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A initiation, Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie ,Ï' Sciences Occultes 4 6’“ VOLUME. -— 3"‘° ANNÉE SOMMAIRE DU N° _Ïz,ï (Janvier 1890) - __p..— PARTIE INITIATIQUE... Le Sorcier (fin)...... Stanislas de Guaita à (p.1 26). Le Gardien du Seuil (introduction à la Magie protique)(fin) F.-Ch. Barlet. . 26 à . PARTIE PHILOSOPHIQUE (p 44) ET SCIENTIFIQUE . . .
Économie psycholo - gigue . . . . . . . . Jean Régnier. (p. 45 à 60.) Bibliographie des ' Sciences occultes... Marcus de Vèze. (p. 61 à 66.) Bulletin maconnique.. Oswald Wirth. (p67 à 69-) _ Chronique musxcale... H. Welsch. (p. 69 à 71-} man-g LITTÉRAIRE... Hespe’rus .......... .. Gatulle Mendès. (p. _72 7.5.) La P1peetemte (conte) Ch.
Torquet. (p. 76 à 85.) Bibliographie. — Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Nouvelles diverses. — Articles signalés à nos lecteurs. — Livres reçus. — Nécrologie. Rémcrxow : Administration, Abonnements: 14, rue de Strasbourg, 14 56’, rue S t-A ndré—des—A ris, 58 P A RI S P A RI S Le Numéro: UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la' Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Iniliation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la Misère. Enfin l’Initialion étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dansll’lnde.
L’Initiaiion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aricune. Elle compte parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et‘Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux dames et aux demoiselles ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. «--«-.____ L’Initialion parait régulièrement le 15 de chaque mois et C'Lmpte déjà deux années d’existence. — Abonnement: 10 francs paran. .V«r_'_ . ,_.,
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation 10 PARTIE IN ITIATIQUE F. CH. BARLET. M. S. T. --— STANISLAS DE GUAITA. S.'. I.'. 53). — GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. — PAPUS, S.'. I.'. —- JOSEPHIN PÉLADAN, S.'. I.'. » 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH. — Le F.'. BERTRAND. VÉN.'. —QRENE CAILLIE. — G.
DELANNE. — DEI.EZINIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR. — FAERE DES ESSARTS. — FABIUS DE CHAMPVILLE. —— Dlr FOVEAU DE COURMELLES. —— JULES GIRAUD. — E. GARY. —— HENRI LASVIGNES. — J. LEIAY. — DONALD MAC—NAB. —— MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. — EUGÈNE Nus. — G. POLTI. —- Le Magnétiseur RAYMOND. -— Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUXEL. -— HENRI WELSCH. —— OSWALD WIRTH. 30 ' PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — E.
GOUDEAU. — MANOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. —— L. HENNIQUE. — A. MATTHEY. — [.UCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. --—- ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLI‘HE DARZENS. + P. GIRALDON. — PAUL MARROT. — MARNÈS. -— A. MORIN. -— ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . ' 'k
Groupe Indépendant d’itnnlns Enntn’niqnns Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Société pour l‘étude de la Science Occulte Théorique et Pratique dans toutes ses branches et indépendamment de toute école. ————œæœ—— BUT 1° Faire connaître, autant que possible, les principales données de la Science Occulte dans toutes ses branches. 2° Former des Membres instruits pour toutes les Sociétés s’occupant d’occultisme (Rose-Croix, Martinistes, Francs Maçons, Théosophes, etc., etc.) ' 3° Former des Conférenciers dans toutes les branches de l’Occultisme. 4° Étudier les phénomènes du Spiritisme, du Magnétisme et de la Magie théoriquement et pratiquement. Pour faire partie de la Société il suffit d’être abonné d’un ‘ an de 1’171it2'atz'on ou bien de payer un droit d’entrée de Cinq francs et de faire une demande d’admission. ' Tout membre de la Société a droit d’assister aux Confé rences et aux Cours et reçoit en communication les livres qui peuvent lui être utiles. ‘ ‘ Les Statuts détaillés sont communiqués aux personnes qui en font la demande. Pour tous renseignements s’adresser par lettre à M. Lucien MAUCHEL, rédaction de l’Initialion,n4, rue de Strasbourg, Paris, en joignant un timbre pour la réponse.
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Supplément à “ L’INITIATION " (N° .1, Janvier 1890) ..* .L,n ,,.,. G... , , Ëiâ. .wI SEUKIL n LE GARÆ)EËN (Lumière Astrale) 'I'I 1.—.
L\\ ‘ ‘ îÿmamnm\ LflJNITIATEONL A sus LECTEURS ' PARTIE INITIATIQUE ’ au imam (CHAPITRE II DU "' SERPENT DE LA GENÈSE ”) (I) (Fin.) Nous l’avons dit ailleurs : toutes les hérésies des premiers siècles sont empreintes d’un vernis de la plus noire goétie; tous les hérésiarques sont des sorciers. En voici la raison profonde : Protestataires de (r) Le Serpent de la Genèse, 2° série des Essais de Sciences Mau— dites. I fort vol; lit-8, sous presse, avec gravures.
2 L’INITIATION l’Esprz’t contre la Lettre formulée par l’Église enseiw gnante, ils veulent se faire les mages du dogme pri mitif révélé dans son ésotérisme, bien ou mal compris par eux. Mais ils oublient qu’en provoquant un schisme, ils ont agi en anarchistes et que leur œuvre se trouve de ce fait viciée dans son principe et stérilisée dans son germe.
Quand on se propose de guérir un malade, il ne faut point amputer tout d’abord, sous prétexte de le préserver de la contagion, le seul membre que la ma’ Iadie n’ait pas encore atteint; car le corps privé d’un membre se cicatrise et continue de vivre, tandis que le membre séparé du corps se décompose et meurt.
De même, si l’on aspire à réformer l’Église, il faut avant toute chose rester dans I’Eglise: l’Eglise est l’entité vivante et le principe même de l’Unité. C’est ce que ne purent comprendre les protestants de la première heure. Leur ambition fut de se faire les pontifes d’un culte rénové; le mauvais lot leur échut seul, de grossir le nombre des sectes maudites (I).
Tandis que les luttes de l’Arianisme ensanglantaient l’Europe, le Manichéisme, -— réédition chrétienne du dogme antagoniste des Perses, tel que la vision moins nette du second Zoroastre l’avait défiguré,— affirmait l’égalité d’origine et de puissance des deux principes : le Bien et le Mal, le Verbe divin et le Verbe diabolique, Le Christ et l’Antéchrist.
Méconnaitre le caractère relatif et transitoire du Mal, c’était élever au mauvais (1) Sans examiner l'œuvre et_la doctrine de ces sectaires, on peut les dire marqués_a priori d‘au mains un_ des caractères ou l‘on recounan les sorciers: Ils portent tous l'estampflle ant15acerdotale. » l
LE SORCIER 3 Principe divinisé un temple ou un autel de ténèbres, — véritable point de ralliement pour tous les adora teurs du démon. C’était recruter à l’avance, et jusque dans les siècles futurs, tous les faux mystiques et tous les sorciers. . Nous n’en finirions pas, à suivre cette hérésie pro« téiforme dans toutes ses modalités: l’essence de ses mystères seprévélera d’elle—même, quand nous étudie— rons les rites et les cérémonies de Sabbat.
Nous n’hésitons pas à maintenir cette allégation, pour injurieuse et paradoxale qu’elle puisse paraître. Albi geois, Vaudois, Trembleurs des Cévennes et même Sorciers du pays de Labour, sont autant de sectes manichéennesà peine déguisées, et le procès des templiers manichéens (I) jettera pour nous quelque lumière sur la nature infernale et dualistique de cette monstrueuse hérésie.
Nous ne saurions poursuivre la personnalité fuyante du Sorcier sous tous ses déguisements à ‘travers l’histoire du moyen âge et des temps modernes.
Même tracée currente calamo, une pareille mono. graphie ferait double emploi : en signalant au cha pitre Iv quelques—uns des plus fameux procès dont l’invariable issue laisse à toutes les pages denos annales chrétiennes autant de taches de sang, il nous sera loisible de distinguer, à des traits caractéristiques, le vrai Sorcier du faux.
L’appellation de faux sorcier, dont pourrait s’étonner le lecteur, se justifie d’elle-même, quand (1) Chapitre Iv : IaJuxtice des hommes.
4L’INITIATION on songe que tous les grands hommes, pour peu qu’ils ne se résignassent point au bonnet d’âne du Doctor Scholasticus, étaient fatalement accusés de maléfice et d’hérésie! Du même coup, ils risquaient la prison, la torture, le bûcher. . r Toute supériorité récalcitrante se v'oyait timbrée de l’étiquette fatale, non seulement au regard des clercs et de leur envieuse médiocratie, mais encore devant le tribunal de l’opinion publique.
' A tout seigneur, tout honneur: Albert le Grand, Trithème, Agrippa, valent d’être cités en première ligne. —— C’étaient des Mages... comment n’en eût-on pas fait des Sorciers? -— Saint Thomas d’Aquin lui-même, l’Ange de l’École! ne peut échapper au soupçon de Sorcellerie, pas plus que son contem porain le moine Raymond Lulle de Palma, — le Docteur très illuminé. ‘ En humeur d’univeTselle méfiance, les monomanes de la Démonologie n’épargnèrent pas même le trône pontifical.
Il faut croire que les papes Sylvestre Il et* Grégoire VII passaient encore au xvn" siècle pour des suppôts de Beelzébuth; puisque le savant Naudé'plaide leur innocence, dans l’excellent et courageux livre qu’il publia en 1625 : Apologie pour les tous grands hommes qui ont été accuseg de Magie. (Paris, in-8°.) Encore est-il aigrement repris de son scepticisme par le capucin Jacques d’Autun (de son vrai nom sieur de Chevannes), l’auteur d’un inepte in-4° de plus de millepages, qui a pour titre: l’Incrédulite’fçauante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. (Lyon, I 674.)
LE sonores 5 Rien n’est plus boufi‘on que les accusations portées contre tous les génies par les maniaques entêtés de surnaturel, — accusations dont s’indigne l’honnête Naudé.
Nous en citerons d’après lui deux exemples .: Sur Corneille Agrippa. : —— « Delrio rapporte qu’eflant à Louuain, comme le diable eut ef’tranglé l’vn de ses penlionnaires, il luy commanda d’entrer dans fon corps & de le faire marcher 7. ou 8. tours deuant la place publique auparauant que de le quitter, afin qu’il ne fuflmisen peine et foupçonné de.fa mort, quand tout le peuple l’auroit iugée fubite et naturelle.
Aquoy fe r’apporte pareillement ce que Paul loue dit en fes éloges, qu’il mourut fort pauure et abandonné de tout le monde dans la ville de Lyon, et que touché de repentance, il donna congé avn grand chien noir qui l’auoit fuiui tout le temps de la vie, luy citant vn collier plein d’images & figures magi ques, et lui disant tout en cholerei Abi, perdita beflz‘a quæ me totum perdidz‘stz‘; en fuitte de quoy ledit chien I’alla précipiter dedans la Saone et ne fut depuis ny veu ny rencontré (I). » (N AUDÉ, Apologie, édition de Paris, 1669 (2), in-12.) Sur Saint Thomas d’Aquin: Naudé se chagrine d’entendre attribuer à ce père de l’Église le mauvais (1) De même Boum: enLe chien noir d‘Agrippa, qu'il appelait Môfieur, fitoit u'Agrippa fut mort en l’hofpntal de Grenoble, f'alls latter en la riuiere deuant tout le monde et depuis ne fait iamais veu. » (Ré/Malien des apimon: de Vm‘er, p. 241.) Ainsi Jove et Bodin sont bien d'accord sur le prodige du suicide de ce pauvre chien; mais ils ne peuvent s'entendre sur la ville ou mourut Agrippa: L'un tient pour Lyon, l'autre pour Grenoble....
Cela est bien caractenstiqœ. , (z) Ayant entre les mains cette édition de Paris, 1669, iu-tz, c'est sa pagination que j‘indique.
6 L’INITIATION '“ ‘ "‘“‘*‘ grimoire de Efl'entiis Efleutz‘arum, où l’on dit qu’Abel renferma dans une pierre un traité d’astrologie !
Hermès, après le déluge, en tira ce livre, « auquel ei’toit enfeigné l’art de faire des images foubs certaines planetes & constellations: & que pour luy, comme il ei’toit incommodé en les efludes par le grand bruit des chenaux qui pailoient tous les iours deuant fa feneflre pour aller boire, il en fit vne d’vn chenal, fuivant les regles dudit livre, laquelle citant mife en la ruë 2. ou 3. pieds dans terre, les palfreniers furent en apres contrainêts de chercher vn autre chemin n’eftant plus en leur puiilance de faire pafÏer aucun cheual par cet endroit. » (Apol., p. 350.) Ces légendes montrent d’abondant quelle rage sévissait alors, — véritable épidémie morale, —- d e voir. partout des magiciens.
On en racontait bien d’autres sur Agrippa; nous n’en combrerons pas ces pages d’un fatras pareil.
Ecoutons plutôt Naudé: après avoir rappelé nombre de parti cularités à la louange de celui qu’on fiétrissait encore du nom d’archisorcier, notamment « qu’il fut choifi par le Cardinal de Sainte Croix pour l’aiTifter au Con cile... que le pape luy écriuit vne lettre pour l’exhorter à pourfuiure à bien faire, comme il avoit commencé; que le cardinal de Lorraine voulut ef’tre parrain de l’vn de fes fils en France... etc..., & finalement qu’il fut amy iingulier de quatre cardinaux, cinq euefques et de tous les hommes doé’ces de fon temps... que lacques Gohory le met inter clar{flzma fuifæculi lumina; que Lud. Vvigius le nomme uenerandum dominum Agrippam, etc... » (Apologie, p. 294) ;
F*“a>wfitfl.M-WæL—I-aær n.! . . . . .ü-u «'9' LE SORCI ER 7 Naud‘é,'qui ne manque pas de logique, «demanda toit volontiers à Delrio pourquoy le ingement du pape, l’autorité de tant de cardinaux et d’euefques, la faueur de deux empereurs et autant de roys ne font prennes bonnes et légitimes pour démonf’crer fon innocence. » (Apol., p. 296.) Toutes ces citations n’ont autre but que de faire toucher au lecteur par quelles accusations on essayait alors de ternir et par quels arguments on s’efforçait de défendre la mémoire d’un savanttel qu’l—Ienry Corneille Agrippa...
Et ces choses se débattaient à la fin du XVII° siècle ! Un dernier trait bien propre à révéler l’état des esprits vers cette époque: « Nicolas Remigius, juge criminel en Lorraine, voyait de la magie partout; c’était son idée fixe, sa folie. Il voulait prêcher une croisade contre les sorciers dont il voyait l’Europe remplie.
Désespéré de n’être pas cru sur parole, quand il affirmait que presque tout le monde était coupable de Magie, il finit par se dénoncer lui-même et fut brûlé sur ses propres aveux (I). » De tels faits peuvent passer pour typiques; leur éloquence répugne à tout commentaire. S’il en faut croire Ferdinand Denys (2), compilateur intelligent de tous les chroniqueurs anciens, on comptait à Paris, sous le règne de Charles IX, plus de trente mille sorciers.
Pour être impartial (et même en faisant une large / (1) Eliphas Lévi, Rituel de Izf'Îlaute Magie, p. 29°. (2) 'Iableay historique et analytique des sciences occultes. Paris, 1842, I vol. In-32, p. 159.
8 L’INITIATION part à l’exagération des démonographes, motivée par la commune manie de voir partout des légats de l’enfer), il faut bien convenir d’une chose: les sor ciers pullulaient alors et l’on conçoit l’aflolement du populaire; il n’est pas jusqu’à l’aveuglement des magistrats dont on ne se rende compte en le.déplorant.
Car, —' nous ne saurions trop le répéter, — la sorcelle— rie n’est pas un vain mot; les maléfices, les envoûte— ments, les sorts ont eu de tout temps et ont encore une réalité formidable...
Qu’on ait abusé de l’accusa tion de magie noire, ce n’est pas douteux et nous venons d’en produire d’étonnants exemples; mais vraiment est-ce un motif plausible pour affirmer que la sorcellerie n’est jamais qu’un rêve, les enchanteurs tous de misérables jongleurs sans puissance, lesl ma léficiés toujours de pauvres victimes de leur imagina— tion malade ? .
Aläveugle qui soutiendrait une pareille thèse, la science moderne, — oui, la science même des univer sités,— viendrait infliger des démentis quotidiens.
Sans invoquer ici l’indéniable réalité de phénomènes occultes dont les docteurs du spiritisme seraient eux mêmes épouvantés (eux qui prétendent ne s’étonner de rien!), je prie le public incrédule de se reporter simplement aux expériences des docteurs Liébeault, Beaunis, Bernheim, Luys, et autres coryphées de l’en— seignement universitaire.
Je le déclare hautement ici : quiconque, ayant pris connaissance des faits scientifiquement enregistrés par ces maîtres de l’hypnotisme et réfléchi quelque peu sur l’essence de ces phénomènes, nie la possibilité —« * 'm .ÿa...ä....v; . "r .."-Rr—l- .—:-.—-—._
LE SORCIER 9 du sortilège, celui-là manque à mes yeux de bon sens ou de bonne foi... C’est ce que j’espère prouver en temps et lieu. Mais la discussion sur ce point serait ici un hors-d’œuvre. Je rentre dans mon sujet et me trouve en présence du sorcier, tel que l’ont connu nos pères du XII" au XVIII° siècle. Celui—là est le type moyen, vraiment clas— sique; il me tardait d’en venir à lui.
Michelet, dans son étonnante monographie (I), l’a sacrifié à la Sor— cière : « pour un sorcier (dit-il), dix mille sor— cières... » _ Ah! c’est un peu exagéré (2). La statistique des condamnations criminelles dirait autre chose. Là comme partout, Michelet brutalise un peu les faits, pour les faire entrer de force dans sa thèse, toujours préconçue, fort éloquemment plaidée d’ail leurs.
Quoi qu’il en soit, le parti pris, évidentà toutes les pages, nuit beaucoup à la vraisemblance, parfois même à l’intérêt de ses tableaux; -— et s’il a fait, en somme, un livre admirable, c’est que toute peinture, même illusoire, se transfigure au souffle de la poésie sauvage qui est en lui. Sorcière ou sorcier, qu’importe au demeurant ? —-— La question se pose en ces termes : Qu’est-ce que le sorcier, mâle ou femelle? Jugeons l’arbre à ses fruits.
Il serait facile, sans doute, de transcrire les longues et confuses descriptions de Bodin, ou de tout autre démonographe ; mais nous estimons que le meilleur moyen de faire connaître le sorcier est de le mettre en (I) La Sorcière. Paris, Hetzel, 1862, in-12. (2) Que les sorcières fussent en plus grand nombre que les sorciers, c‘est certain. La proportion seule est mexacte.
Io L’INITIATION scène, dans l’exercice de ses tristes fonctions, sur le terrain du sabbat légendaire. En offrant au lecteur un crayon du Sabbat, nous allons permettre à son imagination de faire revivre ces fous, dans le cadre fantastique où s’exerça leur folie...
Car, il importe de le bien noter, tous les incroyables récits dont on va faire en quelque sorte un résumé sont sortis de la bouche même des prévenus poursuivis pour crime de sorcellerie; ils sont pris sur le vif de leurs aveux, sou vent tout spontanés, et non pas toujours extorqués par la question...
Bien plus, ils savaient d’avance, les inculpés, que de tels aveux les vouaient à une mort inéluctable, les condamnaient sans rémission possible au,supplice atroce du bûcher (I). Tous les bois, dit Pythagore, ne conviennent pas pour sculpter un Mercure; tous les emplacements non plus ne sont pas propres à ce qu’on y fasse revivre ces assemblées hebdomadaires (2) de sorciers et de malins esprits, qu’on a nommées Sabbats.
Il est des sites où la mère nature semble sourire à ses enfants, et, par le muet langage des choses, leur parle d’insouciance et de bonheur, Il est aussi des lieux arides et ravagés qui m’inspirent au cœur de l’homme que le désenchantement, la terreur ou la folie...
LE SABBAT Les familiers de la chasse aux pâquerettes rencon (I) Ils obtenaient quelquefois que le bourreau les étranglât avant de les jeter dans les flammes. (a) Bi-hebdomadaires, suivant quelques auteurs. ,. v. 2 :: :« wr:ææa .m
mr\flhî;Ë-‘Ayut.:‘læluä. vîj‘7,.-wl*d e c.. .« . -. -- . I LE SORCIER I I trent souvent sur les collines herbues des bandes circulaires d’un vert plus sombre, où la végétation plus touflue est aussi plus haute de moitié.
Très sou— vent hémicycliques, affectant parfois la forme d’une parfaite circonférence, ces bandes diffèrent de dia mètre et de largeur; elles semblent tracées au compas et s’empourprent à l’automne d’un diadème d’o— ronges et d’autres cryptogames aux vives couleurs. Une vieille tradition nous affirme que les Fées ont dansé là leur ronde, au clair de lune...
Et comme les fées, —- innocentes et folâtres déités de la nature, — ne vont jamais sans la baguette des métamorphoses à la mainet le sourire de la bienveil lance aux lèvres, leur joie exubérante s’épanche autour d’elles en dons merveilleux, et sous leurs pas légers l’herbe croît en abondance et la nuit s’éclaire aux lueurs phosphorescentes de leur vol argenté...
Elles sont la Vie même, incarnée dans la splendeur des formes féminines; elles sontl’Amour qui féconde tout d’un rayon de ses doux yeux!
Mais n’as-tu pas vu, près des ruines décriées que hantent les mauvais esprits, à l’entour des cime— tières délaissés ou sur l’escarpement de falaises crou lantes, d’âpres traînées où l’herbe ne pousse jamais, comme si quelque souffle impur avait, en passant là, stérilisé la glèbe? — Avance : une haleine glacée a couru dans tes cheveux...
Prends au long de ces broussailles de sinistre apparence; un instinct infail— lible te guide avec des frissons... Laisse à ta gauche la Mare aux Sorciers, cette flaque d’eau croupissant dans un creux et que dissimule une ramée de saulaie
1 2 L’INITIATION au feuillage blêmi. Les traditions naïves du peuple t'en défendent l’approche: ces marécages ombragés de pâles arbustes très bas, ce sont autant de soupiraux d’enfer! — 0 fées, bonnes fées, vous n’habitez pas là l... ou donc êtes-vous ? Ne l’as-tu pas senti? un fantôme t’a pris la main : c’est lui qui te guide et tu obéis en silence à son étreinte...
Vous remontez la pente abrupte où des buissons roux semblent des spectres accroupis dans les vapeurs du crépuscule. Un pli de terrain est à franchir encore ; te voilà sur la crête : le sentier aboutit à cette lande solitaire; l’herbe très rare est jaune par endroits. Quel édifice sauvage se dresse devant toi ?
Approche encore, c’est un dolmen : tu vois la pierre gigantesque où le couteau sacré des druides accomplissait le sacrifice prescrit, en l’honneur de Thor et de Teutad_ La nuit est tombée tout à fait. ' Mais voici qu’un clair sinistre et sanglant frappe l’antique autel du Moloch de la Celtide. On dirait du sang, et c’en est— peut—être... . . .
Allons! la Lune s’est levée sanglante à l’horizon des bois, au loin; la scène s’éclaire d’un jour étrange; l’air pèse, fétide et croupissant. Mais, comme un souffle errant de brasier refroidi, Dans le val qui revêt une étrange figure, Un vent tiède, muet et de mauvais augure Bouffe sur l'herbe rare et le buisson roidi (1)...
Maintenant que la Lune énorme et toute rouge éclaire bien la lande, et précise les objets d’abord (1) Maurice Rollinat, les Névroses (l'allée des peupliers). L“.;. -: &' _.g gin“ 7 j
T r - T ; '1-"=‘* . _ - ‘ LE SORCIER .t 3 indistincts..., est-ce un sentier,. dis-moi, cette bande circulaire qui contourne le dolmen P... Ce n’est pas un sentier. L’herbe y est tondue et comme ravagée par une vapeur corrosive, à fleur de 501. C’est tout le contraire du rond des fées. La fécondité, la vie ont disparu.
Quelques.minutes encore, et la Mort va vomir tous les spectres de son empire(r): ce sont d’indécises larves qui oscillent et se condensent avec peine: crapauds-volants, crocodiles dont l’êil flambe et brusquement alterne; dragons aux gueules d’hippo potames, aux ailes de chauves—souris ; énormes chats aux pattes molles et incertaines, comme des tentacules de pieuvre...
Voici descendre des femmes toutes nues, hurlantes et farouches, et débhevelées, caraco— lant sur un balai qui rue et se cabre tour à tour...
Nous sommes au Sabbat ! . s o . v o - o 0 o o 0 n n - n _ c Une Sorcière 1ncante, accroupie au pied du dolmen : une poignée de verges a pris feu dans sa main droite; elle trempe deux doigts dé sa main gauche dans une cruche de grès, entre ses genoux.— Aye Saraye ! crie— (1) Nos renseignements sont puisés dans un grand nombre d‘auteurs.
Citer nos autorités à chaque détail serait chose fastidieuse, insoutenable; à chaque ligne il faudrait des renvois. Se reporter de préférence à Boguet, Discours exécrable des Sorciers, Lyon, 1610, 111-8; — Nicolas Remigxus, Demonolatria, Lugduni, 1595, . in-4; .— Bodin. Qe’mon0ma_nie, Paris, 1580, in-4: — Le Loyer, Histoire des Spectres, Paris, 1605, “1-4.: — De Lancre.
1nconstancedes démons, Paris, t612, in—4; _— Jac uçs d'Autun, La Incrédulité Sçavante, Lyon, 1574, ifl-4; —Delno (tra u1t.par du Cheshe), Controverses Magiques, Paris, tél I, in-4; — Binst‘eld_ius, De Confessionibus malefic., August., Trev., 15 I, in—4;—Tarllepxgæd, A arit10n des Esprits, Paris, 1616, inqz; —— 0m Calmet, Esprits et am ires, Paris 1751, 2 vol. in-rz; _ Garinet, Hist. de la Magie, Paris, I 18, in-_8; -— Michelet, la Sor _cfê,-e, Paris, 1862,1n—12;— enfin Paul Adam, Etre, Paris, 1888, in-m
1i 1 .r 14 L’INITIATION t—elle,'Aye SdrayeI... (I). Une lueur pornt au fond de la cruche, et voici qu’un petit animal s’en échappe, léger, preste et de la grosseur d’un écureuil; c’est Maître Léonard. La sorcière s’est levée en signe de respect. Léonard, en une seconde, a grandi de deux mètres; c’est à cette heure un bouc géant aux' cornes torses.
La vague fluorescence que tout son corps semble exhaler comme une pâle atmosphère, se perd en spirales et pue étrangement. Mille feux follets voltigent çà et là, par la lande. L’un d’eux paraît s’élancer, crépite et soudain se fixe entre les cornes du diable. Car c’est le Diable, que ce maître Léonard 1... Des quatre coins de l’horizon l’on voit accourir, des quatre points cardinaux de l’air on voit fondre pèle mêle sorciers, sorcières et démons.
Le ciel se raye au vol,des esprits et, sous l’œil enflammé d’Hécate, l’ait glauque s’enténèbre vaguement; vaguement la terre s’estompe de mouvantes ombres qui s’entrecroisent. —— Har! Har! Sabbathl... hurlent les arrivants, pressés en groupe autour du Maître, qui tour à tour. avec un gracieux empressement, offre à chacun son derrière à baiser.
Mais au lieu des fesses décharnées d’un bouc, c’est un jeune visage d’une merveilleuse beauté, — et tout affilié reçoit sur la bouche la caresse de deux lèvres fraîches et vivantes. . Des feux de bruyère et de cyprès s’allument par (i) Par corruption de l‘hébreu: Æïeh ashcr Æïeh, rnrm “me mmz. (1'Etre est l'Etre). .
LE SORCIER I 5 w -;gç; --...-_.;:r-‘î-. 11—: _I. ..,. toute la lande: ils ardent et flamboient, multicolores. De lentes mélodies, qui semblent d’un invisible har— monica, égrènent leurs notes perlées, d’un timbre liquide et d’une ineffable pureté... Et c’est avec les hurlements des familiers un étrange contraste.
Or, Maître Léonard, après l’hommage de ses féaux, reprend un air ennuyé; dédaigneusement, il gagne la haute chaire dorée à quoi l’autel druidique sert de piédestal: il domine de là toute l’assemblée. Par devant, se tient le Maître des Cérémonies, son bâton de commandement à la main. C’est alors que se fait l’appel des noms et la vérification des marques, ou stigmates...
Mais voici qu’un mouton noir, aux yeux incandes— cents, accourt comme l’ouragan des parties du Septentrion. Il bêle, pour rassurer celle qu’il porte: superbe fille (I) toute nue, à cheval sur sa douce toison. Elle se tourmente fort et pleure... c’est la victime attendue; c’est la Reine du Sabbat. On s’empresse autour d’elle avec toutes les marques d’une impatience respectueuse.
Descendue de sa monture et tandis qu’on l’acclame, elle voile sa honte dans le désordre de ses longs cheveux. Le Maître des Cérémonies lève sa baguette d’or avec solennité; le diable se dresse et salue la jeune fille; il descend enfin de sa chaire: la Messe noire va com— mencer. (I) ( Toutes celles que nous auons vues qualifiées du filtre de Roynes, eftoient douées de quelque beauté plus flnguhère que les autres. I DE LANCRE, Incanstance, page 223.
1 6. L’INITIATION D’humbles chèvre-pieds ont creusé vers la gauche un trou dans le sol: Léonard s’y rend en grande pompe, afin d’uriner le premier. Les principaux de l’assemblée l’imiter_1t. C’est l’eau [astrale pour les aspersions — et qui sert à baptiser la nouvelle venue, Puis les sorcières, y trempant deux doigts de la main gauche, dévotieusement se signent à rebours.
Voici s’ébranler de nouveau la procession; l’on ramène à l’autel de Teutad la vierge que le bouc doit initier; elle y reçoit successivement tous les sacre— ments de l’enfer, Cela fait, on l’enduit d’un onguent à base de cantharide et de stramoine: l’ivresse chatouilleuse envahit par degrés son corps ignorant des spasmes, et la voilà maintenant qui se tord, affolée dans sa pudeur par l’automatisme du désir.
A l’Introi‘t, Satan prescrit qu’on éloigne les enfants, trop jeunes pour prendre part au grand mystère — au grand sacrilège de l’uhiverselle communion d’A— mour. Ils descendent vers les mares au diable, une blanche gaulette à la main, pour y faire paître la troupe des innombrables crapauds, tous baptisés et vêtus de velours vert ou de soie écarlate, avec une sonnette au col.
Entre eux et la Grande Assemblée, les lutins de l’aé’r tissent une nuée épaisse, et Maître Léonard procède au sacre de la Reine du Sabbat. Renversée sur l’autel, épeurée et toute pantelante, elle reçoit l’âpre baiser du dieu. C’est un déchirement affreux, la brûlure d’un pal de fer rouge, puis aussitôt l’angoisse d’une inondation abondante, glacée...
LE SORCIER .17 Abrégeons. —— Tous les démonologues s’éternisent en trop consciencieux détails (I) que nous n’avons garde de reproduire. Une ronde effrénée, serpentant autour du couple avec des hurlements de joie farouches, mêle, confond les sexes et les rangs, dos à dos. La chaîne n’est rom— pue que pour les ébats adultères, incestueux et sodo mitiques, épars dans la lande, au clair de lune...
L’inceste est surtout en honneur, car le Sabbat devient par lui l’éternelle pépinière de Satan : —- « Il n’y eut oncques parfait sorcier et enchanteur, qui ne fuit en gendré du père et de la fille, ou de la mère et du fils. (Boom, Démonomanie des sorciers, livre IV, ch. v.) Cependant, sur le corps même de la nouvelle prê— tresse —— autel palpitant— le bouc puant (2) officie : il offre du blé à l’Esprit de la Terre qui fait pousser les moissons; il donne l’essor à de petits oiseaux qui portent, à travers le ciel nocturne, les vœux des assis tants au démon de la Liberté.
Puis un gâteau symbolique est pétri, cuit et consa cré sur les reins ensanglantés de la prêtresse : c’est la Confarrealz‘o, l’hostie de l’amour impur, l’ofirande du mal universel, la communion infernale qu’on distribue à toute l’assemblée...
L’heure a sonné du festin fraternel, et les pasteurs impubêres ramènent de la pâture le bataillon des cra (I) Nous n'en citerons qu‘un seul, en latin : -- « aliquid turpissi mum lquod tamen scribam), astruunt, videlicet dæmonem1ncubum uti membro enitali bifurcato. ut simul utroque vase abutaiur.
Cette cita tion, de ylvesterPriarias en dit assez: à la lecture de«cette turpitude sans nom, prise au hasar entre mille, on s’imaginera facilement ce que peuvent être les autres. (2) Je n’invente rien: de Lancre, Inconstance, préface.
1 8 L’INITIATION pauds confiés à leurs soins vigilants. Les vieilles furies, pour qui l’amour n’est plus qu’une réminiscence deux fois stérile, ont apprêté des charognes diverses et fait cuire avec les herbes enchantées des enfants morts avant le baptême. L’hydromel circule dans les coupes : on se régale, .on s’enivre à la ronde.
Des monstres hermaphrodites, .des diablotins sous des déguisements variés garnissent de pâtisseries d’enfer les tables oùle Paysan fraternise avec le Seigneur et le Prélat, où les plus fières dames «coudoient rustaudes et rustauds. Qu’auraient—elles affaire, les châtelaines, de mépriser les vilains P... Nobles et roturiers, pêle— mêle, la grande Luxure aveugle n’a-t-elle pas déjà mêlé leurs sangs et leurs :5a1ives ?
Un gros nuage de plomb a dévoré la lune: les 'brasiers rougeoient, éclairant seuls la lande. Alors une voix épouvantable et sans ton distinct, une voix enrouée et morfondue se fait entendre par .deux fois : Vengeq—vous, ou vous mourreg !... Sitôt, levant la queue touffue dont il voilait sa présomp tueuse impudeur (I), Léonard laisse tomber sous lui .des grains noirâtres, en chapelet, — puis quelques poudres fort puantes.
De grandes pièces de toile ont été déployées selon le rite, pour recevoir ces crottins diversement précieux; ce sont des poisons, des élixirs et des philtres : il en est pour l’Amour, pour la folie, pour la mort; il en est aussi pour les guérisons mys térieuses... D’aucunes sont destinées à rendre les (1) Immane scrotum, torvamque mentulam. -- ...-l. ,'.'l—J’ -
LE SORCIER I 9 champs stériles, d’autres à infecter l’air pour la pro duction des épidémies. Il en est fait une distribution générale. Enfin, les crins épars, tout enhardie et enfiévrée, se relève la Reine du Sabbat, et d’une voix éclatante, en menaçant le ciel du poing: — Foudre de Dieu, hurle la victime triomphale, Foudre de Dieu, frappe donc si tu l’oses l...
Puis elle se jette sur l’un des crapauds, qu’elle déchire avec rage entre ses dents: Ah 1 Philippe, sije te tenais l... L’horizon pâlit, cependant, aux premières lueurs de l’aube. Soudain, le bouc s’est métamorphosé en un coq monstrueux, à la crête de flamme fulgurante, et l’on entend un formidable Cocorico.
L’assemblée se disperse en hâte et tout a disparu... il . . . . . - . n s . . . . . . . ‘ Il ne faudrait pas croire qu’on a pu condenser en cette courte description toutes les insanités, toutes les impertinences, toutes les turpitudes surtout dont foisonnent les écrits des Bodin, des Lancre, des Delrio, des Boguet, des Spranger, des Michaelis et autres démonologues.
' Sans parler de l’interminable chapitre des ébats lubriques, — restreint par nous à l’espace de quelques lignes encore gazées, — nous n’avons rien dit de la danse des crapauds, ni des plaintes que proféraient ces intéressantes petites bêtes contre la sorcière trop peu soigneuse de leur chère santé, ni de la confession au diable des péchés qu’on a omis de commettre, ni des récoltes périodiques de chair humaine sous les
20 L’INITIATION gibets, ni d’interminables autres détails, non moins palpitants d’ailleurs. Notre grande ambition fut de reconstituer la Tragi comédie dans son 'ensemble: il va sans dire qu’en nous efforçant au groupement logique des principales scènes, nous n’avons pu concilier les opinions de tous les auteurs; loin de s’entendre en effet sur l’or— donnance de la cérémonie, chacun d’eux intervertit avec art les phases diverses qui la composent.
Le fond reste le même chez tous ; mais pour certains détails de forme, il serait difficile de les mettre d’accord. Nous rechercherons par le menu , au cours du livre Il, ce qu’il peut y avoir de réel dans ce tissu de fantasmagories légendaires, — où chacun verra à son gré, selon le point de vue, soit le plus redou— table des drames, soit la plus burlesque des panto— rhirhesl..._,..._......
Pour compléter le tableau, rapportons en quelques lignes ce que les traditions populaires disent de l’évo— cation, du pacte et du transport au Sabbat: Eliphas Lévi, dans son Rituel de la Haute Magie (p. 208-238), énumère en conscience les cérémonies bizarres, odieuses et ridicules.qui sont requises en Goétie pour l’évocation du démon. Nous y renvoyons les chercheurs curieux des spécifications de ce genre.
Mais les règles absolues sont faites pour être violées, les prescriptions impératives sont promulguées pour qu’on les élude, —- et de fait, jamais ou presquejamais sorcier ne déploya cet appareil pour contraindre Sa tanas à paraître. Les annales de la sorcellerie sont pleines de récits
.LE SORCIÊR 2!‘ ._.I.Î wÿw‘»— ‘, d’évocation, ayant parfaitement réussi sans tout ce luxe de mise en scène. On voit même le diable se montrer sans qu’on ait eu l’intention de le faire venir et s’écrier d’une voix de tonnerre: Pourquoi m’ai/et— nous appelé P (1). Le plus souvent, le héros de l’aven ture est un escholier bien pauvret, qui — par curio sité — a parcouru des yeux quelques lignes d’un gri— moire que le hasard avait placé là.. .
Quels artisans de malheur que le hasard et la curiosité ! Le diable, qui est un finaud et par surcroît un mauvais cou cheur, fait les gros yeux et la grosse voix : il ne veut pas qu’on l’ait dérangé pour rien; il menace, il tem— pête. Bref, il exige qu’on se lie à lui par un contrat librement consenti. Le pauvre imprudent] tremble de tous ses membres et ne Sait comment sortir d’un si mauvais pas.
Mais Satanas, tout à coup radouci, se fait paternel, et lui détaille les plus séduisantes pro positions. Il n’est chose si rare et si enviée qu’il ne lui promette, à condition toutefois... Oh! presque rien ! il ne veut que deux lignes d’engagement, signées de cette main qui tremble encore. Un pacte ; nous y voilà !
L’écolier sera dans quatre ans, ou dans dix ans, ou dans vingt ans, acquis au démon corps et âme, — moyennant quoi celui—ci, ce délai durant, s’engage à le servir de toutes ses res sources et à le défendre de tout son art. L’escarcelle du pauvret sera pleine inépuisablement de doublons et de piastres ; il séduira les plus prudes femmes d’un (I).Entre nous, je crois que si le diable apparaît quand on ne l‘appelle pas, Il refuse assez généralement de venir quand on l‘appelle. Dans les deux cas, pour obtenir qu‘il se dérange, il faut être un pré— destme.
22' L’INITIATION seul regard; il se transportera partout où bon lui sem ble avec la rapidité de la pensée, et ses souhaits, quels qu’ils puissent être, seront exaucés, sitôt formulés dans son cœur. L’offre est séduisante ; le malheureux n’y sait point résister.
Il signe de son sang la cédule en double : le diable emporte l’une ; quant à l’autre, 6 merveille! placée sur la piqûre d’épingle qu’il s’est faite au bras, elle entre dans les chairs, sans élargir l’égratignure, qui se trouve au contraire cicatrisée du coup.
Ceux qui veulent savoir l’épilogue de ces sortes d’aventure (toujours selon la légende) liront pour leur gouverne le rare et curieux ouvrage de Palma Cayet, intitulé: Histoire prodigieuse et lamentable de Jean Fauste, avec son testament et sa vie épouvan table. (Cologne, I712, pet. in-12, fig.) Voilà le type de presque toutes les légendes d’évo catz‘ons: le fond ne varie pas, la forme ne varie guère.
C’est ici ce qu’on peut appeler une évocation de hasard ; en revanche, le pacte est volontaire et parfai tement exprimé. Car il faut dire que les théologiens distinguent vo— lontiers entre le pacte exprimé ou formel et le pacte de fait (ipso facto ) ou tacite. En mangeant la pomme, suivant eux, notre mère Eve a conclu avec le démon un pacte tacite.
Mais assez de ces ergotages de basse scolastique : il nous reste à dire deux mots du transport des sor— ciers au Sabbat... Le mode en diffère d’après les au—* teurs et selon les pays : la personne élastique du Diable se prête à tous les usages; ses mœurs changent, suivant les êtres qu’il complote de séduire.
‘v—rv‘r .. v LE soacuea ' 23 Tantôt la sorcière se sent enlevée, minuit sonnant, par une Force inconnue, et transportée dans les airs, avec la rapidité du vent, jusqu’au lieu du Sabbat.
Tantôt Satan lui apparaît distinctement, sous forme d’un bouc ou d’un mouton ; il la prend alors sur son dos ou sur ses cornes et l’enlève, comme ci—dessus, par l’orifice de la cheminée. — Ailleurs, il commu nique aux balais la vertu qu’on sait : entre les mains de leur propriétaire, ces modestes ustensiles devien— nent, quand c’est l’heure, des montures infatigables, vites et fidèles.
Mais une heure ou deux avant l’enlèvement (de quelque façon d’ailleurs que cet enlèvement s’opère), celui ou celle qui veut aller au Sabbat doit se graisser le corps, spécialement les cuisses, le ventre et les aines, d’un onguent particulier, —— la composition en varie peu, — dont Satanas ou ses compères ont bien soin de tenir constamment pourvus les fidèles de la syna gogue (I).
Que le lecteur n’oublie pas cette particularité : c’est le point capital à prendre en note... Au second livre, nous reviendrons comme il sied sur cette question des pommades magiques ; nous promettons même de faire à leur sujet des révélations aussi curieuses qu’im prévues. .
Quelquefois, les candidats aux infernales agapes hâtaient la vertu merveilleuse de l’onguent, soit par des fumigations , dont nous aurons à reparler aussi , soit par les propriétés secrètes d’un élec— (I) Nom donné au Sabbat dans certains procès de sorcellerie. I
24 L’INITIATION maire qu’ils absorbaient sous la forme d’une assez grosse pilule. — Tous ces détails très intéressants valent d’être examinés à part le plus sérieusement du monde; ici nous ne faisons qu’indiquer.
Attendu que le chapitre VI de notre premier livre édifiera le lecteur sur le problème du sorcier dans ses plus modernes incarnations, n’y touchons point, et terminons par une étrange aventure que nous tenons de la bouche même du paysan lorrain à qui elle est arrivée. Nous l’allons consigner, autant que faire se pourra, dans les termes mêmes où elle nous fut contée.
Celui qui parle est un homme d’environ trente-cinq ans. , — « Ça s’est passé dans mon enfance, Monsieur: je pouvais avoir cinq ou six ,ans. C’était à Cuting (vil— lage de la Lorraine allemande), en automne de l’an née 1859. Un soir que le ciel était comme de l’encre, nous causions en famille près du foyer de notre cui— sine, quand une musique (I) d’un caractère tout drôle se fit entendre au dehors.
C’était comme le chant de quinze ou vingt personnes qui toutes auraient pris une voix fine et grêle (2) pour la circonstance. L’air modulé sur deux ou trois notes seulement ne manquait pas de charme, sa monotonie même était impressionnante (3). _ ' « Je m’élançai dehors et ne vis rien. Les voix sem— blaient venir d’une très grande hauteur; elles deve ‘ (I) Mélodie. (2) Une voix de tête. (3) Ici, je traduis les longues circonlocutions du paysan. A
LE SORCIER 25 .> naient sensiblement plus nettes, comme si le chœur seîrapprochait de nous.
« J’eus grand’peur, et les paroles de ma mère ne -furént pas pour me rassurer : —- Prenez ouate, mofeu; (Prenez garde, mon fils), c’est la Haute-chasse! (On appelle ainsi chez nous le voyage aérien des sorciers et des sorcières, en route pour le sabbat.) « Me roidissant contre la frayeur, je me pris à chine-r (1) ces monstres et à leur crier des injures : le chant s’éteignit soudain.
Comme je me disposais à rentrer chez nous, un os de cadavre humain, tom bant sur ma casquette, faillit m’assommer. Je m’étais accroupi pour le ramasser, mais je ne pus me résoudre àle prendre en main, tellement sa puanteur me parut affreuse. « Je trouvai ma mère aussi terrifiée que moi: des charognes sans nom étaient tombées dans l’âtre et jusqu’à ses pieds, par le trou de la cheminée...
« On ne m’y reprendra plus, à chiner la Haute— chasse ! » * ï-’F A cette anecdote, nous nous garderons bien de joindre un seul mot de commentaires. Nous la don nons pour ce qu’elle vaut; nous pensons seulement que le narrateur est un homme sincère et convaincu. Comme nous l’avons dit, le sorcier est sincère, lui aussi: la plupart du temps inébranlable dans sa croyance au démon, — son maître, — c’est au nom de (r) Singer, imiter en dérision.
26 L’INlTIATION l’Enfer qu’il vaticine, promet, menace, maudit... 'Et, bien que basée sur sa foi en un mensonge, sa puis sance n’est pas vaine (r). La Foi renverse les montagnes, a dit le Christ... —— Triste foi, penserez-vous, que celle de ces gens là! —— D’accord; mais triste ou non, aveugle ou éclairée (a), passive ou active, c’est toujours LA FOI.
Qu’il s’agisse d’un mage ou d’un sorcier, ne cher chez pas ailleurs le secret de la Force occulte. -— Il est là. STANISLAS DE GUAITA. fin {innnnnn nn finnnn (INTRODUCT!ON,A LA MAGIE PRATIQUE) (Fin) Ëa définition d’E. Lévi, donnée au début de cette étude (la magie est l’exercice d’un pouvoir naturel supérieur aux forces ordinaires de la nature), est em< pruntée au point de vue purement phénoménal.
Les conséquences que nous en avons déduites se résument dans cette autre formule plus élevée et plus féconde, en ce qu’elle précise la nature du pouvoir supérieur mis en exercice : .
1s La magie est l’évocation de la Vie. » (I) Nous n'avons garde de prétendre que la puissance des sorciers s‘étend à tout ce que nous venons deleur attribuer, légende en ‘main. — On le verra par la suite de cet ouvrage: ilse ourrait que nous fassions moins crédules, au fond, que bien des incrédu es de profession. (2) Je pourrais dire: illuminée.
LE GARDIEN DU SEUIL 27 ,l C’est la définition de Wronski; elle renferme la réponse à notre triple question : Que faut—il aimer P — La Vie, la Vie totale, la Vie dans son Essence. Que faut-il vouloir ? — Evoquer la Vie, la Vie totale, la Vie dans sa réalisation substantielle. Que faut-il connaître ? — La Vie, la Vie totale, la Vie dans sa triple manifestation.
C’est ce qu’il s’agit de développer : La Vie s’offre à notre amour sous la forme trinitaire de la Vérité inflexible, de la Bonté miséricordieuse et de la Beauté, splendeur de leur harmonie ; tout ce qui n’est pas beau, bien et vrai est condamné tôt ou tard à la Mort par la fatalité de la loi naturelle. La synthèse de cette trinité est dans l’Amour pris en son sens le plus large et le plus élevé.
Même fragmentaire,l’Amour concède cette puissance extraordinaire qui nous ravit par la beauté chez un Raphaël, un Michel—Ange, un Mozart, un Beethoven, par la bonté chez un Fénelon, un Saint Vincent de Paul, un curé d’Ars.
Si la vérité et la justice, qui s’y rattache, n’ont pas le même éclat, c’est qu’elles participent davantage de la nature passive du destin, mais il est indispensable qu’elles se joignent aux deux autres vertus, dans l’harmonie qui est le secret de la sagesse, pour compléter l’Amour requis par la Haute Magie. , ' .
La première place de cet Amour, défensif avant d’être actif, est la Pureté, car l’impur est essentiellement tout ce qui contrarie les tendances supérieures de notre
-—|.---| *-'.‘ . ;. " . 28 L’INITIATION nature.
Le néophyte doit donc s’attacher en premier lieu, par amour du Beau, du Bien et du Vrai, à la pureté dans ses trois formes : Corporelle, afin de se délivrer de toute chose dont le magnétisme grossier pourrait s’opposer à l’influx en son organisme de la lumière astrale vivante, ou même absorber ses fluides les plus sains; Intellectuelle, afin de repousser tout ce qui, par le jeu des forces psychologiques, est de nature à étouffer la volonté naissante sous l’envahissement des instincts égoïstes, en éveillant, en développant les passions basses : _ Morale, afin de s’affranchir de la passion instinctive elle-même, à laquelle il faut maintenant substituer la sagesse active.
Ce premier degré conduira le néophyte à l’amour militant, qui, ne se contentant plus de la contemplation de l’idéal, entend le répandre dans le monde et lutter pour l’y défendre. Les premiers combats sont inté rieurs ; il s’y agit de sacrifier en soi-même tout ce qui peut nuire à l’amour : l’orgueil, l’ambition, l’égoïsme qui les résume et les engendre avec quantité d’autres . passions inférieures. .
La victoire une fois remportée sur soi-même, il devient aisé de s’oublier pour les autres, de les aimer assez pour n’agit plus '_qu’en vue de leur bien, indivi duel et général. C’est par ces cpnsidérations que E. Lévi nous-répète après tous les occultistes dignes de ce nom, sans dis tinction d’écoles : « Le magiste doit être impassible, Sobre et chaste..., désintéressé, impénétrable, et inac—
LE GARDIEN DU SEUIL 29 cessible à toute espèce de préjugé ou de terreur ; à l’épreuve de toutes les contradictions et de toutes les peines. La première et la plus importante des œuvres magiques estd’arriver à cette rare supériorité. » (Rituel, p. 34..) ‘ Quelles pratiques sont appropriées à ce viril entraî nement?
Un principe les domine toutes : C’est l’âme, et l’âme seule, qu’il faut travailler; l’ascétisme de com mande est de la nature de la magie cérémonielle pra tiquée sans foi ni science, expédient au moins inutile, quand il n’est pas dangereux. Il faut que la pureté naisse comme un désir pour devenir un besoin.
Le germe en est dans toute âme humaine, caché peut être sous un épais fumier; l’en dégager, le faire éclore par un rayon du triple amour est le premier devoir de ceux qui sont capables de se dévouer à leurs sem blables ; ils y réussiront tantôt par le beau, tantôt par le vrai et le juste, tantôt par le bien, et ce ne sera pas l’un des moindres exercices de leur sagesse que de discerner la voie préférable.
Quand le disciple aura senti naître en lui le désir de la pureté et de l’amour, ce sera par l’étude de soi même, par le travail de soi-même qu’il les pourra réaliser, avec le concours de la volonté et de la science, car l’égoïsme est le fils de la faiblesse ou de l’igno rance. - Le désir une fois orienté vers la pureté, les prati ques physiologiques peuvent commencer avec fruit, mais elles devront être conduites lentement au début en vertu de cette loi des approximations successives rappelée, plus haut. Les chutes inévitables sont alors
30 L’INITIATION sans danger et la progression plus assurée s’ac'célère plus tôt. La première de ces pratiques sera la suppres— sion progressive des stupéfiants et excitants physio«‘ logiques de tous genres : tabac, narcotiques, alcools et jusqu’à la nourriture animale.
La frugalité végéta« tienne et la continence sont requises du magiste par des considérations d’influence, de déperdition ou de concentration magnétiques qu’il est aisé de com prendre. . L’exercice de l’Amour actif donne encore lieuà une remarque essentielle qui touche aux difficultés les plus abstraites et les plus troublantes de la théorie.
Le disciple se trouvera en présence du problème qui par tage le plus profondément les religions humaines: il lui faudra choisir entre la synthèse d’amour de l’Oc aident Jüdéo-Chrétien ou le panthéisme fatal de l’Inde, exagéré par I’Islamisme. Il ne faut pas manq uér' une occasion de signaler cette divergence, dont la so—' lution se trouve assurément dans les mystères de l’é* .sotérisme, en Orient comme en Occident.
Des deux doctrines publiques correspondantes,l’une, qui se résout dans un idéalisme analogue aux philo— sophies de Spinoza et de Schopenhauer, prescrit l’Amour du prochain par le motif qu’il n’y a de réel que l’Inexprimable absolu à qui se ramène toute chose; la Vie, dont la magie est l’évocation, ne s’obtient dès lors que par la fusion dans ce tout de chaque indivi— dualité qui doit y disparaître comme un nuage se résout dans les immensités de l’atmosphère : dans les mille transformations qui conduisent à cette im—' mersion, tous les êtres ne sont qu’illusions_parfaiteè . q...
LE GARDIEN DU SEUIL 3r ment égales et indifférentes dans leur vanité ; l’initié doit se sacrifier pour aider à les dissiper avec lui même. La seconde doctrine, qui est plutôt naturaliste, admettant au contraire la réalité en même temps que la spiritualité au moins virtuelle de la matièrela plus ultime, nous représentela genèse spirituelle comme une synthèse progressive effectuée par l’Amour, source de la volonté.
De l’union des deux moitiés symétriques, naît, d’après le Sohar, l’être d’ordréimmédiatement supérieur par rapport à ces moitiés : Ange pour les hommes, Archange pour l’Ange, et ainsi de suite dans l’infinie hiérarchie.Le mobile de cette Union, l’Amour, produit la sélection et l’harmonie des contraires ho mologues à la lumière de l’Idéal.
Dans les deux écoles, l’univers se résout en l’unité suprême d’où son infinie multiplicité est issue ; toutes deux nous retracent la descente et la réascension de .l’esprit ; mais pour l’une, l’ascension est individuelle et quasi fatale ; les astres disséminés rentrent isolé-y ment au sein du soleilcentral par un efiort d'orgueil intellectuel.
Pour l’autre école, la Rédemption ne se fait que par la synthèse progressive des atomes ; les Anges déchus, ne pouvant se racheter que par des efforts communs, se forment en chœurs et en cohortes, uni fiées par la toute—puissance de l’Amour (I).
Ces deux écoles sont parfaitement caractérisées dans la France vraie du marquis de Saint—Yves (l) Le lecteur eut voir, par le chapitre Il! du Traité élémentaire de :cxence occulte e Papus, quelle autorité nos sciences prêtent à cette doctrine. —- Voir aussi les Colonies de E. Périer.
3 2 L’INITIATION (1" partie, p. 106) : « La seconde cause des aveugle— ments de Fabre d’Olivet est l’hérésie ionienne de la déification de soi pour soi... La tradition dorienne, mathésique, dit, au contraire, union du tout en Dieu. Elle rapporte le tout au règne et à la volonté de Dieu, à qui seul appartient la puissance de glori fier et de diviniser ce qui lui ressemble.
Je m’expli que et je dis: « L’autodéification ionienne est l’hérésie suprême de l’égoïsme spiritualisé.
Dans la mathèse judéo chrétienne, au ‘contraire, les caractères de la divi nité n’appartiennent qu’à Celui qui, venant d’Elle, s’est perdu pour sauver le Tout en en restituant l’hommage à Dieu. » Ces différences capitales ont leur écho dans la pra tique : la tradition ionienne n’admet point la prière qui serait en efl°et incompatible avec ses doctrines ; l’intelligence et la volonté du disciple sont les seules ressources au moyen desquelles il doit dissiper l’illu— sion de son existence, et l’exercice de la volonté dans l’intelligence, c’est la Méditation.
Au contraire, le partisan de la mathèse judéo-chré tienne ne peut se passer de la prière, qui est l’as— piration de l’Amour vers l’unité et vers les synthèses précédentes auxquelles il a hâte de se joindre ; c’est l’orientation nécessaire à son âme pour conquérir la volonté et éclairer la science ; c’est la mise en action de l’Amour idéal.
L’Ancien et le Nouveau Testament nous oflrent maints exemples de rivalité entre ces deux doctrines ; c’est avec le secours de la prière que Moïse triomphait
LE GARDIEN nu SEUIL 33 -- "t. -. ;-'r‘|, -‘n.-_ l.-, :"|.‘--1—. . des enchanteurs égyptiens, que Daniel révélait et in terprétait le songe de Nabuchodonosor, que saint Pierre et saint Paul triomphaient de Simon le magi cien ; le Christ priait sans cesse. * 4:: Pour réussir par la volonté dans l’Évocation de la Vie, il faut l'aller trouver et s’en emparer au fond de ses retraites les plus mystérieuses; dans l’alambic délicat de la plante pour lui emprunter à propos ses essences; dans l’atome minéral qui l’em prisonne, et jusque dans les principes élémentaires -du monde.
A l’inverse, il faut aussi dérober la vie dans ses régions supraterrestres, où, plus libre, elle est plus puissante, et la faire descendre en notre monde rpour les réalisations terrestres du Mage : transmuta— tions, influence, thérapeutique, et autres plus étendues encore.
« Sa vie (de l’opérateur des grandes œuvres) doit être une volonté dirigée par une pensée et servie par la nature entière, qu’il aura assujettie à l’esprit dans ses propres organes, et par sympathie dans toutes les forces universelles qui leur sont correspon— dantes. » (E. LÉVI, Rituel.) Comment s’exercer à la découverte, à l’évocation et à la condensation de la vie par la volonté?
Quelles manipulations d’une pareille puissance peu— vent être assez élémentaires pour le débutant? La réponse est simple: Le Néophyte ne l’a-t—il pas en lui-même, la vie, complète, trinitaire? Où peut-il espérer la trouver mieux à sa portée? C’est donc sur lui-même, par le maniement de son propre magné— A '!L4“.1.— . a . : :1. 2
34 L’INITIATION tisme, qu’il pourra s’exercer à toute-puissance de la volonté. La lutte contre la douleur ou les désirs, requise pour le développement moral, lui fournira déjà des exercices continuels pour cet entraînement.
Il s’effor— cera aussi de devenir maître de son propre organisme, et il réussira bientôt assez pour s’étonner de ses pre— mières découvertes, quand il verra la volonté dominer jusqu’à la vie végétative, bien qu’elle passe pour lui échapper complètement.
Le Néophyte aura ensuite à se joindre à ses frères ou à ses maîtres dans les opérations magnétiques, commençant ainsi à les étendre graduellement hors de lui-même, jusqu’à ce qu’il apprenne à évoluer dans les courants redoutables de la lumière astrale.
Ici commencent les secrets pratiques qui doivent conduire jusqu’à l’extase et jusqu’à la prise de posses— sion des forces extraterrestres; ces secrets ne sont livrés qu’individuellement d’intiateur à initié; nous n’avons donc pas à en parler davantage: il suffira de rappeler ici deux indications où le lecteur pourra trouver une application immédiate.
La première est celle d’une pratique quotidienne recommandée comme fort efficace par Babbitt dans son livre sur la lumière et la couleur (chap. x, De la statuuolence); elle consiste à diriger, dans le silence du matin, sa volonté sur chaque organe en lui com mandant le calme , l’énergie et l’harmonie dans l’accomplissement de sa fonction naturelle.
La seconde pratique est la Communion des âmes, .connue déjà sans doute de la plupart de nos lecteurs soumettre la vie à la .
LE GARDIEN DU SEUIL et qui compte aujourd’hui un très grand nombre d’adhérents (I). Chacun de ceux qui y veulent parti ciper est invité à y consacrer une demi-heure le 27 de chaque mois (de 8 h. 20 m. du soirà 8 h. 50 m. pour la longitude de Paris).
Pendant cette demi-heure il s’unira en pensée, dans le calme et le silence, à tous ses frères, répartis sur tout le Globe, et livrés aux mêmes méditations, sans distinction de race ni de religion, afin « d’invoquer, dans une coopération générale de la pensée et une unité d’aspiration spiri tuelles, les bénédictions de la paix universelle et les effluves de la lumière spirituelle supérieure ». *il» La connaissance de la vie dans sa triple manifesta tion physique, intellectuelle et spirituelle a été déjà passée en revue dans un article précédent qui en donnait en même temps un essai de programme gradué.
Il est superflu d’y revenir encore, le lecteur y retrouvera facilement le degré primaire nécessaire aux débuts du disciple, et la méthode qui peut lui con— venir; mais il est quelques réflexions indispensables à ajouter ici au sujet de cette science de la vie.
On remarquera d’abord qu’elle diffère de la plupart de nos sciences ordinaires en ce qu’elle doit avoir un caractère général et synthétique : la science du Néophyte sera cosmique puisque son objectif princi pal est la source extraterrestre des forces en jeu sur notre globe ; cette science doit aussi rattacher la terre aux autres êtres cosmiques , non d’une manière subjective, c’est-à-dire non pas a notre point de vue (1) Douze millions.
36 L’INITIATION universel, impersonnel qui puisse nous assigner notre place dans l’immensité des choses.
Cette même science du Mage doit être physio logique autant qu’analytique, afin de retracer la vie individuelle et universelle ; après avoir révélé la struc— ture des êtres, elle doit les faire connaître sous leur triple point de vue physique, intellectuel et spirituel, qui, correspondant à leur passé, leur présent et leur futur, retrace leur évolution.
Obligée de descendre jusqu’à l’élément infinité simal de la substance, et de remonter jusqu’à l’unité de l’essence, cette science ne peut se soustraire à la métaphysique; elle ne peut être qu’une philosophie naturaliste. Enfin, comme il faut qu’elle conduise à la commu nion avec la Vie totale à évoquer, elle doit être reli— gieuse aussi : ce sera une religion scientifique.
D’autre part, notre connaissance ne doit pas, on le* sait, avoir un caractère empirique; elle doit s’asseoir sur une certitude fournie par la raison, sur la raison, sur la Science, non sur la foi purement sentimentale. Il lui est nécessaire de se confirmer par l’observation et l’expérimentation.
Cette remarque semble nous enfermer dans une pétition de principes, car l’obser vation, l’expérimentation requises sont fournies, précisément, par cette même Magie dont la Science est l’une des trois conditions. Il faut éclaircir cette. difficulté. *sa fille se résdut par la loi des approximations succes
LE GARDIEN DU SEUIL 37 sives déjà mise en relief plusieurs fois. et qui est comme la Fraternité en action en vue du progrès, car elle est issue de la solidarité universelle. Aucun élément du grand Tout n’avance sans l’aide de ceux qui l’entourent, ni sans les entraîner ou en être modi fié lui-même.
Il ne faut donc point se représenter la pratique et la théorie comme deux moments absolu— ment distincts et tellement successifs que l’un ne puisse se produire avant que l’autre ne soit parfait. La marche réelle des choses est tout autre. Sans doute il faut aborder la théorie Magique en premier lieu, mais non dans tous ses détails.
Selon la distinction déjà faite, on l’acquiert ou dogmatique— ment, ou par intuition, ou aposterz‘ori par les phéno— mènes dont la cause immédiate est dans les forces extraterrestres; en tous cas, nos connaissances ordi— naires y suffisent au début.
Les phénomènes magné— tiques, hypnotiques, spirites et autres du même genre sont interprétés, au moyen de ces connaissances pri maires, par une hypothèse plus ou moins juste, laquelle, secondée de la volonté et de la morale, peut déjà servir de base à une certaine action magique; celle—ci, à son tour, fournira de précieuses rectifica tiens à la théorie primitive.
La pratique, perfectionnée par ces rectifications, deviendra plus efficace, et ainsi de proche en proche, avec une rapidité toujours crois— sante. Ce rayonnement réciproque des principes et de leur application mûrira la science du disciple. Cette marche longue et pénible, dangereuse même peut être, pour qui l’entreprend seul, sera considérable— ment facilitée par les conseils de maîtres expérimentés.
38 L’INITIATION M, Ce qui a été dit de la nécessité de la science et de son étendue doit donc s’entendre en ce sens que le Néophyte ne peut se considérer comme capable d’une action Magique digne de ce nom avant d’avoir atteint par cette voie à un degré qui l’éloigne assez de l’état ordinaire pour faire de lui un homme nouveau à tendances franchement supérieures.
Ces remarques tracent le programme des entraîne ments de la première heure; avant de le détailler, il faut cependant nous arrêter encore un moment à une autre conséquence tellement importante qu’on peut la regarder à juste titre comme la conclusion principale de cette étude.
La Magie ainsi considérée comme la science expérimentale des forces extraterrestres présente ce caractère essentiel qu’on ne peut s’y consacrer dans une vue particulariste avec succès, ou du moins sans danger ou sans crime.
Avec le secours de l’in telligence seule, la Chimie, l’Astronomie, la Mé canique ou toute autre de nos sciences peuvent se prêter à la satisfaction parfois‘ très large de quelque intérêt personnel, de fortune, d’ambition, de curio sité; nous n’en avons que trop la preuve par ce temps de destruction scientifique à outrance. La Magie, au contraire, meurt ou tue dès qu’elle est souillée du moindre souffle d’égoïsme.
Le dévoue— ment, le désintéressement absolus y sont unis intime— ment à la Science et à la Volonté transcendantes. Ces trois éléments n’en font qu’un. Il ne faut donc point parler de la Magie comme d’une science isolée, si ce n’est pour les besoins de l’étude théorique; on
LE GARDIEN DU SEUIL 39 ne peut jamais la traiter comme une spécialité, elle n’est que la face expérimentale,terrestre, de la Science 'et de la Morale. L’unité de ces trois facteurs a un nom, du reste. C’est la Théospplzz‘e, et nous tou chons maintenant à la troisième définition de la Magie, qui est aussi celle spirituelle, donnée par Wronski. La Théosqphie est la direction vers l’harmonie finale de l’Etre et du Néant par l’évocation de la Vie.
Elle se réalise « par l’organisation mystique, en vue «principalement de prendre part à la marche de la « création, ou, comme but plus immédiat et plus « actuel, en vue de la direction des destinées de la « Terre ». Son moyen principal est dans les confréries secrètes d’Adeptes. Son moyen accessoire plus immédiat et plus actuel est l’usage des œuvres mystiques.
L’lnitiation est donc, pour ainsi dire, la création indéfinie et progressive, dans l’humanité, de la classe des Lévites qui ne se retirent de la Société que pour la servir et la guider dans « la partici pation à la marche de la création ».
La Magie n’est autre chose que la pratique réalisatrice, expérimen tale et d’observation de la Science sacrée; c’est pour cela qu’elle doit être défendue au profane, entre les mains de qui elle peut être dangereuse ou se cor rompre; elle n’est pas, du reste, un instrument de Salut personnel, mais une pratique essentiellement universelle. . L’lnitiation est générale et démocratique depuis que
40 L’INXTIATION 1’Ère chrétienne l’a ouverte par la révélation de l’Amour et de sa puissance synthétique. L’Initiation et la Magie ont pour corollaire la synar chie, l’Initiation si magistralement révélée par le marquis de Saint-Yves.
Par la Synarchie, l’Initiation se démocratise en instruisant, en élevant et en dési— gnant au choix du peuple ses directeurs, qui restent soumis à l’élection; le peuple lui—même est plus éclairé dans son choix, et l’Initié détaché des passions politiques peut se consacrer, au-dessus d’elle, à son rôle péniblement conquis et vraiment réalisé de ser— viteur des serviteurs de Dieu.
C’est dans ce cadre social et universel que la Magie ‘peut vraiment se comprendre; c’est bien ainsi que nous la présente le savant auteur du Rituel de la haute Magie, fidèle à la tradition ininterrompue des Initiés (alchimistes, templiers, rose—croix et francs— maçons): « En révélant pour la première fois au monde les mystères de la Magie, dit E.
Lévi, nous n’avons pas voulu ressusciter des pratiques ense— velies sous les ruines des anciennes civilisations... mais à une époque où le sanctuaire est tombé en ruines parce qu’on en a jeté la clef à travers champs, j’ai cru devoir ramasser cette clef, et je l’offre à qui saura la prendre, car celui-là sera à son tour un docteur des Nations et un libérateur du monde... Que résultera-HI dela connaissance de ces pouvoirs ?
Une nouvelle carrière ouverte à l’activité et à l’intel ligence de l’homme, le combat de la vie organisé de nouveau avec des armes Plus parfaites, et la possi bilité rendue aux intelligences d’élite de redevenir t Î ‘iËI-« I
LE GARDIEN DU SEUIL 41 l'fllät, ., maîtresses de toutes les destinées en donnant au monde à venir de véritables prêtres et de grands rois. » (Rituel, pagesô75 et suivantes.) C’est dans cet espoir que nous allons revenir à nos conclusions pratiques. * ’61» La série d’approximations successives dans la con— naissance de la pratique entraîne une suite de triomphes interrompue par autant de chutes où le courage du disciple sera mis à de rudes épreuves. — Le doute, le désespoir, suite des erreurs reconnues, y seront moins dangereux peut-être que la joie du succès toute voisine de l’enivrement de l’orgueil.
Les passions à peine vaincues sont toujours prêtes à se réveiller avec une fureur nouvelle, et, ainsi, chaque cycle partiel de l’Initiation débute, comme son en semble, par les rudes travaux de la lutte morale.
En Égypte, les épreuves préliminaires des Initiations représentaient ces écueils en faisant suivre chaque succès d’une humiliation nouvelle; les maîtres, du moins, soutenaient continuellement le Néophyte par leur rigueur même; nous ne pouvons plus compter que par exception sur, cette précieuse ressource, main— tenant que l’enseignement régulier est brisé.
Tout se réunit donc pour nous imposer la force morale, l’hu— milité, le dévouement comme les premières et les plus précieuses de nos acquisitions; on ne peut trop insister sur ce principe, mais on se rappellera en même ' temps que la grande pensée Chrétienne de l’Amour, gravée maintenant par dix—huit siècles —- au fond de
42 L‘INITIATION v ,_ 5 .. nos cœurs, nous fournit contre les dangers de cette première lutte une égide divine que le Néophyte païen devait conquérir. Que les premiers efforts du disciple soient donc dirigés contre lui-même, contre son ambition impa tiente, contre son individualisme égoïste, contre les faiblesses de sa volonté, jusqu’à ce qu’il sente bien en sa main les rênes directrices de son âme passionnelle.
Qu’alors seulement il songe à la pratique. La faiblesse de ses connaissances et le désintéresse— ment imposent au débutant la plus grande prudence. Il observera donc avant d’expérimenter, et c’est sur soi-même d’abord qu’il expérimentera. L’observation de l’invisible exige des facultés trans— cendantes: le développement de la clairvoyance, de la clairaudience, de l’intuition seront donc l’objet des premiers efforts pratiques.
C’est par le miroir magique que débute le chéla hindou; on a rappelé aussi comment, en Egypte, on apprenait au Néophyte à lire dans la pensée de ses collègues appelés au tri bunal des Mages. ' Le disciple apprend par là à se placer en observa— teur passif en face de la nature invisible à nos yeux ordinaires.
Les procédés de cet entraînement, comme ceux des autres exercices plus dangereux encore, ne peuvent être divulgués; mais il n’est pas inutile, au moins pour le lecteur spirite, d’affirmer que, complè— tement différents des procédés de la médiumnité, ceux dont nous parlons exigent au contraire toute l’activité de la pensée et de la Volonté. Avant de se livrer activement aux puissances
rr—— — 1-. -|. “-|.' r n:'\*'. ,. - r; ‘ n LE GARDIEN DU SEUIL 43 occultes, le disciple traverse une phase transitoire d’exercices propres à lui faire étudier sur lui-même toutes les ressources de la volonté et les possibilités des forces dont elle dispose dans l’organisme humain (jusqu’à la sortie du corps astral).
Passant à l’entraînement actif, il apprendra à évoquer l’âme de ses semblables et celles de tous les autres êtres, ou à projeter sa propre influence là où il peut lui être nécessaire de le faire. C’est alors seulement qu’il sera préparé pour les premières grandes œuvres de la Magie dont la série a été indiquée précédemment d’après Apollonius, en commençant par l’évocation de la vie dans le monde minéral, ou Alchimie.
Sans avoir à rappeler cette série, notons qu’elle est disposée encore suivant les principes qui dominent ce programme: d’une part le disciple s’y élève de la sphère matérielle à celle vivante ; d’autre part il passe du rôle passif d’observa teur, dont le summum est dans l’extase, au rôle actif dont le couronnement est dans l’adeptat, ou, selon l’expression de Wronski, la participation à la Marche de la Création.
Laissons le disciple au seuil que voici maintenant franchi; le gardien redoutable, qui n’a cessé de gron der sur ses pas, est à présent vaincu, mais au prix de quels efforts physiologiques, intellectuels et moraux !
Cette faible étude n’en donnera l’idée qu’à celui qui y ajoutera par ses méditations tous les développe— ments nécessaires; celui-là seul pourra braver à son tour le gardien mystique, parce qu’il élèvera sa volonté àla hauteur des immenses difficultés qu’il aura su
44 L’INITIATION mesurer. Si petit que doive être le nombre des vain queurs, il n’est pas un cœur noble qui n’ait droit d’être fier de s’offrir du moins à ce combat. Le vaincu lui-même engpeut rapporter encore quelque reflet de cette lumière divine qu’il ambitionnait d’alimenter de son âme pour en verser les flots sur la foule aimée de ses semblables. F.-Cn. BARLET.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ÈGÜJN@MIE ÉSYGH@EGIQIŒE ÆPPELEZ cela, si vous le voulez, « science de la volonté», le vulgaire comprendra mieux; mais le vrai nom de cette science est « Économie psycholo— gique », par parallélisme avec l’Economie politique et l’Economie sociale, étant l’une la science des forces financières, et l’autre la science des forces sociales et de l’équilibre dans ces forces. Mais enfin, de quelque nom qu’on appelle cette science, elle existe, et nous en avons de nombreux traités dans la civilisation chrétienne; seulement on ne s’en aperçoit guère. -—— Qu’est-ce que le livre du Prince de Machiavel, sinon la vulgarisation de la science sociale ayant cours chez les princes habiles de toutes les époques P Qu’est—ce que l’Evangile, sinon la science de la spi— ritualisation qui aboutit à cette vérité: « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de millet, vous trams porteriez les montagnes. » La foi est-elle autre chose
- w/". !- "'_-_u , . | '. 46 L’INITIATION que de la volonté ? Peut-on croire sans une ferme volonté, et, quand cette volonté est arrivée au point de diriger tous les actes de notre vie, n’est—elle pas assez forte, asse: surhumaine pour dominer la ma tière, après avoir dominé la nôtre, et produire des pro diges?
Les martyrs supportaient—ils la douleur autrement que par cette volonté qui arrivait à rire de la douleur et à faire paraître qu’ils ne souffraient pas? Et Damiens, tenaillé, mais décidé à tout supporter sans faiblir, ne disait-il pas au bourreau : « Encore ! Encore ! » Cependant cet assassin n’était pas un illuminé.
Il . avait eu une volonté peu commune, puisque seul il avait osé aller frapper Louis XV au milieu de sa cour; c’est cette volonté qui le soutenait dans le supplice, et lui faisait braver la souffrance. M. de Lesseps n’a-t-il pas en quelque sorte trans porté les montagnes par sa volonté constante, persis tante, inébranlable et dominatrice ?
Qu’est—ce que l’influence, le prestige, sinon l’effet produit sur une âme molle par une âme forte, sur une volonté faible par une volonté forte ? Le czar Nicolas fut un jour troublé dans son palais par une émeute populaire qui grouillait sous ses fenêtres.
Quant il eût vu et entendu cette foule criant et hurlant, les bras tendus vers sa demeure; il fit avancer sa troïka dans la cour du palais, monta, s’assit, fit ouvrir les portes toutes grandes, partit comme une flèche à travers les hommes, jusqu’au milieu de la place, et là, se levant tout à coup, dressant sa haute stature sur le peuple affolé, dardant ses regards en
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQ'JE 47 flammés sur les révoltés, il n’eut qu’un geste. et qu’un mot répété avec une volonté et une énergie impé— rieuses: « A genoux! àgenoux! » -Et la foule ahurie par tant d’audace, voyant son Czar blanc semblable à un Dieu courroucé et menaçant, Dieu outragé, Dieu plus puissant que l’humanité entière, hésita, se tut, se découvrit, baissa la tête et, sous ce bras étendu, sous ce regard terrible, sous cette parole retentissante et formidable, mit le genou en terre.
Alors le Czar apaisé dit: «C’est bien, » et, donnant l’ordre au cocher de rentrer, il s’assit, et calme, majestueux, sombre et comme couronné d’une auréole divine. il traversa de nouveau cette masse houleuse et maintenant humiliée, et quand les portes du palais se furent retermées, le peuple s’en alla vaincu et honteux. .
Qu’est—ce que l’obéissance que nous imposons aux animaux, aux enfants, qu’est—ce que l’entraînement des soldats pour leur chef, qu’est-ce que la prise de possession d’une âme sur une autre, sinon du magné— tisme, c’est-à-dire l’influence d’une volonté supé— rieure? Lorsque les juges demandèrent à la maréchale d’Ancre si ce n’était point par quelque sortilège qu’elle avait pris possession de la volonté de la Reine, elle sourit et leva les épaules.
' —— Mais enfin,’ comment expliquez—vous votre influence P — L’influence d’un esprit fort sur un esprit faible, répondit—elle. ' Elle paya ce mot de sa vie, mais elle avait raison.
48 L’INITIATION Sa volonté exercée suggestionnait la volonté de la Reine. J’ai écrit le mot suggestion. Le magnétisme nous en montre des exemples faciles.
Vous donnez un ordre parlé à la personne endormie, vous la réveillez ensuite: elle a gardé dans son cerveau l’empreinte déposée non par votre ordre, mais par vos paroles; étant endormie, elle a accepté passivement de faire ce que vous lui commandiez de faire; la volonté s’est formée de ce consentement, et, quand le sang vient affluer sur l’empreinte laissée par vos paroles, instantanément la volonté renaît et agit aussi tôt.
Si l’ordre est donné pour un temps éloigné au delà du réveil, l’empreinte reste comme un cliché inutile dans le cerveau, jusqu’à ce que, à l’heure voulue, le sang affine, réactionne le cliché et donne aux nerfs la volonté d’agir.
Comment le sang vient-il à l’heure voulue et précise agir sur la partie du cerveau où se trouve l’empreinte ? c’est ce que nous ne savons pas encore; toujours est—il que la suggestion peut se faire pour un temps relativement éloigné. \ La suggestion peut-elle se produire sans magnétisme, sans sommeil? Je réponds: Oui, sans sommeil ; non, sans magné—g tisme.
Le magnétisme, en effet, n’aboutit pas toujours au sommeil; il se borne souvent à pénétrer quelqu’un, soit par le regard courroucé, soit par le regard pas sionné, aimant, c’est-à-dire voulant, par nos caresses, par une simple imposition des mains.
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 49. Combien de fois n’avons—nous pas senti cette» influence nous pénétrer mystérieusement P Il en est même, hommes ou femmes, qui ne peuvent se laisser longtemps tenir la tête par un coiffeur, sans éprouverÊme sorte de vertige.
Ce n’est pas que l’être vulgaire qui nous peigne, nous rase ou nous épile ait la volonté d’agir sur nous; nullement, mais son con tact sur la partie la plus sensible de nos centres nerveux, la tête, et, par l’agent de la volonté et du magnétisme, la main, suffit seul à créer un courant, une surexcitation nerveuse, une évolution sanguine qui nous gênent et tendent au spasme.
Le prêtre italien confesse les jeunes gens en les tenant embrassés au pied de son confessionnal, réservant les guichets aux femmes et aux vieillards ou aux hommes mûrs. Il n’y a là qu’une question de convenances et de hâte, mais cela s’explique aussi par l’influence de l’homme sur le jeune homme qu’il tient sous sa domination physique et morale ; son action serait nulle sur le vieillard et l’homme fait: elle serait trop forte sur la femme.
La mère caresse beaucoup plus son enfant que le père; pourquoi, si ce n’est que, voulant rendre son influence prépondérante et tirer à elle l’affection de son enfant, et étant moins forte moralement et phy siquement que l’homme, elle éprouve naturellement le besoin de répéter plus souvent et pluslongtemps ses passes magnétiques. Trois sont les agents du magnétisme: le regard, les lèvres, les mains. N’est—ce pas aussi par là que la. mère agit sur l’enfant?
50 ' L’INITIATION Le père, sentant sa force, agit moins souvent et obtient l’équilibre sans tant d’efforts, pour peu qu’il le désire. Et remarquez que plus la femme est forte, moins elle caresse son enfant; plus elle est faible et"chétive, plus elle le couvre de baisers et de tendresses, comme si son magnétisme avait peine à se dégager et à péné— trer un autre être, si faible qu’il soit.
Enfin, il est à noter que la mère, malade, n’attire plus son enfant, et le repousse souvent, acceptant volontiers les caresses de l’homme qu’elle aime, comme si, craignant de communiquer une mauvaise influence à son enfant, elle voulait attirerà son profit le magnétisme sain d’un homme robuste et aimant, c’est-à-dire voulant guérir. Peut-on guérir par la volonté? Je le crois, surtout lorsque la volonté peut agir ma— gnétiquement sur un mal nerveux.
Il n’est pas probable que la volonté puisse guérir une perforation de l’intestin. Cela ne s’est jamais vu, même dans les miracles les plus extraordinaires. Un cancer venu d’un vice de sang, un membre coupé, un empoisonnement, une blessure dans un organe essen tiel, sont choses irrémédiables pour la volonté.
' Mais je suis persuadé, sinon convaincu par l’évi dence, que la volonté peut magnétiquement pénétrer jusqu’aux centres nerveux d’un malade et leur rendre la souplesse, le magnétisme qui leur manquent, ou les dégager d’une brusque contraction ou d’une trop grande concentration. Un mal de tête nerveux peut ainsi se dissiper.
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 5 I .jI Le tétanos pourrait, peut—être, être prévenu, même guéri, de cette façon. Peut-être pourrait—on par les nerfs du sujet agir sur le sang dans telle partie faiblement lésée de son corps et amener par la circulation du sang la dispa— rition des effets produits par un coup ou une légère blessure. C’est le cas des piqûres chez les magné tisés. Mais j’en reviens à ma question de tout à l'heure.
Peut-on suggestionner habituellement sans avoir recours au sommeil magnétique ? Encore une fois, je réponds: Oui. J’estime qu’une volonté saine , forte , audacieuse , peut facilement actionner une petite machine par une sorte de cour roie de transmission toute morale.
L’expérience de M. de Puyfontaine montre assez.— que notre volonté est une force électrique qui se trans met instantanément, au deoré que nous voulons, et peut agir sur la matière comme l’électricité même. Avec une bobine de 70.000 mètres d’argent filé, il agit sur l’aiguille aimantée placée sur cette bobine.
Instantanément sa volonté parcourt, par la trans— mission des électrodes placés entre les mains, cette distance de soixante-dix kilomètres et fait dévier l’ai— guille aimantée, à droite, à gauche, l’arrête au point que l’on veut, la fait remonter, redescendre, et en joue comme d’un clavier.
Si donc notre volonté agit sur la matière, elle peut de même agir sur une matière préparée électrique ment et magnétiquement, comme l’aiguille aimantée agit sur les nerfs d’une autre perSonne.
:52 L’INITIATION ' Le tout est d’avoir affaire à une personne suffisam— ment nerveuse et faible, et d’être en contact assez fréquent. De l’homme à la femme cet effet s’opère presque toujours dans le mariage. C’est le plus fort, magnéti— .quement parlant, qui s’impose à l’autre.
Dans la vie ordinaire, cet effet se produit des mil liers de fois entre amis, entre chef et employé, entre officier et soldat, entre professeur et élève, et parfois d’inférieur à supérieur. Cette influence constante, suggestionnant la plupart des actes du sujet passif dans le sens, dans le genre d’actions que vise l’influence du plus fort, me paraît suffisamment évidente pour n’avoir pas besoin d’être démontrée.
Quels sont donc les moyens d’acquérir cette force .-et d’exercer cette influence? — C’est là ce qui consti— tue la science de la volonté, l’économie psycholo— gique, et c’est là ce que je veux étudier. Les Mages connaissaient cette science, car même dans l’Inde, qui n’est qu’un reflet de l’Egypte, on trouve chez certains prêtres des études qui compren— nent quatréannées de Cours de volonté.
Platon a tiré sa philosophie de l’Egypte comme Hippocrate en avait tiré sa médecine, ses recettes que l’expérience de trois cents générations aurait été insuf— fisante à conquérir et qui devaient être toute la science révélée, révélée isolément pour un cas particulier, par les malades endormis magnétiquement. Les Mages appelaient la science de la Volonté la science de la Domination. — Cherchons. na-uA'al
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 53 'l' 1.)! Il est bien évident qu'avant d’essayer de dominer les autres, il faut apprendre à se dominer soi—même, —— non pas que cela soit indispensable, mais il est certain que c’est la meilleure école, le chemin le plus court, le moyen le plus parfait.
" Pour se dominer il faut plus de volonté et de cou rage que pour attaquer de front un bastion quand on est entraîné par l’exemple des autres, émoustillé par l’amour—propre, ou subjugué par le devoir. Pour se dominer il faut que la volonté réagisse sur la volonté et s’impose à elle—même de subir et de vou loir en même temps ce que l’Imaginationlui inspirera d’anormal et de contraire au cours des passions.
Nous agissons, quatre—vingt-dix—neuf fois sur cent, par volonté directe, c’est-à—dire par une volonté ins— pirée naturellement par le cours des choses. C’est la volonté des bêtes, des animaux: marchez sur la queue d’un chien, il se retournera aussitôt pour mordre, Marchez sur le pied d’un homme, il se retournera et vous appellera « maladroit », ou « imbécile ».
Vous, instinctivement, riposterez par une injure ou par une expression de grossière indifférence. C’est de la volonté directe. Seule une éducation soignée pourra obliger l’homme sur le pied duquel vous aurez marché à ne pas vous injurier, à attendre vos excuses, et vous obligera à vous excuser aussitôt. Ces actes ou répressions d’actes instinctifs sont des volontés réflexes. Mais à la longue, par l’effet de l’ha
54 L’INITIATION bitude, cette politesse devient instinctive ; nous n’au rions pas l’idée d’agir autrement (à moins d’une grande surexcitation momentanée qui réveille les instincts sauvages), et alors, notre politesse habituelle devient presque instinctive, et notre volonté réflexe les premiers temps, en pareil cas, devient presque directe , ou directement réflexe.
Nous repoussons l’intrus, mais nous ne l’injurions pas; si la douleur n’est pas trop vive, nous nous contentons de le saisir, parfois même nous lui disons seulement: « Faites donc attention. » Les actes de volonté réflexe sont donc excessive ment rares, parce que, même réflexes, ils sont entachés d’habitude qui, on le sait, « est une seconde nature».
Autre exemple: la passion nous pousse vers une femme facile, galante ou aimante; nous l’aimons ou simplement nous la désirons. Allerà elle, profiter de l’occasion est un acte de volonté directe; résister à la tentation est un acte de volonté réflexe.
Mais si nous résistons, non pas pour nous dominer ou éviter une mauvaise action, mais simplement parce que nous craignons un danger quelconque, moral ou physique, une maladie contagieuse, un mari en éveil, un souteneur aux aguets, une _chaîne qui pèsera sur notre existence, une dépense ruineuse ou simplement trop forte, — quelle est dans ce’cas la nature de notre acte de résistance P C’est un acte de volonté réflexe, sans doute, mais cette réflexion est entachée d’instinct par la peur qui est un sentiment, voire une sensation essentiellement
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 5 5 d’instinct, ou bien par l’avarice qui est également instinctive.
Ainsi notre volonté n’est devenue réflexe que par l’instinct, non par un sentiment pur et élevé; elle a été instinctivement réflexe, et un chien en est capable en ne prenant pas le morceau appétissant déposé au bord du précipice, en respectant le morceau de sucre que défend le geste impératif du maître, en se tenant à l’écart de la chienne que convoite un chien plus fort que lui. ’ Nos actes purement réflexes apparaissent donc de plus en plus rares quand nous en cherchons le motif vrai, instinctif ou habituel.
Ne pas s’irriter parce que la colère est une faiblesse; modérer son goût des bonnes choses pour éviter de se matérialiser ; résister aux passions pour être maître de soi ou pour ne pas conduire un autre être au mal ou au malheur; dompter le sommeil, la paresse ; retenir sa langue quand on a envie de parler; oser quand on est timide; se contenir quand on est téméraire ; s‘imposer l’étude approfondie d’un acte à faire quand on est léger; être bon quand on est violent et égoïste ; calcu ler quand on est enclin au gaspillage; s’appliquer à une étude suivie quand on est volage ; tromper sa piste quand elle vous plaît; se détacher instantané— ment de ce qui vous attire, s’arracher à sa direction naturelle; violenter sa nature en toutes choses et à tout propos ; comprimer ses instincts, redresser ses penchants, être maître en toute occurrence de ses mou vements et de tous ses actes, tels sont les moyens d’arriver à la domination de soi, à la Volonté réflexe
56 L’INITIATION qui seule peut nous spiritualiser. Encore faut-il qu’au cun motif de crainte, de convoitise ou d’antipathie, pire cette volonté. N’est-ce pas là, disons-le en passant, le mode de spiritualisation imposé à ceux que la religion a voulu spiritualiser au delà du commun des hommes, à ceux qu’elle a préposés à leur direction, à leur domination —— aux prêtres et particulièrement aux religieux ?
Les Mages en faisaient autant, et, depuis que le monde est monde, cette école a survécu à tous les orages humains, à toutes les destructions de peuples et de religions. Brusquement s’arracher à toute tendance, à tout désir, se contrarier perpétuellement, c’est le premier 'pas ; c’est la classe infime des aspirants, et c’est aussf la plus difficile. Dominer les passions est le second pas. Diriger ses actes vers un but précis est le troisième.
Connaître le moyen d’influencer les actes des autres est le quatrième et dernier pas. Tout cela est-il suffisant pour dominer les êtres inférieurs ? Pour dominer les êtres infimes, oui. Pour les autres il faut quelque chose de plus qui ne s’acquiert pas, qui n’est rien, qui est tout, ce que Boileau a appelé « du ciel l’influence secrète », la faculté domi natrice, en un mot.
Soyez parfait, si vous êtes né faible, votre puissance sur vous-même vous fera produire des prodiges, peut— être, — elle ne vous donnera pas le prestige, l’influence; sur lesæsprits forts.
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 57 Il faut, pour dominer, la force du corps et la force ‘ de l’esprit, c’est-à-dire la santé et l’intelligence. Sans la santé l’esprit reste souffreteux, retenu par l’observation interne, par les exigences des nerfs im— puissants. Sans l’intelligence saine et forte, sans la science, la santé du corps est un bien perdu qui se gaspilleà tort et à travers ou se contient pour le néant. Toute force doit produire.
Rien ne doit se perdre dans le monde moral, non plus que dans le monde physique. Si vous contenez votre force productrice au point de vue de la génération, il convient que cette force soit reportée sur autre chose, et la nature nous dit que vous acquérez en force magnétique tout ce que vous ne dépensez pas en plaisir.
Utilisez alors cette nouvelle force pour le bien, pour guider les autres vers le bien, pour guérir le moral ou le physique des faibles. Ne croyez—vous pas entendre, en lisant ceci, les pré— ceptes de la religion catholique à l’égard des prêtres.
En leur ordonnant la chasteté, elle n’a pas eu pour but, comme on le dit, de garantir leur indépendance leur sacrifice perpétuel pour tous et le secret de la confession, — non, car il y a, en certains pays, des Vprêtres catholiques mariés, et rien n’en va plus mal à ce point de vue. Ce qu’on a voulu, c’est développer la force morale du prêtre, et par conséquent son influence. Tout a un but pratique dans les religions les plus spiritualistes.
58 L’INITIATION \ Le prêtre fait a la domination de soi-même, le prêtre sain, robuste et continent, est fait pour domi ner, pour guérir le moral des faibles, et, dans la pen sée de l’Église primitive, pour guérir aussi les corps.
« Allez et guérissez les malades. » La chasteté absolue n’est pas nécessaire pour arri ver à la domination de soi, à la force magnétique au-dessus du vulgaire; la chasteté n’est prescrite que pour arriver à la répression générale et habituelle des passions, pour empêcher l’habitude contraire, et surtout l’abus que le mariage autorise. Demandez plus pour obtenir un peu.
Il faut, donc pour arriver à dominer les hommes, l’état que les Romains, gens dominateurs par excel— lence, définissaient ainsi : Mens sana in corpore sana. ' Ayant ces deux choses, le corps sain et l’esprit sain, il faut encore, avant d’entreprendre ses classes de Volonté, avoir ce que j’ai appelé la faculté domina trice. Dans l’état Où est l’aspirant soumis à la matière, il est difficile de reconnaître l’existence de cette faculté.
Elle peut cependant signaler sa présence par deux faits, l’un physique, l’autre moral, —’-— le courage et l’ambition. Le courage doit être ici considéré comme fait phy— sique, parce qu’il est d’ordre physiologique, visible, presque tangible sur nous—mêmes. Le courage'est le signe de la force morale; le sang-froid est le signe de la puissance sur soi—même; le courage contre le danger est la marque d’une supériorité physiologique
ÉCONOMIE PSYCHOLOGIQUE 59 et morale. Sans courage nul ne peut se dominer, ni surtout dominer les autres; le courage est l’onction céleste des prédestinés. L’ambition est également une marque de prédesti nation, mais, pour que cette ambition soit efficace au point de vue magnétique, il faut qu’elle tende vers le haut et non vers le bas.
L’ambition des richesses ou des plaisirs ne mène qu’aux richesses et aux plaisirs, et dans certains cas seulement, lorsqu’elle est étayée sur une foule de qualités ou de défauts propres à conduire au but; mais cette ambition ne donne d’influence que sur les mauvaises passions des autres, et ces mauvaises passions peuvent toujours se retour ner contre nous.
Pour que l’ambition nous conduise à_ la domination des esprits, il faut qu’elle soit égale.— ment saine et tendeà la vérité, à la justice, c’est-à— dire au beau moral. Comment reconnaître le courage et l’ambition chez l’aspirant ? Les Mages, dont les Frames-Maçons ont essayé de copier les rites et les épreuves, tenaient leur science cachée.
Ils ne croyaient pas à l’efficacité de sa divulgation; ils croyaient avec raison que la science de dominer ne peut être le partage de tous, mais seulement celui de quelques esprits, de quelques natures d’élite, et volontiers ils formaient des élèves étrangers pour civiliser les peuples.
Cette science étant cachée, le peu qu’on savait parmi les hommes au—dessus du vulgaire, de ses mys: tères redoutables et'de ses épreuves, faisaient que pour connaître ces choses il fallait déjà être doué d’une ambition peu commune.
60 L’INITIATION L’ambition et le courage se reconnaissaient donc, dès le premier abord, quoique faiblement, par le seul fait de postuler l’initiation. Alors commençait une redoutable série d’épreuves pendant lesquelles était étudié le courage du postu lant. S’il arrivait au terme des épreuves, il était reconnu apte, son courage garantissait son ambition, et son ambition était déjà un gage de sa discrétion.
En effet, celui qui connaît les moyens de dominer les autres, et s’en sert, n’est pas assez sot pour divulguer ces moyens. Il a fallu la ruine de 1’Egypte, la disparition de son culte, de sa nationalité, de ses prêtres, de ses rois, de son armée, presque de son peuple, pour qu’un mage ait osé écrire les mystères de l’initiation et les secrets du livre d’Hermès-Thot.
Ainsi l’homme doué de courage et d’ambition, sain de corps et d’esprit, peut entreprendre le chemin ardu du perfectionnement et de la spiritualisation: — qu’il s’éprouve lui-même en se demandant si tant de difficultés ne l’effraient point, si tant de conditions requises, tant d’efforts et de triomphes sur soi-même ne le découragent pas.
Il est si bon de se laisser vivre, de voguer au cou— rant de la vie, de prendre les choses de ce monde comme elles viennent, de ne point s’effaroucher du mal, de ne pas s’émouvoir des révolutions, de se harponner à toute barque qui porte le succès, de vivre au festin des heureux et des triomphateurs, de ne rien approfondir, de se bien porter en riant de tout,
—.-.- —,5__ -—q.'—v_r- . l I BIBLIOGRAPHIE DES SCIENCES OCCULTES 6f et de dormir tout son saoul entre les bras alanguis de la fortune ! Tout est tourment dans la vie pour qui veut se réformer. Il n’est plus de plaisir entier, plus de repos moral, plus de douce quiétude.
La nature même perd ses attraits et sa douce influence, quand on concentre ses pensées contre soi—même , toujours en éveil contre ses goûts et ses tendances, toujours sur la brèche contre l’instinct ennemi ! C’est là qu’est l’épreuve de l’aspirant, épreuve sans mystère, épreuve autrement redoutable que les épées sans pointe et les faux poisons. La vie nous est donnée pour cette initiation indi viduelle.
Le Christ en mourant a déchiré le voile du temple mais, selon sa parole, si tous sont appelés à comprendre, combien seront élus ? Multt nocalz‘, pauci autem electi. La faute en est à nous seuls. ' JEAN RÉGNIER. fliblingnnhie des jÊttlèltl’ltæ =®nnnltes GËES livres anciens sur les sciences occultes sont très Üanombreux et de valeur scientifique diverse; mais en général, ils sont rares et d’un prix parfois élevé.
Il serait donc utile pour la science en général et pour ceux que ces questions intéressent, de' rédiger une sorte de Bibliographie raisonnée faisant con— naître la valeur ou laïnon—valeùr des livres sur les sciences occultes. ‘ Une fois fixés, le lecteur et le travailleur ne per— \
62 L’INITIATION draient plus leur temps en parcourant les ouvrages n’ayant aucun intérêt. Un pareil travail ne peut être mené à bonne fin que par un assez grand nombre d’écrivains ; aussi nous adressons—nous à ceux de nos confrères qui, comme nous, jugeraient utile cette bibliographie, pour les engager à se mettre à l’œuvre.
Il faudrait faire ce travail dans de certaines données et proportions, suivant l’intérêt plus ou moins grand que comporterait le livre à analyser. — Ceci dit et bien compris, voici ce spécimen que nous proposons pour un livre présentant un grand intérêt, mais de curiosité seulement. Le présent article pourra dispenser le travailleur de posséder le volume dans Sa bibliothèque.
ENCHIRIDION LEONIS PAPE Serenissimo imperatore CAROLO MAGNO In munus pretiosum datum nuperrimè mendis omnibus expurgalum ROME \ M. D. C. L. X.
Ce petit volume in-1 2 n’a que 1 79 pages, plus treize de table non numérotées. -— Il débute par une courte préface dont voici une partie : « L’histoire des siècles passés fait foi que de tous les Princes Souve— rains, il n’y en a aucun jusqu’à présent qui ait vécu plus heureusement que Charlemagne: en temps de paix, en temps de guerre, ses entreprises ont toujours eu un favorable succès; sa valeur a cent fois éclaté dans des occasions périlleuses où tout autre que lui eût succombé, etc., etc. » 1-4.. - v - a—æ'aiæi‘Æi
BIBLIOGRAPHIE DES SCIENCES OCCULTES (Suit une nomenclature des dangers évités et des succès obtenus, etla préface poursuit :) « Voulez-vous savoir, ami lecteur, quelle fut la source d’une si grande prospérité, il (Charlemagne) l’a avoué lui même par une lettre de remerciement adressée au Pape Léon, dont l’original se voit encore à Rome dans la Bibliothèque du Vatican, écrite de sa propre main, d’un latin fort simple, mais qui exprime bien naïvement la grandeur de sa reconnaissance à l’égard du souverain Pontife.
Il lui marque dans cette lettre que depuis qu’il a reçu un petit livre intitulé Encar RIDION, rempli d’oraisons particulières et de plusieurs figures mystérieuses envoyées par Sa Sainteté comme un précieux présent, il n’a pas cessé d’être heureux. » (Suit la lettre en latin de Charlemagne, puis l’au teur de la préface continue en ces termes :) « Ce pré cieux livre est composé de figures et d’oraisons mys— térieuses dont l’efficacité parait incroyable à tous ceux qui n’en ont pas fait l’expérience.
Elles ne servent pas seulement contre les périls et les dangers auxquels les hommes de toutes sortes d’états et conditions sont sujets sur la terre et sur la mer, en les garantis— sant de leurs ennemis déclarés et secrets, en les pré— servant de toutes morsures de bêtes féroces, enragées et venimeuses et poisons et armes à feu, incendie, naufrages, tombures, etc., mais elles les mettent aussi hors d’atteinte des tonnerres, foudres, tempêtes, etc.» Puis vient une Instruction de ce que l’on doit pra— tiquer en se servant utilement de ce livre, le com mencement de l’Evangile suivant saint Jean, les sept psaumes de la pénitence ; des litanies, '-des
’64 L’INITXATION oraisons très dévotes de Léon pape, enfin le com mencement des oraisons mystérieuses, dont voici les titres : Oraison contre toute sorte de charmes, en chantements, sortilèges, caractères, visions, illusions, possessions, obsessions, empêchements, maléfique, mariage, et tout ce qui peut nous arriver par maléfices de sorciers ou par l’incursion des diables, et aussi très profitable contre toute sorte de malheur, qui peut être donné aux chevaux, juments, bœufs, brebis et telles autres espèces d’animaux, etc., etc. Nous voici à la page 104,, en regard de laquelle se trouve une figure qui, prise quarante fois en longueur donne la hauteur de J .-C. — Cette figure fut trouvée à Constantinople dans une croix d’or; quiconque porte sur lui cette figure ne peut avoir de meilleure protection; il ne pourra mourir de mort subite, ni par le feu, ni par eau, ni par flèches, ni par tem pêtes, ni par tonnerre, ni par venin, ni de mauvais esprits, ni par faux jugement, ni faux témoignage. — De plus, si une femme enceinte la CÏÂe Foi‘s“âñ 'iÜ,ÎÎ porte sur soi invoquant la grâce de ÊËIÊÊÏ,},˰ËËË,,ËÎ N .—S.—J .-C., elle n’aura aucun péril Chris" ou danger en Son accouchement.
Page 105.- Exemplaire de la lettre d’Abagare, roi d’Edesse, écrite et envoyée à J .-C. en Jérusalem par le courrier Ananas : -4<Abagare, fils de Théoparé, roi d’Edesse, à Jésus,
BIBLIOGRAPHIE DES SCIENCES OCCUL’I‘ES 65 notre sauveur qui s’est fait voir à Jérusalem: salut, etc. » ) Cette lettre demande à Jésus de se rendre auprès d’Abagare malade pour le guérir. Nous ignorons la réponse de Jésus-Christ.
Finissons-en avec les oraisons contre les adversités du .monde pour arriver aux secrets mystiques qui forment bien la partie la plus curieuse du livre et qui témoignent d’une superstition burlesque ridicule; nos dernières citations prouveront hautement ce que nous venons d’avancer. .
Voici quelques spécimens pris au hasard; que le lecteur ne croie pas que nous faisons un choix pour prouver la haute superstition que renferme ce livre: Pour arrêter le cours du feu qui brûle une maison, dites: « Qu’il s’arrête, qu’il s’arrête, qu’il s’arrête!
J’ai espéré avant vous, Seigneur, qui confondez votre gloire dans l’éternité. » Pour la rage des chevaux: «xIram, quiram cafiram, cafiratem, trousque secretum securit, securz’cit, secur_ sit, seducit. » L’écrire sur du papier, le rouler et le faire avaler au cheval dans du beurre. Pour cheval qui a les avives ; pour éteindre le feu : autre oraison contre le feu.
Pour éviter de souffrir _à la question: Faut avaler un billet sur lequel soit écrit : « Aglas, aglanas, agla denas imper ubz‘ esmerz’tis trz‘a pendent corpora ramis dz‘smeas et gestas in medz‘o et dz‘vz‘na protesta dz'meas elamaz‘or, redgestas ad astra levatur, ou bien: tel, hel, quel euro non aqua. » Voici des titres d’autres oraisons : « Pour sortir de 3
66 L’INITIATION prison; pour se garantir des armes à feu; pour empê— cher un fusil de tirer; pour l’amour; pour guérir la colique; pour voir un esprit ; pour étancher le sang; pour le saignement de nez ; contre la fièvre; contre les chenilles des arbres; pour lever tous sortset enchan tements ; pour découvrir les larrons ; contre les hémor roîdes; pour la fièvre et la jaunisse; pour le flux "du sang; pour un cheval piqué ou encloué; pour le chancre qui arrive aux bêtes à laine; pour maladies ou blessures ; pour le mal des yeux; contre les renards; contre les loups; pour la brûlure; pour le mal caduc ; remède à la morsure d’un chien enragé; remèdes pour les écrouelles; pour un membre disloqué; pour faciliter l’accouchement; pour les douleurs de dents ; pour arrêter un loup, cerf ou sanglier; pour dénouer l’éguillette (le moyen est des plus pornographiques); pour châtier les insolents; divination par le crible ; pour arrêter le sang en quelques parties du corps que ce soit; pour les fièvres quartes ; pour faire cesser la grêle et tempête excitée par malice. » Ici finit le Livret qui contient diverses fig’ures caba llistiques et autres, mais d’un interêt tout à fait secon daire.
L’exemplaire que nous possédons devait appartenir à un fervent, car toutes les pages sont grasses, cras seuses et tachées par un long et fréquent usage. J. MARCUS DE VÊ‘ZE.
BULLETIN MAÇONNIQUE 0 iBumermu Maçoumue Ë’onmmsnron de l’Inz’tz‘ation dans la Socz‘éte’ E moderne préoccupe vivement les membres du Groupe Maçonnique d’Etudes Initiatiques. Ils se sont demandé quelle pouvait être, sous ce rapport, la tâche réservée à la F.'.
M.'., et ont reconnu qu’à l’heure actuelle cette Institution pouvait seule fournir aux Initiés le moyen de s’unir en une association régulière, susceptible d’influer puissamment sur les destinées de la civilisation générale du globe. Cela néanmoins n’est pratiquement possible qu’à condition de transformer la M.'. actuelle en une société initiatique véritable. Dans ce but, une refonte totale de l’organisation maçonnique est nécessaire.
Le côté purement matériel y tient manifestement beaucoup trop de place, tant sous forme d’exigences financières que sous celle d’un cérémonial compliqué, parlant beaucoup plus au sens qu’à l’esprit. Il est urgent à ce point de vue de spiritualiser d’a— vantage la F.'. M.'. Il faut dégager l’Ordre symbo— ligue de certaines entraves, qui le retiennent fatale— ment dans le terre à terre des préoccupations inces sautes de sa vie organique.
A ce point de vue, la F.'. depuis 1 71 7, traverse une période d’enfance, pendant laquelle elle a dû s’efforcer surtout de gran-. dir et de se défendre contre les perpétuelles causes de destruction qui la menaçaient. Tout danger venant de extérieur est de nos jours conjuré; mais la F.'. M.'.
68 L’INITIATION porte en elle—même des germes de dissolution qui tendent très rapidement à la désorganiser. Elle n’au rait dès lors triomphé de ses ennemis du dehors que pour succomber plus sûrement à la suite des ravages occasionnés par tant de microbes qu’elle renferme dans son sein. — Les membres du Groupe Initiatique croient qu’il n’en est rien.
Ils sont persuadés que les symptômes qui pourraient faire craindre une mort imminente de la M.'. ne sont pas autre chose, en réalité, que les prodromes d’une prochaine et glo rieuse métamorphose de cette Institution immortelle dans son principe animique. Ils considèrent en conn séquence que la F.'. M.'., telle qu’elle fonctionne depuis le siècle dernier, a fait son temps.
Sous le nom de Maçonnerie spéculative, elle aura formé une transition nécessaire entre la Maçonnerie opératine des anciennes confraternités de saint Jean et la Ma çonnerie Nouvelle qui se prépare à naître, pour prendre sans doute le titre de Maçonnerie initiatique. Ce sera là l’Institution rêvée par tous les vrais maçons, auec ou sans tablier.
Elle sera largement ouverteà ces derniers, c’est—à—dire à tous les amis sincères de la Sagesse et de la Vérité. Elle saura atti— rer vers elle les penseurs indépendants, tout en res tant hermétiquement close aux spéculateurs de toutes les catégories.
Cette Maçonnerie régénérée devra se constituer un corps moins pesant que celui de la Maçonnerie actuelle Elle pourra de la sorte s’élancer librement dans le domaine de l’esprit, sans traîner continuellement aprèselle le boulet d’un esclavage matériel.
CHRONIQUE MUSICALE 69 Réalisant ainsi l’idéal maçonnique à un degré plus élevé de spiritualisation, la Maçonnerie Inz‘tz‘atz’que donnera satisfaction par suite aux aspirations les plus nobles de tous les hommes éclairés. OSWALD VIRTH, l.'. Ennemoua ’Musxeaae La grande quantité d’œuvres musicales exécutées depuis l’inauguration des concerts du Châtelet nous condamne à un compte rendu sommaire, dont nous demandons d’avance pardon à nos lecteurs.
Nous nous bornerons donc à une nomenclature rapide, en nous arrêtant davantage aux œuvres qui nous ont le plus frappé. Comme attraction nouvelle, Edouard Grieg, le grand compositeur norvégien, est venu lui-même à Paris diriger ses œuvres, nous révélant, une fois de plus, la rare fécondité de ses inspirations, ainsi qu’un merveilleux talent |de chef d’orchestre.
Les deux Mélodies élégz’aques: Blessure au cœur et Dernier printemps, sont ravissantes et empreintes d’une grâce mélancolique; le concerto de piano, interprété par M. de Greef, est conçu suivant les saines traditions classiques et laisse bien au—dessous de lui, à notre avis, le concerto de Lalo, joué avec talent par Diémer, mais qui est une œuvre trop symphonique, où le piano ne tient qu’un rôle secondaire et souvent effacé. A
_ ÿ .. . . ,__,__ 70 L’INITIATION louer aussi la suite d’orchestre de Peer Gynt, qui renferme des morceaux d’une grande nouveauté d’ef fets, où la fraîcheur des idées rivalise avec un senti— ment très vif d’originalité et une grande saveur mélo— dique._Nous ne saurions passer sous silence la belle symphonie de Raff, dont deux auditions successives ont consacré le succès ; son titre: Dans la forêt, répond parfaitement aux beautés musicales qui y sont expri mées: ce ne sont en effet que tableaux champêtres, rendus avec tout le romantisme d’un Schumann et toute la délicatesse d’un Mendelssohn.
Enfin large part a été faite aux symphonistes et aux membres de la jeune école actuelle.
Sans parler d’une exécution de l’Arle’sienne, de ce regretté Bizet qui aura été et qui restera toujours leur modèle inimitable, nous pouvons citer comme ayant successivement passé au programme: la Danse des prêtresses de Dagon, véritable chef-d’œuvre d’origi— nalité, le prélude du Déluge, et le Rouet d’0mphale, de Camille Saint—Saëns; un extrait du Carnaval, de Guiraud ; la belle ouverture de Phèdre, les Scènes pittoresques, et le Dernier sommezl de la Vierge, de Massenet; le ballet de Sylvia et de délicieux frag— ments du Roi s’amuse, de Delibes {des extraits de Jocelyn, de B.
Godard; l’ouverture de Dimz'trz‘Dons/zoï et le ballet du Démon, de Rubinstein; le concerto et la Rhapsodie Norvégienne, de Lalo ; des fragments de Sigurd, de Reyer ; et enfin la cavatine du Prince Igor, de Borodine, chantée par le ténor Engel. “L’Ode triom phale, d’Augusta Holmès, avait encore fait l’objet de deux auditions suivies. Citons aussi parmi les auteurs :"'f‘f_
CHRONIQUE MUSICALE 71 favoris de l’Association Artistique: l’ouverture de Tannhauser, le prélude de Lohengrin, la superbe marche funèbre du Crépuscule des Dieux et la troi sième scène du deuxième acte de Siegfried, de Richard Wagner, interprétée par M. Engel et Mne de Monta lant.
Hector Berlioz n’a pas été oublié, et les concerts de cette année nous ont fait connaître deux ravis— santes mélodies, Absence et Villanelle, chantées par M"5 de Montalant, à côté d’autres œuvres, que l’on entend toujours avec un réel plaisir: l’ouverture du Carnaval Romain, et la Damnation de Faust dont trois auditions ont consacré, une fois de plus, l’éter— nel succès.
Les interprètes étaient, cette année, M'“° Krauss, assistée de MM. Vergnet, Lanwers et Augier. Enfin, parmi les classiques, Gluck figurait en tête, avec de remarquables fragments d’Alceste : la Marche religieuse, l’air célèbre : « Non ce n’est point un sacri« fice, » chanté par M'”° Krauss, et l’air de la Naî‘ade d’Armz‘de chanté par M"e de Montalant.
De Mozart, citons aussi deux airs des Noces de Figaro, l’air de la comtesse (M“‘° Kraùss) et l’air de Chérubin (M”° de Montalant); de Beethoven, la Symphonie pastorale et le célèbre Septuor; de Schubert, la Marguerite au rouet et la Ballade du Roi des Aulnes (M“m Krauss), et enfin de Mendelssohn, la sym— phonie de la Réformation. HENRI WELSCH.
:aaaaaaaaa PARTIE LITTÉRAIRE firsrÉaas (Suite.) II LA VISITATION Jadis, ferme soudard de granit cuirassé, Francfort avait des tours, des murs, un grand fossé Propre à décourager les chercheurs d’aventures, Car le Mein s’y ruait par quatorze ouvertures; Tel routier qui n’avait jamais, quand il vint là, Bu d’eau pure, y connut trop bien le goût qu’elle a. Mais un grand désarroi de rocs et de ferrailles Combla tout le fossé de toutes les murailles.
Sur les débris un parc aux verdissants contours Se déroule, ceinture ombreuse des faubourgs, Que boucle, par endroits, la grille d’une porte; Et, douce la cité rit d’avoir été forte. Le lent prolongement des saules balancés S’incline où des créneaux raides se 'sont dressés;
HESPÉRUS 73 Grélç, un rosier tient lieu d’un bastion superbe; Plus de lances, sinon des pointes de brins d’herbe ,' La voûte où l’on voyait des ombres se mouvoir, Sinistres, dans la paix inquiète du soir, Quand, douæfois, à coups chaquefoz’s plusfune‘bres, Le cœur du noir minuit battait dans les ténèbres, Est un chemin de houx et d’e}ainesfleuri, Où le jeune passant se recueille, attendri De ce signe de croix aisément eflaçable Que le pas d’un petit oiseaufait sur le sable, Ou triste de l’adieu d’un merle voyageur Qui va d’un saule à l’autre et s’envole, ou songeur D’ouî‘r dans les légers volubilis la guêpe Tinter, clair battant d’or de ces cloches de crêpe.
Seul, un donjon, bloc noir, de lierre interrompu, Que la pioche oublia de détruire ou n’a pu Mettre à bas, dresse encor ses murs rectangulaires: C’est l’Abendthor, qui vit de tragiques colères.
Le jour, ce ténébreux cadavre de granit Se ravive aux gaités du ciel, du vent, du nid, Le rire frais éclos du liseron circule Dans ses fentes où luit l’or de la renoncule; Il a l’oiseau, l’enfant, l’écureuil, et consent A l’escalade; il semble un aïeul innocent Quz‘joue et qui veut bien qu’on le coifl"e de roses.
Maisyla nuit qui connaît les légendes moroses Des prisonniers cloués au mur à coup d’e}vieu, Et trouve que la joie au sépulcre sied peu, Se développe, morne, et, selon la justice, Restituant le deuil à l’antique bâtisse.
74 L’INITIATION Sous le porche où le vent tracasse un lourd chaînon, Le trou hagard qu’afait un boulet de canon S’arrondit dans le mur comme une lune noire; Les vieux échos du burg gémissent de mémoire; Il est plein de l’efl’roi spectral de ce qu’ilfut: C’est l’éclair d’une mèche au-dessus d’un aflût Qu’une étoile entre deux créneaux de ce décembre; Et cette solennelle évocatrice, l’0mbre, Place au guet sous la herse, en sentinelle autour Desfossés, en vigie au sommet de la tour, Lesjantômes quefit une ancienne défaite.
Un escalier de blocs écroulés monte au faite De l’Abendthor. Le nain, qui m’avait amené Vers ce lieu, salua le donjon ruiné Et gravit, m’entrainant, la périlleuse côte, « L’aigle s’envole mieux d’une cime plus haute, Dit—il, et le brouillard des vallons est trompeur. » Lefaite étaitpeu large, et chancelait. J’eus peur.
Hespérus me poussa sur les extrêmes pierres, En criant: « Puisque l’Ange a béni tes paupières, Regarde, et vois! » J’ouvrz‘s très largement les yeux. L’immense paix de l’ombre envahz’ssait les cieux; Sous unvent donttremblaz’ent seulement les hauts arbres, Des nuages profonds, pareils à de grands marbres, S’assemblaz’ent au-dessous de Vesper, pâle point, Comme uneflottaison de banquz’ses se joint;
HESPÉRUS 75 Et, s’étageant par blocs en de lugubres formes, Voûtaz’ent l’ascension de leurs courbes énormes, Jusqu’à mettre à la terre un couvercle total. Seule, très faible, au bas du ciel occidental, Une ligne de nue et d’or blême, restée Comme un ruban d’écume au bord d’une jetée, S ’amz’ncz’ssait avec de plaintz’ves douleurs. Et, sous l’oppression des noirs envahisseurs, Elle mourut.
Ainsi finit la lueur vermeille D’un collier, quand l’écrin se referme. Pareille, Après les lustres d’or éteints par les valets Dans l’antichambre et dans les salles d’un palais, S’échappe la lueur qui glissait sous la pdrte. Et le ciel m’efi’raya comme une steppe morte. « Que vois-tu P dit la main. — L’obscurité du ciel. — Tant qu’en mon sein fut clos l’œil immatériel, Reprit—iI, je ne vis, comme toi, que ténèbres.
Rhéteur, docteur, fameux entre les plus célèbres, Mais plein d’ombre, c’était l’ombre que j’ensez’gnaz’s; Je prenais vainement le mystère aux poignets Pour leforcer d’ouvrir enfin ses mains fermées ; Étrezgnant des éclairs, colletant des fumées, J’avais dans l’incohnu des combats à tâtons , Et mes élans rampaient comme des avortons ; Mais la Sagesse, enfin, m’élut entre les hommes! CATULLE MENDÈS. (A suivre.)
76 L’INITIATION ËA Ï%lPE ÈTElNTE (CONTE) A mon cher ami G. Poircl. I äumu la dalle du caveau fut retombée sur le cer (ü cueil paternel, enfin délivré des poignées de mains banales et des condoléances quelconques, Denis Ma galèse regagha en toute hâte la maison où désormais il serait seul, et, ne le soutenant plus, son orgueil, sa haine et son mépris des gens. il s’abandonna aux ma— nifestations sauvages de la plus animale douleur.
Pendant deux jours et deux nuits, ses hurlements de bête esseulée retentirent par le vaste logis vide ; enfin la fortraiture l’écrasa, une viduité l’étourdit et un long sommeil incoercible, comme, de l’enfant qui dort après un gros chagrin, le prit doucement et l’enveloppa.
A son réveil, après une longue songerie, il courut au cabinet de travail du défunt, et d’un dernier regard qu’il voulut perçant et mémorial en embrassa tous les détails, s’en fixa dans l’esprit l’exacte image ; puis, auvents tirés et porte close, il emporta la clef.
Ainsi, nul ne profanerait la retraite dorénavant Obs— cure qu’avait remplie ce génie créateur; les meubles, les livres, les moindres outils du travail journalier parmi lesquels s’était insensiblement écoulée l’exis
LA PIPE ÊTEINTE 77 tence du maître. resteraient tels que les avait surpris son départ. \ Au sein du demi—jour mystique que tamisent les lames des volets, où les rais de lumière semblent prendre une personnalité et révèlent à l’instinct même leur énergie vivifiante, ce serait un sanctuaire intact et silencieux.
L’âme paternelle y pourrait venir errer, paisible, revivre spirituellement la vie aimée, se baigner en toute volupté dans l’efiluve du culte filial.
Il Ces devoirs remplis, il reprenait sa monotone exis— tence d’employé de ministère, coupée d’allées et de venues à heures fixes, avec les mêmes arrêts incons cients devantles mêmes banales boutiques ;alternanee de froids morbifiques et de soleils cordiaux, de morne abattement et d’espoir juvénile; et l’insolente bêtise .des citoyens qu’il faut vénérer, et la consciencieuse vmuflerie des chefs.
Comme devant, il passait pour « un toqué » près de ses collègues, ne s’intéressant aux monologues des ,uns ni aux dominos des autres. Pensant beaucoup, il parlait peu, ne fréquentait personne, et, dédaigneux des bocks, s’enfermait chez lui aux heures de liberté , à « bouquiner, écrivasser et philosophailler », selon ces messieurs.
Détesté d’ail— leurs, pour son mutisme et sa sensitivité toute féminine. . , Et les années s’écoulèrent sans que s’atténuassent
78 L’INITIATION les regrets ni le chagrin de Magalèse. Il ne pouvait même s’abstraire aux études tant chéries, aux hautes recherches philosophiques où son père l’avait initié, cette pensée lamentable se remembrant sans cesse qu’était parti le seul ami, le maître adoré.
Jusqu’à l’heure désirée de la mort, privé du guide qui lui donnait lumière, vigueur et volonté et le ren dait grand, le faisant concevoir, il se traînerait soli taire, rampant à tâtons dans les ténèbres de son dé bile intellect. La douceur de vivre tant savourée naguère ne lui serait plus que désespoir et. qu’ennui. Il se cariait d’indifférence intégrale.
111 Au bout de quelque sept années, Denis reconnut qu’au lieu de s’être apaisée à la longue, sa grévance semblait s’exacerber, tandis qu’un sourd pressentiment l’avertissait de choses nouvelles.
Souvent, en plein travail, un malaise confus l’agi— tait tout à coup; une inquiétude le saisissait, le stupé— fiait en une sorte de suspens intérieur, comme si l’on eût tiré un rideau très opaque entre ses facultés et les occupations auxquelles il s’appliquait alors, puis s’im posait la mémoire du jour fatal et, pendant de longues heures, il contemplait invinciblement la porte fermée du cabinet où avait disparu son père.
Il le revoyait, d’une haute stature, soutenant sa pipe d’un geste très ample, tout effleuré des ondula tions lourdes de ses bouffées majestueuses. Soudain on avait entendu le grelottement déla
LA PIPE ÉTEINTE 79 sonnette aussitôt suivi d’un sinistre bruit de chute, et on accourait relever M. Magalèse, la figure grima— çante, une épaisse écume grise sur les lèvres tumé— fiées, et ce hideux soulèvement régulier d’une joue par l’expiration comme palpite la gorge des crapauds! Monstrueux et idiot, il expirait bientôt sans cons cience et sans verbe. Et, les yeux attachés à la porte, Denis était envahi d’une immense envie d’entrer là-dedans.
Son extra— ordinaire imagination, son caractère excessif et en— thousiaste l’ayant à jamais voué à la souffrance, il reo cherchait d’un instinct goulu la tristesse etl’affliction ; il trouvait à être malheureux une amertume cares— sante, une sourde jouissance d’ordre supérieur qui le crucifiait.
Ainsi brusquement rajeunis, ses souvenirs lui pro— cureraient une indicible émotion, lui feraient res— , saisir la présence de l’être bien—aimé et l’immédiat déchirement qu’avait causé sa perte.
Un scrupule seulement le retenait: violant le re cueillement solennel où dormait le mausolée, n’al lait-il point méfaire P IV Un dimanche après midi que, tout jour bouché, il travaillait à la lampe — en prévention du spleen des ciels d’hiver — l’occulte perturbation l’inter rompit encore et, quelque volonté qu’il mit à pour suivre sa besogne, il lui fut impossible de se reprendre. Jamais ne l’avait dominé plus tyrannique le désir de
80 L’INITIATION revoir l’endroit même où il était tombé sous la fou droÿante apoplexie. Attiré de force, comme humé, tout en détestant l’acte qui le sollicitait, il ne possédait plus la faculté de résistance. Il se dit alors qu’il lui faudrait inévitablement sa tisfaire sa curiosité et se donna des raisons, tâchant à se convaincre de ses intentions pures. En vérité, si son père assistait, comment s’irrite— rait-il d’une telle piété ?
Très respectueux, il entrerait, 'regarderait de toutes ses forces,et quand il aurait vu, bien vu, il s’assoirait ; puis, comme se balance vers le ciel une fumée d’encens, il laisserait d’une souve— nance réagrégée et reconquise émaner vers le Re gretté la muette prière de ses pensées d’amour.
Après, il sortirait pour revenir à longs intervalles ainsi méditer, se retremper dans ce milieu Où avait tant enfanté son intelligence, où les murailles, les meubles et jusqu’aux plus futiles bibelots devaient être imprégnés, comme chargés de la puissance géné— ratrice de ses concepts.
Sous l’influx d’une si ardente dilection, d’une ten sion intellectuelle toute vers le mort, l’ambiance se départirait peut—être en sa faveur d’un peu de la force accumulée, réconfortant par une telle transfusion son esprit malade et sans vigueur. ' Ah! concentrer en soi la virtualité de l’esprit pa ternel! V Denis ouvrit la porte. Un singulier parfum l’arrête. _Ï.
LA PIPE ÉTE1NTE 8 r sur le seuil, se demandant quelle synthèse était pour lui en cette odeur... La chambre toujours close n’a vait-elle pas contracté le vague relent de moisi qui s’épanche des sacristies ? Tout ainsi qu’à l’heure néfaste.
Sur la table, la revue qu’il lisait froissée dans l’an goisse première de l’apoplexie; à côté, sa pipe, posée sans doute d’un geste convulsif, car un petit cylindre de cendre agglomérée gisait encore près du fourneau.
Afi’olé, il s’était levé, avait brusquement repoussé ce fauteuil et, ne voyant déjà plus que des myriades d’étoiles d’or qui tremblotaiènt devant ses yeux exorbi— tés, il s’était précipité vers la sonnette et lourdement s’était abattu sur cette peau de buffle noir avec un boum sinistre et mat. Machina] et rêveur, Denis s’assit dans le fauteuil et prit la pipe si amoureusement culottée par son père.
Amateur, il la flaira, la goûta presque de l’odorat et, l’ayant retournée, examinée en tous les sens, il fourbit légèrement du pan de sa redingote la jolie chose ryth mique dont la topaze brûlée se piqua de scintille ments. Cette pipe que le père serrait entre ses lèvres à l’heure terrible et mystérieuse de la mort... elle s’était éteinte au même instant que son maître et le dernier flacon de fumée s’était envolé avec le dernier soupir de l’homme!
Tandis qu’il maniait l’objet si intimement lié à l’existence de son père, ce compagnon des rêveries béates et des pensées graves, un émoi religieux et craintif l’envahissait; il lui semblait qu’une âme aussi
: 82 L’INITIATION s’était enfuie de là, et, s’imaginant ne plus rouler entre ses doigts qu’une sorte de cadavre, il frissonna — tel un violateur de tombeau — et vite reposa cela sur la table avec l’instinctive horreur de la vie pour la mort.
Honteux de son enfantillage, il entreprit d’arpenter 'la pièce et son pas fit résonner des potiches, il tres saillit encore et se retourna tout d’une pièce comme au sentiment d’une présence, puis, à la réflexion qu’un éréthisme fiévreux le rendait ce jour—là inepte à évoquer ces funèbres pensées, il s’en fut. " VI Mais de toute la semaine, bien qu’il s’efforçait de s’en distraire, le souvenir de pipe ne le quittait.
Cette idée d’une étroite liaison, d’une concomi— tance entre la vie de son père et celle qu’il accordait . à cet ustensile, avait agrippé son cerveau, encore qu’il se trouvât très ridicule et plus d’une fois éclatât d’un rire nerveux, discutant avec lui—même, se moquant de soi.
Et c’était néanmoins le côté monstrueusement comique, l’extravagance d’une telle supposition qui le séduisait, l’accaparait malgré lui. —— Il est évident que je suis fou, pensait-il; l’âme d’une pipe ! où diable ai-je été chercher cette toquade ? . Que de gens passent pour raisonnables dont la tête n’est ainsi remplie que de fantasmagories délirantes ! Les trois quarts des prétendus gens de bon sens ne sont que des aliénés, et moi j’en suis un, cela ne fait
LA PIPE ÉTEINTE 83 E’:Î"‘"" " ': pas doute... L’âme d’une pipe ? Et pourtant, faut-if donc proclamer absurde ce que nous ne savons com— prendre? C’est ce plat penchant de pion à nier apriori toutes notions hors de notre portée qui a fait ces ma— térialistes imbéciles, ces savants étroits et pédants... La conscience d’une chose Î" Pourquoi pas ?
VII Le dimanche suivant, comme sa pensée opiniâtre lui rappelait encore la pipe, Denis haleta d’une subite commotion. Eteinte, oui, mais non vide ! N’était-il pas en son pouvoir de la rallumer et de la finir P Ressusciter la chose morte aux dents du père expirant, quel acte rare et suggestif ! Et puis, il se prit à trembler de s’être avisé de cela. C’était fini; perdu, ensorcelé, il commettrait le sacri lège...
Un sacrilège, mais gros de sensations impol— luées, d’idées inabordées, de mystère..... _ Quelle honte ! il ne s’agissait plus de culte filial ; il se démas quait lui-même, l’exécrable; c’était pour assouvir une odieuse badauderie de malade qu’il allait attenter à la mort ! Se soustraire à la tentation, il n’en trouverait plus l’énergie.
Convaincu dès lors de sa faiblesse et habile à se leurrer, il se recordait son père répétant sans cesse en ses leçons l’urgence d’apprendre toujours, de savoir à tout prix, et, fort de son mensonge, il tour— nait le loquet. Dans le cabinet, longtemps immobile à considérer
.84 L’INITIATION la pipe, souffrant horriblement du combat livréen lui et cherchant pourquoi il luttait, puisqu’il connaissait maintenant son incapacité de se vaincre, puisqu’il la fumerait, il s’efforçait à ratiociner sur des sujets abs— trus, à extirper l’obsession de sa cervelle avec l’en tière certitude de la vanité de ses efforts.
Quelles scènes horribles allaient apparaître, quelles cogitations inconnues s’éveiller ? des spectacles encore jamais vus par un homme lui étaient-ils réservés, à lui, le méchant qui troublait le repos des trépassés? Une torpeur l’embrumait; lentement automatique il la prit; l’allumette claqua et des lueurs bleues orangées léchèrent vaguement les lambris qu’enténé— brait déjà le crépuscule.
Dans la quasi-obscurité, les flocons de fumée s’éle— vèrent tordus en volutes étranges et, peu à peu, Denis découvrit qu’il les entendait; une extraordinaire et subtile perspicacité le pénétrait d’une propagation continue, capillaire pour ainsi dire, et, à mesure qu’as— cendaient plus compacts les nuages plastiques et signi— fiants, son intuition s’étendait, immense.
Bientôt, il aperçut et vit grandir le radieux éblouis— sement d’une ineffable lumière vivante qui l’absorbait, le dissolvait, le buvait. Comme elle, il s’épandait en ubiquité; une ivresse énorme le ravissant de son infinie dispersion, il se déroulait en ondes harmonieuses dans le rayonne ment d’un éternel sourire. L’Univers sans voile s’ouvrit, s’éclaira, trans— lucide, fondu en flots éclatants d’ors et dont la con— templation était le Bonheur pur.
LA PIPE ÉTEINTE 85 , | r ? Il sut la raison des choses, il conçut l’Inconcevable, il comprit l’Absolu, étant l’Intelligence. Mais voici que l’universelle vibration s’alanguit, la chatoyante splendeur se fait torrent de pénombre, puis de ténèbres compactes qui l’entrainent d’un cou— rant formidable. Graduelle ainsi qu’elle s’est instillée, il sent la Force désagrégée l’abandonner, fuir de partout, comme si elle s’exsudait...
La pipe derechef s’est éteinte. D’une voix très basse, mais si distincte qu’elle serait perceptible à travers le plus inouï vacarme, il clame par trois fois : « Père! Père ! Père ! » et soudain se lève les yeux jaillis des orbites; violemment, il repousse le fauteuil et d’un coup sec pose sur la table la pipe qui se brise en vomissant un petit cylindre de cendre agglomérée.
Les mains étendues telles que pour écarter quelque horrible vision, il fait un pas, butte et lourdement se prosterne contre la peau de buffle avec un boum si nistre et mat. CH.-M. TORQUET. Paris, novembre I889. L’abondance des matières nous force à renvoyer au prochain numéro la suite de l’Elixir de Vie, l’inté ressante nouvelle de Jules Lermina.
86 L’INITIATION rameaaenm Le Magnétisme devant la loi, par le Dr FOVEAU DE COURMELLES. I vol. I fr. Carré, éditeur. Tous ceux qui s’intéressent aux questions médicales liront avec le plus grand profit le mémoire présenté au Congrès Magnétique par notre savant collaborateur, le docteur Foveau deCourmélles : Le Magnétisme devant la loi.
Toutes les questions se rattachant à ce sujet, plus que jamais à l’ordre du jour, ysont traitées et discutées avec la compétence habituelle de l’auteur, docteur en méde cine en même temps que licencié en droit.
Après un historique court maiscomplet du magné tisme depuis Mesmer, où il montre le vrai rôle des mé decins et des magnétiseurs et explique très simplement pourquoi le magnétisme n’a pas eu droit de cité dans le corps médical, il nous expose les desiderata de la légis— lation actuelle touchant le magnétisme curatif, et exprime le vœu qu’une école de magnétisme soit fondée à peu près sur le modèle de l’école dentaire,où des magné— tiseurs instruits puissent être formés sans posséder le diplôme de docteur en médec1ne dont la nécessité pour l’exercice du magnétisme restreindrait inutilement le libre exercice de l’art de Mesmer qui peut rendre tant de services à l’humanité par une pratique saine et in telligente.
Le mémoire du D“ Foveau de Courmelles est une œuvre de conciliation entre médecins et magnétiseurs,. l’auteur ayant fait preuve d’une grande indépendance en adressant aux uns et aux autres les reproches qu’ils méritaient. Comme lui, nous désirons vivement voir tomber le mépris que professent les facultés à l’égard du magné tisme humain et triompher les idées exprimées dans le Magnétisme devant la let. ' PAPUS.
BIBLIOGRAPHIE 1» *4 Medjour, par CHARLES GRANDMOUGIN. —La main du Général Bou langer, par A. BuÉ. I vol. 2 fr. Dentu éditeur. A[edjour est un conte oùdansune soixantaine de pages l’auteur résume les principales données de la Science Occulte.
IL’histoire, merveilleuse, comme tout ce qui dépasse le monde matériel. est très attachante et M. Charles Grandmougin exprime les vérités sublimes de l’Occul tisme dans un style élégant, poétique, tantôt d’une fraîcheur de printemps, tantôt d’une élévation où l’on reconnaît l’écrivain de race, l’artiste.
Nous assistons à l’initiation d’un jeune Français par un adepte hindou qui, possédant à fond tousles secrets de la Magie et dominant par sa volonté les forces de la Nature, lui montre d’abord l’humanité telle qu’elle est, avec ses vices, avecles véritables sentiments de sa femme, de ses amis, de ses parents; puis il le conduitdans l’Au delà et lui fait voir, réincarnées suivant leurs actes, les âmes des puissants de la terre. des conquérants,.des or gueilleux, des humbles, des petits.
Enfin, après luiavoir fait connaître les suprêmes Edens, il l’emmène dans le Thibet où il entrera dans la vie réelle « qui est celle du vouloir suprême et de la pensée » .
Dans ce récit dont je n’ai fait que donner un faible aperçu, quelque pages sont admirables d’art et de vérité, surtout celles où l’auteur nous montre sous une forme symbolique les tendances de notre société sans butvers un état d’inanition qu’il nomme cruellement ( le pha lanstère de la stupidité idéale n. Telle est cette _œuvre de lumière plus capable que les traités trop scientifiques, trop profonds, de faire pénétrer dans les masses, sous une forme attrayante, les théories si belles de la science occulté, de faire entrevoir les régions prodigieusement sublimes où elle pourrait élever ses adeptes fidèles, désintéressés et épris du seul amour de leurs semblables. C'est une oeuvre de véritable occul— tiste en même temps que de très habile écrivain.
88 L’INITIATION * 2412»< Une préface spirituelle de Théodore Cahu expose comment M. Bué a été amené à étudierla main du fameux général, si populaire à un moment, presque oublié aujourd’hui. L'étude de chiromancie est très sérieuse ; tous les si— gnes kabbalistiques sont longuement expliqués.
Je crois assez à la chiromancie qui, personnellement, m’a donné d'excellents résultats, pour ne pas rire des prédictions que renferme ce livre, surtout en considérant que jus qu’ici l’auteur a presque dit vrai en prédisant au général de grands succès pour le début de l’année 1889 et une période plus difficile à la fin ; mais, pour l’avenir, j’au rais plus de confiance dans une méthode différente de la méthode traditionnelle employée avec tant de science par M. Bué, méthode due à la sagacité de mon ami Papus et dont il a tiré de merveilleux effets.
Sans faire le procès de la chiromancie de l’auteur, qui possède à un très haut degré le sens occulte et a acquis dans la. pratique de l’oc cultisme une juste réputation, je crains bien que les événements ne démentent fâcheusement sa prophétie et que, en 1894, le général ne soit pas au pouvoir.
Je désire vivement pour la chiromancie et pour lui-même qu’il ait dit vrai, persuadé, d’ailleurs, que le contraire n'infirmera pas la valeur de notre science dont le premier enseignement est: Astra inclinant, non necessitant. LUCIEN MAUCHEL.
«k 41 Nous apprenons la fondation d’une nouvelle Agence destinée à rendre de grands services à Paris qui pense, écrit, travaille, invente, etc., enfin au tout Paris qui s’intéresse à ce qui s’imprime chaque jour dans tous les Journaux du monde. — Le Courrier de la Presse, l9, boulevard Montmartre, A. GALLOIS, Directeur, com munique les extraits de tous les Journaux sur n’importe quel sujet. ÿ _ 7 . '
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 89 IËrR©UPE taÉeneaarr D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES L’inauguration des conférences données par le groupe indépendant d’études ésotériques s’est faite le 18 décem bre dernier.
Plus de cinquante personnes avaient répondu :à l’appel de l’Initiation et prenaient place dans le char mant salon orné, pour la circonstance, de tableaux divers représentant le symbole de toutes les sociétés d’initiation en relatant les faits les plus importants du mouvement ésotérique dans ces dernières années. M. Papus afait une conférence sur l’utilité de la science occulte et son importance pour les savants, les littérateurs et les artistes.
Après une suspension d’une demi-heure, M. Lucien Mauchel a décrit les progrès accomplis par nos idées pendant l’année 1889. Stanislas de Guaita a présidé toute la seconde partie de la soirée. Les nombreux invités se sont séparés à onze heures et demie en se donnant rendez-vous pour la pronhaine soirée qui aura lieu dans le courant de janvier.
Rappelons que tous les abonnés de l’1nitiation re— çoivent sur leurs demandes une carte de membre asso cié du groupe. Le groupe compte à l’heure actuelle plusieurs cen— taines de membres associés, et quatre—vingtdeux membres actifs et titulaires tant à Paris qu'en provmce. S’adresser pour tous renseignements par lettres à M. Lucien Mauchel à la rédaction de la Revue, en joi— gnant un timbre pour la réponse. Nouvemes K‘VERSES Brillante matinée conférence le 2 décembre à la Bi bliothèque internationale des Œuvres des femmes.
90 L’INITIATION . -I:i . —‘-ï. .. _ “un“ Mme Raymond Pognon a parlé très élégamment sur l'ar— bitrage. Après elle M. Frédéric Passy a enlevé les bra— vos enthousiastes de l'auditoire en énumérant les progrès considérables des sociétés d’arbitrage dans ces dernières années.
La colonie américaine et une grande partie de la colonie russe assistaient à cette fête toùt intime. * aræc Le colonel Olcott, président de la Société Théoso— phique, a quitté l'Europe le 2 janvier. Assez sérieuse ment malade, il retourne dans l’Inde. * U-4 L’Initiation commencera dans son prochain numéro deux études de la plus haute importance.
L’une, de notre rédacteur STANISLAS DE GUAITA, traite des forces qu’on peut mettre en action dans la Magie pratique;titre: Les [Mystères de la Solitude (liv. Il, chap. 2, du Serpent de la Genèse). L’autre, de notre rédacteur MARGES DE VÈZE, est un grand travail absolument inédit et du plus haut intérêt sur l’Eg{yptolDgæ sacrée.
Un aperçu historique, suivi d’une série de chapitres sur l’écriture Égyptienne et ses divisions, l’origine de cette écriture, les différents caprices des signes, sur la signifi— cation des diverses figures, sur la Numération, forme la première partie. La deuxième partie étudie le Papyrus, les Livres d’Hermès, l’Art sacré et l’Occultisme.
La troisième et dernière partie étudie la Religion, les mythes, le culte. la psychologie, les animaux sacrés, les végétaux sacrés, les castes, les embaumements et les momies, les funé railles, le livre des Morts et le livre des Panifications. Nous ne doutons pas du succès de ce travail remar quable qui fait le plus grand honneur à Marcus de Vèze, dont l’éloge n’est plus àfaire. De nombreuses figures faciliteront la compréhension de ce travail. a 4
ARTICLES SIGNALÉS A NOS LECTEURS gI PRIME GRATUITE A NOS ABONNÉS On raconte partout des faits extraordinaires : ici c’est l’entraînement de la suggestion ou la vue à distance sans le secours des yeux; la, le compte-rendu officiel d’une opération chirurgicale faite sans douleur dans le som— nambulisme ou de maladies réputées incurables guéries par le Magnétisme.
Nié hier encore, le .Magne‘tisme est affirmé aujourd’hui par les savants ettout le monde veut être renseigné sur sa valeur.
Ne reculant devant aucun sacrifice quand il s’agit d’être agréable à nos lecteurs, nous venons de nous entendre avec le Journl du Magnétisme, organe mensuel de la Société magnétique de France, dont l’abonnement est de 7 fr. par an, pour que cet intéressant journal soit servi à titre de PRIME ENTIÈREMENT GRATUITE à tous nos abonnés nouveaux et à nos réabonne's, pendant la durée de leur abonnement.
' Pour recevoir cette prime, en faire la demande à la Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris, en y joignant sa quittance d’abonnement.
Ërtisles signalés à rues lecteurs DANS LES PRINCIPALES REVUES D’OCCULTISME (I) La Revue Théosophique (n° 9). — Plan actuel dans le plan Physique, par GUYMIOT. — (N° I0 :) Pourquoi je devins théosophe, ANNIE BESANT et note sur le Christia nisme par la COMTESSE D’ADHÉMAR. * >æ2æ L’Aurore (n° I2, décembre 1889). — La Théosophie ou (l) L’Initiation est la seule revue qui publie chaque mois une Revue complète de la Presse occultiste en signalant les articles les plus inté ressants ; le nombre de ses collaborateurs lui permet de donner à ce travail toute l'importance qu'il comporte.
92 L’INITIATION la Sagesse Divine, FRANZ HARTMANN. L’Occulte ou la la Théosophie Scientifique, LADY CAITHNESS. * 2‘ «\‘ L’Etoile, d’Avignon (N° [1, janvier 1890). — La Pas sion (poésie), ALBER JHOUNEY ; Christianisme ésotérique et social, ABBÉ Rocx. * 424 L’Etoile annonce qu’elle comprendra désormais trois parties : 1° Une partie Kabbaiistique; 2° Une partiesocia liste ; 3° Une partie expérimentale et Spirite.
Souhai tons tout le succès qu’ils méritent à nos frères en ésoté risme. i' :r» a: La Religion laïque (de Nantes). — Quelques mots d’explication sur la Religion Universelle,Cu.
FAUVETY. * La Rénovation,organe de la conciliation sociale et des doctrines d’association. —— La Législation détaillée et la Sociologie, HIPPOLYTE DESTREM. * >æ-v» La Chaîne magnétique. — Très curieux article sur la Disparition de l’huissierGouffé, décrite par une somman bule, M° L.
AUFFINGER. * :tuæ Le Lucifer (de Paris). -— Une Revue mensuelle qui porte sur sa couverture un titre empruntéà une revue de Londres un cachet, emprunte'à la Société théosophique, des lettres sanscrites empruntées à feu le Lotus, vient de paraître chez Sauvaitre. Cette revue prêche la Fraternité humaine à coups de trique. — Son premier numéro prend à partie cinq ou six personnalités parisiennes dans une série d’articles non signés.
Le gérant s’appelle PAILLE; on a oublié ses titres nobiliaires (Comte Homme de). Son blason orne cependant la couverture en guise du
ARTICLES SIGNALÉS A NOS LECTEURS 93 nom de directeur.
Espérons que le second numéro de cette aimable revue nous dévoilera le nom de la haute personnalité quiécrit'à elle seule six articles ennuyeux de suite. * -V»‘I A lire dans la Revue Spiritc: les offices Bouddhiques à l’Exposition, par AUGUSTIN CHABODEAU, et la suite de la savante étude de MARCUS DE VÈZE: L’Intolérance reli gieuse à travers les siècles. * :t1 4 Dans le numéro d’octobre de la Revue Maçonnique, M. SCHŒFFER répond à Papus dans une lettre surle symbolisme dans la Franc-Maçonnerie.
' .. :t 41 L’Alliance scientifique contient un bel article de M.LÉON DE ROSNY intitulé : Une nouvelle évolution des études ethnographiques. v: 41 A lire dans les n°5 62 et 63 du Bulletin des sommaires les intéressantes causeries de M. CH. M. LIMOUSIN. va: 2‘24.
La Revue Socialiste contient une étude très sérieuse de BENOIT MALON: La Protestation communiste dans le passé. * 10\in M. AUGUSTE JEHAN, directeur du Courrier de Versailles et de Seine-et-Oise, consacre, dans le n° du 22 décembre, une longue et remarquable étude au livre de M. Raymond Maygrier : Les Dystères du magnétisme. * )t :t A lire dans le Bâtiment du 8 décembre une profonde étude sociale de M. ERNEST Bosc : Le pire des fabri cants, c’est l’Etat. * :c:t Le Journal d’hygiène du 14novembrea publié un travail
94 L’INITIATION intéressant de notre collaborateur ROUXEL: Le Principe de population. * sa: ÉTRANGER Lu{ y Verdad, filosofico y social. paraissant le vendredi de chaque mois à La Plata (République Argen tine). Journal fort intéressant dirigé par H. GERGEOIS et défendant les principes de l’occultisme. * x» an Nous n’avons pas reçu le Lucifer (de Londres) depuis deux mois.
Cette ennuyeuse revue aurait-elle cessé de paraître ? * x» 4 Revista dos Studios psicologicos, mensuel. Barcelone, -(Calle de Pallais). Revue de spiritisme fort intéressant. * «1&4 The The030phist, a Magazine of oriental philosoph y art,Litterarure and Occultism, Madras. Th. Duvelles Of the threshold, by F. HARTMANN; A study in esoteric christianity, H.
A. v. — (La plus intéressante des revues théosophiques.) Œwaas anpus L’Union Spiritualiste de Liège publie pour 1890 un almanach des plus intéressants que nous recomman— dons chaudementà tous nos lecteurs. Ce petit livre contient des citations et des extraits fort intéressants de nos plus grands écrivains en faveur du Spiritualisme. L’exemplaire coûte 0,15 c.;les 25 exemplaires 3 fr. S’a dresser à M. Gaston Duparque, 39, rue Bourbon, Liège (Belgique).
LIVRES REÇUS 95‘ * x)! Le Théorème des Parallélogrammes des Forces démon-> tréerrone’ (avec figures),parGtusmra Casszzn,livre italien édité à Bresc1a. Nous ferons notre possible pour en faire un compte rendu. * ar»-v Histoire Nationale des Gaulois sous Vercinge’torix, par ER.‘XEST Base et L. BONNEMÈRE, avec 160 gravures dans le texte. Firmin Didot. o .
Est/1er à Saint-Cyr, comédie en un acte en vers, de notre collaborateur JULES DE MARTHOLD, représentée à l’Odéonjle 2! décembre 1889. —— Trin et Stoik, éditeurs, Palais-Royal. * Ils «I J.-A. R1counn, Étude sur la grande république amé— ricaine. I vol. 3 fr. 50. Beaudelot, éditeur. * -\ta\x Plutarque international des Femmes.— La Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, à Paris, sous le patronage de S.
M. la Reine de Roumanie, Carmen Sylva, de S. M. la Reine de Portugal, de S. A. R. la Princesse Christian de Schleswig-l—Iolstein, et dirigée par M118 A. de Wolska, publie un Plutarque international des Femmes.
Ce livre contiendra les détails biographiques les plus importants des femmes contemporaines, vivantes: écri vains, compositrices, musiciennes, artistes lyriques ou dramatiques, peintres, sculpteurs, etc., du globe entier et de toutes les nations ou nationalités de la terre, et sera orné des portraits d’un grand nombre de femmes célèbres. Le Plutarque international des Femmes sera édité à Paris, et. seulement en langue française. Répandu partout, ce livre fera connaître dans le monde entier celles dont il contiendra les détails bio
e96 L’INITIATION graphiques et sera par suite de la plus grande utilité pour la diffusion de leurs œuvres, attendu qu'il indi quera le lieu exact de leur séjour.
Le Plutarque international des Femmes constitue donc un livre indispensable à toutes les sociétés, entre prises ou personnes de la terre qui ont un intérêt pro fessionnel à connaitre l‘adresse et les œuvres des femmes écrivains, compositrices, peintres, sculpteurs, artistes dramatiques ou lyriques, etc. Ce livre sera rédigé par des écrivains français ayant tous fait leurs preuves et honorablement connus.
Le Rédacteur en chef du Plutarque international dés Femmes, à Paris, est M. PAPUS, directeurde l’Initiation. La. Rédactrice en chef du Plutarque international des Femmes, à Vienne (Autriche), est M"“’ SlDONIA GRON WALD-ZERKOWITZ, vr Stumpergasse 30, Vienne. L’éditeur du Plutarque international des Femmes est la Bibliothèque internationale des œuvres des Femmes (directrice, A.
DE WOLSKA), 21, passage Saulnier, rue Lafayette, Paris. lNÉeanem Nous apprenons la mort du frère de notre collabora teur Donald Mac Nab, le poète MAURICE MAC NAB décédé à l’âge de trente-trois ans, à Paris. Nous nous as— socions de cœur à la douleur de toute cette famille si cruellement éprouvée. La maladie régnante est cause du retard dans la publication de la Revue. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, me. E. ARRAULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECTURE. 5
VIENT DE PARAITRE Dr FOVEAU DE COURMELLES Lauréat de l’Académie de Médecine Licencié en droit, Licencié ès—sciences physiques Licencié ès-sciences naturelles LE MAGNÉTISME DEVANT LA LOI Prix.......... .1» CARRÉ, Éditeur L’ÈGHO DE LA SEMAINE POLITIQUE ET LITTÉRAIRE Revue populaire illustrée paraissant le Dinranche Rédacteur en Chef: Victor TISSOT L’Écho de la Semaine publie les chroniques et les articles les plus remarqués des meilleurs écrivains.
Chaque numéro de 12 pages grand format est de plus orné de nombreuses gravures. C’est le plus intéressant et le meilleur marché des journaux hebdoma daires. Abonnement: 6 fr. par an, 3, place de Valois (Dentu), Paris. — Demander spécimen. ——-‘O’-—
.u—\ "‘-"""""‘_“ LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une .manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu’avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) —— 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. — A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du Jl{ystère (2'3 édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bolre’miens, par Papus. -- Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. -— Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. — Collection de l’Initiati0n et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits enfrançais. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. — Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. — Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. -— Un Caractère, par L. Hennique .
DEUXIÈME DEGRÉ. —— Eurêka, par Edgard Poë. u» Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. -— Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. —- Les Grands Mystères, par Eugène Nus. -— Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. — Le Spiritisnze,par le Docteur Gibier. —— Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. -—— Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. —— Le Sep/1er Jésirah, par Papus.-— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. L’éditeur CARRÉ se çharge de procurer tous Ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d’eux.
L’I N [TIATI O N (“’N’%’ËËËÈ’EN”) RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS ' G. CARRÉ Dmecreunl PAPUS . , * 56’, rue Saznt—Andre—des—Arts DIRECTEUR-ADJOINT : Lucian MAUCHEL Rédacteur en chef: George MONTIÈRE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an- ‘0 fr CH. BARLET. — J. LEJAY ÉTRANGER, —- I2 fr. RÉDACTION): 14, rue de Strasbourg. — Chrque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L'indépendance absolue étant la raison. d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de, la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
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PRINCIPALES MAISONS VENDANT L’INITIATION AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARRON ET E. FLAMMARION 14, rue Auber LELIË GE OIS Rue de Marengo de l‘Odéon des Italiens gérant Galeries 1 2, Boulevard Remise de 15 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs LIBRAIRIE E.
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