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nitiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études l" - Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes < 6'“ VOLUME. — 3m° ANNÉE SOMMAIRE DU N° Ü (Mars 1890) Avant—propos: Un Réveil . . . . . . . . . . . .. George Montière. (p. (93 à 198.) ' PARTIE INITIATIQUE... L’Occultismeen 1890: Magie pratique, de Jules Lermina . . . . . Papus. (p. 199 à 208.) Au Seuil du Mystère, de St. de Guaita... F.-Gh. Barlet.
PARTIE PHILOSOPHIQUE (p. 208 à 223.) ET SCIENTIFIQUE... L’Egyptologie sacrée avec gravure (suite) Marcus de Vèze. ' (p. 224 à 243.) La Science Occulte ap pliquée à l’Economie politique . . . . . . . . . .. Julien Lejay. (p. 244 à 256.) Principes cosmo—psy chiques du Magné— tisme . . . . . . . . . . . . .. Rouxel. ' (p. 256 à 259.) Pl* RT|E LITTÉRAIRE... L’Elixir devie (fin)...
Jules Lermina. (p. 260 à 267.) /,Bibliographie. — Bulletin musical. — Groupe indépendant d‘Etudes ésotériques. — Correspondance. — Nouvelles diverses. — Journaux et Revues. RÉDACTION : Administration, Abonnements: 14, rue de Strasbourg, 14 58, rue St-André—des-A rts, 58 P A RI S P A RI S Le Numéro: UN FRANC. —— Un An : DIX FRANCS. CE NUMÉRO CONTIENT UNE SUPERBE PRIME A TOUS LES LECTEURS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Eff‘rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à' sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l‘Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’1nitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans_l’lnde.
L’Initialion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux dames et aux demoiselles ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initialion parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà deux années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. '
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS .wr’dn.‘ . DE [Initiation 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. M. S. T. S} -—- STANISLAS DE (iUAITA. S.'. I.'. fi). —— GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. —- PAPUS, S.'. I.'. —-— J05EPHIN PELADAN, S.'. I.'. ‘ 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH. — Le F.'. BERTRAND. VÉN.'. — RENÉ CAILLIÉ. — G.
DELANNE. — DELÉZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR. -— FABRE DES ESSARTS. — D' FOVEAU DE GOURMELLES. -— JULES GIRAUD. — E GARY. —-— HENRI LASVIGNES. — J. LEJAY. — DONALD MAC—NAB. — I‘.lARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. -—— EUGENE NUS. — G. POLTI. — JULES ‘PRION. -— Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUXEL. — HENRIWELSCH. — OSWALD WIRTH. . 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. —— E.
GOIIDEAU.— MANOEL DE GRANDFORD —— JULES LERMINA. — - L. HENNIQUE. — A. MATTHEY. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. .— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. — CH. T0RQUET. 40 POÉSIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. — P. GIRALDON. — PAUL MARROT. — MARNÈS. — A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . *
' Groupe Indépenüant d’lluln isotériques Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Société pour l'étude de la Science Occulte Théorique et Pratique dans toutes ses branches et indépendamment de toute école. —W . ORGANISATION SYNARCHIQUE Trois grandes Commissions permanentes: Enseignement - Exécutif - Finances PLUS DE 300 ADHÉRENTS COURS &: CONFÉRENCES PERMANEN TS sur la Kabbale, la Théosophie, la Franc- Maçonnerie, la Science Occulte, etc. Èrnnas IEBMANENTES PAR. GROUPES munis DES PHÉNOMÈNES DE SPIRITISME, DE MAGNÉTISME ET DE MAGIE correspondance hebdomadaire par Bulletin spécial avec tous les Membres adhérents de Province et de l’Etranger. ———W Pour faire partie de la Société, il suffit d’être abonné d’un an de l’Initiation ou bien de payer un droit d’entrée de Cinq francs et de faire une demande d’admission. Tout membre de la Société a droit d’assister aux Confé rences et aux Cours et reçoit en communication les livres qui peuvent lui être utiles. Les Statuts détaillés sont communiqués auxpersonnes qui en font la demande. Pour tous renseignements s’adresser par lettre à M. Lucien MAUCHEL, rédaction de l’Iniiialion,14, rue de Strasbourg, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. -
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.I' i 5 h àvau_uÿmmi 'tlu Éveu. ANS .son très remarquable article, récemment publié par le Figaro, M. Paul Adatn constate ', _ l’évolution intellectuelle qui entraineen ce' moment une partie du clergé catholique, et l’attitude.érçpeçtaflté de Rorrie qui, sans encourager, ne désapprouve cependant pas ; mais il ne dit ni comment ce mou—7 vement a pris naissance, ni vers quel but semblent poussés les esprits.
Quoi qu’il en soit, le monde .fer-' mente sous- l’impulsion d’idées nouvelles; la Franc—g ‘ Maçonnerie se réveille à l’exemple de l’Église, et \ peut-être serons—nous appelés a voir se réconcilier ces deux ennemies apparentes, la Science et la Foi.
' r N’en déplaise aux catéchumènes de la méthode expérimentale — dont je suis certes loin de nier les admirables découpertes, — à l’instant où le 'positiw visme triomphant prétendait substitueràl’infaillibi-L ’ lité du pape, celle du thermomètre et de la balance, voici que.des phénomènesinexpliquës s’ob5èrvènt,' bouleversant les données reçues, contredisant des 7
194 L’INITIATION lois réputées irréfutables, et trop minutieusement contrôlés par nos savants, pour qu’on traite d’halluci nations les témoignages de milliers d’individus. Der— rière les forces du monde physique, apparaissent sou— dain les forces autrement redoutables d’un monde inconnu de nos académies officielles.
Il y a de cela cinq ou six années, le bruit courut un matin que des théosophes bouddhistes, groupés â Adyar, jugeant notre civilisation au point voulu et l’heure favorable, déléguaient plusieurs adeptes char— gés de divulguer aux Européens l’ésotérisme (c’est-à dire l’esprit caché sous la lettre) de leurs livres saints.
A peine cependant ces singuliers ambassadeurs en route, M. le marquis de Saint—Yves livrait au public sa stupéfiante Mission des Juifs, œuvre essentiel— lement originale, mais qui, par sa filiation, remet tait en lumière les travaux d’un grand maître mé connu, Fabre d’Olivet, et prouvait qu’en France aussi, d’initiateurs à initiés, s’étaient transmis, de siècle en siècle, les secrets de la sagesse antique.
En divers passages, le Zohar le dit expressément : « Malheur à l’homme qui ne voit dans la loi que de simples récits et des paroles ordinaires ? Car si, en vérité, elle ne renfermait que cela, nous pourrions, même aujourd’hui, composer une loi bien autrement digne d’admiration... Mais il n’en est pas ainsi: chaque mot de la loi renferme un sens élevé et un mystère sublime. " « Les récits de la loi sont le vêtement de la loi.
Malheur à celui qui prend ce vêtement pour la Loi elle-même... Il y a des insensés qui, apercevant un __» .._,- . _. 'a'.lu,
UN RÉVEIL 195 homme couvert d’un beau vêtement, ne portent pas plus loin leurs regards : et cependant ce qui donne une valeur au vêtement c’est le corps, et ce qui est encore plus précieux, c’est l’âme... Les simples ne prennent garde qu’aux vêtements ou aux récits de la Loi; ils ne connaissent pas autre chose; ils ne voient pas ce qui est caché sous ce vêtement.
Des hommes plus instruits ne font pas attention aux vêtements, mais aux corps qu"ils enveloppent. Enfin, les sages, ceux qui habitent les hauteurs du Sinaï, ne sont occupés que de l’âme, qui est la base de tout le reste, qui est la Loi elle—même. » (La Kabbale, Ad.
Franck.) Guidé par ces avertissements des vieux kabbalistes, Fabre d’Olivet avait consacré vingt-deux années à l’étude des idiomes disparus : latins, grecs, égyp— tiens, chaldéens, chinois et hindous, avant de pu— blier son œuvre capitale, la Langue hébraïque resti— tuée.
Vêtement, corps et âme, disaient les Maîtres; donc trois sens correspondant aux trois mondes d’Hermès, le- sensible, l’intelligible, le divin: exotérisme, ou récits grossiers à l’usage des masses; ésotérisme, ou sens intellectuel et moral réservé aux disciples du second degré ; hermétisme, révélé aux plus dignes.
Restituant à chaque lettre de la Genèse sa valeur réelle, Fabre d’Olivet tira des livres de Moïse un ensemble de connaissances qui non seulement concor dent avec les découvertes récentes de nos académies, mais encore les devancent prodigieusement par l’en vergure de leurs envolées. Bien plus, et le livre du marquis de Saint—Yves lève
[96 L’INITIATION à ce sujet les derniers doutes, cette même clef, grâce à laquelle s’ouvraient les arcanes bibliques, si long— temps fermés par l’ignorance des traducteurs, don nait accès dans les sanctuaires de tous les temples et faisait pénétrer jusqu’au sens de l’énigme posée sous leurs différents symboles.
L’Eglise catholique, Où le dogme primitif s’est pro—r videntiellement conservé intact, emprunte la totalité presque de ses rites aux traditions de la Rome païenne, déjà bien altérées si on les compare à celle du temps des oracles, des devins et des prêtresses de la Grèce d’0rphée.
La Grèce n’est-elle pas elle—même le reflet de cette colossale civilisation égyptienne, mère de la religion moisiaque, et fille de la sublime synarchie de Ram, dont les rameaux s’éparpillèrent en l’Inde, en Chine, en Assyrie, et qui tenait l’héri tage de son immense synthèse scientifique des ancêm tres disparus, les Atlantes, les Dives, les Péris, engloutis par le grand cataclysme dénommé le déluge universel!
Chez tous les peuples de la terre, les rituels les plus disparates sortent donc d’une source unique, et les symboles maçonniques voilent dgs vérités identiques à celles que dérobent aux profanes nos symboles reli— gieux. Tout dissentiment en matière de foi n’est qu’un malentendu engendré par l’ignorance. Jadis l’adepte reconnaissait la présence de la divinité sous n’importe quelle forme choisie.
Alexandre le Conqué— rant, autorisé par les grands prêtres, célébrait des sacrifices au Dieu Un, dans le temple de Jupiter Ammon comme dans celui de Jérusalem ; les Vers
UN RÉVEIL 197' dorés de Pythagore débutent par proclamer l’unité de la Foi sous la diversité des cultes ; à l’Exposition de 1889, durant la messe bouddhiste, sur un simple détail du cérémonial, Jacques Papus put échanger des signes d’intelligence avec les bonzes de l’Annam.
Ainsi que l’a démontré le chanoine Roca, la force invincible du catholicisme, c’est que l’esprit de Jésus insuffle à la chrétienté ses aspirations vers la solida rité universelle, et la mène par suite au triomphe final; car l’humanité, en tant que grand tout formé de la fusion des hommes, payera jusqu’à la dernière des erreurs ou des fautes commise par chacun des atomes qui la composent.
Le rôle de l’Église était de surveiller et de diriger l’évolution croissante, de livrer une synthèse reli— gieuse de plus en plus vaste à mesure des conquêtes de l’analyse scientifique. Sacrifiant sa légitime auto rité morale à la soif du pouvoir temporel, elle a dé— fendu à quiconque de rechercher la lumière qu’elle refusait de répandre, et qui s’est éteinte graduellement faute d’expansion au dehors.
Mais que la franc maçonnerie ne se hâte point de chanter victoire, après la franchise d’un tel aveu. Née d’une réaction d’adeptes contre l’envahissement de l’agnosticisme, sa décadence s’accentue chaque jour, et, incapable désormais d’expliquer le plus,élémentaire de ses sym— boles, elle tend à se transformer en une simple asso ciation de secours mutuels.
Nul ne saurait prévoir les conséquences du mouve ment ébauché, si la raison s’unissait à la foi pour le mener à bien. Jadis la science et la religion étaient
198 L’INITIATION occultes; l’affranchissement de l’une exige l’affran chissement de l’autre. A Rome de dévoiler l’ésoté— risme de ces vieux textes, de reconstruire une lumi— neuse synthèse capable de ranimer l’enthousiasme de nos savants qui, par la méthode expérimentale, con— vertiront ses hypothèses en certitudes ; et nous ne serons plus éloignés d’atteindre à cette époque radieuse que les Evangiles annoncent sous le symbole de l’avènement du Christ glorieux ! George MONTIÈRE.
e 40 ' o Ï / ». : PARTIE INITIATIQUE Ê’°®EŒIŒITISME EN 418% ("‘ MAGIE PRATIQUE ” DE J. LERMINA) («ÊES légendes populaires sont remplies des récits de apouvoirs surnaturels attribués à certains hommes. Nous saVons aujourd’hui que ces récits tirent leur source de la connaissance qu’avaient certains savants de l’antique Égypte de forces naturelles plus subtiles que les forces actuellement connues. Le maniement de ces forces occultes constituait le domaine de la Magie pratique, sorte de synthèse vi vante ou mathèse des sciences et des arts alors prati— qués, ainsi que l’a du reste bien mieux élucidé que nous le pourrions faire F.-Ch. Barlet dans les numé— ros 3' et 4 de l’Initz‘att‘on. Je n’ai donc plus à revenir sur ce sujet. Qu’il me suffise de rappelerque cette synthèse occulte s’émietta en une série très multiple de sciences diverses lors de la dispersion de l’École d’Alexandrie. La syn
200 L’INITIATION thèse perdue de ce fait pour la plupart des Occidem tauxfut conservée intacte en Orientoù elle fut retrou vée par Paracelse, puis dans ce siècle, par Malfali de Montereggz‘o en 1840, par Hoè‘né Wronskien 1820 et tout dernièrement par la Société théosophz‘que en I875. Ce serait cependant faire preuve d’une singulière ignorance que de croire qu’aucun rayon de cette vérité ne se fût conservé en Occident.
Les alchimistes, les rose-croix, les kabbalistes se transmirent successive— ment le précieux dépôt des sciences et des arts magi— ques.Quand, en 1884, la Société théosophique vint apporter ses doctrines, il se trouva qu’en France, elles étaient déjà connues , mais seulement d’un petit nombre.
Fabre d’Olivet les avait révélées en I825, Eliphas Lévi en 1853 etSaint-Yves d’Alveydrepubliait ses premières brochures en I877 et son œuvre capitale en I884.
Du reste, le premier ouvrage fondamental des doctrines théosophiques, [sis unuez’led, cite à tout propos Eliphas Lévi comme un maître, tout en igno— rant absolument l’existence de Fabre d’Olivet, de Wronski (qui connaissait l’existence des Mahatmas), de Louis Lucas, de Lacuria, etc. L’action de la Société Théosophique détermina les kabbalistesà transformer leurs méthodes d’enseigne ment.
Au lieu de s’adresser exclusivement au petit nom bre et à la qualité, ils s’adressèrent dès lors au grand nombre et àla quantité. Telle est l’origine de cette diffusion de l’occultisme qui fait depuis quelques années tant de progrès en France. A l’heure qu’il est, laFrance occultiste s’est entière
L’OCCULTISME EN 1890 201 ' ment rattachée à la tradition occidentale(1).
Rappelons encore une fois qu’il ne saurait exister aucun antago nisme entre les deux sources traditionnelles, la même doctrine est enseignée des deux côtés avec des mots différents. l' 424L Si nous cherchons comment cette ancienne syn— thèse est représentée en 1890, nous verrons que la partie théorique est entre les mains des kabbalistes et des occultistes dont nous venons de parler alors que la partie phénoménale est particulièrement représentée par les magnétiseurset les spirites.
Si nous Woulons donc nous rendre compte des phé— nomènes de la magie pratique ancienne, adressons nous de préférence aux expériences de spiritisme; si nous voulons au contraire expliquer ces phénomènes, adressons-nous successivement aux doctrines théoso— phiques et kabbalistes qui ne sont encore une fois que deux traductions différentes (sanscrite ou hé ’ braique) d’une même doctrine originale. C’est ce qu’a fait Jules Lermina dans le livre que nous allons maintenant analyser. (I) Voy. la fin de cette étude. .,W
202 L‘INITIATION Maure i?narnuua , (Le dernier livre de JULES LERMINA. — Kolb, éditeur, 3 fr. 50) Ë’EST un gros événement pourl’occultisme que l’ap œ_ parition d’un livre intitulé MAGIE PRATIQUE et signé Jules Lermina.
Le monde des journalistes parisiens ne peut man quer d’êtrê fort ébahi en voyant un des représentants les plus autorisés de la Presse déclarer dignes d’inté— rêt ces questions qui forment aujourd’hui l’apanage d’une bande plus ou moins nombreuse d’hallucinés.
Ce livre mérite donc une étude détaillée tant au point de vue de sa composition que des enseignements qui s’en dégagent et de la portée qu’il ne peut man quer d’avoir sur le public. - Magie pratique est divisée en deux parties princi pales précédées d’une lettre—préface. La première partie (livre I“), intitulée le Surnatu rel s’occupe des faits. La seconde partie (livre Il) prend pour titre les Vivants et les Morts et traite des théories.
La lettre—préface mérite toute notre attention. S’a dressant à un ami sceptique, sans parti pris, commelui même,îLermina explique les raisons qui l’ont conduit à signer un tel ouvrage de son nom. « C’est à toi que je dédie ce livre, certain que, quelles que soient tes opinions au sujet des questions dont il traite, tout au moins tu as la profonde conviction que je suis absolument de bonne foi. »
MAGIE PRATIQUE 203 L’auteur explique ensuite comment les livres de Crookes l’ont amené à modifier sur certains points ses convictions; nous aurons du reste à revenir sur ce sujet.
Pour le moment, occupons-nous du livre en lui même, nous contentant de citer la dernière phrase de cette préface : « Je n’insiste pas, tu me sais honnête homme et sensé, lis et je voudrais seulement que tu pusses dire: «Il y a là quelque chose qu’il faut, non pas railler, parce que la raillerie n’a jamais rien produit, mais étudier, parce que le travail même toujours quelque part. » J. L. ’!*JK ' .
La première partie, le Surnaturel, comprend qua tre chapitres constituant une des plus belles défenses qui aient été écrites des bases même de l’occultisme contemporain. " Le premier chapitre la Liberté de penser, reven dique pour tous le droit d’affirmer les convictions intimes que chacun porte en lui étouffées par les pré— jugés courants.
Non,l’évolution ne s’arrête pas subite— tement avec notre vie présente ; tout pousse à croire à l’au-delà des lois et des principes et, si vous doutez en core malgré l’évidence,ô disciples de l’immortelBouii laud qui pinça le nez en pleine académie au présenta teur du phonographe, si vous demandez DES FAITS, prenez garde, car les trois chapitres suivants: William
2 04 L’IN ITIATION v—-..— * —"“IIË-Ti —\ Crookes, les Témoins, les Fantômes des vivants sont autant de réponses irréfutables aux négateurs à priori. Une série rigoureuse de faits bien constatés, une dis— cussion serrée de la valeur possible de chacun d’eux, tels sont les éléments de cette énumération.
Peut être lui pourrait—on reprocher une légère absence de cohésion entre les citations ; mais c’est là même une qualité qui rend plus facile la lecture du livre enfati gant peu la mémoire. Car la qualité maîtresse de ce livre c’est la clarté ét1’intérêt que l’auteur a su donner à des questions aussi abstraites.
IJe ne doute pasque cette première partie ne pro duise un effet réel sur tous les sceptiques contempo rains fort ignorants, pour la plupart, de ces questions.
Au livre Il, les Vivants et les Alorts, nous entrons dans le domaine qui nous intéresse particulièrement: celui de la théoriede tous ces phénomènes mystérieux énumérés à la file jusque-là. _ La Magie pratique, conçue comme science, présente deux parties bien distinctes: 1° L’étude des forces occultes de la nature, de leurs relations avec les créations matérielles et de leurs rap— ports avec l’homme ; 2° L’étude de l’homme et de son développement en vue d’agir sur ces forces occultes de la nature. Le premier point n’est abordé que fort peu par Jules Lermina; il donne quelques aperçus de—ci.de=là et toute
MAGIE PRATIQUE 205 son attention se porte principalement sur la deuxième étude : celle de l’homme. La question de la Personnalité est fort bien traitée dans les deux premiers chapitres qui se terminent par une belle idée empruntéeà M. Guymiot: L’homme qst la taupe du monde astral.
A Le Parisiena voulu ne rien laisser de côté et après avoir abordé l’Univers et l’Homme, il ne peut s’empê cher de dire familièrement à Parabrahm : « Mais pourquoi diable t’es-tu différencié ? » Cette question préoccupe beaucoup l’auteur et ses boutades contre le Karma. la Chute, etc., sont vraiment drôles. Dans quelques années je gage bien que Lermina refera du tout au tout ce chapitre lors de la vingtième édition.
La meilleure étude du livre, celle qui permet de classer vraiment l’auteur parmi les occultistes élevés, est celle du Corps astral (chap. v). Ce chapitre est une petite merveille de clarté d’un bout à l’autre. Je l’ai déjà dit: l’Univers considéré au point de vue de la Science ésotérique n’est pas ‘si bien décrit que l’Homme.
Ainsi, l’étude sur les Élémentaux et les Èlémentaires ne présente pas la même netteté que la précédente surtout au point de vue des profanes. En somme, ce second livre forme un excellent résumé des doctrines ésotériques et nous recomman dons vivement sa lecture à tous les spirites aussi bien qu’à tous les occultistes. Il y a beaucoup à retenir de ces quelques pages.
206 L’INITIATION La conclusion du livre arrive un peu Vite. Il manque réellement une troisième partie dans laquelle l’auteur aurait rapproché les phénomènes décrits dans le premier livre, des théories énoncées dans le second qn considérant tous les faits l’un après l’autre. Quoi qu’il en soit cette conclusion est bien établie et c‘est une véritable confession que nous fait là Jules Lermina.
Il montre comment à la suite d’une causerie chez Ch. (Chincholle du Figaro) il fit connaissance de deux jeunes 'gens qui lui recommandèrent le Lotus. L’un d’eux était F.-K. Gaboriau, directeur alors du Lotus; l’autre, qui accompagna Lermina après la soirée, était votre serviteur. Je me plais, pour la seconde fois depuis que je dirige l’Initiaz‘ion, à rendre justice au créateur de cette œuvre vraiment remarquable : Le Lotus. F.-K.
Gabo— riau méritera toujours tous les éloges des intéressés pour le dévouement qu’il a montré dans la conduite de la première revue vraiment théosophique qui ait paru en France. Personnellement je dois remercier Lermina des éloges trop nombreux qu’il veut bien donner à mes quelques études et surtout à la rédaction de l’Initia— tion.
Il montre que cette revue est conforme comme esprit aux façons de recherches des contemporains et cela tient, dit-il, à ce que sa rédaction est presque exclusivement française. C'est en effet là le caractère bien spécial de l’Initz’atz‘on et, de toutes les sociétés s’occupant de science occulte, le Groupe indépendant
MAGIE PRATIQUE 207 d'Études ésotériques est sans contredit la plus impor— tante, sinon la seule. Les kabbalistes français ont voulu montrer ce qu’ils pouvaient faire en agissant sur la quantité, de même que les écoles orientales et, en moins de deux mois, trois cent soixante—sept membres ont répondu à leur appel. Dans toute la France des groupes adhérents ont été établis qui reçoivent un bulletin spécial.
A Paris, des conférences hebdomadaires ont été organisées etjchaque vendredi plus de quatre-vingts personnes viennent y assister. Deux centres d’études pratiques de spiritisme fonctionnent déjà; d‘autres vont être créés sous peu. Ce résultat est dû en partie à l’entente vraiment frater nelle qui règne entre tous les kabbalistes d’une part et leurs frères en spiritisme d'autre part.
Il adonc suffid’un appel des écrivains français pour montrer que la France occultiste leur était acquise et qu’elle n’est pas près d’aller prendre le mot d’ordre à l’étranger pas plus en hermétisme qu’en politique. Nous prions le lecteur d’excuser cette digression toute personnelle ; mais elle était utile pour montrer la force matérielle des idées que Jules Lermina vient de résumer au mieux.
C’est grâce à tous les cœurs généreux qui viennent chaque jour plus nombreux à ces idées que nous devons le succès de notre œuvre. Magie pratique aura, nous l‘espérons, une immense portée sur la marche des idées de nos « fins de siècle » et nous attendons avec impatience l’accueil que feront les bons confrères de la Presse à ce nouveau-né.
208 L’INITIATION Je crois donc inutile de le recommander davan tage à tous nos amis; il est déjà entre leurs mains.
Je ne puis terminer cette courte étude sans citer la sug— gestive image qui clôt ce petit volume : « Le but de ce livre est de donner aux hommes de bonne foi le courage d’affirmer leur volonté de recherches, sans s’arrêter à des préjugés qui, pour trouver leur source dans le scepticisme à outrance, n’en sont pas moins entachés de despotisme et de tyrannie. « Nous avons voulu non prouver, mais indiquer.
Ce petit volume peut être comparé à un de ces can— tonniers qui, sur les lignes de chemin de fer, éten— dent le bras disant dans leur langage muet : « Allez en avant, on peut passer I » PAPUS. äu deuu ou fluorine (2° ÉDITION) PAR STANISLAS DE GUAITA @N est toujours heureux de voir apparaître une nou velle édition d’un bon livre que la sympathie pu blique faisait rare, mais on l’est doublement quand ce livre, par une extension nouvelle, annonce et mesure d’immenses progrès dans les idées qu’il propage. C’est le cas du Seuil du Mystère de notre sympathique confrère Stanislas de Guaita.
AU SEUIL DU MYSTÈRE 209 Depuis la première apparition de ce livre, il y a quatre ans, auteurs et lecteurs des Sciences mau— dites se sont si bien multipliés que les enseigne— ments élémentaires ne peuvent être trop soignés, trop complets ni trop variés pour satisfaire l’attention pu blique et le nombre croissant des nouveaux arrivants..
Car il y a nécessairement plus d’une école en occul— tisme, non pas qu’il y ait divergence dans ses ensei gnements suprêmes, mais parce que les voies qui y conduisent sont aussi nombreuses que les demi-vérités qui les entourent en yconvergeant.
Parmi les étudiants qui abordent la science occulte, les uns y apportent un esprit positifsensible seulement à la science précise ; d’autres s’attachent plutôt aux sentiments religieux ou à la métaphysique; celui-ci préférera le panthéisme oriental, cet autre le spiritua lisme occidental; tel y sera conduit par le phénomène, tel autre par les méditations philosophiques soit sur Dieu, soit sur l’homme, soit sur l’ensemble de la na— ture.
L’auteur du Seuil du Mystère annonce claire— ment dès le début auquel de ces besoins il entend répondre.
Il part de l’étude la plus attrayante pour la curiosité publique et la plus discutée peut—être aussi, celle du phénomène, de la magie pratique, mais ce n’est point pour s’y arrêter : d’un rapide et hardi coup d’œil synthétique il fait, de là, entrevoirà son lecteur toute l’étendue philosophique, toute la portée sociale et jusqu’aux profondeurs les plus sublimes de la magie dont son livre est comme la définition complète. D’autre part, c’est au point de vue naturel et cosmique v«
2 1 o L’INITIATION que son explication est principalement empruntée: tout en se confirmant par les données de l’histoire, elle repose sur la connaissance de la substance uni— que, « médiatrice du mouvement, immarcescible, éternelle, qui a engendré toute chose, et à quoi tout retourne à son heure », la Lumière perpétuelle.
Pour ce qui est de la doctrine, l’auteur dit ouverte ment qu’il « relève plus spécialement de l’Initiation hermétique et kabbalistique » , c’est-à-dire judéo— chrétienne, mais mon cependant, sans proclamer l’unité de doctrine dans l’ésotérisme, et sans annon cer que les « questions troublantes seront rattachées aux grands principes qu’ont invariablement pro fessés les adeptes de tous les âges ».
L’ouvrage est divisé en trois parties bien distinctes qui correspondent à autant de phases de l’enseigne— ment qu’il entend donner « au seuil du mystère ».
Dans la première de ces parties, la magie est définie en toute son étendue ; la seconde est consacrée à l’explication assez détaillée de deux symboles cabalis tiques célèbres avec lesquels l’auteur s’élève jusqu’aux régions les plus métaphysiques de l’occulte, tout en en faisant parcourirle triple domaine.
Après que ces déve— loppements ont ouvert l’esprit à ces horizons si vastes et si généralement ignorés, il restait à indiquer où trouver actuellement le moyen de les explorer plus complètement ; c’est l’objet de la troisième partie qui fournit d’intéressantes données sur les sociétés secrètes vouées à l’occultisme, et notamment sur deux associa— tions conjuguées qui se consacrent au développement du mouvement contemporain.
I 0 AU SEUIL DU MYSTÈRE 2II C’est, on le voit, une introduction complète à l’Inz‘— tz'az‘ion. Après avoir rappelé les difficultés mystérieuses, les dangers même qui défendent les abords de l’occul tisme, l’auteur montre que ces premiers obstacles viennent des hautes vertus nécessaires au Mage.
Les ambitieux, incapables d’atteindre à ces vertus, tour nent la difficulté en se jetant dans le charlatanisme, et c’est leur audace à abuser de l’ignorante crédulité du public qui a, de tous temps, jeté le discrédit sur l’occultisme.
La cause de la haute magie ainsi dégagée des pré— jugés amassés contre elle par un juste dégoût pour les superstitions de la sorcellerie, l’histoire est conviée à nous esquisser à grands traits, en quelques pages pleines d’animation, comment et pourquoi cette magnifique synthèse naturaliste se trouve aujourd’hui tellement ignorée ou méconnue qu’il faille tous les efforts d’une résurrection pour nous convaincre de sa vitalité puissante.
C’est une idée fort heureuse que celle de demander à l’histoire non seulement la preuve, mais encore la définition de la magie. Elle apparaît alors en son vrai jour en dépit des préjugés ignorantins et obscu rantistes que nous a légués le xvm° siècle. Le lecteur impartial voit la Science divine s’éleverà travers les âges comme la colonne de feu dans le désert, source et lien de toutes les religions, lumière des plus grands t
2 I 2 L’INITIATION génies, guide universel, toujours en tête, toujours plus élevée que le plus élevé de chaque époque.
Puis, comme le dit fort bien l’auteur, l’histoire de la magie nous offre successivement toutes les ques— tions que celle-ci comporte, grâce « aux métamor— phoses où ce Protée insaisissable, l’Occulte, s’est joué à travers les âges. » Mais, par la même raison, cette histoire est des plus difficiles aussi ; les mystères demandent pour être éclaircis une science, une pureté de traditions qui ne se trouve en réalité que dans les sanctuaires les plus mystérieux.
Cependant, avec les magnifiques travaux des orien— talistes modernes, et depuis Court de Gébelin, l’Égypte, l’Assyrie, I’Inde, la Chine, nous livrant petit à petit leurs inappréciables trésors, révèlent mieux l’esprit si méconnu de ces peuples et de notre antiquité classique, leur légataire dégénérée. Il faut donc féliciter M. de Guaita d’avoir reconnu, malgré sa prédilection avouée pour E.
Lévi, combien était faible et partiale l’histoire que cet auteur avait voulu pher exclusivement à la kabbale,et tout en la suivant dans ce qu’elle a de meilleur, de l’avoir corrigée par les données des chefs—d’œuvre modernes des Dutens, des Lacour, des d’Olivet et des Saint—Yves.
Grâce à cette impartialité, la vive et large esquisse offerte au Seuil du Mystère rétablit sans s’y appesantir les origines de l’occulte et en fait ressortir ainsi tous les enseignements essentiels. Une ère prolongée de prospérité pacifique et féconde, dont le souvenir est conservé dans toutes les tradi
AU SEUIL DU MYSTÈRE 213 tions antiques, a rempli les siècles antérieurs aux temps dits fabuleux, et régi ces civilisations magni— fiques dont l’archéologie moderne retrouve avec stu— péfaction les débris jusque dans. les sous—sols du nouveau monde. Cet âge d’or était le règne de la magie telle qu’elle est définie ici, c’est-à-dire de la science synthétique élevée jusqu’aux sources supra— terrestres des forces planétaires.
Parvenue, sans se départir de la rigueur logique, à ces hauteurs où la mé taphysique et la religion se confondent en une unité toute—puissante, spirituelle et pratique, la direction du mage s’imposait par le respect à la vénération du peuple libre mais savamment hiérarchisé.
Telle était la théocratie véritable ; elle n’a rien de commun avec le césarisme théocratique justement maudit par nos historiens comme une tyrannie sanglante, drapée de superstitions plus ou moins ridicules. L’histoire de l’occultisme ne se contente pas de fournir les preuves de cette période de félicité, elle remonte jusqu’à ses origines et à celles de l’humanité, mais il était superflu de la suivre aussi loin dans cette esquisse élémentaire.
Il suffisait de constater l’exis— tence d’un semblable gouvernement magique et d’as sister à son assassinat par la cohorte cynique des des— potes pressés d’assouvir l’érotisme de leur ambition sur le cadavre de la société antique.
L’unité vaincue par ces Gain et ces Nemrod fait place alors aux luttes fratricides des peuples divisés dans l’esclavage; les Mages vont cacher leurs trésors de science et de vertu dans des sanctuaires mystérieux perdus au milieu des sables du désert ou sous les
2 I 4 L’INITIATION neiges des plus hautes montagnes. De là ils ne cesse ront du moins d’envoyer à propos les plus énergiques de leurs adeptes pour éclairer encore et diriger à la lumière des sciences suprêmes les nations torturées dans les ténèbres.
C’est alors que commence notre histoire classique, celle des guerres et de la politique éhontée, où les conquérants se couvrent d’une gloire maudite , mais celle des héros aussi et des grands législateurs, où le génie se sacrifie pour rendre aux peuples leur vie dis— sipée avec leur sang par l’égoïsme et l’orgueil.
Une première troupe de ces missionnaires sacrés (Christna, Zoroastre, Fohi) se répand vers l’an 3000 sur toute l’Asie comme pour infuser dans ses veines le contre-poison qui la conservera dans la léthargie où va la plonger la fureur de tous les Césars, babylo— miens, mèdes, perses, tartares, turcs ou mongols.
Deux mille ans plus tard, nouvelle mission qui sauvera l’Occident de la contagion: Moïse et Orphée; le judaïsme et le paganisme classique destinés à se fondre un jour. Mille ans encore, Odin pour le monde occidental des barbares nomades et Jésus pour celui des peuples civilisés, puis la fusion des uns et des autres par le fer et le feu.
Je ne rappelle ici que les chefs suprêmes ; de Guaita lui-même ne fait qu’esquisser les principaux parmi la foule toujours renouvelée des initiés qui s’offrent en victime pour le salut public, mais il n’en faut pas davantage pour faire comprendre ce que doit être et ce qui a toujours été la magie. A I ._ i L (à..q.‘_‘qn
AU SEUIL DU MYSTÈRE 215 Deux enseignements ressortiront surtout pour l’étu diant de cette histoire : Le premier est que la lumière qui dirige l’humanité dans son progrès vient d’en haut, à la rencontre des efforts instinctifs seuls expli qués par l’évolution darwinienne. La force progres sive est une attraction, non une propulsion comme le voudraient les matérialistes.
« L’homme s’agite et Dieu le mène, » selon la parole profonde de Fénelon, et la force providentielle c’est l’attraction, l’Amour.
La magie est l’organe volontaire de sa transmission sur les planètes : elle s’élance avec toute la vigueur de l’amour de devant la Lumière perpétuelle , non dans un but de salut personnel, égoïste, mais pour refléter aux prix des plus grands sacrifices les rayon nements féconds du soleil suprême sur l’humanité qui s’agite encOre dans les ténèbres de l’instinct et de l’ignorance.
Voilà ce que le disciple doit attendre de la Magie ; elle est la Religion que les religions voilent, envelop pent pour les yeux faibles ; malheur à celui qui vou— drait ne voir en elle qu’un instrument d’ambition, une consolation personnelle ou même un simple objet de curiosité.
Il s’expose à verser quelque jour dans les caricatures honteuses et ridicules de la magie, dans la superstition, dans la sorcellerie dont le Seuil du Mys tère nous dépeint aussi l’impérissable coexistence; car il faut que toute chose ait son ombre ici-bas, en raison de son éclat. Le second enseignement profond que fournit l’his toire est celui de la Chute : Si la force dirigeante vient d’en haut, elle dégénère toujours aussi dès
216 L’INITIATION T qu’elle a touché la terre ; chaque ère d’éclat, de pros périté est suivie d’une période de décadence ; chaque jour a sa nuit, chaque être a sa vieillesse et sa léthar— gie qui, fatalement, succède à l’éclat de sa maturité Il n’est point d’empire, point de nation, point de reli— gion qui échappe à cette loi suprême. La magie elle— même doit la subir, tout en dominant l’humanité.
Nous voyons donc la magie s’éteindre progressive— ment : après les mystères de l’antiquité qui préser— valent encore un peu de lumière, vient la nuit du moyen âge, agitée des cauchemars de la sorcellerie, puis le scepticisme et le matérialisme de notre temps encore plus voisins de la mort. Mais ce qu’il faut avoir soin d’ajouter, ce que notre auteur exprimera plus formellement dans la seconde partie de son livre, c’est que cette chute.
' cette mort apparente de la lumière n’est qu’une forme de l’ac complissement de la loi d’amour. C’est le sacrifice par lequel l’Esprit, principe actif, vivifiant, essentiel lement dynamique —— la Force, si l’on préfère, —se plonge dans la substance inerte, essentiellement pas— sive, —— dans la matière -—— pourl’animer de sa vie, et réaliser ainsi, dans l’Esprit Saint, la conscience de l’Amour éternel, ineffable.
C’est le grand mystère de la Trinité Sainte. } Il faut que la Lumière en descendant se diffuse, se disperse, afin qu’en s’éteignant elle infuse la vie en chaque ultimate inerte. Au cycle innocent de Ram succédera donc le schisme ambitieux d’lrschou ; de même Ninus personnifiera à nouveau les bacchantes déchirant l’innocente création de Zoroastre; Darius
AU SEUIL DU MYSTÈRE 217 et ses successeurs mettront en lambeaux le peuple de Moïse, comme plus tard les aigles romaines dévore ront celui d’Orphée. Partout à la simplicité de l’en— fance succéderont les souillures de l’âge mûr, qui déjà disposent le cadavre pôur une résurrection nou— velle ; et cela, jusqu’à ce que la Vie ait pénétré jus— qu’aux derniers atomes de l’Etre.
Dans cette loi est l’explication du rôle fatal des méchants: la Providence, qui ne néglige l’illumination d’aucune ombre, utilise au profit du Bien universel jusqu’au mal lui-même auquel elle a laissé la liberté de se produire.
Les Gain, les Nemrod de tous les temps, en obligeant la magie à se réfugier dans le mys tère, forcent aussi les peuples de sentir tout le prix de la sagesse perdue, et les condamne aux efforts sans lesquels ils n’en pourraient jouir complètement.
Ainsi le libre arbitre se substitue à l’instinct, sans cependant que le mal "se puisse éterniser; ainsi la Providence s’offre sans s’imposer, faisant éclater par les ombres de la souffrance les joies ineffables de la lumière que l’innocence masquait à la conscience. C’est le mystère de la science du bien et du mal, de la chute de l’ange dans les angoisses de la matière. C’est aussi le sacri fice de Bacchus, d’0rphée, de Bouddha, de Christ.
Voilà pourquoi le mage doit être prêt à se sacrifier pour ses frères par amour pour eux ; il ne peut être consacré qu’à cette condition. La Providence, quand elle l’accepte au nombre de ses serviteurs, grave sur son front le sceau de la victime volontaire, comme elle marque du sceau de la fatalité récursive le Caïn qui se préfère soi—même à l’humanité.
'.‘I'.{fnl‘. . : 218 L’INITIATION Par là, enfin s’explique l’état de l’occulte à notre époque, et c’est ce que fait parfaitement ressortir le Seuil du Mystère en nous montrant la magie qui se disperse d’abord entre les spécialités de la renaissance, qui se diffuse jusqu’aux manifestations universelles du magnétisme et du spiritisme.
No‘us touchons donc au fond de la chute et de la multiplication : nous voici au temps où tous les fils et toutes les filles de l’universel Adam commencent à prophétiser, à res sentir en eux la vie de l’esprit : la mort nous envahit, c'est l‘heure de la résurrection; c’est le temps de refaire l‘unité par l'amour de nos atomes désagrégés sous la puissante etlibératrice explosion du verbe.
Que toute la force de notre liberté s‘emploie maintenant à créer la grande synthèse en vue de laquelle l’esprit est descendu jusqu’au moindre d’entre nous, se faisant visible et sensible par ces manifestations ultimes de phénomènes que d’autres temps auraient traité de miracles. Et d’abord comprenons bien ce que sont ces mani— festations, rendons-nous compte des mouvements de cette substance vivifiée par l’esprit.
Le Seuil du Mys tère nous la décrit avec cet art que nos lecteurs con— naissent à Stanislas de Guaita; il nous montre com— ment et pourquoi nous pouvons coopérer avec ces forces supraterrestres, dans quel but universel elles s’offrent à notre volonté.
C’est en le comprenant que nous saurons apprécier la magie , que nous serons dignes à notre tour de recevoir l’initiation, ou du moins, si nous n’en sommes point capable encore, que nous serons heureux de prêter notre
AU SEUIL DU MYSTÈRE 219 nii+änm concours à ceux qui, plus forts que nous, sont en état de se sacrifier déjà. pour le bonheur de leurs frères et la réalisation de la vérité dans notre monde. * 424 Dans la seconde partie, l’interprétation des deux pantacles sert à démontrer la valeur du langage sym bolique et à faire entrevoir les grandes lignes de la cosmogonie d’après la kabbale.
Le symbole est d’un usage continuel en occulte, parce qu’il n’est pas de langage plus propre à rendre avec la même richesse et la même simplicité les doc trines métaphysiques de la science occulte.
La puis sance du symbole est fondée sur la loi féconde de l’analogie, grâce à laquelle il peut exprimer les prin cipes par les propriétés des choses terrestres qui en sont la réalisation : Cette puissance s’accroît encore quand l’écriture symbolique est empruntée, comme on en va voir un exemple, aux nombres et aux formes géométriques dont la symétrie harmonieuse reproduit l’unité multiple qui est la beauté de notre monde.
Le choix des figures magiques interprétées est très heureux ; empruntées aux temps modernes, elles dé— montrent mieux que ne l’auraient fait des symboles antiques, la persistance et l’unité des doctrines. Leur auteur, Kunrath, chimiste et médecin, est un maître de premier ordre ; ses pantacles, dit E.
Lévy, sont splen dides comme la lumière du Sohar, savants comme Trithème, exacts comme Pythagore, révélateurs du grand œuvre comme le livre d’Abraham et de Nicolas Flamel.
2 20 L’INITIATION Le premier des symboles interprétés n’est que le développement du Pentagramme, éclairé par les ins— criptions et les illustrations que Kunrath y ajoute. Il place au centre I’Homme universel, l’Adam-Kadmon, les bras étendus en croix, et, de là, il lui fait contem pler l’œuvre de la création. Cette figure retrace d’abord la série des nombres suivants : 1 L’unité est à son centre.
2 Dans la verticale et l’horizontale de la croix; 3 Dans chacun des triangles du pentagramme; 4 Dans les quatre branches de la croix centrale ; 5 Dans le pentagramme entier. Et ces nombres retracent la chute de l’esprit dans la matière par le passage du 4 (la tetraktis sacrée de Pythagore, figurée par la croix centrale), au 5 dans lequel cette croix se dédoublé en sa branche inférieure.
Nous y trouvons encore par l’addition du 5 et du 4 le nombre 9, expression de la matière, ce qui nous indique que la chute de l’ange entraîne celle du monde (1).
Mais du centre du pentagramme où l’enferme sa déchéance, l’homme universel aperçoit la rédemption par les dix rayons angulaires, parce que ces rayons éclairés chacun par l’une des dix zéphiroth (ou des _ 10 nombres de la décade pytagoricienne) lui disent l’histoire de l’involution et de l’évolution (10 étant le nombre de la réalisation cosmique). p(I) Voir à ce sujet le Monde nouveau, de l'abbé Roca, et le Tarot, de apus.
AU SEUIL. nu MYSTÈRE 221 Aux dix nomssacrés inscrits sur les rayons, Kun— rath ajoute encore sur un cercle plus extérieur les dix noms hébreux que la kabbale attribue à Dieu; un autre cercle plus intérieur, au contraire, reçoit les dix noms de cohortes d’anges correspondant à ces degrés cosmiques et, enfin, sur un cercle intermédiaire, les lettres de l’alphabet hébraïque, qui résu— ment, on le sait, les grands arcanes du Tarot, et par eux l’immense synthèse de la création.
Ainsi sur chaque rayon, l’homme, relié par un chœur d’anges à l’une des séphiroth, aperçoit par celle-ci, et la face correspondante de l’univers et Dieu lui-même, tandis que ces dix aspects se concen trent sur lui dans une unité nouvelle.
Stanislas.de Guaita éclaire ce tableau grandiose par un commentaire aussi concis que substantiel où sont clairement indiqués et l’essence des divers ordres concentriques de création, et le mouvement de leur hiérarchie, et la. nature aussi bien que l’avenir de l’homme attendu par ces Cieux qui l’illuminent.
L’auteur ne manque pas de faire ressortir à l’occa— sion comment ce pantacle, étoile flamboyante oflerte à tous les degrés de la franc-maçonnerie, reproduit encore la rose-croix par ses cercles et ses rayons, la décade de Pythagore, les arcanes du Tarot et les symboles de la Kabbale, rappelant, par conséquent, l’unité de la tradition à travers les temps.
Le second pagntacle est moins universel, mais il se prête plus aisément à la démonstration du triple sens qui doit offrir un symbole occulte ; c’est ce que fait habilement ressortir l’interprétationNous ne pou:
222 L’INITIA1’IOS vons nous laisser entraîner ici au plaisir de la suivre dans ses intéressants développements; il faut nous borner à dire que ce pantacle en exprimant l’opposi tion et l’harmonie des deux principes positif et néga— tif, fournit une excellente définition de l’alchimie due à la plume de Papus, précise le rôle de l’homme dans la création, et sert à faire ressortir mieux encore la loi universelle de l’amour dans les trois sphères. , 15:; Nos lecteurs connaissent assez les Sociétés qui sont à leur disposition pour qu’il soit inutile de leur retra— cer ce qui est dit dans la troisième partie du Seuil du mystère ;annonçons seulement qu’ils y retrouve ront avec plaisir le magnifique discours d’initiation martiniste de Stanislas de Guaita, publié déjà dans l’1nitiation.
Il n’est pas nécessaire non plus d’insister sur le petit supplément bibliographique qui recom mande comme un brillant résumé de la kabbale, le Royaume de Dieu, de M. Jhouney,bien connu main tenant.
L’âme de cet essai élémentaire de «science mau dite » est dans ses deux premières pËrties ; elles mé ritaient particulièrement d’être signalées dans toute l’étendue de leur caractère afin que le lecteur ne soit pas trompé par leur concision et la facilité de leur lecture.
Ce n’est qu’une introduction. que l’auteur nous promet de développer par la suite ; mais c’est une introduction des plus substantielles et des plus suggestives, fort bien faite pour mettre en pleine lu mière les questions capitales dont l’étudiant devra
AU SEUIL DU MYSTÈRE 223 \ demander la solution a toutes les écoles et surtout à ses propres méditations. Inutile de dire que le Seuil du mystère est écrit de ce style imagé et vigoureux bien connu et apprécié des lecteurs de l’Inz‘tiatz‘on ; ils savent assez le talent et la science de Stanislas de Guaita pour s’attendre à trouver dans cette édition nouvelle l’érudition d’un bibliophile convaincu et le goût d’un artiste : les re— productions de deux estampes remarquables et l’im pression même du livre en feront une œuvre aussi agréable en sa forme que précieuse en sa substance. F. CH. BARLET.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Ë’ÉGYPTOMGIE ËAGRËE {Suite.) DEUXIÈME PARTIE CHAPITRE PREMIER. —— LE PAPYRUS Le cyperus papyrus ou souchet croissait naturelle ment dans les contrées marécageuses de l’Egypte. Voici comment s’y prenaient les Égyptiens pour obtenir à l’aide de cette plante ce qui remplaçait notre papier à écrire. Ils coupaient les deux extrémités de la tige du papyrus, puis ils détachaient les fines mem branes concentriques qui enveloppaient la moelle de la plante. Sur une planche, ils posaient à plat une première couche de ces membranes dans un sens ver— tical, puis une seconde couche au dessus de la pre« mière dans un sens horizontal. , Les Romains, qui à Pompéi nous ont laissé des spécimens de pareils papyrus, nommaient la première couche sqbtumen (la trame) et la seconde stamen (la ..'u—.z ---'=.—:’ÿ- Lai—vin _—F:_.r_——r -r-W"'W‘TÆ“N
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 2 5 chaîne); ils considéraient donc ce papier comme une sorte de tissu, ce qui était vrai jusqu’à un certain point. La feuille obtenue par des fragments de papyrus collés bout à bout était comprimée par un moyen quelconque, puis lissée.
Plusieurs de ces feuilles, nom mées plagulæ, étaient collées latéralement à la suite les unes des autres au moyen d’une colle liquide, de la gomme arabique probablement, les plus fines d’abord, les moins fines au milieu et les plus gros sières à l’extrémité; car les couches du papyrus étaient de moins en moins fines suiv‘ant qu’elles s’éloignaient plus du cœur de la tige de la plante.
Au moyen de ces plagulæ on formait des volumes de hauteur et de longueur diverses. Vingt plagulæ environ formaient un rouleau (scapus).
Les Égyptiens écrivaient aussi sur toile, sur une sorte de nankin, sur peau et sur parchemin; ils fai— saient même des comptes et additions sur des mor ceaux de terre cuite, des fragments de poteries, on nommait ceux-ci ostraca; les textes écrits sur ces ostraca sont généralement des notes, des brouillons exécutés par des scribes; on peut en voir dans beaùcoup de musées, notamment à ceux du Louvre.
Le roseau (en copte [rase/z) ou le pinceau (kas champhaü) servaient à tracer les caractères à l’encre sur le papyrus qui était de trois qualités, le royal, l’hiératique et le démotique. Sous Auguste on nomma le premier papyrus Augustus pour flatter l’empe reur. Le plus beau papyrus, le plus fin, le papyrus dit 8
2 26 L’INITIATION royal, servait naturellement aux rois et aux prêtres pour des actes de leurs ministères ; le papyrus hiératique servait pour les livres et les écritures reli— gieuses, enfin le dernier, le papyrus démotique, était employé pour rédiger les contrats et les actes cOncer— nant la vie civile et militaire.
Avant de les écrire, on enduisait les papyrus avec une huile tirée du cèdre, ce qui les préservait de la cor ruption, de la pourriture. Du reste, on prenait le plus grand soin pour assurer leur conservation ;on les pla çait dans des étuis ou cylindres de bois durcis au feu qu’on revêtait de bitume de tous les côtés, afin d’em pêcher l’humidité de la pénétrer, on les enfermait en— suite dans des jarres en terre cuite, soigneusement lutées.
CHAPITRE II. ’-— LES PAPYRUS ÉCRITS Les momies conservent souvent auprès d’elles des papyrus ; ils sont placés soit sous les bandelettes, soit le long du corps entre les cuisses, le long des jambes, sous leurs bras, sur leur poitrine. Ce sontles premiers manuscrits qui nous sont parvenus, les seuls dont la conservation soit parfaite.
Ils sont de longueur variable ;un des plus longs que nous connaissions est celui du musée de Turin qui ne mesure pas moins de 21 m. 75 de longueur. Généralement le haut de la page est occupé par une ligne de figures, de divinités que l’âme visite succes sivement ;le reste du manuscrit est rempli par des colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes linéaires ou hiératiques ; ce sont les prières que l’âme du défunt , ..... a._.-.—..—x_g-: .
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 227 adresse aux dieux ; vers la fin du papyrus, on voit souvent la scène du jugement de l’âme, dont voici une description : Un grand dieu est assis sur son trône, à ses pieds se trouve un énorme crocodile femelle, la gueule ouverte ; derrière le dieu on voit des balances divines surmontées du cynoce’phale, emblème de la justice universelle.
On pèse les bonnes et les mau— vaises actions du défunt : Thath écrit le résultat des pesées. En général, les papyrus renferment le Livre des morts, ou Rituel funéraire; celui-ci est plus ou moins développé, c’est-à-dire complet, suivant que la qualité du mort lui permettait de dépenser plus ou moins pour son achat.
' Aussi suivant l’extrait plus ou moins long du Livre des morts que contient le papyrus enfermé au— près d’une momie, on peut presque jugerde l’impor tancedu personnage. Les momies royales contenaient le Livre des morts dans son entier. Beaucoup des manuscrits en question sont écrits non en hiéroglyphes linéaires, mais en hiératiques, c’est-à—dire au moyen de la tachygraphie des hiérogly phes.
Le haut de la page qui contient, comme nous venons de le dire, une ligne de figures, fait toujours distinguer ces extraits de Rituel des autres manus crits. Ils donnent un grand intérêt aux momies ; mal heureusement rien ne peut faire distinguer extérieu rement les boîtes de momies qui contiennent des papyrus de celles qui n’en ont pas. Il faut donc les ou— vrir; pour cela on attaque le cartonnage àl’envers et de cette façon on l’abîme le moins possible.
228 L’INITIATION —,'-"rrt-a CHAPITRE I". — SIGNES DISTINCTIFS DE L’ÂGE DES PAPYRUS Les plus anciens papyrus connus sont d’une écri ture large, ferme, solide, massive, si l’on peut dire; ils décèlent la lourdeur de la main qui les a écrits.
Voici quelques signes caractéristiques qui permettent d’assigner une époque, sinon une date précise, à cer tains papyrus : Les manuscrits composés sous la XVIe dynastie ont des vignettes finement dessinées, les groupes de lettres très rapprochés, très ramassés, parce que les caractères sont d’une grande finesse. — Les exem plaires hiéroglyphiques du Livre des morts d’une écriture rétrograde d’un fort beau style sont origi naires de la XVIIIe dynastie; ceux de la XIXe et de la XXe dynastie sont très facilement reconnaissables par la belle et grosse carrure de leurs lettres hautes et hardiment tracées; enfin dans les papyrus de la XXII“ dynastie les lettres sont moins hautes bien que fortes et larges, aussi les groupes de lettres sont moins ramenés, moins rapprochés, moins ramassés à côté les uns des autres; ils diffèrent donc du tout au tout des manuscrits dela XVIe dynastie.
Enfin les manus crits de l’époque romaine sont d’un style des plus médiocres, l’écriture hiératiqùe est haute, maigre, anguleuse même et un peu penchée ; enfin sous les dominations persane et grecque l’écriture est tout à fait lourde, épaisse, compacte, empâtée même. — Les papyrus qui nous restent'sont fort nombreux, nous nous contenterons de les désigner par le nor_n
L’ÉGYPTOLOGIB SACRÉE 229 sous lequel ils sont connus ; voici par ordre alpha— bétique les plus célèbres : Abbat, Amhurst, Anastasi, Cadet, Casati, G. Ehers, Harris, Lee, Lepsius, de Leyde, Orbiney Prisse, Rhind, de Turin (I° judiciaire, 2° royal), Sallier (trois ou quatre), Letnaou, etc. ' Fig. 10. - Un Scribe (d‘après un papyrus). Notre figure 10 montre un scribe écrivant sur un papyrus.
CHAPITRE IV. —— LES LIVRES D’HERMÊS Hermès Trismégiste, auteur supposé de nombreux ouvrages grecs, n’est autre que le Thoth égyptien (I). (I) En ce qui concerne le Tarot ou Livre de Thoth, voir Pnrus : Le Tarot des bohémiens, le plus ancien livre du monde, vol. in-8' jésus. Paris, Carré, éditeur, 1889, p. 14. et 299 et suiv.
' "-IZF‘."r Ah 2 30 L’INITIATION Dès le temps de Platon, Hermès fut identifié à ce per— sonnage fabuleux qui passait pour l’inventeur du lan gage, de l’alphabet, de l’écriture et de toutes les sciences.De tous les écrivains de l’antique Égypte, le dieu Thoth a été le plus fécond par la bonne raison. que c’est sous ce nom collectif qu’écrivait la caste sacerdotale ; ceci explique la variété et la valeur des nombreux ouvrages dits hernze’tzques, attribués à Hermès, lesquels ne sont parvenus jusqu’à nous que par leur traduction grecque et avec bien des inter polations.
Les livres de Thoth sont au nombre de quarante-deux ; ils renfermaient toutes les règles, préceptes et documents relatifs aux arts,aux sciences, à la religion et au gouvernement de l’Égypte; dans leur ensemble. ces livres sacrés embrassaient toutes les connaissances humaines et formaient pour ainsi dire une vaste Encyclopédie égyptienne, dépositaire de tout savoir; ils étaient conservés dans les sanc tuaires des temples (I), n’étaient jamais ouverts pour le peuple, on les lui montrait seulement dans les fêtes solennelles pendant les cérémonies religieuses.
Que contenaient les principaux livres d’Hermès ? Clémentd’Alexandrie (2) nous l’apprend. Deux renfer maient des hymnes en l’honneur des dieux, et les règles de conduite pour les rois ; quatre étaient relatifs à l’astrologie, enfin dix livres nommés sacerdotaux traitaient de l’art sacré, de la religion, du culte, du sacerdoce. (I) JouAnD,Descfipt. de l’Egïpte, I, e. v, p.24 (2) Stromat., 1, VI. a .44. ..‘.— -‘n—...
L’EGYPTOLOGIE SACREE 231 Les termes dans lesquels Clément d’Alexandrie parle de ces livres laissent supposer qu’il y avait un grand nombre de livres hermétiques; nousle savons par divers auteurs, quelques—uns vont jusqu’à prétendre qu’il en existait jusqu’à vingt mille et Jamblique jus qu’à trente-six mille; c’est-à-dire un nombre analogue à celui des années de la grande période sacrée de l’Egypte.
Ce dernier chiffre n’a pas paru acceptable pour beaucoup d’auteurs qui ont pensé qu’il repré sentait le nombre de vers ou distiques qui compo saient les livres hermétiques. —Pour nous, ce chiffre n’a rien de surprenant, puisque nous connais— sons la longue, très longue antiquité de l’Egypte et puis l’activité et le savoir des prêtres égyptiens, surtout si nous ajoutons que les livres sur papyrus n’étaient pas, comme les nôtres, des volumes de mille ou douze cents pages, mais de simples brochures.
Dès lors il est fort admissible que la Bibliothèque sacrée égyptienne pût contenir trente—six mille vo lumes, peut—être davantage, à l’époque de Jamblique. Arrivons au surnom de Trz’smégz’ste, qui signifie trois fois grand ; il aurait été donné à ce personnage soit à causede sa triple qualité de philosophe, de prêtre et de roi, ou bien parce que Thoth symbolisait l’Intel— [igence divine, la Pensée incarnée et le Verbe vivant.
Aussi le Dieu suprême, l’inconnaissable, ne nomme Thoth que : Ante de mon âme, intelligence sacrée de mon intelligence, c’est-à-dire celui qui connaît tout. Et voilà pourquoi il fallait beaucoup de livres pour contenir la science de Thoth, et pourquoi chaque prêtre se spécialisait dans une étude particulière,
232 L’INITIATION comme nous l’apprend Clément d’Alexandrie(r) en ces termes: « Les Égyptiens suivent une philosophie particu lière à leur pays ; c’est dans les cérémonies religieuses surtout qu’on peut le remarquer, on y voit d’abord marchant le premier, le chanteur portant un symbole musical ; il est obligé de savoir (par cœur) deux livres de Thoth, l’un contenantles hymnes en l’honneur des dieux, l’autre les règles de la vie royale.
Après ce chanteur, vient l’horoscope; il porte dans ses mains une horloge (sablier) et un'e palme (feuille de palmier), il faut qu’il ait toujours présent à l’esprit quatre livres (de Thoth) qui traitentdesfiastres, l’un des astres errants, l’autre de la conjonction de la lune et du soleil, les derniers de leur lever.
Vient ensuite le prêtre hz'érogrammafe, reconnaissable aux plumes (d’au truche) qui ornent sa tête; il a dans ses mains un livre (un rouleau de papyrus) et une palette garnie de l’encre et des calames (roseaux) nécessaires pour écrire.
L’hiérogrammate doit posséder les connaissances hiéroglyphiques (interprétatives des livres anciens) lesquelles comprennentla cosmographie, la géographie, les phases du soleil et de la lune, celles des cinq pla— nètes, la chorographie de l’Égypte, le cours du Nil et ses phénomènes, l’état de possession des temples et des lieux qui en dépendent.
Le stalz'ste vient ensuite, portant la coudée (ma), emblème de la jus ‘ tice, et le vase des purifications "‘ , Celui—ci sait (1) De my:t. Egypt.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 3 3 tout ce qui concerne l’art d’enseigner et l’art de mar quer du sceau sacré les jeunes viCtimes. Dix livres sacerdotaux sont relatifs au culte des dieux (nous l’avons vu plus haut) et aux préceptes de la religion ; c’est le prophète marchant après tous les prêtres et portant le sceau qui apprend ces dix livres (sacerdo taux).
Il y a en tout quarante-deux livres principaux d’Hermès (remarquez principaux), dont trente—six, où est exposée toute la philosophie des Égyptiens, sont appris par des prêtres des classes qui viennent. d’être désignées, les six autres livres sont étudiés par les pastophores (I) comme appartenantà l’art de guérir et ces livres parlent en effet de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et médi caments, des yeux, enfin des maladies des femmes.
Par ce qui précède, on voit combien devaient être intéressants les livres d’Hermès, les livres véritables, devrions«nous dire, car à l’époque où l’on a sophisti qué ces livres, c’est-à-dire au commencement du christianisme, il a paru des traductions d’une authen— ticité des plus douteuses, aussi il est incontestable que le nom d’Hermès étant entouré d’une grande vénération, les sophistiqueurs furent certainement tentés de soumettre ses œuvres à des interpolations et des travestissements nombreux; on a même été à une certaine époque, jusqu’à contester l’authenticité de leur existence; et cependant nous lisons dans Augustin dit le Saint (2): « Véritablement Trismé (I) On les nommait _ainsi parce qp‘ils portaient sur leurs épaules dans les processtons de petits mm: ou c apelles. (2) Cité de Dieu,livre VIII, ch. xxIII, p. 288, édition Dldot—Nisard..
234 L’INITIATION giste dit beaucoup de choses du vrai Dieu créateur de l’univers qui sont conformes à la vérité... » Cette courte citation d’un auteur pas suspect , prouve l’existence d’Hermès; mentionnons quelques fragments de son œuvre. Voici un discours d’Hermès àThoth : « Il est diffi— cile à la pensée de concevoir Dieu et à la langue d’en parler.
On ne peut décrire par des moyens matériels une chose immatérielle, et ce qui est sans commen cement ni fin ne peut s’allier à ce qui est sujet au temps, c’est—à-dire à ce qui a commencé et à ce qui doit finir ; l’un passe, l’autre existe toujours; l’un est une perception de l’esprit, l’autre est une réalité...
Ce qui peut être connu par les yeux et par les sens comme les corps tangibles peut être exprimé par le langage; tandis que ce qui est incorpore], intangible, immatériel, ne peut être connu par nos sens. Je comprends donc, 6 Thoth, je comprends que Dieu est ineffable ! « La mort est pour certains hommes un mal qui les frappe d’une terreur profonde; c’est bien là le résultat de l’ignorance, de l’agnoscence.
La mort arrive par la débilité et la dissolution des membres du corps; le corps meurt, parce qu’il ne peut plus porter l’être: ce qu’on appelle mort, c’est seulement la destruction des organes corporels (l’esprit, l’âme ne meurent point) .‘ » Voici comment Hermès définit la vérité et en parle : « La vérité, c’est ce qui est éternel et immuable, la vérité est le premier des biens, la Vérité n’est pas et ne peut être sur la terre; il se peut que Dieu ait donné
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÊE 23 5 A f à quelques hommes, avec la faculté de penser aux choses divines, celles de penser aussi à la vérité; mais rien n’est la vérité sur la terre, parce que toute chose est une matière revêtue d’une forme corporelle sujette au changement, à l’altération, à la corruption, à la transformation. L’homme n’est pas la vérité, parce qu’il n’y a de vrai que ce qui a tiré son essence de soi—même et qui reste ce qu’il est.
Ce qui change au point de n’être pas reconnu, comment cela pour rait-il être la vérité? —— La vérité est donc ce qui est immatériel, qui n’est point enfermé dans une enve— loppe matérielle, qui est sans couleur et sans forme, exempt de changement et d’altération, en un mot ce qui est éternel.
Toute chose qui périt est mensonge et fausseté; la terre n’est que corruption et génération, et toute génération procède d’une corruption; les choses matérielles ne sont que des apparences et des imitations de la vérité, ce que la reproduction est à la réalité; aussi les choses de la terre ne sont pas la vérité. » La méthode d’enseignement dite Socraz‘z’que, c’est à-direl’enseignement pardialogues vient de l’Égypte.
Nous retrouvons, en effet, un autre écrit égyptien qui est certainement le plus ancien et le plus authentique des livres de philosophie de l’Égypte; c’est lePz’man der d’Hermès Trismégiste, il renferme des traces évidentes des doctrines cosmologiques et psycholo giques égyptiennes. Cet ouvrage grec, souvent publié mais trop peu connu, passe pour avoir été traduit de l’égyptien; il affecte également la forme dialoguée. Le dialogue a lieu entre Pimander, l’intelligence su
2 36 L’INITIATION prême et Thoth, le Seigneur des divines paroles, le Sei— gneur des écrits sacrés, c’est-à-dire le seul juge digne, parmi les hommes, de recevoir les conseils de la divi nité ; en un mot Thoth représente l’intelligence humaine. Le dialogue a donc lieu entre l’intelligence divine et l’intelligence humaine; la première révélant à la seconde l'origine de son âme, sa destinée, sa mission, sa récompense.
Voici quelques parties de ce livre intéressant à tant de titres; c’est Thoth qui raconte la conversation qu’il a eue avec Pimander, il dit : « Comme je réfléchissais un jour sur la nature des choses, en m’efiorçant d’élever mon entendement vers les hauteurs de l’espaceet mes sens matériels complè tement assoupis, comme il arrive dans un profond sommeil, il me sembla voir un être d’une stature très élevée, qui m’interpella en ces termes: « Que désires « tu vhir et entendre, ô Thoth! que souhaites-tu de « connaître et d’apprendre?
Dis-le. —- Qui est-tu? « —-Je suis Pimander, la Pensée de la Puissance « unique; dis-moi ce que tu désires et je serai avec « toi. — Je désire apprendre la nature des choses « qui sont et connaître Dieu. — Explique-moi bien « tes désirs et je t’instruirai sur toutes choses! » « M’ayant ainsi parlé, il changea tout à coup de forme et me révéla tout ce que je désirais connaître.
« Je venais d’avoir devant moi un spectacle prodi gieux, tout s’était converti en lumière, dans laquelle je baignais tout entier. Puis vint bientôt une ombre effroyable qui se déroulait en des replis obliques et se revêtait d’humidité avec un fracas terrible. Alors une
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÊE 2 3 7 fumée s’échappe de ce milieu avec bruit, puis une voix qui me paraissait être la voix de la lumière sortit de ce bruit, c’était le Verbe. « Ce Verbe était porté sur un principe humide, du quel il sortit du feu pur et léger qui, s’élevant insensi blement, se perdit dans les airs.
L’air (feu) léger, sem blable à l’Esprit, occupe le milieu entre l’eau et le feu; et la terre et les eaux étaient tellement amalgamées que lasurface de la terre couverte parl’eau n’apparais sait en aucun point. Terre et eau furent agitées par le Verbe de l’Esprit parce qu’il planait au-dessus d’elles (I) et dans ce moment Pimander dit: « As-tu bien compris ce que signifie ce spectacle? — Je le connaîtrài, » dis—je.
Il ajouta alors : « Cette lumière, c’est moi : je suis l’Intelligence, je suis ton Dieu et je suis bien plus ancien que le principe humide qui s’échappe de l’ombre. Je suis le germe de la pensée, le Verbe resplendissant, le Fils de Dieu.
Je te dirai donc : Pense que ce qui voit et entend ainsi en toi, c’est le Verbe, c’est la Pensée qui est < Dieu le Père; ils ne sont aucunement séparés et leur union c’est la vie. —- Médite d’abord sur la « lumière et arrive à la connaître. » « Quand ces choses furent dites, je le priai long— temps pour qu’il tournât vers moi sa figure.
Dès qu’il l’eut fait, j’aperçus aussitôt dans ma pensée une lumière environnée de puissances innombrables, brillant sans limites, le feu contenu dans un espace Aâkâ‘kkâk âA (I) On sait que certains magnétiseurs ont le pouvoir de faire bouillon ner l‘eau placee dans un bassm en Imposant les mains au-dessus de l'eau.
238 L’INITIATION j-,,,,__,,. ,, par une force invincible et se maintenant au-dessus j de sa propre base.
« Je vis toutes ces choses par l’effet du Verbe de j Pimander, qui me trouvant plongé dans la stupeur, m’adressa ainsi la parole : « Tu as vu en ta pensée la première forme préva loir surle principe infini et autres choses semblables. —- D’où émanent les éléments de la nature ? dis—je. — De la volonté de Dieu, répondit Pimander, laquelle s‘étant saisie de sa perfection, en a orné tous les autres éléments et les semences viables qu’il a créées; car l’in telligence c’est Dieu, possédant la double fécondité des deux sexes, qui est la vie de la lumière de son intelligence; il créa avec son Verbe une autre intelli gence opérante; il est aussi Dieu feu et Esprit-Dieu.
Il a ensuite formé sept agents, qui contiennent dans les cercles le monde matériel, et leur action se nomme Destin. Le Verbe de Dieu s’est ensuite réuni, se sépa rant des éléments agités par un simple effet de la nature et s’est uni à l’Intelligence opérante, car il était de même essence. Dès lors, les éléments de la nature sont restés déclinants sans raison, pour qu’ils fussent simplement de la matière.
« L’Intelligence opérante et le Verbe renfermant. en eux les cercles et tournant avec une grande vélo cité, cette machine se meut dès son commencement jusqu’à rla fin sans avoir de commencement ni fin; car elle commence toujours au point où elle finit (1). C’est de l’ensemble de ces cercles, l’In (1) D'où la représentation de l‘éternité par le serpent avalant sa queue‘ .'
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 239 telligence l’a ainsi voulu, qu’ont été tirés, des élé— ments inférieurs, les animaux privés de raison, car elle ne leur en a pas donné. L’air porte les êtres ailés, l’eau ceux qui nagent. L’eau et la terre diffèrent entre elles de la manière que l'lntelligence l’avait prescrit.
La terre a ensuite engendré les animaux qui étaient en elle, les quadrupèdes, les serpents, les animaux sauvages et les animaux domestiques; mais l’lntelli gence, père de tout ce qui est la vie et la lumière, a pro créé l’homme semblable à elle—même, et l’a accueilli comme son fils ; car il était beau, très beau, étant le portrait de son père. Dieu s’étant complu dans l’image de lui—même, concéda à l’homme la faculté d’user de son ouvrage.
Mais l’homme, ayant vu dans son père le créateur de toutes choses, voulut aussi créer; dès lors il se précipita dans la sphère de géné— ration (t). Tout étant soumis à son pouvoir, il consi déra les attributs des sept agents. Ceux-ci, se plaisant àfavoriser l’intelligence humaine, lui communiquèrent leur pouvoir.
Dès qu’il eut ainsi connu leur essence et sa propre nature, il désira ardemment pénétrer dans les cercles et d’en rompre la circonférence, s’attribuant (i) Voici, résumée par F.
BOISQUET, une théorie cosmogonique. de l'homme d'après un des plus grands philosophes contemporains; nous avons nommé FABRE D'OLIVET : « L'homme (le règne homi na], Adam), créé par.l)ieu à son image, pour être une des trois randes puissances qui régissent l'univers, ut constitue en princ1pe_. Ÿl se developpait paisiblement dans une enceinte protectrice, mais lorsqu'il eut atteint une partie de ses forces, le feu interne nécessaire à l'accroissement de toute création, devint dans lui une passion aveugle et ardente; dans son délire il voulut se saisit du pouv01r extérieur, devenir créateur et l'é al de celui à qui il devait l'exutence.
A l'instant même tout se matéria isa autour de lui, etc. ii (Parus, Fa_bre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre, p. 8 et 9. 1 br. in-8' jésus; Paris, G. Carré, 1888. _ _ Ce i]ue Pimander traduit par a il se précipita dans la sphère de géné ration )I.
240 L’INITIATION à tort la force de celui qui domine même sur le feu. Et celui qui avait eu tout pouvoir sur les animaux mortels et privés de raison, s’éleva et sortit du sein de l‘harmonie, pénétra et rompit violemment la puis— sance des cercles et montra la nature comme une des belles forces de Dieu... L’homme se prit d’amour pour elle. Il en naquit une forme d’être privée de raison...
Mais de tous les animaux terriens, seul de tous l’homme est doué d’une existence double; mor tel par son corps, immortel par son être même. Im mortel, tout lui est soumis; les autres êtres vivants subissent la loi des destins.
L’homme fut donc une harmonie supérieure, et pour l’avoir voulu pénétrer, il est tombé dans l’esclavage. » Thoth demande alors ce qui arrivera après l’ascen sion de l’âme vers le Père, il lui est répondu : « Le corps matériel perd sa forme, qui se détruit avec le temps ; les sens qui ont été animés retournent à leur source et reprendront un jour leurs fonctions, mais ils perdent leurs passions et leurs désirs et l’es— prit remonte vers les cieux pour se voir en harmonie; il laisse dans la première zone la faculté d’accroître et de décroître; dans la seconde, la puissance du mal et les fraudes de l’oisiveté ; dans la troisième, les décep— tions de la concupiscence; dans la quatrième l’insa tiable ambition; dans la cinquième, l’arrogance, l’au dace et la témérité; dans la sixième, le goût improbe des richesses mal acquises et dans la septièmele men— songe. Et l’esprit ainsi purifié par l’effet de ces harmo nies, retourne à l’état si désiré, ayant un mérite et
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 241 une force qui lui sont propres et il habite enfin avec ceux qui célèbrent les louanges du Père. Ils sont dès. lors placés parmi les pouvoirs, et, à ce titre, ils jouis sent de Dieu. Tel est le suprême bien de ceux à qui il a été donné de savoir, ils deviennent Dieu. « Ayant ainsi parlé, ' Pimander retourna parmi les pouvoirs divins, et moi, je me mis à conseiller aux hommes la piété et la science inséparables. « 0 hommes!
VIVEZ} sobrement, abstenez-vous_ de la chair des animaux, de la gloutonnerie. Pourquoi vous précipitez—vous vers la mort, puisque vous êtes capables d’obtenir l’immortalité? Fuyez les ténèbres de l’ignorance, retirez—vous de l’élément obscur et lourd, échappez à la corruption, acquérez l’immor talité !
Conducteur et chef de la ‘race humaine, je lui montrerai la voie du salut et je remplirai ses oreilles des préceptes, lois et principes de la sagesse. » Nous voudrions pousser plus loin encore notre étude sur les livres d’Hermès, mais il faut savoir nous borner; nous pensons que l’exposé sommaire et très ' imparfait que nous venons de faire suffira pour édifier le lecteur sur les dogmes psychologiques égyptiens; du reste, dans la troisième partie de notre étude nous aurons l’occasion de fournir d’autres aperçus qui compléteront ceux qui ont déjà paru dans le courant de cette étudè.
Nous allons maintenant aborder un chapitre bien obscur de la science égyptienne, son art sacré. Ce qui va suivre est certainement très difficile à. traiter; nous comptons aussi sur l’indulgence du lec— teur, le priant de ne voir dans notre travail qu’un
24.2 L’INITIATION v . r_rfiñ .1 essai d’un sujet impossible à écrire dans l’état actuel de l’égyptologie. CHAPITRE V. -- ART SACRÉ. —- OCCULTISME Indépendamment de la religion, du culte et des cérémonies religieuses que nous allons bientôt étudier, il existait en Égypte une science hermétique occulte qu’à tort ou à raison on a nommée art sacré; nous conserverons donc ce terme comme titre à ce chapitre.
L’origine de cet art se perd dans la nuit des temps, on ne saurait donc nommer son inventeur, mais arrivéà l’époque historique, cet art eut pour premiers adeptes les prêtres de l’Égypte, les initiés de Thèbes et de Memphis. C’est dans les dépendances du temple qu’ils avaient leurs laboratoires, car l’art sacré de l’Égypte n'est que l'alchimie du moyen âge, notre chimie moderne.
A cette époque la philosophie et la science marchaient ensemble la main dans la main, le laboratoire fournissait le fait, la science du prêtre créait la théorie. _ L’initié de l’art sacré avait des pouvoirs très éten— dus, c’était une sorte de Démiurge ou Dieu créateur.
Dans l’antiquité, comme au moyen âge, toutes les connaissances humaines étaient englobées sous le terme générique de Philosophie, d’où les alchimistes, astro logues, hermétistes, occultistes sont désignés sous le nom de Philosophes. Ils l’étaient réellement puisque nous voyons par exemple l’initié égyptien reconnaître dans toutes les opérations qu’il pratiquait la trans mutation des corps. Ainsi l’eau chauffée dans un vase ouvert quelconque se transformait, pour l’artiste sacré,
L’EGYPTOLOGIE SACRÉE 243 en air (vapeur) et en terre blanchâtre (fin de l’opé— ration) en une matière pulvérulente, donc l’eau se changeait en air et en terre.
L’initié brûlait—il à l’air libre (calcz’nation) du plomb ou tout autre métal (or et argent exceptés), ce métal perdait ses qualités premières, il se transformait en cendres ou en une espèce de substance terreuse pulvé— rulente, désignée au moyen âge sous le nom de métal mort et, si l’initié chauffait à nouveau ce métal soi— disant mort dans un creuset avec des grains de fro ment, de la farine, des graines de la plante dite belle— de-nuit (1) ou d’une semence quelconque, il voyait bientôt le métal renaître de ses cendres et reprendre sa forme et ses propriétés premières.
Devant ce résulta l’initié devait conclure certainement que le métal censé détruit par le feu est rendu vivant (redz’vt’vus) revivifié par le blé et l’action de la chaleur, d’où l’image du Phénix renaissant de ses cendres (2). Voilà pourquoi dans le symbolisme égyptien les grains de froment représentaient la vie et par extension la vie de l’au-delà, la Résurrection, la vie éternelle, parce que ces grains aVaient revivifié le métal mort. J.
MARCUS DE VÈZE. (A suivre.) (I) Le mirabilis galapa de Linne’, le Nyctago hortensis de Jussieu, a une graine noire de la grosseur d‘un petitpois de Clamart qui renferme une fine farine très blanche. (2) Le phénix, chez les Égyptiens, était le bennon, c‘està-dîre l’oiseau consacré à Osiris et l‘emblème de la résurrection.
Le bennon était notre vaqneau moderne, ce morceau si fin et si recherché des gourmets qui a. donné lieu à ce dicton populaire : ui n'a pas mangé de vanneau a pas mangé de bon morceau. L‘antiquité gréco-e’gyptienne a transformé le bennon en phénix, qui reuä'issait, dit-on, de ses cendres; tous nos lecteurs le savent.
244 L’INITIATION ËÈÏA Sommes ©ccuma APPLIQUÉE A L’ÉCONOMIE POLITIQUE CONFÉRENCE PAR M. JULIEN LEJAY Avocat à la Cour d’appel de Paris, Secrétaire de la Rédaction . de l'1nitiation.
INTRODUCTION MESDAMES ET MESSIEURS, %’A1 à traiter devant vous des rapports de la science occulte avec la science sociale : ce titre est bien géné. ral, bien vaste; je ne saurais évidemment, dans une conférence, épuiser les développements qu’il com porte; il mefaut donc fixer deslimites et préciserl’aspect particulier de la question que je vais envisager.
On peut faire deux applications bien diStinctes de la science occulte à la sociologie : la première consiste à poser la loi universelle qu’elle nous révèle et à tracer conformément à cette loi le plan d’une société idéale. C’est ce qu’ont essayé de faire Saint Simon, Fourier, Pierre Leroux.
La seconde consiste— rait à faire de cette loi en quelque sorte la pierre de touche qui doit nous révéler si la société actuelle est vraie ou fausse, conforme ou non au principe d’évo lution qui régit l’univers tout entier. ' C’est cette seconde méthode que nous avons choisie : d’abord parce qu’elle n’a pas encore été employée Ou poussée dans ses dernières conséquences, et ensuite
LA SCIENCE OCCULTE 24.5 parce que je crois qu’il serait plus utile de prouver l’existence du mal social et de montrer à tous sa véri— table cause que de tracer à mon tour un plan de société qui serait, comme les autres, traité d’utopie. Il ne suffit pas en effet de dire que la société est mau vaise et de proposer les réformes qui, peut être, la ren draient meilleure; il faut prouver qu’elle est mauvaise et montrer pourquoi elle l’est.
N’oublions pas que s’il en est qui souffrent de l’organisation actuelle de la société, il en est d’autres qui en jouissent et que ceux ci, on les convaincra difficilement de la nécessité de changer un état de choses si clément pour eux.
Donc, plus de plan de réorganisation sociale; utopie, tout cela! mais une critique serrée et la démonstration nette qu’un vice de constitution mine la société tout entière qui dans sa chute entraînera riches et pauvres. Je crois que ce n’est qu’à cette condition que tous ceux que l’amour de l’humanité et de la vérité inspire pourront lutter victorieusement contre les théories er ronées de ceux que l‘égoïsme aveugle ou rend sourds!
C’est donc une œuvre de critique que nous allons faire, nous allons demander à la science occulte sa loi, sa méthode et le critérium qui nous serviront à faire le diagnostic exact de la société actuelle. Dans une première partie nous rappellerons, briè vement, puisque ces théories sont déjà connues de la plupart de vous, le principe même de la science occulte. Nous montrerons ensuite l’application des lois qu’elle nous enseigne dans un fait d’ordre scientifique et expérimental :
246 L’INITIATION Puis dans une troisième partie nous comparerons les lois qui régissent la société actuelle à ces lois paré ticulières que nous avons prises comme modèle et qui ne sont que le reflet de la loi universelle.
Enfin l’étude des causes et des conséquences, des oppositions et des concordances que nous aurons constatées, nous permettra de faire dans une quatrième et dernière partie un diagnostic rigoureux dont nous comparerons les éléments aux théories politiques et sociales en cours. ' Tel est le plan que je me suis tracé. J’espère que cette vue d’ensemble répandra un peu de lumière sur tout ce qui va suivre.
A la première question que nous avons posée: que est le principe de la science occulte? nous pouvons répondre : c’est l’harmonie universelle !
« Une même loi générale gouverne tous les phénomènes physiques et métaphysiques de la nature (1). » Ce simple énoncé nous donne l’exposé de toute une science mais aussi de toute une philosophie et de toute ïune religion ; et, en effet, la science occulte les contient toutes les trois et résout un problème réputé de nos jours encore insoluble : elle les concilie!
Je n’exposerai ni la thèse philosophique, ni la thèse religieuse devant vous, théosophes, qui connaissez la (i) Parus, Ouvrage inédit sur l'analogie.
LA SCIENCE OCCULTE 247 synthèse ésotérique de toutes les religions et de toutes les philosophies, je ne pourrais que répéter ce que vous connaissez sans doute mieux que moi et cela sans profit pour le sujet que j’ai à développer. Je ne m’occuperai que de la partie scientifique de la doctrine occulte; c’est d’elle seule que je dois tireI les éléments de ma critique. Qu’est-ce donc que cette harmonie?
Comments manifeste-t-elle ? et comment se réalise—t-elle ? La science occulte nous enseigne que dans la nature deux principes contraires sont en lutte; la force et la matière, mais que ces deux principes viennent s’équilibrer dans un troisième qui participe des deux et les concilie : c’est la vie.
L’univers est donc un grand tout polarisé : au pôle nord est la force, au pôle sud la matière, au centre la vie qui fait de ces trois éléments un tout harmonieux. Mais cette harmonie est universelle, avons-nous dit. En effet, partout dans la nature, ces deux principes se trouvent en présence et partout ils s’équilibrent en vertu de la même loi : la création d’un terme intermé diaire qui les contient tous les deux.
L’ombre s’oppose à la lumière, mais ombre et lumière s’équilibrent dans la pénombre : l’acide s’oppose à la base, mais acide et base s’équilibrent dans le sel; la répulsion s’oppose à l’attraction, mais attraction et répulsion s’équilibrent dans l’équilibre, c’est le mot consacré et les planètes tournent harmonieusement autour du soleil. Tous les phénomènes de la nature, du plus grand au plus petit, ne sont que la manifestation inces
248 L’INITIATION sante des difiérents états d’équilibre de la force et de la matière, états variant, suivant la quantité de force qui s’oppose à la matière ou la quantité de matière qui s’oppose à la force, depuis la force matérialisée (la roche, le minéral) jusqu’à la matière subtilisée ou la matière forcée, le grain de pollen, l’atome électrique, ainsi que nous l’enseigne notre frère Barlet.
« La substance est une, nous dit Louis Lucas cité par Eliphas Levi, la substance est une et ne doit ses formes spéciales qu’à la diversité de ses modes de polarisation moléculaire et aux angulaisons difiérentes de son rayonnement magnétique. » « La nature entière est un vaste prisme, ajoute à son tour notre frère Papus, prisme contre lequel vient se briser une force unique qui se transforme ensuite en chaleur, lumière, électricité, magnétisme, vie, intelligence, etc. » .
Telle est la thèse générale de la science occulte ; il nous reste à déterminer sa méthode. Mais ne découle— t-elle pas naturellement de tout ce qui précède P Il est évident que ce ne sera ni l’observation simple des faits et leur collection, méthode inductive de la science actuelle; ni l’énoncé d’axiomes métaphysiques dans lesquels on essaiera de faire rentrer tous les phéno mènes, méthode déductz’ve jadis fort en honneur.
Nous voyons que si la science occulte aboutit à une théorie de l’univers qu’il est impossible de contrôler, elle s’appuie cependant sur des lois dont nous devons trouver la manifestation dans des faits d’ordre positif et d’expérience. Sa méthode est donc une méthode qui unit l’induction et la déduction, qui prend dans les
LA SCIENCE OCCULTE 249 faits les éléments qui serviront à l’imagination pour construire son plan de l’univers sous le contrôle cons tant et de plus en plus étendu de la raison et de la science! Cette méthode, c’est l’analogie. La science actuelle examine les faits, constate l’exis tence d’éléments opposés et s’en tient à cette consta tation.
La science occulte pose en principe que ces con— traires doivent se concilier et nous fait chercher le terme médian qui doit les unir. L’induction livre la science aux hasards et aux tâtonnements des re— cherches, et si parfois elle la conduit à la découverte d’une loi, la laisse toujours impuissante à montrer la raison de ces faits et de ces lois.
L’analogie, fidèle au principe même de la science qu’elle représente, réalise l’harmonie entre le positivisme forcément stérile de l’observation pure et les rêveries de l’imagination. Ces deux contraires, les faits et les principes hypothé tiques, sont reliés par l’affirmation de lois que l’expé rience peut démontrer et qui servent de boussole à l’imagination dans son voyage à la recherche de l’ab— solu.
Tels sont dans leurs lignes générales et le principe et la méthode de la science occulte. Nous pouvons les résumer en ces mots : L’ordre ne règne dans la na— ture que par l’harmonie des contraires, et cette har monie se réalise au moyen d’un terme médian, la recherche de ce terme est la caractéristique de cette science et l’analogie la méthode qui donne le moyen de le trouver.
2 50 L’INITIATION I L L, ._x_,_._. _s Il En possession de ces principes, il faut, avons-nous dit, en montrer l’application dans un fait d’ordre expérimental.
Nous allons prendre l’organisme hu main, et cela pourdeux raisons : la première est que nous mettrons ainsi face à face la science occulte etla science actuelle et que nous montrerons que si nous donnons parfois une interprétation particulière à cer tains faits, ces faits du moins sont reconnus par tous les savants; la seconde est que tout en donnant une démonstration du principe occulte nous construirons pièce à pièce et conformémentà la loi divine un orga— nisme qui nous servira plus tard de modèle pour la constitution de l’organisme social.
Nous exposerons en temps et lieu la légitimité de ce procédé. Mon savant ami Papus a eu la bonté de me com— muniquer pour les besoins de la cause un large extrait d’un ouvrage en préparation où il expose avec la lucidité qui lui est propre le sujet qui nous occupe, je lui laisse la parole.
Mais auparavant qu’il reçoive l’expression de ma profonde gratitude pour la large part qu’il a bien voulu prendre à ce travail tout entier. n . - . u . a u - a . . o o . o o o D’après la méthode de la science occulte, l’analo gie, une portion quelconque de l’organisme humain doit nous donner « la loi » qui dirige l’ensemble de cet organisme.
LA SCIENCE OCCULTE 25I Trois grandes parties constituent les centres prin cipaux qui déterminent la constitution physiologique de l’homme , ce sont le ventre , la poitrine, la tête. , L’examen d’une de ces parties va nous donner la clef de la constitution de toutes les autres. Prenons la poitrine comme exemple.
La poitrine contient les organes indispensables à deux grandes fonctions: la respiration et la circula tion, c’est—à—dire les poumons, le cœur et les gros vaisseaux. Les poumons reçoivent de l’extérieur l’air qui vient se fixer sur le globule sanguin pour le revivifier. Les poumons sont donc des organes récepteurs.
La vie fixée sur le globule sanguin vient se con— denser dans le cœur qui la dispensera à l’organisme, suivant ses besoins ; le cœur est une sorte de grenier contenant des réserves vitales : c’est un organe con densateur. Enfin les vaisseaux centrifuges ou artères emportent le liquide vivifiant à travers l’organisme, tandis que les vaisseaux centripètes ou veines rapportent au centre le liquide qui va se revivifier lui—même.
Au point de vue synthétique, la poitrine nous apparaît comme fabriquant la vie au moyen des trois sortes d’organes : ' Un récepteur : les poumons. Un condensateur : le cœur. Des distributeurs centrifuges et centripètes : les artères et les veines. Récepteurs, conducteurs, distributeurs : telle est
252 L’INITIATION la grande loi physiologique que nous allons retrouver partout. Dans le ventre, l’estomac recevra également quel— que chose : les aliments. Ce sera l’organe récep— teur. Le produit de la digestion se condensera dans le gre nier de l’organisme : le foie, sous le nom de‘matière glycogène. Enfin les intestins et les vaisseaux chylifères seront respectivement les conduits centripètes et centrifuges de cette partie de l’organisme.
La même loi se re trouve encore ici : Récepteur 5 l’estomac. Condensateur : le foie. Distributeurs centripètes : les intestins. Distributeurs centrifuges : les chylifères. Voilà les organes qui fabriquent le corps.
Dans la tête la loi apparaît encore plus évidente : Un organe reçoit, non plus de la matière solide comme dans le ventre, non plus de la matière gazeuse comme dans la poitrine; mais bien des impressions supermatérielles, nommées sensations : cet organe c’est la moelle. ' Les sensations vont se condenser, se mettre en réserve dans l’organe condensateur, le cerveau.
Enfin des conduits centrifuges ou nerfs moteurs et des conduits centripètes ou nerfs sensitifs complètent les termes nécessaires de la réalité de notre loi. Dans le système nerveux nous retrouvons donc : Un récepteur : la moelle épinière. Un condensateur : le cerveau. .
LA SCIENCE occur.rn 253 Des distributeurs, conducteurs centripètes : les nerfs sensitifs, Des conducteurs centrifuges : les nerfs moteurs. Mais ces divisions que nous retrouvons dans les trois grandes parties de l’organisme, tête, poitrine et ventre, existent de même pour l’organisme tout entier considéré in globo. En lui en effet : Le corps est le grand récepteur général, le système nerveux le grand condensateur général.
Enfin le système circulatoire le grand distributeur général. Cette distribution est réglée dans l’organisme tout entier par un organe indépendant de la Volonté: le Nerfgrand sympathique. Telle est l’application analogique de la grande loi générale, Récepteur, Condensateur, Distributeur, à l’homme tout entier aussi bien qu’à chacune de ses parties. [Il Voilà l’homme et les lois de son organisme: l’or ganisme social obéit-il aux mêmes lois ?
Telle est la question que nous devons examiner dans une troi sième partie. Mais auparavant, prévenons certaines objections. Quel rapport peut-il bien y avoir entre la société et le corps humain? pourraient nous demander les per sonnes qui n’ont pas encore saisi la profondeur de la méthode analogique. Je leur répondrai que la loi de
2 54 L’INITIATION l’harmonie est universelle et qu‘elle doit s’appliquer à la société humaine comme à toute manifestation de la nature';'je leur répondrai que la société, formant la synthèse de tous les hommes qui la composent, doit fatalement refléter les lois de l’homme et que l’organisme social doit fatalement reproduire analo giquement tout l’organisme humain.
La société a les mêmes fins que l’homme, la satisfaction des divers besoins des individus qui la composent; ayant les mêmes fins, pourquoi n’emploierait-elle pas des moyens analogues? Tout le monde sait que la nature n’a pas l’habitude de multiplier inutilement ses procédés.
Enfin à ceux que ce raisonnement ne convaincrait pas, je dirai que la légitimité de cette comparaison a été reconnue par des auteurs qui sont loin de se pré valoir de la science occulte: je citerai entre autres M. Jourdan qui, dans un ouvrage couronné par l’Ins titut, Du rôle de l’Etat dans l’ordre économique, pose franchement le principe de l’analogie et y puise de sérieux arguments pour sa thèse.
Le malheur est que ces divers auteurs, frappés de l’analogie apparente qui existe entre l’appareil de nutrition, l’appareil de circulation et l’appareil de relation dans le corps humain d’une part et l’indus trie, le commerce et l’État dans la société d’autre part, ont conclu immédiatement à l’application des mêmes lois aux appareils sociaux actuels qu’aux appareils physiologiques.
Il fallait démontrer au— paravant que les organes constitutifs des appareils de la société actuelle obéissent bien aux mêmes lois que les organes humains; or, ils ne l’ont
LA SCIENCE OCCULTE 255 pas fait ! Le moindre mérite de cette étude ne sera pas d’avoir mis en garde les chercheurs contre un pareil danger et d’avoir donné la véritable formule de l’a nalogie.
La société, avons-nous dit, ayant comme fins la satisfaction des divers besoins des individus qui la composent, doit fatalement nous offrir des organes analogues à ceux qui servent aux fins de chaque indi— vidu ; or notre frère Papus vient de nous montrer comment dans l’homme tous ces organes se conden— sent en trois centres principaux : le ventre, la poitrine et la tête, destinés àproduire l’un le corps, l’autre la vie, le troisième la volonté.
Cherchons dans la société les trois appareils destinés à produire le corps, la vie , la volonté de l’entité sociale , et voyons si leurs organes respectifs obéissent au même prin cipe. L’ensemble des rapports des travailleurs et des pro— ducteurs que la science groupe sous le nom d’écono mie reproduit assez exactement l’appareil de nutrition de l’homme, ce sera le ventre de la société.
L’ensemble des fonctionnaires chargés de la justice, de l’administration, de l’ordre, constituera assez exacn tement la vie animique de la société, ce sera la poi— trine; V Enfin les gouvernants, gardiens de l’État, formeront la volonté de l’entité sociale, sa tête.
Mais de même que ventre, poitrine et tête reposent sur un support commun, le corps de l’individu tout entier, de même économie, administration, gouver nement reposent sur un support commun, le sol avec
2 56 L’INITIATION ses contours et ses limites qui forment la patriel de tous les citoyens. Comparons chacun de ces éléments à l’élément correspondant de l’organisme humain et notons contrastes et ressemblances.
Si nous examinons le corps nous voyons que dans l’individu il constitue la base collective des organes et des appareils ; il reçoit bien le sang nécessaire à son développement de la circulation générale, mais aucune de ses cellules constitutives ne peut, à l’état sain du moins, agir sur les organes, de même que les organes ne peuvent agir sur lui.
JULIEN LEJAY. (A suz’we.) PRlNGlPES WSMÜ*PSYGHlQUES u naenâmsna (Suite.) La principale de ces expériencees, répétée des mil liers de fois par les magnétiseurs, consiste en ce que l’opérateur ressent au bout d’un temps plus ou moins long. quoique d’une manière légère et fugace, les indis positions et les maladies du sujet. C’est pour cela que l’on prescrit au magnétiseur de se dégager après l’opération, surtout si elle a porté sur un malade. La seule fois de ma vie que j’aie ressenti une dou—
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÊTISME 257 leur de la rate, c’est après avoir longtemps magnétisé pour sa santé une somnambule qui, comme la voyante de Prévorst, a besoin de temps à autre de se nourrir de fluide, et qui, à mon insu, était atfectée d’une ma ladie de cet organe.
Si je magnétise une personne qui, sans être ivre, a bu un coup de trop, elle n’a pas besoin de me le dire, je sens rapidement, même sans contact, non pas les symptômes de l’ivresse mais la douleur céphalique que produisent les boissons alcooliques.
On rencontre des magnétiseurs qui sont d’une sen sibilité remarquable à cet égard, et tous les somnam bules qui magnétisent, même sans être endormis, sont plus ou moins dans ce cas, ce qui leur est d’une grande utilité pour se guider dans leur opération. Ce phénomène a été remarqué depuis longtemps.
« Il y a, dit Olivier, des magnétiseurs dont l’orga nisation est si impressionnable, qu’ils ressentent les douleurs de leurs malades et les prennent quelque— fois. » (Traité de Magnétisme suivi des paroles d’une somnambule et d'un recueil de traitements magné— tiques, p. 159.) De Lausanne (Brune) était doué d’une manière particulière d’éprouver ces sensations. .
« Lorsque je suis bien près et vis-à—vis le malade, dit-il, je sens la réaction de son travail dans la partie opposée, de sorte qu’une douleur au foie se fait sentir à la rate ou dans les parties adjacentes, et celle de la rate se fait sentir au foie. Mais lorsque je suis éloigné du malade,les douleurs se font sentir aux viscères sem blables à ceux qui souffrent dans la personne maladm » 9
2 58 L’INITIATION Ces sensations sont d’ailleurs légères et de peu de durée, et il est facile de s’en préserver en se dégageant comme nous l’avons dit. ‘ Mais ce qui montre combien cette précaution est importante, c’est que, si on la néglige et qu’on ma-i gnétise une autre personne, on peut lui transmettre la dite indisposition.
On a beaucoup d’exemples de ce fait; et c’est pour cette raison qu’il est bon, quand ' même on ne serait pas fatigué, de ne pas magnétiser plusieurs malades de suite. , ' Un autre fait démontre l’émission de fluide de la part du magnétiseur et l’échange qu’il en fait avec le magnétisé : c’est que l’action de magnétiser fatigué plus l’opérateur qu’un autre exercice de même durée et qui demanderait la même dépense de force muscu—. laire; et que cet épuisement est plus marqué si l’on magnétise un malade qu’une personne bien portante.
Ces observations ne doivent pas nous détourner de magnétiser en vue de soulager et de guérir les ma lades, car : ‘ I° Elles prouvent l’efficacité du magnétisme ; il est clair, en effet, que, si la maladie se transmet d’une personne à une autre, à combien plus forte raison la santé, qui est plus expansive ; ’ 2° Le patient gagne beaucoup plus à cette opéra tion que l’agent ne perd; 3° Enfin, il est facile d’éviter ces petites incommo« dités, et de réparer les pertes qu’on a subies.
Pour éviter les inconvénients,il suffit, nous l’avons dit et nous ne nous lasserons pas de le répéter, de se dégager. ‘ .æ,—rWMWwV _...., ....WY,,.M’W
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNETISME 259 Pour récupérer les forces que l’on a dépensées, il n’est pas nécessaire de beaucoup manger et boire, au contraire, la sobriété, le régime simple et frugal, sont indispensables au magnétiseur. C’est du fluide qu’on a dépensé, c’est du fluide qu’il faut absorber. Et pour cela il suffit de se promener au grand air, au soleil, et de respirer largement.
C’est par l’inspi ration cutanée et pulmonaire que le fluide universel pénètre dans l’organisme. Ce moyen, bien simple, mais souverain, a été indi qué par tous les somnambules qu’on a consultés à ce sujet.
Loison de Guinaumont (Somnologz’e, p.21) deman dant à un somnambule comment le magnétiseur peut réparer ses forces et remplacer le fluidequ’iladépensét <‘ En faisant, dit le somnambule, de fréquentes pro— En faisant, dit le somnambule, de fréquentes pro— menades au soleil, en prenant de l’exercice, à cheval, à pied ou en voiture. » Deleuzedit la même chose, et je m’étais aperçu moi même, avant d’avoir lu ces auteurs, de la puissance restauratrice du grand air pourréparerles forces qu’on a perdues, non seulement par l’action magnétique, mais par le travail intellectuel et par le plaisir, en un mot, par tout acte qui occasionne une grande dépense de fluide nerveux. / ‘ ' ROUXEL. (A suivre.) R&®I . e..._.«.... ‘ <v-\‘.«—-. _.V..r....
PARTIE LITTÉRAIRE Â’ÈILIXIR DE ËŸIE (Suite.) il. ne répondit pas ; mais cette fois il me regarda à son tour, bien à plein. — Oh ! n’essayez pas de me fasciner, repris—je en) ricanant. Je ne suis pas un enfant. moi, et vous ne me tuerez pas. . . ' Il releva la tête d’un air de défi. — Que me voulez-vous ? dit-il ; je ne vous connais pas... . ——- Mais je vous connais, moi ! monsieur Vincent.
Vous souvenez-vous d’une pauvre mère (je lui citai la rue et la date) qui, il y a dix ans, vint chercher un médecin pour un enfant, une jeune fille qui se mou rait 2*... Vous souvenez-vous que ce médecin vous rencontra dans la première pièce... et cela... J’accentuai chaque mot distinctement, lentement : — Alors qu’une minute auparavant, en enten—
L’ÉLIXIR DE VIE ’ 26I dant le bruit de vos pas, la malheureuse avait tenté un dernier efiort pour aller à vous et était retombée morte dans mes bras... —Ah lc’était vous fit M. Vincent. o—- Oui, c’était me qui vis aussi ce phénomène étrange : la métamorphose presque instantanée d’un homme vigoureux, au teint frais,aux allures relative ment vigoureuses, en un vieillard brisé, pâli, écrasé. — Continuez. - — Vous souvenez-vous encore que ce soir-là vous avez tenté d’amener une brave femme, la concierge de la maison que vous habitiez, àvous confier son enfant... -— Elle refusa.
C’est exact — Il y a dix ans de cela... et je vous retrouve ici, encore vivant, vous que la mort guette et menace...
Vivant... tandis que là haut un enfant se meurt, sans lésion intérieure, sans maladie scientifiquement appré ciable..‘.‘Or, comprenez-vous maintenant, monsieur Vincent, pourquoi je vous ai empêché d’entrer dans cette maison Où vous vous introduisiez pour voler sur les‘lèvres del’agonisant le dernier souffle de vœ auquel la vôtre est attachée?... — Entrons ldit M. Vincent en me désignant la porte du pavillon.
Il parlait avec une parfaite simplicité, sans irrita- ; tion. Je lui obéis, et nous nous trouvâmes dans un cabinet dont les murs disparaissaient sous des rayons . de livres. Il me désigna un siège, s’assit à’son toùr et me dit : — Que supposez—vous P... ‘ I i
262 L’INITIATION J’avais recouvré mon calme : je constatai que je n’obtiendrais rien de cet homme par intimidation. Aussi repris—je avec plus de sang-froid : -— Je ne suppose pas... je sais... —— Quoi P... —— Vous vous livrez depuis votre jeunesse, depuis près d’un siècle, aux pratiques du magnétisme. Quels sont vos moyens d’action, je l’ignore.
La science actuelle découvre en ce moment les lois de l’hypno— tisme et de la suggestion ; mais elle n’a encore obtenu aucun des résultats que vous recherchez et que vous avez atteints. Je m’empare de vos propres paroles Votre science, à vous, est criminelle: « elle centuple la terrible inégalité qui fait, dans la lutte pour la vie, les vainqueurs et les vaincus ».
Je pars de votre aveu, jem’en empare et je vous dis que vous êtes un assas .-w sin!
Osez me dire que je ne suis pas sur lavoie de la vérité... _ M. Vincent laissa tomber sa tête dans sa»main, parut réfléchir pendant quelques instants, puis, se redressant, il reprit: -— Pourquoi ne vous ai-je pas rencontré plus tôt? — Regretteriez—vous d’aventure de ne m’avoir point appris votre abominable science P... —- Nulle science n’est abominable, reprit-il grave— ment.
Le scalpel aux mains du chirurgien peut être un outil de meurtre; l’hypnotisme et la suggestion dont vous me parlez peuvent être des instruments de crime... . .——-Votre science, à vous, n’est que criminelle... — Ne dites pas cela. Entre elle et l’usage: que j’en xMM
L’ÉLIXIR DE VIE 263 ai fait, il y a toute la distance qui sépare le bien du mal, le remède du poison... — Vous avouez donc! —J’avoue. Aussi bien je me fais horreur à moi— même moins en raison des crimes commis, que de la lâcheté qui m’a poussé à les commettre... ' —— La lâcheté de vous être attaqué à des enfants ! — Non, ce n’est pas cela.
La lâcheté de n’avoir pas voulu mourir. — Expliquez—vous, car il me semble que je suis emporté dans un cauchemar. — Oui, je veux parler. Seulement j’exige de vous un serment... — Lequel? — Vous êtes homme de science.
Je vais vous revéler le secret suprême, mais vous prenez l’engage ment solennel de ne jamais en user vous-même... — Ai-je besoin de jurer de n’être point criminel? — Et de ne jamais le révéler à personne... —- Je vous le jure. -— Eh bien, écoutez—moi.
Il y a en l’homme trois périodes distinctes: l’une de rayonnement, c’est l’enfance jusqu’aux extrêmes limites de l’adolescence ; la seconde, de consommation, qui va jusqu’à la fin de l’âge mûr; puis la troisième, de réduction, qui est la vieillesse et se termine par la mort. « De l’organisme vivant, de l’homme surtout, qui est jusqu’ici la plus complète expression de la vie, s’exhale pendant la première période le trop-plein de la vitalité. L’enfant absorbe plus de fluide vital qu’il n’en consomme, et de tout son être rayonne une force 5‘
264 L’INITIATION en excès. Dans la seconde période l’être consomme «autant qu’il absorbe. C’est l’équilibre des forts. Dans la vieillesse, cet équilibre est rompu ; la résorption est inférieure à la consommation, la dépense vitale est su périeure à l’acquisition, d’où la faiblesse, d’où la mort.
« Maintenant, en l’état actuel de la science, il vous paraît impossible, n’est—il pas vrai? qu’un homme, un vieillard, puisse rompre ces lois de la nature et, par des pratiques spéciales, voler à l’enfant, par exemple, ces effluves vitaux qui sont en excès, et même, par une sorte d’endosmose, attirer à lui tout le fluide dont une partie seule, celle extérieure, serait à sa disposition immédiate. Là est pourtant la vérité.
Oui, je suis un criminel, oui, je suis un assassin, car depuis quarante ans je procède, nouvel Eson, à un rajeunissement perpétuel de moi-même.
Oui, j’ai tué des-enfants, mais non pas, comme les ignorants le pourraient croire ou comme l’avait follement inventé Jean-Henri Cohausen dans son Hermz’ppus redivivus, en absorbant l’air qui s’échappe, des pou mons de l’enfant, ou bien encore à la façon des Vudok— lacks légendaires en suçant leur sang... non pas. mais en attirant à moi le fluide vital qui s’échappe en excès de tout leur organisme...
«' Ah! si j’avais eu le courage de m’en tenir là! Mais, je vous l’avoue, il n’est pas d’ivresse plus profonde, plus attrayante, plus follement heureuse que celle--là ! Quand dans les membres refroidis pénètre ce fluidechaud et vivifiant ; quand l'imbibition s’accom plit, pénétrant les pores, se glissant à tous les organes, c‘est la jouissance inouïe, entière, absolue... c’est la
L’ELIXIR DE VIE 265 sensation de la résurrection, si un cadavre pouvait se, sentir renaître l... _ .« Et toujours je me criais : « Arrête-toi, mais « arrête—toi donc! » et toujours mon être tout entier continuaità boire ces effluves... Et je tuais ! et j’assas— sinais l... ne conservant pour tout remords qu’une soif inassouvie l...
« Par les doigts, par le regard —- oh ! par le regard surtout —— s’exerce cette attraction qui donne à la victime une sensation d’abandon de soi-même, non pas douloureuse, mais délicieusement enivrante l... » Il parlait ! il parlait toujours, le misérable vieillard, ayant dans la voix, dans les yeux la volupté d’un spasme... et je ne l’interrompais pas. par épouvante peut—être... que sais—je P...
Et lui, sentant que j’étais dominé par son horrible et sublime infamie, il me disait tout: quelles passes devaient exécuter les mains, quelle direction il fallait donner aux regards; et je l’écoutais, enfouissant au plus profond de mon âme ces enseignements hideux qui m’enivraient comme une liqueur vénéneuse l... — Et maintenant que j’ai tout dit, s’écria—t-il enfin, il faut que je meure...
Conduisez—moi auprès de l’enfant! — Horrible vieillard! m’écriai-je. Veux—tu donc que je te serve de complice ! Il se pencha à mon oreille et, en vérité, il me sembla que sa voix était comme une liqueur subtile qui coulait en moi... — Toi que j’ai initié, me dit-il, ne comprends-tu pas que notre science nous donne également le pou
266 L’INITIATION voir de la restitution? Je ne vis que de ce que j’ai volé à cet enfant, et je t’ai dit que je voulais mourir. Etje lui obéis. Je n’aurais pas pu ne pas lui obéir. Tous deux nous remontâmes le perron; tous deux nous pénétrâmes dans la maison; tous deux l nous entrâmes dans le salon où les quatre médecins causaient encore à voix basse, et de là dans la chambre où agonisait l’enfant...
L’enfant, qui avait reconnu le pas de M. Vincent et qui s’était soulevé, les yeux tournés, les bras tendus vers lui... C’était l’instant suprême, l’instant atroce dont je me souvenais, et qui avait précédé, comme le coup précède la souffrance, la mort de la jeune fille. Les médecins étaient entrés derrière nous ; le père s’était dressé, ne comprenant pas, mais ayant, comme les désespérés, l’espoir du miracle.
Je vis le corps de l’enfant osciller, hésiter entre deux mouvements, l’élan ou le recul. M. Vincent le regardait de ses pupilles agrandies, et il s’avançait lentement, les mains inertes en appa rence, mais actives... pour moi, pour moi qui savais tout. L’enfant se recoucha doucement. M. Vincent s’approchait toujours. Enfin, il posa sa main sur le front du petit malade.
Et soudain je vis — oh! je n’en peux douter — une poussée de rose s’étendre sur son visage, éclairer ses lèvres, en même temps qu’une lueur s’allumait au fond de ses yeux éteints. Et je comprenais bien, moi... moi seul! Cet homme réinjectait en l’enfant la vie qu’il lui avait volée... I‘âHNI
L’ÉLIXIR DE VIE 267 -— Votre enfant est sauvé, dit le vieillard d’une voix qui n’était plus qu’un soufiie. , ’ Puis, se tournant vers les médecins et se redressant légèrement: — Messieurs, dit-il, vous porterez témoignage que le docteur de Bossaye de Thévenin, le dernier élève de Mesmer, a ressuscité un mort.. ' Disant cela, il chancela et il serait tombé à terre si je ne l’avais soutenu. — Emportez-moi, me dit-il tout bas, là-bas au pavillon.
Je le soulevai dans mes bras. Ce corps n’avait plus de poids, et je le déposai sur son lit. Là, obéissant à son ultime désir, je restai auprès de lui, et il me parla longtemps, longtemps, d’une voix qui allait toujours s’attaiblissant, et il me confia des choses que jamais oreille mortelle n’avait enten— dues et qui me faisaient frissonner.
Ces choses, je les sais et je ne puis les oublier: et j’ai peur de la vieillesse qui vient et qui peut rendre criminel l ' ll’enfant vécut. M. Vincent mourut le lendemain. Un de mes confrères me rencontra quelques jours après et me dit: — Avez-vous vu ce vieux charlatan! comme il a. su se faire honneur d’une réaction naturelle! Et moi, je sais... et j’ai peur de rha science! FIN JULES LERMINA.
268 L’INITIATION ramonaaaana ARISTIDE BRUANT, Dans la Rue: Paris, I889, I vol. 3 fr. 50. Edité par l‘auteur.
Depuis neuf heures du soir jusqu’au milieu de la nuit, au cabaret du Mirliton (ancien Chut-Noir), à Mont martre, Aristide Bruant chante sans relâche ses chan sons populaires bien connues, devant un public fort distingué, artistes, écrivains, étudiants, officiers, etc., car le maître du lieu veille soigneusement à la porte et la casquette est impitoyablement bannie.
Vêtu d’un cos tume de charpentier en velours brun, botté, entouré d’une ceinture rouge, ses longs cheveux Châtains coiffés par moments d'un chapeau aux immenses bords, il fait retentir sa voix d’une puissance inouïe, donnant à ses chansons une interprétation unique. L’an dernier, il réunit ses principales œuvres en un beau volume, délicieusement illustré par Steinlen et intitulé : Dans la rue. Le titre est parfaitement juste.
Mais il faut avoir lu l’ouvrage pour comprendre combien il est insuffisant. Sans doute, le trottoir et le pavé sont la scène habituelle où vivent et opèrent les personnages interlopes de Bruant, filles de joie avec leurs amants de cœur (lui emploie sans crainte le mot d’argot expressif). Mais le chansonnier ne se contente pas de décrire des scènes réelles, ce dont il. s’acquitte à merveille.
Psychologue impeccable, il entre dans la peau de tout ce monde—là pour peindre au naturel et avec leur langage fidèlement parlé, leur genre de vie, leurs joies, leurs tristesses, les mouvements de leur cœur, quand ils en ont encore. Et, dans cette étude profonde et vécue, que de pensées humaines et bonnes, que de tableaux inspirant plus de pitié que de haine!
Car si Bruant se complaît dans la peinture du vice, sans le flétrir en moraliste, il ne cesse jamais d’être moral. Toujours le souteneur et la fille finissent mal, qui sous la guillotine (A la Roquette), qui de maladie (A Batignolles); une autre tombe dans la misère (A Grenelle); celui-là va mourir de faim et de
BIBLIOGRAPHIE 269 froid (Grelotteux). Ainsi, quand le héros ne meurt pas, il n'en vaut guère mieux. Heureusement, le poète n’est pas toujours aussi triste.
Il a même quelques charmants couplets optimistes comme Belleville-Me’nilmontant, A Montmerte (Montmartre), le monologue du Sou laud, etc. Le plus important de son œuvre est la série de chan sons sur les différents quartiers de Paris où, avec une étonnante souplesse, il sait varier l’allure de son poème et de la musique, simple, populaire, facile à retenir, sui vant la physionomie du quartier et le genre de ses habitants.
Son style est simple aussi, mais très coloré, fort, concis, rempli d’élisions, pour accélérer la marche du vers et mieux reproduire la langue vraie de ses Alphonse de bas étagç. Ses rimes ne connaissent pas la pauvreté. . Dans Bruant les citations courtes sont difficiles par la brièveté même de chaque sujet.
Je préfère citer en entier une de ses plus belles chansons et des moins répandues, A la Roquette : En (écrivant ces mots j‘frémis Par tout mon être, Quand tu les liras j’aurai mis L‘nez à la f'nétre ', J‘suis réveillé, depuis minuit, Ma pauv’Toinette. I'çntends comme aune espèc’de bruit A la Roquette.
L'Président n’aura pas voulu Signer ma grâce, Sans dout‘que ça y aura déplu Que j'me la casse; Si l‘on grâciait à chaqu‘coup, (,.a s'rait trop chouette. D'temps en temps faut qu’on coupe un cou, A la Roquette. Là haut, l’soleilîblanchit les cieux, La nuit s‘achève, Ils vont arriver, ces messieurs, V'la l'jour qui s'lève Maint‘nant j‘entends distinctement, L‘peupe, en goguette, ’ Qui chant'su’l’air de l’Enterr’ment A la Roquette.
2 70 L’INITIATION Tout ça, vois-tu, ça n'me fait rien, C'qui m'paralyse C'est qu‘il faut qu’on coupe, avant l'mien L'col de ma chemlse; En pensant au froid des ciseaux, A la toilette, J’ai peur d’avoir froid dans les os, A la Roquette. Aussi j'vas m’raidir pour marcher, Sans qu’ça m’émeuve, ' C’est pas moi que j'voudrais flancher Devant la veuve; J'veux pas qu'on dise que j’ai eu l'trac A la lunette, Avant d'éternuer dans l'sac A la Roquette.
Le public a donné à Bruant la consécration du suc cès. Le Mirliton ne désemplit pas et dix mille exemw plaires de Dans la rue sont déjà vendus. C’est un encou ragement bien mérité auquel l’auteur ne restera pas sourd et, dans toute la force de son talent, il donnera encore quelques chefs-d’œuvre comme A Saint-Laqare, A la Villette et presque toutes les chansons de son recueil. LUCIEN MAUCHEL. * 25-!
Contes d’Ame’rz‘que, 1 vol. in-18, par Leurs MULLen. —- Lemerre, éditeur.
Je me déclare admirateur du très remarquable roman de Louis Mullem, Chez; Madame Antanin, édité par Tresse il y a deux années environ, Où, dans une suite de chapitres au style impeccable, se déroule l’étude minutieuse de deux caractères observés avec une sin cérité jamais démentie; mais, sans établir de parallèles entre cette œuvre du longue haleine et la série d’éton nantes nouvelles que Lemerre vient de mettre en vente sous ce titre: Contes d’Ame’rique, j’avoue devoir à ces derniers une impression double de plaisir, car la lecture en est aussi captivante, et en plus de l'ensemble de ces per’sonnages abracadabrants se reconstitue, avec son imagination endiablée, sa finesse narquoise, sa loyale
BIBLIOGRAPHIE 271 -—.«—-« ironie, son pessimisme bon enfant et son scepticisme enthousiaste, la sympathique personnalité de l’auteur.
« L’imagination ne pouvant que retrouver ou prévoir, écrit Louis Mullem dans une courte préface, les histo riettes suivantes devraient être, selon mon désir, consi— dérées comme des chimères susceptibles de devenir réelles ou de l’avoir été. » Eh oui! l’impression du pourquoi pas? s’impose de page en page, tant les situations les plus extravagantes sont naturellement présentées, tant l’habileté du machi niste communique de mouvement et de vie aux ficelles de ses marionnettes.
Puis,la note philosophique, même dansles débordements del’invraisemblable, mêle toujours sa gravité réfléchie au franc éclat de rire; sous le couvert de ces fictions américaines s’agitent les silhouettes inoubliables d’un monde humouriste et passionné. La soif du dollar c’est le pivot universel!
La soif du dollar oblige le directeur de l’Express—timesà dicter les dernières nouvelles du jour aux ouvriers typdgraphes de son train-imprimerie roulant au fond d’un abîme; la soif du dollar pousse le père Dobson à construire son Théâtre de la misère; la soif du dollar inspire à M.Trum l’invention des poupées à la Schopenhauer; la soif du dollar incite Jonathan Gulfà la propagation de la Phi lanthropophagic; tout converge vers le dollar: amour, ambition, mysticisme! et pourtant les gens pensent. souffrent et s’indignent.
Il faudrait citer en masse, car chacune de ces ingé nieuses fantaisies vise un but et frappe droit. Signalons néanmoins, à mesure du souvenir: Une nouvelle école, Union libre, Vengeance de femme, l’Inexorable monoto nie, Fane Harrims, Une nouvelle méthode judiciaire , l’explosion, etc., etc. Adoncques, achetez de confiance les Contes d’Amé rique; vous y puiserez joie et profit. GEORGE MONTIÈRE.
2 72 L’INITIATION ’iBULJLJETJŒI Musrcas Parmi les trois concerts du Châtelet qui ont eu lieu depuis notre dernier compte rendu à nos lecteurs, nous avons à signaler, au milieu d’œuvres classiques, et mo— dernes, déjà connues, quelques premières auditions. Citons en première ligne, Bergliot, œuvre sympho nique du maître norvégien Edward Grieg, sur un poème de son compatriote Bjornson.
Les paroles étaient dites par Mm Laurent avec tout l’accent dramatique qu’on lui connaît. Quant à la partition sur laquelle il est diffi cile de porter un jugement, après une seule audition, elle consiste en une série de morceaux et même de phrases détachés, véritables adaptations musicales, interrompues par le poème parlé, et se fondant en une sorte de pro duction poético-musicale où le musicien et le poète vont de pair.
Vient enfin la première audition à Paris du Rhein gold, l’or du Rhin (I'° scène du I" acte) chanté par M. Auguez et Mm“ de Montalant, Delorn et de Clercq.
L’exécution quoique parfaite de ce fragment, ne laisse pas que d’engendrer quelque monotonie; la perma nence pendant 136 mesures de ton de mi-bémol pro duit un effet qui peut s’allier d’une merveilleuse façon au splendide décor du Rhin, mais qui exerce à coup sûr une certaine fatigue sur le public dans une simple audi tion musicale. Les paroles étranges que prononcent ces trois filles du Rhin, en se jouant des flots : Weia !
Wagal Wagalaweia ! produisent un effet très caractéristique. Citons encore, comme premières auditions, l’air de Lucifer, de l’oratorio de la Résurrection de Haëndel, interprété d’une voix magistrale par M. Auguez; une Sarabande de Bach, orchestrée par Saint—Saëns, et su périeurement exécutée par M. Remy, le violoniste bien
BULLETIN MUSICAL 273 connu des concerts populaires, qui nous a fait entendre également la célèbre gavotte pour violon seul, du même auteur; des Pièces orchestrales d’Alphonse Dufresnoy; l’ode de Sapho, de Gounod; une scène et air d’Armide de Gluck et un air d’Euryanthe de Weber, interprétés par MM Krauss, avec tout le talent et la virtuosité dési rables; un choral de Widor; une Suite d’arc/testre de Garein. œuvre conçue suivant les saines traditions, et qui a reçu le plus sympathique accueil; et enfin la par tition d’un maître, Psyché, poème symphonique de César Franck, pages à la fois exquises et savantes, sur lesquelles nous aimerons à revenir ultérieurement.
Comme part faite aux compositeurs de notre jeune école, mentionnons une excellente interprétation de la Danse Macabre de Saint-Saêns (violon solo : M. Rémy); la Sérénade de Namouna de Lalo, pittoresque mélange de mystère et de mélancolie; l’andante de la Symphonie romantique de V. Joncières, oeuvre d’une véritable inspi ration; le Prélude d’Elsa de Ch.
Lefebvre, de remar quables fragments de Sigurd, d’Ernest Reyer ; le Som— meil de Brune/tilde. et le Pasguenier, où l’on reconnaît un admirateur enthousiaste de Berlioz; Irlande, œuvre d’Augusta Holmès, toute vibrante de patriotisme ; la Marche héroïque de Saint—Saëns, dédiée à la mémoire d'Henry Regnault; la belle ouverture du Roi d’Ys de Lalo, et des fragments de Carmen de notre regretté Bizet, toutes pages symphoniques dont l’éloge n’est plus à faire.
Richard Wagner et Hector Berlioz étaient dignement représentés. Le premier par Rheingold dont nous avons déjà parlé, la belle prière de Rienqi, chantée par M. Ver gnet, l’Idylle de Siegfried, et la prière d’Elisabeth de Tannhaüser, chantée par Mme Krauss.
Le second par une réaudition des mélodies: Absence et Villanelle chantées par M115 de Montalant et une fort belle exécution de fragments de l’Enfance du Christ, le Repos de la Sainte Famille, et le Trio des Jeunes Ismae'lites, une des su blimes inspirations du grand maître. Trois virtuoses pianistes se sont fait entendre dans cette série de concerts: Mm Roger-Mic105, qui a interprété avec charme et délicatesse le concerto en ré mineur de
274 L’INITIATION Mozart, avec cadence de Georges Pfeiffer ; M. Léon De lafosse, jeune prodige du Mans, I°" prix du Conservatoire de la classe de Marmontel, qui a exécuté avec une aisance parfaite, pour un premier début, le célèbre Concert-Stade de Weber, et enfin M. Philipp, qui s’est fait applaudir dans une Fantaisie avec accompagnement d’orchestre, de E. Bernard.
Il nous’ reste à citer un violoniste bien connu, M. Johannès Wolff, qui a interprété avec précision et talent le beau Concerto romantique de B. Godard.
Parmi les œuvres plus anciennes et classiques, nous mentionnerons, pour terminer, une mélodie de Schubert, Marguerite au Rouet, orchestrée par Ambroise Thomas, et un air du Paradis et de la Péri, de Schumann, chan tés tous deux par M“ Krauss; la Symphonie inachevée de Schubert, conception sublime et teintée d’une vague mélancolie; la Symphonie en sol de Haydn; l’ouverture de Coriolan, le Septuor, la Symphonie en ut majeur, et celle en ut mineur de Beethoven, que Berlioz déclare la plus célèbre de toutes, et enfin de Mendelssohn, des fragments du Songe d’une Nuit d’été, et deux exécutions fort belles et très travaillées de la Symphonie écossaise où le génie et le talent orchestral du maître se révèle en entier.
HENRI WELSCH . Queues üuuéauaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Le GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES a tenu en février trois séances dans les Salons de la Biblio thèque internationale des œuvres féminines. ' Séance du 13 février. -— E. POIREL fait une confé— rence très substantielle et savante sur la loi d’évolution et le darwinisme comparés à la doctrine occulte; il expose plusieurs idées absolument nouvelles. Puis le
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 275 Dr FOVEAU DE CoURMELLES intéresse vivement l'assis tance en parlant du magnétisme dans ses rapports avec l’affaire Gonflé. Séance du 21 février. —- PAPUS rend compte du nou veau livre de Jules Lermina, la Magie pratique ; il résume les principales matières contenues dans ce livre et donne lecture de plusieurs passages très intéressants.
LUCIEN MAUCHEL récite ensuite un fragment d’Istar, de Joséphin Péladan, où sont exposées plusieurs théories de l’orateur sur le péché. Le magnétiseur ROBERT donne à la fin une courte séance de magnétisme. Son sujet endormi réalise de belles scènes d’extase. ' . Séance du 28février. — D’abord PAPUS résume avec sa clarté habituelle les enseignements de la kabbale; il termine sa conférence par quelques mots d’histoire des kabbalistes modernes.
Après lui, le poète LAURENT DE FAGET étudie d’une manière brillante les destinées mys térieuses de l’Etre d’après la philosophie d’Arthur d'An glemont opposée aux dogmes religieux et aux hypo— thèses scientifiques. Pour terminer la séance, LUCIEN MAUCI—IEL déclame une superbe poésie de Stanislas de Guaita, Gethsémani. A chaque 'séance, plus de quatre-vingts auditeurs étaient présents.
ORGANISATION Ainsi qu’on a pu le voir dans le dernier numéro de l’Initialion, le groupe compte plus de trois cents membres à l’heure qu’il est. Les études pratiques sont organisées. Deux groupes fermés comprenant chacun trois médiums et douze expérimentatedrs fonctionnent. L’un d’eux a pour pré sident M. A. F..., l’autre M. L... Ces groupes sont rattachés à la troisième commission (enseignement). Les cours vont commencer incessamment.
Cependant les membres de province et de l’étranger ne pouvaient que profiter fort peu du mouvement dont toute l’acrivité se porte à Paris. Voilà pourquoi le groupe indépendant d’études ésotériques a fait les plus grands sacrifices pour publier un BULLETIN HEBDOMADAIRE DU GROUPE
276 L’INITIATION Trois genres d’appareils d’impression sont maintenant à la disposition de la commission de propagande. L’un d’eux tire à 50 exemplaires seulement, et sera remis à tous les correspondants en titre du groupe pour la propagande locale. L’autre tire à 300 exemplaires et servira à imprimer le Bulletin pendant les premiers temps.
Enfin le plus important de ces appareils tire à 3,000 (trois mille) exemplaires et fonctionnera au premier besoin. Le rédacteur en chef du Bulletin est HENRI VELSCH S.'. I.'. Le Bulletin contiendra le résumé des cours et des con férences, les notes confidentielles aux membres du groupe, et les polémiques possibles qui ne pourront prendre place dans la revue.
4 Ce Bulletin ne coûtera absolument que leport. @©annsa©nonmn MON CHER DIRECTEUR, Le mal et la souffrance, sa résultante, sont de tous les problèmes humains les plus complexes. Ils dominent toutes nos conceptions, planent sur notre vie comme un éternel cauchemar. Ils n'ont pas, jusqu’à ce jour, été résolus à la satisfaction de tous. Bien des points restent obscurs.
L’homme qui voit, qui sent, qui souffre surtout, sans trop savoir pourquoi, proteste, se révolte, appelle Dieuà sa barre. De là à la négation de tout: divinité, il y a qu’un pas, et vous savez si l’on s’est fait faute de le franchir.
Il faut donc reprendre ces questions, les examiner sous toutes leurs faces, essayer enfin de les tirer définitivement au clair. ,, Votre éminent collaborateur et ami, M. Jules Lermina, vient du reste de poser nettement la question lorsqu’il nous dit dans son savant livre, la Magie pratique,
CORRESPONDANCE 2 page 155 : < Entre le Karma et la responsabilité des ca Entre le Karma et la responsabilité des ca tholiques aucune différence en réalité. ( D’où vient cette chance pour les uns d’avoir en eux les moyens de parvenir rapidement à l’état béat du Nirvanâ, pour les autres de jouer éternellement à tra— vers les mondes le rôle de Juif—Errant? ) Le Moniteur spirite et magnétique a aussi publié un article : ( Les dieux reviennent ) signé B.
Sylvain, que l‘Initiati0n a signalé à ses lecteurs dans le numéro qui vient de paraître. J’ai pensé qu'il convenait de battre le fer tandis qu’il est chaud. De là ma réponse à l’ar ticle sus-mentionné. Ne pourriez-vous pas publier ces quelques pages dans votre très intéressante revue ?
Peut—être donneraient-elles occasion à q uelques-uns de vos collaborateurs ou lecteurs de nous apporter quelque lumière sur ce sujet si poignant: le mal, quelle en est l’origine ou la cause? D’où vient que nous souffrons?
Pourquoi tant de misères physiques intellectuelles et morales P etc. Il est nécessaire, il est temps, grand temps, que les hommes de cœur et de savoir: théosophes, swedenbor giens, spiritualistes, spirites, ou de quelque autre nom qu’ils s’appellent, se mettent à l’œuvre pour la solution d’un problème qui nous intéresse tous au plus haut point. qui est pour tous d’importance primordiale. N'êtes-vous pas de cet avis, mon cher Directeur?
Je compte sur vous pour mener à bien cette belle et nouvelle tâche. Votre dévoué, R. BOUVERY. * :æa A Monsieur D. Mac-Nab. Mon cher Collaborateur, Dans le numéro du 24 mars I889 du Lotus (paru bien longtemps après cette date, de là le retard aux questions que je vais vous poser), j’ai lu un article de vous, je ne dirai pas extrêmement remarquable, des collaborateurs
278 L’INITIATION n’ayant pas à se congratuler, je dirai donc très intéres sant et sur lequel je désire vous demander quelques explications qui. seront, je crois, profitablesà nos chers et bien aimés lecteurs. * L’article a pour titre : Etude expérimentale de quelques phénomènes deforce psychiques (suite et fin) ; je regrette de ne pas connaître le commencement de cette étude.
Tous les faits que vous y relatez, bien que surprenants, sont, j’en suis convaincu, parfaitement exacts. Je ne doute pointdu transport des lettres, des matérialisations de formes humaines complètes ou partielles, de leur moulage à la paraffine,des transmissions de pensées, etc.; ce sont la des expériences connues de ceux qui s’effor— cent d’étudier dans de bonnes conditions le Psychisme.
Vous n’avez pas craint de les exposer au grand jour, c’est là un de vos mérites et je puis vous féliciter ici d’avoir bravé le: Qu’en dira-t-on ? Ceci dit, j'arrive au sujet principal de ma lettre, c’est— à-dire à l’étude de certaines particularités de ces mani festations si curieuses à divers titres.
ETOFFES. —-— Dans ces matérialisations, n’avez-vous jamais vu des étoffes couleur d’amadou et possédant au toucher la même douceur que cette matière? N’avez-vous pas vu de ces étoffes rappelant toutefois la toile des araignées en tant que densité ? J’ai vu_ de ces étoffes et malgré leur légèreté et leur peu de consistance apparente, je n’ai jamais pu la tra— verser avec un doigt rigide, malgré des efforts accomplis dans ce but.
BOULE DE FEU. — Dans les manifestations, quand on voit des matérialisations complètes de formes hu maines, on ne les aperçoit qu’à l’aide d’une sorte de lumière phosphorescente sui generis que vous décrivez ainsi (p. 731) : ( Une boule de feu se meut devant lui (devant le médium) et s’entoure d’une étoffe qui s’agite sans cesse, etc. » Une boule de feu, c'est-à-dire une boule de couleur rouge, n’est-ce pas?
C’est bien là ce que vous avez voulu exprimer ! Or, dans les manifestations auxquelles j’ai assisté, j’ai toujours vu un objet de forme lenticulaire et de couleur 4.2....
CORRESPONDANCE 279 verdâtre analogue à celle de l’aigue-marine. N’avez-vous jamais vu dans vos expériences des boules de cette nuance? Je sais fort bien que vous pourrez m’objecter que cette forme que j’ai vue verdâtre, n’autres l’ont vue rouge.
Affaire de daltonisme, direz-vous?A cela, je réponds négativement, car nous étions huit à dix personnes d’âge et de vue divers et toutes ces personnes ont vu comme moi une forme lenticulaire toujours verte appa raissant et disparaissant tour à tout. Il y a eu seulement divergence entre nous, quant à la température de ce corps lumineux; ainsi, tandis que diverses personnes l’ont senti chaud ou tiède, d’autres ont éprouvé une sensation de froid.
Je m’explique ceci facilement par la différence des fluides de chacun, car vous devez savoir aussi bien que moi que, suivant la complexion de l’in dividu, le fluide est de composition et de couleur diffé rentes.
II y a même des praticiens qui prétendent qu’un bon magnétiseur a le fluide positif rouge ou violet et le fluide négatif jaune ou vert; ils disent aussi que les per sonnes qui ne possèdent pas des fluides de couleur diverse (de deux couleurs) ne peuvent magnétiser.
J’ajouterai, au sujet de ces fluides, qu’un soir, me trouvant à Naples dans une chambre à demi-obscure, les bougies n’étaient pas encore allumées, j’ai vu une dame éternuer à plusieurs reprises et chaque fois le fluide rejeté ou expiré était d’un. violet assez intense que je comparerai volontiers à la couleur de l’électricité tra versant un long tube de verre dans lequel on aurait fait le vide.
Ce n’est que cette fois que j’ai pu observer un pareil fait. Faut-il l’attribuer peut—être à l’atmosphère lourde et chargée d’électricité et des émanations sulfu reuses du Vésuve? Je l’ignore, mais ce que je puis dire, c’est que dans la nuit, c’est—à-dire quelques heures après mon observation (5 à 6 heures environ), un orage accompagné d’éclairs et de tonnerre éclata avec une intensité et une violence inouïes.
La personne en question, très nerveuse, très sensitive, avait—elle pu par sa constitution même absorber, comme une bouteille de Leyde, une forte dose d’électricité qu’elle rejetait et qui n’était visible que par l’éternue
2 80 L’INITIATION ment qui en projetait une plus grande quantité? La question est posée, à la science expérimentale de ré pondre. Je termine enfin ce long questionnaire en disant que la forme lenticulaire couleur d’aigue-marine posée sur la paume de ma main droite s'évanouit tout à coup, apparut dans l’angle droit supérieur du plafond du salon où se pratiquaient les expériences et vint se poser sur la paume de ma main gauche.
Tout ceci s’exécuta sur mon commandement mental, c’est-à-dire sans avoir proféré une seule parole. Cette dernière expérience eut lieu aux Champs—Elysées dans la demeure d’un Russe, M. de Veh, mort aujourd’hui, et avec le concours d’un médium à effets physiques, du nom de William, que nous avions fait venir de Londres. Parmi les personnes qui ont assisté aux séances, six ou sept sont encore en vie et pourraient attester ce que je viens d’écrire.
Mais les personnes qui ont vu croiront, quant à celles tout à fait étrangères à l’occultisme et qui s’enferment dans un dédaigneux scepticisme, peu m’importe de les con— vaincre. Je pourrais, mon cher collaborateur, écrire longue ment encore et présenter une quantité d'observations, faites par moi depuis vingt-cinq ans, mais il faut m’ar rêter ici pour aujourd’hui.
Puis si je disais une faible partie de ce que je sais, on me traiterait sinon de fou, tout au moins de ramolli ; j’attendrai donc encore quelque temps.
L’occultisme marche en France lente ment, mais sûrement et, dans quelques années, la réunion d’observations un peu partout consignées, de même que l’évidence de certains faits permettront, je l’espère, à quelques initiés, de déchirer plus largement le voile d’Isis auquel vous et moi n’avons fait aujourd’hui qu’un bien faible accroc. Ce doit être votre sentiment, n’est-ce pas ? A vous bien cordialement, J. MARCUS DE VÊZE.
NOUVELLES DIVERSES 2 81 Nouveauas Davaasas ENCYCLOPÉDIE DE LA SCIENCE OCCULTE Bientôtune œuvre de la plus grande importance va prendre naissance. Un de nos frères dévoués, Augustin Chaboseau, vient de jeter les bases d‘accord avec un des plus importants des éditeurs d'occultisme, d’une Encyclopédie générale des Sciences hermétiques qui prendra comme titre: LA SCIENCE ÉTERNELLE.
Cette encyclopédie comprendra au moins trois volumes grand in-4à deux colonnes. Nos lecteurs recevront individuellement des détails complémentaires * 44 LA REVUE THÊOSOPHIQUE Mme la Comtesse d’Adhémar avait fondé cette revue pour une année, et l’année vient de finir le mois der nier. La sympathique directrice peut être fière de son œuvre.
Grâce à elle la théosophie a pris son caractère vraiment élevé, et la collection des douze numéros de la Revue Théosophique ne présente aucune de ces taches irréparables que la polémique violente imprime de cou tume aux revues de cette école. Nous regrettons vive ment que Mm° la comtesse d'Adhémar, à qui nous avons eu à rendre de nombreux éloges pour son œuvre, ait: à ce point tenu parole.
Il nous eut été bien agréable à tous de lui voir trahir un peu son serment et faire durer sa publication quelques années de plus. * C"' La Société Théosophique Hermès possédera néan moins son organe: une revue plus modeste que la Revue Théosophique comme format et comme composition annonce sa naissance. Cette revue, dirigée par Arthur Arnould (Jean Mathéus), prend le nom de Lotus bleu.
282 L‘INITIATION Elle fera principalement des traductions d’ouvrages de théosophie peu connus de ceux qui ne peuvent lire l’anglais.
C’est une véritable lacune que vient combler notre jeune confrère, et s’il tient à sa mission véritable, nous ne pouvons que lui souhaiter tout le succès que méritent les idées qu’il entreprend de défendre. * 'IV CAS DE LUCIDITE MAGNÉTIQUE RIGOUREUSEMENT CONSTATE Nous recommandons à la méditation des membres de l’Académie de médecine qui nient la lucidité, le cas de Mm veuve Auffinger dont la consultation se trouve dans la Lanterne à deux reprises différentes.
Cette som nambule avait annoncé deux jours après la disparition de l’huissier Gouffé la date exacte à laquelle le cadavre serait retrouvé. Ce qui fut confirmé. Ensuite (le 20 novembre), la somnambule a décrit en détail l’assassinat, et a annoncé que les assassins seraient arrêtés dans le mois dejanvier. La plupart des détails se sont trouvés confirmés par l’instruction.
Ces consultations ont été imprimées dans le journal la Lanterne, où chacun peut en prendre con naissance. Nous laissons àl’Institut le soin d’expliquer ces faits. * >t>t DEUX NOUVELLES PUBLICATIONS Recommandons vivement à nos lecteurs une nouvelle revue qui ne peut manquer d’obtenir un légitime succès .
La Revue illustrée d’Etudes psychologiques dirigée par Moutin, compte, comme collab0rateurs assurés: Georges Montorgueil, Paul Duprey, Georges Tissot, A. Goupil, Aug. Germain, Hector France, A. Simohin, Papas, Louis Jacolliot, Marc Bonnef0y, Mérac Garrigue, Edouard Philippe, Clovis Hugues, T. de Beyle, E. Robi chon, E. Goudeau, Jules Lermina, D“ F. d’Anjou, D" Haks. .
NOUVELLES DIVERSES 2 8 3 * a:—v La seule revue vraiment théosophique qui existe en >.ce moment en France est sans contredit l’Anti—Egoïste, bulletin de la Société d'altruisme. Directeur-gérant: M. J. Casse, 2, rue Sarrazin, Nantes.
Le dernier numéro de cette publication, qui est envoyée gratuitement sur demande afi'ranchie, contient un article en tous points remarquable d’Amaravella, le thé050phe justement estimé. * >tan FÉDÉRATION UNIVERSELLE DE LA PRESSE SPIRITE ET SPIRITUALISTE La presque unanimité de la presse spirite et spiri tualiste de langue française est maintenant fédérée. Cette fédération est due au Comité de propagande nommé par le dernier Congrès.
En Espagne le Fédération est également sur le point de s’achever. Nous donnerons bientôt de nouveaux dé tails à ce sujet. * 2:- æ\ La Lumière, qui vient de reparaître sur beau papier pour les abonnés, est de plus distribuée gratuitement en édition spéciale pour la propagande. Une souscription permanente est ouverte à cet effet. S’adresserà Mmm Lucie Grange, directrice, 75, boulevard Montmorency, Paris—Auteuil.
Le dernier numéro (27 février) contient une intéres— sante revue des publications françaises et étrangères. L’Aurore et l’Etoile sont analysées par V. Flamen. 1! ne La Reforme de Rome (26 février) publie un intéressant article intitulé Choses de l'autre monde par Moyo Sa— bino. Il étudie le mouvement occulte en France et constate que l’Initiation est la plus importante des revues occultes françaises.
284 L’INITIATION * ans4 L’Institut Magnétique de France, 23, rue Saint-Mari, vient de publier.les résultats obtenus par les médecins et les magnétiseurs de la clinique de la Société. Par le magnétisme humain, 25 cas considérés comme incurables ont été guéris, 22 améliorés, 18 soulagés sur IOI ma— lades. * -v a: Les catholiques commencent à s’émouvoir du succès du mouvement provoqué par la science occulte.
C’est ainsi que tous les vendredis, à partir du 28 février, ont lieu à l’église Saint-Merri des conférences sur le spi ritisme et l’occultisme par le R. P. Le Moigne, de la compagnie de Jésus. * . s 23 Notre collaborateur Donald Mac-Nab vient de donner l’autorisation de traduire en italien son Étude sur la\ force psychique. * 254 M"" B. Hannecart consulte tous les jours, de t h. à 5heures, 8, rue Mayran (square Montholon).
Nous recommandons vivement cet excellent médium à nos lecteurs. ’ n 4 Les amateurs de cartomancie peuvent s’adresser à M“ Leteuille I rue Mandar. uiadé’à fait lusieurs , _ _ 3 4, _ cl 1 predmnons tres cur1euses. . ou L’abondance des matières nous oblige à remettreà notre grand regret l’intéressant Bulletin Maçonnique de notre collaborateur Oswald Wirth.
JDURNAUX r.r REVUES 2‘55 ’élouanaux e: avnas Revue illustrée (15 février). Étude détaillée et savante d’Anatole France sur Papus et son Traité élémentaire de Science occulte.
L’auteur, après avoir longuement ex aminé, discuté et critiqué plusieurs théories occultes, reconnaît la force du mouvement et cite les principaux écrivains rattachés à nos idées et qui sont presque tous nos collaborateurs : Joséphin Péladan, Stanislas de Guaita, Guy de Maupassant, Léon Hennique, Jules Ler mina, Alber Jhouney, Gilbert, Augustin Thierry.
Nous sommes heureux de voir la grande presse attacher de jour en jour plus d’importance à l'occultisme et publier de nombreux articles sur ce sujet. 'k #11» Le XIX° siècle (24 février). Chronique intéressante de Paul Ginisty destinée à constater le réveil de l’Occulte. L’Initiation et le Tarot des Bohémiens de Papus sont cités. * 1‘ AV> Le Courrier de Lyon (25 février) reproduit l‘article précédent. * 1v.«i!
Républiquefrançaise (20 février). — La Kabbale, d‘Ad. Franck. Étude remarquable, par Camille B19ch. * * 4 La Touraine républicaine, grand journal de province, très bien rédigé, qui le 31 janvier annonce; l’Initiati0n en termes fort élogieux et en donne le sommaire. Le 27 fé vrier il renferme un excellent compte rendu du Tarot des Bohémiens, de Papas. 2:}!— Le Patriote de Normandie(rg février). — Une nouvelle" secte de Mages parisiens, par O. Havard. Long article
286 L’INITIATION (trois colonnes) consacré partie à l’éloge de notre collabo rateur Ely Star, partieà flétrir au nom de l’Église les doctrines soutenues par nos revues, en révélant leur organisation.
Là nous apprenons que le pseudonyme « Alta » dans l’Etoile est porté par une dame, que l’abbé Roca écrit dans la Revue théosophique, que de cette même Revue théosophique un des directeurs se nomme Merdume, nouvelles fort intéressantes qu’il était réservé à notre confrère normand de nous annon cer.
Nous ne savions pas non plus que notre confrère Alber Jhouney fût le fils d‘un riche marchand de savon de Marseille, n’attachant pas grande importance d'ha— bitude aux questions généalogiques, ne considérant que les idées et le talent mis à leur service.
Il est évident, après tout cela, que l’article du Patriote normand est dû à la plume d‘un auteur fort peu au courant des questions occultes, qui nous considère comme ennemis de la religion catholique; il oublie sans doute, ou n’a jamais su, que nous avons dans nos rangs Joséphin Péladan, Stanislas de Guaita et bien d’autres que l’occultisme n'éloigne pas de leur foi catholique, au contraire.
1' ’l-* L’Aurore (février). -— L’évolution ou la lutte pour la vie, par Marie. * 24L4 Revue théosophique (janvier) — Rôle à venir de la théosophie, par la comtesse d’Adhémar. — Incarnation, par Guymiot. * 4æn L’Etoile (février). — L’Etoile du MeSsie, poésie, par Alber Jhouney. —— Le témoignage des faits, par René Caillié. * A"é Revue Spirite (I°" février). -— L’intolérance religieuse, par Marcus de Vèze.
JOURNAUX ET REVUES 287 La Religion laïque (février). — Les Hiérophanies, par Fabre des Essarts. **4 Revue trimestrielle des étudiants Swedenborgieñs libres. — Controverse au sujet de la réincarnation spirite, par Allar. * 2‘ar. Revue d’hypnologie (février). —— Fort intéressant nu— méro. A lire surtout Desfascine's, par le D“ Luys. * x4 Revue Socialiste (février). — Principes et tendances du Socialisme contemporain, par B.
Malon . * 1-4 Le Devoir (février). — Législation internationale du travail. — Le mouvement féminin. ' * #4 Le Bâtiment (23 février). — Un empereur socialiste, par Ernest B., etc. \ * -YH\‘ Journal d’Hygiène (30 janvier).— La réforme de l’or thographe, par Rouxel. * v.
4 . - - ‘ Le Bulletin des Sommaires comment dans chaque numéro une intéressante causerie de Charles M. Limou sin. -æ -\t\n Le Galile'e (février). -— Les propriétés physiques de l’atmosphère, par Gérard. _,_,_‘___ _...._,.# _._M_.,_—. W
288 LÏNHÏNHON ETRANGER Moniteur Spirite et magnétique, Bruxelles (février). -— Médiumnité et Médiums, par D. Metzger. vint Les Sciences mystéreuses, Bruxelles (février). — La Science occulte et le Matérialisme, par Léo de Mirville. * ’ilx Lux, Rome (février). — Joseph Mazzani réincarna tionniste, par Vincenzo Cavalli. i( :4»; Revista d’estudios psicologicos, Barcelone (février). — Le Spiritisme à Naples, par Ercole Chiaia. * :5: Revista espiritista de la Habana (janvier), Dieu, poésie, par J. Zorilla. Le dernier numéro de la Revue Théosophique contient un article intitulé Simon le Mage qui avait été envo é à l’lnitiation par notre rédacteur en titre Jules Stany oi nel. Cet article est tombé par un hasard inexplicable dans les papiers de la Revue Théosophique qui l’a immé diatement publié sans le faire suivre d'aucune note indi quant sa source. Nous n’avons pas voulu au moment où nous avons appris ce fait (huit jours avant l'apparition du numéro) causer de désagrément à une revue amie; nous nous contentons de signaler ce singulier procédé à tous nos lecteurs et nous prions notre rédacteur d’agréer toutes nos excuses. * 4 ‘U Papus fera une conférence sur le Bouddhisme, le lundi 24 mars, à 8 h. 3/4, salle des Capucines. -— Avis à tous nos lecteurs. - Le Gérant : ENCAUSSE. rouas, me. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
AVIS IMPORTANT A dater du le" Mars 1890, M. Georges CARRÉ, éditeur, devient propriétaire de la Revue l’Initiation. C’est donc à lui qu’il faudra désormais s’adresser pour les abonnements, les annonces et les services de la Revue. La rédaction et la direction ne subissent aucun change ment.
LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei« gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu’avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture : I. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) — 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. —- A Brûler et À1agie pratique, .par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du Il{ystère (2° édition), par Stanislas de Guaita. -— Le Tarot des Bohémiens, par Papus. -— Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. — Collection de l’Initiation et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n'ayons cité que les Iwres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans qu01 un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. -—- (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. —- Louis Lambert. Seraphims Seraphita, par BalZac. —- Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennique .
DEUXIÈME DEGRÉ. — Eurêka, par Edgard Poë. — Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. — Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. -— Le Spiritisnze,par le Docteur Gibier. —— Force psychique, par Yveling Rambaud. . TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mysteres, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Sciencedes Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. -— Le Sep/1er Jésirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. L’éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d’eux. ,
L’INITIATIO N f' RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, I_,L ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . c. A. R R É DIRECTEUR: PAPUS . ‘ , _ DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL 58’ rue salnt-And7 e_des Arts Rédacteur en chef: George MONT1ERÈ Secrétaires de la Rédaction; ÈRANCE, un an10 Ü" CH. BARLE'I". — J. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION: 1.1, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUæRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux quine pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
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DENTU 36”“, avenue de l’Opéra, 36”" L’ART INDÉPENDANT H. FLOURY. Gtum ' LIBRAIRIE DE 1 !, Chaussée-d’Antin, I 1 Tous les livres de Science Oc culte y sont en vente et aux meilleures conditions. CHACORNAC 11, quai Saint—Michel, 11 | 'IOURS, “1?. E. ARRAIlI.T ET CIE.