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L’Initiation W— Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 54 6’” VOLUME. -— 3‘“ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 5 (Février 1890) __.'.__ 'Avant-propos: Le Remords (L’affaire Gouffe’) . . . . . . . . . . .. Papus. (p. 97 a 100.) PARTIE INITIATIQUE... Les Mystères de la Solitude . . . . . . . . . .. Stanislas de Guaita (p. IOIà125.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE...
L’Egyptologie sacrée. Marcus de Vèze. (p. 126 à I56.) Bibliographie: L’Ago nie d'une Société Julien Lejay. (p. I56 àI58 .) Pt RTIE LITTÉRAIRE... Hespe’rus (suite) Catulle Mendès. (p. 159 à 162.) L’Elixir de vie (suite). Jules Lermina. (p. I63 à 185.) Groupe indépendant d’Etùdes ésotériques. — La Revue d’Hypno logte. — Revues et Journaux. — Nouvelles diverses. — Livres reçus. -— Nécrologie.
R ÉDACT 1 on : Administration, Abonnements : 14, rue de Strasbourg, 14 .58, rue St-André—des-A rts, 58 P A RI S _ P A RI S Le Numéro: UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à scrtir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’1nitiatîon adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans)’l«nde.
L’Initiati0n expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune.
Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteur‘s'les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. _ _La première partie de,la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte, La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à. tousles gens du monde instruits. .
' Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux dames et aux demoiselles ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà deux années d’existence, -— Abonnement: 10 francs par an.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’ Initiation 101 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. M. S. T. S; -- STANISLAS DE GUAITA. S.'. I.'. 5,). —— GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. — PAPU5, S.'. I.'. — JOSÉPl-IIN PÉLADAN, S.'. I.'. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH. — Le F.'. BERTRAND. VÉN.'. — RENÉ CAILLIÉ. — G.
DELANNE. — DEI.ÉZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR; — FABRE DES ESSARTS. -— FABIUS DE CHAMPVILLE. — D“ FOVEAU DE COURMELLES. -— JULES GIRAUD. — E. GARY. — HENR1 LASVIGNEs. — J. LEJAY. — DONALD MAC—NAB. — MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. -— EUGENE Nus. —— G. POLTI. — Le Magnétiseur RAYMOND. —- Le Magnétiseur A. ROBERT. —— ROUXEL. —— HENRI WELSCH. —- OSWALD WIRTH. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— E.
GOUDEAU. -——MAN0EL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. —- A. MATTHEY. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 POESIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. —— RODOLPHE DARZENS. —-— P. GIRALDON. — PAUL MARROT. -— MARNÈS. —— A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ. *
Groupe indépendant fl’llillflflS lnntn’niqnen ‘ Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Société pour l'étude de la Science Occulte Théorique et Pratique dans toutes ses branches et indépendamment de toute école. BUT I° Faire connaître, autant que possible, les principales données de la Science Occulte dans toutes ses branches. 2° Former des Membres instruits pour toutes les Sociétés s’occupant d’occultisme (Rose-Croix, Martinistes, Francs— Maçons, Théosophes, etc., etc.) 3° Former des Conférenciers dans toutes les branches de l’Occultisme. 4° Étudier lesphénomènes du Spiritisme, du Magnétisme et de la Magie théoriquement et pratiquement. Pour faire partie de la Société il suffit d’être abonné d’un an de l’Initiaz‘z‘org ou bien de payer un droit d’entrée de Cinq francs et de faire une demande d’admission. Tout membre de la Société a droit d’assister aux Confé— rences et aux Cours et reçoit en communication les livres qui peuvent lui être utiles. ’ Les Statuts détaillés sont communiqués aux personnes qui en font la demande. Pour tous renseignements s’adresser par lettre à M. Lucien MAUCHEL, rédaction de l’Initiation,I4, rue de Strasbourg, Paris, en joignant un timbre pour la réponse.
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r !-.‘ àVANT «imam AVIS Beaucoup de lecteurs parcourant l’Initiation pour la première fois nous ont fait des remarques dont nous devons tenir compte. ’ Ceux qui lisent la revue depuis longtemps savent fOrt bien que la division des matières est faite de ma nière à satisfaire tous les chercheurs.
La partie ini— 'J".tiatique écrite par les initiés pour les, initiés est sou— _«ye_nt fOrt abstraite pour les lecteurs profanes, et c’est naturellement par cette partie initiatique qu’ils commencent la lectùre. . . . ' Aussi avons-nous décidé de placer en tête de ' Chaque numéro une petite étude de trois ou quatre pages au plus et d’un caractère tout d’actualité autant que possible.
Cette étude servirade transition entre “le monde profane et la partie initiatique elle-même; houssommes assurés que nos lecteurs et surtout nos lectrices nous sauront gré de nos efforts pour mettre l’Occultisme à la portée de tous, anciens ou nouveaux. Le Comité de rédaction.
08 L’INITIATION ÉE RÈM©RDS (L’AFFAIRE oourrÉ) \ Ç'ÎÎN événement qui vient de préoccuper tous les M psychologues de la presse quotidienne remet en cause la question du remords : nous voulons parler de Gabrielle Bompard et de son action peu explicable pour beaucoup de philosophes. Une jeune femme quelque peu nerveuse (d’un tem pérament N.
S. d’après la théorie de MM. Polti et Gary), pouvant presque sûrement échapper à la jus tice, vient d’elle-même se livrer sans trop savoir pour— quoi. Il serait hasardeux de prétendre que le remords entre pour quelque chose dans cette action. Cependant un peu de réflexion semble conduire assez logique— ment à cette idée. Il faut en effet bien comprendre ce qu’on entend par ce terme de remords avant d’entrer dans aucune explication complémentaire.
Généralement le remords est conçu comme un état de malaise qui hante le criminel jusqu’au moment Où il se décide à avouer son crime. Cet état est d’ori— gine psychologique et touche par bien des points aux études de pathologie mentale, chères à beaucoup de nos hypnotz‘seurs actuels. Quelle est la cause de cet état particulier ? L’occul tisme donne une explication fort originale à ce sujet. Nos idées deviennent, dès qu’elles sont exécutées,
LE REMORDS 99 des ÊTRES RÉELS : êtres invisibles agissant invisible ment, mais sûrement sur l’homme. Ces êtres sont bons ou mauvais suivant le genre d’idée; ils vivent, de par leur fusion avec une des forces inconscientes de la nature (un élémental), plus ou moins longtemps, suivant la force cérébrale qui leur a donné naissance.
Pendant qu’ils vivent, ils se nourrissent de notre propre vitalité et agissent sur nous par l’intermédiaire du système nerveux inconscient (grand sympa thique). Le remords est la manifestation d’un de ces êtres, être d’autant plus puissant qu’il peut être vitalisé encore davantage par l’influence occulte de la vic time.
Ce remords peut donc agir de deux façons: 1° Le criminel se rend compte de la hantise dont il est l’objet, il soufre sans savoir exactement le siège de sa douleur, quoiqu’ilcomprenne parfaitement l’origine même de cette douleur. Le remords est alors conscient.
2° Le criminel subit inconsciemment l’influence des êtres invisibles qui l’entourent; et si ce criminel est faible de caractère, comme une Parisienne en général, et nerveux par surcroît, il obéit, sans s’en rendre Compte, aux impulsions du monde invisible qu’il porte en lui et qui l’entoure. C’est ce second cas qui s’appliquerait à Gabrielle Bompard. Il y a bien des points curieux dans cette affaire Gonflé. Avez-vous réfléchi à cette chose singulière qu’alors MM”‘“W'Mw*“W—\M*
100 L’INITIATION w .-—.,;.,... que le cadavre de Millery avait été .considéré comme un inconnu vulgaire et, de ce fait, jeté avec trois autres dans une fosse commune, un garçon d’amphithéâtre eut l’idée de lui mettre un chapeau. Pourquoi cette idée de mettre une coiffure à un des trois cadavres, et justement à celui-là? Ceux qui savent que le hasard n’existe pas pourront méditer sur ce point.
D’où vient aussi que le chef de la sûreté ait été hanté par l’idée qu’il n’avait pas vérifié l’existence ou la disparition d’une mollaire de cet inconnu de Millery, à tel point qu’il retourna là-bas, qu’il fit déterrer le cadavre (reconnaissable au fameux chapeau) et qu’il constata avec étonnement que son idée était juste et qu’il avait eu raison d’obéir à l‘obsession.
N’oublions pas mon plus que la Lanterne avait publié quatre mois à l’avance les révélations d’une «somnambule annonçant que les assassins se livre raient au mois de janvier, ce qui a eu lieu. Cette; somnambule est M“‘° veuve Auffinger, la mère du directeur de la Chaîne Magnétique. Voilà de bien curieuses explications, n’est-ce pas? Elles paraîtront à tous les hommes de bon sens dignes d’un pensionnaire des petites maisons.
Son— geons toutefois qu’elles ont le mérite de chercher à expliquer quelque chose alors qu’on affecte, de nos jours, de ne rien expliquer que par des mots inexpli— cables eux-mêmes, et voyons les applications qu’a faites de cette donnée occulte Stanislas de Guaita dans l’étude suivante. PAPUS.
%muumnaä PARTIE INITIATIQUE äes Îfiystères de la finlitude (“ LE SERPENT DE LA GENÈSE ”, LIVRE II, CHAP. 2 ) Ërx neuvième clef du Tarot ouvre à l’intelligence affranchie les mystères de la solitude. Un ermite à barbe inculte, la main gauche appuyée sur sa canne, se guide aux clartés d’une lanterne qu’il soulève de la droite et dissimule un peu sous les plis de son large manteau. — Voilà l’emblème.
Le sens en est multiple, comme celui de tous les hiéroglyphes. Nous nous attacherons à la significa— tion moyenne, celle qui se propose naturellement à l’esprit. Néanmoins, dans la sphère même où notre interprétation se limite, le pantacle peut s’éclairer de deux jours très différents, selon qu’on l’envisage de deux points de vue opposés. . L’ermite symbolisera toujours le solitaire; mais cet ermite peut être un sage —— ou un fou.
102 L’INITIATION Sage, il s’isole dans sa science et sa pureté; drapé de la bure de sa vertu sereine, il brave toutes les contagions du dehors. Mais plein de sollicitude envers ce monde imparfait d’où il s’exile, et par égard pour les yeux faibles qu’aveuglerait une trop éblouis sante lumière, il cache aux trois quarts le foyer rayon nant du Vrai sous son manteau de prêtre, qui n’en laisse prudemment filtrer que des rayons affaiblis.
Son bâton à sept nœuds, — emblème du Critérium infaillible que confère à l’initié l’intelligence du Grand Arcane, —— son bâton figure la verge de Moïse, la baguette des miracles, la crosse du parfait épiscope ; c’est le sceptre de l’Unité-synthèse.
Autre version: Un fou protège à grand’peine la flamme vacillante de sa pauvre lanterne, lumière illu— soin: et décevante qu’éteindrait d’emblée le moindre souffle de cet instinct collectif des foules, qui a nom ; le sens commun. C’est que l’insensé a peuplé sa soli— tude d’hallucinations fugitives comme le rêve, de visions mensongères auxquelles son vouloir peut seul prêter un semblant d’existence, son obstination une apparence de durée.
Il végète ainsi, cloîtré dans un séminaire de fantômes, dans un monde de formes vaines et vides qu’il prend pOur la réalité ; se fiant au faux jour de son système a priori, dont la lanterne est , le symbole.
La canne P ne figure-t—elle point sa logique de maniaque, puissante, encore que dévoyée ;Sa dérai— son toujours méthodique et les artifices où son ima gination se dépense sans s’épuiser jamais, pour pro‘ longer l’illusion, et pouvoir se mentir à elle—même avec une conviction de jour en jour plus afl'ermie ?.. "i'l
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 103. Parlons du fou d’abord, nous voulons dire : du sorcier. Cet homme vit seul d’habitude. Redouté des uns, bafoué des autres, odieux à tous, la vie com— mune lui est un supplice ; il l’évite le plus qu’il peut.
Mais l’état de société étant pour l’homme une con— dition normale, organique , presque absolue , de l'existence. le sorcier ne fuit ses voisins, parmi les— quels il serait une exception monstrueuse, que pour se créer à l’écart une compagnie d’êtres décriés, sus— pects et hideux comme lui Là se révèle la raison majeure de ces assemblées toujours excentriques, souvent criminelles, que nous avons dépeintes d’après la légende.
On ne saurait mettre en doute l’effective \ réalité de ces nocturnes réunions de malfaiteurs et de nécro— manciens ; maintes fois la sorcellerie y servait de prétexte et de couverture à des forfaits moins pitto resques, comme ailleurs nous l’avons noté. Mais les adeptes qui ne pouvaient se rendre en corps à la synagogue y allaient en esprit: te! sorcier fréquentait communément les sabbats sans quitter son lit et son fauteuil.
A l’appui de cette opinion, le philosophe Gassendi nous a conservé le détail d’une aventure bien remar— quable et dont la portée n’échappera sans doute à personne. Comme il se promenait par la campagne, il aperçut un groupe de manants furieux qui traînaient bruta— lement un malheureux berger, ligotté dans d’étroites courroies. Gassendi s’en émut et s’informa. — C’est un sorcier, lui dit—on ; nous l’avons surpris en
I 04 L’INITIATION flagrant délit de sortilège; de ce pas nous l’allons livrer au magistrat. L’homme de science les en dissuada vivement. -— Conduisez-le chez moi : je veux voir... je veux l’interroger seul à seul. Les paysans vénéraient Gassendi, connu pour ses bienfaits dans tout le pays d’alentour.
Ils n’eurent garde de rien objecter à cet ordre, et, quand ils se furent retirés : — Fais ton choix, dit Gassendi : tu vas tout avouer et je te donne la clef des champs; si tu refuses, la justice aura son cours. L’homme tout tremblant d’une si chaude alerte n’avait nulle envie de lier connaissance avec ces mes— sieurs du Parlement : on brûlait encore, à cette époque là, pour crime de sorcellerie.
Il commença donc sans hésiter la plus étrange confession. -— Je suis sorcier depuis trois ans, Monsieur, et deux fois la Semaine je me rends au sabbat... C’est affaire d’avaler si peu que rien d’un extraitbalsamique. A minuit, paraît le Malin, sous l’apparence d’un bouc monstrueux ou d’un Chat géant aux ailes de ténèbres ; il s’envole, après vous avoir chargé sur ses épaules. — Tu me donneras de ce baume, répliqua Gassendi sans s’émouvoir.
L’expérience me parait originale, j’en veux courir la chance... bref, je compte te suivre au sabbat. x — Qu’à cela ne tienne, mon maître; j’y dois aller ce soir même ; nous cheminerons de compagnie ! En attendant l’heure fatidique, le berger, plus à son
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 105 ':l. aise, fit au savant la description circonstanciée des lieux incultes où Satanas convoquait ses féaux ; il avoua les plus hideuses débauches, peignit d’ignobles accouplements et d’infernales agapes. Nous ferons grâce au lecteur de ces détails qu’il a pu lire au Cha pitre II: une réédition de ce genre paraît inopportune; c’est vraiment assez d’une fois.
Au sabbat, — et sur— tout dans l’imagination polluée de ceux qui s’y rendent en fait ou en esprit, —-I’Obscène le dispute au grotesque et l’horrible au pitoyable. A l’heure dite, le sagace philosophe reçut sans sour ciller sa part du balsamique extrait, qu’il fit mine de r prendre ; le berger avala la sienne en conscience et ne tarda guère à s’endormir d’un sommeil rauque et fort agité.
Sa face se congestionna vivement; d’incom préhensibles paroles s’exhalèrent de sa bouche, entre coupant par saccades sa respiration sifflante et pénible. Gassendi observait et notait à mesure. Au réveil, le pauvre hère félicita celui que désor mais il croyait son complice, et, l’interpellant avec une volubilité comique: —— N’êtes-vous pas ravi de l’accueil de Léonard ?
Il faut qu’il vous ait de suite reconnu grand clerc, pour vous avoir, dès la première fois, concédé l’insigne honneur de lui baiser le derrière... Dans le cas observé par Gassendi, le sorcier avale un électuaire ; le plus souvent , avons-nous dit ailleurs, il se frotte le corps d’un ohguent. . Tous les bouquins de ma’gie.superstitieuse donnent des formules de pommades hallucinatoires; le libellé n’en varie guère. C’est toujours_uneaxonge plus ou moins diabolise’ç, pétrié,d’exträitsdé plantes narco .....
1 06 L’INITIATION tiques et de poudres aphrodisiaques (I). L’absorption cutanée de la drogue procure un profond sommeil, traversé de visions luxurieuses qui vont jusqu’à la folie, de sensations exaspérées qui simulent tous les contacts. Autant d’hallucinations provoquées sans doute par le toxique, mais pourtant proportionnelles à la dépra— vation mentale du patient. D’inconscientes autosug gestions déterminent la direction de ces rêves impurs.
Il faut songer que, jusqu’au dernier siècle, la tra dition classique des rites du sabbat fixait assez dans l’imagination populaire les diverses phases de ces réunions orgiaques, pour que le cerveau du somnam bule les traduisit en un enchaînement d’images dont il reflétait la suite, à la façon d’une glace devant laquelle se déroulerait la scène entière.
Dans le sommeil, toute idée précise évoque immé diatement la forme qui lui est adéquate en morpho logie analogique.
C’est un fait connu. — Le mot Imagination, pitoya— blement travesti, détourné de son sens initial, semble (I) Les suppositoire: de jnsqniameiouaicnt un grand rôle : l’hyoscia mus niger. passant -—7 à tort ou à raison — pour cumuler toutes les verQtäîti’trîclâuâî‘bëgen’ fig:gîninterne, nous donnerons une formule dont nous sommes sur, d'un effet prompt ct véritablement miraculeux. Mais nous ne conseillerons à personne d’en faire l'essai.
26: (Lunâ decrescente) Suce: Œnanth: crocat . . . . . . . . . 3 grain. Extract: 0pii . . . . . . . . . . . . . l0 — Extract: Nucts Belhel . . . . . . . . . 5 —- F S A Extrac1: Pente nyll . . . . . . .'. . . 6 — ‘ ' ' Extract: Heila onæ . .’ Extract: Hyosctami l. sa — P. E. j [0 -— ‘xtract: Conii macu au . Extract: Cannabis... . . . . . . . . . 25 Pour 500 P"“"” Extract: Caflîllfl!‘id . . . . . . . . . . b — Saccaarum pulveratum . . . . . . . . Q. V. »:gH
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 107 avoir été créé par un adepte. L’imagination, c’est le miroir où viennent s’imaginer, se réfléchir les images flottantes dans la lumière astrale. L’intuition est l’art de contempler (intuerz) — à travers ces images évo quées dans le diaphane — les vérités d’ordre intelli gible dont elles sont expressives.
Mais, indépendamment de ces phénomènes subjec tifs, il en est qui présentent parfois une certaine objectivité : tels les faits de bilocation, dont nous avons signalé quelques-uns. Ceux qui ont lu notre Seuil du Mystère n’ignorent pas la grande théorie de la Lumière astrale; d’ailleurs le chapitre I de ce livre Il donne une suite à ces révé lations et les complète.
Sans revenir sur les généralités qui se trouvent partout, rappelons aux curieux que le Médiateur plastique de l’homme, ou Corps astral, — ce substratum éthéré du corps physique, en un mot le Périsprit des docteurs du Spiritisme, — peut être projeté méthodiquement au dehors: il n’y faut qu’une volonté ferme et beaucoup d’entraînement.
A l’état normal, ce corps fluidique est invisible; mais il peut, en s’objectivant, se compacter dans une mesure plus ou moins accessible aux sens: soit qu’il obéisse à la toute-puissante volonté de l’adepte,ou qu’il se trouve dans certaines conditions peu fréquentes, que déterminent les variations de l’atmosphère hyper— physique dont notre planète est environnée. Il devient visible alors, et présente même une résis— tance incroyable au toucher.
La compaction offre parfois l’apparence parfaite, de stabilité et de cohésion qui est le propre du corps matériel: tous les sens de
I 08' L’INITIATION .11 l’observateur sont correctement impressionnés... Et qu’on ne fasse pas intervenir cette fameuse théorie de l’hallucination collective et concomitante de tous les spectateurs présents.
C’est une hypothèse rece vable, je l’admets, en présence de certaines produc— tions fluidiques de nos médiums, quand telle per— sonne distingue une forme précise, que telle autre voit une petite nuée grise ou blanchâtre, cette dernière absolument rien. -— Mais en regard des faits que je vais décrire, une pareille explication ne mérite qu’un succès de fou rire. Voulez-vous que nous prenions l’exemple de Katy King ?
Nul n’est sans avoir ouï narrer l’apparition de ce fantôme, sa matérialisation positive, obtenue plu sieurs fois la semaine, des années durant, non pas sur un théâtre par un médium, mais dans un labo ratoire de chimie et par l’un des plus illustres savants que revendique I’Europe intellectuelle du XIX° siècle, sir William Crookes?
Les universitaires en masse ont vilipendé ce génie; d’aucuns même ont insinué qu’il était le compère de la fillette qui servait de mé dium.
Les faits scientifiquement enregistrés et classés par M. Crookes, dans l’ouvrage qu’il a mis récemment au jour: la Force psychique (Paris, Leymarie, I886, in-r2), fracassent à tel point toutes les catégories mentales de nos pauvres pédants du positivisme, et bouleversent si bien de fond en comble toutes leurs méthodes dites scientifiques, en trahissantà la fois l’insuffisance de leurs procédés d’enquête et le mal fondé de leurs critères, que tous les collègues de
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 109 William Crookes à la Société Royale de Londres ont poussé l’affolement jusqu’à se couvrir d’un ridicule éternel l jusqu’à mettre en doute l’état mental et mêm e jusqu’à suspecter la loyauté de l’inventeur qui, -— en dehors de ses découvertes psychiques, — a conquis à la science tant et de si merveilleuses certitudes!
Quelques—uns à peine (conviés à la vérification scientifique des phénomènes , ceux-là avaient vu, touché, pesé, expérimenté l.. et même photographié l’apparition l), quelques rares, — sont-ce les plus cou— rageux ou les plus lâches ? — ont louvoyé, quand il s’est agi pour eux de déposer publiquement à la barre de l’opinion: ils réservaient leur jugement et décli naient l’honneur de se prononcer.
Et le grand chimiste, qu’a-t-il répliqué, lui, aux insulteurs et aux incrédules P — Ah! je suis hallu ciné? Et mes balances, et mes appareils photogra— phiques , et mes enregistreurs, sont-ils hallucinés, eux aussi?... Mais sans pudeur de couvrir sa défaite, sans un mot de réponse à cette décisive objection, la logique de M. Prudhomme a rendu sa sentence en ces termes : Ou cet homme est un imposteur, ou c’est unfou!
Voilà donc votre salaire, la paye obligatoire qui vous attend tous, tant que vous êtes, boucs émissaires de la Vérité Sainte, prophètes de la Lumière nouvelle qui blanchit l’horizon l expérimentateurs hardis, pro— fonds penseurs, qui, en appliquant au monde hyper physique les procédés mêmes de la science positive, avez établi l’inébranlable base d’un monument syn thétique des connaissances humaines et posé la pre
I I0 L’INITIATION mière pierre du temple auguste où se célébrera, — l’heure est proche! — la réconciliation solennelle des deux sœurs ennemies: la Science et la Foi l... — Pour me bien assurer que c’était une vraie femme, écrit M. Crookes, une femme en chair et en os, j’ai obtenu de Katy King de la prendre dans mes brasl...
Et, toujours indulgente et propice à tous les con— trôles, cette Katy King se matérialisait de toutes pièces aux yeux de Crookes et devant les curieux qu’il admettait en son laboratoire : elle se compactait ins— tantanément, tandis que son médium, dans un état d’absolue catalepsie, gisait sur un tapis ou sur un canapé. ’ Dans le Fakirisme contemporain (Paris, 1887, in—12), très curieux et très courageux livre, hardi ment pensé, délicatement écrit, le docteur Gibier (I) donne la reproduction phototypique des clichés obtenus par William Crookes.
L’une des épreuves nous montre groupés, — tous trois parfaitement distincts!— le savant, le fantôme et le médium. D’ailleurs le médium est une enfant brune et assez petite (M“° Cook), et Katy, beaucoup plus grande, avait les cheveux presque blonds. CroOkes en a coupé une mèche, qu’il garde, comme une pièce à conviction assez éloquente et une preuve péremptoire de ces matérialisations.
Je cite textuellement la prose du grand chimiste: « Une boucle des cheveux de Katy, (I) M. Gibier, professeur au Muséum, eut également l'honneur d‘en courir l'excemmuniratlon.majeure des savants officiels ;mais les foudres universitaires ne l'ont pomt_pulve’riséz il se porte mieux que jamais, à. tous égards, et surtout au point de vue de sa gloire.
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 111 A qui est là sous mes yeux, et qu’elle m’a permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes, après « l’avoir suivie de mes propres doigts jusque sur le haut de la tête et m’être assuré qu’elle y avait bien poussé, est d’un riche châtain doré. » Non! l’illustre découvreur de l’état radiant n’est ni un imposteur, ni un halluciné. Reste l’hypothèse de la supercherie dont le savant aurait été dupe...
Je le demande, est-il un instant admissible qu’un homme du poids de M. Crookes, un investigateur scientifique de cette expérience, un savant de, cette compétence en physique et en chimie, se soit laissé jouer, berner, mystifier par une enfant de quinze ans?
Et jouer plusieurs fois la semaine, pendant des années, dans son propre labo ratoire, au milieu de ses instruments de contrôle expé rimental, en présence d’amis également compétents, inaccessibles à toute illusion des sens et qui ont vu comme lui? Non, c’est chose impossible à supposer.
Je crois sans restriction, pour ma part, à la réalité de ces phénomènes et je les estime scientifiquement vérifiés; mais, attendu que jamais faits analogues ne se sont encore produits sous mes yeux, je me réserve d’en exposer ultérieurement la théorie occulte.
Que peut—elle être au demeurant, cette théorie, sinon le développement logique et la déduction, jusqu’aux plus extrêmes conséquences, de celle qui m’a servi et qui doit me servir encore à expliquer les phénomènes dits fluidiques, —- bilocations, dédoublements, objec— tivations incomplètes, — tels que moi—même j’en ai vu et étudié'plusieurs ? à kk
1 I2 L’INITIATION _ —1n1-.«" Je mentionnais tout à l’heure la faculté inhérente au périsprit (I), ou double sidéral, de se projeter hors du corps physique, de diriger sa locomotion, de se transférer aux lieux les plus lointains, tandis que ce corps reste en catalepsie ou du moins n’est plus animé que d’une vie automatique et en quelque sorte végé— tative.
Dans certains cas, il oflre même à l’examen tous les symptômes d’une mort récente : la chaleur baisse très sensiblement; la respiration cesse et le cœur ne bat plus, ou du moins c’est d’un si faible essor que ces deux fonctions deviennent imperceptibles à l’oreille la plus exercée. C’est là ce que les occultistes appellent une sortie en corps astral.
Si loin qu’il se soit envolé de sa pri— son de chair, le Périsprit reste toutefois lié à elle par une chaîne sympathique d’une exquise ténuité; ce cordon ombilical est le seul qui rattache encore à sa matrice objective l’âme humaine (dont le Périsprit n’est que l’enveloppe fluidique et la partie la moins épurée).
En resserrant soudain cette chaîne vitale, le corps fluidique peut rentrer dans le corps matériel; mais si la chaîne vient à se briser, la mort est instan tanée, foudroyante, comme une rupture d’anévrisme. Cette expérience est chose grave: quelques précau tions que l’on prenne, elle ne se tente jamais sans danger.
D’abord, le Périsprit qui rencontre en chemin une pointe métallique est sérieusement menacé: pour peu (I) Faculté qu’il acquiert en se développant. >’;L’“a. “I «m'dNw.
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 1 P3 que sa substance soit entamée, le coagulat se dissout et la mort est certaine; dans le cas même où l’objet aigu se borne à effleurer le fantôme, une part notable de sa vitalité est subitement soutirée par lui, comme l’électricité d’un nuage par la pointe d’un paratonnerre. Le corps astral court le même risque, en ce cas, que le corps matériel après une abondante hémorragie, — la syncope.
Mais d’autres dangers, d’un ordre plus étrange et plus mystérieux, menacent l’étourdi chercheur qui se hasarde à tenter une projection de sa sidéralité, sans s’être environné de toutes les garanties préalablement requises, pour mener à bien une aussi redoutable expérience. . . ‘ Il faut bien convenir que, — mage ou sorcier, — celui qui la réussit réalise en soi-même un chef-d’œuvre d’équilibre, ou plutôt résume en sa personne une anti nomie sans pareille.
Mort etvivant tout ensemble, il subit à la fois deux conditions d’être contradictoires : l’objective ou terrestre et la subjective ou posthume. Nous dirons d’abord les périls qui s’adressent au corps astral dénudé. — Quels dangers (plus effrayants peut-être) menacent le corps matériel laissé vide et inerte? C'est-ce que nous exposerons ensuite.
Dès le sortir de l’enveloppe objective, le Périsprit se trouve entraîné à la dérive des ondes torrentielles qui encerclent la planète de leurs tourbillons : c’est le maëlstrom fluidique (I); c’est un: Nahàsh, le serpent d’muvr Ashiah; c’est le véhicule grondant de tout (I) Ce que plusieurs initiés désignent sous ce nom : les grande: roue: noires.
I I4 L’INITIATION le possible qui voudrait être, de toutes les virtualités subjectives avides de s’objectiver, de toutes les âmes des diverses hiérarchies impatientes de s’incarner. Si le corps astral ne parvient pas à franchir ce fleuve impétueux, ou du moins à s’y diriger, il est perdu.
Il faut qu’il sache triompher de la succion d’nziv Iônah, de l’accablement d’:‘1ÿ Hereb, résister aux deux forces centrifuge et centripète; manifestations des principes occultes de l’Espace éthéré, rayonnant, où s’exerce l’influx de la vie, et du Temps de’v0 rateur, ténébreux, qui gouverne le reflux de la mort!
La lumière astrale roule en ses ondes les mirages animés les plus repoussants, les plus terribles, les plus monstrueux: que la frayeur ou quelque passion vive envahisse soudain l’âme en sortie sidérale, le lien se rompt et l’âme ne peut plus rentrer. . Ce n’est pas tout. Dût-on m’accuser de folie,je veux tout dire.
Le véhicule du Potentiel en désir d’objectivité regorge donc, — et j’y insiste, — de formes parfois hideuses, que le pinceau de Goya serait impuissant à rendre dans toute leur horreur.
Ces spectres, dont nous reparlerons, — êtres obscurés et déchus, semi-cons cients et d’une intelligence limitée comme les Élémen taux, ou brutaux et inconscients comme les larves proprement dites, — veulent à tout prix s’incarner :' ce sont les Le’mures de tout ordre. Dans le grand fleuve de l’existence subjective, se forment çà et là de petits vortex à l’aigu sifflement, prompts à se résoudre après un arrêt brusque: c’est
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE II5 un être qui vient de s’objectiver, de s’incarner; il a passé de puissance en acte.
Comment? — Soit en animant l’ovule fécondé d’une femdle,animal‘e: le spectre s’est fait embryon; sa virtualité d’extérioration progressive s’y exerce au gré des normes et détermine sa forme organique sur le patron du corps astral qui lui est propre; après une gestation plus ou moins longue, il naît incarné dans une forme adéquate à sa nature, analogue et proportionnelleà son verbe intérieur... — Soit en s’engouffrant dans une effigie encore vivante, mais actuellement abandonnée et vide;'_les larves, dénuées, comme nous le dirons, de principe morphique et d’essence individuelle, usent surtout de ce mode d’incarnation par surprise...
Conçoit—on la portée de cette éventuelle abominat tion? L’expérimentateur téméraire, quand il veut réintégrer son corps, peut le trouver occupé par une larve, qui s’y est installée, a pris possession des organes, s’y est fortifiée, pour ainsi dire... Alors, de quatre choses l’une: Ou bien l’occultiste parvientà chasser l’ennemi et re prend la place d’assaut; c’estl’unique chance de salut!
Ou bien, après avoir délogé l’intrus, la fatigue de la lutte ne lui laisse pas la force de réintégrer son corps physique; et c’est la mort. Ou bien il rentre sans avoir su expulser le fantôme: il doit se résoudre à vivre en partage avec lui ; c’est la folie ou tout au moins la monomanie (I). (I) Les cas_sont_fréquents des êtres qui ont deux ou plusieurs per sonnalités bien distinctes.
1 16 L’INITIATION Ou bien enfin, c’est la larve qui demeure maîtresse du champ de bataille; elle végète dans ce corps, et c’est l’z‘diotz‘sme. . - - o n a . - . . . . a .
Si vous êtes sage, lecteur ami, vous pouvez prendre ces quelques lignes pour le récit d’un cauchemar; vous aurez même raison de hausser les épaules aux révélations qu’elles renferment: car elles n’expri ment une réalité que pour les téméraires qui tentent Dieu et bravent la Nature, jusqu’à ambitionner de descendre vivants au Royaume de la Mort, et de ren trer dans la vie terrestre, après avoir bu dans une' coupe mortelle l’eau dormante du Styx, mêlée aux flammes liquides du Phlége’thon.
Dans les sanctuaires de l’antique magie, derrière l’autel des dieux immortels, les mages, purifiés par de saintes ablutions et de rigides austérités, pouvaient, sous l’œil paternel de l’Hiérophante, réaliser, presque sans péril, cette œuvre théurgique.
C’était mêmel’ul time épreuve de l’initiation au plus haut grade : une sorte de mort suivie d’une résurrection miraculeuse, et le vainqueur de l’épreuve se nommait devant le peuple : Celui qui vit malgré la Mort. C’est encore, dans l’Inde, la signification secrète attribuée au nom de l’initié Dwidja, ou deuxfois ne’. Mais que de garanties accumulées autour du néo— phyte!
Souvent il ne partait pas seul, mais un Mentor accompagnait et guidait ce Télémaque du Mystère, dans son voyage aux sombres bords. Puis sept mages expérimentés faisaient la chaîne sympathique autour du corps de l’absent; à tout moment, pour peu ‘ \.‘ ,.. . — .\ , . maman-«Mail
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE ll'7 qu’un danger s’annonçât, ils pouvaient d’un effort le rappeler à l’existence. Le dragon de feu qui garde la porte des mondes au delà n’était évoqué qu’à bon escient: on savait modérer le choc de son abord et l’effroyable étreinte de son baiser...
Pour ce qui est des larves (qui deviennent lumineuses aux yeux Clairvoyants quand les gagne le rut d’une imminente incarnation), on savait les disperser avec l’instrument requis (1), selon les rites. D’ailleurs, enveloppé d’un vaste manteau de laine qu’on repliait trois fois sur lui, le corps cataleptisé reposait dans un état de complet isolement ; en aucun cas, il ne risquait d’être possédé (2).
L’on pense bien qu’à la suite de ces peintures, du reste assez peu encourageantes, nous n’allons pas livrer la formule du Sésame, ouvre—toi, qui donne l’accès du monde astral. Nous estimons en avoir dit assez.
Bornons-nous à signaler pour mémoire l’existence du vampire et du loup—garou, deux modes particuliers de la Bilocation magique ou Sortie en corps astral ; l’étude de ces phénomènes cadrera parfaitement aux v1° et VII‘ chapitres, qui ont pour titres, l’un: La (I) Un de nos vieux amis. M. Léon Sor . magistrat dans l’Inde, nous arapporté l‘instrument sacré qui sert au hibet àdissondre ces coagu— lations malfaisantes de la lumiere négativa.
Cette manière de lance en cuivre ciselé résente à l‘admiration du déchifl‘reur de pantacles toute une synthèse iéroglyphique, révélatrice et de la doctrine des fantômes fluidiques et du mode de dispersion de ces fantômes. Nous en détaillons ailleurs la forme symbolique et la significanon occulte. (a).Le célèbre manteau d’Apollonius n'était pas autre chose. Ce mystique lInceul a été conservé, à titre de symbole, dans le Rituel de l‘lnmanon Marumste.
I I8 L’INITIATION Mort et ses arcanes, l’autre: Magie des transmu tations. Il nous reste à effleurer d’autres mystères, plus logi— quement attribuables au présent chapitre. La solitude engendre tous les fantômes, et les amis des fantômes cultivent la solitude. Ceux qui se cloîtrent dans la retraite par haine de leur prochain obéissent à cet égoïsme radical (reflet de Nahâsh) que les Hindous désignent sous ce voca ble : Tan/1a.
C’est le principe de toute aberration et de toute perversité; la perdition est au bout. Le mage de lumière, lui aussi, recherche la'solitude; mais c’est pour mieux la fuir... Voilà qui a l’air d’un paradoxe; il n’en est rien.
Quand le mage se résout à rompre ses attaches mondaines, c’est que pour lui la foule est un désert fait de multitude et qu’il a statué de vivre dans la communion des Saints, ou de s’élever dans l’apo théose de l’Esprit, jusqu’à l’état sublime de sérénité omnisciente en Dieu, bien connu des Hindous sous le nom, aussi calomnié qu’incompris en Occident, de Nirvânâ.
Iln’est pas de moyen terme: on ne s’abstrait de l’humanité que pour vivre avec Dieu -— ou avec .Satan. Aussi les anciens sages disaient—ils de la solitude que l’homme s’y trempe fortement et s’y fixe à jamais dans sa voie, droite ou tortueuse ; en un mot, qu’il en sort esprit de lumière ou esprit de ténèbres. Rien n’est plus vrai. ' Dans la solitude, en effet, on vit face à face avec son
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 119 karma. L’atmosphère secrète des lieux déserts est éminemment réceptive d’un verbe, quel qu’il soit: la moindre pensée, le moindre vouloir, le moindre désir s’imprègnent dans la substance efficiente de ,l’Aôr (WIN) ; ils s’y développent et s’y manifestent avec une merveilleuse intensité.
Ce sont autant d’êtres potentiels, générés au jour le jour, suivant les caprices de la pensée et des aspira« tions, et qui exercent à la longue sur leur auteur une in— fluence répercussive que lui—même ne soupçonne pas. Car le plus souvent, il n’a l’expérience que de la vie habituelle et mondaine.
Or, au cours de l’existence commune, les perpé tuels échanges de fluides, d’idées, de vouloir, impri— ment à une personnalité des variations dans sa mar che, des fluctuations dans son allure, des hésitations dans sa pensée...; il n’est pasjusqu’aux convictions les plus assises que ne modifie peu à peu le souflle des ambiances. Le frottement use et polit insensible— ment les tranchantes arêtes desindividualités les plus anguleuses.
Mais, dans la solitude, l’homme ne subit aucune influence du dehors; sa propre pensée, se repliant toujours sur elle-même, s’y repose avec complaisance et s’y réfléchit avec ivresse: aussi le solitaire affirme t-il inébranlablement sa marche dans la direction où le portent ses habitudes cérébrales.
De toutes ces observations on peut déduire un axiome: c’est que l’isolement absolu qui trempe le caractère n’élargit point l’esprit : l’on s’y façonne indomptable, - incorrigible aussi.
l 20 L’INITIATION v: ‘34!!! Une légende rabbinique nous présente les larves comme des enfants de la solitude d’Adam rêvant àla femme archétype, avant que le Seigneur l’eût dédou blé pour donner naissance à Eve. Des éphialtes recueillaient ses confuses aspirations et leur donnaient une forme. Nous espérons qu’on nous entend.
Paracelse enseigne à son tour que ces sortes de fan— tômes sont engendrés abondamment, chaque fois qu’on laisse sécher au soleil des vêtements pollués. Son école ne fait en cela que reproduire l’opinion des anciens hiérophantes : une loi religieuse expresse interdisait aux anciens grecs d’exposer à la flamme de l’être les linges tachés de sperme ou de sang mens truel.
L’on aurait tort de croire que ces prohibitions fussent puériles et ces précautions vaines : le sang est unliquide mystérieux ; il déborde d’une vie empha— thique, expansive et prompte à revêtir, dès qu’on répand son véhicule, toutes les formes imaginables.
Les abattoirs et les amphithéâtres Sont devenus de nos jours des séminaires de larves sans nom ; je ne souhaite point aux incrédules d’empoisonner leur atmosphère individuelle par la fréquentation de ces lieux tout dégoûtants de fantômes sanglants; que de cas de folie n’ont pas d’autre cause!
L’idée està l’intelligence ce que le sang est au corps; aussi les cpgitations passionnelles engendrent des spec— tres à foison : les pensées luxurieuses développent des fantômes de luxure ; les rancœurs inavouées de la jalousie déterminent de vivantes obsessions qui ravi— vent la plaie des cœurs envieux; les aspirations déli
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE I2I rantes de l’orgueil génèrent deslarves inspiratricés de vanité toujours inassouvie..., et ainsi des autres pas— sions. Ces diverses créations aôbiques sont la conséquence fatale et le juste châtiment de tous les onanismes du corps, de l’âme et de la pensée.
Elles vivent, ces coa— gulations de la lumière astrale; mais c’est aux dé pens dupervers qui les engendraet qui doit les nour rir — comme le marque fort bien Eliphas — de toute la sève de son cœur et de toute la substance de son cerveau: elles l’obsèdent, le harcellent et le vampi risent sans merci.
Et s’il demande aux livres de la Sagesse traditionnelle un moyen violent de s’en dé— . livrer, ce n’est encore, hélas ! qu’à ses risques et pé rils ; car une si étroite solidarité le rattache à ces enfants de son délire, qu’il est sujet à se blesser lui— même en les dispersant. Nous traiterons, à propos du loup—garou, de ces effets répercussifs et mutuels, dont la réalité n’est que trop indiscutable...
Les médiums sont, pour la plupart, de pauvres valétudinaires, coutumiers sans le savoir d’un ona nisme cérébral et qui marchent dans la vie escortés, obsédés, souvent dévorés par ces larves: elles ne se coagulent qu’en les épuisant, puisque c’est à eux qu’elles empruntent la substance plastique dont elles ont besoin, pour s’objectiver et devenir sensibles.
En somme, ce sont bien là les vrais, les seuls dé“ mens; car les esprits même le plus profondément sombrés dans les abîmes de la perversité ne sont pas tout entiers mauvais: tandis que les larves, —— vérita bles mensonges de I’Être, blasphèmes incohérents de
I 2 2 L’INITIATION /IV,,..,.._ , :-_- - ,_V _, Jm._w_.y‘_w la vie universelle, — se révèlent invariablement nui— sibles et dénuées de toute conscience : il est donc permis de voir en elles d’équivoques incarnations de l’être abstrait qu’on nomme le diable ou Satan.
Formant pour ainsi dire autant d’appendices vam— piriques des hommes dont elles remplissent l’atmo sphère sidérale, elles sont dépourvues d’ailleurs d’exis— tence individuelle et ne vivent que par autrui. Les kabbalistes les ont appelées des écorces, dès coques inanes: cortices.
Il messiérait fort de confondre ces larves avec les élémentaux, Essences spirituelles plus ou moins obs curées dans lanuit de la matière, Forces semi—intelli gentes qui, remontant l’échelle biologique ou plus rarement la descendant (I), sont encore entraînées et ballottées aux torrents génésiques des trois ,règnes in— térieurs : minéral, végétal, animal.
Compactions de la lumière au bleu (Aôboth ni:fiN), les larves proprement dites sont des substances de— pourvues de vie propre et d’individuelle entité. Pa reilles au gui de chêne, elles n’existent que par au— trui, ne subsistent qu’aux dépens d’autrui: vienne à leur manquer ce support ontologique (2), elles ren— trent dans le non-être, dont elles sont comme des ma— nifestations, -— j’allais dire des anges, des messies.
Elles s’attachent à la façon des sangsues: elles (\) La descente (ou mouvement involutr_‘f des émanations de l'Esprit dans la matière) s'effectue sur le plan astral; la montée (ou mouve ment évoluh‘f;, sur le plan physique. Telle est la règle; nous verrons ailleurs les exceptions. (2_) Les larves peuvent changer d'atmosphère indivjduelle; mais ja— mais, encore un coup, elles ne peuvent v1vre d'une v1e propre. I--.« .._.
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 123‘ mordent à même lasidéralité d’un être réel, s’en nour rissent, y pompent leur vie d’emprunt et leur virtua— lité d’objectivation éphémère, et, — parasites dépour vus (je l‘ai dit) de type essentiel qui leur soit propre, , d’étalon générique sur quoi se modeler une forme, —— elles se concrètent sur le patron sidéral de 'être dont elles deviennent ainsi les reflets animés, les appen« dices lémuriens, les mirages furtifs...
Une larve dans votre atmosphère, —— c’est pour vous le fantôme d’un très vague Sosie..., mais d’un Sosie qui vous énerve au physique et vous épuise, vous ébranle au moral et vous déprave, vous débilite à l’intellectuel et vous abrutit !
C’est pour vous une ventouse toujours avide de substance vivante, une vulve braquée sans répit sur le phallus de votre rai— son, une réceptivité qui aspire incessamment, pour se les approprier, les verbes viables auxquels votre esprit peut donner naissance.
La potentialité réceptive, —- que déploient si puis samment les larves, — est le propre de la substance mercurielle négative (aôbj, qui leur sert de véhicule et dont elles sont les coagulations.
Qu’on s’étonne à présent de cette anomalie, pro blème jusqu’à ce jour insoluble pour les physiolo gistes: je veux dire l’innocuité relative du coït même abusif, en regard de la prompte déchéance physique et mentale où tombent ceux qui s’adonnent aux vices solitaires. —-— Mystère de la Solitude!
Que dire de la fréquence de ces maladies de lan gueur si rapides, et de ces consomptions si fou ' droyantes, qui traînent en quelques mois au tombeau :Llfi:: ‘.a «— . Mwm__umm,
124 L’INITIATION l’homme le plus vigoureux, la femme la plus excel lemment constituée, dans les cas d’emprisonnement cellulaire? — Toujours Mystère de la Solitude!
Tous ces êtres sont victimes soit d’une invasion, soit d’une génération spontanée de larves dans leur atmosphère fluidique. » On peut considérer les larves comme des agents des— tructeurs, des puissances de dissolution émanées d’Hé— reb (I). ou plus précisément voir en elles des mission naires de Nahâsh: rivalisant d’incompréhensibilité, de vague et d’inconsistance, avec cet Être formidable, elles participent de sa nature équivoque. —— illusoire et pourtant réelle (2), intermédiaire entre le conscient et l’inconscient, flottantes et ballottées de l’être au non être.
Donc le mauvais solitaire -— ou sorcier — génère en masse, au hasard de son inconscience, au caprice de ses passions, ces parasites vampiriques dont il est fatalement condamné à mourir tôt ou tard rongé: les lames. (1) S'il est curieuxd‘approfondir ces théories. mon lecteur voudra bien comparerleschapitres I du” livre second, l et 2 du troisième: alors il pourra se faire une idée de VJI'IJ (Nahdsh), soit qu'on veuille y voir l'agent dualistique producteur du mal, ou l'instrument quaterne des extériorations ou des objectivations individuelles.
Il comprendra quelle parenté lie 7P (Kain),le principe du temps, à ce mystérieux 3117 (He— reb). facteur des désintégrations individuelles et des intégrations collec tives; —cet Here_b qui est le bras déployé et la main constrictive de mm (W0uth), l‘Etre accablant, dévorateur, dont le rôle_providentiel est de ramener la diversité à l'unité, de réduire la circonférence au point central d'on jaillit le rayon qui la détermina, et de confisquer enfin les différenciations de la matière sensible, pour ramener les modalités par— ticulières à l‘homogénéité de la substance universelle et non différenciée. -C'est ce rôle prowdentiel de Mont/1 ni a inspiré aux auteurs du la. har cette sublime pensée : la mort estqle baiser de Dzeu. '(2) Nàhä'shfl'existe point à proprement parler, et pourtant il est la source, la racmc de l'existence matérIelle.
LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 125 Mais le bon solitaire—— ou mage —— opérant dans la plénitude consciente de son intellect et de sa libre vo lonté, donne méthodiquement naissance à des êtres potentiels, toujours bénéfiques, parfois conscients et ' même intelligents. Le mage est un vrai créateur dans les limites de sa sphère d’action, puisqu’il produit et développe, à l’instar de l’Être Suprême, des émana tions deson verbe,— Puissances efficientes de Charité, de Science et de Lumière. Certains mystiques ont nommé ces puissances: les Anges du ciel inférieur. STANISLAS DE GUAX'I‘A. (A suivre.) î 1_ \ ,aw-n-æ-«ugm. »\ ‘ ..—.—... m...,«;:æ
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ËE’ÊGYPI‘QEUGIE ;SAGRÉE AVANT—PROPOS Indocti discunt, amen! menzinisse periti. IËN se met aujourd’hui à étudier I’Egypte, comme 3, on ne l’avait jamais fait auparavant. Autrefois, au commencement du siècle, on s’occupait des arts et de la civilisation de l’antique Egypte; quant à sa mytho- ' logie, à sa mystique, à son art sacré, à sa religion, on ne s’en préoccupait pas du tout; on n’y attachait que fort peu d’importance parce qu’on supposait bien à tort, comme nous allons voir, que la religion égyp— tienne consistait à n’adorer que des chats, des chiens, des chacals, des éperviers, des bœufs, des lions et même des oignons; de pareils Dieux ne méritaient certes pas de fixer l’attention I Les prêtres de diverses religions , les Pères de l’Église qui ne voulaient pas que les mythes de leur propre religion fussent dérivés, en grande partie du
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE I 27 W”'”"’“‘ i '“ t moins, de celle des Egyptiens, ne sont pas tout à fait étrangers aux absurdités débitées sur le culte des Egyptiens. Ainsi, Clément d’Alexandrie peut servir d’exemple, de témoin à ce que nous venons de rapporter.
Après avoir dit que les temples égyptiens étaient de superbes édifices tout resplendissants d’or, d’argent et de pierreries, il ajoute: « Les sanctuaires sontombragés de voiles tissus d’or; mais si vous allez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un fonc-. tionnaire du temple s’avance vers vous en chantant d’un air grave un hymne en langue égyptienne; il soulève ensuite un peu le voile, comme pour vous montrer le Dieu: que voyez-vous alors?
Un chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelqu’autre animal dangereux ! Le Dieu des Egyptiens parait !...
C’est une bête sauvage se vautrant sur un tapis de pourprel... » Nous n’avons cité ce passage que pour bien démon— trer que chaque sanctuaire contenait en eflet un ani mal vivant ; mais, comme nous le verrons dans la troisième partie de notre étude, ce n’était pas l’animal qu’adorait l’Egyptien, mais la divinité, dont il était consacré le vivant symbole.
Les exclamations de Clément d’Alexandrie sont donc fort déplacées et ne prouvent rien ; ceci seule— ment : c’estque les Égyptiens pensaient qu’il était plus digne d’adorer leurs Dieux dans des symboles animés par leur souflie créateur que de les adorer dans des fétiches, dans des simulacres ou des idoles faites en matières inertes, en des sculptures polychromes quel l . \ u 4 ;._ .., -æ.ya.MwWû—‘Mvwvâ—- —\_...- w«,.» v .4 . ! .
I 2 8 L’INITIATION conques. Ils croyaient, du reste, que l’intelligence des animaux les liait pour ainsi dire par un lien de parenté avec les Dieux et les hommes; de plus, cette représentation des divinités par des animaux rendait le peuple plus humain envers les animaux, qu’ils con— sidéraient comme nos frères inférieurs.
Aujourd’hui, grâce aux travaux d’éminents égypto logues, on revient sur cette fausse donnée; on ne croit pas les Égyptiens assez insensés pour avoir adoré des animaux et même des oignons; ces grands civi lisés ne sontplus aujourd’hui la grande énigme d’autre fois, surtout depuis que nous commençons à pouvoir non seulement déchiffrer, mais lire couramment les innombrables inscriptions ainsi que les très nombreux papyrus de l’Egypte ancienne.
Aussi commençons— nous à avoir une toute autre idée de la philosophie religieuse de cette grande et noble contrée et appor— tons-nous beaucoup plus de soin et d’attention à l’étude de cette belle religion, parce que nous les voyons sous un tout autre jour que celui sous lequel on nous avait jusqu’ici habitués; enun mot, parce que nous en comprenons l’ésotérisme. l. — Champollz’on et Kircher.
On ne se doutait guère, pas du tout même, il y a cinquante ou soixante ans, que sous les mythes et les symboles égyptiens se cachaient de grandes idées philosophiques et une morale des plus saines, des plus parfaites et des plus avancées aussi. Que pouvait nous apprendre, en effet, le P. KIRCHER? Fort peu de chose; d’énormes faussetés même, d’après
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE I 29 quelques—uns. Ce n’est pas nous qui avançons le fait, mais un homme dont on ne saurait nier la compé— tence: Champollion le jeune.
Or voici ce que disait le père de l’égyptologie dans le discours d’ouverture de son cours au Collège de France (I): « Le Jésuite Kircher, ne gardant aucune réserve, abusa de la bonne.foi de ses contemporains, en publiant sous le titre d’Œdzjvus Egyptz’acus de prétendues traductions des légendes hiéroglyphiques sculptées sur les obélisques de Rome, traductions auxquelles il ne croyait pas lui-même, car souvent il osa les étayer sur des citations d’auteurs qui n’exis— tèrent jamais.
Du reste, ni l’archéologie ni l’histoire ne pouvaient recueillir aucun fruit des travaux de Kircher.
Qu’attendre, en effet, d’un homme affichant la prétention de déchiffrer des textes hiéroglyphiques a priori, sans aucune espèce de preuves! d’un inter prête qui présentait comme la teneur fidèle d’inscrip tions égyptiennes des phrases incohérentes remplies du mysticisme le plus obscur et le plus ridicule! » Par cette citation de Champollion, on peut voir que ce fameux jésuite si célèbre par son érudition a été un homme funeste, en ce qui concerne la science égyptologique ; disons toutefois, à la décharge du , P.
Kircher, qu’il écrivit son Œdz‘pus Ægyptz‘acus de 1) I0 mai 1835; l‘ordonnance royale créant la nouvelle chaire d'égyp tologie est datée du 12 mars 1835.- Le programme du cours était ainsi concu : Exposer les principes de la GRAMMAIRE ËGYPTIENNE COPTE, et déve lopper le système entier de: Ecm'runas SACRËES en faisant connaître toutes les formesgrammaticales usitée: dans les textes HlÊROGLYPHIQUES -ET HIERATIQUES.
Malheureusement le savant professeur ne put exercer longtemps ses fonctions, car il mourut à l‘âge de quarante—deux ans, le 4 mars 1832, c'est—à-dire dix mois après l'ouverture de son cours. ‘ 5
,. .. ,Jlfi.w-..r, 130 L’INITIATION I648 à 1650 (I), c’est-à-dire à une époque où c’était bien difficile de dire quelque chose de raisonnable sur les hiéroglyphes; ensuite, dans son mysticisme obscur, nous trouvons des observations intéressantes; nous aurons même occasion d’en parler dans le cours de notre travail. Il. — Les Egyptologues. On mentionne comme promoteurs des études archéologiques égyptiennes le P.
Montfaucon et le comte de Caylus, mais les essais de ceux—ci ne furent pas d’une grande utilité. Les travaux utiles et profitables n’ont réellement commencé qu’avec le grand ouvrage de Zoëga sur les obélisques.
Il soupçonna le premier l’élément phonétique dans le système de l’écriture sacrée; tandis qu’avant les travaux du savant Danois, on admettait que les ins criptions hiéroglyphiques fournissaient des textes trai« tant uniquement des sujets mystérieux, que seule connaissait une caste privilégiée, parce que ces textes roulaient uniquement sur des doctrines occultes de la philosophie égyptienne.
On croyait du reste alors que la masse entière des signes composant l’écriture (I) Œdipus Ægyptiacus, hoc est universalis dactrinæ hierogl_yphicæ instauraria, a été publié en 1652—55, en 3 vol.in-fol. ; c‘est le tome III qui renferme les inscriptions trouvées sur les principaux obélisques alors connus, ainsi que divers détails sur les momies et les idoles ég ptiennes.
Euur donner une idée de l'aplomb du célèbre jésuite allemand, nous mentionnerons la mystification suivante que lui fit un certain André Muller. Celui-ci barbouilla sur un vieux parchemin des caractères baroques, de son invention. Il adressa le dit parchemin au P. Kucher, enlur disant ueces caractères pourraient bien être égy tiens. Kircher répondit sur—îe—champ que c‘etaient bien des hiérog yphes, et ilen donna ex abrupto une traduction complète. AI7 une, dxsce omnes !
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 131 sacrée des Égyptiens était d’une nature purement idéographique, c’est-à-dire que les caractères n’avaient aucun rapport direct avec le son des mots de la langue parlée; qu’ils représentaientgeulement chacun une idée distincte.
Les travaux de Saumaise de Wilkins, de La Croze, de Jablonsky firent faire un pas en avantà la science égyptologîque; mais le premier ouvrage vraiment utile et important fut la Description de l’Egypte par la commission française instituée par Bonaparte pour accompagner l’armée française en Egypte. III. — Inscription de Rosette.
Ce fut également le monument bilingue trouvé à Ro— sette, en août 1 799. par un officier du génie, Bouchard, qui occupait la ville de Rosette, alors qu’il exécutait des fouilles à l’ancien fort. Ce monument épigraphique se compose d’un bloc de granit noir de forme rectan— gulaire; il porte sur l’une de ses faces trois inscrip— tions superposées en trois caractères différents, ce qui la fait aussi dénommer Inscription trilingue.
L’inscription supérieure, en partie fracturée, est en écriture hiéroglyphique ; le texte intermédiaire appar— tient à une écriture cursive égyptienne; enfin la troi— sième est en langue et caractères grecs. Chacune de ces inscriptions exprime un même décret rendu à Memphis par la caste sacerdotale, pour décerner des honneurs magnifiques au roi Ptolémée V Epiphane. C’est en les comparant que Champollion trouva la clef des hiéroglyphes. Dès qu’il fut en présence de ce monument,“ il fut persuadé que les deux inscriptions
13 2 L’INITIATION égyptiennes n’étaient que l’expression fidèle du même décret en langue égyptienne de deux écritures diffé-. rentes; en effet, l’une était l’écriture sacrée ou hiéra 11'que, et l’autre l’écriture vulgaire ou démotique. lV. — Premier déchzfrement.
La possession de ces textes égyptiens avec leur tra duction en langue grecque connue venait permettre à la fin de pouvoir établir des points nombreux de com— paraison certains et indiscutables. On pouvait dès lors abandonner le champ des hypothèses et se cir conscrire dans la recherche des faits. Aussi, depuis lors, les études égyptiennes marchèrent lentement mais sûrement; on était persuadé d’obtenir des résul tats positifs, incontestables.
C’est ce qui arriva. — Ajoutons néanmoins que longtemps avant François Champollion , c’est-à-dire dès 1802 , Silvestre de Sacy, qui avait reçu un fac-similé de l’Inscrz'ptz‘on de Rosette, avait examiné le texte démotique et l’avait comparé avec le texte grec ; il publia bientôt le résumé de ses observations et de ses recherches dans une lettre restée célèbre adressée au Ministre de l‘in térieur d’alors, Chaptal. , ' > ‘ Plus tard, en 1844, l’Allemand Lepsius trouva un nouvel exemplaire de la même inscription sur un obélisque à Philæ, laquelle ne fit que confirmer ce qu’on savait déjà, mais cette nouvelle preuve '_avait bien son importance (1). (1) On peut voir l‘inscription de R05ette avec un commentaire par Letrone in Fragrnenta historîcorum Græcorum, vol. in-8°; Paris, Firmm-Dxdot, r848. .
4...» p 4wW n w -: . -"sLa‘-’.‘—‘_‘—.J.«M V_.a._œ‘.._...—.u« 1 \ L ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 133 V. —— Egytologues Français. Champollion avait ouvert la voie, et une pléiade d’égyptologues poursuivit l’œuvre du maître. Nous mentionnerons plus particulièrement parmi les Fran çais : Ch. Lenormant, Hector Horeau, Prisse, Girault de Prangey, Mariette-Bey, Maspéro, Chabar de Rougé, Pierret et d’autres encore.
De tous les égyptologues, celui qui a le plus contribué à la lecture des hiéroglyphes, c’est Champollion, qui mérite bien le nom de déchiflreur des hiéroglyphes que lui accorde Georges Eliers dans son bel ouvrage sur l’Egypte moderne (I) : « Les leviers dont avait besoin la science pour forcer la porte derrière laquelle était resté caché si longtemps le secret du sphinx étaient trouvés.
Deux grands hommes, l’Anglais Tho— mas Young, qui s’était déjà distingué dans des sciences diverses, et François Champollion,en France, se mirent au travail en même temps, mais indépen damment l’un de l‘autre.
Le succès couronna leurs efforts à tous deux, mais Champollion mérite à meilleur droit que son rival le titre de déchiffreur des hiéroglyphes : ce que Young conquit par instinct, il le gagna par des procédés méthodiques et le poursui— vit avectant de bonheur qu’à sa mort, en 1832, il pouvait laisser une grammaire et un dictionnaire fort riches de l’ancien égyptien.
Nous ne pouvons man quer de rappeler les belles paroles que Chateau 11) L’Egypte. du Cuire à Philæ, ar Geor es EIiers, traduction de G. Maspero; Paris, Firmin—Didot, I 81, p. 4 et 47.
‘134. L’INITIATION ‘briand, —- ce n’est pas peu dire, — prononça au sujet du savant passé trop tôt à l'immortalité : « Ses admi « rables travaux auront la durée du monument qu’il « nous a fait connaître. » Voici le chemin qu’il prit pour arriver au but. Les noms hiéroglyphiques de Ptolémée et de Cléopâtre, s‘ils rendaient réellement lettre par lettre les noms de Ptolémée et de Cléopâtre, devaient renfermer plusieurs lettres communes.
Dans Ptolémée le premier signe, un carré Ü, devait signi fier P, et il se retrouvait en effet dans C-l—e—opatra au cinquième rang, c’est—à-dire à la place où on s’atten dait à le rencontrer.
De même, le troisième signe (le nœud de corde) de P.—t-O-lémée devait être un 0, et le quatrième (le lion) un L ; et ces hypothèses furent reconnues exactes. » ' Le Suédois Akerblad parvint, au moyen des noms de Ptolémée, Bérénice et Alexandre, à décomposer les groupes de lettres qui les formaient et lire ainsi un certain nombre de mots dont la langue copte lui four— bit une explication, ce qui lui permit de dresser une sorte d’alphabet que Young prit pour point de départ de ses recherches, et qui permit à celui-ci de conclure à la possibilité d’un alphabet semblable utilisé pour écrire les noms étrangers dans les hiéroglyphes. ‘« Mais, dit M. E. de Rougé (I), de cette idée si juste et si ingénieuse en elle-même, il ne sut tirer aucun parti.
N’ayant pu saisir les règles qui avaient été suivies dans l’écriture de ces noms propres, il manqua com— plètemeht l’analyse des cartouches de Ptolémée. Si (I) Mémoire sur l’inscription du tombeau d’Ahmês, chef des nantOn-. m’en, dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres;
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE I35 F“ l’on ajoute à cette première idée d’alphabet sacré, des progrès assez notables dans la connaissance de l’écri— ture vulgaire, la part d’Young sera faite avec justice.
Le peu de place que sa méthode tient dans lascience hiéroglyphique se prouve clairement par sa stérilité; elle ne produisit pas la lecture d’un seul nom propre ' nouveau, et l’on peut affirmer hardiment que tous les sceaux du livre mystérieux étaient encore fermés lorsque Champollion étendit la main pour les briser.
« Young n’avait reconnu que deux sortes d’écri tures; Champollion en distingue trois dans les ma— nuscrits et il détermine immédiatement leurs princi« paux caractères. Il reconnaît d’abord l’enchaînement qui lie les hiéroglyphes signe par signe avec une très ancienne écriture abréviative cursive qu’il nomme écriture hiératique.
Il signale les différences plus tram chées qui séparent de celle-ci l’écriture démotique ou vulgaire, et c’est lorsqu’il a la mémoire toute pleine de ces formes diverses et de l’esprit même de ces textes encore incompris qu’un nouveau point vient tomber entre ses mains: l’obélisque de Philæ lui est com muniqué. . . . . . . . . . . . . . - . . . . .
« La découverte des lettres égyptiennes employées pour écrire les noms étrangers n’était qu’un premier pas; il suffit à Champollion pour ouvrir toutes les portes de l’écriture sacrée, àl’aide de nouvelles lettres hiéroglyphiques, et lit quelques mots de l’inscription de Rosette ; le sens lui en est connu par le texte grec; l’interprétation de ces mots se trouve tout naturelle—
r - :4=.-.=;m«» --.-:- —..n-«-----* ,«.‘1‘. 1 3 6 L’INITIATION inent dans la langue copte, et l’antique idiome de l’Egypte est ainsi déterminé. » Nous avons voulu mentionner ici l’opinion d’un Allemand et d’un Français pour bien démontrer ce que la science doit à Champollion, dont les travaux ont été le point de départ de tous les autres égyptologues, devenus ses disciples.
Grâce aux travaux de ces hommes éminents, les intrépides chercheurs ont pu fouiller avec un courage ‘et une persévérance au-dessus de tout éloge ce qui 'concernel’archéologie, la mythologie et la philosophie égyptiennes. ' Mais quel immense labeur faudra-t-il encore accom— plir pour arriver à donner des conclusions, pour établir dans toute sa vérité, dans toute son éclatante lumière, la science occulte (l’art sacré) des anciens Égyptiens !
Ce sera là une tâche immense, il est vrai, ‘mais non impossible; ce qu’il y faut, c’est un grand nombre de travailleurs acharnés, assidus et déterminés và accomplir cette œuvre éminemment utile. Vl. — Notre but, .
C’est pour inciter à ces études et pour les favoriser par tous les moyens en notre pouvoir que nous com mençons aujourd’hui dans l’INITIATION un modeste travail qui est pour ainsi dire le B A BA des études premières de l’occultisme égyptien, occultisme qu’on ne saurait comprendre à fond si on ignore les prin cipes que nous-allons exposer sous forme de manuel, afin de fatiguer le moins possible l’esprit du lecteur, ‘ de l’étudiant, devrions-nous dire.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 137 Un certain nombre de nos lecteurs connaissent cer tainement en partie, du moins, ce que nous allons écrire, mais combien sont plus nombreux ceux qui ignorent ce qui fait l'objet de notre étude! Ces der— niers apprendront; quant aux premiers aux periti, ils aimeront à se ressouvenir: ament meminisse periz‘i. PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE I. —— ÉCRITURE ÉGYPTIENNE Commençons par l’étude de l’écriture égyptienne.
Les caractères égyptiens ont ceci de particulier, qu’ils imitent avec plus ou moins d’exactitude des objets existant dans la nature; c’est ce genre de caractère qui compose l’écriture hiératique ou sacrée des anciens Egyptiens, écriture dénommée par les anciens Grecs ypoip.ocra îepèc, et mieux encore vpoiy.uara iepoflucptxà, d’où le terme de caractères hz‘e’rogIyp/ziques, sous lequel nous les désignons aujourd’hui.
A la grande rigueur, le nom de hiéroglyphiques ne doit être appliqué qu’aux seuls caractères sacrés peints ou sculptés, lesquels représentent des objets naturels, caractères dessinés avec le plus grand soin et qu’on distingue des hiéroglypheslinéaires et des signes abré— viatils. I. -— Écriture hiéroglyphique.
L’écriture hiéroglyphique ordinaire était employée pour les inscriptions monumentales, soit dans les édifices publics, soit dans les belles demeures privées; ces signes étaient, nous venons de le voir, de vrais
i 38 L’INITIATION dessins parfois assez complexes ; aussi, dans les ma nuscrits, pour faciliter la rapidité de l’écriture, on substitùa aux hiéroglyphes dessinés un abrégé de l’objet représenté; ce n’était plus pour ainsi dire que la structure, la carcasse de cet objet, ce qui pète mettait d’effectuer très rapidement, mais de façon très reconnaissable cependant, l’objet que le scribe voulait représenter.
C’est ce genre d’écriture qu’on nomme hiéroglyphes linéaires. Les hiéroglyphes sont l’écriture primitive égyptienne.
Tous les monuments égyptiens, depuis le colosse jusqu’àla plus petite amulette,tous àpeud’exceptions près, portent des hiéroglyphes; il est donc facile d’y étudier les caractères, l’écriture et par suite les arts et la civilisation de l’antique Egypte, car ces inscriptions sont pour ainsi dire l’histoire même gravée du peuple égyptien, tant sont variéesles représentations figurées.
Les hiéroglyphes linéaires des manuscrits étaient écrits, à l’encre noir'e ou rouge, sur des feuilles de papyrus lissées et collées bout à bout; nous en parle rons plus loin.
En résumé, les hiéroglyphes linéaires servaient pour l’écriture usuelle, celle des manuscrits, absolu— ment comme l’écriture démotique (voir plus loin, même chap., 5 ni), tandis que les grands hiéroglyphes, correctement dessinés, furent toujours employés pour les inscriptions monumentales, et souvent comme moyen décoratif, comme on peut le voir plus loin, chapitre v.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 139 W;ilæauæmf'» _- . . . _-.,o. o. 4.. Il. -— Écriture hiératique. L’écriture hiératique présentait la forme abrégée des objets représentés ; cette forme générale était parfois si abrégée qu’elle était une véritable tachygraphz‘ehz’é rogl_yp/u‘que.
Il fallait donc pour l’écrire une grande: sûreté de main, une longuehabitude du dessin, ce qui nous explique l’habileté et la haute valeur des artistes dessinateurs de l’Egypte, qui apprenaient ainsi à des siner en même temps qu’à écrire, c’est-à-dire dès leur enfance.
Il fallait donc s’exercer longtemps et longue— ment pour esquisser rapidement et sans confusion possible de si nombreux caractères, qui souvent ne se distinguaient entre eux que par de légères diffé rences.
La caste sacerdotale soumit encore les caractères linéaires à une plus grande abréviation ; elle sim— plifia tellement la forme des Caractères qu’elle créa pour ainsi dire une écriture nouvelle qui racheta par .son extrême facilité à tracer les signes l’élégance et la richesse de l’écriture hiéroglyphique primitive.
C’est. cette seconde abréviation que les Grecs désignèrent sous le nom deîspanxfi(hiératique), parce qu’elle fut imaginée probablement par la classe sacerdotale, ou du moins principalement employée par elle. — Ajou— tons enfin que les caractères hiératiques sont généra— lement disposés en lignes horizontales et se succè— dent de gauche à droite, et très rarement en colonnes verticales. Parfois certains manuscrits funéraires pré— sentent à la fois dans le même texte un mélange de
140 L’INITIATION I.Iæ..J\—flu.—.x‘ . ... caractères hiéroglyphiques proprement dits et de signes hiératiques. . III. —- Écriture démotique. L’écriture démotique, bien que la plus répandue puisqu’elle était employée pour tous les actes civils, naissances, morts, mariages, contrats,ventes et achats, etc., cette écriture,disons-nous, est celle dont il nous reste le moins de spécimens; aussi est—elle moins con— ' nue.
M. Brugsch a bien ouvert la voie à son déchif— frement par une grammaire démotique et un recueil de textes. C’est en cette écriture qu’on établissait les ' textes magiques et même les romans ; il en existe un rédigé sous forme de conversation entre deux mo mies.
L’écriture démotique, dérivée de l’écriture hiérati que, qui est elle—même l’abréviation première de l’é— criture hiéroglyphique, est fondée sur les mêmes prin— cipes que celle-ci ; elle comporte le même mélange d’éléments phonétiques et symboliques.Lesdécretsde Canope et de Rosette nomment l’écriture démotique l’écriture des livres ; elle est fort difficile à déchiffrer pour plusieurs raisons ; d’abord parce que souvent une même ligature répond à des groupes hiératiques 'diflérents, ensuite parce que généralement ces textes sont tracés avec de gros Kasch ou Kaschamphâti (ro seau, calame ou pinceau), de sorte que les caractères sont gras et empâtés, ce qui rend très difficiles l’analyse et la séparation des éléments de chaque mot.
L’ÉGYP’I‘OLOGIE SACRÉE 14 l’ WIÏI-ä e-p-.-- .. . .. >...1,.. _. . s . .. ‘: ' ; Donnons ici quelques exemples d’écriture. —# Notre figure I montre la couronne rouge (coiffure) en a b c ' , Fig. I. — Couronne rouge. t'roisécritures: a montre l’hiéroglyphe pur, b l’hiéro glyphe linéaire, et c l’hiéroglyphe hiératique. Notre figure 2 montre l’Urœus qui est l’ornement A B C Fig. 2. — Urœus. habituel de la coiffure divine; c’est un aspic, en égyptien hajé. « Ce serpent, dit Horapollon (I), a la queue repliée sous le reste du corps; les Égyptiens l’appellent oÔpavèç, les Grecs (fluctÂiaxoç, et son image en or est placée sur la tête des Dieux. » Notre figure en A montre l’Urœus en hiéroglyphe pur, en B en hiéroglyphe linéaire, et en C en hiératique. — Notre (I) HORAPOLLON, liv. I, hiérogl. I.
142 L’INITIATION figure 3 montre une femme assise à l’égyptienne dans va 2% Fig. 3. -— Femme assise à l'égyptiennc. les trois écritures différentes a, b, c. Notre figure4 fait A B C D E 'H“lL-!2C-lä.’J Fig. 4. — Lion couché. vorr le lion en A hiéroglyphe pur, en B en linéaire, en C, D, E en hiératique; enfin notre figure 5 a b c :1 Fig. 5. — Le mot: Or, noub en égyptien. reproduit le mot noub, or (I), en hiéroglyphe pur en a, en b en hiéroglyphe linéaire, et en c, d en hiératique. Cette dernière écriture, on le voit, devait être très diffi (I) Cet hiéroglyphe représente la toile dans laquelle, en l'agitant, on lavait les paillettes d'or. Noub n‘était par le seul terme égyptien cm. ployé pour désigner le mot or, Ily avait encore saout et sur ; en hébreu etem.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 143 cile à interpréter; il serait en effet difficile de recon—‘ naître dans ce genre d’écriture la figure qui la symbolise. Quand nous traiterons de la numération un peu plus loin, nous donnerons un autre exemple et nous dirons pourquoi l’interprétation des figures hiératiques était si différente de l’objet réel. IV. — Origine de l’écriture égyptienne. MA quelle époque remonte l’invention de l’écriture égyptienne?
Il est bien difficile d’assigner une date et de rien préciser à cet égard ; mais, parla perfection des formes des caractères que nous pourrons admirer sur les divers monuments que nous possédons, il nous est permis de conclure que cette invention remonte très avant dans l’histoire du peuple égyptien; elle a dû survenir dans les premiers temps de son origine même. —— Au début, les images représentées devaient être des plus naïves, elles étaientloin d’avoir la finesse et la perfection que nous remarquons par exemple sur les grands sarcophages de basalte ou de granit du Musée du Louvre ; ce n’est que par une longue pratique qu’elle a pu arriver à avoir la perfec tion qu’elle a atteint et qui est consignée sur les monu— ments de la belle époque de l’art égyptien.
I V. —— Des dz‘fl‘e’rentes espèces de signes. Après avoir décrit les divers genres d’écriture, il nous faut revenir à l’écriture hiératique pour dire
14.4r L’INITIATION qu’elle compte trois classes de caractères nettement tranchées: a, Les caractères figuratifs ; b, Les caractères symboliques ; c, Les caractères planétiques. Chacune de ces classes de caractères procède par des moyens différents à la notation des idées. a.
Les caractères figuratifs expriment l’objet, dont ils présentent à la vue une image plus ou moins fidèle; ainsi le soleil est figuré par une circonférence avec un point central; la lune, par un croissant; l’homme et la femme, les animaux, parleur représen— tation respective.
Cette méthode de peinture des idées, la plusancienne de toutes, a été désignée par les auteurs grecs sous le nom de xupuoÀar yuqrj XŒTt‘Z y.iy-r,cw ou méthode mimique, méthode s’exprimant au propre par imitation (1). b.
Les caractères symboliques, dits aussi tro— piques (de rporr‘i;, forme), se formaient suivant des méthodes diverses, par lesquelles le signe se trouvait plus ou moins ressemblant à l’objet servant à noter l’idée. — On procède à la formation des signes tro— piques par synecdoche, c’est-à-dire en peignant la partie pour le tout: ainsi deux bras tenant l’un un trait, l’autre un bouclier, signifiaient une armée ou le combat (2); une tête de cheval, un cheval; une tête de chacal, un chacal ; les prunelles de l’œil signifiaient les yeux ou même la tête entière. ’ (a) CLÉMENT D'ALEXÀNDRIE, Stromates, liv. v,' p. 65ÿ, éd. Palier. (z) HORAPOLLON, liv. Il, hiérogl. 5. ni‘
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 145 Ou bien encore l’écrivain procédait par métonymie, c’çst—à—dire qu’on représentait l’effet pour la cause, l’instrument du travail pour le travail produit, la cause pour l’effet; exemple : le feu était représenté par un réchaud ou par une colonne de fumée; le jour par le Soleil, la nuit par la Lune ou les Etoiles; l’é criture par un roseau (calamus) ou un pinceau réunis à une palette de scribe ou à une écritoire.
On procédait encore par énigmes en utilisant, pour exprimer une idée , la représentation d’un objet n’ayant que des rapports éloignés avec l’idée à expri— mer: ainsiune feuille de palmier représentait l’année parce qu’on supposait que cet arbre ne donnait que douze feuilles par an ; une plume d’aile d’autruche re— présentait la justice parce que toutes les plumes de l’aile de cet animal sont, dit-on, égales ; une tige delis ou de glaïeul signifiait la région haute ou la Haute Egypte, tandis que la tige ou la houpette du papyrus (souchet) désignait la région basse, la Basse Égypte, parce que le souchet croissait surtout dans les bas fonds, dans les marécages, dans le delta.
Enfin, on procédait par métaphores; on peignait un objet qui avait quelque similitude plus ou moins réelle avec l’objet qu’il s’agissait de désigner: ainsi on indiquait les airs, l’élévation par un épervier; la prio rité, la supériorité, la prééminence par la partie anté rieure du lion ; la pureté, la vertu, la tendresse par une tête de coucoupha, parce qu’on croyait que cetani mal nourrissait ses parents devenus vieux ou infir mes; le scribe sacré, le hz’érogrammale, était figuré par un chacal sur ses pieds ou posé sur un socle, parce que
'11! ‘r'\ 146 L’INITIATION ce fonctionnaire devait garder comme un chien fidèle les choses sacrées et les écrits qu’on lui confiait (I). e.
Les caractères phonétiques procédaient par la notation de la voix (cpwvfi) ou des articulations iso— lément exprimées, au moyen de caractères particuliers et non par la notation des syllabes, de sorte que la 'série de signes phonétiques constituaient non un syl labaire, mais un véritable alphabet. — Les caractères phonétiques, considérés dans leur forme matérielle, furent des représentations, des images d’objets maté— riels, plus ou moins développés; le principe fonda mental de la méthode phonétique consiste à représen ter une voix ou une articulation par la représentation d’un objet physique dont le nom en langue égyptienne avait pour initiale la voix, le son ou l’articulation qu’il s’agissait de noter. — Que les caractères fussent idéographiques ou phonétiques, on lisait un texte égyptien comme nous lisons une page d’algèbre.
CHAPITRE II. -- SIGNIFICATION DE DIVERSES FIGURES Après avoir exposé la signification des divers ca— ractères égyptiens, il nous paraît utile d’expliquer la signification des diverses figures.
LE ROI est représenté par un personnage ayant la tête couverte de la coiffure dénommée Pschent, qui est le symbole de la domination sur les régions supé rieure et inférieure de l’Egypte; il tient dans la main un sceptre. — Ou bien encore par un personnage sur (I) Hourouou, liv. I, hiérogl. 38. p_.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 147 le front duquel on voit attaché sur sa coifiure l’aspic ou serpent royal nommé Urœus, insigne du pouvoir suprême. Ce même personnage peut être assis à l’égyptienne, le front toujours armé de l’Urœus et tenant dans sa main ,un pedum ou bâton recourbé et un fouet; le premier de ces attributs divins est l’em blème de la modération, et le second de l’excitation.
Une troisième représentation du roi consiste en un personnage portant la coiffure du dieu Phtah, institu teur de la royauté, coiffure commune à ce dieu et aux souverains d’Égypte.
UNE REINE est représentée par une figure de femme coiffée du Pschent et tenant dans la main un fouet; disons en passant que le fouet et le pedum (bâton pas toral), lorsqu’ils sontemployés isolément dans les textes hiéroglyphiques, expriment l’idée de roi, chef ou directeur suprême.
UN CHEF, UN COMMANDANT, UN AÎNÉ, en un mot le premier personnage d’une hiérarchie quelconque, est figuré par un homme debout tenant un sceptre dans sa main droite et une bourse dans sa main gauche, et réciproquement une COMMANDANTE, une aînée par une femme debout portant les mêmes insignes.
LE PRÊTRE, chargé du principal rôle dans ces céré monies religieuses, est représenté par un homme de— bout, la tête complètement rasée et le corps couvert par une peau de panthère, insigne de ses fonctions. LE PRÊTRE chargé de faire des libations est figuré par un homme debout, toujours à tété rasée, tenant de la main droite un vase à libations, duquel s’écoule de l’eau.
148 L’INITIATION LE SCRIBE SACRÉ, Grammaie ouHiérogrammate,est représenté par un homme accroupi à la tête rasée, qui tient dans sa main droite ramenée sur la poitrine une palette d’écrivain, dénommée xam‘uv chez les Grecs parce qu’elle servait aussi de règle (I). LE SOLDAT, LE GUERRIER, un membre de la caste militaire sont figurés par un homme accroupi portant en bandoulière un carquois rempli de flèches,tenant dans sa main gauche une lance.
Nous ne mentionnerons pas d’autres exemples, car, on le conçoit, cela nous entraînerait fort loin, et nous passerons au groupement des objets figurés par les hiéroglyphes. CHAPITRE III. — GROUPEMENTS HIÉROGLYPHIQUÉS Les objets figurés composant les hiéroglyphes ont été groupés par les égyptologues en seize genres prin— cipaux.
I. — Corps célestes : soleil, lune, étoiles, ciel ; 2. -— Hommes ou femmes de tout âge dans des po Sitions et des attitudes diverses ; 3. — Divers membres ou parties du corpshumain : tête, yeux, Oreilles, bouche, bras, mains, cuisses, jambes, pieds, etc. ; .
4. —Anz’maux domestiques ou sauvages: bœuf, taureau, vache, veau, cheval, cynocéphale, chacal, gazelle, lion, etc. ; 5. — Oiseaux: aigle, épervier, chouette, hirondelle, ibis, geai, pluvier, etc. ; (I) HORAPOLLON, l. l, hiérogl. ’51.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 14€; 6. — Reptiles : céraste, couleuvre, serpent, vipère, crocodile, grenouille, lézard, etc. ; 7. — Certains insectes : scarabée, scorpion, mante ou religieuse, libellule, abeille, etc. ; 8. —Poissons : latus, lépidote, oxyrynchus, etc. , g. —- Végétaux: lotus et sa fleur, palmier et sa fronde, persea et son fruit, papyrus (souchet), etc. ; 10. — Objets du costume ou vêtements : diverses coiffures: pschent, couronne, mitre, bracelet, collier, pagne, sandales, etc. ; ' I I. -—— Armes, insignes divers, meubles: arc, flèches, traits, pedum, sceptre, fouet, lit funèbre,trône, coffre, sièges, etc. ; 12. —— Vases et ustensiles divers : vase à brûler l’encens, vase à parfums, vase à libations, bassin, corbeille, natte, van, etc. ; 13. —Instruments et ustensiles divers: théorbe, palette d’écrivain, écritoire, calamus ou roseau à écrire, papyrus vierge, couteau ou grattoir, scie, hache, croix ovoïdée, faussement dénommée ansée ( I) ; I4. — Edÿfices et constructions divers: obélis ques, statue, stèle, autels, naos, bari (barque sa crée), propylons, pylônes, etc. ; 15.— Formes géométriques et mesures : carré, triangle, rectangle, pyramide, coudée, cercle, quart de cercle, etc. ; 16. —- Enfin des monstres : sphinx, bélier à corps humain, urœus, etc. Ajoutons que, dans chacun des groupes que nous _(I) Voir, au ‘sujet de la Croix ansée, le 11. 10 (juillet 1889) de l"lm’tia tion et les n°' 1 et 2 (oct. et nov. 1839).
1 50 L’INITIATION . A 1 IË"""”W1 venons de mentionner, il y avait des subdivisions, de sorte qu’on peut dire que les signes figurés étaient au nombre de près de deux mille. CHAPITRE IV. —NOMS COMMUNS EXPRIMÉS SYMBOLIQUEMENT Des signes symboliques ou tropiques remplaçaient souvent dans l’écriture égyptienne un grand nombre de noms communs; les caractères phonétiques ne notaient donc pas ici les sons de ces mots.
Ainsi le miel était noté par une abeille et un vase; la soif, par un veau courant au—dessous duquel se trouvait le signe eau ; le mois, par le croissant de lalune renversé au-dessous duquel se trouvait une étoile, etc.,etc. CHAPITRE v. — HIÉROGLYPHES EMPLOYÉS COMME DÉCORATION Nous avons dit, chapitre I, g I, que l’écriture hiéro— glyphique était destinée aux monuments; nous ajou— terons qu’elle était également utilisée pour leur dé— coration.
Aussi les Egyptiens, en grands artistes qu’ils > étaient, ne négligèrent rien pour augmenter l’effet décoratif des hiéroglyphes; ils employèrent la couleur pour enluminer les colonnes, les chapiteaux et les murs, sur lesquels se trouvaient les sortes de bas— reliefs fournis par les inscriptions ; celles-ci sont tantôt peintes simplement sur une paroi lisse, tantôt gravées en creux avec ou sans couleur, enfin en relief méplat dans le creux mème de la sculpture.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 1 5 I En résumé, l’écriture hiéroglyphique monumentale fut exécutée de quatre manières : 1° Sculptée et sans couleurs ; 2° Gravée avec ou sans couleurs ; 3° Sculptée et peinte ; 4° Dessinée sur des parois lisses à fond blanc oude couleurs et peinte ensuite.
C’était seulement au moyen de teintes plates que les Égyptiens enluminaient leurs hiéroglyphes, et il y a lieu d’observer ici que certaines couleurs ou teintes étaient toujours employées conventionnellement pour représenter ou produire certains objets ; par exemple, le bleu représentait le ciel , le jaune la lune, le rouge la terre, un bleu vert (pers) ou vert pâle (eau du Nil) l’eau.
Dans la figure humaine, les chairs sont en rouge d’un ton plus ou moins foncé, la tunique estblanche; la coiffure, quand elle ne se compose pas uniquement d’une perruque, est bleue. Quant aux plis de draperies, ils sont représentés par des traits rouges d’une grande ténuité dans les lumières et de traits renforcés, épais dans les ombres ou noirs. Chez la femme, les carnations sont jaunes; leurs vêtements sont tantôt blancs, tantôt verts ou rouges.
Quand les signes hiéroglyphiques reproduisent les différents membres du corps humain, ils sont tou jours coloriés en rouge. ' Les objets de bronze sont peints en vert, ceux de fer en minium, brun Van-Dyck (I) ou rouge brun; (1) Ce terme est bien nioclerne, appliqué à l‘Egy te, mais il a le mérite de bien définir le ton ; c'est pourquoi nous l‘emp ayons ici.
152 L’INITIATION les objets en bois, les charpentessont peints en jaune; quant au bleu, cette couleur paraît avoir été surtout réservée aux formes géométriques et aux plans des édifices. Nous n’insisterons pas ici sur la coloration et sur la peinture égyptienne; nous aurons occasion d’en dire davantage quand nous nous occuperons des momies et de leurs boites, ainsi que des hypogées qui les renferment.
CHAPITRE VI. — NUMÊRATION En général, les écritures chez les différents peuples admettent, pour l’expression des idées de nombre, des signes tout à fait différents du principe fondamental de ces écritures.
Les chiffres primitifs des Egyptiens, au contraire, participent de la nature générale de leur système graphique, et les différentes notations des nombres rentrent parfaitement dans chacune des méthodes au moyen desquelles procédaient les écritures égyptiennes relativement à la représentation des idées. Comme chez nous, les nombres égyptiens se divisaient en ordinaux, en cardinaux et en fractionnaires.
Voici la série d’unité: I.......i Il . . . . . .. 2 III....... 3 IIII . . . . . .. 4 IIIII....... 5 III 111 . . . . 6 IIIIIII....... 7 IIII IIII....... 8 III 111 III.......9
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 153 Les unités étaient faites avec des barres pleines ou de petits rectangles, comme le montre notre figure 6. li'.‘flü. HUI] x, 21 3 10, II, 12. @@.flflflüüü zo. 33. 100, 200, 222. ÎÙ 1.000, 2.000, 112.000 . 10.000, 20.000, 50.314. UÜÜÜH@UU Fig. 6. —n Numération.
Pour faciliter la lecture rapide, les Égyptiens sépa raient les quatre barres des 4 en deux groupes, les 5, les 6, les 7 et les 8 en deux groupes, et le 9 en trois groupes, de sorte que l’œil saisissait très facilement le total exprimé. Le chiffre 10 était exprimé par la courbe (un petit pont) que montre notre figure 6. Deux dix représen taient vingt; trois, trente; quatre, quarante, et ainsi
l 54 L’INITIATION de suite. On combinait ensuite les dizaines et les unités, les dizaines entre elles et avec les unités, comme le montre notre figure 6; mais aussi on pou— vait placer sous la figure de la dizaine les petits rec tangles pour faire douze, treige, quatorge, etc. Notre figure 6 montre la manière d’écrire, 20, 33, 100,200, 222, 1.000, 2.000, 112.000, 10.000, 20.000. 50.314; la simple inspection 'de notre croquis fait comprendrel’économie généralede l’annotation numé— rique des Egyptiens. Le lecteur remarquera que le ÎËŒ1’I Fig. 7. — Mille; quatre signes différents. chiffre mille (fig. 7) s’écrivait en hiéroglyphes de quatre manières différentes. Notre figure 8 montre écrits en signes hiératiques les nombres IO, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, go. En jetant les yeux sur cette figure, le lecteur pourra se convaincre .combien peu ces signes rappellent ceux que nous venons de leur montrer en hiéroglyphique. Ceci montre d’une manière évidente que les prêtres voulaient bien être seuls à comprendre ce langage; car non seulement les signes ne ressemblent pas à l’hiéroglyphe pur ou linéaire, mais on voit encore que le même nombre est exprimé par deux, trois et quatre représentations différentes.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉ]: 155 m. 20. 30. 40. 50. / ’ 80. ' go. Fig. 8. -— Chiffres hiératiques écrits de trois ou quatre manières différentes.
I 56 L’INITIATION Enfin les nombres fractionnaires s’écrivaient comme les nombres ordinaux, mais ils étaient surmontés de ce signe d’un ovale plat très allongé: O - l | ‘ Tiers. O . fi Treizième. Fig. 9. - Signe_distir}ctif de ' nombres fractionnaires. centième. etc. J. MARCUS DE VÊZE. (A suivre.) mmoeeaeme L’Agonie d'une Société, par A. HAMON et G. BACHOT. Albert Savine, éditeur, 3 fr. 50.
Ë’zsr bien à une réelle agonie que nous font assister G\\,_ MM. Hamon et Bachot; agonie effrayante! celle d’une société..., la nôtre ! Leur livre est poignant et laconique comme un journal d’interne d’hôpital. Pas de phrases : des faits, des notes.
Par moments le lecteur, écoeuré de tant de misères, de tant de hontes et de souffrances, veut douter; mais une astérisque s’offreà ses yeux : au bas de la page, une petite note sèche, une date, une statis— tique prouvent que tout cela n’est malheureusement pas une fiction, et le réquisitoire continue ! .“‘
BIBLIOGRAPHIE 157 “ma. '! '(' Nulle misère physique ou morale n’est épargnée.
Scandales financiers, politiques et mondains défilent lugubrement: l’âme des riches, l’âme des classes dites dirigeantes apparaît sèche et noire, le corps des prof létaires apparaît tordu par les privations et la souf fiance! ,, Le chapitre premier est plus particulièrement con— sacré aux misères morales; le chapitre deuxième, aux misères physiques; le troisième et le quatrième, aux questions européennes: politique, finances, armées, Socialisme.
Partout nous trouvons le même style de procès-verbal ou de réquisitoire; partout la même profusion de notes, de chiffres officiels et de preuves, qu’il s’agisse de scandales financiers, des tentatives d’accaparement de la Banque juive et de leurs graves conséquences économiques, comme dans le chapitre premier, ou qu’il s’agisse de la propriété foncière, de la loi d’airain des salaires et du triste sort des femmes et des enfants de prolétaires, comme dans le chapitre deuxième.
Aussi ne saurions-nous trop recommander la lecture de cet ouvrage à ceux qui étudient les questions sociales; ils y trouveront, condensés en quelques pages, une mine de documents précieux.
Ceux que la question juive intéresse y trouveront également des renseignements très curieux; nous signalons tout particulièrement à l’attention du lec teur l’ihtéressant extrait de la Russie Juive, cette belle étude de M. Kalixt de Wolski, le père de M“ de Wolska la distinguée fondatrice de la Bibliothèque des œurres des femmes, qui a su grouper autour de son nom les femmes les plus illustres de l’Europe. Cet extrait
I 58 L’INITIATION ‘ jette un jour tout particulier sur la question juive et donne à réfléchir. Mais à propos, pourquoi les auteurs font-ils de M. Saint-Yves d’Alveydre, l’auteur de la France Vraie, un juif? C’est une erreur. M. Saint—Yves d’Alveydre n’est pas juif. Cette qualification a dans dans tout le cours de l’ouvrage un sens trop peu flat— teur pour que nous n’en relevions pas avec soin la fausseté dans le cas particulier. Terminons en adressant à MM. Hamon et Bachot, au nom de l’Inztz‘atton tout entière, un sincère remer— ciement. Ils rappelent en effet que cette revue est au centre de ce faisceau de lumière et d’altruisme qui, émané du soleil de la science occulte, brille depuis quelques années de plus en plus large et intense au milieu des ténèbres de l’égoïsme. C’est vrai! Autour du directeur de l’Initzaz‘z‘on, autour de Papus se serre une phalange d’étudiants qui, s’inspirant des grands travaux des adeptes de la science secrète, Claude de Saint-Martin, Fabre d’Oli— vet, Saint—Yves d’Alveydre, cherchent la solution de l’énigme sociale. Ils la trouveront ; elle est dans ce divin ternaire : AUTORITÉ! LIBERTÉ l SOLIDARITÉ! JULIEN LEJAY. -=s.=.- 4—a-_..on—n&.w - ' <“\a‘
PARTIE LITTÉRAIRE finiras (Suite) II LA VISITATION {Suite}. Cefut un soir, à l’heure, à laplace où nous sommes, Un frisson secoua tout mon être, et des Voix Crz’èrent: Hespérus .’ sois en esprit, et vois! O clémence! ô sacré déchirement du voile! D’abord, comme un lever miraculeux d’étoile, Surgit dans l’Orient nocturne un point lacté, Tremblant espoir de jour, œufgre’le de clarté, Qui laissa lentement etplume àplume éclore Et blémir, comme un cygne ineflable, une aurore; Et cette aube grandit, blanchissant tout le ciel D’un éblouz‘ssement profond, torrentiel,
160 L’INITIATION Et sa splendeur d’argentjlaide, atténuée Dans une transparence éparse de nuée, Doux abîme, sembla délicieusement Un golfe merveilleux, couleur de diamant, Où l’onde en un brouillard diaphane déferle Sur des îles d’opale et des brisants de perle! Etj’e’taz‘s en esprit sur les monts. Et voici Que brillamment visible à mon œil éclairci, Uneforme d’enfantémana de l’aurore.
Candide nudité, front qu’un nimbe décore, Elle marchait, avec un lis dans chaque main, La pente d’un rayon lui servant de chemin. Et, vieux, je saluai l’ange enfant. Mais, grandie Et splendide, lueur devenue incendie, La vision sembla le fulgurant essor D’un cavalier sonnant d’une trompette d’or Sur un cheval ailé de neige comme un cygne.
Sous l’éphod que la règle hyménéenne assigne, Elle avait dans les yeux l'inextinguible éveil; Écarlate, roulait de la gorge à l’ortez‘l Sa robe où des rayons tremblazent comme unefrange; Et je levai les bras vers le beau jeune homme ange! Mais Lui, le visiteur divin, le Messager Qui monte un cheval—cygne et va dans l’air léger, De cette voix quifait la parole meilleure,
HESPÉRUS 16I IËfÏ .Et qui, frôlant d’abord l’ouïe intérieure, Enivre le mental comme un parfum subtil: « Sais—tu par quelle cause il m’a fallu, dit—il, Me révéler enfant avant de t’apparaitre Tel que je suis P — C’est, dis-je, un signe qu’ilfaut être Dans l’innocence avant d’être dans la beauté. — Qui suis-je? — Ton Amour sans trêve alimenté; Car on devient selon qu’on aime. — Qui m’envoie P —— Le rémunérateur de l’espoir par la joie, Le Trinôme-Jésus, seigneur des univers.
C ——n Qui t’ensezgna P — Mes yeux internes sont ouverts, Et je suis, par la Grâce, une âme qui s’éveille. — Ainsi tu pourras voir et toucher la vermeille Des cieux perpétuels et purs? —— Je le pourrai. — Viens donc, s’écria—t—il, car Dieu t’a préparé! » Et, comme un aigle, enflant son vol aquz’lonnaire, 6
I 62 L’INITIATION Prompt, tombe sur sa proie et l’emporte au tonnerre, L’ange, alors, m’enleva par la nuque, au delà Des sphères, vers les Cieux que saint Jean révéla, Pour qu’après Sperberus qui conçut le grand songe, Et Bœhme le Voyant, et Swedenbôrg qui plonge D’un frontdémesuré dans les gaufres divins, Un homme encor, niant la verge et les devins Des Molochs et leur verbe imposteur qui ricane, Expliquât, l’ayant vu de ses yeux, chaque arcane, Et montrant le chemin de la jeune Sz‘on Aux enfants de l’exil et de l’aflliction, Leur dit: « Laveg, lavez, ô race repentie, Vos vêtements obscurs dans le sang de l’hostie, Car ilfaut se vêtir de blanc pour lefestin, Et Dieu vous donnera l’étoile du matin! » Tel, pendant qu’à nos pzeds la ville morne et lasse Déroulaitpesamment sa ténébreuse masse Et que les arbres noirs tremblaz‘ent autour de nous, Tel, sous les cieux profonds s’étant mis à genoua'c, Les yeux extasz‘és, les bras en croix, au faîte De l'Abena’t/zor, parlait le nain, obscur prophète. CATULLE MENDÊS. (A suivre.)
L’ÉLIXIR DE VIE 1 63 }É«’ÈLMlR DE ijm (Suite) « —— Quel âge avez-vous ? me'demanda-t-il brus— quement. « —— Vingt—six ans, lui répondis-je. « —— Vous travaillez trop, reprit-il. Vous vous dépensez trop vite et trop tôt. Prenez garde, écono— misez-vous. « Je ne comprenais guère, me sentant jeune et vi— goureux, sous cette réserve qu’après l’effet singulier dont je viens de te parler je ressentais une sorte de lassitude, comme après un excès.
« J’essayai de revenir au sujet qui m’avait amené. Mais il m’interrompit. « — N’attendez rien de moi, me dit-il avec une certaine rudesse. En l’état actuel des connaissances, ou plutôt en face de l’ignorance universelle, il m’est in terdit de communiquer à qui que ce soit ce que je sais. « —— Mais pourquoi donc? m’écriai—je. Pourquoi ne pas nous aider, nous les jeunes gens, à lutter contre les stupides routines ?
« — Pourquoi P acheva—t—il en se levant et en dar— dant sur moi ses yeux dans lesquels brillait une flamme; parce que... parce que ma science est un crime! . « Et alors, sans que j’eusse insisté, il se mit, en un. discours d’une éloquence stupéfiante, à me tracer un
164 L’INITIATION tableau complet, encyclopédique, de la science ac— tuelle. Il n’était pas un système, pas une théorie, pas une découverte qu’il n’eût étudiée et vérifiée. Et avec une verve sarcastique qui parfois devenait féroce, il flagellait les préjugés, les timidités, les lâchetés qui arrêtaient tous les travailleurs au seuil de la science réelle.
Prophète inouï, il me prédit, il y a de cela dix ans, les quelques progrès que nous avons accomplis depuis lors; il voyait —— positivement — au delà de notre horizon, et cela sans charlatanisme, par la force de déductions dont j’appréciais moi—même la justesse. Et quand il eut terminé, il ajouta, en me congédiant d’un geste : « — Je vous refuse ma science, qui est crimi nelle...
Oui, criminelle! car elle augmente, elle cen tuple l’inégalité terrible qui, dans la lutte pour la vie, fait les vainqueurs et les vaincus. « Sur cette parole énigmatique, je dus me retirer, emportant, je l’avoue, une impression d’admiration terrifiée. Oui, en ces quelques minutes d’entretien, cet homme m’était apparu comme un être surhumain, à_la fois superbe et sinistre. Y avait-il là prédisposi tion nerveuse ? C’est possible.
Cependant, si je voulais peindre d’un mot l’étrange concept qui avait jailli de son cerveau, tout à coup, sans raisonnement, comme ces mots qui parfois obsèdent la mémoire sans cause appréciable, je te dirais —— ne ris pas de moi surtout —_ que cet homme m’avait produit l’effet d’un vampire savant. Qu’est—ce que cela veut dire ? Aujourd’hui encore, je serais bien embarrassé de l’expliquer net tement. Cherche si tu veux!
L’ÉLIXIR DE VIE 165 « Là-dessus, il est tard. Rentrons. . « — Encore un mot, dis—je. As—tu revu M.Vincent? « — Oui, plusieurs fois je l’ai rencontré, tantôt vieux, brisé, comme ilnous est apparu ce soir; tantôt, au contraire, rajeuni, vivace, rosé, robuste. « — Et tu le crois centenaire ?
« —- Rappelle—toi les dates que je t’ai citées, et conclus. » Un instant après, nous nous séparions, et bientôt seul, chez moi, à la lueur de ma lampe, je reprenais l’étude interrompue. On a souvent ri de la rapidité avec laquelle les enfants passent d’une idée à une autre.
Au moment où toute leur attention est concentrée sur un fait, voici qu’une mouche s’envole et, soudain, le cours de leurs pensées est modifié, et ils oublient ce qui, à la minute précédente, excitait si fort leur intérêt. '= Des enfants aux hommes, la différence est—elle, après tout, si grande?
L’importance des faits qui détournent l’attention des uns et des autres est, en réalité, équivalente et a pour mesure commune l’in tensité diverse de leurs sensations.
La course d’un chat nous laisse indiflérents et ne nous trouble pas: mais une jupe qui passe nous arrache à nos réflexions de l’heure et parfois nous emporte bien loin du che— min que nous suivions. ‘_ Puis—je dire quelles circonstances m’empêchèrent , de donner suite au dessein bien net que j'avais formé de revoir M. Vincent et de l’étudier de plus près? l’en serais fort embarrassé. Des impressions nouvelles, les unes futiles, les autres plus graves, s’étaient
mu ,, 166 superposées à celle-là : à peine si, de temps à autre, le souvenir de l’étrange personnage traversait ma mé moire, mais à la façon d’une vision vague et sans contours précis.
Des semaines, des mois, deux années passèrent et amenérent dans ma situation d’importants change ments: mon père était mort, me laissant une petite fortune amassée son à sou, avec cette ténacité superbe -du paysan qui se prive de tout pour assurer l’avenir de l’enfant. La clientèle était venue, etj’avais renoncé à mes projets de professorat. Enfin je m’étais marié et, dans les délais légaux, mais rigoureux, je fus père d’une adorable petite fille.
On devine si M. Vincent et sa science—crime étaient ]oin de ma pensée. Et encore, et encore les années s’écoulèrent. L’aisance était venue; mes études sur les maladies nerveuses, mes expériences sur les hys— tériques avaient fait quelque bruit. Ma fille grandis: sait de plus en plus adorable et adorée. J’étais heu— reux, et cependant j’avais une histoire, car les Acadé mies accueillaient mes communications, et les Revues îles imprimaient.
Une épidémie de choléra m’avait mis définitivement en lumière et m’avait signalé à la; bienveillance rubanière du gouvernement. Il y avait justement dix ans que j’avais passé quelques heures à deviser sur un trottoir, avec mon .ami et maître Gaston, sur le personnage en question, et j’avais oublié jusqu’à son nom, quand le hasard, qui dispose toute notre vie, me le rappela en des cir— constances encore plus bizarres que la première fois. Un de mes confrères, le docteur F..., directeur L’INITIATION "'."
L’ÊLIXIR ni: vu: 167 d’une maison de santé, m’écrivit un billet pour me— prier de passer chez lui — à loisir — dans le but d’examiner une de ses malades. Me trouvant alors surchargé de besogne, je tarda‘n de quelques jours à me rendre à son invitation. Mais sur une nouvelle lettre plus pressante, je me hâtai: d’aller chez lui.
Le cas dont il désirait m’entretenir était des plus intéressants et rentrait exactement dans la spécialité des études auxquelles je m’étais voué. Il s’agissait du très curieux phénomène du. dédoublement de la personnalité, et, pendant plu— sieurs heures, nous nous livrâmes à des expériences d’un intérêt toujours grandissant. Mais, craignant de fatiguer la malade outre mesure, nous primes rendez. vous pour le lendemain.
Nous descendîmes dans le jardin qui précède le magnifique établissement que toute l’Europe connaît et admire, et lentement mon confrère me recondui— sait, me communiquant le résultat de ses observa tions personnelles sur le sujet que nous venions d’examiner. , Au moment où nous allions franchirla grille d’en trée et échanger la poignée de main d’adieu, un petit garçon déboucha d’une allée de lauriers et de troènes et, courant vers le docteur, se jeta dans ses bras.
Celui—ci le souleva,‘et me dit : -— Monsieur mon fils... huit ans... et une bonne nature. C’était un très joli enfant, anx traits délicats, mais qui me parut un peu pâle. Je le caressai en songeant à ma petite fille, si rose et si fraîche, et je dis :
168 L’INITIATION i —— Pourquoi donc courais-tu si vite? On dirait que tu te sauvais ? Question banale et à laquelle je n’attachais aucune importance. ” — Oh! c’est pour rire! fit le gamin. C’est pour taquiner M. Vincent... — M. Vincent! m’écriai-je; quel M. Vincent? Ce nom avait vibré en ma mémoire comme un coup de clairon. L’enfant répondit avec une certaine irritation : —— Pardi! il n’y a qu’un M. Vincent... c’est papa Gâteau ! _ Papa Gâteau !
On appelait ainsi un M.qVincent, il ‘ y avait dix ans. -— C’est un bien singulier personnage, ajouta mon confrère. — Serait—ce Vincent... Thévenin P — Lui-même. Vous le connaissez F... -— Il n’est donc pas mort ! — Ah 1 vous aussi, fit le docteur en riant, vous le croyiez disparu. Point. Cent dix à cent quinze ans, mon cher.
Qu’on dise après cela que la folie n’est pas un brevet de longévité! ——- Et depuis quand est—il dans votre maison ? - — Depuis quatre mois environ. Et il yest entré en des circonstances bien curieuses que je vous raconte rai demain ; car, pour aujourd’hui, ma journée quo tidienne me réclame. Il est six heures... -—' Six heures ! moi aussi je suis en retard. A ' demain, nous causerons de M. Vincent. —— Avos ordres, cher confrère. 'F.L«‘q’
L’ÉLIXIR DE VIE I 69 Je me jetai dans ma voiture, dont la portière se re ferma sur moi. J’étais dans un singulier état d’agita—. tion, mordu d’une indicible curiosité. En une seconde, j’avais revu tout le passé, le petit appartement dans lequelj’attendais patiemment un client trop retarda taire, puis la pauvre mère accourant et m’appelant à l’aide, puis ce lit funèbre où gisait la jeune fille.
Je me demandais si aujourd’hui, en face du même pro blème de mort, je serais plus habile qu’alors. Et, en vérité, je frissonnais, me disant qu’aujourd’hui comme alors je ne comprenais rien à cette catastrophe. J’es— sayais de sauver mon orgueil, en supposant que certains symptômes avaient échappé à mon diagnostic qui maintenant me frapperaient au premier coup d’œil. Et je sentais que je me mentais à moi—même.
Non, je n’avais rien deviné et, fussé-je appelé demain dans des conditions identiques, je ne devinerais rien ! A cette souffrance d’amour—propre, à ce regret sin cère du travailleur, se juxtaposait alors le souvenir de M. Vincent, de cet être falot, presque fantastique qui vivait, vivait encore, vivait toujours, en dépit de la sénilité abominable qui nous avait si fort troublés, Gaston et moi, alors que nous le suivions par les rues.
Par quel miracle avait—il résisté au poids écrasant d’un siècle, auquel venaient encore s’ajouter dix an nées! Je me rappelais les paroles inexplicables que m’avait rapportées Gaston : « Ma science criminelle centuple l’inégalité terrible qui, dans la lutte pour la vie, fait les vainqueurs et. les vaincus. »
1 70 L’INITIATION Et aussi ce mot échappé à mon ami, comme l’ex pression d’une idée réflexe : « Un vampire savant. » Ces mots accouplés ne présentaient en réalité aucun sens à mon intelligence : mais je les répétais mentale— ment avec une sorte d’horreur, comme les termes d’un problème insoluble, expression d’une algèbre inconnue. Jusqu’à mon retour en mon cabinet, il me fut im possible de me soustraire à cette obsession.
Par bonheur, le travail, puis les occupations de la soirée, puis le sommeil eurent enfin raison de cet état anor mal. Au matin, la hantise s’était évanouie et, de toute cette émotion, je n’avais conservé qu’un prurit de curiosité qui n’avait plus rien de maladif. A l’heure convenue, je me présentai de nouveau chez le docteur F..., qui me parut soucieux.
L’inter— rogeant avec un intérêt dicté par la sincère sympathie qu’il m’inspirçait, j’appris que depuis quelque temps la santé de son fils lui donnait de vagues inquiétudes. 11 coupa court d’ailleurs à ces confidences, repris par la passion du chercheur, et nous nous rendîmes à l’infirmerie auprès du sujet que nous avions déjà «examiné la veille.
Nous restâmes plusieurs heures absorbés dans l’étude des stupéfiantes manifestations de la catalepsie et de l’hypnotisme. Puis nous revînmes dans le cabinet du docteur afin de coordonner nos observations. . —— Maintenant, lui dis—je, permettez-moi de vous rappeler que vous m’avez promis hier de me parler plus longuement de votre pensionnaire, M. Vincent. -— Je ne vous ai pas oublié, et je ferai mieux que
L’ÉLIXIR DE VIE I7! de vous exposer mes souvenirs. J’ai l’habitude. à l’entrée de mes clients, de relater par écrit les cir constances intéressantes de notre première entrevue. Le docteur se leva, ouvrit un carton et en tira quelques feuilles de papier qu’il me remit, en ajou tant 2 — Lisez, pendant que je vaquerai à quelques occu pations nécessaires. Je reviendrai tout à l’heure.
Resté seul, voici ce que je lus: « Aujourd’hui 15 avril 188., à six heures du soir,' on me présenta la carte d’un visiteur qui réclamait un entretien immédiat. Elle portait ce nom : Vincent de Bossaye de Thévenin, de la faculté de médecine de Paris. J’eus un mouvement de surprise.
Comme alié— niste, j’ai dû m’occuper spécialement de l’histoire du magnétisme animal, et je me rappelai avoir été frappé de ce nom, à une époque déjà lointaine. il me sem blait qu’il devait être porté par un contemporain de mon grand—père ou tout au moins de mon père.
Je donnai ordre d’introduire immédiatement la personne qui avait remis cette carte, et un instant après je vis. entrer un vieillard portant dans tout son être la trace non équivoque de la décrépitude, quoique sur le visage parcheminé subsistassent des vestiges singuliers d’une fraîcheur inaccoutumée. La marche témoignait. encore d’une certaine vigueur.
« M. Thévenin s’inclina, je lui rendis son salut en . lui désignant un siège, puis je le priai de me faire connaître le motif de sa visite. « — Je viens, me dit-il d’une voix qui n’avait. point de tremblotement sénile, je viens vous prier de
172 L’INITIATION me prendre comme pensionnaire... Oh ! payant, bien entendu, ajouta-t-il vivement, comme pour répondre d'avance à une objection possible. a: — Pardon, lui dis—je, mais vous êtes bien le docteur Thévenin ?... « — L’ancien élève de Mesmer, l’ami de Puységur. C’est bien moi. -« —— Vous devez être très âgé ?... « — J’ai cent neuf ans... « — Ne prenez point pour une défaite l’objec tion que je dois vous faire.
Ignorez-vous que ma maison est spécialement destinée aux aliénés ! « — Je le sais, me dit-il. Ma demande n’en est que mieux justifiée. Je suis fou. « Bien que je sois accoutumé à bien des excentri cités, celle-ci me parut dépasser quelque peu les bornes. « — Vous me permettrez d’en douter, lui dis—je. Vous me paraissez en possession de toute votre rai son.
« — Vous vous trompez, ajouta—t-il avec le même calme, je suis fou et, j’appuierai sur ce point, un des tous les plus dangereux qui existent. « — Soit. Mais puisque vous êtes médecin, et des plus savants, je le sais, vous avez sans doute analysé votre état et pouvez aisément me donner les raisons de votre affirmation si péremptoire. « Il fixait sur moi ses yeux d’une pénétration étrange.
Je compris comment dans la force de l’âge, cet homme avait dû être un des plus fervents et des plus convaincus adeptes du magnétisme. Il garda le .- .._À.- A.Fd
L’ÉLIXIR DE vu: 173 ,-s-:- - 'silence pendant quelques minutes, se livrant com plaisamment en quelque sorte à mon observation. « Je repris alors: « — En ce moment, sans doute, vous sentez que vous vous trouvez en ce que, acceptant votre hypo— thèse, j’appellerai un moment lucide? « — C’est une erreur.
« —— Cependant je crois avoir quelque expérience, et je ne découvre en vous, en votre physionomie, en votre regard, aucun signe caractéristique de l’aliéna tion mentale. «-— Les folies les plus dangereuses, dit-i1, sont celles que nul œil humain ne peut deviner. « Et il ajouta, d’une voix basse à peine perceptible : « — Il y a cinquante ans que je suis fou et per sonne, parmi les plus savants, n’a soupçonné mon état.
« -—— Mais enfin, cette folie, m’écriai-je, en quoi consiste-t-elle i" Avez—vous des visions ? Evoquez-vous les morts P Croyez-vous être Mahomet ou Jésus Christ? Etes—vous de verre? N’êtes—vous pas vous même '1’... « —— Je suis, reprit-il nettement, l’homme qui peut ne pas mourir et qui, jusqu’à ce jour, ne l’a pas Voulu. « -— Ainsi, selon vous, c’est grâce à votre seule volonté que vous êtes parvenu à vivre cent dix ans? « —- C’est cela. « —— Vous possédez des moyens infaillibles pour prolonger la vie humaine? « — Non pas la vie d’autrui, mais la mienne.
1 74 L’INITIATION 1<— Le grand œuvre! m’écriai-je, la pierre philoso— pnale... « — Point d’alchimie, dans le sens où vous l’en tendez. « — Et ce moyen, êtes—vous disposé à me le faire connaître P « Je constatais maintenant que j’avais affaire à un genre spécial de monomanie raisonnante, et je m’ef— forçais de pousser le sujet plus avant sur son propre terrain. ‘« —— Je ne puis rien vous dire, reprit-il sans s’émou voir, pour deux motifs...
« —— Lesquels ? « —— Le premier, c’est qu’en vous dévoilant mon secret je courrais, grand. risque, en l’état actuel de la société, d’être traité comme un des pires crimi-A nels... «— Mais, vous-même, vous reconnaissez-vous coupable? « — Non, en raison des lois supérieures de la lutte pour la vie. Oui, en face des préjugés régnants... « —— Avez-vous tué ? « — Oui, me répondit-il sans hésiter. « — Vos crimes ont-ils été découverts... ?‘ « — N on.
« — Ont—ils donné lieu à des poursuites contre des innocents P ‘ « —— Non. . « —— Cependant, vos. victimes... devenues ? Les avez—vous fait disparaître P « —- Non. que sont-elles. »
L’ÉLIXIR DE VIE 175 « —— Et nul ne s’est aperçu qu’elles étaient mortes de mort violente ? « -— Personne. « La folie se caractérisait de plus en plus. « — Vous m’avez parlé de deux motifs qui vous imposaient le silence. Quel est le second ?
« — Je me tais, reprit-il d’un accent solennel, parce que, de deux choses l’une: ou, connaissant mon secret, vous seriez impuissant à vous en servir, ou, étant parvenu à en user, vous commettriez les crimes que j’ai commis... « — Sans doute, fis—je en souriant, quelque prépa ration Vénéneuse qui ne laisse aucune trace P «— Ne cherchez pas. Vous ne pourriez trouver. D’ailleurs coupons au court.
Je viens chez vous, aliéniste, et je vous dis : « Je suis fou, fou dangereux. Voulez—vous m’interner? » « —— Une entrée volontaire vous donnerait droit à une sortie volontaire. Je ne puis vous admettre chez moi qu’à la condition d’avoir toute autorité sur vous; Pour cela il vous faudra vous soumettre à l’examen de deux médecins dont le certificat sera ma garantie. Acceptez—vous cette condition ? « —— Oui. Mais, à mon tour, je pose mes condi tions.
« — Je vous écoute. « — Mon but, en entrant chez vous, est de mourir. Tant que je serai libre, je suis sûr de vivre, n’ayant pas le courage de ne point user de mon secret. Ici, je ne pourrai le faire, et alors la nature agira seule. l’exige d’être traité comme vos autres pensionnaires,
176 L’INITIATION à cette seule difl’érence près que personne du dehors ne sera admis auprès de moi. « — Avez—vous des parents, des amis ? « — Je suis seul, tout seul. Nul n’a autorité sur mer. « -— Je puis vous assurer que votre désir sera res-‘ pecté, à moins que l’administration supérieure n’exige votre comparution... « —— Oh! cela m’importe peu. Donc, que personne, en dehors de vous et de vos infirmiers, ne parvienne jusqu’à moi.
D’autre part,v je puis vous affirmer que nul ne s’apercevra de ma folie, que je n’aurai ni accès de fureur, ni fantaisies excentriques. D’ailleurs, si vous observez fidèlement le traité que nous signons ici, dans trois mois... je serai mort. . « —— Vous savez que la surveillance exercée par les gardiens écarte toute possibilité de suicide. « —- Oh ! ils ne pourront rien contre moi.
« —— Vous savez encore qu’avant d’être interné dans le local que vous aurez choisi vous serez fouillé, visité si exactement qu’il vous sera impossible de conserver n’importe quelle substance vous permettant de vous donner la mort. « — On ne me dépouillera pas de mes cent dix ans, fit-il en souriant pour la première fois depuis le début de notre entretien. Je connais la provision’ de vie qui reste en moi... douze semaines environ.
« Toute discussion étant inutile, je n’avais plus qu’à accepter mon étrange client, qui fixa lui-même des prix très élevés, en échange desquels il réclamait un grand confortable... » .. l .. ...—'—1-wu. /.i
L’ÉLIXIR DE VIE 177 Ici se terminait le manuscrit du docteur. En marge était inscrite cette note: « Pavillon 2, n° I7. » J’avais lu ces lignes avec un intérêt profond, et, quand j’eus terminé, j’éprouvai un sentiment de désap— pointement. M. Vincent restait pour moi non moins énigmatique que par le passé. Mon confrère rentra. — Eh bien ! me demanda-t-il. Que pensez-vous de l’ancien mesmérien... P — Je ne sais trop que vous répondre.
Il y a là une folie peu ordinaire. Mais j’y songe, M. Thévenin est entré ici le 15 avril, et nous voici au 10 septembre. Or, il est encore vivant: son diagnostic infaillible l’a donc trompé. , — Absolument. — Comment s’est—il comporté depuis qu’il est votre hôte ? —— Comme interné, je n’en ai jamais rencontré de plus docile ni d’un commerce plus agréable.
Il s’est prêté d’abord de la meilleure grâce à l’examen de deux de mes confrères, qui n’ont pas hésité à confir mer mon diagnostic de monomanie. C’était en fait un exemple assez banal de rectitude raisonnante sur tous les points, sauf un seul. Donc, sa situation étant régularisée, je n’eus plus d’autre but que de lui rendre ses dernières années —- ou ses derniers mois —-aussi agréables que possible.
Je l’ai installé dans un pavillon isolé, avec un jardin assez spacieux. Deux infirmiers sont attachés spécialement à son service. Il s’est composé une bibliothèque scientifique des plus curieuses et parait travailler. Un seul détail
I 78 L’INITIATION prouve le dérangement d’esprit. Pendant quinze jours de suite, il a passé plusieurs heures étendu nu sur la terre. Il m’avait d’ailleurs prévenu, ajoutant qu’il tentait une expérience. Comme c’était en juin, pen— dant une période réellement caniculaire, je ne crus pas devoir m’y opposer. Il y renonça bientôt de lui— même. — Pendant le premier mois, je ne remarquai en lui aucun changement.
Mais, à partir du milieu de mai, les symptômes de décrépitude commencèrent à se manifester et quand, en juin, il fit sa très singulière expérience, je crus véritablement qu’il avait bien prévu la date de sa mort en la fixant à trois mois. Quand l’accès de nudité — passez—moi l’expression— fut passé, nous reprîmes nos relations ordinaires.
J ’a— voue que j’ai rarement rencontré chez un de mes confrères autant d’érudition et de hardiesse dans les aperçus. Si cet homme n’avait pas la double mono— manie du magnétisme et de ce que j’appellerai sa pré tendue volonté vitale, je le proclamerais un des plus grands savants d’aujourd’hui. Vers les premiers jours de juillet, je m’aperçus que ses forces décli naient de plus en plus, sans d’ailleurs que la lucidité de son esprit diminuât.
Seulement j’avais pitié, je l’a— voue, de ce centenaire, seul, abandonné de tous, et qui passait ses dernières journées assis sur un fauteuil, cherchant le soleil revivifiant. Je m’aperçus un jour qu’il adorait les enfants, et j’amenai mon petit gar çon auprès de lui. Jelne saurais vous décrire l’expres sion de joie qui éclaira son visage. Si je ne l’eusse aussi bien connu, j’aurais été presque effrayé de la .L.‘ ù a Ail - in
L’ÉLIXIR DE VIE I 79 lueur qui tout à coup passa dans ses yeux. Quant à mon petit Georges, sa sympathie n’hésita pas. Il cou rut à lui, comme s’il l’eût connu depuis de longues années. Ce fut une amitié subite, comme en con çoivent souvent les enfants. Et depuis lors il n’est pas de jour où Georges ne passe plusieurs heures auprès de lui.
L’effet de cette distraction a été tel sur le centenaire qu’en vérité depuis lors il semble avoir retrouvé une nouvelle jeunesse... Oui, c’est comme un sang restauré qui coule dans ses veines. Sa maigreur a disparu, et je ne m’étonnerais pas qu’il eût un bail pro longé avec la vie.
C’est une Organisation étonnante. — Mais ne me disiez-vous pas, lorsque je suis arrivé, que votre fils vous causait de son côté quelque inquiétude ? — Oh! un peu de faiblesse, la fatigue de l’été... et puis la croissance. Je suis tranquille. Il y a deux mois, il avait trop de fraîcheur. Cela reviendra.
Depuis quelques instants, j’étais saisi du désir de revoir ce singulier personnage que j’avais aperçu seulement dans des circonstances assez bizarres. J’en fis part à mon confrère. Mais il me fit observer que l’engagement pris par lui s’opposait à ce qu’il y satisfît. Ne s’était-il pas formellement interdit d’intro duire auprès de M. Vincent toute personne qui ne ferait pas partie du personnel de l’établissement? Je n’avais qu’à m’incliner.
Je n’insistai pas, et je pris congé de mon confrère, bien résolu d’ailleurs à écarter définitivement de mon esprit les idées incohé rentes, presque folles, qui me hantaient douloureu sement.
180 L’INITIATION Oui, j’avais en moi je ne sais quelle épouvante inexpliquée qui tenait du vertige.
Comme Pascal, je voyais un gouffre ouvert devant moi et, au fond, tout au fond, j’apercevais une face ricanante qui avait les traits de l’élève de Mesmer ! lV J’avais repris mes occupations et encore une fois perdu le souvenir agaçant de ce personnage quand, au matin d’un des premiers jours de novembre, je reçus une dépêche qui me causa une indicible émotion. Elle était signée du docteur F..., et ainsi conçue : « Mon enfant se meurt.
Je fais appel à tous mes amis. Venez. » Je bondis hors de mon fauteuil et, quelques ins tants après, je sautais dans une voiture dontle cocher, alléché par la promesse d’un fort pourboire, fouettait vigoureusement son cheval. Je ne puis dire que cette dépêche me surprenait.
Cachée sous les préoccupations de chaque jour, dont je me faisais un rempart contre les visions du ressou venir, il était une pensée latente dont il me semblait que cette nouvelle fût l’explosion.
4 La silhouette de M. Vincent, gravée dans les lobes de mon cerveau, se liait invinciblement à celle d’un enfant, de cette pauvre fille que j’avais vue là—bas, morte avant d’être mourante, et qui m’avait laissé ' cette impression —— absolument nulle au point de vue de la science vraie — d’un arrachement de la vie, de la force animique. - '
L’ÉLIXIR DE VIE 181 Et voici que, cette fois encore, l’apparition de ce centenaire, entêté à vivre, se confondait avec celle d’un enfant, si vigoureux, paraît-il, six mois aupara vant, et mourant aujourd’hui!
Si long que fût le trajet, je n’en eus pas conscience, tant j’étais absorbé dans mes méditations, et, quand la voiture s’arrêta, quand le cocher, étant descendu, ouvrit la portière en me criant: « Bourgeois, nous y sommes! » je descendis en chancelant comme un homme ivre, ne sachant ni où j’étais, ni où j’allais.
Ce fut instinctivement, et rien qu’instinctivement, que, salué par le concierge, je m’engageai dans la longue allée d’ormes qui conduisait au bâtiment prin— cipal.
Lorsque j’arrivai au perron, un infirmier, qui sem blait faire sentinelle, me reconnut: sans même me demander mon nom, il me précéda dans la maison et, ouvrant une porte, m’introduisit dans un salon où, du premier coup d’œil, je reconnus quatre de mes confrères, sans doute appelés comme moi par dépêche, et qui me serrèrent silencieusementla main.
Après un court temps de silence que je ne cherchai pas à troubler, incapable que j’eusse été de prononcer deux mots sensés, un d’eux prit la parole. Ils avaient examiné l’enfant. Tous avaient constaté que les organes étaient sains et qu’ils ne présentaient aucun caractère de nature à faire redouter un dénoue ment fatal.
Cependant, en dépit de ce diagnostic qui leur était commun, ils ne se dissimulaient pas que la situation était grave : il y avait dans le pauvre petit comme une exhaustion (ce mot me frappa) des facultés
182 L’INITIATION vitales, et cela sans qu’une lésion appréciable expli quât cette dégénérescence. A ce moment, le père nous rejoignit: il était dans un état de désespoir qui faisait peine à voir. Ayant perdu deux ans auparavant une femme qu’il adorait, il avait reporté toutes ses affections sur ce petit être qu’un mal inconnu lui enlevait tout à coup.
Il m’aperçut, vint à moi, voulut me parler: mais, empêché par les sanglots qui emplissaient sa gorge, il me prit par la main et m’entraîna. Un instant après, j’étais auprès du lit; et muet, glacé, je reconnaissais avec horreur ces mêmes appa— rences qui, il y avait dix ans de cela, avaient laissé dans mon esprit un trouble ineflaçable.
L’enfant ne bougeait plus, semblait exsangue. (l’était un épuise ment total, comme si tout son sang eût coulé par une blessure invisible : etl’illusion était si complète que je demandai, en balbutiant, au pauvre père s’il n’y avait pas eu une hémorragie. Il me répondit à voix basse.
L’enfant n’avait subi aucun accident: cet effet de dépression s’était produit lentement; puis tout à coup, en ces derniers jours, l’ac— célération du mal avait pris des allures foudroyantes. Pourtant l’avant—veille encore il courait dans le jardin. —— M. Vincent vit toujours? demandai—je soudai— nement, obéissant à une impulsion dont je ne fus pas le maître.
J’aurais juré qu’une autre personnalité que la mienne avait parlé par ma bouche, tant ces mots avaient jailli à mon insu.
L’ÉLIXIR DE VIE 183 «nais..< Le père ne parut pas surpris de ma question. -— Oui, et il est bien désolé! Il aimait tant mon petit Georges, qui lui rendait bien son affection, d’ail leurs, car il ne voulait pas le quitter. Il a fallu l’em porter pour l’amener ici, et, malgré sa faiblesse, il résistait encore._ C’était comme une attraction à laquelle il ne voulait pas se soustraire... Mais qu’im porte M. Vincent?
Examinez l’enfant, et dîtes-moi— oh! je vous en prie! — dites—moi qu’on le sau vera... Je n’avais pas le courage de proférer ce généreux mensonge : car, si encore mes confrères pouvaient conserver quelque espoir, moi... est—ce que je pouvais douter ? Et pourtant !... une idée encore obscure, ger— mait dans mon cerveau.
Nous restions ainsi tous deux, le père n’osant plus me questionner, dans la crainte d’entendre tomber de mes lèvres l’arrêt de désespérance ; moi n’osant me laisser entraîner dans la voie mystérieuse où je me sentais inviciblement glisser. Tout à coup des lèvres de l’enfant, une faible voix, comme un souffle, s’échappa : — M. Vincent! soupirait—il. — Vous voyez, il veut voir encore son ami, dit le père.
Mais je m’étais déjà élancé vers la fenêtre... et, les rideaux écartés, je vis passer dans une allée cet homme que surveillaient deux infirmiers et qui se dirigeait vers la maison. Je poussai un cri : — Sur votre vie, clamai-je en m’adressant au père,
184 L’INITIATION ne quittez pas votre enfant d’une seconde, et, quoi que je fasse, quoi qu’on vienne vous dire de moi, dites que j’agis par votre ordre. — Mais que voulez-vous dire P — N’oubliez pas... par votre ordre l Et sans m’expliquer davantage, car je voyais l’en— fant qui peu à peu se soulevait, je m’élançai dehors.
Sur le seuil du perron, je vis M. Vincent qui se disposait à monter. — Je vous défends de faire un pas en avant ! lui dis—je violemment, en le saisissant par le bras. — Qui êtes-vous? Que me voulez-vous P dit-il. Et se tournant vers les infirmiers qui s’étaient arrê— tés interdits : — Je veux parler à votre maître... ’ — Et moi, je vous répète que vous ne passerez pas.
J’agis d’après les ordres du docteur lui-même, qui ordonne que vous soyez réintégré à l’instant dans votre pavillon. Je me nommai aux infirmiers, qui ne jugèrent pas à propos de me désobéir; d’ailleurs,j’avais passé soli— dement mon bras sous celui du vieillard etje l’entrai— nais rapidement.
Il n’était pas de force à me résister —- Vous, dis—je à l’un des deux hommes, allez auprès de votre maître et dites-lui que je serai de retour dans une demi-heure ; ajoutez queje tente un suprême effort pour sauver son enfant. Nous étions arrivés au pavillon. Je fis entrer M. Vincent et nous nous trouvâmes seuls, tous deux, dans le petit jardin sur lequel les arbres étendaient la voûte de leurs feuilles automnales.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES I85 Enfin je me trouvais donc en face de cet homme !... Je le regardai. Il était très pâle et, dans sa face blanche et bouffie, ses yeux semblaient deux trous noirs et brillants. Nous restâmes ainsi quelques instants, l’un devant l’autre, comme deux ennemis qui s’examinent avant le combat. J’étais en proie à une colère qui me faisait trembler, mais qui devait communiquer à mon regard un éclat excessif.
Car ses yeux, à lui, semblaient fuir les miens.
Tout à coup, j’étendis le bras vers lui, et, lui tou chant l’épaule : — Monsieur Vincent de Bossaye de Thévenin, lui dis—je,vous êtes un assassin ! \ JULES LERMINA. (A suivre.) ÏîIR©UPE tuÉeauaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES La deuxième causerie hermétique du groupe a eu lieu le mercredi 29 janvier, dans les salons de la Bibliothèque internationale des Œuvres des Femmes, 2I-23, passage Saulnier, Paris; " Plus de soixante-dix invités avaient répondu à l’appel des organisateurs.
L’occultisme était représenté très largement à cette réunion. ÉMILE MICHELET, membre titulaire de la troisième Commission, a fait une fort re marquable conférence sur l’Esotérisme dans l’Art. Il a surtout analysé l’œuvre de Shakespeare au point de vue
186 L’INITIATION de la science Occulte. Après lui, PAPUS a montré en une courte causerie l’action actuelle des Sociétés d’occul— tisme sur le mouvement social en Europe. Il a fait re— marquer la singulière coïncidence entre la grève annoncée en Allemagne et la grève belge, survenant brusquement au moment où l’Allemagne allait s’approvisionner au moyen des tocks belges.
Il a rappelé, de plus, l’ordre maçonnique parti d’Autriche un an avant les décrets, sans vouloir du reste tirer aucune conclusion de tous ces rapprochements. LUCIEN MAUCHEL a récité, pour ter miner, le Sphinx, cette magnifique poésie d’Eliphas Lévi. Le comte de Constantin présidait. Le succès croissant de ces réunions adécidé la Com mission exécutive du roupe à donner des réunions bi mensuelles qui bientot deviendront sans doute hebdo— madaires.
ORGANISATION DU GROUPE Les conférences constituent seulement une des parties composant le programme que s’est imposé le Groupe indépendant d’études ésotériques. Les trois commissions sont à l’heure actuelle com plètement organisées et comprennent respectivement les membres suivants : ' COMMISSION DES FINANCES (1" Commission) Président : Lucien Mauchel Membrestitulaires....................... 5 Membres acnfs..........................
10 COMMISSION DE PROPAGANDE (2° Commission) Président : Julien Lejay Membres titulaires........................ 23 Membres act1fs........................... 41 COMMIS’SION D’ENSEIGNEMENT (3° Commission) Président : Stanislas de Gua1ta Membres titulaires........................ 14 Total des membres titulaires et actifs. . . . . . 93 : ’, »,,/,_,,,fl,,;»,.,.,flä le... pa— '—:,- .A.aÿ. <’*' .,<—«_''W__‘5.“m 4....n
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 187 Le nombre des membres associés rattachés de droit à la 2’ Commission est au 30 janvier de. . . . . . . . . . 274 Le Groupe indépendant d’études ésotériques comprend donc à ce jour 307 membres répartis entre Paris, la province et l’étranger. COURS Le mois prochain seront organisés les cours de Kab bale, de Théosophie et de Franc-Maçonnerie. Chacun de ces cours comprendra un petit nombre de leçons.
Avis de leur formation sera donné aux membres. ÉTUDES PRATIQUES Les membres actifs et titulaires peuvent encore s’ins crire, pour les études pratiques, qui seront également commencées incessamment.
Ces études comprennent: 1° Les expériences de Spiritisme poursuivies par groupes distincts formés chacun de douze membres au maximum; 2° Les expériences de Magnétisme accessibles à tous les membres actifs et associés ; ° 3° Les études de Franc-Maçonnerie faites dans le Groupe initiatique sous la direction de M. Oswald Wirth. ‘ * #-‘V Les membres de province qui sont correspondants de l’Initiaii0n recevront les procès-verbaux résumés des plus importantes de ces expériences.
On voit par tous ces chiffres que le Groupe indépen dant d’Etudes ésotériques est la première société sérieuse— ment organisée en France pour la diffusion de l’0ccui tisme par tous les moyens.
Ajoutons qu’outre le Groupe initiatique, les Sociétés d’Initiations, Martinistes (S.'. l.'.) et les groupes de la Rose Croix (t2) ont fait des conventions avec le Groupe indépendant d’Etudes ésotériques pour faciliter l’admission des membres dans ces sociétés. A..—\.x.«-s—-‘_
188 L’INITIATION Œa , Revue n*lëlxauowcm Le Dr Luys, le savant membre de l’Académie de Mé. decine, vient de prendre la direction d’une nouvelle revue s’occupant d’Hypnotisme dans ses rapports avec la psychologie et les maladies mentales. Cette revue est fort intéressante quoique cantonnée dans le domaine exclusivement scientifique.
Le premier numéro contient une étude du Dr Luys sur la Fascina tion et le moyen de la produire, et aussi un article curieux sur l’aptitude aux jeux de sociétés qui persiste chez les aliénés après la disparition des autres facultés. L'abonnement d’un an est de 10 fr. Le numéro: 1 fr. Chez Carré, 58, rue Saint—André-des-Arts. evuas a ’@Iouauaux Le Journal du Magnétisme (janvier 1890).
Le Magné tisme humain considéré comme agent physique, extrait du mémoire lu au Congrès magnétique, par H. DURVILI.E. * -V. an La Religion laïque (de Nantes). Pourquoi Dieu? C11. FAUVETY . * :414 La Chaîne magnétique. Extraits du journal la Lan terne sur les prédictions exactes de M° l.. AUFFINGER sur la découverte des assassins de l’huissier Gonflé. La Revue Socialiste (janvier 1891). Les Précurseurs du socialisme moderne, B. MAL0N. v: 1541
REVUES ET JOURNAUX I891 Bulletin des sommaires (23 janvier). Causerie sur la Kabbale de MM. ADOLPHE FRANCK, par CH. M. LIMOUSIN. * 2:- 2& Moniteur Spirite et Magnétique (de Bruxelles). Très intéressante étude de B. SYLVAIN, Les Dieux reviennent, que nous voudrions pouvoir reproduire tout entière.
Après avoir passé en revue et montré d’une façon saisis sante toutes les manifestations du sentiment religieux pendant l’année 1889, l’auteur montre que c'est le tra vestissement infligé aux vieux faits haineux, vindicatifs sans pitié pour des croyants peu éclairés qui a éloigné des religions la plupart des hommes de bon sens et forme le vœu qu‘il n'en soit plus ainsi.
Il termine par ces mots: « L’âme, nous la prouvons; l’immortalité, nous la fai sons toucher du doigt; Dieu, nous le ferons aimer. Avec cette trinité, sainement expliquée et comprise, le monde entrera dans une nouvelle voie où la vérité et le bien s’entrebaiseront. . * «sac L’Encyclope‘die contemporaine (29 décembre 1889). Ely btar et l’Astrologie moderne, T.
SIMON. * I-# Le Temps du 5 janvier a publié un long et intéressant article littéraire de M. ANATOLE FRANCE consacré à notre collaborateur Josr’mnm PÉLADAN. * ’l»* ÉTRANGER Revisla de Estudios psicologicos (Barcelone). Revue très bien faite et intéressante.
190 L’INITIATION iN©uvmaas avnnsas Le docteur F. Guermonprez, de la faculté catholique de médecine de Lille, consacre dans le Monde du 6 jan-— vier 1890 unlong article de six colonnes à commenter, (1 côté, le livre: Le Magnétisme devant la loi de notre col laborateur le docteur Foveau de Courmelles. Il en extrait ce qui lui plaît, laissant de côté dans l’ombre ce qui lui déplaît, et il fait ainsi dire à l’auteur le contraire de sa pensée.
Il le montre spirite et franc—maçon, ce qui est faux, car le docteur Foveau est un indépendant n’ap— partenantàaucune école et voulant rester tel. C’est à titre de contradicteur, non d’adhérent, qu’il a parlé au Congrès spirite.
Il sert la cause même des gens pieux, puisqu’il rétablit l’existence de la volonté que nient les hypnotiseurs et le docteur Guermonprez qui éreinte l’Initiation, oubliant qu’elle est une tribune libre où chaque rédacteur a le droit et surtout le devoir d’exprimer son opinion personnelle. 'tt* La réponse du D' Foveau de Courmelles au docteur Guermonprez et à lui adressée directementa paru dans le Monde du 27 janvier.
Le professeur de la faculté catholique de médecine de Lille s'étonne des attaches de notre mllaborateurà l’1nitiation et au Voltaire et pré tend voir la une abdication d’indépendance. Quelle erreur est la sienne l , Le docteur Guermonprez reproche surtout au D“ F0 veau les lignes anticonfraternelles de sa brochure.
Doit on, sous prétexte de camaraderie, laisser propager des erreurs, surtout quand celles-ci tendent à rien moins qu'à supprimer la liberté. les religions, la société? Et d’ailleurs le D’ Foveau reproche aussi bien aux magné tiseurs qu’aux médecins leurs errements, afin d’arriver à
LIVRES REÇUS I 9 I l’entente et à la suppression de ce qui peut être nuisible dans le magnétisme et Hypnotisme. M. Guermonprez analyse trop les reproches adressés aux médecins, laissant volontairement dans l’ombre, ce qui n’est pas équitable, ceux qui concernent les magnétiseurs. F. * .44 Signalons à nos lecteurs comme un excellent médium M. B. Hannecart, 8, rue Mayran.
Paris. * au; Le magnétiseur Robert donne des séances privées de magnétisme et de’somnambulisme avec son sujet, Jeanne, tous les jours, de midi à 4 heures, 80, rue Taitbout. Envaas 1aaçus Fragments occulte: par MARCELLUS LELOIR. - Bordeaux (chez l’au— teur, rue Juda‘ique, 126). Prix l fr. (in mandat). M. Leloir a résumé dans une fort intéressante bro— chure les données générales de la Science Occulte con cernant les talismans et les sorts.
Il rapporte l’histoire du berger Thorel, remarquable en ce sens qu’elle offre l’exemple d’un cas d’envoûtement par les procédés magiques juridiquement constaté en plein xxx° siècle. Il étudie aussi les enseignements de plusieurs auteurs sur le Spiritisme et les explications diverses qu’on peut don ner de ses phénomènes.
En somme, dans ces trente-deux pages sont résumées de belles et bonnes choses très curieuses à connaître pour ceux qui, ne sont pas encore très versés dans l'étude approfondie de l’occultisme. “‘W"‘W"T’W‘ ‘ "‘““"W‘
I 92 L’INITIATION NÉcnoaoenn Les Sciences Occultes viennent de faire une perte douloureuse dans la personne du Dr E. FUEL, mort le 28 janvier, à l’âge de soixantè-dix-sept ans, d’une com plication pulmonaire de la grippe. Le Dr Puel était membre fondateur de la Société de botanique et de la“Société philomatique. Son remar— quable mémoire sur la catalepsie avait été couronné par l'Académie.
Son grand âge et les dures nécessités de l’existence l’avaient malheureusement forcé d’interrompre la publi cation de sa Revue de psychologie expérimentale, où sont consignées, avec la plus scrupuleuse exactitude, des expériences intéressant au plus haut point les adeptes de l’occultisme.
Le D" Puel était du reste en relation suivie avec les savants anglais qui se livrent, depuis quelques années, avec un si louable acharnement à l’étude des phéno mènes psychiques. Le D” Puel est mort pauvre, restant sur la brèche jusqu’au dernier jour. Honneur au savant modeste dont le nom mérite de figurer parmi ceux qui ont tout sacrifié pour assurer la rénovation morale de l'humanité! RAYMOND MAYGRIER. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, l)(P. II. ARRAUL’I‘ ET E“, RUE DE LA PRÉFECTURE. 6 L.œ"
VIENT DE PARAITRE Dr FOVEA.U DE COURMELLES Lauréat de l’Académie de Médecine Licencié en droit, Licencié ès-sciences physiques Licencié ès-sciences naturelles LE MAGNÉTISMEÏ DEVANT LA LOI Prix . CARRÉ, Éditeur L’ÈGHO DE LA SEMAINE POLITIQUE ET LITTÉRAIRE Revue populaire illustrée paraissant le Dimanche Rédacteur en Chef: Victor TISSOT L’Écho de la Semaine publie les chroniques et les articles les plus remarqués des meilleurs écrivains.
Chaque numéro de 12 pages grand format est de plus orné de nombreuses gravures. C’est le plus intéressant et le meilleur marché des journaux hebdoma daires. Abonnement: 6 fr. par an, 3, place de Valois (Dehtu), Paris. — Demander spécimen. ———.O__—
{infime-‘ / LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu’avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) —- 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. —— La Science Occulte, par Dramard. -— 4.
Crookes, Recherches sur la Force psychique. —- A Brûler, par Jules Lermina. \ Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. —- Au seuil du AIystère (2° édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. -— Collection de l’Initiation et du Lotus. — La .Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n'avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau— thier. -— Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. -— Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennlque .
DEUXIÈME DEGRÉ. — Euréka, par Edgard Poë. — Fragments de Thé050phie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. —-— Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. — Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. — Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. —— Le Sep/ter Jésirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la. fin du traité de Papus. L’éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouurages franco, au prix marqué de chacun d’eux.
L’I N ITIATIO N RÉDACTION ADMINISTRATION [4, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE Au NUMÉRO PARIS ' G . c A.R RÉ 50’, rue Saint—André—des—A rts DIRECTEUR: PAPUS DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef: ’ George MONTIÈRE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an' 10 l" CH. BÀ’RLET. — J. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance: les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l'échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d‘avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement.
AVANTAGES DES ABONNÉS. -— Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l’Initiation. Chacune de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro. L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES MAISONS VENDANT‘ L’INITIATION ' AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARPON ET E. FLAMMARION Galerie; ' 12, Boulevard l ’4' ““3 Aube" LELIËGEOIS Rue de Marengo de l'Odéon des Malien: gérant Remise de 15 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs LIBRAIRIE E. DENTU 36"“, avenue de l’Opéra, 36”"s L’A RT l N D É P EN DAN T H . FLOURY.
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POIREL 38, rue de la Tour-d’Auvergne, 38 PA R I S Reproduction au plus bas prix de gravures, frontispices, manuscrits de Science Occulte tirés des collections rares et des grandes bibliothèques. — Procédés spéciaux permettant de conserver toutes les demi-teintes. Toutes les primes de l’Initiution sont exécutées par les procédés de la Maison POIREL, 38, rue de la Tour-d’Auvergne, Paris. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE.