, et significatif. —- Pourquoi,chez l'homme, le désir a-t-il coutume de paralyser les facultés intellectuelles, qu’il semble au contraire stimuler chez la femme?. . .
C‘est un fait indubitable et cent fois vérifié, que l‘homme le plus spirituel devient gauche et parfois stu vide en présence_ de la femme qu'il aime ou simplement qu'il désire; tandis que celle-ci se montre à qui elle aime, plus brillante, plus dési— rable que jamais. . .
L‘hom[ne_brûle ses vaisseaux: il mer, comme on dit, « les pieds dans le plat »; timide outre mesure, il tirait niais — ou réso lu soudain, il casse tout. — La_ femme, elle, our it à loisir les lus sub tiles trames pour capter sa _rme, et, le sourire aux lèvres, acheva de la fasciner, dissimulant la bar iesse de son plan derrière les grâces de son babil... — C‘est ue, chez elle, le courant passionnel va du cerveau à l’utérus, laissant ainsi toute liberté d‘action l‘organe de la pensée.
Chez l‘homme. au contraire, le fluide passionnel (si l‘on peut dire), remontant brusquement de l‘organe énital, affine au cerveau, 'o_fl'us ue et déter. mine une congestion fats e au libre yen des facultés iiitél ectue les. Cela se vérifie même dans l‘ordre purement physique; l’homme rougit et la femme devient pâle. jh.rxîv,vsin._.‘_‘lfl'-.nr...}s src« . . '
302 L’INITIATION cortège misérable et sublime de dévouement et d’é goïsme, de délices et de jalousie, de serments éternels et d’effective instabilité. Ajoutons qu’il constitue encore le moyen terme, la relativité sentimentale entre individus de sexe op posé. Il est donc toujours central ou médian, soit qu’on envisage les individualités, ou les couples hu mains. .
Aussi bien (comme nous l’avons fait voir au Seuil du Mystère), (1) c’est l’amour qui peut -— s’il est réalisé dans sa perfection et qu’il s’affirme dans la stabilité d’un miraculeux équilibre — replacer l’être humain dans la voie normale de sa future réintégration, en le restituant à l’état d’androgyne harmonique.
C’est alors qu’identifiés dans une fusion tout intime, les centres neutres de l’homme et dela femme ne font plus qu’un seul centre: les deux époux ne font plus qu’un seul Adam—Eve, en voie de se réintégrer à sa plénitude ontologique, dans le sein de l’Unité Ada mique et céleste, qui a nom l’éternel Verbe.
L’androgyne est devenu cet aimant quaterne, dé gagé des quatre torrents élémentaires, dont le schéma peut se tracer comme ci—contre : (l) Un volume in 8' de 200 pages; nouvelle édition corrigée, augmen tée et refondue en divers points, avec deux belles figures magiques. et un appendice inédit. - Parts, Carré, 1890. .- _—;r
LA ROUE DU DEVENIR 303 >: r..];||v ;. ConceptuConceplu alLe Femelle ‘. -alité mâle ' Pensée Androgyne OC Centre 314/W3J HOMME Sensibilité Sensxbxlitè femelle 110/} 193 1199 maie Il paraît inutile de pousser ces déductions’plus avant.
Nous avons formulé la loi suprême qui régit la composition des aimants dans les trois mondes —— formule vraiment magique, pour ceux qui sauront la saisir et l’appliquer à propos. —La grande Isis peut être conjurée par l’adepte qui aura toute l’intelligence de cet axiome sacré ; qu’il sache le proférer en temps etlieu, les derniers voiles de la déesse tomberont à sa voix.
Un mot encore, avant de poursuivre notre chemin : nous ne saurions cacher au lecteur que cetteloi, dont l’enseignement vient de lui être transmis, est celle—là précisément que vise Eliphas Lévi à la page 1 82 de son v
Www . - - . -.:* -_-;--p. 4 304 L’INITIATION Dogme de la Haute Magie (1). Après avoir exposé les doctrines attribuables au deuxième feuillet du Livre universel de la Vie, le savant magiste trace ces lignes mystérieuses et inquiétantes pour les profanes: « Tels sont les secrets hiératiques du Binaire; mais « il en est un, le dernier de tous, qui ne doitpas être « révélé...
L’arbre de la Science du Bien et du Mal, « dont les fruits donnent la mort, est l’image de ce « secret hiératique du Binaire.
Ce n’est point encore « le Grand Arcane de la magie; mais le secret du « Binaire conduità celui du Quaternaire, ou plu « tôt il en procède etse résout par le Ternaz‘re, qui « contient le mot de l’énigme du Sphinx, tel qu’il « aurait dû être trouvé pour sauver la vie, expier le « crime involontaire et assurer le royaume d’Œdipe. » (Pages 132-133.) Nous avons vu, en effet, par l’inspection des sché mas, comment le binaire engendre le quaternaire.
Curieux d’exprimer par un symbole graphique le (l) Fabre d'Olivet en fait plusieurs fois mention dans ses œuvres, sans jamais en livrer la formule.
Nous relevons ici une allusion presque directe qu‘on peut lire au tome premier de son Etat social de l’homme: il — Mais l’homme n‘avait pas été destiné à vivre seul et isolé sur la a terre: il portait en lui un principe de sociabilité et de perl‘ectibilité n qui ne pouvait pas toujours rester stationnaire.
Or le moyen par : le uel ce principe devait être tiré de sa léthargie avait été placé par n l’ ternelle Sagesse dans la compagne de l'homme,dans la femme, « dont l’organisation, difl'e’rente en des points très importante. tant « physiques que méta hyst’ques, un nomux1‘ nus ÉIO'I‘IONS m— - vsnses..... n Pa e7 .) Mais Fabre '0 Net n'a garde d'exposer en quoi cette organi sation diffère.
Passant de suite à l’un des corollarres de la loi qu‘il néglige d'énoncer, il ajoute seulement : « — Les mêmes sensations, s quoique procédant des mêmes causes ne produisaient pas les mêmes l efl'ets dans les deux sexes. Ceci est digne de la plus haute attention, a et je prie le lecteur de fiXer avec force sa vue mentale sur ce point . presque imperceptible de la constitution humaine.
C’est ici le germe e de toute civilisation: jouir avant de osséder. voilà l'instinct de I l'homme; posséder avant de jouir, voilà 'instinct de la femme..... 1! (Palse 74)
LA ROUE DU DEVENIR 305 ""1". ‘v:ur" . mystère de la résolution par le ternaire, en même temps que celui du retour à l’unité (dont Eliphas ne parle point), il va nous suffire de considérer la figure de l’aimant quaterne comme analogue à une paire de ciseaux, susceptible de se fermer et de s’ouvrir à volonté.
Puisque, sur chaque plan d’activité, les semblables se repoussent et que les contraires s’atti rent, les pôles positif et négatif de la région concep tuelle, d’une part, les pôles négatif et positif de la région sensible, de l'autre, vont s’attirer et se con: fondre.
Quant au point central, équilibrant, de la région mimique, il ne bouge point: les ciseaux se sont fermés, et nous avons, — selon la manière d’envisager notre figure —— soit un ternaire, soit une unité.
Une part des pages qui précèdent seraient mieux à leur place assurément au cours de notre troisième livre, le Problème du Mal: de puissants motifs nous ont dicté cette anticipation ; d’ailleurs nous avions hâte de munir ceux qui veulent bien nous accorder leur attention suivie, d’un mot de passe occulte qu’ils trouveront plus d’une fois l’occasion de proférer, lors qu’un obstacle imprévu paraîtra leur barrer la route. (A suivre.) STANlSLAS DE GUAITA.
306 L’INITIATION ' Œa tÏë‘aura n*älànam Le nouveau livre de Jules Lermina, la Magie pra tique, écrit avec une compétence indiscutable et une impartialité parfaite, mérite à tous égards l’accueil dont l’a gratifié le public.
Dans un style clair, précis, trop scientifique, trop documenté pour amener le sourire même sur les lèvres des incrédules, l’auteur a condensé, en moins de trois cents pages, un ensemble des doc— trines occultes capable d’ouvrir de larges horizons à la pensée de ses lecteurs, et d’exciter leur curiosité, tant par la sincérité des recherches que par leur exposé conscienc eux.
Mon intention n’est donc certes pas de me poser en critique d’une œuvre excellente; seulement, puisque le but de M. Lermina « est de donner aux hommes de bonne foi le courage d’affirmer leur volonté de re— cherches, sans s’arrêter à des préjugés qui, pour trou ver leur source dans le scepticisme à outrance, n’en sont pas moins entachés de despotisme et de tyrannie », je ne négligerai point l’occasion de hasarder quelques investigations personnelles.
La Vérité est une sous les divers symbolismes des religions, et, chez tous les peuples, nous la retrouve— rons éternellement identique, malgré la variété de ses déguisements. Rien de surprenant dès lors si Kabba .listes et Théosophes donnent une explication à peu ,,r Zäï‘“b’m'ffl.
LA FAUTE D’ADAM 307 près conforme de l’ésotérisme et, poursuivant un but analogue lorsque le mouvement date d’hier, débutent par se tendre la main. Encore imbu d’un arriéré de scepticisme, M. Ler mina devait préférer forcément les théories matéria listes du néo-bouddhisme, pour qui « l’Absolu est une loi éternelle et inconsciente », au dogme catholique qui proclame au contraire Dieu intelligent et sage par sa propre substance.
« La nouvelle école, écrit en effet l’auteur de la Magie pratique, s’efforce de remonter vers le bouddhisme primitif, corrompu par ses prêtres, mais dont certains ont conservé la primitive doctrine. » Pourquoi le bouddhisme primitif et non le chris tianisme primitif?
Pour ma part, la grande majorité de ceux que je connais parmi les disciples dela « nou velle école », sans rejeter les précieux enseignements des initiés hindous, ni sans ménager leurs attaques contre l’intolérance ignorante de nos évêques et de nos prêtres, se proclament cependant catholiques et chrétiens.
Nos livres sacrés, la sainte Kabbale, les travaux que nous ont légués une suite ininterrompue d’adeptes, grâce auxquels se sont transmis intacts, d’âge en âge, les secrets de l’antique doctrine, ne suffisent—ils pas amplement, au moins jusqu’à nouvel ordre, pour reconstituer les débris de la science perdue?
Est—ce donc l’heure où l’humanité, régénérée par le Verbe de Jésus, évolue vers l’accomplissement de la parole divine et subit ses premiers pressentiments de la soli —— * * ÿ r — »—--‘v T:—z*rxrr: --::-.——-——=. .—.'=
308 L’INITIATION darité universelle, qu’on va choisir pour renier sa . foi ! La réponse de M. Lermina se devine : Alors, si votre Dieu est conscient, « l’homme est sur terre pour expier un crime qui se perd dans la nuit des temps et sur la nature duquel il est impos sible d’être positivement renseigné : il est l’éternel accusé sur lequel toujours est suspendu un jugement. A l’encontre de notre droit pénal, il est d’abord pré sumé coupable...
Religion obscure, avide et cruelle, ennemie de l’activité humaine, adversaire de l’intel ligence... Le Christianisme ne fut qu’une erreur; le Catholicisme est un crime...
Ne placez pas au summum de cet univers qui est le Mal, en gésine du Mieux, un Être qu’il nous faille adorer et admirer. » J ’objecterai , d’abord , que cette supposition « L’homme estl’éternel accusé toujours présumé cou pable », se base sur une simple hypothèse à laquelle on opposerait, d’ailleurs sans trancher davantage la question, une seconde hypothèse non moins plausi ble: l’humanité crée elle-même ses souffrances, et en crée de nouvelles continuellement.
Qu’elle sache vou loir le Vrai, comme elle a su vouloir l’Erreur, et l’Eden lui sera rendu bientôt. Le problème, en apparence insoluble, se pose donc ainsi : . Pourquoi l’involution avant l’évolution, la des cente avant la montée; pourquoi l’ignorance, pour quoi la douleur, pourquoi le mal? La sciencehumaine se tait, car le 7vôôz cesturo’v des sages court ici grand risque d’échouer; ignorant du
LA FAUTE D'ADAM 309 mystère de sa propre individualité, comment l’atome humain s’élèverait-il de nos jours à l’intelligence de l’homme universel? L’analogie seule peut nous servir de guide, bien imparfaitement, hélas 1 Quels sont les enseignements des maîtres ? Trois grandes puissances, dit Fabre d’Olivet, se partagent l’Univers: l’une est la Volonté humaine, lesdeux autres sont la Providenceet le Destin. Etudions séparément chacune d’elles.
La Providence est la partie supérieure et intelli— gente de la nature universelle. Emanation de la‘Divi mité, au moyen de laquelle toutes choses se détermi nent en puissance d’être, sans cesse créatrice, d’elle essaime l’intarissable flux des principes actifs. Son but est la perfection et elle en reçoit de Dieu même le type irréfra gable.
Mais pour que ces émanations de la Providence passent de la puissance d’être à l’être, pour qu’elles prennent forme afin de révéler leur splendeur; en un mot, pourque la conscience de l’Univers s’éveille, de même que nous ne connaîtrions pas la lumière sans les ténèbres et que nous n’aurions pas la notion du jour sans le contraste de la nuit, une seconde puis sance, le Destin, essentiellement instinctive et passive, matrice de la Nature toujours ouverte pour féconder, s’empare de ces principes encore inconscients, les reflète dans son ombre qui les enveloppe, les indivi dualise et les réalise dans le monde des faits.
« Le Destin ne donne le principe de rien, mais il s’en em pare dès qu’il est donné, pour en dominer les consé quences. On peut donc entendre par le Destin, cette
‘.“'II:"‘I‘ 'i' 310 L’INITIATION puissance d’après laquelle nous concevons que les choses faites sont faites, qu’elles sont ainsi et pas au trement, et que, posées une fois selon leur nature, elles ont des résultats forcés qui se développent suc— cessivement et nécessairement. » « Mais la terre n’était qu’une puissance contingente d’être dans une puissance d’être ; l’obscurité, force as tringente et compressive, enveloppait l’abîme, source infinie de l’existence potentielle; et l’Esprit divin, souffle expansif et vivifiant, exerçait encore son action génératrice au—dessus des eaux, image de l’universelle passivité des choses. » (Genèse, I, 2.) Médiatrice entre la Providence et le Destin, qui sans elle ne se connaîtraient pas et qu’elleréunit, la Volonté humaine, en répandant dans le monde des faits l’in flux du monde des principes, modifie les choses coexis— tantes, en crée de nouvelles, dont le Destin se saisit à l’instant, et prépare pour l’avenir des mutations dans ce qui était fait, et des conséquences nécessaires dans ce qui vient de l’être.
Régulatrice de l’Univers, or— donnatrz’ce de ses lois, rien ne pourrait lui résister, si, émue par le seul amour divin, elle agissait d’accord avec lui. Le courant divin qui coule en elle intérieu rement, projeté dans sa pureté intégrale sur le miroir ' de la Destinée, aurait pris forme, se serait individua lisé pour ainsi dire et, grâce à la réfraction, lui serait revenu intelligible par la perception extérieure des sens.
Le monde sensible n’était plus que la représen tation, rendue explicable au monde intellectuel, de chacun des attributs du monde divin; etl’homme per sonnifiait le Verbe même de Dieu (1) , image de la
LA FAUTE D’ADAM ‘ 3n ‘.2‘w‘i:.'a Divinité puisqu’il était le récipient de la sagesse ou de la science (n), et sa ressemblance puisqu’il était le récipient de l’amour ou de la vie (5). L’actif agissant sur le passif crée le fait. Le principe agissant sur la loi crée le phénomène. L’homme agis sant sur la femme donne l’enfant.
« Ensuite il traça, Ihoah, Lui-les—Dieux, une en ceinte organique dans la sphère de la sensibilité tem— porelle extraite de l’antériorité universelle des temps; et il y plaça ce même Adam, qu’il avait formé pour l’éternité.
« Ordonnant à l’élément Adamique de faire croître toute espèce de substance végétative, aussi belle à la vue selon sa nature que bonne au goût; et voulant en même temps que le principe substantiel des vies se développât au centre de l’enceinte organique avec la substance propre du bien et du mal. » (Genèse, U, 8 et 9.) Quelle donc de ces trois puissances a pu engendrer le mal ? Non le Destin à coup sûr, puisqu’il ne crée rien par lui-même.
« Les principes de la matière, déclare saint Martin, tant généraux que particuliers, renferment en eux la vie et les facultés corporelles qui en doivent provenir.
Malgré cette propriété indestructible et innée dans ces principes, ils ne pourraient jamais rien produire, s’ils n’étaient réactionnés et réchauffés par les principes ignés extérieurs, destinés à mettre en action leurs facultés, et cela en vertu de la double loi qui assujettit tout être corporel, et qui préside à tou tes les actions et à toutes les générations de la matière...
3 r 2 L’INITIATION Les formes ne sont que les résultats des principes in nés qui ne peuvent manifester leur action que sous la loi générale de trois éléments, essentiellement diffé rents par leur nature. » Ce n’est pas non plus la Providence, car elle tient de Dieu même toute sa puissance et toute sa valeur.
Le mal n’est rien quand elle règne; sa présence fait disparaître jusqu’à l’idée et aux moindres traces de celui-là qui, dans ses plus grands succès, est toujours combattu et importuné par le secours provi dentiel. Elle est la source unique et intarissable de toutes les lois et de toutes les perfections; il faut que l’ordre qui règne autour d’elle soit « invariable dans sa propre essence ». Reste la Volonté de l’homme.
«Ainsi donc Ihoah, l’Etre des Etres, ayant pris Adam, l’homme universel, le plaça dans l’enceinte organique de la sensibilité temporelle pour qu’il l’élaborât et la gardât avec soin. » (Genèse, II, 15.) Saint Martin nous trace un tableau figuratif de l’état de l’homme universel dans sa gloire: « Il 'n’y a point d’origine qui surpasse la sienne; car il est plus ancien qu’aucun Etre de Nature; il existait avant la naissance du moindre des germes, et cependant il n’est venu au monde qu'après eux.
Sa fonction était, de tout ramener àl’Unite’. Il était muni d’une lance composée de quatre métaux si bien amalgamés, que, depuis l’existence des mondes, on n’a jamais pu les séparer. Une armure impénétrable le vêtait. Il occupait le centre d’un lieu de délices, séjour de son bonheur et trône de sa gloire, d’où il
LA FAUTE D’ADAM 3 1 3 pouvait observer sans peine ce qui se passait autour de lui, heureux et invincible. » (Erreurs et Vérité, ‘ passim.) L’armure impénétrable, àlaquelle Saint Martin fait allusion, ne peut être que l’irradiation divine de l’homme universel et immatériel d’alors, dont l’ex pansion s’opposait à la force astringente du fluide astral.
Quant à la lance composée de quatre métaux, , c’est Moise lui-même qui nous en fournira l’expli— cation, au chapitre Il de sa Genèse: « Cependant une émanation lumineuse, telle qu’un” vaste fleuve, coulait de la sphère sensible pour la vivification de l’enceinte organique; s’y divisait et paraissait au dehors selon la puissance quaternaire multiplicatrice en quatre principes.
« Le nom du premier de ces principes émanés était Phishon, c’est—à-dire la réalité physique, l’être apparent (lumière), et enveloppait toute la terre de Hâwila, l’énergie virtuelle, lieu natal de l’or. « Et l’or de cette terreJà, emblème de la réflexion lumineuse (réfraction du Destin), était bon.
C’était encore le lieu natal de Bédolla, division mystérieuse (monde des formes), et de la pierre Shôâm, subli mation universelle (reflet pur de la Providence par le Destin). . « Le nom du second de ces principes émanés était Gihon (magnétisme), le mouvement formatif; il enveloppait toute la terre de Choush, lefprincipe 1gne. « Le nom du troisième de ces principes émanés était Hiddekel (électricité), le rapide propagateur
3 14 L’1NITIATION mu| servant de véhicule au principe de la félicité.
Le quatrième enfin recevait le nom de Phrath (chaleur), à cause de la fécondité dont il était la source. » (Genèse, II, 10 à 15.) Disposant de la lumière, du magnétisme, de l’électricité et de la chaleur, Adam commandait par conséquent au fluide astral, c’est-à-dire au fleuve de la vie, coulant de la sphère sensible à l’enceinte organique, où prenaient forme les inspirations provi dentielles projetées par la Volonté humaine et fécon« . dées par le Destin .
Fabre d’Olivet, dans sa traduction du Kaïn de lord Byron, donne une explication hardie de la faute d’Adam : « La Vie et la Science, dit-il, sont également bonnes; mais elles demandent à être réunies convenablement, et proportionnées l’une à l’autre.
Quelqu’un enfant jouisse de la vie dès le moment de sa naissance, sa vie encore faible, et pour ainsi dire à son aurore, n’a point assez de vigueur pour résister aux moindres ébranlements du corps et de l’âme qu’elle supportera plus tard. « L’Éternel Dieu avait donné la Vie et la Science à l’homme, mais la vie dans la fleur de l’adolescence, et la science seulement en germe.
Il voulait que l’une se développât avec l’autre, et qu’elles parvinssent en semble à leur plus haut degré de plénitude et de per fection. » Ainsi la conscience de l’homme se serait éveillée graduellement dans chacun de ses atomes qui, tour à tour, auraient appris par la révélation scientifique le ÿ— — A . .-.w.;..-"
LA FAUTE D’ADAM 315 rôle à eux assigné dans l’harmonie universelle; car, à mesure de la pénétration de l’influx providentiel et de sa projection vers la Destinée, les créations de leurs propres pensées s’accomplissant dans le monde astral se reflétaient visibles, et, par la perception extérieure, leur expliquaient l’attribut divin rendu intelligible dans le symbole.
« La race humaine jouissait du jeu libre et complet de la divine vitalité qui rayonnait, suivant sa loi, des replis les plus intimes de l’organisme, vers les sur faces, sans aucun arrêt d’activité.
La puissance gra duellement constructive de cette force divine aurait fait passer la primitive société humaine par une édu cation qui, de l’enfance, aurait abouti à une ado lescence sans souillure d’impureté. » (Laurence Oliphant, Sympneumata.) « Entré dans la vie comme dans l’aurore d’un beau jour, l’homme devait en suivre les phases et se nourrir de l’arbre merveilleux de la science à mesure que la force de la vie lui permettrait d’en digérer les fruits...
Dieu est l’unique indissoluble; l’homme était donc muable, borné, et, de plus, dans la débilité de l’ado— lescence spirituelle. L’Eternel, en traçant son Eden, l’avait bien garanti des atteintes extérieures ; c’était à lui de se garantir des atteintes intérieures. » (Fabre d’Olivet, Kai’n.) (A suivre.) GEORGE MONTIÈRE.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Ë’ÈGYPTBEÛME ËAGÈE (Suite.) Il. -— Divinités. — Leurforme. La même divinité était représentée sous trois formes : A. — La forme humaine avec ses attributs spéo ciaux; B. —-— Corps humain avec la tête de l'animal spé cialement consacré à la Divinité ; C. -— L’animal lui-même avec les attributs de la Divinité même.
Les représentations figurées des divinités sont faites de matières très diverses: argile, cire, bois, terre cuite, crue, vernissée, émaillée, porcelaine, pierres dures, pierres tendres, pierres fines, bronze, argent et or. Les figures et figurines de bois et de bronze sont parfois dorées; souvent elles sont peintes avec les
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 3 r 7 couleurs conventionnelles consacrées, comme nous l’avons dit déjà. Du reste, comme rien n’est laissé à l’arbitraire de l’artiste, on retrouve toujours les mêmes principes et, pour ainsi dire, une unité constante, ce qui permet d’expliquer sans hésitation possible les scènes repré— sentées. Ce qui facilite encore cette interprétation, c’est que les mêmes attributs indiquent toujours les mêmes personnages divins.
Ceux-ci ont beau être très nombreux dans ce qu’on dénomme faussement le Panthéon Egyptien, leurs caractères et attributs permettent toujours de les reconnaître à première vue.
Voici, du reste, les caractères généraux communs à tous les personnages divins : 1° Ils portent à la main la croix ovoïdée (croix anse’e), symbole de la vie en général et de la vie divine en particulier; 2° Le sceptre ; c’est parfois le pedum (bâton re— courbé), ou bien un long bâton surmonté d’une tête de coucoupha, pour les personnages masculins. — Le coucoupha, nous l’avons vu précédemment, symbolise la bienfaisance.
Les personnages divins féminins portent le même bâton, mais terminé par une fleur de lotus ou par la graine de cette plante aquatique. Ces divinités sont assises sur un trône ou debout. Souvent les hommes portent la barbe tressée, tandis que, naturellement, les femmes n’en ont pas. On reconnaît ces mêmes divinités à leurs coiffures spéciales et à d’autres signes particuliers ; nous avons
3 18 L’INITIATION eu et nous aurons occasion encore de parler des unes ' et des autres dans le cours de cette étude. Jusqu’ici les égyptologues qui ont étudié la religion égyptienne n’ont pu le faire avec profit et utilité pour la science, et cela pour plusieurs motifs.
D’abord, parce que le fond de cette religion se cache sous d’obs— curs symboles et sous des mythes profonds que les manuscrits et tout ce qui nous reste de l’Egypte ne permettent pas de pouvoir interpréter d’une manière positive.
Ensuite, parce que tous ceux qui se sont oc— cupés de cette importante question n’ont pas assez confronté les rites, les coutumes et les cérémonies reli— gieuses de l’Egypte avec les mêmes rites, coutumes et cérémonies de l’ancienne religion des Védas; or nous pensons que ce n’est que lorsque celle-ci sera suffi samment connue, que nous pourrons mieux com prendre et interpréter l’ésotérisme de la religion de l‘antique Egypte.
Et de même que certains passages de la kabbala/z, rapprochés de certains textes de la haute Égypte, nous permettent d’heureuses interprétations, nous supposons que laTeligion des anciens Védas, mieux connue, nous donnera la clé de certains points très obscurs de l’égyptologie sacrée.
En résumé, nous pouvons aujourd’hui conclure que l’Égypte croyait à un seul Dieu, enveloppé peut-être à dessein par la caste sacerdotale de formes panthéisti ques et polythéistes ; mais la religion égyptienne est, dans son ésotérisme, un monothéismepur se mani festant dans son exotérisme par un polythe’z’sme sym— bolique. . Cette philosophie religieuse comportait trois divi
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 3 19 sions principales: le dogme ou morale ; la hiérarchie désignant le rang et l’autorité des prêtres ; enfin le culte qui comprenait les fonctions des prêtres, les rites et cérémonies sacrés pratiqués soit en public, soit dans le plus profond secret du sanctuaire. Qu’était encore le soleil pour les Égyptiens ?
Ce n’était pas seulement une planète (1), mais une éma_ nation directe de la Divinité unique; aussi, après Dieu, il était la première divinité, de même que, dans la religion juive, Dieu n’est que le premier des œlohim, qui sont les divinités personnifiant les forces créatrices de l’Univers (2).
Les Égyptiens croyaient, du reste, que cet astre est formé par l'agglomération d’une quantité innom brable de purs esprits, de ceux qui approchent le plus près de la Divinité unique. Ils croyaient que toutes ces émanations, corps très brillants, formaient par leur agglomération la lumière solaire qui a tout créé, tout vivifié et a partout répandu la vie.
Tout existant par cet astre, rien ne pouvant vivre sans lui, il était logique d’en faire la représentation directe du DIEU UN. Quand nous parlerons del’âme, nous démontrerons que la conception du soleil ainsi comprise n’est peut- (1) Dans l’astronomie ancienne, ou nommait planètesles astres errants, par opposition aux étoiles fixes : le Soleil, la Lune. Mercure, Vénus.
Mars, up1ter, Saturne. — Dans l'astronomie moderne la planète est un astre qui se meut autour du Soleil et emprunte de lui sa lumière : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune. (a) RA aurait été chez les Hébreux la manifestation En-boph, la quelle manifestation s‘appelle la Blanche lumière.
Si RA était considéré comme émanation du Dieu unique, Thoth avait un rôle de concilia— teur ; on le nomme souvent Shotcp-Nutcru, c‘est—à-dire « celuiquiunit harmonieusement les divinités n.
3 20 L’INITIATION être pas aussi déraisonnable qu’elle en a l’air de prime abord. Mais dans ce pays si fortement hiérarchisé, le culte ne pouvait ne pas l’être également.
Ily avait donc : 1. — Le Dieu Unique, l’Un inconnu, inconcevable» l’En-Soph de la Kabbalah ; 2. —— Les personnages divins, attributs du Dieu Unique; 3. — Les animaux divins symbolisant les attributs des personnages divins, c’est-à-dire symbolisant les attributs des attributs du Dieu Unique.
Ajoutons que, dans tout ce qui va suivre, le lecteur devra considérer les mots : Dim’nite’s, Personnages divins. non comme des synonymes de Dieu, mais comme des intermédiaires entre Dieu et l’homme.
Si nous employons le mot Divinités, c’est parce que nous n’avons pas d’autres expressions pour remplacer ce terme que l’usage a consacré ; mais il demeure bien entendu que Dieu seul est Dieu et que les Divi— nités sont les premiers purs esprits, ses intermédiaires, ses ministres, ses agents actifs et obéissants, si l’on veut. lll. —- Les mythes et les Symboles . 1. Le Soleil.
L’un des grands mythes égyptiens, le plus grand même pourrions-nous dire, c’est le Soleil (Ra) ou Phre, qui se lève à l’est sous le nom d’HORUS et se couche à l’ouest sous les noms de ATOUM ou TOUM et de Aw. — Ce dernier, dit soleilnoc turne, signifie, en égyptien, chair, matière animale,
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 321 parce qu’il est le prototype des évolutions mystérieuses de la matière organique entre la mort et le retour à la vie. A111 est représenté avec une tête de bélier. L’espace de ciel compris entre l’est et l’ouest repré— sente l'hémisphère inférieur, que traverse le soleil nocturne pendant les douze heures de la nuit. 2. Ammon-Ra.
Ammon signifie, en égyptien, caché, invisible, mystérieux, et Ra signifie, nous ve nons de le voir, Soleil; donc Ammon-Ra, personnage divin, représente le Dieu invisible, mais qui se rend cependant visible aux hommes sous la forme du so— leil. C’est à Thèbes, à partir de la XI° dynastie, qu’a été adopté pour la première fois le mythe d’Ammon-Ra. 3. Ptah.
Ammon descend de Ptah, c’est-à-dire que dans la généalogie divine le rôle d’Ammon a suc— cédé à celui de Ptah, comme l’indique Eugène Gré baut dans son Hymne d’Ammon-Ra. « En comparant,dit cet au teur (1), les titres de Ptah et ceux qui sont donnés à Ammon, on ne tarde pas à s’apercevoir que, si ces deux dieux possèdent chacun les mêmes attributs, ils se distinguent cependant par leurs actes. Ptah agit avant et Ammon depuis la créa tion.
Ptah représente Dieu dans son rôle d’Etre, qui a précédé tous les êtres; il crée bien les étoiles et l’œuf du Soleil et de la Lune ;'il semble préparer la matière, mais là s’arrête son action ; là aussi commence celle d’Ammon. Ammon organise toute chose, il soulève le ciel et refoule la terre, il donne le mouvement aux (1) Hymne à AmmomRa des papyrus du musée de Boulaq; x br. iu-8, Paris, 1873 . . 11 O
322 L’INITIATION ._. _,. ..m choses qui existent dans les espaces célestes; il pro— duit tous les êtres, hommes et animaux, et le mot qui marque cette production (keman) est le même qui sert à désigner les productions de la terre.
Enfin, après avoir organisé tout l’Univers, Ammon le maintient chaque jour par sa providence, chaque jour il donne au monde la lumière qui vivifie la nature, il conserve les espèces animales et végétales et maintient toute chose. » Ptah est le dieu suprême de Memphis; ses repré sentations figurées sont fort diverses: dans son rôle de Ptah-Patêque ou Embryon, il est coiffé du scara bée, symbole de la transformation, il foule aux pieds le crocodile qui est l’emblème des ténèbres ; dans son rôle de Ptah—Sokar—Osirz‘, il est représenté sous la forme de momie, parce qu’il symbolise la force inerte d’Osiris qui va se transformer en soleil levant.
4.. Les triades. Quel est le point de départ de la mythologie Égyptienne P C’est la Triade formée des trois parties d’Ammon-Ra, savoir: Ammon (le mâle ou le Père), Maut (la femelle-et la mère) et Khons (le fils enfant). La manifestation de cette triade sur la terre se résout en Osiris, Isis et Horus; mais dans cette triade la parité n’est pas complète, puisque Osiris et Isis sont frères.
A Calapsché au contraire, comme nous allons le voir bientôt, nous avons la triade finale, c’est—à-dire celle dont les trois membres se fondent exactement dans trois membres de la triade initiale. Horus, en effet, y porte le titre de mari de sa mère, et le fils qu’il a eu de celle-ci se nomme Malouli. I "'“‘°"MÆ"WŒWWŒ"W‘T‘”W
L’ÉGYPTOLOGÏE S‘ACRÊE 3 2 3 « C’est, nous dit Champollion (I), le dieu principal de Kalapsché, et cinquante bas-reliefs nous donnent sa généalogie.
Ainsi la triade finale se formait d’Horus, de sa mère Isis et de leur fils Malouli, personnages qui rentrentexactement dans la triadei‘nitiale Ammon, sa mère Maut, et leur fils Khons. » Chaque nomea ou province avait sa triade, et chaque temple était spécialement consacré à l’une d’elles, qmlquef0isà deux, comme au grand temple d’0mbos par exemple.
Chaque triade résidait dans la moitié du temple divisélongitudinalement ; à droite c’était: Sawek—Ra (la forme primordiale de Saturne) à tête de crocodile, de Hathor (Vénus Égyptienne) et de Khons-Hor; à gauche étaient: Aroëris, la? déesse TséL nonoufré et leur fils Pnethevo.
Le temple de Calapsché en Nubie montrait autre» fois, au dire de Champollion le jeune (2), une nou— ,velle génération de dieux qui complétait le cercle des formes d’Ammon—Ra, point de départ de toutes les essences divines. Ammon-Ra, l’être suprême et pri mordial, est qualifié de mari de sa mère, de Maut; «. sa portion féminine renfermée en sa propre essence à la fois mâle et femelle, ’Apcevo’03Àuç.
Tous les autres dieux égyptiens ne sont que des formes de ces deux ’ principes constituants, considérés sous différents rapports pris isolément; ce ne sont que des pures abstractions du grand Etre. Ces formes secondaires, tertiaires, etc., établissent une chaîne ininterrompue Il) Lettres d‘E pte. (z) Xbid., 27 j:fii"lrier 1829.
3 24 L’INITIATION <... r— qui descend des cieux et se matérialise jusqu’aux incarnations sur la terre et sous forme humaine.
La dernière de ces incarnations est Horus, et cet anneau extrême de la chaîne divine forme sous le nom, d’Ho rammon, l’ome’ga des dieux, dont Ammon-Ra (le ‘ grand Ammon) est l’alpha. » Nous ne pouvons, dans une étude si abrégée, passer ‘ longuement en revue tous les mythes de l’Egypte, le lecteur le comprend; mais nous donnerons ci-après les principaux, et, pour mettre quelque ordre dans notre nomenclature, nous les classerons à partir d’ici alpha bétiquement.
5. Aah est le dieu Lunus; il préside au renouvel lement, au’rajeunissement, à la renaissance. 6. Ait/2er. Ce terme signifie littéralement abîme du ciel; c’est le nom (nous l’avons déjà vu) du fluide primordial, le principe créateur de toutes choses, père de toutes les divinités. ‘ 7. Amen-t.
Cette déesse est une forme de Maut, c’estle second membre de la seconde triade thébaine qui comprend Ammon générateur, Amen-t et Her-ka. (Ne pas confondre, à cause de la similitude de nom, cette déesse avec celle de l’amentz’.) — Amen-t porte le titre de celle qui réside à The‘bes. 8. Anhour. Le nom de ce dieu signifie celuz quz amène le ciel ; c’est une forme du dieu solaire Shou.
On le représente debout vêtu d’une longue robe, dans l’attitude d’un homme qui marche; sa coiffure est une perruque surmontée de l’Urœus et d’un bouquet de quatre plumes. Il tient dans sa main une corde, allu sion à son rôle de conducteur. . Wh—M- 44....
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 325 9. Anis, Anouké, troisième membre de la triade nubienne : Noum, Sati, Anouké; on représente Ank avec une figure humaine, coiffée de la couronne blanche et d’un bouquet de plumes. 10.
Anta, déesse guerrière d’importation asiatique comme Bâl, Soutekh, Astarté, Reshep, Bès et Ran nou; on la représente assise coiffée de la mitre blanche, ornée de deux plumes d’autruche; dans sa main droite, elle tient une lance et un bouclier, de la gauche une massue; c’est, on le voit, une sorte de Mi— nerve. Les représentations de cette déesse sont extrêmement rares.
Toutefois, les divinités d’impor tation asiatique ou africaine que nous venons de nommer symbolisent la fureur guerrière. Il. Anubis. Son nom égyptien est Anêpou; ce Dieu est fils de Nephthys et le dieu principal de plusieurs nomes (provinces) de la haute Égypte.
Il préside à l’ensevelissement, aussi le représente—t—ori souvent penché sur le lit funèbre et entourant de ses bras la momie; il a la tête de chacal sur un corps humain et il porteles titres suivants : Chefde sa mon tagne, c’est-à-dire de la montagne funéraire, Maître des ennemis, Vainqueur des ennemis de son père Osi— ris, car il passe aussi pour le fils d’lsis, présidantà I’embaumement, enfin le Guide des chemins, car en préparant au mort son voyage dans la vie extra— terrestre, il luifraye les chemins de I’amentz’.
12. Apophz‘s, en égyptien Apap, est un grand ser pent qui personnifie les ténèbres ; il symbolise égale ment la sécheresse et la stérilité; c’est en un mot le génie du mal. Le chapitre XXXIX du Livre des Morts,
326 L’INITIATION dont nous parlerons plus loin, et dont le titre est: « Faire obstacle à Rebref », nous raconte la lutte du: bien, du Soleil contre Apap; lutte dans laquelle le Soleil levant (Horus) doit combattre dans l’Hémi sphère inférieur , afin de pouvoir paraître après sa victoire à l’Orient. Ce combat avait, dit-on, lieu pendant la septième heure de la nuit. 13.
Astês, dieu dont l’identification est peu connue; il a présidé aux chemins des morts. Il en est question dans le Livre des Morts (chap. xvn, xvm, CXLV, etc.). r4. Athor, Hatkor, noms de la déesse qui persom nifie l’espace céleste que parcourt le Soleil et dont Horus (Soleil levant) symbolise le départ à l’Orient.
Ce nom signifielittéralement demeure du soleil; d’où son rôle de mère du Soleil (d’Horus) symbolisée par la vache Isis sous les traits de laquelle on la reprë sen-te, allaitant son enfant. On nomme également Athor, Noub qui veut dire ‘Or, nous l’avons déjà vu(r). On nomme donc aussi cette divinité déesse de l’or, à cause des reflets du ciel à l’0ccident au coucher du soleil (atoum). r5.
Basf, déesse àtête de chatte, une des formes de Sekhet; on la nomme aussi Beset. i6. Bouto, Ouadj, une des formes de Sekhet qui symbolise le Nord, comme la déesse Nekheb symbo— lise le Midi. > :7. Harpocrat‘e. Horns, désigné sous ce nom, est considéré comme le fils d"lsis et d’Osiris et successeur (1) N° 5, fiîv. der., p. r42, fig. 5.
L’ÉGYPTOLOGLE SACRÉE 3 2 7 de son père; c’estla traduction grecque du terme égyp— tien Har—pa—krat, qui veut dire Horus enfant (soleil levant). . 18. Har—Shewz‘, littéralement le supérieur de l’ar— deur guerrière, et très waleureux par conséquent; c’est Horus guerrier. —— Dans son Traité d’Isis et d’Osiris, Plutarque nomme ce Dieu ‘Apo‘ottp‘hç, c’est—à— dire dont le nom sighifie yaleur. 19. Horammon.
Forme d’Harpocrate ou d’Horus enfant (Ammon) qui symbolise la faculté qu’avait ce dieu de s’engendrer lui—même et de devenir son propre fils. 20. Horus. La mythologie égyptienne comporte plusieurs Horus: Horus enfant ou Harpocrate, nous venons de le voir; Horus l’aîné ou Haroëris, celui—ci né de Seb et de Nout et frère d’Osiris; il se nomme Ounnowré, c’est—à-dire être bon; il est alors considéré comme fils et vengeur de son père Osiris.
Mention nons également Hor-sam—to—ui ou Har-makhis, qui signifie Horus des deux horizons. 21. Im/zotep, dieu de la médecine, fils de Path. On le représente assis et tenant sur ses genoux un papyrus déroulé (volumen) ; il est coiffé d’un serre— tête, vêtu de la robe longue et chaussé de sandales. 22.
Isis est un des grands mythes de l’Egypte; c’est la femme et la sœur d’Osiris, dont elle avait réussi à retrouver et réunir les membres après la lutte d’Osiris et de Set. Par ses incantations, Isis était parvenue à rappeler Osiris dans son corps, et dès lors il ressuscita et devint Horus, c’est—à-dire fils d’lsis. Dans ce rôle, on la confond avec Athor et en la C ,_«‘,»%:» .«. , WM-«V—N .,‘._,‘M,_Nm a... \_W_Nw“.--waw
328 L’INITIATION représente allaitant son enfant. C’est de son rôle de résurrectrice que dérivent ses fonctions funéraires; on la voit alors soit pleurant Osiris, soit au pied du sarcophage de celui—ci, ou bien encore couvrant de ses ailes en signe de protection Osiris.
Un papyrus du musée de Berlin, publié par M. J. de Horrach (1), n’est qu’une sorte de recueil des Incantations récitées par Isis et Nephthys qui aide la première dans sa tâche de ramener Osiris à la vie. Isis est aussi le symbole de la terre féconde et l’image du Soleil levant (Horus).
Voici comment Apulée (2) la fait elle—même se dé finir : « Je suis la nature qui créa tout, la maîtresse des éléments, la première source des siècles, où tout commença et la plus puissante des divinités. » Une inscription de son temple à Saïs la définit mieux encore, suivant nous.
Cette inscription nous a été conservée par Plutarque; la voici : « Je suis ce qui a été, ce qui est, ce qui sera; et nul mortel n’a soulevé mon voile. » ' Diodore de Sicile (3) nous apprend qu’on consa crait à Isis une génisse, parce que l’utile fécondité de la vache était considérée comme un des bienfaits de la déesse. \ D’après Lucien (4,) on croyait que cette déesse pré—’ sidait aux inondations du Nil, qu’elle inspirait les (_1)Les Lamentations d’Isis et de Nephthys, d‘après un manuscrit hié rat1que du musée de Berlin publié en fac-simile avec traduction et ana lyse. l br. in—4, 2 pl.; Paris, .866. (2) Métamorphoses, liv. X], 7. (1‘) Liv. I. (4) Dialog. Deor., Il], n.
L’ÉGYPTOLOGIE SACR ÉE 329 vents et protégeait les navigateurs. Ce rôle de protec trice des navigateurs a aussi un sens mystique qu’une légende gravée sur un sarcophage du musée du Louvre nous fait comprendre ; cette légende explique le sens de l’action d’lsis et de Néphthys, sa sœur, qui tendent des voiles enflées, symbole de l’haleine vital.
Voici la traduction : « Je viens à toi, dit Isis, je suis près de toi pour donner l’haleine à tes narines, pour que tu respires les souffles sortis du dieu Ammon ; pour réjouir ta poitrine, pour que tu sois déifié; que tes ennemis soient sous tes sandales et que tu sois justifié dans la demeure céleste. » 23.
Jou-s—aas, déesse, fille de Ra, dont le nom signifie la grande qui arrive; le rôle de cette déesse est, comme son nom même, des plus mystérieux; on ne voit que de très rares représentations de cette déesse, qui porte la coiffure d’lsis et d’Athar. Nous pensons que c’est une des formes d’lsis. 24..
Khem, dieu ithyphallique qui représente la Di— vinité dans son double rôle de père et de fils : comme père, il est appelé mari de sa mère, les textes égyptiens emploient même un mot plus réaliste; comme fils, il est assimilé à Horus.
Ce dieu symbolise la force géné ratrice, principe des naissances et des renaissances et survivant à la mort, mais stationnant un certain temps dans un état d’engourdissement, qu’elle ne parvient à vaincre que quand le dieu a recouvré l’u sage de son bras gauche; car nous devons ajouter qu’on représente Khem ou Ammon générateur debout, le bras droit élevé dans l’attitude du semeur, tandis que le bras gauche est envelop‘é, comme tout son
330 L’XNITIATION corps, à la manière des momies ; seul le bras droit est dégagé, tandis que le gauche est censé serré sur le corps, par les bandelettes, ce qui explique très bien le passage du chapitre cr.vm du Lz'rre des Morts dans lequel le défunt s’écrie : 0 mon père, ma sœur, ma mère Isis! je suis dégagé de mes bandelettes, je vois et il m’est accordé d’étendre le bras (le bras gauche).
Khem symboliserait aussi la végétation, d’après quel ques archéologues; nous ne pouvons rien dire à ce sujet. Son rôle de générateur au contraire est incon testable, car les représentations ne permettent pas de le mettre en doute. Nous n’en dirons pas davantage à cause de nos lectrices. MARCUS DE VÊZE. (A suivre.) ' Êœmmie palitique ET SCIENCE OCCULTE (Suite) Nous voyons donc une première conséquence fatale de cette confusion des appareils.
Tout ce qui se passera dans la production agira sur la consomma tion, qui devra réagir à son tour sur la vente et par conséquent sur la production. 7v»..- .,
I ÉCONOMIE POLITIQUE 33 1 Connaître le sort de la production, c’est connaître la vie économique de toute la société. Il n’est pas nécessaire d’être un économiste distin gué pour connaître les tendances de la production actuelle. Tout le monde sait que sa loi est la concur— rence; sa devise: « struggle for lz’fe ».
C’est en vertu de ces deux principes que chaque branche de la production sociale tend à se concentrer dans un nombre d’individus de plus en plus restreint. Les grands capitaux, les merveilles de la science permettent à quelques-uns de suffire presque à la consommation générale et de la satisfaire à des prix qui défient toute concurrence. Mais c’est le progrès ! dira—t-on.
Les besoins sociaux sont satisfaits avec moins de travail et à meilleur compte, que peut-on désirer de mieux ? C’est en effet le raisonnement que se tiennent la plupart des économistes. _ Réfléchissons un peu.
Suivons attentivement le phénomène dans toutes ses phases, et, loin de trouver en lui la manifestation du progrès , la preuve de la marche de la société vers un avenir meilleur, nous y trouverons la réponse à cette terrible énigme gravée sur le front de la société: Pourquoi le perfectionnement des moyens de produc— tion, les conquêtes incessantes du travailleur sur la na ture? Le progrès, en un mot, est-ilincapable d’éteindre le paupérisme? Pourquoi P Ah ! mon Dieu, la réponse est bien simple, elle est naïve presque : C’est parce que le pro
3 3 2 L’INITIATION grès ne profite qu’à quelques-uns et ne peut profiter qu’à eux. Que deviennent les vaincus de la concurrence ?
Ils portent leur industrie ailleurs, disent tranquillement les économistes! — Et s’ils sont ruinés ! et si tous les moyens de production sont accaparés, si partoutla lutte est acharnée, que vont-ils devenir ? — Ils vont aller grossir la masse de ceux qui louent leur force de tra vail moyennant un salaire, moyennant une somme de monnaie qui, elle aussi, subit la loi de l’offre et de la demande de la marchandise humaine.
Le rapport de leur travail avec la monnaie est mo difié, et leur consommation doit l’être. Rappelons ici ce que nous avons dit tout à l’heure sur l’action et la réaction de la production et de la consommation l’une sur l’autre. Montrons l’aspect général de la concurrence dans toute l’économie et voyons ce qui va se passer.
Partout nous voyons la lutte pour la monnaie faire une œuvre de sélection. — Partout nous voyons les producteurs les mieux armés pour la lutte rendre la concurrence de plus en plus difficile aux faibles, —— réduire de plus en plus leur vente, c’est-à—dire leur rapport avec la monnaie, et par conséquent diminuer d’autant leur consommation.
La loi de chaque organe est l’écrasement du con current; or en détruisant un concurrentle producteur détruit le consommateur, dont d’autres producteurs attendaient la monnaie. Dans chaque organe de production quelques cel lules s’engraissent aux dépens des autres et détruisent .......a. m*‘
ÉCONOMIE POLITIQUE 3 3 3 les éléments nécessaires au développement de l’or gane tout entier. Voilà pourquoi la loi de la concur rence n’est pas une loi de progrès social ; voilà pour quoi on se trompe quand on croit que du struggle for lz'fe naîtra la solidarité.
Les moyens de production se perfectionnent, les prix tendent à baisser, mais ceux-là seuls qui sont vic— torieux dans la lutte en bénéficient ; les vaincus sont rejetés comme des scories inutiles. Mais ces vaincus sont des contribuables. Que va de— venir l'impôt P Leur richesse faisait la richesse de l’Etat, leur ruine ne fera-t-elle pas sa ruine ?
Nous savons qu’aujourd’hui déjà l’Etat remédie à l’insuffisance de l’impôt par des emprunts annuels d’environ 600 millions. Or, la concurrence vient d’entrer à peine dans sa phase destructive !
Je vous laisse le soin de conclure ! * 44 Telles doivent être, selon nous,les conséquences des trois infractions à la loi de l’organisme que nous avons constatée: le travail égoïste, la production anarchique et la confusion de la production et de la circulation dans la société. Fidèle à notre plan , nous devons maintenant essayer de prouver que ce n’est pas là un mauvais rêve.
Vous avez malheureusement trop souvent sous les yeux, Messieurs, la confirmation de ce triste dia gnostic. La naissance presque subite de fortunes énormes, l’opposition de ces fortunes aux misères les plus noires, qu’est-ce autre chose que la conséquence
3 3 4. L’INITIATION de l’égoïsme dans le travail et de la lutte des intérêts ? Les crises générales, les grèves et les craks, qu’est-ce autre chose que la conséquence de l’anarchie écono— mique?
Enfin, l’écrasement lent des petits vendeurs par les grandes sociétés et les grands magasins, le développement des Syndicats : syndicats des métaux, syndicats des sucres, des blés, etc., qu’est-ce autre chose que la première phase de la période meurtrière de la concurrence que nous avons fait prévoir ?
Si nous cherchons dans les théories politiques et sociales, nous voyons qu’elles abondent celles où le cri d’alarme est poussé. -— Les socialistes et les com munistes de tous les temps, depuis Platon jusqu’à Karl Marx et Lassalle, ont déclaré qu’un vice de cons titution minait la société; mais, ignorant sa véritable nature, incapables d’en saisir toute la complexité , ils ont été mal inspirés pour la plupart dans le choix des remèdes qu’ils proposaient.
Les « struggle-lifers » les ont traités d’utopistes ou de révolutionnaires, et la société a continué sa marche boiteuse. Il nous reste à examiner la poitrine et la tête. J’ai bientôt fini. Nous savons, en effet, que les organes qui dans l’homme constituent la poitrine n’existent pour ainsi dire pas dans la société.
Les rudiments d’appareil de circulation et de grand sympathique que nous avons montrés, d’une part, dans les lois et règlements divers qui essaient de cor— riger les dangereux effets de l’individualisme écono mique, d’autre part dans l’autonomie de diverses administrations locales , impuissants à établir
ÉCONOMIE POLITIQUE 3 3 5 l’harmonie entre les principes opposés , vont évidem— ment épouser leurs querelles et présenter les mêmes caractères de dualisme que nous avons rencontrés partout. —Les revendications véhémentes auxquelles donnentlieu l’intervention ou la non-intervention de l’Etat dans l’ordre économique, l’hostilité bien con nue des autorités locales et de l’administration cen trale, nous en offrent une preuve indubitable.
Si maintenant nous cherchons dans les théories en cours une dernière confirmation, nous voyons que tous ceux qui demandent la décentralisation adminis trative, tous ceux qui demandent l’organisation, la socialisation du travail ne demandent pas autre chose que l’application à la société de la loi de l’organisme humain.
Le cœur se serre cependant lorsque l’on voit que ces deux réformes ‘solidaires, complémentaires, se ratta chent parfois à des théories politiques diamétralement opposées, Quelle profonde ignorance de la cause du mal social cela ne révèle-t-il pas l Les conséquences des différentes infractions que nous avons constatées dans la tête ne nous retien dront pas longtemps.
En effet, des trois que nous avons constatées : La sécrétion particulière dont le cerveau social est le produit, sa nutrition spéciale au moyen de l’impôt, l’action de la volonté sur le grand sympathique, c’est-à-dire la centralisation administrative, deux déjà_ont été examinées chemin faisant. Nous sa_vons le sort qui est réservé à l’impôt, nous connaissons les effets de la centralisation adminis
3 36 L’INITIATION trative ; il ne nous reste plus qu’à examiner comment va se comporter la volonté sociale. Emanée de toutes les couches d’une société que nous venons de voir en proie à une lutte acharnée, soumise périodiquement à l’action de toutes ces volontés individuelles afl'olées par la concurrence, la volonté sociale ne doit évidemment pas jouir d’une grande lucidité.
Les troubles politiques auxquels nous assistons nous donnent des preuves trop fré quentes et trop tristes de son égarement pour que j’insiste. Notons seulement que les polémiques que soulève le suffrage universel tel qu’il est constitué aujourd’hui sont encore une reconnaissance tacite de la loi uni— verselle et passons.
Privé d’organes analogues à ceux que nous avons constatés dans le cerveau de l’homme, récepteur,con densateur, distributeur, le gouvernement ne peut être sain. Les crises ministérielles auxquelles nous assis« tons tous les dix mois, une récente crise présiden tielle prouvent bien qu’il y a un vice de constitution quelque part. La chute de tous les gouvernements qui se succèdent en France depuis cent ans montre, hélas! que personne ne le connaît.
Tel est le diagnostic que nous rédigeons à la lu mière de l’analogie, je le livre sans plus de commen taires à vos méditations.‘ Résumons-le en deux mots : La société est en proie à la lutte de deux principes opposés qui cherchent en vain leur équilibre : le principe d’autorité et le principe de liberté. L’Etat
ÉCONOMIE POLITIQUE 337 d’un côté, l’individu de l’autre ; les vicissitudes de la bataille, la font osciller entre la dictature et l’anarchie. Ignorant la loi d’Harmonie, les ambitieux veulent s’emparer du pouvoir ; mais quand, après des luttes sans nombre, des serments violés et des détections, ils parviennent enfin à ce pouvoir tant désiré, la Loi de mort qu’ils ont eux-mêmes générée se dresse tout à coup devant eux et les terrasse sans pitié.
Au-dessus de toutes les compétitions, au—dessus de toutes les intrigues, la vieille Science Occulte des sanc tuaires de Memphis et de Thèbes trône impassible, formulant pour ceux-là seuls qui savent le compren— dre la Loi : Tout travail égoïste d’un individu_ ou d’un peuple conduit cet individu ou ce peuple à la mort I L’AI truisme et la Fraternité ne sont pas des rêveries philo— sophiques!
Messieurs les gouvernants, vous en avez la preuve tous les six mois ! Voilà comment la Théosophie prouve la réalité scientifique et sociale de ses enseignements ; sachons les comprendre , et l’avenir s’ouvrira magnifique et radieux pour l’Humamte’ régénérée par la véritable et universelle loi d’Harmome : LA CHARITÉ. JULIEN LEJAY. (Fin.)
î 1 " . i PARTIE LITTÉRAIRE Œ’Œtt. en annexe A l'Esrmr incarné dans la personnalité de M. Camille Flammarion. I — Pardon, dit l’interne, il s’agit d’un cas pressant. Promenez-vous dans le jardin; je viendrai vous re— prendre pour visiter la salle des épileptiques. Il faisait chaud, la chaleur blanche de ces jours d’automne qui se lèvent sur la rosée et se couchent dans le brouillard.
En face de moi, l’établissement allongeait à l’infini son ennuyeuse symétrie de caserne ou de château royal. Je bâillai et je tirai un cigare de mon étui. —- Voulez-vous du feu? Je me ferai un plaisir de vous en offrir. Un petit vieillard fraîchement rasé, d’allures lestes, sorti tout à coup du massif de rhododendrons, me tendait une boîte d’allumettes.
L’OEIL DU DRAGON 339 L’apparition fut si brusque que je tressaillis comme à l’explosion inopinée d’un pétard. — Ne craignez rien, monsieur; quoique pension— maire de la maison, je ne suis pas un fou redoutable. Tout au plus a—t-on pu m’accuser d’un peu de mono— manie. Après m’avoir entendu, vous me direz si ce reproche est mérité. .
Je reculai jusqu’au milieu de l’allée, tenant toujours sous mon regard cet homme, qu’à cause de son ta— blier bleu à grande poche je prenais pour un vieux jardinier. Le soleil le frappant en plein visage, il fronçait le sourcil pendant que des petites plissures se formaient à l’angle des yeux demi-clos. Il porta vive— ment le bras en l’air pour se garantir et comme il tenait une bêche, le fer brilla en décrivant près de moi un demi—cercle rapide.
Un sourire légèrement gouailleur retroussa sa lèvre. — Vous pensez bien, monsieur, qu’entre les mains d’un de nos aliénés de catégorie dangereuse, cet ins trument de travail pourrait devenir une arme terrible. En me le confiant, l’administration me délivre un certificat d’innocuité. ' Le vieillard s’était arrêté à quelques pas de moi, les deux mains appuyées sur le manche de sa bêche. Il conservait une immobilité de bas—relief.
D’un voix claire, s’exprimant avec l’aisance d’un homme du meilleur monde : —— C’est, dit-il, par hygiène que je prends quelque exercice en maniant un outil avec lequel mon éduca tion première ne m‘avait pas familiarisé. Chez lui, le geste rapide, et même brusque, ne
340 L’INITIATION trahissait aucune incohérence; mon interlocuteur semblait parfaitement sûr de la direction de ses mou vements. Il était bref de stature, avait la face sanguine, pleine, à peine ridée, et portait des favoris blancs tenus courts de même que les cheveux; ils semblaient peints sur une statue de terre cuite.
Ses yeux de nuance grise, vifs, petits, s’enfonçaient profonds sous l’arcade, surmontée, elle-même, de sourcils très épais, rudes, et dont la couleur se main tenait foncée. Ces yeux me parurent un peu trop rapprochés du nez, mais je n’y remarquai pas le regard trouble, vide, qui fait pressentir un dérangement des facultés men tales.
Sous leur expression très douce, indiquant une résignation fataliste, on sentait un dédain quelque peu ironique. —— Allumez donc tranquillement votre cigare et asseyez-vous là. Il me guida vers un banc circulaire adossé au tronc d’un araucaria déjà majestueux. — Nous serons bien pour causer en attendant le retour de l’interne, aimable jeune homme, excellent garçon quoique les théories de son école lui aient ra corni le cerveau.
Pas d’ampleur dans les idées. Ainsi il vous dirait que je suis atteint de conceptions déli rantes..... Conceptions délirantes! encore un de ces mots que les ignorants inventent pour désigner toute opération de l’esprit dépassant leur compréhension! Mon Dieu! monsieur, le fait est que je suis ici parce que ma famille veut s’engraisser avec le peu ... ... . -...h
L’ŒIL DU DRAGON - 341 d’argent qui me reste. Elle trouve cela plus pratique que de me le laisser gaspiller dans des voyages perpé tuels dont on ne comprend pas le but. Voilà le motif réel de mon internement. Si valable qu’il soit, pour en adoucir l’égoïste brutalité, il fallait I’envelopper d’un prétexte comme on revêt l’amande de sucre en fabriquant une praline. Afin de justifier ma réclusion, on a donc recouru aux conceptions délirantes.
Vous allez savoir en quoi celles—ci consistent. Célibataire, ne devant rien à personne, j’ai fait de grandes dépenses pour chercher certaine cuirasse con sidérée comme le chef-d’œuvre de Giorgio Staccone. -— Innocente petite manie d’archéologue! dis—je avec un sourire conciliant, plein d’indulgence. —— Non, monsieur, je ne fais pas collection d’armes antiques. Cette cuirasse, ou plutôt ce corselet, a pour moi un intérêt tout particulier.
Vous le comprendrez en apprenant que je l’ai commandée et que j'en ai moi-même surveillé l’exécution à Milan , pendant l’hiver de 1527. -— Ah ! diable! Je me levai d’un bond en écrasant un gros escargot sous le pied. Par un geste très doux mais plein d’autorité, le vieillard me força de me rasseoir. —— Oh! monsieur, gémit-il, vous aussi, vous qui m’inspiriez confiance!
Tout en conservant sa placidité, son regard s’était fait si douloureusement suppliant que je fus ému. Sa lèvre inférieure s’allongeait et son menton tremblotait comme celui de l’enfant qui va pleurer.
342 L’INITIATION -— Vous ne connaissez donc pas, ne fût-ce qu’à titre de bizarrerie, la théorie des incarnations successives ? Je dis avoir vécu sous François 1“. Si je me sentais incapable de démontrer clairement ce lait, je ne me permettrais pas de vous l’affirmer. J’ai, il est vrai, des convictions que la majorité des hommes ne partage pas. Est—ce une preuve absolue de démence? Allons donc! Pourquoi ce regard inquiet et méfiant?
Vous me feriez douter de ma propre raison. Je veux cepen dant croire à la plénitude d’une lucidité que tant d’épreuves n’ont pas ternie. Or çà, voyons, monsieur, vous m’accorderez bien que, prise en masse, l’humanité se compose d’imbé ciles et que ceux—ci ont établi un niveau d’idées vulgaires, de préjugés étriqués, de grosses maximes niaises dont l’ensemble est intitulé: « Bon sens ».
Au-dessous de ce niveau végètent les idiots, au dessus planent les fœs. Eh bien, je me flatte d’être au-dessus de vous aussi, je l’espère. La ligne de démar cation est aussi arbitraire que mobile, je dirai même qu’elle n’existe pas. Ce n’est, à proprement parler, qu’une nuance et chacun l’aperçoità traversdes lunettes diversement colorées. Monsieur, monsieur, de grâce une petite demi heure d’attention. Quand vous m’aurez entendu, vous me jugerez. Prenant mon silence pour un acquiescement, le bonhomme commença.
L’OEIL DU DRAGON / 343 Il — Par une accablante soirée de juillet, je rentrai harassé chez moi.M’étant jeté sur mon canapé, je m’y assoupis presque aussitôt. Le jour mourant laissait traîner des lueurs qui se cramponnèrent aux angles des meubles. Je tenais les yeux fixés sur mon secrétaire tout contre la fenêtre .
Quand ils se fermèrent je continuai à voir les objets garnissant ma chambre, mais ils étaient baignés dans une clarté bleuâtre d’une douceur lunaire. Ace moment la dualité du principe constituant notre être m’appàrut très saisissante, car je me regar dai moi-même étendu sur le canapé tandis que je planais au-dessus. Je me voyais en bas et je me sentais en haut.
Peu à peu la lueur couvrit et voila toute la pièce; elle se transforma lentement en un brouillard très épais qui s’étendit en prenant des proportions d’océan. Et dans la nappe immense ainsi formée il se fit une déchirure au fond de laquelle s’encadrait un paysage. Celui-ci était lointain, minuscule comme ces photo graphiés microscopiques enchâssées dans les menus objets que l’on vend aux stations balnéaires.
Il parut courir sur moi en grandissant à la façon des fantas— magories de lanterne magique. Peut—être est-ce moi qui volais vers lui avec l’allure folle dilo vertige; il me sembla cependant que je ne bougeais pas de place.
344 L’INITIATION Bientôt je fus englouti dans les détails d’une végé— tation qui prenait des proportions naturelles et je me trouvai en pleine campagne. Le brouillard, balayé, laissait reparaître la transpa— rence opaline d’un clair de lune. Je vis autour de moi des herbes sèches, cassantes, très hautes, couchées çà et là comme à la suite de pié tinements désordonnés.
Boursouflée, de distance en distance. par des mon ticules, toujours couverte de sa verdure flétrie, la plaine s’allongeait immesurée hors de portée du rayon visuel. Au—dessus de moi le ciel s’arrondissait plein d'étoiles, mais, vers la gauche, des silhouettes de grands édifices s’enlevaient noirs sur un fond d’in cendie.
Immédiatement à mes pieds, contre un talus très raide, une eau sale, jaune, charriait lentement des cadavres d’hommes et de chevaux. Je me trouvais sous un bouquet d’arbres très touffus; leur feuillage se découpait avec une netteté parfaite contre l’horizon : je reconnus des ormes; Adossé au tronc de l’un d’eux, je regardais obsti— nément la rive opposée. Avec les fiévreux énervements de l’impatience j’at— tendais quelque chose ou quelqu’un.
L’incendie grandissait ; la clarté rouge avait en vahi une moitié du ciel. Un murmure éloigné, sourd, m’arrivait fait de cris d’hommes, de hennissements de chevaux et des bruits de ferraille. r-— -— n »M—»v—-- I
L’OEIL DU DRAGON 345 Vers le milieu du fleuve une touffe de roseaux grêles se penchait et se redressait en tremblotant, prise de frisson à chaque passage de l’eau , et les feuilles s’en trechoquaient en produisant un petit cliquetage monotone. De derrière un tronc incliné sur le fleuve sortit une embarcation frêle et légère qui se trouva aussitôt près de moi. Je sautai dedans du haut de mon talus et je pagayai avec un acharnement furieux. —Oh !
Gemma. Gemma. Ce nom deux fois répété retentit à mon oreille comme si une personne étrangère l’eût prononcé ; cependant j’entendais le son de ma propre voix, mais si altéré, rauque et discordant que j’hésitai à le croire sorti de ma bouche. Le talus de la rive opposée montait à mesure que, en manœuvrant de la pagaie, je me rapprochais de lui. En même temps se dessinait la forme d’une misérable cahute de paysans bâtie avec des roseaux.
Elle avait l’aspect d’une légère éminence sur un océan de roseaux semblables, si bien qu’on pouvait la prendre pour un simple accident de terrain. ° De là sortit une femme eflrayante à force de beauté surhumaine, impossible ; quelque chose d’incréé, une de ces choses que l’imagination se refuse à con cevoir. Elle fit quelques pas vers le rivage. Elle était trop loin de moi pourque, d’après les lois de l’optique, je distinguasse ses traits.
Quoique plongé dans l’ombre, son visage brillait radieux dans un enchantement de lumière. Cette créature semblait pétrie de rayons
346 L’INITIATION comme si, de même que certaines pierres précieuses, elle eût porté en elle un foyer lumineux. Ses yeux, des yeux de statue, n’exprimaient aucune sensation, aucune pensée; rien qu’un calme glacial, une indifférence tranquille. Je reçus un grand coup et je sentis le froid du couteau dont on me frappait au cœur. Je lâchai ma pagaie Aussitôt le batelet tournoya, affolé, m’entraî— nant à la dérive.
' -Plus physiologiste que psychologue, je ne saurais faire l’autopsie de mon âme. Je puis seulement affirmer que mes sensations furent très complexes. Cette Gemma, dont j’étais le bienfaiteur, je l’aimais avec un mélange de fureur et d’adoration ; elle m’hu miliait, me blessait dans mon orgueil. La violence du désir qui me poussait vers elle se compliquait de désespoir et de haine.
J’eusse voulu la mordre, la déchir‘er avec mes dents, et une force me prosternàit devant elle comme aux pieds d’une idole ! Un tronc d’arbre fit chavirer l’embarcation et je coulai à fond. Armé de toutes pièces en plates d’acier, je n’essayai même pas de nager. Oui, monsieur, cette cuirasse à laquelle s’attache tout l’intérêt de ma vie ' a déjà occasionné ma mort. Le remous m’avait poussé du côté de la rive.
Dans un mouvement tout instinctif pour me dé— battre, je me trouvai, pendant quelques secondes, la tête hors de l’eau. La berge, maintenant très proche, était devenue une grande muraille noire barrant l’horizon. Au—dessus Gemma se détachait sur le ciel, si haute, -‘ræu(”-l""nÿ-v:{r>«" .. .. ,..w ... «,13? L.. .. >w——f*-*-,.m. .,....,.,....- _w._,_. -...n,,.r r—,4WT.
L’OEIL DU DRAGON 347 \‘ si haute que sa face semblait monter radieuse dans la constellation des Pléiades. Je fis un effort suprême pour crier encore: Gemma! Gemma ! Aucun son ne sortit de ma gorge. Elle, tou— jours immobile, conservant sa rigidité de marbre, avait un air placidement distrait pendant que je mourais à ses pieds. Le phénomène du dédoublement de la personnalité se représenta alors avec une intensité poignante.
J’agonisais à travers les lentes tortures de l’asphyxie et en même temps je me reconnaissais couché sur mon canapé de la rue de Fleurus. \ C’est là, qu’en effet, je revins à moi, la tête un peu lourde, au moment où les moineaux cessaient de piailler sur les toits; mon absence n’avait duré que quelques minutes.
Quand le narrateur eut fini de parler, je lui dis : —— C’est simplement un rêve que vous me racon tez là. — Oui, monsieur,un rêve tout à fait pareil à. celui que vous faites ici en me regardant.
Encore un instânt d’attention ; pourvu que vous ne soyez pas un maté rialiste, nous allons nous entendre. ., Tout acte visible donne naissance à une image qui s’inscrit dans la lumière et que la lumière emporte avec une vitesse de 75,000 lieues par seconde.
Quand l’esprit, dégagé du corps, vole dans l’espace avec une vitesse égale à celle de la lumière, il assiste aux événe— ments passés aussi clairement que nous assistons, d'une façon matérielle, à ceux de la vie présente. Il y a de part et d’autre un simple phénomène de vision.
348 L’INITIATION Vous comprenez donc que je puis revoir les lieux où j’ai vécu avec les personnes auxquelles s’est heurtée mon ancienne existence. Grâce à F lammarion,l’astronome, certaines choses pressenties intuitivement sont devenues pour moi des réalités qui se formulent avec une précision toute mathématique.
Le vieux fou, tirant de sa poche un petit carnet, chiffra rapidement et me tendit la feuille sur laquelle il avait écrit : « Je suis mort en 1527; nous sommes en 1889. Mon esprit, pour revoir le passé, doit donc se trans porter à environ856,202,400,000,000 lieues de notre planète en traversant l’immensité. » -—— Que ces chiffres ne vous arrêtent pas, ajouta-t-il. Pour les essences spirituelles le temps et l’espace sont absolument chimériques.
Vous saurez plus tard que la vie terrestre etla ma tière sont elles-mêmes de pures chimères, des ombres fuyantes. III 5 Il y eut un silence. La respiration du vieux mono mane était devenue un peu plus hâtée. Il reprit la parole. ——Merci d’avoir bien voulu me suivre jusqu’à pré— sent. Maintenant vous me retrouverez quelques an nées ensuite, vidant un fiascone d’Orvieto à la porte d’une osterz‘a de Ponte-Molle. Les statues du pont dressaient sur le ciel leurs pro fils maigres, grotesques et tourmentés.
î 3 1 'c L’ŒIL DU DRAGON 349 Le soleil disparaissait derrière ces gros nuages de cuivre qu’afl’ectionnait le Poussin. Un souffle d’air lourd passa; il fit onduler les hautes herbes ; le squelette d’un monde mort semblait frémir sous l’immense tapis couleur d’ocre qui recou vre ses ossements.
Je restais là dans une contemplation inerte, sans penser à rien, enveloppé tout entier par l’ennui solen nel pesant sur ce désert jaune qui s’appelle la cam pagne de Rome. Parfois une oppression toute morale, anxiété sans motif, sorte de pressentiment confus, me serrait la poitrine. La sensation des gens nerveux à l’approche de l’orage. Un troupeau de buffles s’engagea sur le pont.
Leurs larges sabots soulevaient une poussière toute ruti lante dans le crépuscule embrasé. Un homme à cheval, armé de sa longue pique, les chassait devant lui en poussant des hurlements de cannibale. Tout couvert de peaux de bêtes, cet homme sem blait un ancien satyre que l’extravagante fantaisie d’un Dieu païen aurait maintenu vivant sous les débris de ce nom de mort.
N’était-ce pas aussi un de ces onocentaures velus, redoutés des anciens, qui galopaient en plein soleil, à travers les campagnes brûlées ‘? Au lieu de suivre la route je longeai le Tibre pour rentrer en ville. Je ne faisais pas mouvoir mes jambes; elles me portaient. Une longue distraction , une
3 50 L’INITIATION inconscience absolue m’avaient rendu incapable de diriger mon organisme. Si je marchai, ce fut par une série de ces mouvements appelés en physiologie des réflexes. Toutà coup je m’arrêtai comme si une main puis sante se fût posée sur mon épaule. Il me fut impos— sible de lever le pied pour continuer. Je dus m’adosser contre un tronc d’arbre et je regar dai autour de moi. Une stupéfaction quasi épouvantée me pétrifia sur place.
Je me frottai plusieurs fois les yeux. J’étais au milieu du paysage de mon rêve. Il renais— sait complet avec la netteté d’une gravure à peine pâlie par le temps. R. DE MARICOURT. (A suivre.) m M! DE ätmu (Suite) La Barricade était belle dans la nuit, avec ses pavés surmontés de la violente couleur occidentale du dra peau des terrassiers; et Tély l’admire: quel bel effort inutile !: et comme il était consolant de songer que
LA LOI DE KARMA 351 tout ce travail avait été accompli par ceux qui allaient être étrasés ici! Ayant distribué des ordres fantaisistes, pareils à ceux qu’un médecin inventé pour amuser la famille d’un moribond, Tély demande à son imagination quelle est la mort réservée à chacun des hommes présents... Un à un périssent les échgs éveillés. .
Toutefois, deux des insurgés discutent encore à . l’écart;l’attitude de leur chef inquiète de plus en plus l’un d’eux: « Enfin, ces mesures qu’il a prises sont ineptes, absolument inutiles! Comment peux—tu être tranquille, toi? Je t’assure, regarde ses yeux... — Bah! » réplique son interlocuteur en lui riant à la barbe.
Et ce scepticisme, encore plus général que le premier doute émis, ne lui laisse rien à répondre; il va s’étendre sur la terre fraîchement remuée, et s’y endort.
Un autre, qui est absolument inconnu du reste de la bande, s’endort aussi peu à peu; mais la conges tion de son visage montre qu’il a pris l’étourdisse— ment dans la bouteille entamée, maintenant couchée sur lui, de sorte qu’une partie du vin se répand sur sapoitrine nue; l’homme n’a guère bu; mais elle vient vite à ceux qui ont l’estomac vide, l’ivresse.
On entend venir par intervalles, du côté le plus sombre, des rires affreux: il y a une femme par là, et Tély compte encore machinalement pour s’occu— perles insurgés qui disparaissent dans cette direc tion: ... seize, dix—sept... Haussant les épaules avec tristesse, il médite, malgré lui, sur cette imbécillité. Heureusement, mieux éclairés, en dessous de la .,..q{a ! , - J > WM.WWm—w—wéww—WW‘
3 5 2 L’INITIATION place où ilse trouve allongé à plat ventre, il y a deux visages plus intelligents et complètement éveillés.
Ce sont deux joueurs qui se disputent, auprès d’une chandelle, l’argent qui leur reste, à coups de cartes: étrangers tous deux, l’un Suédois, l’autre Maltais, ils se comprennent cependant à merveille sur le sens des images qu’ils ont entre les mains; pourtant, ce n’est pas un jeu ordinaire, car Tély a été attiré tout d’abord par l’étrangeté des figures.
« Le Soleil, » dit l’un dans sa langue; « la Lune, » dit l’autre dans la sienne;et ils savent parfaitement qui gagne et qui perd. « Les Étoiles »... ! Tély sourit de trouver l’im mensité tout entière mêlée à la dispute de ces deux hommes au sujet de quelques ronds de cuivre. Et pourquoi pas? se dit-il en manière de raillerie.
Du fond de l'ombre, il s’intéresse à la course des cava— liers, des sabres, des coupes, des rois, des femmes, des images compliquées auxquelles il rattache des souvenirs. Ce bateleur, une main levée, l’autre bais sée, les jambes croisées, reproduit une de ses attitu des favorites. La femme aux grandes clefs, c’est la libératrice imaginée jadis, et de la suivante, intelli gente et anxieuse, le manteau impérial évoque, plus récemment...
Puis il guette au vol les pratiques superstitieuses de chacun des joueurs. « Qui donc, dans l’action, ne fait de même? depuis l’athée priant Dieu sans l’avouer, jusqu’au chrétien à qui sa foi interdit, mais en vain, certaines croyances « absurdes et impies ». Comme on est hypocrite aujourd’hui ! » Mais surtout ce qui l’amuse, c’est l’âpreté concentrée de ces deux hommes
LA LOI DE KARMA 353 à la veille de mourir et jouant avec la ferveur qu’y met un condamné à mort dans sa cellule; c’est qu’il est inévitable que le gain de l’un entraîne la perte de l’autre... Aussi, bien que sans haine et même avec une gratitude réciproque pour la distraction qu’ils se procurent, les partenaires se passionnent,’ en sens ins verse, s’appliquent à mentir de tout leur visage, tri— chent.
A quoi en définitive servira le gain P Quelle pitié! Tély retombe à sa tristesse et, adossé aux pa— vés, ne suit plus qu’avec amertume, sur les murs, les ombres gigantesques des deux joueurs, qui semblent exécuter successivement la pantomime de tous les rap ports humains: transaction, combat, surprise, prière, don, etc. Mais entre ces vaines silhouettes et lui d’autres for mes plus réelles interviennent. Ce sont eux qui re paraissent.
Toute la fausse réalité s’éteint peu à peu. Non pas entièrement, néanmoins; car la sensation, quoique rangée au second plan, en demeure à Tély; c’est à peu près ainsi qu’un homme qui a froid aux mains peut ressentir en même temps l’impression de quelque autre douleur plus vive. \’ Tély ne résiste plus; il a renoncé à nier l’évidence et à prêcher la destruction.
Mais il les regarde, eux, avec un inexprimable reproche,avec ce sourire inoubliable du justeà qui l’on a fait tort. Il souhaiterait -— seulement — si près de mourir, d’avoinconnu son vrai désir le plus simple. Il voudrait comprendre quelque chose à toute l’injustice qui l’en .toure, qui s’impose inexorablement. A quoi peut-elle servir? loin de l’éprouver, elle finit par le vaincre 12
3 54 L’INITIATION et l’aigrit. Chezles autres hommes, c’est également le résultat le plus clair! Tous doivent donc souffrir éternellement davantage, puisque pour un qui s’amé liore, il y en a des milliers qui deviennent infâmes. « Et moi, je ne me sens plus un peu à l’aise quedans l’atmosphère de mon délire. Tel est donc le résultat de ma romanesque abdication.
Volontairement, je suis descendu dans ce cauchemar, pour bien faire; et voici qu’il me faut y rester. S’agit-il donc de si vils inté« rêts, pour qu’une simple erreur, une expérience im prudente, un hasard, justifient de tels supplices? C’est horrible! Oh! je voudrais pouvoir, comme un enfant qui appelle sa mère, appeler... Mais notre mère nous voit d’en haut souffrir, sans faire un geste, sans com prendre...‘ L’univers est fou!...
Au secours! hélas! au secours! » Tout son désespoir s’agite de nouveau. Et dans sa vie il voit refléter l’histoire de l’huma— nité. Invinciblement, ce socialisme destructeur,au— que! il ne croit plus, montera, monte : il détruira la beauté même , la vie et la lumière. Pourtant sa cause est incontestablement juste ; et sa terrible récla mation est celle du droit en personne.
Or ce n’est pas le bonheur qui est au bout de ce grand effort aveugle, c’est la mort ! Toujours la mort pour toute réponse « Etranges figures, avec leurs traits cruels d’envahis— seurs ! Venus de partout, sans patrie, mystérieusement réunis par une foi incOmpréhensible et muette que revêtent les théories les plus contradictoires, ne dirait— on pas des descendants de quelque race, passée autre—
LA LOI DE KARMA 355 fois, qui se devinent, et que les hérédités, - où se seraient entendus le sang, les circonstances et les choses, — feraient rejaillir de nouveau à fleur de sol P « Et j’en suis, j’en suis aussi.
0 mon rêve, réalité! » A mesure que le pousse son vouloir, il voit grandir une espèce d’aube bleue, immense, près de laquelle le soleil ne serait qu’une lumière artificielle et jau nâtre ; et les maisons ont repris leur vraie nature: ce sont des lames d’eau verte et profonde . où des yeux pâles attendent. Parmi les flots étonnants s’a vance la Barricade redevenue vaisseau, un vaisseau colossal avec tout son équipage endormi.
Il s’élève de plus en plus sombre en face de l’aube, toujours plus blanche. Dans ce matin, hurlent toutes les ombres que renferment les vagues épaisses. Et les hommes du vaisseau, on dirait des loups sur un ice berg; ils se sônt levés et courent. avec leurs cheveux en désordre et leurs dents sauvages.
C’est la bande des loups humains ! éternellement reconnaissables à leurs têtes de carnassiers, ils montent, dans l’histoire des siècles, tantôt d’un point, tantôt de l’autre de l’horizon; et chaque fois ils recommencent la même besogne abominable. Démons de la terre, ce sont les Barbares, ceux qui se plaignent et qui souffrent et qui tuent; c’est la plaie ardente, cuisante de l’humanité.
Toujours ils partent du malheur, de la faim, pour porter ce malheur à d’autres, qu’ils forcent à vivre en guerre comme eux, les contraignant de près ou de loin à cette « servitude militaire » dont parle Job, .C’est la bande des loups ! A travers des déserts de sang, .ils fuient, acharnés après leurs propres fantômes blancs
3 56 L’INITIATION qu’emporte en vain l’avenir effrayé , déchirés par leurs propres fantômes noirs que le passé lance après eux comme une meute; courant autour du monde, ils viennent mourir de faim là où ils ont ravagé, moissonneurs de leurs cruelles semaines; leur souf— france, fille et mère de leur crime, remplit le monde d’un cri continu et de siècle en siècle plus terrible.
Sur le vaisseau noir, ils sont emportés à travers une atmosphère immobile. Plus loin, en décrivant aussi une longue ellipse, mais paisible et sereine, avance une poupe dorée; des chants en viennent et des odeurs suaves. Des feuil- ’ lages entourent les mâts. Ce sont les heureux qui voguent, à l’abri du mal et de la laideur, les détestés, si radieux qu’ils ignorent qu’on les hait et plaignent les Barbares. --. Arrière ! crie Tély en délire.
Va-t-on me forcer à les adorer P — Fils des souffrances, aime lqs beaux, les heu—V reux, les solaires, dit comme une voix éparse. Dévoue toi et sers de piédestal ; préserve—les des tiens; force toi à sourire afin de ne pas les troubler. — Non, non, je ne me courberai devant aucune loi, aucun dieu ! moins que jamais, à présent que je suis forcé de croire et que j’ai reconnu ma négation vaine.
Seuls, des lâches peuvent craindre le malheur et l’er reur, se plier devant autre chose que leur propre et libre création. A cette heure unique, voici que se trouvent enfin groupées autour de moi toutesles parties de mon être primitif. bien qu’elles soient encore divi sées entre les individus, les événements et les choses ;.
LA L01 DE KARMA 357 a... . -nwx.-»..-... . a. ._. ....;u . .1.- .,. 1_.:,.__,., ..s ...;. a..., ;. ..... ,.. FF‘.‘h 4-— ..- v ..—-. A—A - . . une part seulement est en moi : encore est-elle com binée à je ne sais quels éléments adultères, et j’y sens bruire également toutes les divisions d’une foule de créatures différentes par le souvenir comme par la des— tinée.
Nettement , je comprends aujourd’hui la raison de mes antipathies et de mes affections. Voilà long— temps que nous tournons ainsi plusieurs, nous étrei— gnant et nous mélangeant, dans les mêmes cercles! étreinte de haine, étreinte d’amour,-— étreinte de faim !
« Nous sommes, en moi-même et au dehors, deux êtres qui nous haïssons à nous poursuivre dans la mort comme dans la vie; à travers les sexes et les décors, parmi les mirages, nous sommes deux aussi qui nous cherchons ; il y en a deux, deux moi, qui se mentent, deux qui s’oublient et vont s’écartant, deux autres, et des groupes plus nombreux, d’autresl....
Nous nous pressentons à plusieurs existences d’inter valles, nous devinant à travers l’ombre, et tous nos voyages, tous nos efforts viennent de cet instinct..... D’où vint donc le désordre premier ? de toi, adver saire implacable, indestructible, ombre de mon corps et cauchemar de mon âme, obsession que je ne puis perdre dans aucune nuit! Et j’abdiquerais mes haines tandis que tu demeures là à me combattre ?
« N’ai—je pas fait au contraire la plus naïve et la plus déplorable sottise en me domptant sans cesse, quand je raidissais, pour écraser, avec une lente obstination à jamais méconnue, mes mauvais ins tincts et mes passions interdites, sans avoir pitié de ma souffrance, quand je me suis complu à subir l‘in justice et à recevoir pour lot la tristesse, en laissant
358 L’INITIATION .a_ _fi. W».æW-u _.-.q_ ..»_-.-.. . .-fl.,_.n ......-.. _ M le triomphe à qui voulait?
Mais si peu que je dési— rasse enfin, tu t’y es trouvé encore, ennemi indestruc— tible, afin de m’en interdire la possession et te lever, obsession, ironie, du sein même des apparences vers lesquelles j’allais pour me reposer... » En même temps défilent devant Tély des milliers d’existences où l’ennemi, sans relâche, tantôt s’infiltre dans son cœur pour l’égarer, tantôt se révèle dans la mort, et tantôt vient en tentateur habile à dénaturer la direction de ses meilleurs instincts.
Vertigineuse ment, tous les deux passent, fuient, se courbent aux règnes inférieurs, s’élèvent dans les cieux, s’entourent, se traversent sous mille formes denses et vagues, mul tiples et rares. « Comme c’est toujours lui! » Tély halette, épuisé; le tourbillon, lui, ne se lasse pas, et ne lui prête avec avarice que juste le souffle néces saire à ses combats et à ses courses sans fin.
Plus il va, plus il pénètre son adversaire, à ce point qu’il le vit et se met à lui emprunter sa brutalité de fauve..., pour être plus fort sans doute à le torturer et le forcer à un échange où il se rend délicieusement compte des souffrances qu’il fait endurer. -— Oh ! vienne cent fois encore cette mort que je sais inutile; mais que du moins je puisse exprimer, c’est-à-dire vivre quelque part et quelque jour, fatale— ment, ma haine! que je puisse te la cracher au visage!
Et puisque partout je me heurte à’toi, ah! te déchirer sous toutes tes formes fuyantes, sous toutes, comme je l’ai fait, ô orgueil, et le referai, 6 triomphe!.... il y a mille ans, dans mille années De pareilles rencontres, n’est—ce pas P avaient lieu en Lydie quand * — '3 »‘æ'é I.I,‘ ' '- ,
LA LOI DE KARMA 359 I“ les Perses s‘y ruaient, dans le conflit des Barbares et de l’Empire, dans l’assaut simultané des Turcs à By zance en Orient et des chrétiens contre le Pérou en Occident, -— rythme du flot sanglant! Comme le cœur s’épanouit dans ces massacres millénaires, comme il fait bon dans ces orgies de vengeance! Magnifiquement, les vagues se pétrifient, de hautes tours se crénellent.
« Qu’on le tire de la bauge, qu’on l’amène ici par les pieds! » Nulle part, Tély n’a respiré plus à l’aise qu’en sa large poitrine de Northman. Sur le geste brutalement impérieux de son bras roux, on traîne vers lui l’Adversaire. enchaîné cette fois, dont la froideur corporelle exaspère d’autant plus le Scandinave qu’il y devine tout le dédain et toute la rancune de l’opprimé.
Tély s’égaie à l’insulter, se moque, grossier à plaisir, des subtilités du droit inconnues aux pirates ; et pourtant il est comme oppressé par le poids fatal qui le pousse à s’avilir, il sent bien qu’il prépare de terribles âges; c’est comme le souvenir de l’avenir en chemin qui lui pèse..., une angoisse l’entoure..., il se sent bien être aussi le mal heureux qui, jeté devant ses pieds prie Dieu en secret, se lamente, et répète en lui-même : « Hélas! dois—je subir ces enfers, — trop mérités, je le confesse! —— mais pardon, n’est—il pas de pardon ? » En vain prie le Franc; la logique hautaine de l’uni vers continue sa route; et le Northman s’exaspère de ne pouvoir s’assouvir. A un geste du prisonnier, il ne se contient plus, s’élance et lui abat son épée dans l’épaule :« A mort! »
3 60 L’INITIATION L;E.. ;i: .:-. _r:a<.:««>»fi;z..n— si _.;: a. ,. au -.4 .l u, -—w.-x :ÿun u..L:e.z,;....ænræn. - — « A mort! » Tout l’au-delà disparaît, Tély revient à lui, réveillé par une affreuse douleur. Un coup de sabre, reçu à l’épaule, fait jaillir son sang; et, stupeur! il revoit l’Adversaire, qui disparaît dans la mêlée où se confondent Versaillais et Communards.
Pavés et hommes s’écroulent pèle—mêle et les cris s’unissent aux détonations. C’est une surprise, une boucherie... Tély le sait bien, qu’il doit être écrasé, mais il lutte avec sauvagerie, soutenu, malgré tout, par un incompréhensibleEspuz’r. Horreur! Si la lutte se prolonge si longtemps, c’est que les morts s’enmêlent.
Les ennemis tués se relèvent dans les éléments, les traits contractés de férocité; et il voit leurs fantômes s’élancer de toutes parts,v et pousser les fusils des survivants, les baïonnettes où il faut aller. Lui—même n’a plus que lesbmbres de la plupart des siens autour de lui.
Méchamment, les choses s’opposent à son impétuosité; les chevaux le devinent et emportent à temps leurs cavaliers pour les soustraire aux coups qu’il porte avec la force du ' délire; ici, la terre s’éboule sous ses pas; la, une plan -che s’élance pour protéger un ennemi; des regards détournent les balles; visiblement, le milieu etl’heure combattent contre Tély.
Cependant ce qui l’encourage, c’est de voir se ren verser d’avancelcs fantômes de ceux qui doivent encore - périr. « Mais qui donc nous a lâché ce furieux P » fait une voix que Tély reconnaît: «Ah! c’est toi! » crie-t—il avec rage. Il l’a reconnu à son impériale, l’officier qui l’a frappé, l’Adversaire aux larges épaules; il se jette
LA LOI DE KARMA 36‘I . :v...... .. n:* v ,.r, encore en avant.
« A ta tête d’empereur, canaille! — Malheureux, mon frère... » entend-il; mais frappé d‘un_a'utre côté, il tombe sans avoir pu rien com prendre, pendant que son frère, qui l’a retrouvé là, se penche vers lui. _ Des soldats ramassent les enjeux des deux joueurs massacrés sans avoir gagné niperdu; quelques-uns entraînent de force la femme qu’ils ont trouvée endor— mie; un autre vide d’un trait la bouteille prise sur l’ivrogne égorgé... (A suivre.) GEORGES POLTI. fiESPÉRUS (Suite) Aimeg aussi.
L’Amour, c’est la vigueur sacrée. La Sagesse délivre et guide, lui seul crée Et ressuscite, auguste assassin du trépas : L’Amour n’existant point, Dieu n’existerait pas.
Mais quelle est son Essence et quels sont ses Usages P « Aimez, disent les Bons de ce monde, les Sages, Aimez avec l’ardeur des feux invétérés L’Homme que fut Jésus, Jésus que vous serez; Penaheg-vous vers la bête obscure avec tendresse: C’est dans lesfronts courbés que l’esprit se redresse; De votre pain, de vos propres chairs, s’il lejàut,
' - :z—.*-‘..‘_ =Ï‘m.a;ï‘.. a... .<-., .__’,—.Ï- '-IÏ.‘-, .. :" .‘ "«.‘- ‘- =-..‘ :‘-unrzt"* -- -1-‘- .-.n—v‘r.s,.
N. a a 362 L’INITIATION Nourrissw; le requin, l’hyène et le gerfaut, Croyant la charité d'autant plus saine à l’âme Que l’eflort est plus dur et l’objet plus infâme ; Aimer la plante; aime}; les vieux chênes tremblants, Car les branchages roux valent les’cheveux blancs; Des bénédictions tombent des bras du hêtre, Et la vieille forêt pensive est une ancêtre! » Mais moi le compagnon des anges, je vous dis Qu’un autre Amour, seigneur des chastes paradis, Trône, au zénith divin, dans sa candeur ignée, Et que tous les amours ne sont que sa lignée.
Pur, même dans la chair, suprême et radical, Intime, il est celui qu'on nomme conjugal; Il veut l’hymen; il prend deux esprits et les mêle Aupoz’nt qu’ils seront un quoique mâle etfemelle, Ainsi que les deux yeux ne sont qu’un seul regard. Aucun ange n’est seul. Satan vit à l'écart. Humains, soyer époux!
Des froideurs et des haines, Comme un captifsefait un bon engin des chaînes Et de l’anneau de fer à sa jambe rivés, Faites—vous de l’Amour afin d’être sauvés!
Foyer dévorateur du mal, pas d’immondice Dont il ne se renforce et ne se ragrandissel Sur les monts, dans. le lit desséché d’un torrent, Quand un pâtre, au milieu de son bétail errant, Active un largefeu dont la nuit s’épouvante, Il lance àpleines mains dans la splendeur vivante Des racines, de noirs lichens, des troncs pourris, Et pourtant, de ce tas immonde de débris, Tant de jour envahit le vieux mont taciturne
rW..;yyÿn«næ-. ni... .. -.—.- v—-.c. RI :..- , .. ' P — ‘ . l \ HESPÉRUS v 3 63 Qu’au loin, dans les vallons, le voyageur nocturne Croit rêver, et, criant: Quelle est cette aube, ô Cieux! De peur d’être aveuglé met la main sur ses yeux. Alimente; sansfzn le vorace incendie .’ A l'A mour. tous lesfaux amours, sa parodie, La mauvaise action et le mauvais dessein.
L’embûche du voleur, le guet de l’assassin, L’audace de mentir, la ruse de se taire, A l’Amour la luxure, à l’Amour l’adultère! Tant qu’épurée enfin par l’adorablefeu Cette Bête quijutl’Humanité soit Dieu, Et démesurément s’extasz‘e, incarnée Par couples en l’immense et céleste hyméne’e! A ces mots, dans la nuit claire autour de son front.
Comme un pâtre qui vient d’escalader un mont Etdont l’élan suprême en un soupir s’achève, Le nain reprit haleine au faite de son rêve. IV LA VISION SUPRÊME Une étoile parmi la stagnante épaisseur Des nuages s’était levée avec douceur, Faible, et dont le rayon coulant du czel nocturne Comme des pleurs de lait d’une fissure d’urne, Enflaques de blancheur s’étalait sur les murs. L’illuminé songeait sous les cieux moins obscurs.
364 L’INITIATION .. 4.. Lr.1}flä €m fl._.\zfl.fl-. b‘v—w... ._‘r —.—.K:__a,-.-»—_ _-< . u. « Donc j’ai franchi les seuils clos de portes z’gnées Etj’aipu vivre avec les Anges, trente années, Partageant leurs travaux, leurs jeux et leurs repas, Ainsi que l’homme vit avec l’homme ici—bas. J’ai la Sagesse etj’ai l’Amour:j’aurai la vie.
Nuit dernière, d’un jour perpétuel suivie, 0 mort! par qui les yeux seferment dans le temps Et dans l’éternité se rouvrent, je t’attends Comme un homme inquiet va guetter au passage L’ami qui doit venir,porteur d’un bon message; Et de ce remûment plein d’un captif essor Que l’approche d’un soufl’le imperceptible encor Communique à la voile, à l’arbre, à la broussaille, Mon être intérieur infiniment tressaz’lle. Crépuscule ébloui de devenir le jour.
J’apparaîtrai sous laforme de mon Amour! Car, pour le Ciel auguste ou pour l’Enfer immonde, L’homme engendre sa chair future dès ce monde, Et la verra, selon l’objet dont il s’éprit, Splendide ou ténébreuse, éclore de l’esprit.
En des candeurs de neige, en des ardeurs deflamme, Où, sensible, vivra la beauté de mon âme, Je serai tout mon rêve enfin substantiel; Etpuisque l’hyme’née est le vrai nom du Ciel, Puisque deux amants purs, que l’intime mystère ' D’être unis pour I’Eden fiança dès la terre, Lui, Sagesse, Elle, Amour, et l'un à l’autre égal, Deviendront un seul ange auguste et conjugal: Dans Adramandonz’, dont les belles pelouses Voient avec les Epoux converser les Epouses, Je verrai, nuptiale, en habits de satin, r i *.* e e ,, . -*"< ‘. " us ‘ . “Hem
HESPÉRUS 365 Mêlée à la lumière et mêlée au matin, Lafemme en qui Dieu mit l’Amour de ma Sagesse! Déjà, car le Seigneur me fait cette largesse, Je la vois.
Loin d'ici, sur la terre pourtant, Une région morne et splendide s'étend, Cieux glacés, sol durci, mer immobilisée. - Là, du soleil polaire éternelle épousée, Mais après tant de jours immaculée encor, La neige ne sait point l'ardeur des baisers d’or Et livre sans périls defonle ni de hâle A l’impuissant époux sa virginité pâle.
S teppes développant leur blême immensité Sous un ciel de candeurs de la terre teinté; Forêts, gorges, vallons, molles profondeurs blanches, Que parfois, sous le givre éblouissant des branches.
Traverse à pas pesants un carnassier rôdeur, Muet dans le silence et mat sur la splendeur; Villes au loin, hameaux presque enfouis qu’assz‘êge L’épais grossissement onduleux de la neige; Larges fleuves étreints par les glaces, amas D’avalanches, sommets éclatants de frimas, Tout s’estompe et se fond dans la monotonie D'une blancheur intense, immuable, infinie.
Forme sensible à peine en ce vaste unisson Du cielfroid, du désert blafard et du glaçon, S’élève, au flanc des monts, une antique demeure. Son tranquille escalier que rarement eflleure Le pas d’un serviteur penszf qui disparaît
3 66 L’INITIATION ' Sous une voûte ainsi qu’un spectre s’en irait, Ses arcades qu’au loin la neige continue, Et le blémissement de ses toits sous la nue Forment un édifice étrange et solennel, Semblable à ces palais que l‘hiver éternel Dresse et maçonne, ayant, sous la brume blanchâtre, Pour pierre la banquise et leflocon pour plâtre.
Au dedans le silence et la paix sontprofonds; ' Defroides pesanteurs descendent des plafonds, Et, miroirs blanchissants, des parois colossales Cernent de marbre nu l'isolement des salles, De loin en loin, et dans les dalles enchâssé, Un bassin de porphyre au rebord verglacé Courbe sa profondeur polie, où l’onde gèle , Lefroid durcissant a poussé la margelle , Et le porphyre en plus d’un endroit estj‘èndu; Un jet d’eau qui montait n’est pas redescendu, Roseau de diamant dont la cime évasée Suspend une immobile ombelle de rosée.
Dans la vasque pourtant, des fleurs, givre à demz, Semblent les rêvesfrais du cristal endormi Et sèment d’orbes blancs sa lucide szirface, Lotus de neige éclos sur un étang de glace, Lys étranges, dans l’âme éveillant l’idéal D’en ne sait quel printemps farouche et boréal .’ Une vierge aux grands yeux ouverts sur le mystère Habite avec ces fleurs dans le Nord solitaire. Le suprême dessein qui règle les hasards La fit naître du sang impérial des Tqars;
HESPÉRUS 3 67 La gloire, la grandeur presque surnaturelle, Lefaste, elle eut l’orgueil de ces pourpres sur elle Et reçut, jeune front peut—être épouvanté, Un diadème encor, la parfaite beauté. L’homme se sentpâlir parfois sous la couronne, Lafemme, non; en vain la chute l’environne, Son vertige a l’ivresse et n’a pas la douleur; Dans la main d’unefemme un sceptre est unefleur.
Prends cette fleur! disait le satan qui l’assiège; Mais, Dieu l’ayant élue, elle a connu le piège Et de la terre sombre a détourné les yeux Comme un rayon jaloux remonterait aux czeux.
Un roi l’aimait; pensz’ve, elle a conclu l’échange De l'amourfaux d’un roipour l’amour vraid’un ange; De moment en moment, vers l’Hymen immortel, Comme un prêtre gravit les marches d’un autel, Elle monte, pour guide ayant cette courrz’ère Quiprépare le lit nuptial, la prière; Etpendant qu’elle aspire à l’z’mmuable Amour, Le blanc septentrz’on est l'unique séjour Auquel, blancheur aussi, son âme se résigne.
Le ciel aura cet ange, et la neige a ce cygne. Or, lafille des Tqars et moz, nous nous aimons. Qu’z‘mportententre nous des mers, des cieux, des monts! Tout l'éloignement sombre interpose son voile Sans dérober l’étoile au regard de l’étoile; Et, si distants que l’un de l’autre nous soyons, Nous nous sentons voisins, à cause des rayons. Qu’importe que je sois ce vieux à face vile,
368 L’INITIATION ses Cette chose mêlée aux fanges d’une ville, Et qu’elle ait la noblesse avec la pureté, Lys des champs qu’une tige héraldique aparté! Sa grâce, ma laideur, sa grandeur, ma bassesse, C’est l’inégalité naturelle, qui cesse, C’est l’envers du mental, l’extérieur du front ; Nos êtres sont égaux dans ce qu’ils deviendront.
L’un cheq l’autre adorant les parités futures, Nous secoûrons les fers et romprons les clôtures De l’épreuve, prison qui nqus possède en vain; Ilfaut être terrestre avant d’être divin, Maz’sparje ne sais quoide moins lourddans nos chaînes Se dénonce l’essor des libertés prochaines! Ojeune Ame, vouée à mon âme déjà Quand de l’antique nuit la lumière émergea, De mon chaste désir éternelle vestale, Nous vêtirons enfin notre splendeur totale!
Couchés le même jour, selon d’anciens accords, Moi dans le sol obscur qui ressemble à mon corps, Toi dans la neige pâle à qui ton corps ressemble, Nous ressusciterons, transfigurés ensemble, Et déjà, pour sourire aux divins épousés, Les beaux Anges en deux groupes se sont posés Sur les blancs escaliers de la mystique enceinte, Ceux-ci vêtus de pourpre et ceux—là d’hyacz’nthe! » Tel il songeait.
Ses doigts en un geste enfantin Vers l’épouse promise à son rêve hautain Env0yaient le baiser des jeunes fiançailles, Et son ombre dzflorme errait sur les muraille s. «a —À’ " .«,‘;4.; 5" ""‘*î‘i
HESPÉRUS 369 Tout à coup, avec l’air d‘une bête en arrêt. Il setut. Tout le ciel, plein d’astres, l’éclazrait. Crispé, raide, il tendait une oreille éperdue Sans doute vers des voix d’anges dans l’étendue. Autour de nous s’accrut le silence. On eût dit Que les bruits se taisaient afin qu’il entendit.
Quoi! ce murmure épars des Esprits dans l’espace, Qui conjondrait l’ouïe humaine et la dépasse Par lesvz’bralz’ons d’un éther trop subtil, Le pouvait—il entendre et le comprenait—il? Il écoutait.
Parfois ouvertes par l’extase, Ses lèvres remuaient, répétant une phrase; Et, bientôt, l’œil sublime et lefront surhumain, Sous l’ombre éblouissante, il s’écria : «Demain! » Demain, la fange aura pris l’époux, et jalouse, La neige épaissira le linceul de l’épouse; Mais l’archange—prophète a dit: « Vous reviv re{! » O réveil nous montons, réunis, délivrés, Purs êtres que plus rien d’extérieur n’altère.
Qu’était—ce que le noir océan, et la terre, Et le pâle soleil de l’antique ciel bleu? Des éléments : de l’eau, de la boue et dufeu. La nature d’en bas, c’est l’éternelle morte. Une élévation sublime nous emporte Vers le monde vivant des Cieux définitifs, Et, libres d’autant plus que nous fûmes captifs,
370 L’INITIATION Humains, mais déchargés des pesanteurs infâmes, Nous n’avons de l’épreuve emporté que nos âmes, C’est—à-dire la forme intime de nos corps. Être esprit, c’est avoir le dedans pour dehors. Nous montons, éblouis, des chemins de lumière! Quand j’hésite, c’est toi qui passes la première. Parfois, vêtu de pourpre, un angélique Esprit S’envole devant nous, se retourne, et sourit.
Nous le suivons, heureux, ma main serrant la tienne 4 Pour que l’un , s’z’lfaz‘blz’t, de l’autre se soutienne, Unis, mais d’un peu loin et les regards baissés, Comme il convient, n’étant encore que fiancés. 0 cieux purs! le chemin de lumière se hausse!
Mais le Tartare, en bas, fuligineuse fosse, Érz’ge des palais de fange et de roseaux; Et, rauque, une clameur, comme à travers des eaux, Apporte jusqu’aux cieux spirituels l’insulte De l’orageux Enfer qui dans sa haine exulte! « Maîtres des lâchetés et seigneurs des efi’rois, Nous sommes les héros, les papes et les rois!
Broyés sous nos talons, du sang de leurs blessures Les peuples résignés empourprent nos chaussures , Et Dieu s’écroulerait s’il n’avaitpour appui Notre divinité par où l’on croit en lui. A nous le Sceptre, à nous la Crosse irréfutable! Mais au banquet splendide où notre orgueil s’attable Deux princes manqueraient si vous étieg absents, Jeunes Anges! »
HESPÉRUS ‘ 3 71 Ainsi nons tentent les Puz’ssants. « Les Sceptres, qu’on les fonde ! et vendeq les Tiares! Hurle à son tour la voix mauvaise des Avares, Criplus âpre, monté d’un enferplus obscur! L’or est beau, l’or est bon, l’or estgrand, l’or estpur! Plus puissant que la Force et l’Orgueil, et plus sage, Il a, Dieu virtuel, le mépris_de l’usage, Et dans tout homme ayant amassé des tas d’or N’allume que l’amour d’en amasser encor.
Par nous, vous connaitreg, Ames longtemps dupées, L’extase de sentir entre ses mains crispées Courir les flamboiments de l’or torrentz’el: Anges! vous contereq, pièce à pièce, le Ciel! » CATULLE MENDÈS. (A suzvre.) Examen-ananas LA THÉOSOPHIE ‘ Par SAlNT-PATRICE(bHI‘OII Hard:n Hickey). — L. SAUVAITRÈ, éditeur.
Sous la signature du baron Harden Hickey, champion fervent, et d’ailleurs très connu, du Papisme et des princes d’0rle’ans, et directeur du Triboulet, journal à caricatures, aujourd’hui démodé presque autant que la Lanterne de Boquillon,l’éditeur Sauvaitre vient de publier une espèce de mémento étiqueté: La Théosophie.
3 72 c L’iNITIATION Cela est divisé en deux parties, dont la première apour but de démontrer que toutes les sciences mo dernes, et dans le même sac toutes les religions et toutes les philosophies et toutes les sociologies, ne sont qu’une incommensurable fumisterie. Par malheur, l’auteur ne réussit qu’à nous convaincre d’une chose: c’est que les notions les plus élémentaires des questions qu’il traite lui sont complètement étrangères.
Il eût découpé au hasard des fragments remarqués en feuilletant hâtive— ment quelques manuels spéciaux, ou plutôt le Larousse, pour les traduire ensuite en son langage, que l'effet pro duit n'eût pas été différent. La seconde partie a l’intention d’énoncer les proposi tions fondamentales du système néo-bouddhique.
On retrouve là mainte théorie développée, avec les mêmes diagrammes, mais, heureusement, dans un style autre et avez une compétence moins contestable, dans des publications récentes. Il faudrait un in-folio, je ne dis pas pour rectifier, mais simplement pour signaler les erreurs bouffonnes que l’auteur y a ajoutées de son cru.
Et tout cela écrit dans un charabia invraisemblable, blague boulevardière et dialecte javanais, papotage écho tier et jargon de turf, syntaxe créole et rhétorique savoyarde, avec, de temps en temps, un terme technique employé à contre-sens, une citation inexacte, —— quelque chose comme du René Ghil non rimé, — à moins que ce ne soit une spirituelle gageure. On aurait tort pourtant de croire ce livre absolument dépourvu d’intérêt. Il_s’y trouve en effet deux vilains portraits. AUGUSTIN CHABOSEAU.
LIVRES NOUVEAUX 373 lLHVRIËS N©UVIËAUX (Envoi franco par la librairie du Merveilleux, 29, rue de Trévise.) PAPUS, Considérations sur les phénomènes du Spiri tisme. (Rapports de l’Hypnotisme et du Spiritisme. — Nouvelles Règles pratiques pour la formation des mé diums. — Influence du Périsprit dans la production des phénomènes spirites.) — Brochure in-8: 1 fr.
'k ’ 1 Après le livre du chercheur, [07‘ et la Transmuta tion des Métaux, de M. TIFFEREAU ; aprèsle livre du poète et du penseur, Conte Astral de M. Jules LERMINA, voici le livre de l’érudit: Cinq traités d’Alchimie des plus grands Philosophes, traduits du latin en Français par M. ALE. POISSON, tel est le titre du nouveau volume de la Collection des Sciences Hermétiques, édité dernière ment.
Les traités sont de PARACELSE, “.LULLE, ROGER BACON, ALBERT LEGRAND, ARN. DE VILLENEUVE, les noms les plus illustres de l'hermétisme; de plus, les traités sont précédés d’une notice biographique et d'un index biblio graphique suivis d’un glossaire.
Une impression elzévirienne, la reproduction de gra vures alchimiques rarissimes, une reliure artistique, le feront rechercher non seulement des initiés, mais en— core des curieux qui voudront connaître les secrets de l’ancienne Alchimie. — Prix : 5 fr. franco, Librairie du Merveilleux, 29, rue de Trévise. * * 4 Estudios espiriti‘stas. - M. SANZ BENITO, La Ciencia Espiritista, con un prologo por el Vizconde de Terres Solanot :2 fr.
Le nouvel ouvrage du savant espagnol résume avec l’appoint d’idées aussi nouvelles qu’élevées la doctrine spirite. -— Le Groupe indépendant d’études ésotériques a in}: |
3 74 L’INITIATION décidé d’envoyer un diplôme spécial à l’auteur en récom pense de ses efforts pour la diffusion de notre cause. ®ouaa tua’auanr D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Le Voile d’Isis, qui parait maintenant régulièrement toutes les semaines, analyse en détail les séances de quin zaine du Groupe. Tout abonné reçoit sa carte de mem bre associé du groupe et peut poser des questions au rédacteur en chef.
Il sera répondu dans un des prochains numéros du Voile d'Isis. Il suffit d’adresser 1 franc en timbres-poste pour recevoir le journal pendant quatre mors. * >&-\‘ SOCIÉTÉS ADI—IÉRENTES La demande d’adhésion au Groupe de Sociétés diverses augmente chaque jour. Aussi avons—nous décidé de pu— blier les conditions requises à cet effet et les avantages que les Sociétés pouvaient en retirer.
' La Société qui désire faire adhésion au Groupe en fait la demande àla Commission d’Enseignement en présen tant un extrait de ses statuts. Cette commission avise la Société du résultat de sa demande. L’adhésion au Groupe n‘implique aucune sorte de changement dans la conduite intérieure de la Société.
Chaque Société adhérente conserve son indépendance absolue et n’a rien à voir avec les actes du Groupe, pas plus que le Groupe n’a à s’inquiéter des actes personnels de la Société adhérente. Quatre membres au moins de la Société adhérente doivent être membres réguliers du Groupe. Voici maintenant les avantages que procure l'adhésion au Groupe : ’ 1° Le nom de la Société, son siège social et le nom du
GROUPE INDÉPENDAN'I‘ D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 375 président sont inscrits en permanence dans la salle de conférences du Groupe ; 2° Les réunions de la Société sont annoncées au public dans un cadre spécial; 3° Une salle de conférences est mise à la disposition de la Société adhérente pour une somme très minime représentant juste les frais indispensable (5 à no fr. . — (La salle est accordée après entente avec le Président de la Commission des Finances, administrateur-directeur du siège central du Groupe, M. Lucien Mauchel) ; 4° Tous les membres de la Société adhérente jouissent des mêmes privilèges que ceux du Groupe et peuvent être admis à la bibliothèque, aux conférences et aux cours; 5° Dans certains cas l’Initîation et le Voile d’Isis peu vent insérer les communications importantes des So ciétés adhérentes.
En somme, toute Société, aussi petite qu’elle soit. se trouve dudjour au lendemain, par le fait de son adhésion, posséder un local, une salle de réunion, une librairie pour les ouvrages de ses membres ou pour les achats qu’ils peuvent faire, c’est-à-dire est aussi puissante que les Sociétés les mieux organisées etles plus riches, etcela sans aucune dépense notable.
Ajoutons enfin qu’un projet est à l'étude pour per mettre aux Sociétés adhérentes de posséder un organe hebdomadaire, bi—mensuel. ou mensuel, qui leur appar tienne en propre, au prix de cinq francs le numéro de 4 pages à 300 exemplaires.
S’adresser, pour tous renseignements, au Groupe indé pendant d’études ésotériques, 29, rue de Trévise, Paris. * æ:æ NOUVELLES LOGES Une loge régulière du Groupe vient d’être fondée dans un voyage du Présidentà Sens (Y0nne). Cette loge a déjà tenu plusieurs séances, et un groupe d’études expé rimentales fonctionne dès la création. Sur la demande du correspondant chef de Groupe de la Plata (République Argentine), M. H. Girgeois, les
3 76 L’INITIATION diplômes nécessaires à la fondation de cinq nouvelles loges viennent d'être envoyés. Tout correspondant de l’Initiati0n qui désirerait fonder une loge du Groupe est prié d’en envoyer le titreà M. PAPUS, au siège central.
Il recevra par retour du cour rier les instructions confidentielles et les cartes néces sa-ires. * —‘1-il: Rappelons que Papus se trouve les mercredis et les vendredis, de 5 à 7 heures, au siège central, 29, rue de Trévise, à la disposition de tous les membres qui désire. raient quelque renseignement complémentaire. / IBULILE‘II‘IIN QΑaÉ©suemæ LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE LE SPHlNX.
Une nouvelle branche de la Société Théosophique d’Adyar vient d’être fondée à Paris sous le titre ci-dessus. La charte conférée au nom de Papus est datée du 27 mai 1890. Les statuts sont adoptés parle Président en conseil d’Adyar.
Cette branche est la seule en France qui possède : I° Une bibliothèque contenant 300 volumes de théo sophie, d’occultisme, etc., etc.; 2° Une salle de lecture ouverte aux membres tous les jours; 3° Une grande salle de cdnférences et des salles de cours Où seront données des séances exclusivement con sacrées à la Société; 4° Des correspondants dans les principales villes de de France et d’Europe.
En remerciement de l’impartialité vraiment théoso phique dont a fait preuve le colonel Olcott, président de la Société Théosophique Adyar, le Groupe indépen
NOUVELLES DIVERSES 377 dant d’études ésotériques a décidé de lui décerner le di plôme d’honneur du Groupe. Citons parmi les principaux membres de la nouvelle branche : F. Ch. Bariet(M. S. T.), Julien Lejay(M. S. T.), G. Polti (M. S. T.), Ch. Dubourg (M. S. T.), Lucien Maurhel (Su. I.-.), Stevenard (5.2 I.-.), etc., etc. Le siège de la Branche est, 29, rue de Trévise, Paris.
L’Initiati0n publiera chaque mois un Bulletin théoso— phique consacré au mouvement considéré dans son ex pansion générale. Les personnes désireuses de faire partie de la Société théosophique le Sphinx sont priées de s’adresser au siège de la Branche, soit personnellement, soit par lettre. Nouvamas nvausus UN MYSTÉRIEUX GUÉRISSEUR (Dépêche de notre correspondant.) Saint-Pierre-d’Oléron, 4 juillet.
Un jeune homme de dix-huit ans, nommé Montaut, habitant le village des Boulassiers, dans l’île d’Oléron, révolutionne depuis quelque temps tout le pays. Il guérit, dit-on, toutes les maladies par l’imposition des mains. Sa réputation n’a pas tardé à se répandre, non seulement dans l'île, mais aussi sur le continent.
Plus de cent malades viennent chaque jour faire queue devant sa porte et tous, au retour, se déclarent sinon guéris, du moins soulagés. De Marennes, de Rochefort, de la Rochelle, les malades viennent en grand nombre; c’est un véritable pèlerinage. Montaut ne rançonne pas ses clients; on lui donne si l’on veut et ce qu’on veut. Une bouteille de vin est ac ManL:
378 ' L’INITIATION 'ceptée par lui aussi bien qu’une pièce de quarante Suus. On prétend que ce mystérieux guérisseur possède aussi la faculté de deviner la pensée. Des simulateurs se sont rendus chez lui pour le prendre en défaut; mais il ne s’y est pas laissé prendre et leur a dit à première vue qu’ils n’étaient pas malades. Enfin on ne parle presque plus dans le pays que de Montaut et que des invraisemblables cures qu’il a faites.
Montaut est un simple garçon de ferme et ne possède qu'une instruction tout à fait élémentaire. (Petit Journal.) t U-«I Une nouvelle société vient de prendre naissance en dehors du Comité de Propagande.
Cette société ne devait avoir aucune attache soit avec le spiritisme, soit avec l’occultisme; après avoir repoussé plusieurs titres trop teintés de médiumnité, elle semble s’être arrêtée au titre suivant: Société Indépendante de Spiritisme expé— rimental.
Nous ferons connaître à nos lecteurs les pro grès importants que cette société ne manquera pas d’in troduire dans l’Expérimentarion spirite, au fur et à mesure qu’ils se produiront. * 4 4 LA FIN D’UNE MAUVAISE PLAISANTERIE. — Les manifesta tions de l’avenue de Saxe sont enfin terminées, le mys tère qui planait sur elles a disparu et une contravention en bonnes et dues formes est venue depuis quelques jours récompenser de sa peine le jeune fumiste qui pen dant un mois et plus s’est amusé à mystifier la police, les journalistes et le public.
Après la dite contravention, j'ai été prié par les parents dujeune A... de me rendre à leur domicile pour me convaincre que l’enfant n’était point coupable et ne pou vait produire les bruits qu’on entendait. J’ai accepté avec plaisir l’invitation et j’ai constaté de visu que les prétendus phénomènes ne se produisaient que lorsque l’enfant était sur son lit et que ce lit touchait le
NOUVELLES DIVERSES 379 mur, autrement rien; je me suis rendu compte également que de la cave au grenier tous les bruits qui se pro duisent dans la maison sont perçus de tous les étages, tant la construction est légère. Le lendemain, un de mes amis ayant sur mon conseil attaché l’enfant pour pouvoir, tout en le laissant seul, l’empêcher de bouger, n’a absolument rien entendu.
Hier, un autre expérimentateur à qui j’avais fait part de mes doutes et de la cause à quoi j’attribuais les bruits entendus a surpris le prétendu médium en flagrant délit de fraude et a imité comme lui toutes les manifestations attribuées faussement par un gamin hystérique à des influences occultes.
Pour produire ce beau vacarme, le pseudo—médium n’avait. lorsque le lit était au point voulu, qu’à donner des coups de dos sur son sommier, et le tour était joué. Toutela maison tremblait. Il nous avait d’ailleurs donné la juste mesure de sa bonne foi en se faisant prendre à la Société Fraternelle en flagrant délit de supercherie avec la table.
Mon sujet donc avait raison lorsqu’il me disait il y a un mois: Il n'y a point d’esprits dans cette affaire; c’est une mauvaise plaisanterie dont l’auteur ne tardera pas à se faire prendre.
On me permettra de constater en terminant que, dans cette affaire, les journalistes, esprits forts et sceptiques, se sont laissé bern‘er par un enfant et que ce sont des spirites, esprits faibles et crédules, qui ont trouvé le secret du mystère et dévoilé la mystification. Le Spiri— tisme a quelquefois du bon.
HENRI SAUSSE. * 4H4 aux ÉTUDIANTS SPIRITES DE TOUT L’UNIVERS (I) CHERS FRÈRES, ' Nous sommes vraiment arrivés au temps heureux où, grâce aux conquêtes de l’humanité qui peuple notre pla— nète, les jeunes gens qui assistent aux classes ont (1) Çe discours a été composé par des étrangers dont on excusera la phraseolcgie.
380 L’INITIATION --nsarm acquis un jugement personnel, et n’ont plus besoin de s‘en tenir aux idées du professeur, au magister dixit; nous sommes arrivés au temps où l’étudiant ne pense et ne discute plus à tort età travers par simple pédanterie, Sinon d‘accord avec les arguments que lui ont suggérés la lecture attentive, la discussion entre les éminences ou la logique incontestable des faits.
V L’enthousiasme pour les idées qu'on acquiert par l’étude de l’abstrait, cet enthousiasme qui est particu lièrement le patrimoine de la jeunesse, et surtout de la jeunesse scolastique, nous pousse à publier ces quelques lignes, qui ont pour but de vous demander notre union internationale pour la propagande de cette sublime doc trine que nous professons.
Oui! nous devons marcher tous unis à l’avant-garde du mouvement spirite de l’Uni vers. et de nos esprits doivent jaillir des courants de sympathie et de fraternité que seulement la communauté de croyances peut établir, la communauté de croyances comme celles que nous avons le bonheur de professer. Nos aspirations doivent converger vers un seul point : notre union pour la propagande.
Mais, pour obtenir ceci, il faut que nous nous connaissions, quand ce ne serait qu’en confiant nos impressions aux feuilles de papier où réfléchissent tous les mirages de notre esprit. Nous vous proposons la création de communications internationales qui pourront nous mettre au courant de nos_ décisions etdes résultats que nous obtiendrons. Dans ce but nous avons le plaisir de vous présenter les points suivants: A).
L’ Union internationale Scolaire-spirite tend à propa , ger la doctrine récapitulée par Allan Kardec, et pour cela les étudiants spirites des diverses nations qui appar tiennent à cette Union doivent publier des Feuilles (et les distribuer) chaque fois que l’étatfinancierle permettra. De ces feuilles, on devra faire de grands tirages._ B). La direction de l’Union n’appartient à aucune nation déterminée.
Tous les étudiants spirites sont cos— mopolites, ils n’ont qu'à s’attacher à un groupe de ceux ci dans leur respective nation (et tous ces groupes unis formeront dans une nation la fédération nationale) pour
REVUES DU MOIS 381 accomplir avec foi le désir des humbles initiateurs de cette idée. , Nous espérons que nos espérances si légitimes ne seront troublées par aucun obstacle, et que vous ré pondrez tous en cœur à l‘appel que vous font les étu diants spirites de Barcelone. Sursum corda. schoIastici lanimum ne despondeant! Eamus ad Deum per Amorem etper Scientiam !
Barcelone, mai de 1890. — Pour la Commission: José CEMBRANO, LUIS TARRAT BERNIS, BUENAVENTURA CASTELARO. OBSERVATION : Prière à tous les journaux ou revues spirites de vouloir bien reproduire l’appel ci—dessus, ainsi que cette observation, vu son caractèreinternatio mal. Les adhésions et autres renseignements concernant cette affaire doivent être adressés à don Luis Tarrat, calle Bailén, 5g, Barcelone (Espagne).
Revues. en mois ‘ ARTICLES SIGNALÉS 1° FRANCE. Revue Spirite (1" juillet 1890). Récit fort curieux tiré du New-York Herald sur des faits de médiumnité des plus intéressants constatés par de nombreux té 0 moins (p. 310). * av-ar. Revue des Sciences Psychologiques illustrée (du 31 )uil let 1890).Suite de l’étude historique de L. Moulin sur le Magnétisme. — Curieuse étude de Fabre des Essarts;titre : Rousseau et les Femmes. oI‘
3 82 L’INITlA’I‘ION La Lumière(z7 juin 1890). Article de Mme Lucie Grange signalant aux Spirites le danger de l’invasion des Théo sophes’; titre : Nouvelle orientation spiritualiste. ' * ara. . La Religion Universelle(tS juin 1890). DEUX CIVILISA TIONS ANTINOMIQUES, la Chrétienne et la Chinoise, étude critique et philosophique de CH. FAUVETY. -— D’autre part, Apologie du Bouddhisme, par P. F.
COURTEPÉE ;il y en a donc pour tous les goûts dans le numéro de cette excellente revue malheureusement peu répandue eu égard à sa valeur exceptionnelle. « * >ææc Revue d'Hypnologie. Expériences toutes nouvelles sur l’action à distance des médicaments. Nouvelles preuves (Dr LUYs). Ce numéro (juin 1890) est accom pagné d’une planche très curieuse. * 2p4 Moniteur Spirite et Magnétique. Lettre favorable au Spiritisme de J.
LEVALLOIS. —- Bulletin parisien fort intéressant, dont nous détachons le passage suivant. (Il s‘agit de la pénétration de certaines substances à travers les parois de verres hermétiquement clos. C‘est M. Schutzemberger, le savant chimiste, qui a découvert la chose.
« En condensant sous l'influence de l'effluve électrique différents gaz, et en particulier de l’oxyde de carbone, dans des tubes clos en verre, il s’est aperçu que l’électricité transportait à travers le verre, du dehors en dedans, de l’eau et de l’oxygène, et du dedans au dehors du carbone. » C’était le renversement de toutes les idées reçues et prouvées... quant à. l’impénétrabilité des corps: on douta, on conteSta, on nia.
M. Schutzemberger laissa dire, répéta ses expériences et, envers et contre tous, établit sûrement, par des nouvelles recherches« faites dans des tubes à effluves vides et fermés à la lampe ),
REVUES DU MOIS 383 qu’il avait bien vu dès les premières fois, et conclut justement. < « Cest bien grave», nous dit M. Jaborowski, le savant rédacteur scientifique de la Justice, « car la prétendue fermeture hermétique serait une pure illusion ». * v:æ L'Anti-Egoïste (mai—juin 1890).
Des sens et de l’art. —— Qui a inventé l’altruisme ? — Cet organe autographié aurait droit à l’appui des revues sérieuses d’occultisme si l’altruisme qu'il proclame ne cherchait à exclure systé matiquement tout ce qui n’est pas dévoué àune petite coterie. -— AVIS aux altruistes des deux mondes. fl' xsax La Tradition (juin I890).
Études diverses sur les Fol klore, dontl’occultisme donne, du reste, facilement la clef. * v «v» L’Avenz’r de I’Humanîté, organe mensuel du Groupe spirite et magnétique de Douai (n° 3, juillet 1890). Ex— cellente étude sur le Spiritisme. i*I L’Étoile (juillet 1890).
Comment l’Église romaine nous conduit au Socialisme chrétien malgré ses prêtres, par l’ABBÉ ROCA. * :- -v Recommandons à tous nos abonnés de la Suisse un excellent journal hebdomadaire : La Croix Fédéral (rédaction, 16, rue Rodier, Paris), qui s’occupe avec la plus grande compétence des colonies suisses en France.
2° ÉTRANGER : Revista de Estudios Psicologzcos (juin 1890). (On trou vera plusÿhaut l’appel aux étudiants lancé par l’intermé— diaire de Cette excellente revue.) 51 chronique mensuelle est celle Où l’on trouvera le
384 L’INITIATION plus de renseignements surle mouvement spirite et spi ritualiste du mois. Aucune revue française n’est aussi complète à cet égard. * La Évolution, journal dédié au peuple et consacré à la propagande du Spiritisme.(A la Havane, Zulueta, 73.) * 4 l La Psiche, Hypnotisme, Magnétisme, Spiritisme. (Via Modem, 37, Rome-Est.) t ou» The Theosophist (Adyar Madras). Revue mensuelle di rigée par H.-S. OLCOTT.
Cette revue est toujours restée le modèle des Revues Théosophiques et nous ne pouvons que conseiller à tous nos lecteurs lisant l’anglais d’en prendre connaissance à la Bibliothèque du Groupe.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE ‘l‘ CROIX L’un des six membres connus du Conseil suprême des douze, M. Joséphin Péladan. ayant démissionné au commencement de juin pour fonder l'Aristz‘e. le Conseil a décidé d'oflrir son siège à l’un des six membres inconnus du même ordre. En conséquence, notre Frère Alta, prêtre catholique, docteur en Sorbonne et Granduumônier de l‘Ordre, passe de la. Section oc culte à la.
Section patente du Conseil suprême: cette Section se trouve dorénavant constituée par les six membres connus dont les noms suivent, par ordre alphabétique : MM. Agûr, Alla, Burleh de Guaita, Papas, et Folti. Quant au siège de la section occulte, laissé vide par le déplace— ment de notre Frère Alto, un nouveau membre, secrètement élu, l'occupe il. cette heure. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. I5. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
FW‘œ’ga—htk . Groupe Indépendant n’nnnn Esnténinnen Sociétés adhérentes, afliliées ou représentées DONT LES MEMBRES JOUISSENT DES MÊMES DROITS QUE CEUX DU GROUPE FRANCE La Société Spirite (président M. P. G. LEYMARIE), Revue Spirite; La Société Magnétique de France (M. H. DURVILLE), Journal du Magnétisme; La Société Psycho-Magnétique (président L.
MOUTIN), Revue d’Études Psychologiques ; La Société Théosophique le Sphinx (président X'"), l’Ini— tiation, prochainement ; . La Fraternité Occulte de la ROSE CROIX (11,) ; Les Groupes d’lnitiation Martinistes (S.'. l.'.) ; Le Groupe Maçonnique d’Études Initiatiques. (O. WIRTH); ÉTRANGER La Société Théosophique d’Adyar (lndes), H. S. OLCOTT, président; , Thé Bud (d) hist propagation Society de Kioto (Japon), Papus, représentant. . Thé H.
B. et L. (cercle extérieur), F. CH. BARLET, représentant; CORRESPONDANTS OFFICIELS ET CHEFS DE GROUPE France: Paris —— Lille — Tours —— Lyon —— Bordeaux -—‘-’ Sens — Marseille — Clermont-Ferrand — Alger. Etranger : Londres— Bruxelles — Liège — Berlin -—— Munich — Varsovie — Saint-Pétersbourg — Vienne '-— Genève — Rome —— Barcelone -— New_-York — Québec — La Plata. La Bibliothèque internationale des œuvres des Femmes (Directrice M"° A.
DE WOLSKA) possède une grande salle de lecture, au Siège du groupe, 29, rue de Trévise, où la directrice reçoit les membres del'œuvre.
OUVRAGES MODERNES SUR LE SPIRITUALISME & L’OCCULTISME ____y 1° ÉTUDE ÉLÉMENTAIRE : L’Occult1sme, par PAPUS (0 fr. 20); Le Spiritisme [du même] (0 fr. 20) ;_ Magie prati ne de JULES LERMINA (3 fr. 50); CROOKES, Recherches (3 r. 50); YVELING RAMEAUD ., Force Psychique [avec gravures _] (5 fr.). 2° ÉTUDE DOCTRINALE Z A -— OCCULTISME. Traité élémentaire de Science Oc:.ulte , (3 fr.
50); Au seuil du Mystère, par STANISLAS DE GUAITA (6 fr.) ; Dogme et Rituel de Haute Magie, par ELIPHAS LÉVI (18fr.) [2 volumes]; Tarot des Bohémiens, PAPUS (9 fin). B —— SPIRITISME. Œuvres d'Allan Kardec (3 fr. 50 le. volume) [4 volumes principaux]; Le Spiritisme et la Science, par GABRIEL DELANNE (3 r. 50); Mes expériences avec les esprits, par H. LACROIX (4 fr.); Considération sur les Phéno mènes du Spiritisme (I r.). C —— ALCHIMIE.
La Pierre philoso hale [preuves de son existence , par PAPUS (I fr.); Cznq raités d’alclzimie , par ALBERT DISSON (5 fr.) ; L’Or et la Transmutation des Métaux, par TIFFERAU (5 fr.). D — THÉOSOPHIE. Fragments de Théosophie occulte, fpar LADY CAITHNESS (2 f. 50);Les septprincipes de l’homme (I r.). E —— LITTÉRATURE. Spirite, par THÉOPHILE GAUTHIER (3 fr. 50).
Louis Lambert, Séraphitus Séraphita, par BALZAC (1 fr.); Le Vice sufire‘me, JOSÉPHIN PÉLADAN (3 fr. 50)‘; Un Caractère, par L. ENNIQUE (3 fr. 50) ; A Brûler, par J. LER MINA (3 fr.) ; L’Elixir de vie, par J. LERMINA (0 fr. 75). S’adresser aux Bureaux de 1’1NITIA TION ENVOl FRANCO CONTRE REÇU DU PRIX
L’INITIATIO N RÉDACTION 1 ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO D PARIS G. CARRÉ 1REC‘A‘EURZ PAPUS . , DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL 58’ rue Sûznt—Andre-des—A rt"’ Rédacteur en chef: George MONTIÈ RE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. 10 “3 CH. BARLET. -— J. LEJAY ÉTRANGER, —- 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. —— Chrque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. MANUSCRITS. —— Les manuscrits doivent être .adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance: les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
LIVRES ET REVUES. -— Tout livre ou broohure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l'échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d‘avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement.
AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l’Initiation. Chacune de Ces primes représente 21 elle seule la valeur du numéro. , L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES MAISONS VENBANT L’INITIATION AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARPON ET E. FLAMMARION Galeries 12, Boulevard ’ ’4' "“9 Auber LELIË GEO[5 Rue de Marengo de l'Odéon des !!alicns gérant Remise de 15 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs LIBRAIRIE E. DENTU LIBRAIRIE 36"“. avenue de l'Opéra, 36’"" DE I H. FI.OURY. GÉRANT CHACORNAC II.
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