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,. I‘ - 9 ;—= fl| A 9 11 . . i.' ‘Îl . "F" ‘ , .‘.t’....t AAfiiîfi.âîi@lli Revue philosophique indépendante des Hautes_Etndes Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ——_H‘ VOLUME. -— 3me ANNÉE SOMMAIRE DU N° 9 (Juin 1890) —D< 0 AVANT-PROPOS . . . . . .. Un 0ccultiste inatten du. M. Edouard Dru mont . . . . . . . . . . . . . . G. Vitoux. (p. 193 à 200.) ' PARTIE INITIATIQUE...
0ccultzsmeqspiriti5mc3 Papus. (p. 201 à 2I2.) PARTIE PHILOSOPHIQUE Le Pr0blème (du D' ET SCIENTIFIQUE . . . Gros) . . . . . . . . . . . . .. A. Chaboseau. (p. 213 a 22I.) De l'ésotérisme dans l’art (suite) . . . . . . .. Émile Michelet. (p. 888 à 888.) La Dogme ésoterique. Ange“ 3. (p. 232 à 235.) Economie politique (suite) . . . . . . . . . . . .. Julien Lejay. (p. 235 à 243.) L’Egyptolngie sacrée (suite) . . . . . . .... ..
Marcus de Vèze. (p. 243 à 888.) PARTIE LITTÉRAIRE... La Loi de Karma (suite). . . . . . . .. Georges Polti. (p. 888 à 888.) L’Essence de Soleil (suite) . . . . . . . . . . . . . G. Montière. (p. 888 à 888.) La Reine (poésie) . . .. Fernand Mazade. (p. 088). Bibliographie. — Une réponse. — Groupe indépendant d‘études ésotériques. — Bulletin maçonnique. ——La P{è sse. -— Nouvelles diverses. — Les Charmes. RÉDACTION _: Administration.
AhonnementSî 29, rue de Trévzse, 2g 58, rue St--A ndré—des-A ris, 58 P A RI S P A RI S Le Numéro. UN FRANC. — Un An: DIX FRANOSÏ‘
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri ' mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Eflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier.
L’Initimion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: ' Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains; Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'0cculte, la Physique et la Métaphysique. . - .
Au point de vue social, l’]nitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des ’ nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une ' maniër'e qu’elles savent toujours apprécier; ' ' ' ‘ L’Initia_lion parait régulièrement le I5 de chaque mois et compte déjà deux années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. ÿ' ’ ' ""Îÿ , 7 -
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS _ ,- .'x‘.,’-‘—_. ."r__,'_;;’.a— ‘ . :ra .. . :.... DE l’Im‘h'ation 10 PARTIE INITIATIQUE ' F. CH. BARLET. M. S. T. S: -— STAN15LAs DE GUAITA. S.'. I.'. 5;). — GEORGE MONTIÈRE, S.'. 1.-. — PAPU5, S:. 1.-. -— Légat catholique romain auprès de l’Initiation : JOSÉPHIN PE’LADAN, R+C+C. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.-— Le F.'. BERTRANDVÉN.'.— BOU\’ERY.— RENÉ CAILLIÉ. — AUGUSTIN CHABOSEAU. —- G.
DELANNE. — DELÉZINIER. — JULES DOINEL. —- ELY' STAR. -— FABRE DES ESSARTS. — D“ FOVEAU. DE COURMELLES. —- JULES GIRAUD. — E. GARY. —— HENRI LASVIGNES. — J. LEJAY. — DONALD MAC-NAB. —- MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. — EUGÈNE Nus. —- G. POIREL. — G. SPOLTI. æ JULES PRIOU. — Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A ROBERT — Rouxm.. -—- H. SAUSSE —- G. V1TOUx — HENRI WELSCH. — OSWALD W1RTH. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.—- E.
GOUDEAU. — MANOËL DE GRANDFORD. —-JULES LERMINA. ——- L. HENNIQUE. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. —— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. — CH. TORQUET. 40 POÉSIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —-— P. GIRALDON. — PAUL MARROT. — MARNÈS. -——A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÊ . fi —Wuah... J.—
\. .d\ .\ .,.,.' ' Grnnpn Indépendant titules inniénîqnnn Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Société pour l’étude de la Science Occulte Théorique et Pratique dans toutes ses branches et indépendamment de toute école. 29, RUE DE TRÉVISE, 29, PARIS ——W Trois grandes Commissions permanentes: Enseignement - Exécutif - Finances —.—.— PLUS DE 300— ADHÉRENTS COURS & CONFÉRENCES PERMANEN 'J‘S sur la Kabbale, la Théosophie, la Franc- Maçonnerie, la Science Occulte, etc. ÉTÛDES raaunianrss ma GROUPES FERMÉS DES PHÉNOMÈNES DE SPIRITISME, DE MAGNÉTISME ET DE MAGIE Correspondance hebdomadaire par Bulletin spécial avec tous les Membres adhérents de Province et de I'Etranger. .—-W——— BIB’LIOTHÈQUE D’OCCULTISME ' ET SALLE DE LECTURE Contenant toutes les Revues d’Hermétisme du monde entier .i.-ÈI..
r... ._—-u- —I'__.v—_-. .w- ..--— - -—- - tâvanr@nes 5iln «®nnnltiste inattendu M. ÉDOUARD DRUMONT Un cas bien curieux à relever à l’heure présente, et qui démontre de manière véritablement péremptoire la réalité et l’importance du mouvement qui emporte aujourd’hui les esprits vers la science occulte, c’est celui de l’un des écrivains les plus connus de ce temps, de M. Edouard Drumont, l’auteur de la France juive et de la Dernière bataille. M. Drumont, à coup sûr, est une des personnalités littéraires intéressantes de notre époque. A la fois croyant et sceptique, —— sceptique vis—à—vis des hommes et de leurs actes, -— catholique pratiquant, mais pratiquant à la façon des anciens chevaliers qui ne dédaignaient point d’échanger des coups de rapière ad majorem Dei glorz‘am d’ailleurs, et non suivant le mode un peu moindre que plus volontiers de nos jours recommande l’Église, d’une bravoure parfaite. ...,,x\. ..x..;.-W 7
I 94 L’INITIATION du reste, — il l’a amplement prouvé par la manière dont il s’est jeté dans la mêlée, ne s’occupant pas si ses derrières étaient sauvés, et, en vrai fils des Gaules, marchant droit de l’avant, — homme d’action par dessus tout, en dépit de ses allures régulièrement pa cifiques de l’homme de lettres, il est aussi, et ceci com plète bien son portrait, un convaincu des études maudites.
Très sincèrement, encore qu’avec quelques réti— cences, il en fait l’aveu. « J’ai assisté à une expérience de ce genre, comme par hasard, car les confesseurs recommandent d’évi— ter ces sortes de séances (I), » dit—il dans son dernier livre, la Dernière bataille, en parlant d’un fait de lévi— tation survenu au cours d’une séance spirite. Ce comme par hasard apparaît, en vérité, comme une sorte d’acte de contrition.
Ne démontre-t-il pas, en effet, que M. Drumont, bon chrétien cependant, et chrétien avant tout, même, bien‘ que les prêtres re— commandent de ne pas s’occuper de ces études qu’ils ne condamnent pas absolument, mais qu’ils sont en revanche fort tentés d’anathématiser, a été vaincu et conquis par leurs attraits puissants? Et, de fait, en d’autres nombreux passages de son livre, M. Drumont se montre occultiste convaincu.
Non seulement il est spirite, mais aussi chiroman— cien, graphologue, astrologue peut—être ; il admet la science des anciens sorciers, celle des magiciens, et il croit aux hantises. (I) Ed. Drumont, la Dernière Bataille, p. 516.
UN OCCULTISTE INATTENDU 195 Une courte excursion à travers la Dernière bataille nous en va fournir la preuve aussi complète que pos sible. C’est d’abord comme chiromancien, et comme Chiromancien singulièrement érudit, — ne cite—t—il pas en note un passage des Physz‘ognomica et chiru— mantica specz‘ala de Rodolphe Goglenius, — qu’à l’occasion du général Boulanger, M. Drumont se dévoile comme un « ADEPTE ».
« En regardant la main d’hommes très différents, la main d’Alexandre Dumas, d’Edison, d’Albert de Mun, d’Alphonse Baudet, j’ai retrouvé la ligne de soleil, la ligne des nobles curiosités pour tout ce qui touche à la Nature ou à l’Homme, la ligne de lumière et de gloire qui n’existe pas dans d’autres mains. Cer tains individus, créés pour vivre d’une vie grisâtre, monotone et végétative, n’ont pas de saturnienne, pas de ligne de destinée.
Il est facile de contrôler ces obser— vations ; ce quiprouve que l’étude de la main est une science très positive, très expérimentale, reposantsur des données plus exactes que beaucoup d’autres sciences (I). » Un tel langage, en vérité, n’est pas d’un simple ama teur.
Est-ce encore un amateur qui eût été obsédé, —-— c’est le terme même qu’emploie M. Drumont, —— par le souvenir d’une honnête maison bourgeoise, — « une maison très convenable, sans être luxueuse, où l’on ne recevait pas de locataires suspects et où il était (1) Bd. Drumont, la Dernière bataille,p. 16°.]
196 L’INITIATION défendu de faire du bruit (1), » —- et où, durant l’es— pace de quelques années, les faits tragiques de toutes natures se sont hâtivement succédé?
Plusieurs cas de folie, trois intanticides, des suicides, des viols, des accidents divers, des jeunes filles mises à mal par des bourgeois sans scrupules qui les jetaient ensuite dehors une fois qu’elles étaient grosses de leurs œuvres, un concierge ignoble dont la seule joie était de « dire des saletés aux petites filles de la maison » et à qui « les pères venaient donner des coups », tel est le bilan passablement sinistre de i’existence d’un im meuble durant quelques années, bilan que n’eût certes pas songé à dresser, avec une semblable idée des influences fatales de l’au-delà, un observateur ordi— naire et non quelque peu initié.
Où celui-ci n’aurait vu que des coïncidences curieuses, sans doute, mais enfin sans autre intérêt, M. Drumont a deviné des circonstances cachées et qui inexorablement s’appe santissaient sur toutes ces destinées.
Est-ce encore d’un amateur quelconque, ou d’un véritable occultiste, ce langage qu’il rapporte avoir tenu, sur la simple vue d’une lettre et d’un portrait, à une dame amie proche de convoler en de justes noces P « N’épousez pas, lui dis—je; c’est un vénu— sz'aque noir de la plus dangereuse espèce et l’écriture est celle d’un empoisonneur. Si vous ne vous en rap portez pas à moi, je vous ferai faire un horoscope complet.
Je connais dans un faubourg de Paris une femme qui est marquée du signe des pythonisses et (l) Ed. Drumont, la Dernière bataille, p. 212.
UN OCCULTISTE INATTENDU 197 qui dit tout.
J’aipour ami aussi, aufond d’une pro— vince, un vieux magicien qui en sait plus long que Merlin l’enchanteur ; ,à force de vivre dans les bois, il ressemble à un meneur de loups; mais quand il s'agit d’obliger ceux que j’aime, il vient lui—même à Paris pour examiner les types et fixer les points (I). » Mais, en vérité, il n’y a pas à dire contre, si M. Drumont, vivant voici tantôt deux ou trois siècles, se fût alors avisé d'écrire en un ouvrage un passage semblable, il se fût fort exposé au fagot et eût bien pu, tout comme les sorcières. convaincues de s'être ren— dues au sabbat démoniaque, aller sur le bûcher, vêtu de la simple chemise soufrée, brûler à petit feu, en digne martyr de la science maudite.
Notre époque, très sceptique et à la fois très encline à croire au merveilleux, — peut-être parce que la majeure partie des hommes, ne sachant se passer de cro'yances, ne trouvent pas dans les' légendes reli— gieuses une matière suffisante à leurs appétits cré dules, —— est assez tendre pour quiconque a des rap ports plus ou moins avoués avec les puissances mys térieuses.
Pourquoi, au reste, de leur vivant, crémerait—on les nécromants P Les pratiques de la sorcellerie de jadis, mais ne sont-elles point, à l’heure présente, devenues celles de la science officielle P « En réalité il n'y a que le costume de modifié. Pre nez les vieux livres de sorcellerie, et vous y verrez la description de toutes les opérations auxquelles se et (x) Edouard Drumont, la Dernière bataille, p. 218.
I 98 L’INITIATION livrent nos hypnotiseurs en vogue.
Le sabbat ne se tient plus dans la lande, il a lieu dans des salles offi cielles; mais on y reproduit toute la mise en scène, ou y retrouve tout le personnel du sabbat : des femmes auxquelles on persuade qu'elles sont changées en chattes et qui miaulent, d’autres auxquelles on suggère d'embrasser leur voisin, des convulsion naires, des frénétiques, des insensibilisées, toutes les passes, toutes les incantations, tous les procédés des magiciens du passé (1). » Le tableau est assez exact, et, comme M. Drumont, on peut croire qu’en pareille matière nous ferons plus d’un pas vers l’autrefois.
« Nous en reviendrons tout simplement aux procès de sorcellerie ; on a eu bien tort, vous le constater, de rire des savants vénérables qui ont écrit des in—folio entiers sur les moyens de chasser les mauvais Esprits ; on sera content quelque jour de retrouver ces volumes trop vite oubliés, et l’on sera d’accord POUR TROUVER QU’IL Y AVAIT DE BONNES CHOSES LA-DEDANS (2). » Mais, est-il besoin de le faire remarquer, nous y sommes revenus, et en plein, aux fameux procès de sorcellerie des temps moyenâgeux.
Tout au plus manque-t-il la torture ! Quant au reste, tout y est. N’avons-nous pas vu, en effet, il y a quelques mois, un avocat faire acquitter son clientpar le jury, en dépit que le crime eût été constaté, qu’il fût avoué par l’accusé, uniquement sur cette raison que le coupable avait cédé à des suggestions dont il n'était point le maître ! (x! Ed. Drumont, la Dernière bataille, p. Sou. (2)1d.,ibid., p. 512. ' ""\I
‘ UN OCCULTISTE INATTENDU 199 N’est-ce pas là tout simplement une sorte d’adapta tion au droit criminel de la théorie de l’envoûtement? Pourquoi alors s’étonnerait-on, si un jury, si un tribunal acceptent la possibilité de pareilles actions magiques, qu’un simple écrivain leur accorde sa con fiance? . Au surplus, M. Édouard Drumont ne parle pas à la légère : Experte crede Roberto, peut-il dire; et il a observé de par lui-même des phénomènes!
Ainsi, chacun de ses amis, à l’heure fatale des Sé parations terrestres, lui envoie un message extra postal. Voyez, du reste, comme il en parle lui»mêmez « Le soir je revis mon ami. Son visage exprimait une sérénité presque joyeuse; je le quittai vers mi— nuit, et, une heure après, j’entendis trois coups espacés frappés dans ma muraille.
Tous ceux qui m’ont aimé, à quelque distance qu’ils soient de moi, mefont ainsi leurs adieux en partantpour le grand voyage : c’est un bruitpartz’culz’er et qui ne ressemble à aucun autre; il a je ne sais quoi de solennel sans être eflrayant et fazt vibrer quelque chose en moi; je ne m’y trompe jamais et je me dis : Je vais apprendre la nouvelle d’une mort demain (1). » M. Édouard Drumont est un spirite, et il a vu voler au plafond des .guéridons sollicités durant quelques minutes par les mains d’un concierge.
Aussi croit—il, et croit-il fermement, aux manifesta tions des esprits, comme du reste il croità l’Église. « La vérité est que nous sommes enveloppés de mystères, \\ (1)Ed. Drumont, la Dernière Bataille, p. 264. nwflz“Wvæx- M.__M‘ ,W_,L...«,,_ . . ....-»u\-ur-_ -y- - A __.._.... . _.«. ..--— v—...n. .- n. _.-u .,r. .._JM'<'.. ....=..«v.....-.ur. k. Eavv‘o.u...q . >r. _-,u.- si..1-.. .
200 L INITIATION . o que nous vivons dans le mystère, que nous sommes nous—mêmes un mystère, un miracle de tous les ins tants, une énigme incompréhensible pour celui qui n’accepte pas les enseignements de l’Église. » La vérité, comme le dit Carlyle, « c’est que c’est une pauvre science que celle qui voudrait nous ca cher la grande, profonde, sacrée infinitude de la nescience, où nous ne pouvons pénétrer, surlaquelle toute science flotte comme une pure pellicule superfi— cielle ».
De telles paroles sont d’ailleurs exactes; il est très vrai que notre science est pleine d’inconnu, que nos connaissances sont incertaines et que la négation de parti pris de tout ce que nous ignorons ne prouve nullement la non-existence des faits dont nous ne sa— vons pas la cause prochaine. Que sais-je Î-‘ disait jadis Montaigne. Que notre devise moderne ait pour formule scien tifique : PEUT-ÊTREl « G. VITOUX. i )lÿr ) (L \
PARTIE INITIATIQUE “@GillllilSiflë et Êplt’lil3lflfi ËE dernier Congrès spirite et spiritualiste a vu se réa a liser, dans un accord vraiment fraternel, l’union entre toutes les écoles du Spiritisme et toutes celles d’Occultisme. Il serait puéril de nier l’impulsion que ce Congrès a donnée au mouvement tout entier et les discussions dont sont partout l’objet les idées émises dans les différentes sections.
Les écoles diverses ont appris à se connaître, à mieux apprécierleurs doctrines réciproques et à prendre comme criterium futur de leur union les enseignements de l’expérimentation judicieusement faite. Un point qu’il est utile de comprendre avant tout, c’est qu’il ne saurait plus exister entre les adhérents du Congrès aucun sectarisme.
Nous étudions tous un même ordre de phénomènes; la vérité saura bien se produire en dehors de toute petite chapelle. Nous désirons aujourd’hui appeler l’attention de nos
202» L’INITIATION lecteurs sur certains points de doctrine qu’il est important de connaître de part et d’autre.
Il existe en effet des sectaires qui disent_à tout venant: « N’étudiez pas l’Occultisme, vous deviendriez matérialiste ! » tandis qu’une autre variété de fanatiques clame : « Ne faites pas de spiritisme, vous deviendriez fou! » On n’etudie pas l’occultisme, on ne fait pas de spiritisme, on s’instruit et on fait des expériences, voilà tout: dans cette voie seule on est sûr de toujours marcher droit.
Dans un précédent article (n° 7 de l’Inz‘tiatz‘on) nous avons mis en parallèle les deux explications fournies par le Spiritisme et l’Occultisme à propos des phéno mènes.
Fidèles à la méthode suivie dans la Revue. nous n’avons défendu aucune des deux théories, car il faut bien comprendre que, si, à propos des phé— nomènes, des partisans de doctrines purementoccultes, comme Donald Mac-Nab, écrivent ici, des spirites distingués, comme Gabriel Delanne, Henri Sausse et Bouvery, sont aussi rédacteurs.
Nous sommes indé— pendants de toute école et nous protesterons chaque fois qu’on oubliera ce caractère bien spécial de 1'In itia tion . Plusieurs écrivains spirites ont soulevé, à propos de l’occultisme’, des objections qu’il nous faut exposer dans l’intérêt même de notre instruction commune.
Ces objections peuvent se ramener toutes aux sui vantes : 1° La théorie du Corps astral et del’lnconscient dé truit les plus importants des enseignements du Spi ritisme. Elle vient inutilement compliquer l’expli—
OCCULTISME ET SPIRITISME 203 W.Wmw.z.æ— n..ÿ.\ ,,«..—-—,_.. ... «,—,_, ,__ . ' _ M cation très simple donnée jusqu’ici des phénomènes. 2° La théorie des Elémentaires conduit à la néga tion de l’existence des Esprits. 3° L’Occultisme ressuscite une vieille science des temps passés, d’un intérêt purement archéologique; le Spiritisme seul représente le Progrès.
Nous allons répondre à ces objections de notre mieux en cherchant : 1° Les points de contact des deux doctrines à propos de chacune d’elles; 2° Les points où la conciliation est impossible. Tel sera le sujet de la présente étude. * sur L’INCONSCIENT ET LE CORPS ASTRAL. Les phénomènes spirites étaient connus de l’anti quité et formaient une branche particulière de la Magie.
C’est là un point sur lequel tout le monde* est d’ac cord, point sur lequel les spirites eux-mêmes insistent particulièrement. Cependant l’étude de la Science Occulte montre que les âmes des morts n’étaient pas les seuls éléments en action dans la production des phénomènes. D’autres forces entraient en jeu, et ce sont elles dont l’Occultisme rappelle aujourd’hui l’exis— tence.
Un fait indiscutable qui a servi de base même à la réunion du Congrès, c’est qu’onpeut communiquer avec les âmes des morts. Mais on peut communiquer de deux manières : 1° Soit en ALLANT se mettre soi-même en rapport
204 L’INITIATION avec cette âme : il faut se placer dans un état ana logue à celui dans lequel se trouve l’âme elle-même; 2° Soit en FAISANT VENIR cette âme par des procédés spéciaux. La première manière est presque inconnue des spi rites actuels et ne peut s’apprendre que dans les rituels secrets de Magie pratique. La seconde façon est au contraire pratiquée sur une large échelle dans les groupes spirites.
Sur ce point-là il n’y a donc aucun désaccord pos sible. La Science Occulte, dans toutes ses branches orientales ou occidentales, est unanime sur cette idée de communication possible avec les morts. ou com— mence donc la discussion P La discussion commence lorsqu’il s’agit de savoir si les âmes de ces morts viennent toujours produire les phénomènes du spiritisme. Les « Esprits » seuls produisent les phénomènes, disent les spirites.
D’autres influences peuvent agir, disent les occul— tistes. Quand, dans une séance, la Vierge Marie, saint Joseph ou Jésus-Christ viennent dire des banalités ridicules aux assistants, deux camps se forment parmi les Spirites. Les uns acceptent la communication comme véritable; les autres, plus raisonnables, la mettent sur le compte « d’Esprits farceurs ».
Cette distinction des Esprits en « Esprits farceurs » et en « Esprits véritables » indique déjà le besoin ur— gent qu’ont eu les spirites d’admettre des influences de deux ordres difiérents dans la production des phé—
OCCULTISME ET SPIRITISME 205 _ . _ ..æfr;nÿ"‘ . nomènes. La raison des assistants et les divers ser ments faits sur le nom de Dieu sont les seuls moyens de distinguer ces deux classes d’Esprits. Cette explication est très simple, à part cela, très facile à comprendre et surtout à appliquer quand on ne se trouve pas en présence d’un expérimentateur élevé dans les laboratoires.
Lisez les livres de Crookes, de ce savant cité avec orgueil par tous les spirites, et voyez s’il attribue le phénomène aux « Esprits » ou à autre chose qui émane directement du médium : la « force psychique » P Le titre de son ouvrage indique de suite sa réponse. Mais ce serait faire preuvre d’un sectarisme grossier que de croire que tous les phéno— mènes spirites soient explicables par cette force psy chique.
Lisez attentivement les expériences sur Katie King, et vous serez convaincu du contraire. Il y a donc deux sortes d’influences en action dans les phénomènes: l’une appelée « Esprits farceurs », ou « force psychique », ou « corps astral », suivant les écoles; l’autre appelée « esprits » par presque tous. C’est l’action de ce corps astral ou de cette force psychique qui chagrine certains fanatiques du Spiri tisme.
Voyez, vous disent-ils, notre doctrire court un danger qu’on soupçonne à peine. Quand nous disons aux savants que saint Joseph s’incarne dans un médium, ils nous rient au nez ou demandent à nous enfermer à Charenton ; mais ils refusent obstinément d’étudier nos phénomènes.
Voyez les occultistes: ils disent aux savants qu’il s’agit là d’un phénomène de suggestion hypnotique transcendantalisé; que le saint Joseph en question est simplement une idée qui
206 L'INITIATION hante le cerveau d’un assistant; que cette idée agit sur le sujet endormi ou médium, et que les « Esprits » n’ont rien à voir dans l’affaire. Eh bien, croiriez-vous qu’entre ces deux théories les savants préfèrent la seconde? qu’ils déterminent l’existence d’une « force psychique » jouant un grand rôle dans toutes ces actions et qu’ils prennent la peine de contrôler ces phénomènes?
Voilà pourquoi le spiritisme court un très grand danger. Si « les Esprits » agissent réellement dans certains cas, comme nous le croyons personnellement, le Spi— ritisme n’a pas de danger à courir. Tout au plus verrons-nous quelques points de doctrine encore teints de catholicisme étroit s’écrouler, et ce sera certes un bien pour la philosophie tout entière.
Il reste à savoir comment on distingue une action produite par un « esprit véritable » d’une action produite par un corps astral, un rayonnement de force psychique, etc. PAR ÉLIMINATION tout simplement, comme on fait un diagnostic chimique ou médical. Étant donné tel phénomène, quels sont les éléments qui peuvent agir?
Énumérez toutes lesinfluences pou— vant entrer en action : 1° supercherie ; 2° forces phy— siques connues; 3° forces physiologiques venant du médium ou des assistants; 4“ forces psychiques ayant les mêmes causes; 5° forces psychiques étrangères. Cette question est assez importante pour demander un tableau spécial.
OCCULTISME ET SPIRITISME 207 TABLEAU Permettant d’analyser un phénomène spirite (1) ou un phénomène occulte quelconque. z 2 Ë L" 93 i 3 3 i; t - I— . '° _ 1° Du medmm; E à“; g > ,51 Superchene 2° D'un assistant; qcp‘° g a: L:.! = 3° De plusieurs assistants. .. _»5 a, Cl 8 55 :>..°-— ::> , _ w 2 ,\ Ë 4 . A I” D un seul asmstant; :‘5 3 33 : M 2 2° De plumeurs assistants.
L«‘-: O "‘" 5 Hallucination Ë.Æ '6 D'un seul sens. ä-‘5 ‘* “‘>’, Ê 8% De plusieurs sens. m à ˰2 o . ‘” û-‘* a. u \ i-l o._Ê E DE x°.°zQ, u (1) 14—1 ‘ \ .. »J Forces physiq. bon. Chaleur. Lunpcre. . ffi connues. Electrimte‘, Magnétisme minéral, etc., etc. .. . Z , . _ E Farces Inconscient.
Périsprit, 1235ÆÎËÆËÎE. g_z, plq’szolqgques Vie organique, Force ‘3‘0 De p‘lusxeurs’ E (lilc0nsClentes). psychique, etc. assistants_ ‘Lnl Ci , Action d_‘un assistant sur Forces (2) Volante, _ le médiiim,fl‘mMmis a psychzqucs Imagination. mon volontaire depensée, w (conscientes). Lic., etc. Actions hypnotiques 3 diverses. u‘ w :4‘ u z .. l— 5 _ Lum1ere astrale, Août. —1 % Forces inconnues. Force— Substance universelle D ‘5 etc ’ u '; ‘ ' U "‘ .
0 Action d’êtres inférieurs. S F‘Spms farceurs' m _: ( Elementaux. Lu -‘è . ,r u; ; . u- - Esprits vçr1tables. Ê .Ë Aclzon delres conscrents. Ë Elementalres. T: U .. (1) Extrait du Traité élémentaire de magie pratique, par Pupus (en préparation). ' . (7,) Il est rare qu'un pheuomène spirite usuel dépasse cet ordre d‘actions.
208 L’INITIATION ‘l Pour montrer l’emploi de ce tableau, considérons un phénomène que je crois inexplicable par les théories seules de l’occultisme: c’est celui cité par William Crookes quand l’apparition (Katie-King), (l’opérateur Crookes) et le médium ÉVEILLÉ causent ensemble. Analysons ce phénomène avec notre tableau, comme le chimiste analyse une substance avec le tableau des réactifs.
1° Y a-t—il fraude P L’usage fait par Crookes des enregistreurs méca niques (appareils Marey — balances — appareils de photographie) fait rejeter de suite cette hypothèse, ainsi. que celle d’hallucz’nalion. Passons donc à la deuxième partie du tableau: CAUSES DÉTERMINABLES. Les forces physiques en action sont la lumière d’une couleur particulière s’échappant de la lampe à phosphore.
Cette force ne saurait expliquer tout le phénomène; il y a donc autre chose. Les forces physiologiques viennent en partie du médium dans les phénomènes habituels, mais ici le médium est éveillé et conscient puisqu’il parle et se désole du départ prochain de Katie—King (l’appari— tion). La force psychique ou périsprit du médium est donc rentrée en lui, et cependant l’apparition ma térielle persiste.
L’opérateur ne peut fournir incons— ciemment assez de force psychique pour rendre compte du phénomène. Il faut de toutes façons cher cher d’autres causes. Les forces psychiques venant du milieu ne peuvent
OCCULTISME ET SPIRITISME 209 pas plus suffire à rendre compte du phénomène, surtout quand on considère sa durée. Passons à la troisième partie du tableau: CAUSES OCCULTES. Il y a évidemment des forces inconnues en action; mais ces forces ne sont pas exclusivement inintelligentes; il y a là une action évidente due à une intelligence.
Cette intelligence ne provient pas d’un être inférieur (ce qu’on nomme, en spiritisme, « Esprit farceur », ou, en occultisme, Elémental): la durée (un an et demi) du phénomène fait éliminer de suite cette idée. Il s’agit donc de l’action d’un Être conscient, d’un Élémentaire (ce qui, notons-le bien, est la même chose), d’un ESPI’IIT vraiment matérialisé.
La Lumière comme force physique, quelques forces physiologiques et quelques forces psychi ques, entrent, malgré tout, en action (mais comme éléments subsidiaires) dans la production du phéno— mène. Nous avons pris cet exemple pour montrer l’im partialité qui dirige nos recherches. Quand nous croyons l’action de«l’Esprit » incontestable, nous la proclamons, mais nous n’hésitons pas à la nier quand une autre explication est possible.
Remarquons aussi que, pour étudier ces phénomènes comme ils le méritent, il faut connaître au moins d’une façon générale les données de la science contemporaine sur la physique, la physiologie et la psychologie. Voilà pourquoi I’occultisme est toujours abordable seulement au petit nombre. tandis que le spiritisme, dont les grandes lignes sont aussi vraies
210 L’INITIATION que simples, est toujours la seule doctrine qu’on puisse enseigner avec fruit aux masses. LES ÉLÉMENTAIRES Ce que les spirites appellent un «Esprit»,c’est-à— dire une manifestation douée de mémoire, d’intelli— gence et de volonté, le tout renfermé dans une cons— cience complète de son indz‘m'dualite’, voilà ce que les occultistes appellent un’ ÉLÉMENTAIRE.
Les spirites qui veulent opposer les termes d’élémen taire et d’esprit comme différents ne pourront jamais sortir de ce dilemme: I° Ou ce sont des ignorants qui n’ont jamais lu un livre d’occultisme et qui ne savent pas qu’éle’mentaire et e’le’mental sont absolument différents, l’un corres— pondant au mot esprit, l‘autre au mot espritfarceur; 2° Ou ce sont des écrivains qui tiennent à se rendre ridicules en attaquant la même idée écrite en deux langues différentes.
C’est comme si un Français qui appelle le pain : pain, attaquait un Anglais parce qu’il appelle le pain :}bread. (Voir, pour plus de détails à ce sujet, le Compterendu du Congrès spirite, page 63, et le n° 7 de l’Initiaiion, page II.) Les occultistes tiennent à garder les mots qu’ils emploient parce qu’ils sont en usage, depuis de longs siècles avant l’ère chrétienne, dans tous les ouvrages traitant de science occulte, tandis que le vocabulaire spirite n’est pas encore à l’aurore de sa formation.
OCCULTISME ET SPIRITISME 211 L’OCCULTISME EST-IL PUREMENT ARCHÉOLOGIQUE P La dernière et la plus drôle des objections faites par certains spirites d’ailleurs distingués contre l’oc cultisme consiste à croire que les occultistes fouillent les vieux bouquins et rêvent de ressusciter, sans rien y changer, la Science magique d’il y a deux mille ans. De là cette idée que l’occultisme représente le passé, et le spiritisme l’avenir !
Les travaux des occultistes portent sur deux points: I° L’étude générale de la science antique ou science occulte, afin d’en connaître les méthodes ; 2° L’application ’de ces méthodes à la science actuelle et la création de tout un ordre d’enseigne— ments inconnus des contemporains par l’union de la Magie, c’est—à—dire de l’étude approfondie des phéno mènes occultes, avec la physiologie et la psychologie Voilà pourquoi presque tous les occultistes étudient une de nos sciences contemporaines en même temps qu’ils travaillent les enseignements de la science occulte.
Il suffit, à cet efi’et, de se rappeler les études de Stanislas de Guaita sur la chimie, celles de Barlet sur les mathématiques etl’astronomie, celles de Julien Lejày sur la sociologie, et les miennes sur la physio logie, pour montrer l’application de cette idée. CONCLUSION Le Spiritisme etl’0ccultisme se sont unis fraternel lement dans le Congrès de 1889. Cette union ne peut que persister et s’affirmer chaque jour plus étroite.
2 I 2 L’INITIATION .- .--- - .‘ Les mêmes enseignements généraux sont donnés par les deux écoles ; l’école spirite comptera toujours le plus grand nombre d’adhérents, car sa doctrine est simple et à la portée de tous, et l’école occultiste sera toujours réservée à ceux qui veulent approfondir ces questions par l’étude des données ésotériques de la Magie pratique.
' A l’heure actuelle, le Groupe indépendant d’études ésotériques, qui représente toute la France occultiste, étudie tous les phénomènes sans aucun parti pris et défend, chaque fois qu’elles sont attaquées, les doctrines spirites. —— Les progrès des occul— tistes, progrès chaque jour plus considérables, manifestent donc, non pas les succès d’une petite école, mais ceux du Congrès de I889 lui-même. — Les spirites alliés à l’occultisme n’ont plus rien à craindre; carje ne vois devant eux comme adver— saires que les matérialistes, quelques savants intran sigeants de moins en moins nombreux et une petite branche de théosophes sectaires qui,en deux ans d’active propagande, ont su réunir Vingt-cinq adhérents et se séparent avec un courage respectable du reste de la France.
Le Spiritisme et l’Occultisme verront donc prochainement le triomphe définitif de leurs doctrines, car les enseignements des deux écoles représentent l’étude sincère et désintéressée du Vrai. PAPUS.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ŒE E?a©eeäna Il y a deux façons de traiter d’un livre : Ou bien : on le crucifie sur une table, et, saisissant un scalpel, une loupe, etc., —— surtout des outils bril— lants, — on entreprend de le précautionneusement disséquer et minutieusement scruter, puis, avec les reculs et les passades et les inclinations de tête fami liers aux rapins,on l’examine sous toutes ses faces et facettes, puis on s’ingénie à reconstituer sa genèse, on interroge l’ambiance, on s’alanguit en des digres« sions, — mais combien subtiles et spirituelles, — sur les tangentes, et sur les tangentes des tangentes; enfin, ayant garde de ne se laisser fléchir en aucun sens par quelque sentiment que ce soit, on fait le départ de l’admissible et du... douteux, et l’on induit le lecteur à soupçonner l’opinion du critique sur la valeur absolue de l’œuvre, —— non sans avoir, toutefois, posé ses réserves quant à la faillibilité, trop probable, hélas! du juge, et à la vôtre même, si vous prétendiez
— -< w«« -ve w wtWM_ N; 6 2 I 4 L’INITIATION connaître le fond de sa pensée à lui, juge: ne pro cèdent—ils pas ainsi, les disciples de MM. Taine, Renan, Amie], Ribot... !
Ou bien : on n’est pas éclectique, et l’on s’en vante; dès l’instant que l’on a, — et par quelle voie douloureuse ! —-— conquis une certitude, on la crie de toutes ses forces, et l’on bataille pour elle en toute virulence, sans s’inquiéter de savoir si l’enthousiasme est bien ou mal porté ce jour—là ; on n’a point honte de se sentir dans les veines autre chose que de l’encre, et, placé en face d’une œuvre, on affirme : ceci pour moi est excellent, ou ceci détestable, je ne vois pas pourquoi je ferais des manières pour le dire.
A moins qu’on ne jette: ce livre, n’étant ni bien, ni mal, est nul, et comme non avenu en conséquence, ne per dons pas notre temps à en parler. Je ne rougis point d’être de la seconde catégorie.
Je ne rougis point de déclarer étonnant le livre que le Dr Antoine Gros vient de publier chez l’éditeur Georges Carré sous ce titre : LE PROBLÈME, Nouvelles Hypothèses sur la destinée des Etres. \ * a»; Le fait de rencontrer des frères d’intellectua1ité également élevée, ou presque, est déjà peu commun.
Sans remonter jusqu’aux morts avérés, tels que les de Musset, dont l’Alfred n’était guère plus intéres— sant que le Paul, ni jusqu’aux morts récalcitrants, tels que les Daudet, desquels Érnest n’est, ma foi, pas plus ennuyeux qu’Alphonse, il y a Adrien et Joséphin Peladan, l’un, Mage prodigieux, qui n’est plus, l’autre,
LE PROBLÈME 21 5 esthète incomparable; Maurice et Donald Mac-Nab. l’un, —- qui s’en est allé, — travestissant en chansons et monologues bizarres des pensées amères;l’autre, occultiste profond; enfin Félix et Maurice Bouchor, l’un, peintre fort curieux, l’autre, poète de grand talent qui évolue inconsciemment vers la Kabbale. Mais tous ceux-là ne vont que par couples. \ Trois frères a admirer, je ne vois que Charles, Henry et Antoine Cros.
Le premier, tant regretté, fut— il pas le subtil poète du Cofiret de santal, le conteur de telles menues proses d’un humour suave, et le savant génial auprès de qui maint fureteur vint s’ap— provisionner de stupéfiantes merveilles théoriques, tôt appliquées en innovations fructueuses ?Nul n’i— gnore, — au reste les Actes de l’Académie des Sciences, et d’autres documents aisés à consulter, en font foi, — mais on ne publiera jamais assez qu’il inventa le phonographe, dont M. Edison n’est que le construc teur et vulgarisatenr.
M. Henry Gros est ce... j’allais dire: ce peintre, alors qu’il est aussi chimiste émérite, et sculpteur, et que je sais—je encore, qui a retrouvé les procédés employés par les anciens pour leur indes— tructible peinture, et qui les a mis en œuvre de la façon dont on a pu se rendre compte à l’Exposition de 1889.
Le D"Antoine Cros,outre que sa profession, comme il l’entend et comme elle doit être entendue, comprend la plupart des sciences, trancendantalisées jusqu’à s’harmoniser en une synthèse suprême, est métaphy— sicien, ce qui ne l’empêche pas, d’ailleurs, d’écrire en
2 16 L’INITIATION un style très artiste, et d’une pureté, d’une précision et d’une concision parfaites. Le premier chapitre de son œuvre expose lapidaire ment l’ensemble de la doctrine ;les six suivants déve loppent « la discussion du problème », et les trois derniers indiquent « des corollaires dérivant de la solution hypothétique ».
J’insiste sur cette division, parce que chacune de ses parties correspond, bien que superficiellement, avec une des Séphiroths. Il est évi dent que l’auteur n’a point voulu, de propos délibéré, cette relation ; à supposer qu’il ait jamais ouï parler de cette théorie kabbalistique, il ne paraît guère en son livre qu’il y ait prêté quelque attention.
Mais n’a— t-il pas cédéà cette même fatalité qui, lorsque M. Zola, dans un roman célèbre, aborda , pour une fois, le Mysticisme, le poussa à partager son livre en vingt deux chapitres reproduisant exactement, dans leur sens comme dans leur ordre de succession, les Arca nes majeurs du Tarot?
Après avoir établi la légitimité de l’hypothèse, et partant la possibilité de réduire _« l’incognoscible relatif et temporaire »jusqu’au seuil de « l’incognoscb ble absolu », affirmé en nous par « une sorte d’ins— tinct parfaitement inné », et dont « il n’y a rien de plus à dire », le D' Gros rappelle comment la science expérimentale, ayant constaté que la matière, « mal gré sa continuité de première apparence, » est faite de molécules sans aucun point de contact et animées de mouvements propres et respectifs, a été conduite à la supposer constituée « d’atomes occupantune éten due démesurément petite ». Mais si nos sens, quelle | __ ." -_L _ .5. u 'e'€ -”I" ' A
LE PROBLÈME 217 que soit la puissance des instruments dont il nous faut les, adjuver, ne peuvent rien percevoir au delà de la molécule, notre esprit, dès qu'il s’est armé de l’analogie, ne saurait concevoir nulle limité lui inter— disant d’admettre que l’atome, qui est un infinitésimal composant de la molécule, ne soitlui-même composé d’autres atomes pour lesquels ildevienne à son tour un infiniment grand, «et ainsi de suite jusqu’à la fu sion en l’universel Ether, lui-même décomposable en éthers sériés à l’infini.
Or l’atome, indestructible, impénétrable, « inertie matérielle en mouvement »,transmis de toute éternité, « est le domaine perpétuel de l’âme». La théorie peut s’écrire en formule, H étant l’homme, « point de départ seul connu » : Q u . . .
1 . . . u II+8+5+C H+B+y II+a H I‘I—‘Ij H———1j——O H—1j—Ô—t etc. ' «L’univers, où existent dans la vie des êtres H + a, est infiniment petit par comparaison avec celui où existent les êtres H + p + *( ; ilen estun des atomes, » et un être Il +8 + a + Ç est son Dieu. « Ce qui peut aussi se symboliser par une série de sphères concentriques, différant démesurément de
2 I 8 L’INITIATION “""'”‘Î’ZTË“” ‘WϓΠgrandeur, l’une quelconque des surfaces représentant, du côté de l’infiniment grand, l’univers où un être d’un degré donné peut s’incarner et accomplir une existence planétaire, et, en allant vers le centre, l’espace de la sphère atomique possédée, où, pendant la mort, elle exerce le pouvoir créateur dans le mode total ou divin... » « Tandis que les formes supérieures créées setrans— mettent dans la direction descendante, l’âme tend à s’élever de l’infiniment petit vers l’infiniment grand, si bien qu’après avoir « épuisé toutes les incar— nations possibles dans l’univers auquel elle appar tient », elle s’incarne dans l’infini relatif immédiate— ,1rient supérieur. » « L’organe essentiel de l’âme doit être figuré par une courbe construite dans l’espace « suivant une formule de spirale logarithmique », et susceptible d’être disposée en hélice et plus ou moins aplatie en ellipse. \ « Une telle courbe s’enroule indéfiniment en dedans vers un centreinaccessible, c’est-à-dire versl’infiniment petit, et, en progressant en sens inverse par des tours de spire qu’elle élargit toujours, elle s’avance de plus en plus dans l’espace illimité.
Les rapports divers constituant la courbe, variables en des nombres très grands, suffisent à caractériser l’individualité, la sexualité, le genre, l’espèce, et tous les modes ou l’élément de dissemblances que présentent les êtres, en tous les degrés d’infini. » Toute forme, en effet, se traduit en rythme; ce rythme s’inscrit à l’état virtuel sur la spire, puis, en
LE PROBLÈME 2 I 9 se transformant en rythme effectif, reproduit la forme primitive. Et l’auteur en passant montre, entre mille résultats découlant de ce principe dans la pratique immédiate. la possibilité de transmettre au moyen d’un câble conducteur, d’un continent à l’autre, à travers l’Océan, la forme d’une statue. Ce dont quelque Edison ne tardera pas à faire son profit.
Quant à la conception même de la spirale évolu— tive, le Dr Gros déclare y avoir été amené par l’ana logie. La translation des astres s’accomplit suivant cette formule; la même disposition domine le règne végétal, et tout autant le règne animal, quoique dans les espèces supérieures elle soit moins visible au pre mier abord que, par exemple, chez les gastropodes. * &ær \ Je pourrais continuer longtemps a noter ainsi les points principaux.
Mais, outre que cela me conduirait à copier l'ouvrage entier, parce qu’il est impossible d’énoncer ces choses en moins ni en plus de mots, ni avec d’autres, que ceux employés par l’auteur, je crois en avoir dit assez pour montrer que la doctrine du Dr Gros est conforme, et rigoureusement, à celle que nous a léguée la tradition hermétique, et que l’âge présent a mission d’élucider.
Ne reconnaît—on pas déjà, en les quelques lignes plus haut citées, la méthode analogique, l’indiscutabilité de l’intuition, l’indispensabilité éventuelle de l’aprio risme, l’existence de l’Absolu, l’involution et l’évolu
2 20 L’INITIATION tion, l’Aour universel, la réalité de l’âme et son éternité par la réincarnation ? Le-symbolisme de la spirale logarithmique est bien connu aussi des Initiés.
Je pourrais enfin évoquer, des derniers chapitres, sur la Création, sur la Morale, sur les Religions, des pages, — d’une facture d’ailleurs superbe, — où le Spiritualisme, parce qu’il repose sur les inébranlables assises de la science la plus sévère, s’élève à une subli— mité rarement atteinte, et après l’audition desquelles on ne peut s’empêcher de crier : « Mais voilà un mage ! et des plus forts! » D’autant plus fort, qu’il est Mage sans le savoir.
Quand bien même, en effet, l’auteur n’eût pas noble— ment protesté qu’il a « pensé, médité et formulé ses idées avec la plus sereine indépendance d’esprit », il serait évident, à la plus superficielle lecture, qu’il ignore absolument l’acheminement de l’intel lectualité contemporaine vers la Mathèse Théoso phique, — ce mot employé ici en sa signification ancienne et véritable, et non en celle que lui veut prêter une certaine bande d’ahuris.
De cette similitude parfaite entre la théorie du D‘ Gros et celle des Kabbalistes, je vois deux conclu sions à tirer : ' D’abord, qu’un cerveau doit être organisé d’une façon admirable, qui retrouve, par la spéculation seule, une doctrine, et une doctrine telle; Et ensuite, qu’ilfaut que les Occultistes aient raison. et que leur système soit vraiment adéquat à notre époque, et à l’avenir dont elle est le germe, pour que des individualités de cette valeur, Cogitant dans l’iso— ... .n u
LE PROBLÈME 221 lement, aboutissent, par l’évolution normale de leur pensée, aux mêmes solutions. I AUGUSTIN CHABOSEAU. i@e l’Éso’tériorno clans l’ärt Il serait facile de révéler l’initiation des poètes. il faudrait les étudier les uns après les autres.
Laissons de côté ceux de l’antiquité, Homère, les hymnes orphiques, les poèmes sanscrits, Eschyle, qui nous entraîneraient trop loin, et Dante que toutes les uni— versités italiennes s’efforcent de comprendre depuis quatre siècles. Choisissons donc un seul poète. Prenons—en un énorme, tel qu’un autre poète, notre contemporain, celui-là, a pu dire que, « lorsque Shakespeare mou rut, l’humanité resta veuve ». Prenons Shakespeare.
L’œuvre de Shakespeare est plein de magie; il déborde d’enseignements occultes. On prétend aujourd’hui que Shakespeare était le pseudonyme de François Bacon, le savant considé— rable. Peu nous importe ici. Ce qu’il y a de certain, c’est que ce génie, quelqu’il soit, savait tout. C’était un grand Initié, que les magistes doivent révérer autant que Pythagore ou Khunrath ou Paracelse. Shakespeare vivait en un temps où l’on brûlait
2 2 2 L’INITIATION volontiers les occultistes. Alors, Faust échappait tant bien que mal au bûcher, Faust, cette espèce de sor cier qui nous a laissé l’invention de l’imprimerie et dont l’existence a inspiré le poème d’un autre poète initié de notre siècle, Gœthe ; alorsAgrippa, médecin de Louise de Savoie, mourait à l’hôpital, à Gre noble, comme un simple poète.
Deux chiens seuls suivirent son convoi, deux chiens que des imbéciles crédules prétendirent être des esprits malins. Paracelse aussi mouraità l’hôpital, sur un grabat, à l’hôpital de Salzbourg. Voilà quel était le sort des grands initiés de ce temps.
Il y en avait un autre, que très probablement Sha— kespeare a connu personnellement: c’est l’Anglais Jhon Dee, un alchimiste qui nous a laissé un ouvrage, Monas hieroglyphica (in theatrum chemicum), et que la protection de la reine Élisabeth et du comte de Leiv cester eut grande peine à sauver du bûcher. A ce moment, le théâtre, comme les autres arts, s’occupait fort de magie.
Le théâtre anglais et le théâtre espagnol, les deux plus remarquables de cette époque en Europe, sont parsemés de scènes puisées dans le monde occulte. Par exemple, dans l’une des plus gracieuses comédies de Lope de Véga, la Belle aux yeux d’or, apparaît le Maure Zulim, qui, en qua lité de magiste, dévoile aux spectateurs le dénoue ment futur de la comédie.
Ainsi, l’infant Henri, qui courtise la belle aux yeux d’or. demande à Zulim si ses désirs seront exaucés. Et le magiste arabe arrive en scène, tenant en main une figure généthliaque. « Vénus, explique-t-ilà l’infant, placée en face de
DE L’ÉSOTÉRISME DANS L’ART 223 la Lune et la regardant fixement, m’indique que tu ne peux pas réussir. La présence de Mars, que tu vois là, signifie que la jeune fille aime un personnage de son rang, quoique tous deux sont en désaccord depuis l’arrivée de ton altesse.
Le Soleil annonce que tu la verras un jour, sans que toutefois son honneur en reçoive aucune atteinte..... » En Espagne, dans le pays même de l’Inquisuion, les auteurs dramatiques parlaient plus librement de ces mystères qu’en Angleterre. Au pays de Shakespeare, les écrivains n’étaient pas tendres aux magistes; à cela il y avait une cause : Le roi d’Écosse Jacques VI avait écrit de sa main auguste un livre contre les sorciers (i 597).
Ce n’était pas un sceptique, ce roi, il ne riait pas de ces choses-là ; mais il prouvait péremptoirement que les sorciers et les démons existent toujours, et concluait qu’ils mé ritent un jugement rigoureux et une punition sévère. La littérature dramatique du temps obéit aux idées royales et malmena fort les pauvres sorciers. Marlowe écrivit un Faust dans lequel ce pauvre Faust est précipité dans les enfers.
Seulement Marlowe n’a— vait pas l’envergure de Gœthe. Un autre auteur dramatique, Greene, fit faire, sur la scène, amende hondrable à Roger Bacon, le moine initié.
Voici en quels termes : « Je le déclare, Bacon se repent cruellement de s’être jamais mêlé de cet art. Les heures que j’ai consacrées à la pyromancie, les papiers pleins de sor tilèges que j’ai froissés pendant l’horreur d’une nuit tardive, les évocations de diables et de démons que ...._ u...a ....« 'WM" *-x I. .-«.vW .-v .. .‘. I
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2 24 L’INITIATION j’ai faites, revêtu de l’étole et de l’aube, à l’aide du ’ mystérieux pentagramme, les prières sacrilèges où j’ai mêlé le saint Nom de Dieu, Soter, Elohim, Adona‘n‘, Alpha, Manoth, Tétragrammaton, à l’invocation des cinq puissances du ciel, voilà les preuves que Bacon doit être damné pour avoir osé contrecarrer Dieu. » Au temps qu’il vivait, Shakespeare devait, comme tous les initiés de cette époque, —— je pourrais dire de tous les temps, —déguiser sa science; mais il la laisse percer à chaque page.
D’abord, ses pièces sont cons— truites avec une harmonie prouvant que l’auteur con naissait la méthode analogique sur laquelle est basée la doctrine occulte.
De cette même doctrine ressortis sent les notions qu’il avait de l’humanité et de toute la nature. , On le voit à chaque instant montrer quelque chose d’une de ces sciences d’application qui passionnent même les moins crédules des positivistcs, les sciences du destin, comme l’astrologie et la chiromancie. Ainsi, dans le Alarchandde Venise un jeuneVénitien étudie la main de son camarade Lorenzo.
Dans le Roi Lear, quand le roi maudit la douce Cordélia, il lance à cette tête charmante cet anathème : « Par le rayonnement sacré du soleil, par les mystères d’Hécate et de la nuit, par toutes les influences des astres qui nous font exister et cesser d’être, je te maudis. » Le poète qui parlait ainsi connaissait donc les lois des influences sidérales, l’aspir et le respir magné— tique des êtres, l’évolution des vivants dans la lumière astrale, en un mot les lois de la vie.
DE L’ESOTERISME DANS L’ART 225 Voulons-nous savoir comment, dans ce Roi Lear, Shakespeare exprime, sous une forme d’art, la formule des astrologues : Astra inclinant, non necessitant, par laquelle les occultistes expriment, dans la vie humaine, l’antagonisme entre l’influence de la fatalité et l’in fluence de la volonté humaine, conciliant par là la doctrine du déterminisme avec celle du libre arbitre ?
Glocester est inquiet, il pressent un malheur dont l’ombre plane déjà sur son front : « Ces dernières éclipses de soleil et de lune, mur mure—t—il, ne nous présagent rien de bon.
La sagesse naturelle a beau les expliquer d’une manière ou de l’autre, la nature n’en est pas moins bouleversée par leurs effets inévitables : l’amour se refroidit, l’amitié s’altère. les frères se divisent; émeutes dans les cités, désordres dans les campagnes; dans les palais, trahi sons ; rupture entre le père et le fils. » A cette inquiétude du vieillard, son fils Edmond, un jeune scélérat, répond avec la fougue irréfléchie de sa jeunesse et se fait le protagoniste de la liberté : « C’est bien là l’excellente fatuité des hommes.
Quand notre fortune est malade, souvent par suite des excès de notre propre conduite, nous faisons res— ponsables de nos désastres le soleil, la lune et les étoiles. Comme si nous étions scélérats par nécessité, imbéciles par compulsion céleste, fourbes, voleurs et traîtres par la prédominance des sphères, ivrognes, adultères, menteurs par'obéissance forcée à l’influx planétaire, et coupables en tout par violence divine. Admirable subterfuge de l’homme paillard : mettre ses instincts de boue à la charge des étoiles! Mon 8 .
22 6 L’INITIATION père s’est uni à ma mère sous la queue du Dragon, d’où il s’ensuit que je suis brutal et paillard. Bast! j’aurais été ce que je suis, quand même la plus virgi— nale étoile du firmament aurait cligné sur ma bâtar dise l » Il faudrait un volume de commentaires pour révé ler tout l’ésotérisme de l’œuvre shakespearienne.
Ce qu’il y a de certain, c’est que le magiste le plus pointilleux ne trouverait pas une erreur envers le rituel magique dans tout l’œuvre du grand poète, pas une hérésie contre la doctrine occulte.
Il serait curieux de comparer, par exemple, l’appa rition du fantôme à Hamlet avec le passage dans lequel le magiste contemporain Éliphas Lévi donne le rituel à employer envers les fantômes, envers les formes que les spirites actuels appellent les désincar nés. J’ai même été fort étonné de la scrupuleuse fidé lité avec laquelle le grand tragédien Mounet—Sully suit envers le fantôme le cérémonial que les magistes emploient envers les Élémentaux.
Il serait curieux de prendre Macbeth, d’y chercher toutes les manifestations de l’occulte, les apparitions de Banquo, l’accès de somnambulisme de lady Mâc beth , lorsque la dolente criminelle ensommeillée sanglote le couplet fameux: « Tous les parfums de l’Arabie ne pourraient rendre pure cette petite main. » Et les épisodes des sorcières, des trois immondes saganes procédant à leurs rites étranges, semblables aux sorcières de Thessalie qui font descendre à leur gré l’influence lunaire, la sombre Hécate, triangle du mal. Cette goétie aussi est orthodoxe. Voyez les trois
DE L’ÉSOTERISME DANS L’ART 227 sorcières tourner autour de la chaudière ignoble en chantant : « Trois tours pour moi, et trois tours pour toi, et trois en plus pour faire neuf. » Ici, les initiés qui connaissentla vertu mystique des nombres reconnaîtront ce que vient faire le chiffre 9, le nombre de l’influx astral, et de l’accomplissement des destins, le nombre de l’ermite du Taro. ç< Au picotement de mes pouces, dit une sorcière, je sens qu’un maudit vient par ici. » Ceci prouve que cette vieille est d’une extrême sensibilité magnétique; elle sait que le fluide magnétique, comme le fluide électrique, s’écoule par les pointes, que le fluide hu— main passe par l’extrémité des doigts.
Macbeth seul vaudrait une longue étude d’un occultiste, car c’est la mise en œuvre d’art de la domi nation de la volonté humaine par les influences mau vaises. Dans Macbeth, astra necessiz‘ant. Macbeth est un vaincu de la volonté, inférieure au destin. Mais les œuvres où Shakespeare a mis le plus de science mystérieuse , c’est une duologie, c’est ses pièces féeriques, la Tempête et le Songe d’une nuit d’été, qui se complètent l’une par l’autre.
Ah ! qu’il y en aurait long à dire sur ces deux pièces, que l’on regarde généralement comme d’aimables jeux de fan— taisie ailée, de caprice idéal. J’aimerais à en montrer la logique profonde, mais il me faudrait des pages et des pages. La Tempête est le dernier ouvrage de Shakespeare, l’œuvre définitive; au point de vue ésotérique, l’œuvre capitale. Elle complète le Songe, écrit dans la jeunesse. Le Songe, c’est l’action des forces sur l’homme. La
-ww- . __ , , -.. v .v _.,« 228 L’INITIATION Tempête, c’est l’action de l’homme, en puissance de sa plénitude, sur les forces de la nature. Et tout cela exprimé en un symbolisme du plus intuitif génie. Les Kabbalistes affirment que toute connaissance humaine est possédée par l’homme qui comprend tous les sens d’un mystérieux mot hébreu. C’est le mot que, selon la Bible, le grand—prêtre seul, le grand initié, avait le droit de prononcer.
On l’épelle: mm. Et on le dispose ainsi, lorsqu’on synthétise en lui l’énoncé du grand arcane : L)_ H H 1 Les initiés comprendront si je dis qu’on peut dis poser selon la figure ci-jointe les quatre principaux personnages de la duologie féerique de Shakespeare.
Ainsi0béron, Titania, Ariel, Puck symboliseraient le mystère du nombre 4, le mystère exprimé par la croix : Obéron 7 )‘ Titania .'|— 11 Pack 'l Ariel Dans la Tempête, Prospero, le mage dontla science et la vertu ont dompté les forces de la nature, Pros pero qui a vaincu l’esprit du mal, c’est-à—dire Caliban, Prospero porte tous les attributs symboliques du. mage. Il a, comme l’ermite du neuvième arcane du ”"î'M v.-I
DE L’ÉSOTÉRISME DANS L’ART 229 v Taro, la lampe, le bâton, et le manteau d’Apollonius. Lorsque la gracieuse Miranda, l’être de beauté et de pureté, supplie son puissant père d’apaisir la tempête qu’ont déchaînée les enchantements du Mage, Pros pero lui dit: « Ote-moi mon manteau magique;» et Miranda enlève doucement le manteau et le bâton.
Il a étudié beaucoup, ce Prospero, autant que Raymond Lulle ou Roger Bacon : « Enfoui dans des études secrètes, j’ai négligé les fins mondaines pour me vouer à la retraite et perfectionner mon esprit dans cette science qui , si elle était moins abstruse, serait plus appréciée que tous les biens populaires. » Aussi est—il le maître des forces de la nature ;il commande aux ondins, aux sylphes, aux gnomes et salamandres, c’est-à-dire au quaternaire mystérieux des forces.
Et Ariel lui dit: « Salut, grand maître, grave seigneur, 'salutlJe viens pour satisfaire ton meilleur désir, qu’il s’agisse de courir, de nager, de plonger dans le feu, de chevaucher sur les nuages frisés.
A ton service impérieux emploie Ariel et toute sa bande. » Voulez—vous connaître sa conception de la vie, ses idées sur la fin de notre globe terraqué ; un astronome contemporain pourrait, en moins beau style, énoncer la même opinion: « Un jour, de même que l’édifice sans base de cette vision, les tours coifiées de nuées, les magnifiques palais, les temples solennels, ceglobe lui—même et tout ce qu’il contient se dz’ssoudront, sans laisser plus de vapeur à l’horizon que la fête immatérielle qui vient de s’évanouir. Nous sommes de l’étoffe dont sont faits .... ..«..‘.....L.-....-‘....— ont,wr i-1:.m" a...:....-. . ; *'::A'XÏLΑ
2 3 0 L’INITIATION les rêves, et notre petite vie est enveloppée d’un grand sommeil. » Astrologue, Prospero n’accomplit aucun acte im portant sans interroger les conjonctions astrales: « Grâce à ma prescience, j’ai découvert que mon zénith est dominé par un astre propice dont je dois mettre à profit l’influence, sous peine de voir ma des tinée subir un éternel déclin. » Il fixe, selon ses connaissances astrologiques, lejour nuptial de sa bien-aimée fille Miranda.
Puis, quand il a accompli son œuvre, le bonheur de son enfant, il renonce à l’art magique. Il sait qu’une loi occulte n’accorde pas le pouvoir de manier les forces à qui n’est pas personnellement désintéressé de leur usage. L’espace me fait défaut pour approfondir le sens ésotérique du Songe, et révéler le mystère des amours d’0béron et de Titania, ces allégories char mantes.
Mais en passant, je ne puis m’empêcher de remarquer un passage où Obéron enseigne aux alchi mistes le secret du grand œuvre. « Nous autres esprits, dit Obéron, nous ne sommes pas seulement ce que nous semblons être.
Moi qui vous parle, j’ai fait bien souvent des parties avec l’a mant de la matinée; et, comme un forestier, je puis marcher dans les halliers jusqu’à ce que la porte de l’Orient, toute flamboyante, soufflant sur Neptune avec de splendides rayons, change en or jaune le sel vert de ses eaux. » Quiconque est familiarisé avec le langage imagé des alchimistes comprendra les paroles d’0béron. Abandonnons donc Obéron. Mais quel regret de
DE L’ÉSOTËRISME DANS L’ART 231 Min: »wcw a»..,..,...wn .w . . 's ‘, enm”r rr“... ...,_. s’éloigner de Titania, cette jolie fille de Diane, cette émanation de la Lune, la planète « souveraine maî— tresse de la mélancolie », comme dit Cléopâtre à Antoine, cette capricieuse Lune « souverainedes flots, qui, pâle de colère, remplit l’air d’humidité » !
Depuis Shakespeare, comme avant lui, tous les grands poètes ont été soit des initiés, soit des intui tifs.
Il faudrait citer, en notre siècle, parmi ceux qui devinaient : Victor Hugo; Lamartine, dans la Chute d’un ange, est caractéristique; Shelley (surtout dans la Reine mab) ; Charles Baudelaire, qui eut un sens extraordi naire du mystère ; Edgar Poë, Carlyle, Barbey d’Au— révilly, etc., etc. Parmi les initiés : Gœthe. — Son premier et surtout son second Faust sont œuvres d’initié. D’ailleurs ses lettres décèlent ses études.
Balzac. —— L’auteur de Louis Lambert, de Séra— phita et de la Recherche de l’absolu possédait assuré— ment une vaste science. Bulwer Lytton, l’élève d’Eliphas Lévi. Villiers de l’Isle-Adam, magnifique génie méconnu de son temps et trop tôt fauché, dont l’Axé‘l contient une « quatrième partie » d’une hautaine portée ini tiatique.
Salut au groupe héroïque de ces prédestinés dont l’âme coexiste avec l’âme du monde, et qui, dans leur main tendue vers le divin idéal, portent la palme d’or des hommes deux fois nés! ÉMILE MICHELET. , >»W.r-nw "u . r»,
H “A:mèzärr—ææ:œævem -I. - t;‘.Länl.:v:_ -»_- -- n.;-u... .... ..—... ... .. 232 A LdNl'l'lA'l‘IOl‘i Ëa ocua usurpateurs“. En lisant les dernières conférences du R.
Père Monsa bré, cet illustre champion du Catholicisme, qui use sa science et son énergie à la défense de l’antique dogme, devant ce noble et vertueux courage ne transigeant pas avec les devoirs de l’apôtre, et faisant peut-être abstraction d’idées personnelles dans le seul intérêt de la cause qu’il soutient, on se sent pénétré d’admira— tion et de respect pour le grand esprit qui sait mesurer prudemment le jet de ses lumières de façon à ne pas éblouir ceux qui pourraient en être aveuglés.
En effet, notre époque d’avancement spirituel, dont l’aube se lève à l’heure actuelle de tous les points de l’univers civilisé, est encore loin du jour où la lumière se fera complète et où les illuminés de l’Esprit divin pourront jeter librement ce mot de délivrance : « Fiat Lux! » du jour où l’Esprit de Vérité, le Paraclet promis au Monde, viendra nous annoncer l’avènement du royaume de Dieu que nous deman dons tous les jours au commencement du Pater, avènement que rêvent les croyants, les penseurs, les poètes , dont l’un , M. Sully-Prud’homme, émule aussi du Saint-Esprit, écrit, s’adressant aux poètes futurs: « A vous, qui parlerez dans un verbe plus 0 haut.
Le Père Monsabré l’a aussi entrevue cette œuvre du langage ésotérique dont le symbolerayonne encore sur nos antiques monuments, croix, sphinx
. w: .."'-. w 7;' ",-'“= ‘7‘" LE DOGME ÉSOTÉRIQUE 233 ou pyramides, et dont il évoque le souvenir en nous rappelant ces paroles de l’apôtre saint Paul : « Tout était figure pour nos aïeux : les personnes, les événe— ments, les cérémonies, le culte. » Puis, le grand orateur ajoute: « Le pain et le vin offert par Melchisédec, la manne, l’agneau pascal, étaient des figures de l’Eucharistie.
Prenons à la lettre les paroles du Christ. nous léguant son corps et son sang, le pro grès de la loi nouvelle sur la loi ancienne est im mense. Au contraire, supprimons la donation réelle, personnelle, substantielle que Jésus-Christ fait de lui-même, ne voyons que du pain et du vin dans l’Eucharistie, nous ne sortons pas de l’ère des figures et des symboles; la loi nouvelle reste au niveau de la loi ancienne.
Je dis plus, elle tombe au-dessous d’elle. » — Il est regrettable que,dans cette dernière phrase, l’orateur ait laissé sa pensée en suspens. Qu’il nous soit permis, à nous, profane, ne possé dant aucune autorité officielle, et ne détenant pas en nos mains le mystère des redoutables secrets, de répondre au génie du Père Monsabré que nous véné rons, d’ailleurs, de toute notre âme.
Si, comme nous le disent les paroles de l’apôtre saint Paul, les per sonnes mêmes étaient des symboles, — symboles qui enferment en eux l’essence de la vérité, — celui que représentait la personne divine de l’Homme-Dieu était aussi un symbole d’un ordre transcendant et supérieur à tous les autres, puisqu’il résumait en lui même le principe de la Divinité. La loi nouvelle se 2kîx‘ââââââäëîx‘
234 L’INITIATION v. trouve donc, ainsi, au-dessus de la loi ancienne.
Mais le dogme de l’Eucharistie, tel que l’Eglise nous l’im— pose, revêtu d’une forme matérielle qui favorisait le sensualisme humain à une époque où s’éteignait le sens des paraboles, où le besoin d’amour éveillait en l’homme de plus réels désirs, nous semble mériter une autre interprétation ésotérique également favo— rable au dogme et maintenant son exactitude, dans un sens plus large et plus élevé.
C’est-à—dire que le pain azyme, composé de fleur de farine issue de l’épi sacré, de même que le jus de la treille, sont en réalité deux vraies substances divines germées par le souffle de Dieu, et résumant un symbole au nom duquel Jésus pouvait dire en son langage parabolique : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Ainsi compris, «le symbole de l’Eucharistie » — nom que n’a d’ailleurs jamais cessé de lui donner l’Eglise — est, dans. sa représentation divine, bien au— dessus de la réalité matérielle qu’évoque le Père Monsabré pour maintenir le dogme exotérique.
Jésus ayant toujours parlé par parabole, il ne sem ble pas qu’il ait pu s’en départir au moment le plus solennel de sa mission. Si les disciples, entendant certaine phrase qui réalisait sans doute une com— préhension à leur portée, lui dirent: «Nous recon naissons maintenant que vous ne nous parlez plus en paraboles», c’est qu’ils n’en avaient pas compris le sens divin.
La conclusion de ces explicati0ns dernières est que nous souhaitons à notre sainte Église, pour le bien général de tous, qu’elle s’éclaire de plus en plus
W*.æ.....;:.滫-arfllŒllÿæflnqnbmm.. .v.'. . .r ‘...‘ -mvn"‘ '2‘" ‘ \ LE DOGME ESOTÉRIQUE 235 des dons du Saint-Esprit, afin de hâter le royaume de Dieu sur la terre et la venue du Paraclet promis. ANGELO. Égttnmie politique ET SCIENCE OCCULTE (Suite) Il nous reste à mettre en lumière les conséquences de ces infractions.
Qu’est—ce qui nous prouve, pour rait-on nous objecter en eflet, que la société doive suivre en tous points la loi de l’organisme humain ? Nous voyons bien qu’elle l’enfreint en bien des cir constances. Mais qu’est-ce qui nous prouve que ces infractions ne soient pas nécessaires? Qu’est-ce qui nous prouve qu’elles doivent avoir fatalement des conséquences mauvaises ?
' La réponse à ces objections, très naturelles nous devons l’avouer, va faire l’objet de notre quatrième et dernière partie.
On conçoit que si nous pouvons montrer que chaque fois que la société enfreint la loi il en résulte un mal et que ce mal n’a pas été créé pour les besoins de la cause, mais est réellement res senti par la société, qu’il donne des Preuves mani— festes de son existence et qu’il est exprimé plus ou moins nettement dans les programmes politiques en cours, on conçoit, dis—je, que nous trouverons là une _ . -«.I‘,“m._. —-‘;m-, ..
v ':«d au-n -t_.\ŒW..... ..__ 236 DlNl'f‘lA'l'lON sanction singulièrement éclatante à la loi universelle et à la science qui l’enseigne. Faisons jouer ce mécanisme bizarre dont nous ‘ venons, d’examiner les rouages et voyons ce qui va se passer. 40 Il est bien entendu que je ne fais qu’esquisser les actions et réactions de ces rouages les uns sur les autres, ainsi que la résultante finale.
Chacun des aspects que nous allons envisager donnerait en effet matière à tout un volume! Je ferai mon possible toutefois pour que la clarté ne souffre pas de cette brièveté nécessaire.
La première différence que nous avons constatée entre la société et le corps humain est celle-ci : Dans l’homme, la peau, la chair et les os se développent en vertu de la loi générale de l’organisme, mais n’agis sent en aucune façon sur les organes qu’ils protègent, de même que les organes ne peuvent agir sur eux. Dans la société, au contraire, nous avons vu que le sol subissait sans cesse l’action des individus.
Ici, le corps va prendre la forme que des organes ‘ incohérents voudront bien lui donner. Or, quelles sont leurs tendances particulières ? N ous l’avons déjà vu, la tendance des organes du ventre est d’absorber le plus de richesses possible, sans souci de la collec— tivité. Le ventre va donc se développer outré mesure. La société va devenir obèse. Nous allons voir l’être '!'I .
ÉCONOMIE POLITIQUE 237 I'Wi" 'Γ""’T" .".I ‘ '—IM-..r - _,_ 1,... social, avec une tête décharnée, une poitrine écrasée et un ventre énorme. Ce n’est évidemment pas là le type de la beauté et de la santé. Mais cet être social a—t-il toujours manifesté la même tendance? Il est facile de se rendre compte que non. Il y a cent ans, la silhouette était tout autre.
Nous avons un individu presque tout en tête, une tête énorme, toujours pas ou peu de poitrine, un ventre étique. Nous avons là, Mesdames et Messieurs, les deux conséquences bien nettes du dualisme que nous avons constaté et de la lutte implacable, en l’absence d’un terme médian, que doivent se livrer ces deux Opposés : I’Etal et le peuple, le pouvoir et l’économie sociale!
Il y et cent ans, c’est la tête qui vivait aux dépens du reste de l’organisme. Nous connaissons le résul— tat: une réaction terrible qui s’appelle la Révolution française : au fond, 1789 a été la revanche du ventre! Revanche inévitable mais malheureusement aveugle I Nous venons de voir l’excès contraire auquel elle pousse la société.
Il serait intéressant de montrer dans le socialisme d’Etat, tel qu’il est conçu aujourd’hui, un retour àl’an cien état de choses, une nouvelle manifestation des ac— tions et réactions continuelles que doivent fatalement exercer l’un sur l’autre les deux principes en présence.
Mais cela m’entraînerait trop loin; qu’il me suffise de montrer dans l’histoire une trace sanglante du mal que peut engendrer dans une société le microbe individualiste, et, dans le procès-verbal d’un congrès .
2 3 8 L’INITIATION . ..ä._.-. tout récent, la reconnaissance de ce vice d’organisa tion : Il y a un mois environ, un congrès socialiste, dû, je crois, à l’initiative du publiciste américain bien connu Henry George, posait en principe la pro priété collective du sol indépendamment de ce qui le recouvre, et proposait comme moyen, pour arriver au résultat, l’impôt unique de la rente foncière.
Il ne rentre pas dans mon plan de faire la critique des théories que j’invoquerai sur mon passage. Mon but est simplement de montrer dans ces théories la reconnaissance des différents maux qui, selon moi, doivent résulter des différentes infractions à la loi de l’organisme, et de trouver ainsi à la science que j’ai invoquée au début une sanction qu’on pourrait lui refuser de prime abord.
J’essaierai simplement de: montrer en deux mots le côté faible de chacune de; ces théories et je passerai. La théorie de la collectivité du sol repose sur une conception fausse des phénomènes économiques. H. George croit que la cause du paupérisme est l’absorption par la rente de la terre de toute la plus value que fait naître le progrès. On voit alors son raisonnement.
Faisons que la terre appartienne à tous , et tous profiteront de la plus-value! Les richesses qui s’accumulent dans l’industrie et dans le commerce, d’une part, la situation de moins en moins brillante des propriétaires, fonciers de l’autre, combattent assez énergiquement cette thèse pour que je n’insiste pas. L’impôt unique sur la rente foncière ruinerait toute une classe de propriétaires, et cela sans
misa ÉCONOMIE POLITIQUE 239 bien pro n' le r au que lon s la \r(‘D profit pour personne. Socialiser le sol est bien, c’est un premier pas vers la réalisation d’une société vrai ment rationnelle, mais il faut nécessairement socia liser aussi les fonctions, c’est-à-dire la coordination. Faire l’un sans l’autre, c’eSt détruire inutilement l’espèce de logique qui existe dans le mal actuel, c’est précipiter la désagrégation générale.
Nous venons de voir l’aspect extérieur que le corps social doit prendre sous l’influence du principe d’évo lution des organes sociaux. Portons notre analyse sur chacun d’eux tour à tour et voyons ce qui s’y passe. Fidèle au plan que nous avons suivi jusqu’ici, nous allons commencer par les organes dont le jeu constitue ce qu’il est convenu d’appeler l’économie politique. Nous savons en quoi cette économie diffère de l’économie humaine.
Le travail y est individuel et égoïste; il ne reçoit son impulsion que de l’intérêt de chaque individu, au lieu d’être réglé et organisé par une loi sociale; deplus, nutrition et circulation se confondent , puisque chaque individu produit et échange tout à la fois.
Voyons ce qui doit résulter de la combinaison d’élé— ments ainsi composés : C’est toute une théorie économique à résumer; je vais essayer de l’esquisser aussi brièvement que me le permettra l’intelligence d’une question aussi complexe. Le langage courant résume en un seul mot le moteur de tous ces: rouages que nous venons d’expo 3er: c’est la concurrence. Quels vont être les effets de la concurrence sur les
24.0 L’INITIATION individus, sur les organes et sur l’organisme social tout entier, tels sont les trois points que nous allons essayer de mettre en lumière. Ramenons l’économie sociale à ses éléments pri mordiaux. Tout le monde travaille, tout le monde reçoit une certaine quantité de monnaie en échange de son travail; c’est avec cette monnaie que chaque individu satisfait à ses différents besoins.
Connaître le rapport de chaque individu avec la monnaie, c’est donc connaître la mesure dans laquelle il satisfait ses besoins; montrer les lois en vertu desquelles ces rapports sont variés, c’est prédire le sort de tous les travailleurs, et par conséquent celui de la société tout entière qui en constitue la synthèse. Ces rapports sont connus.
Tout le monde sait que [parmi les travailleurs sociaux les uns reçoivent en échange de leur travail un salaire, d’autres un prix de. vente, d’autres enfin des appointements : salariés, vendeurs et appointés, ou, en d’autres termes, ou— vriers, patrons et fonctionnaires, forment donc dans la société trois groupes bien distincts qui ne reçoivent pas la même quantité de monnaie et n’ont par conséquent pas le même mode de nutrition.
Tout le monde est d’accord là—dessus; où les divergences commencent, c’est dans la nature des rapports des individus de chaque groupe entre eux, d’une part, et de chaque groupe avec le groupe voisin, d’autre part, Il est facile de voir l’importance de la question. Si l’on admet en effet que le principe en vertu duquel .ces inégalités existent entre les individus et les groupes est un principe rationnel, on admire les effets de la
ÉCONOMIE POLITIQUE 241 concurrence et on attend d’elle, de son épanouissement complet,le remède aux maux que l’on est bien forcé de constater. Si, au contraire, on déclare que le principe est mauvais, on ne voit dans l’avenir que crises et complications successives, et l’on demande avec ins tance des réformes que l’on considère comme urgentes. Essayons de lire dans les faits la solution de cette Ënigme redoutable.
Si nous recherchons de qui les travailleurs des différents groupes que nous venons de poser reçoivent leur monnaie, nous voyons que les ouvriers la re‘ çoivent des patrons-vendeurs, que les fonctionnaires la reçoivent de l’Etat. Vendeurs et Etat forment donc deux centres distincts qui jouent un rôle prépondérant dans l’économie générale. Nous retrouvons ici nos deux entités rivales dont nous constatons la lutte depuis le commencement.
Mais cet Etat, de qui reçoit-il la monnaie? Il la reçoit par un procédé spécial, l’impôt de tous les travailleurs sociaux, salariés, vendeurs et appointés.
Mais surtout des vendeurs : nous savons, en effet, que l’impôt est assis presque en totalité sur la production et la circulation des marchandises diverses. — Or production et vente de marchandises forment, comme nous le verrons, la caractéristique de la seconde des deux entités économiques que nous venons de voir en présence.
' La vie économique de l’Etat, et par conséquent celle de tout un groupe de travailleurs, les fonction« naires, qui reçoivent de lui leurs appointements, dé— pend donc bien, en résumé, des vendeurs seuls,
242 L’INITIATION puisque nous avons vu que de leur côté les ouvriers dépendent eux-mêmes des patrons de qui ils reçoivent leur salaire. Nous sommes bien en présence du dua— lismefatal. ‘ “ On voit dès lors l’intérêt qui s’attache à la question de savoir si l’harmonie va régner parmi ces travail— leurs et si production et consommation vont suivre une marche ascendante. ..
Les efi‘ets de la concurrence et de la loi de l’offre et de la demande sur les rapports particuliers des vendeurs entre eux sont connus. Ils sont, à des degrés divers, les conséquences des deux premiers caractères de l’économie sociale actuelle que nous avons exposés. Premièrement : l’individualisme , le fait que tout individu n’est guidé dans son travail que par son intérêt personnel et non par l’intérêt de la société.
Deuxièmement: la liberté de production qui livre les différents organes de la nutrition sociale aux hasards de la combinaison de ces intérêts divers, au lieu de les soumettre à la règle que nous avons vue appliquée dans le corps: récepteur, condensateur, distributeur.
Je n’insiste donc pas, je me contente de marquer ici la place d’un développement assez important, et je passe à l’examen d’un fait qui a échappé jusqu’ici et qui vient confirmer d’une façon éclatante la loi que nous avons exposée au début de cette étude. On a étudié les rapports des individus et les rap ports des divers organes de l’économie entre eux, et de cette étude on a tiré les conclusions les plus oppo sées. Cela se conçoit facilement. Ces rapports en eflet ne - .-.ii
ÉCONOMIE POLITIQUE 243 forment qu’une partie du mécanisme économique. Il en est une autre que l’on a laissée de côté et dont l’examen doit pourtant jeter une étrange lumière sur la question : c'est la confusion des appareils de nutri tion et de circulation; c’est la troisième infraction à la loi de l’organisme que nous avons constatée dans l’économie sociale.
Voyons ses conséquences: Dire que nutrition et circulation sont confondues, ce n‘est pas dire autre chose que ceci : tout individu est à la fois producteur et consommateur, vendeur et acheteur. . Chaque fois que dans l’individu le vendeur souf— frira, l’acheteur qui est en lui s’en ressentira nécessai« rement.
Mais si nous voyons que l’acheteur est pré cisément le trait d’union qui l’unit aux autres producteurs, il est facile de voir que le contre—coup se fera également sentir sur ces producteurs eux mêmes. JULIEN LEJAY. (A suzvre.) ä‘Êarrramur ËAGRÉE (Suite.) Mais Hermès, ne l’oublions pas, nous dit aussi: « Il ne te restera plus que des mots gravés sur la pierre, seuls monuments pouvant attester ta réelle piété. »
244 L’INITIATION 4 C’est à l’aide de ces mots gravés sur la pierre, et grâce aussi aux manuscrits, que nous allons essayer de restituer en partie cette belle religion. Le travail que nous allons soumettre au lecteur nous a demandé de longues années de recherches et d’étude, il nous a fallu faire pour ainsi dire œuvre de mosaïste; mais enfin l’œuvre est terminée, et, toute résumée qu’elle soit, nous pensons avoir fait une belle mosaïque.
Si le lecteur partageait cette opinion, nous serions doublement récompensé de notre travail: par le plaisir de l’avoir produit et de le voir quelque peu apprécié ensuite. I. — Dieu Unique. On a dit et répété à satiété que la religion Egyp tienne était panthéistique. C’est là une grosse, très grosse erreur, malheureusement trop accréditée; voilà pourquoi il importe de la réfuter avant tout.
Il existe un Panthéon Egyptien, mais ce Panthéon ne contient des dieux que dans l’imagination de ceux qui ne l’ont pas compris ou de ceux qui ont voulu détruire la religion Égyptienne et la ruiner sous le ridicule. Les mythes et les symboles que nous allons bientôt analyser, tous ces habitants de ce qu’on nomme à tort Panthéon, ne sont que des rôles (personæ diuinæ) de l’ETRE UNIQUE qui n’a pas de second (1), seul dieu adoré en Egypte.
" Dans une remarquable étude sur I’Hymne d’Am— (I) C’est l’hymneà Ammon-Ra qui emploie cette expression: qui n'a pas de secon .
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 245 .2: A mon—Ra des papyrus du Musée de Boulaq, Eugène Grébaut (I) a parfaitement démontré que «l’ensemble des dieux forme la collection des personnes (personæ, rôles, ne l’oublions pas), dans lesquels réside le Dieu Un ». Ces mots: réside le Dieu Un, sont la traduction littérale du texte même de l’Hymne.
Dans cette étude sur Ammon, Grébaut nous donne la véritable conception égyptienne de la Divinité: « L’Egypte monothéiste a considéré les dieux dans son panthéon comme les noms qu’un être unique rece— vait dans ses divers rôles, en conservant dans chacun, avec son identité, la plénitude de ses attributs.
Dans son rôle d’Eternel, antérieur à tous les êtres sortis de lui, puis dans son rôle d’organisateur des mondes, enfin dans son rôle de Providence qui, chaquejour, conserve son œuvre, c’est toujours le même être réu— nissant dans son essence les attributs divins.
Cet être qui en soi, un et immuable, mais aussi mystérieux et inaccessible aux intelligences, n’a ni forme, ni nom, se révèle par ses actes, se manifeste dans ses rôles, dont chacun donne naissance à une forme divine qui reçoit un nom et est un dieu. » Et le même auteur ajoute plus loin avec raison, et après nous avoir dit que les diverses formules égyp— tiennes nous présentent les dieux soit comme engen— drés par le Dieu unique, soit comme étant ses propres membres, Eug.
Grébaut nous dit : « Il faut remarquer que, loin d’être une expression de polythéisme, ces (1) Une brochure in-8, Paris, 1873; 2' édition, Paris, 1875.
246 L’INITIATION formules avaient précisément pour but d’en écarter l’idée. Ce ne sont pas les dieux qu’on adore, au contraire on leur dénie l’existence personnelle ; on adore, sous le nom d’un dieu quelconque, le Dieu caché qui, en se transformant lui-même, en s’enfan— tant pour de nouveaux rôles, engendre les dieux, ses formes et ses manifestations...
Le Dieu qui n’apas de formes et dont le nom est un mystère (telles sont littéralement les expressions égyptiennes) est une âme agissante qui remplit de nombreux rôles, personnifiés par les dieux ; ceux—ci sont des formes procréées, c’est-à-dire animées par l’âme qui les revêt ou, pour nous servir del’expression de l’Hymne elle—même, qui les habite.
Elle circule de rôle en rôle, sans perdre jamais une seule des qualités qui sont de son essence divine.
De quelque nom qu’il l’appelle, sous quelque forme qu’il la cherche, quelle que soit la manifestation sous laquelle il la reconnaît, le croyant la proclame toujours l’âme de tous les dieux, le Dieu unique qui n’a pas son second, et lui attribue toutes les perfections divines. » On voit donc par ce qui précède que, loin d’adorer plusieurs dieux, les Égyptiens n’en reconnaissaient qu’un SEUL, qui, suivant les temps, a pu changer de nom, ou être identifié à une divinité secondaire quel conque.
A l’appui de notre thèse, nous mentionnerons des textes et même des expressions des légendes sacrées ', nous lisons par exemple, à propos de ce Dieu UN : Il est le seul être vivant en vérité !
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 247 Il a donné naissance à tous les êtres et à tous les dieux inférieurs. Il a toutfait et n’a pas étéfait. Il s’engendre lui—même. Cette dernière assertion est peut-être le fait le plus curieux de la doctrine Égyptienne.
Ainsi le dieu RA (le Soleil) s‘engendre lui-même ; à Sais, par exemple, Où il était considéré comme le fils de la déesse Neith (1), on disait qu’il était en fanté, mais n’avait pas été engendré, parce qu’il descendait lui-même dans le sein de sa mère par sa propre vertu.
Voilà donc l’opération du Saint—Esprit bien mieux expliquée que dans la religion chrétienne ; il est bien évident que Jésus a été aussi enfanté par sa mère, mais n’a été également engendré que par sa propre vertu.
Nous pensons aussi que Jésus, arrivé à l’âge de dix-huit à vingt ans, a rejeté son corps matériel pour ne vivre que dans son corps astral qu’il a rendu visi ble aux yeux de tous (qu’il a matérialisé) ; Jésus était donc ce qu’on nomme un agéne‘re. Et c’est ici que le (I) Neith ou Neit personnifiait l'espace céleste ;_elle était appelée la Vache génératrice ou mère e’ne’ratriqe du Soleil.
Diodqre nous apprend que, dans la haute antiquité, l’air (aithçr) etag’t appele Minerve ; c'est sans doute pour cela l'on la considérant au551 comme la déesse de la Sa esse, déesse qui a joué un grand rôle dans toutes les religions. hez les Hébreux, nous voyons dans le Livre de la Sagesse (VIL 21) que c’est une personnalité distincte de Dieu, mais que c’est elle qui a tout créé et tout enseigné.
C’est le souffle de la force divine, c’est une émanation du Tout-Puissant, émanation si pure que sa pureté lui per met de tout savoir,dc tout pénétrer.
Elle cpt souvent représentée assise auprès de Dieu sur son trône même (1X, 4). _ . ‘ e chapitre xxiV de l'Eccle’siaste nous présente la sagesse divine comme toujours présente dans les conseils du Seigneur, et le verset I4. de ce même chapitre nous dit : « J'ai été creee dès le commencement et avant les siècles; je ne cesserai point d'être dans la suite de tous les âges, et j’ai exercé devant lui (Dieu) mon ministère dans la maison sainte. n
248 L’INITIATION sacrifice de Jésus a été admirable, car, vivant dans sa forme, dans son corps astral, il était beaucoup plus sensitif que les autres hommes ; il a dû par consé quent beaucoup plus souffrir, dans le courant de son existence de dix-huit ans à trente-trois ans, que le commun des mortels.
Revenant à la doctrine religieuse des Egyptiens, nous donnerons comme preuve de leur croyance en un seul Dieu le fait suivant : c’est que Aménophis IV, roi très religieux (quoi que certains prétendent), ne voulut en montant sur le trône (et ceci à l’instiga— tion de sa mère Taïa) admettre dans son pays que le culte de Ra (du soleil) représenté par un disque, dont les rayons se terminent par des mains.
Ce grand réfor mateur fit même marteler sur les monuments anté— rieurs à son avènement les noms des divinités autres que Ra. Il n’hésita pas à transporter sa résidence de Thèbes à Tell-el-Amarna, afin de pouvoir donner un plus libre développement à la réforme religieuse par lui entreprise.
L’histoire nous apprend qu’Aménophis IV fut un puissant roi ;les tributs que lui apportaient les Asia tiques et les Ethiopiens, de même que les vastes cons tructions qu’il fit ériger àThèbes, à Saleb et à Tell—el Amarna, peuvent témoigner de la grande puissance de ce pharaon.
Mais, comme tous les réformateurs, il s’aliéna la caste sacerdotale ; aussi, après sa mort, les prêtres voulurent faire eflacer son nom de la liste des souverains nationaux (1). (1) Cf., sur ce règne, les Monuments de Lepsius, 111, 91 et 107.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 249 Aux précédents témoignages en faveur d’un Dieu unique chez les Égyptiens nous ajouterons ceux de Porphyre, d’Hérodote et de Jamblique. Le premier de ces auteurs affirme que les Égyptiens ne connaissaient autrefois qu’un Dieu unique. Hérodote dit également que les Thébains avaient l’idée d’un Dieu unique qui n’avait jamais eu de com— mencement et qu’il était immortel.
Jamblique, grand scrutateur des philosophies an ciennes, savait, d’après les Égyptiens eux-mêmes, qu’ils adoraient un seul Dieu, maître et créateur de l’Univers, supérieur aux éléments, incorporel, imma tériel, incréé, invisible, indivisible; et ce ‘philosophe ajoute : « La doctrine symbolique nous enseigne que par le grand nombre des divinités, elle ne montra qu’un seul Dieu, et, par la variété des pouvoirs émanés de lui, l’unité de son pouvoir.
C’est ainsi que par laient les philosophes égyptiens eux-mêmes et qu’ils s’exprimaient dans leurs livres sacrés. » De pareils témoignages ont, ce nous semble, une tout autre autorité que les plaisanteries plus ou moins grotesques de sectaires intéressés à ternir la religion égyptienne et à réserver à la leur les révéla tions de l’esprit et les grandes et nobles inspirations de l’âme.
Disons encore que l’étude. récente de tous les monu ments mêmes de l’Égypte, les peintures qui couvrent ses édifices, ses sarcophages et ses boîtes de momies, enfin l’interprétation des textes écrits, confirment pleinement ce que nous venons de rapporter. Donc, il ne faut considérer les personnages du
2 50 L’INITIATION - - Panthéon égyptien que comme des êtres, des divi nités secondaires servant d’intermédiaires entre le DIEU UNIQUE et ses adorateurs.
Dans les entretiens du comte de Gabalis, nous trou— vons un curieux passage qui vient corroborer en tout point ce qui précède (I) : « Ceux-là, dit—il, ont rendu ‘ un grand service à la Philosophié (occulte) qui ont estably des créatures mortelles entre les dieux et j l’homme, ausquelles on peut rapporter tout ce qui surpasse la foiblesse humaine et qui n’approche pas j de la grandeur divine.
« Cette opinion est de toute l’ancienne philosophie. i Les Platoniciens et les Pythagoriciens l’avoient prise des Egyptiens, et ceux—ci de Joseph le Sauveur et des I Hébreux qui habitèrent en Egypte avant le passage de T la mer Rouge. Les Hébreux appelloient ces substances qui sont entre l’Ange et l’homme Sadaim ; et les Grecs transposant les sillabes et n’ajoutant qu’une . lettre, les ont appelez Daz‘monas.
Ces démons sont ‘ chez les anciens Philosophes (Hermétistes) une gente aérienne dominante sur les élémens, mortelle, engen 51) LE COMTE DE GAEALIS, troisième Entretien, pages 108, 109 et no. E ition de 167i, Paris, chez Claude Barbin, au Palais, sur le perron de la Sainte—Chappelle; et pages 7I et 72 del‘édition de K.D.CCXV. Amster dam, chez Pierre de coup; cette dernière édition complète est la bonne.
On sait ne l’auteur des Entretiens sur les sciences secrètes est l'abbé de Mont aucon de Villars. (Voir Barbier.) Cet abbé est ne’ en 1635, près de Toulouse, de la famille de Contllac de Villars ; il était neveu du énédictin Montfaucon ;il vint à Paris en 1667 (VI neul de Marville parle du comte de Gabalis, mélanges T.
I, p. 228). — 3 première édition est celle que nous venons de mentionner au commencement de cette note; quand elle parut, le livre fit une espèce de scandale au t‘es des dévots surtout à cause de ces mots: « L‘ancienne religion de nos p res les philoso phes (p. 65 et 66).
La deuxième édition est de 1684. — Ce pauvre abbé mourut assassiné à trente-huit ans, sur la route de Lyon en 1673. ——Ce ni prouve qu'à cette époque, il ne fallait pas étudier et surtout faire es ivres snr l’Occultisme.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 25I Wwqæuw .ä.. _ . . .-v ,— drante, méconnue dans ce siècle par ceux qui recher chent peu la vérité dans son ancienne demeure, c’est— à-dire dans la théologie des Hébreux, lesquels avaient par devers eux l’Art particulier d’entretenir cette nation aérienne et de converser avec tous ses habitants de l’air. . . o . - « Le Théraphim des juifs n’estoit que la cérémonie qu’il falloir observer pour ce commerce; et ce juif Michas qui se plaint, dans le Livre des juges, qu’on lui aenlevé les dieux, ne pleure que la perte de sa petite statue dans laquelle les sylphes l’entretenoient.
Le dieu que Rachel déroba à son père estoit encore un Théraphim.
Michas ny Laban ne sont repris d’idolâtrie : et Jacob n’eût en garde de vivre quatorze ans avec une idolâtre, n’y d’en épouser la fille : ce n’estoit qu’un commerce de sylphes, et nous sçavons par tradition que la cynagogue tenoit ce commerce permis et que l’idole de la femme de David n’estoit que le Théraphim à la faveur duquel elle entretenoit les peuples élémentaires : car vous jugez bien que le prophète du cœur de Dieu n’eût pas souffert l’idolâ trie dans sa maison. » Dans la citation que nous venons de faire, nous ne trouvons qu’un fait erroné : c’est que le comte de Ga balis croit que les Égyptiens tenaient leur philosophie des Hébreux, ce qui est tout le contraire; mais ceci n’infirme en rien les idées exprimées dans notre cita— tion. Après cette digression, disons que de tout temps l’homme a employé pour communiquer avec Dieu de
252 L’INITIATION saints personnages. Cette coutume est constante chez un très grand nombre de peuples et se retrouve encore de nos jours, par exemple en Algérie, à Alger même, où l’on voit quantité de femmes dans les zaouia (1), autour de la koubba (tombeau) d’un marabout.
Ces femmes lui racontent leurs petites affaires: soucis, disputes, griefs envers le mari; enfin elles lui expo sent tous leurs sentiments intimes , afin qu’il leur suggère de bons conseils. Là, autour de la koubba, dans la demeure de leur saint, ces femmes sont bien chez elles.
Aussi faut-il voir comment est parée la demeure du personnage, de leur intermédiaire avec Dieu, qui est trop loin d’elle pour leur esprit étroit et borné et qui est sur tout dans ce même esprit trop grand pour leur humble personne. Revenant aux Égyptiens, nous dirons qu’ils n’ado raient certainement qu’un seul Dieu; c’est là un fait certain, incontestable.
Mais ce Dieu unique, quel est—il P C’est le Dieu inconnaissable, l’innommé, celui qui a toujours été le Dieu de toute éternité, celui auquel les prêtres égyptiens durent donner une forme, une figure, afin que le vulgaire pût comprendre, se repré senter et connaître l’INCONNAISSABLE, qui n‘a jamais en de commencement et n’aura jamais de fin.
C’est pour (1) On nomme 1aouia une petite mosquée réunie à une koubba ou tombeau d‘un marabout (d‘un saint personnage). Très souvent une école et un cours de haut enseignement pour les musulmans sont joints à la zaouia. Une des plus originales et des plus pittores ues que nous con naissions est la zaouia Abd-er-Rahman-cl-Tealbi à A ger Située, à l'extré— mité de la ville arabe. ___ .- ..- a mñfl
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 253 cela qu’ils créèrent Ra (le soleil), qui est le plus ancien dieu de l’Egypte. Sa naissance quotidienne, quand il sort du sein de la nuit, est le symbole naturel des idées de l’éternelle génération de la Divinité. C’est pourquoi l’espace céleste infini est identifié avec la mère divine, N eith. Le soleil, en réveillant chaque matin, de ses lumineux rayons, la nature entière, semble donner pour ainsi dire la vie à tous les êtres vivants; il n’était donc pas de meilleur emblème pour l’Êz‘re Suprême, Ra étant le créateur par excellence, celui en un mot qui s’approche le plus du Dieu Unique par les bienfaits qu’il accorde aux hommes. MARCUS DE VÈZE. (A suwre). @@ A
PA RTIE LITTÉRAIRE 3tA v@l DE KARMA (Suite) CHAPITRE II SOI, TOUJOURS SOI. Émis l’ombre de la nuit marquait l’ombre plus épaisse de Saint-Pierre de Montmartre, derrière ses deux marronniers dénudés, au fond de sa cour silen cieuse. .. Tély avait arrêté là sa marche dans le froid de ce matin d’hiver, là, dans la rue solitaire et noire, fiévreux, désœuvré et cherchant un aliment à son cerveau vide... La petite grille déjà ouverte l’attire : il entre donc, il traverse la cour aux pavés réguliers et discrets, puis il escalade les deux marches et se trouve en face d’une porte, qu’il pousse doucement. Une clarté vague, un crépuscule religieux et tiède
LA LOI DE KARMA 255 remplissait l’intérieur; de l’encens de la veille traînait encore dans l’air, en la puissante nef, au-dessus de la pieuse réunion des chaises vides qui semblaient prier là pour les fidèles absents.
Et Tély est resté bien longtemps dans l’église, faisant à peine un pas de minute en minute, pensif, sous l’obscurité des arcades, passant lentement, alternativement de la pénombre des vides dans la nuit des piliers et promenant sa rêverie au bas des grands tableaux rougeâtres.
Peu à peu, cependant, il arrivait au fond de l’église, comme instinctivement attiré par cette clarté, faible et vague aux grandes portes d’entrée et glissant sur les murailles, et il approchait, distrait,de son foyer mys térieux; il tourne un dernier et large pilier qui le masquait, - et reste tout saisi d’admiration....
C’est d’ici, oui d’ici, que part toute la lumière, — des longues et mystiques flammes des cierges, brûlant immobiles et droites entre l’autel et le confessionnal; —— c’est la veille ardente en attendant le jour aux pieds glorieux du grand Christ dont la tête va se perdre en l’obscurité insondable de la voûte.
Devant cet éblouissement, dans cette splendeur, une femme vue de dos, en noir, sur un prie-Dieu, dans un grand élan d’ardente supplication, a l’air elle—même de la Prière, — prière après la nuit d’insomnie fiévreuse et de lutte désespérée contre la tentation, après la course aflolée dans les rues noires et froides, —- grand cri d’une âme réfugiée aux pieds de l’Eternel.
Mais enfin, les minutes sont révolues; Impéria s’est retournée vers Tély, hautain vis—à- vis des lumières; et le spectacle de cette volontaire froideur
256 L’INITIATION lui est jeté comme l’expression symbolique de la malédiction d’impuissance qui, au bout du don d’elle même et de la si longue et vaine réitération, lui dit inexorablement : tu ne posséderas pas le divin.
C’est donc à toute une partie d’elle-même qu’elle parle quand elle demande, désespérément, à cet homme, qui est là : — Ne peux-tu croire au pouvoir surhumain du Juste qui pour nous, par un effort inconcevable, put vivre et mourir ? de quelle manière oses—tu bien considérer la religion ?
Tély ne la regarde pas, mais, les yeux fixés plus haut qu’elle, répond du fond d’un rêve : —- Femme, secte, pourquoi respecterais-je votre amant, votre Dieu '1’ vous en avez chacune un diffé— rent, et souvent vous en changez ; votre exclusive adoration est naïve... Mais cette adoration. qu’elle est belle au—dessus de tout!...
Le culte peut dépasser les dieux... l’humanité semblerait grande parfois ! —- Est-ce que le Dieu que nous cherchons, le Su prême, n’existerait pas sans nous, des créatures! Est ce nous qui nous dirigeons par tout ce qui nous entoure et nous remplit ? Est-ce un « être de raison »,_ est-ce une hypothèse de philosophe qui créa les cir— constances qui nous prédestinèrent?
Et cette église autour de toi, et tant d’œuvres complexes, les plus gigantesques qu’aient accomplies les hommes, tant de cérémonies, et tant de vies données, tant de sacrifices et d’efforts ne constitueraient-ils qu’un vaste baquet mesmérien destiné à chatouiller une névrose inexpli \ cable, a essayer de remplir, avec du mensonge, le
LA LOI DE KARMA 257 vide intime, cause du déséquilibre perpétuel qui nous fait aller toujours, toujours! Certes je sais bien - et qui ne le sait? —— que nous nous contredisons les uns les autres et nous—mêmes; que, dèsl’impossibilité de tenir nos paupières baissées, nous voilà pris du doute...
A moins que tu n’aies un chemin, toi; oh! dis-le moi alors ! as—tu une œuvre ? je voudrais tant me donner, ne plus me prêter, ce qui est l’infâme, mais me donner... — Oui, c’est cette adoration qui est belle, et qui vous soulève au-dessus du morne ennui et de l’in— certitude.
Mais, tu as raison, il existe des choses sur humaines, — et cette adoration, par exemple, n’est pas seulement humaine, car elle doit avoir même quelque origine plus que divine, puisqu’en nous elle appelle plus que du Dieu. Le doute, son soi—disant et naïf adversaire, n’est jamais que son aurore ; il est comme un souffle qui ne la fait vaciller, cette flamme intangible, que pour l’attiser et pour l’accroîtrel...
Seulement ne t’obstine pas à ton ancien amour fini; le bois consumé, laisse—le, et passe à d’autre; ce Jésus n’était qu’un Dieu, en somme. Fini pour nous, laisse— le retourner au ciel mystique pour d’autres mondes : cherche un nouvel amant, puisque jamais ces dévotes menteries n’ont eu pouvoir sur le passé.
Va, va tou jours, ainsi que la flamme parmi la forêt; son but est de consumer, consumer encore, -— et quant au but suprême, s’il existait, vois-tu, ce ne serait plus un but : la flamme n’aspire, en tuant , qu’à mourir; la racine même et l’idéal du désir, c’est le différent, l’impossible, l’inexistant, le néant... Déjà le ciel n’est 8
2 58 L’INITIATION si beau que parce qu’il est vide, au-dessus de la terre encombrée. L’expression mystique et fiévreusement interroga— trice d’Impéria l’entrainait, une fois encore. — Mais tout changera! Du premier coup, tu as trouvé la Voie en abandonnant tout pour chercher autre chose. Si ta nature le désire, la mienne le veut à tout jamais, je te jure. Mal pour mal, après tout, que du moins le nouveau chasse l’ancien !
D’ailleurs, on souffre moins en agissant qu’en subissant, le guerrier ne sent pas la blessure. Seulement, je te le répète, change toujours, sans cesse ; ne t’arrête pas à ce faux Éternel et jette-toi vers le vrai, vers l’anéantissement central.
Puisque nous sommes dans un âge de transi— tion, puisque la flamme, dégagée de ruines récentes, n’étreint pas encore d’œuvre nouvelle, soyons hardis, ne nous donnons point à ce qui n’est plus, et faisons de la destruction la logique conséquence de l’évidence pessimiste. (Oui, puisque, notre longue patience, puis que nos sacrifices confiants ou crédules, puisque le sacrifice de celui-ci mort dans le doute (il indiquait Jésus dont le sang paraissait ruisseler sur la croix), puisque mon abaissement et le tien, et tout depuis les souffrances de nos mères en accouchant de nous pour un espoir illusoire de perfectionnement ou de salut a été inutile, lançons-nous d’un élan sans peur à l’antique et merveilleuse sagesse des races destruc tives, de celles par qui se remue l’humanité entière.
Celles-là vivent d’accord avec les lois de nature ! méprisant le livre qui leur prépare des esclaves et tout le mensonge des édifices éphémères qu’on nomme
LA LOI DE KARMA 259 des civilisations, et qui jamais ne réussissent, les bonnes races, les guerrières, les hunniques ne les laissent s’élever que pour les renverser bientôt. Dès l’enfance, elles osent résister, selon leur instinct et leur conscience, à se soumettre au servile travail.
Chacun y vit en frappant, s’assainit dans le vent et le combat, y est joyeux avec une aisance qui nous étonne et qui est la récompense de laliberté ;splendi des comme les fléaux dont est tramée la nature, tous y savent mourir dès le déclin de leur force sous la lutte qui les entoure; et, par ce sacrifice héroïque d’une part de leur vie, ils réalisent autrement beau que les doucereusés nébulosités dont nous peuplons timidement le ciel, rien qu’en épanchant à sa face un sang magnifique. — Emmène—moi l...
Soudain, Tély a changé de visage; singulièrement, ses yeux vacillent, signe de défaite. Il les revoit... Encore, partout P... La fuite et la négation ne les ont donc pas fait rentrer dans l’au-delà; ce sera donc toujours l’un d’eux qui aura provoqué ses paroles ?... Baissant la tête, le voilà très pâlequi commence à détacher son brassard avec un geste fatigué de tout et surtout de la pensée.
En vain, Impéria l’obsêde—t-elle: « As-tu peur, maintenant? N’es-tu qu’un parleur, toi aussi ? Non, n’est-ce pas? et l’enfant de ta pensée, toi, tu seras assez brave pour l’avouer et le mettre au jour de la réalité ? » Mais, avec des yeux dilatés, il la regarde : elle aussi, c’est toujours la même ; en elle miroitent tous les aspects de la fantasmagorie. « Non, non », fait-il de la tête obstinément.
260 L’INITIATION -—-—Lâche ! finit-elle par s’écrier révoltée, et elle a disparu dans l’ombre du porche. Vainement, il a voulu la suivre. Et il se trouve seul de nouveau dans l’espace noir et glacé. « Lâche, redit il secoué d’une ironie, n’est—ce pas admirable ? Elle qui n’a pas le courage de se conduire seule, parce que je refuse de prendre charge d’âme me traite de lâche ! C’est inouï.
Et de même, quoi que nous fassions, nous nous trouverons toujours avoir eu tort et un cœur sincère pour nous le crier ! Quel lamentable pèle mêle!...
Où trouver une base, une foi quelconque ? » Une hallucination le saisit : il se sent raidir, sent ses pieds s’allonger, se diviser, s’enfoncer dans le sol ; et sa colonne vertébrale se dresse comme le tronc d’un arbre, tandis que par-dessus sa tête se répandent branches et feuillages, entre lesquels deux fruits pen dent, dont il sent le poids en sa tête.
En même temps, le reste de lui-même s’amollit, c’est une femme, qui semble étreindre le tronc, incapable qu’elle est de se soutenir droite et son bras vide, comme sans os, s’étend faiblement vers l’objet de sa convoitise, vers‘ le double fruit, là-haut...
A peine la vision passée, à peine Tély a-t—il pu s’arra— cher, marcher un peu, qu’il se trouve entouré d’une bande d’hommes en désordre ; comme son brassard pendait, il allait l’afiacher. —- Comment, tu veux l’ôter? c’est bien le moment! nous te cherchions, notre barricade est presque faite, tu sais, et belle encore! Viens. Il les regarde : le bon joyeux, naïf et menteur, qui lui parle; le petit sec qui par derrière lui s’apprête à
LA LOI DE KARMA 261 prendre ensuite la parole; le timide qui l’observe avec des yeux doux et le sourire gêné de quelqu’un désireux de s’asseoir; un grand décharné, qui a l’air exalté pour toujours; un autre tout rond, distrait, qu’ennuient les paroles et dont les mains pleines de terre témoignent en faveur de son récent travail ; d’autres encore. — C’est la fin, vous ne savez donc pas ? Nous sommes repoussés de partout.
A quoi bon ce que vous faites ? Et puis... Je ne veux pas vous comman der, tenez ; je suis dégoûté de tout. Laissez-moi crever seul. — Tu viendras, tu nous dirigeras, puisque tu sais, et que ceux qui savent sont, comme tu l’as dit toi—même, les députés, les commis de ceux qui n’ont pas pu apprendre. C’est ton devoir. Viens. — Devoir?
Oh! niais ! oh l menteurs,—- Il est saoûl l—Non, non, voyez donc ses yeux, il doit avoir le délire. — N’importe! qu’il vienne et se fasse tuer avec nous ou nous sauve ;si non, au mur ! — J’ai le droit, j’imagine, dit Tély ave’c dédain, de me contredire. —- Du tout l' chacune des choses que tu as voulues, souhaitées ou simplement pensées, chacune doit développer ses conséquences pour toi.
Aujourd’hui tu dois nous commander même pour un échec, quand nous l’exigeons; et quand l’échec serait fatal, inévitable, c’est encore toi qui en porterais ensuite la responsabilité, car ilfaut vaincre, entends tu ? -— Soit, alors ! et marchons. O responsabilité, quand ce ne serait que pour ne pas prendre sur moi celle de refuser ce qu’il veulent tous, je t’accepte, inu— tile et fantastique responsabilité ! Et cédant à la hâte du désir de toutes ces choses envi ronnantes, de tous ces hommes et de toutes ces circons
2 62 L’INITIATION tances auxquelles il ne manque, auxquelles il ne faut plus qu’un massacre, il part en tête de la bande en désordre parmi les ténèbres pour lui retentissantes. GEORGES Pour. (A suwre.) L’ESSENCE DE SÛLEII. I vol. in-rz, par PAUL ADAM. —- Tresse et Stock, éditeurs. « Il fallait sauver le peuple chrétien par la vertu même de l’Église: la Charité. Et de nos jours, la cha rité a un nom politique : elle s’appelle le socialisme.
Faire triompher la charité sociale ! Quelle folie extra vagante nous prit de demander aux trafiquants qui forment la bienheureuse constitution parlementaire d’alléger leur fortune en faveur de misérables. « On n’établira la charité que par l’autorité en chassant les marchands du temple. Charité, autorité, le dogme est là, véridique et inéluctable.
Pour avoir cru à la loyauté des trafiquants nous avons perdu la France. » ‘ « Helciasl dit-il, deux mots. Je consens à vous vendre le bloc de mes actions Banque Communale. — Parfait et entendu, Scrive. Vos expériences vont se multiplier dorénavant puisque la question pécu niaire n’arrêtera plus l’essor de votre génie. »
L’ESSENCE DE' SOLEIL 263 Milly Wace intervient. — Monségur, cédez donc votre bloc, d’actions, Banque Communale, à M. Helcias. — Pourquoi Milly ? — Pour payer mes dettes. Vous hésitez, capitaine. —- Je n’ai plus à hésiter. Helcias détient ma part depuis des semaines déjà.
Tandis que les deux initiés s’éloignent, Jahel la Juive, la maîtresse du baron Kleist, s’approche du sémite. — Nous possédons, le baron Kleist et moi, la ma jeure partie de la Banque, dit Helcias, car, à moins que je ne m’abuse, les nombreux achats d’actions accomplis ces temps derniers doivent s’attribuer à ses ordres. .— Perspicacité facile... — Alors le baron me propose alliance ?? ? — Je vous engage à rechercher la sienne. * ar»:æ . a . . . . . . . . n . . . . . . .
Des semaines s’écoulent. Monségur a accepté la mission d’aller prêcher aux riches des républiques équatoriales la parole de la Banque et d’organiser pour le compte d’lsraël l’accaparement des métaux, tandis que Scrive a poursuivi ses expériences. Elles ont échoué. « Scrive marchait parl’abîme des rues abruptes sous la bande fuligineuse du ciel.
Les creusets éclatés, les alambics troués, les matières précieuses disséminées par le désastre de l’explosion, aura-til le courage de
264 L’INITIATION .—==-—-—-—«-——— revoir ces débris jonchant le soldu laboratoire subur— bain ? « Quel gnome jaloux de la science adamique souffle le maléfice sur la coction des germes prêts à rendre en vapeur sublimée l’essence de soleil pure d’alliages et de mixtures, l’essence mère des métaux générateurs P » Sa vie maintenant, il la voyait sans but, le destin lui défendant l’arcane...
Devant la porte ogivale d’un couvent, au père qui le salue d’un geste de connaissance, Scrive répond gravement, puis le précède jusqu’à la cellule du direc teur. Le vieillard se lève de la table couverte de volumes, et, rejetant les plis de sa blanche robe mon cale, il tend les mains : ‘ —— Enfin, mon fils... Cette même après—midi, une grande assemblée se tenait à la Banque Communale.
Le baron Kleist songeait: « Soumis, Monségur, le prophète, le distributeur d’idées, soumis, subjugué, dépourvu jusqu’au dernier louis de ses actions, du journal, de toute sapuissance, et devenu simple commis voyageur de la banque créée, vulgarisée par cette éloquence.
Soumis, Scrive, l’inventeur des mille et un miracles dont se décu— plaient en valeur les performances de l’entreprise, soumis et dompté par son appétit de savoir, déchu de ses brevets, mendiant àla merci de l’aumône. Helcias séduit par la face altière de Jahel jetait au creuset commun tout ce qu’il avait acquis par sa prudence.
L’ESSENCE DE SOLEIL 265 De sa vie Suarès avait payé le respect craintif des malveillants à l’égard de l’association. Soumis, Vaubert, le farouche laeder des gauches, dont le nom seul signifiait probité, justice, Jus, le Droit, comme portait la devise répétée à toutes les rosaces des tentures.
Le maréchal Liméric lui-même, l’élu du peuple, attendait là le bon vouloir de sa parole, l’élixir unique, dont lui, Jacob Kleist de Coblentz, baron d’empire, comte romain, chevalier de l’Aigle rouge, demeurait le dispensateur souverain.
« Lui, dans sa forte main de Machabée statuaire, amassait toutes les volontés prises à l’engrenage pour en pétrir le destin victorieux d’lsraël l... » Les portières soulevées permirent l’entrée aux chefs des douze tribus, les Lévi, les Kahn en tête, gras, magnifiques sous les habits fins et noirs Où reposaient les frisures des barbes d’Orient et les teints olivâtres de Judée. .
« Circulairementils s’assirent, heureux d’examiner le planisphère peint aux murs, si rayé maintenant des tracés marquantles communications de laBanque Communale sur la planète.
Les repères rouges cou— vraient tout comme une lèpre, villes et monts, les lignes des railways et les parcours des paquebots, les golfes commerçants et les plaines agricoles, les îles aux précieuses essences et les volcans riches en soufre, les archipels où se pêchent les perles royales et les plateaux qui nourrissent les bêtes à toisons. » Helcias prit la parole: ' «Il est bien douloureux, messieurs, dit-il, qu’au milieu de tant de succès, il nous faille enregistrer un
266 L’INITIATION deuil.
Le capitaine de Monségur, qui naguère encore, contribuait par sa grande intelligence et son esprit d’initiative non moins que par son admirable talent d’orateur aux premières victoires de notre œuvre phi lanthropique, le capitaine de Monségur vient de trouver une mort affreuse en accomplissant, avec l’énergie que vous lui connaissiez , l’importante mission de _ propagande dont l’avait chargé votre confiance. » « — Digne fin d’un pandour ! » jugea le baron Kleist, en haussant ses épaules. w .1.
Dans cet article, composé presque entièrement de citations glanées çà et là et raccordées pour leur donner un sens, je n’aiparlé ni des brillantes qualités du styliste, ni de la profondeur des vues du penseur et du psychologue. Mes efforts ont visé surtout à rendre l’impression voulue par l’auteur ; puissé-je du moins inspirer à qui me lira le désir d’étudier plus à ' fond une œuvre aussi remarquable. G.
MONTIÊRE. ŒA aune Puisqu’il en est qui n’ont que depz’euses craintes; Altières comme l’aigle et comme mon espoir, Mon Dieu lpuisqu’il en est, le long des routes saintes, Sur qui se réfléchit l'argent sombre du soir;
LA REINE 267 .wz., ...... . _, . .U Mrï N ; TWVM» - Puisqu’il en est, pourtant! qui, par toi—même ceintes, Couvrent de leurs grands cils un rêve doux à voir ; Puisqu’il en est qui sontdlgnes de mes étreintes, De l’étendard de flamme et du gantelet noir : 0 toiqui connais seul ma splendide pensée Et quelfeu de bonheur couve au creux de mes yeux / 0 toiqui connais bien mon âme délaissée, Éternel ! guide—moi vers les mystérieux Chemins joyeux et que mon amour fasse reine Une de celles-là dont le front sérieux Reflète de la nuit la beauté souveraine.
F ERNAND MAZADE. ‘BIKLE©@RNËIËIHE x. Le Livre de l’Amour, traduit du tamoul par M. de Barriges de Fontainieu. Paris, Lemerre, 3 lr. 50. Qu’est le livre oriental traduit par M. de Fontainieuv devant l'éternelle et occulte norme manifestée dans nos pays sous les formes catholiques? Un corps sans âme et sans pensée.
Certaine classe de lecteurs, alléchée par le titre de l’œuvre et l’érotique renommée du pays fabuleux, ferme le livre, indécise, et secrètement trompée dans son attente d’émotion. Une autre, plus distinguée, mais au jugement hasar deux, devant une impression analogue, pour sortir de l’indéfini, analyse, et, égarée par une lueur, s’arrête et conclut victorieusement à la sérénité plastique, donc à la supériorité de la race orientale. Tous les deux ont senti l’inquiétude du vide: un pas
268 L’INITIATION , de plus, et l’analyste aurait aperçu l’évidente clarté du théorème que je dois confirmer. Un pas de moins, il n’a vu que l’analogie d’un contraire. Certes Michel—Ange caressant le Torse à son lit de mort ressemble, pour un œil grossier, à la brute sensuelle (étonnant sur sa femelle. La bête ni l’ange ne pleurent. Oui, le jugement doit être inflexible; mais faut-il soi même être impitoyable ?
Pouvons-nous tourner d’un œil irrité ces pages où les versets nous offrent sans ma— lice leurs gracieuses images ? Désarmons devant la can deur dela charmantebête. J’admire, quant à moi, cette vie simple et nue inconsciente de sa perversité, où les formes se développent librement, où les mouvements se ryth ment harmonieusement. Nultrouble nul scrupule : c’est l’épanouissement de l’instinct.
Je dis plus: il peut être doux à l’esprit, dans son aride et solitaire chevauchée, de se reposer, sans s’y attarder, dans ces caressantes et endormeuses oasis. Merci donc, pour tous les fidèles du Beau, àM. de Fontainieu qui a.choisi, dans des régions aussi lointaines dans le temps que dans l’espace, une perle littéraire pour en embellir un de nos instants et qui l’a fait passer dans notre langue avec tout l’art d’un parfait écrivain.
GARY. * )æ >+ Huit jours chez M. Renan, I brochure par Maurice BARRES: 1 fr. Paris, chez Perrin, librairie académique. Les exemplaires du petit chef—d’œuvre de Maurice Barrès, enlevés en quelques semaines des vitrines des librairies, étaient devenus introuvables; aussi Perrin en publie-t-il une édition nouvelle, jolie comme son con tenu, augmentée d’une préface et légèrement modifiée par endroits.
« J’essaie, dit l’auteur, un dialogue dans la manière de ceux que Platon aimaginés pour peindre mieux, chez son maître Socrate, l’attache des idées et de l’homme. » M. Renan, parait«il, a cru devoir protester contre ces pages. Barr‘es s’en étonne, à jUSte titre pensons-nous. Nos amis Polti et Gary, dans leur théorie des tempéra— ments, expliquent le lot de chacun; le célèbre académi—
BIBLIOGRAPHIE 269 \ ... ___ _ _‘ ‘ .‘ m ( cien n’échappe pas à la loi commune : homme, il a son tempérament, ainsi que les autres hommes, et, si l’on connaît la partition, n’est-ce pas une jouissance intel lectuelle permise d’étudier la façon dont une puissante individualité mènera l’orchestre ? . Chez le Renan instinctif, le sentimentalisme et l’en thousiasme s’enve‘loppent de douceur, de sensibilité et de patience.
Il rit du désir, voit comiquement le sale et le grossier, mais possède un fond d’ardeur mélancolique qui le rend convaincu dans ses opinions et lui inspire un grand sérieux pour ses propres sentiments, avec ten dance à les exprimer en paroles mignardes. Ses gaietés gardent sans doute quelque chose d’enfantin.
Tendre par accès, facilement religieux, il a le sentiment inné de lajustice et des admirations sincères; bonheur, beauté constituent ses deux idéals. Sa mémoire excellente lui rend attachants les rappels de souvenirs auxquels il de meure fidèle, s’habituant volontiers. Peu de volonté, de la ténacité plutôt. Les impressions, dans son esprit, cou vrent les impulsions.
Des goûts économes, de la gour mandise, beaucoup d’hypocrisie, des poussées envieu ses, et surtout une insurmontable nonchalance. Mais quelle harmonie d’ensemble une âme d’élite dé— gagera-t-elle de ces notes disparates ? Maurice Barrès va nous l’apprendre. Je cite les débuts du premier chapitre. Il imagine une huitaine passée en Bretagne, à Perros— Guirec, dans l’intimité du maître.
« Pendant le dîner qui fut simple, M. Renan vint à parler d’un jeune homme de Perros-Guirec : « —— C'est un excellent esprit ; il est instituteur près de Versailles; il voudrait quelque avancement dont il est digne ; je l’ai recommandé à mon ami le vice-recteur de l’Université de Paris. J'ai écrit cette lettre avec plaisir. Et je fais valoir que son frère est mort au Tonkin.
« Il aurait continué de la sorte; un ami qui se trouvait àcôté de moi et que j’ai lieu de croire professeur du Collège de France, avec un sourire et un peu d’impatience l’arrêta : (-—Mon cher maître, vous n’avezrien écrit, quoique je vous aie prié souvent de penser a ce jeune homme.. . »
2 70 L’INITIATION « — Je l’ai oublié ? J‘en suis fâché... Il faut l’avouer, j’ai des distractions. C’est que je suis un passionné, le plus passionné des hommes... J’ai toujours rêvé de m’en fermer dans une œuvre idéale. J'ai fait ma vie pauvre, pleine d’émotions intimes, exempte des soucis matériels et des influences extérieures...
Je m’en suis tenu aux choses de l’âme, je suis un prêtre... ) Après cette présentation d’une si intense acuité de vie, Barrès consacre les chapitres suivants : En promenade, Dans sa bibliothèque, Dansles coulisses,à une analyse minu tieuse des habitudes de l’illustre écrivain.
Ilmontrel’écra sante bienveillance de Renan due à son esprit du monde ( né de la clairvoya nce d’un haut esprit résigné à l’irré médiable bassesse du plus grand nombre des minutes que vivent les hommes et qu’il vit soi-même n. Puis c'est le culte des souvenirs, l’amour pour le pays natal, pour la Bretagne : « Une idée excessive de leur savoir a seule poussé ses compatriotes à le repousser autrefois ; ils l’ont toujours aimé sans qu'ils le sussent. ) Ensuite parlent les échos d’antan; l‘homme en germe dans le bambin, le jugement de l’œuvre produire, les ambitions, l’opinion sur les critiques formulées. — Cette phrase termine: «Ah lque la mort de M. Renan sera intéres sante !
Servi par sa merveilleuse clairvoyance qu’aiguise une impressionnabilité sans cesse vibrante sous le contrôle d'une inflexible logique, armé de sa fine ironie, de sa délicatesse exquise et de la magie de son style, Maurice Barrès a vraiment su parler de Renan c sans la moindre préoccupation de lui plaire ou déplaire, simplement en familier de son œuvre », et, toujours respectueux bien qu’impartial, nous a révelé tout entière.sans l’amoindrir, a cette personnalité si complexe et si fuyantc n. G.
M. ë’Uua Ésousa On nous adresse de Nancy une Note que nous insé rons bien volontiers; non point qu’à notre gré la ques ’aif'
UNE RÉPONSE 271 tion s’y trouve élucidée, tant s’en faut: mais l’auteur y trace quelques lignes qui pourraient, à un certain point de vue, servir de commentaire àce texte du Zohar: ( Liber occultationt‘s est qui describit libraiionem bilancis... « Hæc bilanx PENDET IN LOGO, QUI NON EST. > (Siphra d’Zeni/zoûtha, I, I-5.) Puis cette note renferme une pensée très juste, ton— chant l’immutabilité de l’Absolu.
En effet, dire qu’Ai‘n-Soph (ou Parabrahm) se diffé rencie, c’est exprimer une idée vraie en termes très inexacts. Il est un axiome qu’on est trop tenté d’oublier: — « Quel que soit l’indéfini qu’on suppose retranché de « l’Infini, quel que soit le relatif qu’on suppose retranché « de l’Absolu, l'Infini reste infini, l’Absolu reste absolu. » (Le Serpent de la Genèse, livre III, chap. 1.) L’auteur de la note qu’on va lire l’a. fort bien compris.
Nous recevrons toujours avec plaisir des communica tions dans le genre de celle—ci. Prions seulement nos correspondants de se faire connaître à l’avenir. Les articles peuvent rester anonymes à l’égard du pu blic; mais le Comité de rédaction doit en connaître les auteurs. Cela dit, reproduisons la note de notre correspondant nancéien. . S. DE G. Nancy, 19 mai I890.
Pourquoi Parabrahm s’est—il difl'érencié? (Question de M. Lermina dans sa Magie pratique.) Parabrahm ne s’est jamais différencié. Il y aurait d'abord la, comme le prétend M. Lermina, une iniquité révoltante. La théorie séphirotique de l‘émanation ne nous en— seigne pas la création :elle n’est que le voile d’un mystère plus profond. En l'Absolu existent des points géométriques qui sont neutres.
L’amas de matière cosmique non différenciée qui les constitue est à l’état d’équilibre ou de mort; l'essence qu’elle renferme ne peut se délivrer de cette
2 72 L’INITIATION forme que par l’évolution qui va provoquer le mouve ment. « L’esprit de Dieu, nous enseigne la Genèse, se mou— vait en puissance sur la surface des eaux, » c'està—dire englobait la matière primordiale.
Puis,continue le récit, ( il sépara la terre des eaux ). — Voilà la différenciation, la multiplicité qui apparaît, la chute d’Adam-Ève, en un mot, et la désintégration continue jusqu’à ce que la nébuleuse ait formé l’immen-- sité étoilée que nous connaissons.
Prenons la Terre, séparée du Soleil, dans son premier état de nébulosité: en vertu des lois de l’analogie, elle devait être habitée par des êtres représentant le règne hominal — et, dans une sphère gazeuse, ses habitants devaient forcément avoir une constitution semblable.
En effet, la tradition nous parle d’une première race très grande, tres légère, — incorporelle, pour ainsi dire La Kabbale, parlant de la chute d’Adam-Ève, nous dit que Dieu leur donna des peaux de bête comme vête ment: — c’est le passage de la planètqde l'état liquide à l’état solide. Cette chute n'est qu’une analogie avec la différenciation primitive du Cosmos.
On ne peut dire que cette hypothèse des points neu tres modifie l’Absolu; ils n’ont d'existence que par rap port au fini; mais pour Parabrahm, ce ne sont que des lieux sans existence réelle.
Notre univers n’est peut-être qu’un atome dansant dans un rayon de soleild'un monde qui nous dépasse plus formidablement que nous ne pou vons l’imaginer. - L’Absolu agit éternellement sur les points neutres, où commence, continue et finit incessamment l’évolution, dans les siècles des siècles. -—- Amen. AOUR. * an 4 Une œuvre humanitaire. — L’hôpital de la faim. — M. L. Encnusse et son projet. —- Appel à la Presse spirite et spiritualiste.
Chaque jour les journaux enregistrent le suicide de désespérés qui, mourant de faim malgré leur volonté de travailler, ne peuvent résister plus longtemps à leurs
mise ”W"?W' "-e"'“ "*« .-.-.-.‘_-_,r., - > _ ŒUVRE HUMANITAIRE 273 souffrances et préfèrent en finir de suite avec la vie. Par fois des malheureux s’affaissent tout à coup sur la voie publique -— morts de faim. Il y a là un véritable crime Social auquel les citoyens doivent porter remède eux-mêmes, si le gouvernement est impuissant à le faire. Cependant l’Assistance publique a bien intérêt à bien considérer la question.
L’on se plaint, en effet, que les hôpitaux sont chaquejour plus encombrés et deviennent de plus en plus insuffisants. Cet encombrement est causé par les malades chroniques qu’on ne peut renvoyer, mais qu’on ne peut pas non plus guérir; la phtisie pulmonaire, qui fait à. Paris plus de 20.000 victimes par an, est un des facteurs les plus importants de cet encombrement.
Or l’homme qui n’est plus soutenu par une nourriture suffisante est en état constant de réceptivité, suivant une expression devenue classique, et prend très facilement les germes de toutes les maladies courantes.
Si l’on avait pu soutenirà temps ces malades, ils auraient pu résister facilement à l’infec tion tuberculeuse, et quelques grammes de viande donnés alors auraient empêché l’envahissement d‘une maladie chronique que des kilos de médicaments et de sirops sont impuissants à guérir.
D’autre part, l’homme qui a la fièvre n’a besoin que d'un lit pour se reposer; mais l’homme qui n’a aucune affection, qui est encore robuste et à qui sa famille demande du pain, alors qu’il n’en a pas pour lui-même, que peut-il faire? Il ne peut que se révolter contre une société qui le condamne à mort ainsi que les siens, et souvent il va grossir le nombre des malfaiteurs, résolu à tout plutôt qu’à voir ses enfants mourir de faim. —.
Prisonnier, il coûtera bien plus à l’Etat qu’il n’aurait coûté à satisfaire avant son désespoir. En supprimant la cause on supprime tous les effets. Supprimez la possibilité de mourir de faim, et vous sup primerez de ce fait la moitié et même plus des malades hospitalisés et des malfaiteurs.
Il existe un hôpital de convalescents pour ceux qui sor— tent des hôpitaux, non encore guéris complètement; il n’existe pas un hôpital de prévoyance pour empêcher l’éclosion des maladies ou des vices. C’est pourquoi
2 74 L’INITIATION ..||rq nous venons soumettre à nos lecteurs l’idée vraiment humanitaire d'un chimiste contemporain déjà connu honorablement pour ses travaux scientifiques: M. Louis Encausse.
Cette idée, appuyée sur les motifs que nous avons énumérés ci-dessus, consiste à créer avec des res sources qu’il faudra trouver, un HÔPITAL DE LA FAIM Cet hôpital serait organisé de telle sorte que les pau vres honteux, comme les malheureux en général, n’au— raient pas à rougir de l’assistance qu’ils recevraient et pourraient être secourus discrètement. Au point de vue pratique, M. L.
Encausse pouède des modèles et des plans complets d'installation, permet— tant de supprimer en grande partie le personnel et de réduire les frais au minimum. Le service se fait presque mécaniquement et toujours d’une façon invisible.
C’est ainsi qu'on peut arriver à donner un repas composé de 125 grammes de pain — 100 grammes de viande — 100 grammes de légumes et 175 grammes de soupe grasse au pain, repas qui revient à I5 centimes et demi à l’administration de l‘hôpital, à condition, bien entendu, que personne ne veuille réaliser des bénéfices; car Il s’agit là d’une œuvre humanitaire, et non d'une entre— prise industrielle.
On pourra dire que cet hôpital entretiendrait la paresse; mais ne vaut—il pas mieux dix paresseux que cent malades et vingt malfaiteurs? Lesquels coûtent le plus cher ? De plus, les tribunaux pourront condamner avec la dernière rigueur ceux qui auront commis des délits graves, car alors il n‘y aura pas l'excuse de la .faim. Faut-il demander au gouvernement une loterie pour réaliser cette idée?
Faut-il s’adresser aux personnes tou jours prêtes à aider les grandes œuvres humanitaires ? Nous n'avons pas à traiter cette question ici. Nous avons voulu appeler l’attention de nos lecteurs sur une idée que nous croyons pratique; nous serons reconnais sants à nos confrères de la Presse spirite et spiritualiste de la répandre, et nous engageons les lecteurs qui vou— draient de plus amples renseignements à s'adresser au
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 275 promoteur de l’œuvre : M. L. Encausse, 16, rue Rodier, Paris. GROUPE i[NDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES INAUGURATION DE LA SALLE DE CONFÉRENCES Le vendredi I6 mai 1890, le Groupe a inauguré sa salle de conférences devant une salle comble.
La séance a compris trois parties. -—-La première, présidée par JULES LERMINA, a été consacrée aux souhaits de bienvenue et à l’exposé du but de la nouvelle fondation du Groupe, par le Président et LUCIEN MAUCHEL. Dans la seconde partie, présidée par le prince Wis— niewski, PAPUS a montré l’application des trois règles de la Magie pratique : Savoir souffrir, s’abstenir et mourir, dans tous les cultes tant anciens que modernes.
Il apar ticulièrement insisté sur l’organisation religieuse et so ciale des peuples de l’Afrique et des Peaux- Rouges qui représentent d’anciennes civilisations. — STANISLAS DE GUAITA a obtenu un succès bien mérité en lisant un charmant extrait de Louis Menard intitulé le Diable au Café.
Stanislas de Guaita présida la troisième partie de la soirée, dans laquelle LUCIEN MAUCHEL déclama la poésie que noslecteurs ont pu voir dans l’Initialion ; et le ma gnétiseur REYBAUD vint montrer les phénomènes les plus remarquables de Magnétisme, grâceà son sujet fort bien présenté. L’assistance émerveillée lui adressa de chaleureux remerciements. Le Président leva la séance à Il heures. La prochaine réunion aura lieu le 30 mai.
Le secrétair e, STEVENARD. Séance du 30 mai 1890. Autant de monde qu’àla première. PAPU5 fait une con férence sur le Babysme; LUCIEN MAUCHEL rend compte
2 7 L’INITIATION des progrès du Groupe ; POLTI fait une lecture fort applaudie tirée de Louis Ménard. —-—Le Voile d’Isi3 ana lyse en détail cette soirée. COURS Mercredi 4 mai, a commencé le cours de The‘osophie devant une assistance choisie. Ce cours, complet en quatreleçons, se continuera tous les mercredis suivants, au siège du Groupe, 29, rue de Trévise, à 8h.
1/2. —Tous les membres du Groupe et des sociétés adhé rentes pensent y assister, ainsi que les abonnés de la Revue. Chaque cours se termine par une discussion contra dictoire entre les membres présents. Le cours de Théoso— phie est fait par Papus. Le cours de Physiognomonie, par MM. Polti et Gary, commencera incessamment. LE « VOILE D’ISIS ) Le premier numéro du Voile d’Isis a paru, et dé sormais le Bulletin sera régulièrement envoyé aux abonnés.
Ce numéro contient une intéressante chro— nique d’AUGUSTIN CHABOSEAU. SALLE DE LECTURE La Salle de Lecture du Groupe est ouverte aux membres du Groupe et des Sociétés adhérentes. Le prix du Cachet est de 0,25 c., 30 cachets 5 fr. —— Plusieurs lecteurs lafréquentent déjà régulièrement. Nous faisons appel à tous les dévouements pour la Bibliothèque d’0ccultisme. Tous les dons de livres seront reçus avec reconnaissance.
La Bibliothèque du Groupe compte déjà 250 volumes ; à nos amis d’augmenter le nombre. LIBRAIRIE Rappelons à nos lecteurs que la Librairie du Merveil leux, 29, rue de Trévise, leur fournira au meilleur compte tous les ouvrages dont ils pourraient avoir besoin, et cela très rapidement. C’est la seule librairie de ce genre existant à Paris.
BULLETIN MAÇONNIQUE ’ 277 iBuaaarru Maçoumua Le courant occultiste se manifeste de plus en plus puissamment dans la Franc-Maçonnerie. — Les esprits, naguère encore les plus récalcitrants aux idées spiritua listes, s’intéressent maintenant à ce qui ne leur paraissait tout d’abord qu’entravagance pure.
C’est ainsi que les membres d’une Loge parisienne, connue pour ses tendances révolutionnaires, ont été vivement impressionnés par une communication récente de son vénérable sur le Spiritisme devant la Science. Le conférencier n’était autre que le f.'. Cesbron, prési dent du Groupe zWaçs. d’Etudes Initiatiques. —Abordant la question avec beaucoup de tact, il s’est borné à faire pour ainsi ’dire une analyse du livre du f.'.
D“ Gibier sur le Spiritisme ou Fakirisme Occidental. Il s’est maintenu strictement sur le terrain des faits, sans ris quer aucune hypothèse hasardeuse relativement à leur interprétation. Cette réserve prudente a produit le meilleur effet, puisque les assistants, désireux d’en apprendre davan tage sur ces matières, ont décidé de maintenir le même sujet à l’ordre du jour des travaux de la Loge.
Ce fait démontre qu’il y a en Maçonnerie beaucoup plus à faire qu’on ne le pense généralement. Il suffit de présenter les chosesàun point de vue rationnel, pour rallier à son opinion tous les chercheurs de bonne foi, que n’aveugle aucun sectarisme étroit, aucune intolé— . rance fanatique.
Or, dans aucun milieu de la société contemporaine il n’y a Sous ce rapport autant de ressources que dans la Cette institution est douée d’unevitalité intense propre à lui faire surmonter victorieusement les crises les plus dangereuses.
Dépositaire des traditions pratiques de l’Initiation, la M.-. doit remplir dans le monde la plus glorieuse des missions ;qu’on ne craigne donc pas de la voir sortir parfois de sa route normale.'Ce sont là des accidents . ____T278 L’INITIATION ayant leur raison d’être.
Ils servent à réparer certaines erreurs et contribuent à éliminer des éléments nuisibles; mais en réalité ils finissent toujours par ramener avec plus de force la Maçonnerie dans la voie stricte de ses destinées providentielles. OSWALD WIRTH. Œa @aassa I° QUOTIDIENS.
L‘Echo de Paris du 13 mai publie une importante étude d’EDMONO DECHAUMES sous le titre ( Bouddhisme et Théosophie ) (2 colonnes). - et Merci au PARISIEN du Motd’ordrequi, le 2.1 mai, a fait un < Bavardage ) des plus intéressants au sujet des expé— riences de M. Pelletier publiées dans le n° 8 de l’Initiation.
0 on Le 28 mai, l’un des plus importants journaux de Paris, le Gaulois, afait paraître, sous la signature de PAUL ROCHE, un article fort bien écrit sur « l’Occultisme ». 11 est impossible de mieux résumer tant d‘idées dans un si court espace.
En deux colonnes M. Paul Roche trouve moyen de parler des doctrines de la Magie, des princi pales écoles et de leur importance, de l’Initiation et de son action, etde l’avenir assuréàce mouvement nouveau. u un Le même jour, la Souveraineté, sous le titre de Ka-Ro Sny, publiait une chronique-charge des auditeurs mon dains qui sont au cours de M. Léon de Rosny.
I Un Dans le Temps du 1" juin, M. ANATOLE FRANCE veut bien tracer, à propos du Collège de France, la phrase suivante : Cette antique maison a cela d’aimable qu’elle est ouverte à toutes les nouveautés. On y enseigne tout. Je voudrais qu’on y enseignâ’t le reste. Je voudrais qu’on y créât une
LA PRESSE 279 chaire de magie pour M. Papas et une chaire de socialisme dont M. Delahaye serait le titulaire. M. Anatole France a droit à nos plus vifs remercie ments pour cette insinuation discrète. —— « Puissent nos gouvernants.... ), etc... (Voir Le Monde où l’on s’ennuie). 2° PÉRIODIQUES. Le dernier numéro du AIoniteur Spirite et Alagne’tique de Bruxelles (15 mai) est en tous points remarquable.
En tête nous trouvons un article de METZOER intitulé llle’diums et Groupes, qui mérite d’être lu par tous ceux qui s’intéressent aux phénomènes spirites. — Le Bulletin Parisien, signé B. SYLVAIN, est des plus instructifs et des mieux faits. C’est une revue complète en quelques pages, avec de nombreuses citations suggestives du mouvement dans ces derniers temps.
Voila un journal bien vivant et digne en tous points du succès qu’il obtient. !'1 La Revue Spirite contient dans son dernier numéro divers discours prononcés sur la tombe d’Allan Kardec le 31 mars. Le succès de l‘occultisme est constaté par tous les auteurs, qui invitent les spirites à suivre l’exemple de leurs alliés. Dans cette revue, M. A. Vincent attaqueles théories de Donald Mac-Nab sur le corps astral.
L’auteur de l’article ignore malheureusement les données élémentaires de l’occultisme et confond entre elles une foule de revues qui n’ont aucun rapport. Il ignore aussi que l’Initidtion est une revue indépendante. e sur Nous ne recevons pas le journal leSpiritisme, et nous ne pouvons, par suite, en faire l'analyse. un au La Religion Universelle. — Ce qu’est le Socialisme, ce qu’il doit être ; excellente étude de Ch. Fauvety.
1. et La Tradition contient des études à lire pour les occul tistes surles divers Folklore belges, anglais, polonais, etc.
280 L’INITIATION --. -. — _.|‘l - . Revue des Sciences psychologiques illustrées. Suite des études de Moutin. Intéressant article de Louis Jacolliot sur les origines de la Vie et l‘École pastorienne. L’Avem'r de l’Humanité, fort bien imprimé autographi quement, parait tous les mois. C’est un nouvel organe spirite et magnétique publié par le Groupe de Douai.
Nous conseillons vivement à tous nos lecteurs de demander un numéro spécimen à M. Jésupret, 6, rue Neuve-Notre-Dame, à Douai.
Nouvmms avsmsms NOTRE PRIME GRATUITE Désireux d’offrir à tous nos abonnés un gage de satis faction personnelle et peu ordinaire, nous avons l’hon— neur de les informer que nous fournissons gratis à tous ceux qui en font la demande UN SPLENDIDE POR TRAIT peint à l’huile, par un artiste de Paris, bien connu (M. DUGARDIN, 84, faubourg Saint-Honoré). — Il suffit d‘adresser au bureau du journal une photogra— phie en indiquant la couleur du teint, des cheveux, des yeux et des vêtements.
Pour les frais de correspondance et de port, joindre la somme de i f. 05 (soit 7 timbres—poste de 0,15). * 44 LE succès MATÉRIEL DE « L’INITIATION » C'est avecioie que nous constatons le succès matériel de l’Initiati0n. Les services ont été réduits de x50 lorsque M. Carré, éditeur, devint propriétaire de la Revue.
Malgré cela, le nombre des lecteurs a tellement augmenté, qu‘à dater de ce mois nous augmentons de 100 exemplaires le tirage, déjà élevé, de l’Initiatian. Deux cent cinq nouveaux abonnés sont venus dans les quatre derniers mois. * :ææt
NOUVELLES DIVERSES 28[ CONFÉRENCES DE LA SALLE DES CAPUCINES Tous les quinze jours, le lundi, Papus a fait, a la salle du boulevard des Capucines, une série de conférences qui ont obtenu le plus grand succès. Les divers points de l'Occultisme ont été abordés dans cette série, ainsi du reste que les théories de toutes les écoles amies. L’hiver prochain, Papus fera de nouveau l’étude de ces questions au même endroit.
Remercions le Dr Louveau d’avoir fourni à l’Occul tisme un terrain de propagande si élevé et si favorable. De nombreux membres nouveaux sont venus en effet à. l’Initiati0n et au Groupe à la suite de ces causeries. ‘l' 4-.
DÉMISSION DE ( L'HERMÈS ) A la suite de la violation par le Président de la Société Théosophique Hermès des articles I9, 4 et 16 des statuts de l’Hermès et d'un article formel des statuts de la Société Théosophique d’Adyar, tous les membres sui vants ont donné leur démission, en maintenant du reste les rapports fraternels avec ceux qu’ils sont forcés de quitter : F.-Ch. Barlet (M. S. T.), Papas (M. S. T.), J. Lejay (M. S. T.), Polti (M. S.
T.), L. Mauchel (M.A. H.). B. 1?. S. Le projet de statuts de la branche de THE BUDDHIST PROPAGATION SOCIETY, qui se forme à Paris, ainsi que les noms des membres, seront envoyés sous peu au Cap. Pfoundes pour approbation. Nous prions donc les per sonnes désireuses de s’inscrire de s’adresser de suite à M. Papus, 29, rue de Trévise. t 24-4;
5......Mm M._.,...n_,.. . -.- . _ .a 282 L’INITIATION Ordre de la Rose—Croix N. — Démission de Joséphin Pé ladan. — fondation de l’Aristie (Ri-(2+0). — Péladan, légat catholique romain auprès de 1’1illtlatlon. Le Sar Merodack Pe’ladan à ses cinq pairs du Suprême Conseil de la R+C. Salut en N.—S. Jésus-Christ etlumière en Ensoph.
Nos PAIRS, La hauteur où nous pensons, que n’atteint point l’é— goïsme ni rien de passionnel, l'amour de la lumière qui nous meut seul, la tendre admiration qui nous unit, éclatent aussi bien dans l’œuvre ensemble accomplie qu'à mon présent exode , unanimement consenti de notre Suprême Conseil.
' Devant toute chose se dressait le devoir de lancer à nouveau la nefisiaque, arche de ralliement, dans Theou w’behou dela décadence latine; et comme jen’ai pas dêjugé telle'manœuvre expansive, comme la prise au sérieux du néant maçonnique, ainsi vous n’avez pas réprouvé mes Acta Syncelli (1). Il fallait reconstruire, et ne pas regarder à l’anneau des mains travailleuses -, il fallait propager, et même parmi les infimes.
Le premier de vous, j’ai rendu la gloire à la Magie en l'acclimatant dans l’éthopée ; le premier de la langue fran çaise, j’ai donné à ma psychopathie un déterminisme per pétuellement occulte. / Ne deyais-je pas vous donner mon nom et mon œuvre comme pierre angulaire, et subir de personnels engage— ments? Mais la voici restaurée, la Sainte Magie; le voilà puis— sant et victorieux, le courant hermétique ; l'heure a donc sonné de l’exode personnel.
Subordonnant l’Occulte au catholicisme, féal du Pape, tenant de la Monarchie, sans patrie, puis—je contresigner vos desseins, auxquels j’applaudis cependant? Pouvez vous davantage, Pairs,différer à mon intransigeance de Sar Kasdi (r) La décadence esthétique (Hiérophonie, XIX).—Le Salon de Joséphin Péladan,suivi de trois mandements de la Rose—Croix_calhohqne à l‘Aristéc. (Dentu). .
NOUVELLES DIVERSES 283 .Ÿ _ _ __ __ Mon adhésion, féconde jusqu’ici, deviendrait stérile maintenant. Mon caractère Absolutiste m’isole de votre oeuvre éclectique; l’Occulte entier ne me suivrait pas à la Messe, et je m’écarte du coudoiement spirite. ou maçon, ou bouddhiste. La plus évidente Sagesse nous a inspirés en décidant que je détacherais de la Rose-Croix un tiers ordre intel lectuel pour les Romains, les Artistes et les femmes.
Ma place parmi vous, je la quitte comme un des six. pourla reprendreaussitôtenqualité de Légatultramontain. Toujours associé à vos études, je ne suis plus solidaire de vos œuvres: Electeur au même Empire, je siège tou jours, n:-ais comme témoin; et c'est à la Sainte Église ' que vous donnez ma voix du Suprême Conseil.
Je n’expliquerai pas en ce public document ma R-j—C C >j‘, qui a pour motif de passe le thème du Graal et pour oraison: ad Crucem par Rosam, ad Rosam par Crucem; in en, in eis gemmalus resurgeam. Je ne veux, ici, que témoigner que mes Acta Syncèlli ne sauraient vous être imputés, pas plus que je ne prétends à la gloire comme aux responsabilités de la désoccultalion de l’occulte et à ce Groupe d'études ésotériques tout à fait extérieur à la R + C.
Elenctiquement, et pour le passé. I Je n’ai jamais accepté de parité qu’avec vous cinq, conl sidérant tous les autres comme mes inférieurs. Il Je dédaigne la Franc-Maçonnerie, quand je ne la méprise pas, et je n’accepterai jamais, cardinal laïque, de traiter avec aucun de cette espèce. III Je dédaigne le boudhisme,comme théologien archéo logue; je nie la prétendue chronologie brahmanique, le cycle de Ram.
' ’ IV Enfin, je ne fais nul état des théories spirites, tout en acceptant le phénomène encore au delà de ce qu’on a produit. Ainsi, nos Pairs, mon oeuvre de Mage demeure l'indé—
284 L’INITIATION fectible sœur de votre efi‘ort. Ainsi, je prends du champ, mais, pour le même combat, je suis un différent chemin vers le même aboutissement. Vous venez du libre examen vers la Foi, je sors du Varican vers l’occulte. Vous incarnez la volonté; laissez-moi, représentant du Destin, venir au devant de vous.
Cela diminue de moitié l'espace et le temps qui nous séparent du baiser des deux Abstraits que couronnera la Providence par les mérites de la Passion de N.-S. J.-C. et les clartés d’Ensoph. Ad Rosam per Crucem, ad Crucenz per Rosam : in ea, in eis gemmalus resurgeum. Amen. LE SAR MÉRODACK PÉLADAN , Légat catholique romain (Syncelle de la R+C+). Daté à Paris, ce jour de Mercure en la fête de saint Barnabé.
Plaisanterie_Macabre. — Ainsi que plusieurs de nos collègues, un Journaliste de notre Ville racontait à ses lecteurs CGS]OUFS derniers les faits suivants : UN PHÉNOMÈNE Les locataires de la maison située avenue de Saxe, n° 172, sont sur le point de se persuader que nous vi— vons au temps de la sorcellerie et pourraient croire — s’ils n’étaient des gens sensés — que des esprits invisi bles viennent troubler toutes les nuits la demeure, jus qu’ici paisible, où n’habitent que de braves gens.
M. Ardaine, un habitant de la maison dont nous par lons, se présentait hier au bureau du commissaire de poli’êe du quartier et faisait à ce dernier l’étrange décla ration suivante — déclaration que tous les locataires de l’immeuble ont, du reste, confirmée: « Tous les soirs, a déclaré M. Ardaine au magistrat, un étrange bruit vient, vers onze heures, troubler la paix de notre demeure.
« Du rez-de—chaussée au dernier étage, nous avons, mais vainement, cherché d'oùla rumeur pouvait provenir. «I Qui. tous nous sommes sur pied, fouillant la cave et le grenier, visitant les armoires et même le dessous de nos lits, et sans rien découvrir; rien, rien. « Et toujours le fantastique bruit continue assez fort pour troubler notre sommeil. « Sans nous épouvanter outre mesure, nous ne pou vons dissiper cependant l’inquiétude qui trouble le repos la“
NOUVELLES DIVERSES 2 8 5, de nos femmes et de nos enfants; et nous avons recours à_ vous, pour découvrir enfin l’origine de ce fantasmago r1que incident. » Le commissaire de police a gravementécouté la décla ration de M. Ardaine. C’est là peut-être l’œuvre d’un mauvais p’laisant que deux braves gardiens de la paix exorciseront facilement. Nous tiendrons nos lecteurs au courant.
Comme on le comprendra facilement, la dite maison étant près de mon logement, j’aivoulu me rendre com te de la véracité de ce récit, et, je dois l’avouer, après p u sieurs visites aux heures propices, je n’ai cependant rien entendu, sinon les récits des commères dont les langues marchaient seules d’untrain d’enfer.
Pour prévenir les attaques de la presse bien pensante qui s’était, avec une bonne grâce par trop marquée, prê tée à la divulgation de ces faits, j'ai adressé une lettre res trictive au Courrier de Lyon qui l’a publiée dans son nu méro du 27 mai, ainsi que suit : La maison hantée. Les spirites de Lyon, qui, sans qu’on paraisse s’en douter, sont excessivement nombreux,se sont émus des bruits qui circulaient au sujet dela maison de l’avenue de Saxe.
Le président d’une de leurs associations nous a écrit à ce sujet la lettre suivante. Nous la reproduisons, à titre documentaire : Monsieur le directeur, On s’occupe beaucoup, en ville et dans la presse, de certains phénomènes qui se produiraient depuis quelques. jours, 172, avenue de Saxe.
Dans leurs récits, lesjournalistes vont peut-être un peu loin et contribuent aussi dans une large mesureà attirer l’affluence des curieux quichaque soirstationnent devant la dite maison et s’en retournent déçus dans leurs espé rances, sinon dissuadés, ce qui, à mon avis, serait préfé rable. Un journal de n0tre ville termine ainsi un entre filet à ce sujet: Les disciples d’Allan Kardec, s’il en existait à Lyon, seraient dans la jubilation.
Bien que l'auteur semble vouloir l’ignorer, les spirites sont nombreux dans notre ville, mais ils sont moins cré— dules, et pour cause, que certains reporters. Comme saint Thomas, ils veulent voir pour croire. Le Congrès spirite de 1889 a réuni plus de 40.000 adhésions; les dis
286 L’INITIATION ciples d’Allan Kardec ne sont donc pas une quantité né gligeable; mais, instruits par l’expérience, ils veulent aujourd'hui constater de visa les faits avant de proclamer leur authenticité.
Or, jusqu'ici, rien de probant danstous les on-dit_ne leur permet de se départir d'une sage ré serve, et, jusqu'à preuve du contraire, ilsinclinentàcroire que dans le cas actuel l’imagination surexcitée du bon public a seule produit la plus grande partie des faits que chacun rapporte sans en avoir été le témoin.
Quant au phénomène initial, avant d’affirmer qu’il est le fait d’es— pr1!sfrappeur3, il serait sage de bien s’assurer qu’il n’est pas l’oeuvre d’un fumiste. _Quoi qu’il en soit, du reste, la philosophie spirite n’a rien à ga ner ni rienàperdre dans le cas quinousoccupe; sa mora e consolante et rationnelle la met bien au dessus des atteintes que pourrait lui valoir la constata tion réelle du phénomène ou lui attirer la- découverte d’une supercherie.
En somme, beaucoup de bruit pour pas grand’chose. Agréez, monsieur le directeur, l'expression de mes sent1ments distingués. Sausse HENRY, Président de la Société Fraternelle pour l'étude scientifique et morale du spiritisme. Bien qu'il n’y eût plus aucun doute pour moi sur la supercherie de cette affaire, j'ai voulu cependant me ren— seigner auprès du commissaire de police qui a passé plu sieurs nuits dans la dite maison.
M. Cousin m’a fort bien reçu, et, lorsque je lui ai eu expliqué le but de ma visite, il m’a montré, ne me con-v naissant pas. malettre publiée par le Courrier, en me disant: c<Voilà la vérité; vous pouvez ajouter pour les journaux avec lesquels vous êtes en relation que j’ai ac quis la certitude qu’il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on dit, et que les bruits attribués aux esprits sont bien produits par des vivants.
« Maintenant ce sont des gamins qui sont les seuls au— teurs des dégâts et prétendues manifestations qui se pro duisent, mais j’ai donné ordre à mes agents de verbaliser contre quiconque serait pris àfrapper intérieurement ou extérieurement.
Une souricière est établie, et je ne doute pas que le gaillard qui semble diriger ces gamins, et qui' m'atoutl’air d’être un Allemand, ne se fasse bientôtpincer. » Puis M. Cousin m’a donne d’autres détails quin’ont rien de commun avec les manifestations, mais qui les
NOUVELLES DIVERSES 287 motivent et permettent de supposer que cette fumisterie pourrait bien être doublée d’une escroquerie. Mais comme phénomène, rien de réel, sinon la.pluie de gros sous qui affluent dans la caisse des mastroquets voisins. HENRY SAUSSE. âr*æc D’après Gobineau de Montluisant, le portail de Sainte Anne est une histoire complète de la science hermé— tique.
Le Père éternel étendant ses bras et tenant un ange de chacune de ses mains représentait le Créateur tirant du néant le soufre 1nc0mbustible et le mercure de vie représentés par ces deux anges. Le dragon qui est sous les pieds de saint Marcel figure la pierre philoso— phale composée de deux substances: la fixe et la volatile.
La gueule du dragon dénote le sol fixe qui par sa siccité dévore le volatil désigné par la queue glissante du dra— gon, etc., etc. * ‘ At 1‘ Programme de la n RELIGION UNIVERSELLE » Organe de solidarité et de régénéralion sociale. 1.-— Travailler à la conciliation des esprits, à la fusion des classes, à l’union des peuples.
2.—Donner pourdevoirà chaque homme de se gouver ner soi-même et de marcher, en harmonie avec les lois de la nature et de la conscience, vers l’idéal de toute per— fection ; s’aider mutuellement et vouloir attirer les autres au degré de développement matériel, intellectuel et moral que l’on a atteint soi-même. 3. — S’appliquer à faire partout la lumière afin de chasser les fantômes et de dissiper les malentendus.
4. — Faire pénétrer de plus en plus dans les relations sociales et dans la pohtique des gouvernements les principes éternels d’ordre, de liberté, d’égalité, de jus— tice, de progrès. de travail, de fraternité humaine et d’universelle solidarité. ' 5. .— Ménager la transition entre ce qui vient et ce qui s’en va, en encourageant toutes les tentatives de nature à faire faire un pas en avant à l’esprit humain.
6. — Soumettre toutes nos croyances au contrôle de la raison, et, tout en admettant que la foi va au delà du savoir acquis, appliquer à la démonstration de l’existence de Dieu et de la vie immortelle les procédés de la science. 7. — Dans l’ordre politique comme dans l’ordre reli gieux, poser la souveraineté de la conscience; affirmer
288 L’INITIATION l’autonomie de la personne humaine et de la collectivité nationale: d’où souveraineté du peuple et suffrage uni versel pour toutes les afi‘aires de la nation, avec liberté de réunion, d’association et de propagande par la presse et la parole.
8. ‘— Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l’amélioration morale, intellectuelle, affective et physique de tous les membres du corps social, en commençant parles classes pauvres, et, dans ces classes, par les plus honnêtes et les plus déshérites du sort.
9. — Tout homme, digne de ce nom, doit être, en re li ion, son propre prêtre; en politique, son propre roi. ais, pour cela, il ne faut perdre de vue ni l‘améliora tion de soi-même, ni l’amélioration des autres, c’est-à dire ni le salut collectif, ni la vie parfaite. NOTA. —Adresser les adhésions à M. P.
VERDAD, Nantes (Loire—Inférieure). Œes Bananes Chaque mois, à dater d’aujourd’hui, l'Initiation publiera — sans commentaires — un ou plusieurs charmes magiques unes des livres les plus rares et des manuscrits me’dzts. o 00 POUR GAGNER AU JEU Cueillez de la fougère la veille de Saint-Jean inclusive ment, à midi; faites—en un bracelet en forme de ces ca— ractères : HUTY. (Enchiridi0n.) * on POUR GUÉRIR LA FOULURE ET L’ENTORSE Atay de satay, suratay avalde, marche. — Ilfaut le ré péter trois fois, frappant le sabot du cheval.
Si c’est du côté du montoir, frappez du pied gauche. Il sert aussi pour les hommes. (Grimoire d’Honorius.) Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. z. ARRAULT ET (2“, RUE DE LA PRÉFECTURE, ô.
Groups Indépendant d’itufles isolériqnes Sociétés adhérentes, afiz‘Iie’es ou représentées DONT LES MEMBRES JOUISSENT DES MÊMES DROITS QUE CEUX DU GROUPE FRANCE La Société Spirite président M. P. G. LEYMARIE), Revue Spz'rz‘te; La Société Magnétique de France (M. H. DURV1LLE), Journal du Magnétisme ; La Société Psycho—Magnétique (président L.
MOUTIN), Rerue d’Études Psychologiques; ' La Société Théospphique le Sphinx (président X”), I’Ini— tiatz‘on, prochainement .; . La Fraternité Occulte de la ROSE CROIX (Ë) ; Les Groupes d’1nitiation Martinistes (S;‘. ; Le Groupe Maçonnique d’Études Initiatiques (O. W1RTH); r (ÉTRANGER La Société Théosophique d’Adyeir (Indes), H. S. OLCOTT, président; ‘ 1 I,v '1‘he Bud (d) hist propagation Society de Kioto (Japon), Pépus, représentant. » ' The H.
B. ot L. (cercle extérieur), F. CH. BARLE’I‘, représen‘çant; CORRESPONDANTS OFFICIELS ET CHEFS DE GROUPE France: Paris — Lille — Tours —— Lyon — Bordeaux -— Marseille — Alger. ‘ a. « ' Étranger : Londres -— Bruxelles — Liège —-— Berlin — Muni'ch — Varsovie —- Saint—Pétersbourg —- Vienne —'Genève —— Rame — Barcelone — New-York — Québec — La Plata. La Bibliothèque internationale des œurres des Femmes (Directrice M“ A.
DE WOLSKA) possède une grande salle de lecture, au Siège du groupe, 29, rue de Trévise, Où la directrice reçoit les membres de l’œuvre.
ESSAIS” DE SCIENCES MAUDITES -—*0.0 —._—_———— I. AU SEUIL DU MYSTÈRE (Nouvelle édition, corrigée, augmentée et refondue en divers points, avec deux belles figures magiques d’après Khunrath et un appendice entièrement inédit ), PAR STANISLAS DE GUAITA 1 vol. in-8 carré de 200 pages . . . . . . . . . . . . . Prix: 6 fr. Il a été tiré de cet ouvrage : 10 exemplaires de luxe sur Hollande . . . . . . . . . . . Prix : 15 fr.
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M N I TI AT 1 0 N (“ENS%’ËÏËË”N’S) n;. RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G. CARRIÉÏM DIRECTEUR: PAPUS . , DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien ‘MAUCHEL 58’ rue salnt_Andre_des‘A r’l‘s Rédacteur en chef: George MON’1‘ 1E RE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 “ CH. BARLE‘I‘. — J. LEJAY ÉTRANGER, —— 12 fr.
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