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’Ëiniîiaiion Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 5‘"° VOLUME. -— 2“‘° ANNÉE SOMMAIRE DU N° 2. (Décembre 1889) PARTIE INITIATIQUE... Le Sorcier . . . . . . . . . .. Stanislas de Guaita (p. 193 à 214). PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE . . . PARTIE LITTÉRAIRE. ..
Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. —— Le Gardien du Seuil (introduction à la Magie pratique) . . (p. 214 à 233.) Du Sujet transcendant ( . 234 à 245.) L’8de triomphale. . . . (p. 246 à 256.) Étude Bibliogra hique (p. 257 à 2605 Hespe’rus . . . . . . . . . ... (Ê. 261 à 267.) L’ lixir de Vie, nou— velle ésotérique (suite).. . . . . . . . . . .. (p. 267 à 270.) Le Siècle (poésie) . . .. (p. 270 à 271.) F.-Ch. Barlet. Dd Mac—Nab. H. Welsch.
Papus . Gatulle Mendès. J ules hermine. Zambacco. Bibliographie. -— Bulletins, par OSWALD WIRTH, L. MAUCHEL. — L’Abbé Roca. — Revues et Journaux. — Livres reçus. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Administration, Abonnemems: 5 8, rue S t-A ndré—des—A rts, 58 PARIS Le Numéro; UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME «* —m; ' _ ' .r‘:Ï“'.ÎV’Â'L .. _ , rcv ,,,’; _ LesiD9ctrines matérialistes ont vécu_. "“-J à’3Elles Ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des “forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leUr5 propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiali0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent ': “' ' ' “ Dàns la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthOde analogique dés anciens‘ aux découvertes analytiques des ' eirpérimentateurs contemporains.
' Dans la Religion à donner une base solide à la .’\Iorale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— .»., physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation.émdie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans_l’lnde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte parmi ses 50 "rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
' La Seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des "nOuvelleS qui exposent aux dames et aux demoiselles ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. _ _L’Imtmtton parait régulièrement le I_5 de chaque mois et compte déjà deux années d’existence. — Abonnement: 10 francs " par au. ' ...-a.....,...t .. . . * . x-.s- . .. --,
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Inz‘tz‘atz‘on 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. M. S. T. & -— STANISLAS DE GUAITA. S.'. I.'. 53). — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. — PAPUS, S.'. I.'. — JOSÉPHIN PELADAN, S.'. I.'. 30 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH. *‘— Le F;'. BERTRANE. VéN.'. — RENÉ CAILLIE. — G. DELANNE. - DEI.E2INIER. —— JULES DOINEL. — ELY STAR. -— FABRE DES ESSARTS. -— FABIUS DE CHAMPVILLE. — D’r FOVEAU DE GOURMELLES. — JULËS GIRAUp. —-‘ D'—Govmn. —— E GARY. — HENRI LASVIGNES. -— J. LEJAY. —— DONALD MAC-NAB. — MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NÊY. -— EUGENE Nus. — G. POLTI. —— Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A. ROBERT. __— RouxEL. -— HENRI WELSCH. -—- OSWALD WIRTH. 3° ' PARTIE LITTÉRAIRE MAURIéE BEAUROURG.— E. GOIJDEAU. -— MANOEL DE GRÂNDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. -— A. MATTHEY. æ— LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS- «— ÉMILE MICHELET. -— GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 POESIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. -— P. GIRALDON'. ê—‘-PAU“L MARROT. —’ MA‘RNES‘. -— A. ‘MOR‘ttÈ. -4 ROBERT DE LA VILLEHERVË. û
W _ _ .__fi___ ’UN’DÀNGER EUROPÉEN . . ”””"h ””””SI Ill0Pè_les Musulmanes NAPOLÉON’NEY Une brochure in-18. Prix. . . . lfr. .. î1H.1ÀL> Ï3IRÜLÏJLÀEIIR H. _ ' ’ Conte Astral " ' > I. - Ï: -’7.7Par Ju1e.,-mnmimt PRÉFACE Aniz APAPUS -Un‘»volumair’x-‘8, relié. Prix. . . . . .- . . . . 3francs '..,J"‘. ... LES . SEPT PRIÈÇIPÉS DE l’HOMME Par PAPUS Brochure in—8, avec figures dans le texte . . . . . . [ franc 'Sfddresser'a _l_’Admini.ètratîon de l’INITILÀTIoN " . .. -. .,»,— '.' . / en .u;
PARTIE INITIATIQUE Ë.E MENER (CHAPITRE 11 ou “ SERPENT DE LA GENÊSE ”) (I) ÊE tous temps il s’est rencontré des hommes ä,d superstitieux et méchants, curieux des mystères pour les profaner, jaloux de la Science pour en faire abus, ambitieux du pouvoir pour régner dans le dé sordre et par le crime.
La Magie est apparue à ces pervers comme un triple instrument de tyrannie, de jouissance et d’intimi-‘ dation — et ce rêve impie d’un despotisme sans frein ni contrôle, étayé sur le monopole des connaissances interdites au vulgaire, les a séduits, trompés et perdus; Car la Science est de droit divin: qui convoite ses trésors dans un espoir de prévarication impunie, s’égare dans le souterrain qui mène au secret caveau; il s’enfonce dans les profondeurs s’il croit remonter, .. (x) Le Serpent de la Genèse, 2- série des Essai: de Science: Mau— dites. 1 for! vol. in—8, sous presse, avec gravures. 7
194 L’INITIATION "-“"""‘W et la clarté lointaine qu’il prend pour la lampe du seuil, n’est que le reflet anticipé du bûcher d’expiation Cependant la Nature, respectueuse du Libre-arbitre, a doué l’homme de moyens d’action dans l’iniquité comme dans la vertu; l’Agent Occulte obéit à toute volonté, sainte ou perverse, et si l’égoïste est inapte à la conquête du vrai, du moins il peut le mal.
Dans quelques circonstances le qualificatif de sorcier lui est-il applicable? La question ne laisse pas que de paraître délicate. En effet, les Etres supérieurs qui font servir la science à des œuvres de ténèbres, ne sont pas à proprement parler des sorciers, encore qu’ils accomplissent des rites maudits.
Les bateleurs non plus ne sont pas forcément des sorciers, quoique bien des bateleurs soient sorciers, ou si l’on préfère, que bien des sorciers soient bateleurs. Expliquons-nous. On s’accorde assez communément pour voir dans les sorciers d’audacieux charlatans: Je me garde bien de dire qu’on a toujours tort.
L’histoire est là pour attester leur dégradation morale; elle les fait voir trempés dans la lie des crimes, et de pareils hommes ne peuvent être que des hypocrites. En mainte occurrence, à force de mystifier autrui, n’ont—ils pas fini par se mystifier eux—mêmes ? Je le veux bien. Il messiérait pourtant de généraliser cette hypothèse; S’il y a des sorciers plus ou moins charlatans, il est sûr que nul d’entre eux n’est un sceptique absolu.
Les incitant à croire ce qui est absurde à l’exclusion des choses qu’avoue la raison. leur déchéance intellec— tuelle et morale nous fournit la clef de cette anomalie. .. _Mn ' vl)/ ww -;m
LE SORCIER 195 Parlons—nous du classique sorcier ? du ténébreux adepte de la Goëtie? Celui-là croit éperdûment à sa propre puissance. Il n’a pas tort, car elle est réelle; mais il n’en soupçonne ni la cause immédiate, ni l’agent médiateur.
Parlons—nous des médiums et autres sorciers con temporains P — Elle est sujette à des intermittences, la Force qu’ils prétendent diriger et qui les mène, dé— chaîner à leur gré et qui les enchaîne à la fatalité de son propre mouvement: en sorte qu’ils se trouvent réduits au rôle d’escamoteurs, quand elle vient à leur manquer.
C’est ainsi qu’on a pu prendre sur le vif des plus grossières supercheries tel Médium d’une incontestable puissance et qui la veille avait réussi —— dans des con ditions de contrôle scientifique ou même d’écrasante évidence —- nombre de phénomènes plus surprenants cent fois. Mais hier, le Médiateur assistait le médium; il lui manque aujourd’hui.
Et comme l’orgueil ou la cupidité domine le pauvre expérimentateur, il préfère tricher, (dût-on le surprendre en flagrant délit !) plutôt que de s’avouer en fait l’humble esclave des Puis sances Occultes dont il s’est targué d’être le haut et puissant seigneur.
Que cet exemple, pris chez les sorciers du jour, — galantins de l’Occultisme et ténors du mystère (1), funambules d’une invisible corde , polichinelle en habit noir et dont la ficelle ne se voit pas — que cet (1) Je ne vise ici que certains médiums douteux et charlatapesquea; mars Il faut avouer que les mediums conscrencieux sont l'exception.
196 L’INITIATION . exemple ne nous détourne pas du sorcier légendaire — immonde et redouté paria du moyen âge et de la Renaissance: fanatique et borné, craintif comme tous les suspects, téméraire comme tous les poltrons tra qués. Entre les modernes magiciens, ces hâbleurs obligés des séances publiques, et les fauteurs de sortilèges d’antan, il est un point de rapport et un point de dis semblance.
Marionnettes également inconscientes d’un, agent qu’ils prétendent asservi, tous deux ont iné branlablement foi aux essences spirituelles: mais le Médium, convaincu de l’existence des désincarnés, s’obstine à nier Satan; le sorcier, en revanche, croit de toutes les forces de son être à la puissance du Prince des enfers, et à la terrible réalité de ses faveurs. Que dis—je P...
Envisagé dans son cadre normal (la vie ambiante des XVI° et xvu° siècles), nous le voyons minuter un pacte dans toutes les formes.
'Ce n’est nullement un objet de mystification ou d’intimidation pour les badauds, que ce pacte avec l’Esprit; c’est un contrat rédigé par le sorcier avec un soin et une conviction sans égales, au péril de ses jours: la découverte de cette seule pièce suffit à motiver sa mort sur le bûcher, à la Suite des plus épouvantables tourments. Nous aurons à revenir sur les pactes, au sujet des procès de sorcellerie; n’anticipons pas.
Réservant ‘ d’ailleurs pour le Livre II, — autant qu’il nous est possible, —— tout ce qui ressemble à une explication ' scientifique, nous allons jeter encore un bref coup d’œil sur le personnage du sorcier vulgaire, ce juif«
,___ . ,. ..L-.: <.æm.«uæ,_ u,..,.: . LE soncnsx ' 197 errant du crime occulte (I), souvent poursuivi de tannière en tannière et fugitif d’exil en exil; glissant comme une ombre dans les lieux solitaires en mar mottant d’incompréhensibles paroles, et l’œil mobile, égaré, dardant partout des regards stupides de rancune ou chargés d’effroi. Mais il n’est pas toujours menacé.
Protégé des grands parfois, la Tradition nous le montre aussi la tête haute, se pavanant dans l’odieux et grotesque appareil de sa nullité prétentieuse: c’est même à ces derniers caractères qu’il nous sera le plus facile de le reconnaître et de le dénoncer sous tous ses déguise— ments. Car il est Protée et varie selon les époques et les milieux; mais la grifi°e satanique reste indélébile sur son front.
' Or, Satan ne pouvant être, nous croyons l’avoir dit, que le prototype du néant et de la vanité haineuse, il s’ensuit que le cachet de sa domination, l’empreinte de sa présence, sa signature morale, en un mot, ofl’re nécessairement toutes les marques distinctives du non-être, de la misère et de l’envie. Ce triple critérium est infaillible.
Le lecteur lui— même pourra s’en convaincre au chapitre VI: Con sacré tout entier à la description du sorcier dans son moderne avatar (si différent par la forme de ce qu’il apparaissait jadis), ce chapitre m’étonnera personne; (I) Ce serait une naïveté insigne que de croire la Perversité, la Ruse et la Puissance incompatibles avec l’lgnorance et la Bétise.
Des Bergers ignares et crétins sont souvent de redoutables Jettaloret: chez eux lymstinct supplée à l‘intelligence avortée. Ils dis osent de fluides grossiers, accumulés a haute tension, et la terreur cré ule des masses soumet à leur ascendant des êtres infiniment supérieurs à eux—mêmes, mais subjugués par la crainte et la superstition.
198 L’lNI'I‘1ATION et placé face à face avec des familiers de Beelzébuth en blouse ou en habit noir, nul, grâce au signalement ci-dessus, n’hésitera un instant à les reconnaître.
Il est de fait qu’en tous climats comme à tous les âges. le mal se manifeste sous des aspects peu variables: aberrations de l’esprit, perversions de l’âme, souillures du corps, ‘— ce sont mêmes folies, mêmes passions, mêmes vices, et, comme l’a dit quelque part Eliphas Lévi, «l’Esprit de Ténèbres n’est guère inventif».
Les magiciens noirs se retrouvent donc tout au long de l’histoire des peuples et l’on serait bien empêché de dire une époque ou un pays qu’ait épargné ce genre de peste. Interrogez les annales de l’antiquité: pas un écri vain qui ne témoigne de leur existence et de la terreur qui gagnait les hommes à leur approche. Les Pères de l’Église proclament à l’envi que les premiers siècles de l’ère chrétienne en furent infestés.
Si l’on se reporte aux chroniques du moyen âge, on les voit pulluler sur la face de l’Europe, avec l'effroyable fécondité propre aux races maudites. Ils sont les larves de ce long crépuscule. — Comme les libellules de nos étangs, nées de la vapeur d’eau sous l’influence d’un rayon du soleil, eux semblent naître de l’épaississement des ténèbres sur la vapeur du sang versé.
Mais ce ne sont point de simples fantômes, hélas! car la grande aurore de la Renais sance ne les dissipe pas. Ils ne sont que d’une trop formidable réalité. Loin qu’il diminue, leur nombre croît de jour en jour; le zèle féroce du magistrat ne le dispute qu’à la ruse perverse du criminel, et tou
LE SORCIER 199 ' 5. -’:".F‘,‘_‘Ï" ."”.'..;..ÏT. ,-.v:v:w».m- .,.|.. .‘r<lj, :.À mm}. ...,...-.. '.:x y, """’_ - 1A jours capitaux, les procès de sorcellerie ne laissent chômer ni juge, ni procureur, ni bourreau. Ceci nous conduit jusqu’en plein xvrn° siècle !...
A cette heure même, que la torture est abolie et que les nécromans ne risquent guère de démêlés avec la justice, si ce n’est quelque anodine poursuite pour escroquerie ou vagabondage, l’on commettrait une grave erreur à soutenir la disparition de leur postérité funeste. Etre hybride, presque uniformément malicieux et sot, le sorcier ne témoigne que par exception d’une intelligence à demi-sombrée déjà dans le fanatisme.
Ingénieux par instinct aux travestissements les plus inouïs, il a changé d’aspect, de mœurs et de langage. Sous la blouse du paysan, sous la redingote du médecin, ailleurs encore nous le retrouvons, presque aussi répandu, et j’ajouterai plus dangereux peut être dans ses modalités nouvelles... hélas! aussi sous la robe du prêtre. C’est affaire de statistique. A tôute époque, du reste, il en fut ainsi...
Comme les médecins fournissent à l’opiophagie et à ses équivalents le con— tingent le plus sérieux; de même et pour des motifs analogues, l’armée de Satan s’est toujours recrutée de préférence dans le sacerdoce: ce rapprochement ne laisse point que d’être piquant, et la vérification est facile de part et d’autre. Je le répète: jamais sorciers ne furent plus hardis et plus malfaisants qu’à cette époque qui les nie.
Il y a peut-être quelque courage à rompre de visière aux préjugés les plus honorablement reçus ; mais ce que j’avance, je le soutiendrai par des exemples, je le ..i.Ï.I,..æ. -.,... .
200 L’INITIATION _..... .. . ._..-—-«-3.... .. v . .', _ démontrerai par des faits; enfin je l’expliquerai par la mise au jour d’une doctrine singulière et mécon nue, médiatrice de la libre raison et des intuitions populaires, conciliatrice de la science la plus méfiante et des plus augustes traditions. Le sorcier, ai—je dit, est de tous les temps et de toutes les latitudes.
Pour remonter à la plus lointaine des civilisations, -— si vaguement estompée dans les brumes du passé, que tous les documents réunis sur elle par les cher cheurs tiendraient presque en une demi-page, nous savons pourtant que les Atlantes, dont un cataclysme sans exemple dans l’histoire engloutit le continent plus de sept mille ans avant notre ère, avaient leurs devins et leurs enchanteurs.
L’Inde a toujours connu les sorciers; mais au début, ils dissimulaient leur malice et déguisaient leurs pratiques sans nom, que n’eûssent point tolérées les sages successeurs du grand Théocrate Rama. Ils ne commencèrent à se montrer dans l’empire qu’à l’heure où, sourdement travaillé par la fermentation du schisme imminent, l’Etat social penchait insensi blement vers son déclin.
Pour les modernes hindous, ils sont descendus _ jusqu’au dernier échelon des croyances supersti— tieuses: l’enchanteur est à la fois, chez eux, oracle, magnétiseur, exorciste, saltimbanque. et mendiant. Ce sont surtout les Fakirs et même certains prêtres de bas étage (Pourohitas), puis les ascètes et les moines quêteurs : tous rivalisent de momeries et perpétrent des phénomènes d’ailleurs surprenants, à grand ren
LE SORCIER 2 0 I fort de mentrams (I) et d’invocations aux Pitris (2). L’on peut lire dans les intéressants ouvrages de Louis Jacolliot, — le Spiritisme dans l’Inde en particulier et les Fils de Dieu, — des détails aussi complets qu’imprévus sur ces sortes d’espèces. L’admiration, la vénération des campagnes leur est universellement acquise.
Les brahmes pandits (3) et les initiés de la haute doctrine: Dwz‘djas (4) et Yoghz's (5) véritables, Tc/zélas et Slzabe’rons (6) sont presque seuls sur la péninsule, tout à fait exempts de cette lèpre morale : Si nous sortons de la caste sacerdotale,yà peine quel ques Rajahs et l’élite des Xchatryas font-ils excep tion (7).
Chez les anciens hébreux, la magie noire se borne à l’évocation des spectres de la lumière négative, Aôbot/1 nfi:fix, si sévèrement proscrite par Moïse. (I) Conjurations. (2) Esprits désincarne’s. (3) Savants. ' (4) Deux fois nés. (5) Unis en Dieu, réintégrés. . (6) Shabërons, moines bouddhistes des couvents thibétains. Tehêlas, disciples de la science occulte.
On en compte peu dans l'Inde propre ment dite. . (7) Recommandons à ce propos un livre très ancien et fort peu connu, dont les documents, cueillis au jour le jour dans l‘Inde, furent groupés et mis en lumière par un voyageur du xvm siècle, missionnaire pro— testant, ABRAHAM ROGERIUS, « qui a faict sa réfidence l'efpace de dix « années sur les coftes du Choromandel, et aux pais circovoil‘ins: » La Porte ouuerle pour paruenir à la connaissance du Pa anisme caché, traduict en français par Th. la Grue; Amsterdam, Jean ‘chipper, 1670, 1 vol. in-4°, frontispice et gravures très curieuses.
Le lecteur y trouvera de précieux documents, souvenirs peut—être un peu mêlés de mirages. mais doués de la rare et pénétrante saveur propre aux impressions vierges, absolument sincères et naïves.
On sent ce livre écrit d après les notes îuotidiennes d'un observateur neuf, ignorant des philosophies orienta es comme tous ceux de son temps, mais scrupuleux à raconter les choses vues, sans prétentions au bel esprit, et ce qui vaut mieux encore; sans artiris d'école. Il y est traité fort au long des superstL tions del‘In e et es maléfices qui s‘y exercent. . i< /‘!
202 L’INITIATION Mais les Finnois et les Accadiens se révèlent moins novices aux opérations criminelles et François le Normant nous signale sur la Nigromancie d’Accad mille détails caractéristiques: on peut voir, dans les nombreux monuments qu’il commente, le théurge très nettement distingué du sorcier, qu’on flétrit du nom d’homme méchant. Les maléfices s’appellent l’œuvre; les incantations, la parole; les philtres, la chose mortelle (I).
Nous ne mentionnerons que pour mémoire l’exis tence des magiciens du mal dans les autres contrées de l’Orient. Ce n’est point qu’ils soient rares ou que leur influence y soit nulle; mais à part Ceylan, où le Civaïsme dégénéré en sorcellerie (c’est le cas de tous les cultes morts), fait une rude guerre au Bouddhisme triomphant comme religion, les sorciers orientaux manquent de caractéristiques; ils semblent tous façonnés sur le même patron.
Il est d’ailleurs une confusion qu’on ne saurait éclaircir d’une plume trop précise, une confusion cou— tumière à tous les historiens de mœurs orientales et que les narrateurs de voyages, — missionnaires Ou explorateurs officiels, — semblent prendre à tâche de perpétuer. Sur ce point délicat, ils amoncellent à l’envi de compendieuses ténèbres.
Qu’il s’agisse de récits contemporains ou de documents sur l’époque la plus reculée, le narrateur ou l’historien parle volontiers de magie; mais il désigne d’un même substantif et enveloppe d’une même épithète le théurge (1)0n ne faisait guère alors de différence entre le philtre et le poison.
LE SORCIER 203 Wu fnr ü hsrsumr _ ' -‘»- _ ;.- :. . v v.2. . v _ . . - initié des sanctuaires et le nécroman de bas étage, dont l’art, prostitué à des œuvres criminelles et sombres, ne répugne pas non plus aux procédés du plus vulgaire escamotage.
Or la Magie noire a pour premiers caratères d’être furtive et antt’sacerdotale et les rites les plus suspects ne sauraient justifier l‘appellation de sorcellerie. lors— qu’ils sont pratiqués au grand jour, par les prêtres d’une religion quelconque, devant les fidèles assem— blés. Il est pourtant des circonstances atténuantes à la méprise des ethnographes.
Ces écrivains ne remon tent guère en deçà des temps dits historiques: alors que les multiples débris de l’antique synthèse reli— gieuse se morcelant de plus en plus, le polythéisme incompris de ses sectateurs mêmes dérobait à leurs propres yeux le tabernacle catholique de l’Unité‘.
Il est incontestable qu’alors, dans la plupart des sanc— tuaires, — surtout à l’entour des autels consacrés à des dieux d’ordre analytique et particulier, — le culte public consistait en mille cérémonies dont le caractère peut à bon droit paraître ténébreux.
Les sacrifices humains, pour prendre un exemple significatif, étaient presque universellement consacrés et légitimés par un symbolisme sacerdotal, déjà matérialisé de longue date, et que des prêtres dépravés ou vénaux se chargeaient de maintenir toujours au niveau de leurs passions et de leurs convoitises, — en un mot, de leurs intérêts grands ou petits. Dès longtemps disloquée par le schisme, l’hérésie et les dissensions politiques,la Confédération théocra
204 L’iNITIATION ,——;rfläffrzzh-? rw>—MNŒ- m— mmr > - “as, uw‘ . ‘ J l tique du Bélier avait cessé d’être: à peine quelques contrées fragmentaires de ce vaste empire reli gieux restaient fidèles à l’enseignement intégral comme au culte traditionnel. — Elles s’opposaient encore, pétrifiées dans leur immuable orthodoxie, à la marée montante d’iniquités et de corruption, soulevée à flots toujours plus menaçants autour d’elles.
Mais partout ailleurs, de récentes autocraties, assez discordantes pour s’être attribué chacune des lois, des mœurs et des rites nouveaux, s’accordaient g, au moins pour introduire dans leurs usages publics et revêtir de la sanction religieuse le principe abomi nable du sang humain répandu par l’homme en l’honneur de la divinité.
Réellement mais inconsciemment révélateur d’une décadence profonde dans l’ésotérisme (monopolisé en vain par les sacerdoces schismatiques), ce rite impur et sacrilège manifestait le Grand Arcane désor mais incompris dans un de ses plus sublimes corol laires: l’ineffable identité du Grand Adam et du Verbe divin, ou si l’on veut, la synthèse hominale en Dieu, de qui l’Homme Universel (I) est la première extériorisation, le premier développement d’ordre purement intelligible.
Donc, si nous entrons en plein cycle d’Assûr, à cette époque maudite dont le Taureau du Zodiaque redevient l’emblème antisocial, après avoir été, tant de siècles auparavant, l’hiér0glyphe astronomique du 41) Nous envisageons ici, bien entendu, 1'Homme Upiuçrsel comme n'étant autre que e Regne homma! conçu dans son prmc1pe d'univer— salrte transcendante.
LE SORCIER 205 Cycle de Bharat ( 1), nous trouvonsle sacrifice humain sacerdotalement intronisé sous tous les climats.
De l’lnde, où Kali et Çiva' revendiquent encore aujourd’hui leur tribut sanglant, jusqu’aux divers états phéniciens où les entrailles embrasées des Rutrem monstrueux et des gigantesques Moloch engloutissaient à date fixe des milliers de victimes humaines ; jus— qu’en Celtide, où les druidesses de Thor et de Teu tad accumulaient sur le dolmen mystique des héca tombes de héros; et plus tard, depuis la Grèce immo lant Iphigénie et payant en redevance annuelle à la bestialité crétoise la fleur des éphèbes et des vierges d’Athènes, jusqu’à la Rome Césarienne faisant tom ber sous le couteau sacré les prisonniers gaulois : ce ne sont que ruisseaux de sang humain sur les autels des nations.
Israël ne se dérobe pas à cette loi d’iniquité, et comme le note malicieusement l’auteur de la Science des Esprits (2) « le Dieu des Juifs avait soif du sang des rois et Josué lui offrait des hécatombes de monar_ Vques vaincus. Jephté sacrifiait sa fille et Samuel cou pait en morceaux le roi Agag sur la pierre sacrée de Galgal... (pag. 2185.
Moloch ne différait de Jéhovah que par défaut d’orthodoxie et le Dieu de J ephté avait des mystères semblables à ceux de Bélus (p. 222). » Nous ajouterons, sans avoir le mauvais goût d’y trop insister, que les auto—da-fés de la Sainte Inquisition romaine n’étaient point sans ofîrir quelques traits de (1) Ouverture du cycle de Bharar: 107 siècles à dater du nôtre, selon les révélations de l'infuillible chronologie brahmanique. (2) Eliphas Lévi.
206 L’INITIATION ressemblance avec l’idole des Carthaginois, dont les entrailles d’airain rougi avaient toujours faim de chair et soif de sang... Mais, pour en revenir aux anciens cultes, gardons— nous de détailler ici des pratiques sacerdotales par essence, donc aucunement suspectes de sorcellerie.
On a pu remarquer d’ailleurs au chapitre précédent l’es quisse de quelques—unes de ces sombres divinités: car si l’homme qui, du consentement des peuples égarés, sacrifie son semblable sur l’autel d’une idole, est un prêtre et non pas un sorcier, -—- il faut voir en revanche dans ces idoles, en l’honneur desquelles tout ce sang était religieusement versé, de véritables incarnations du spectre vague et terrible qu’on est convenu d’appeler Satan.
L’on aurait au demeurant tort de croire qu’en ces siècles où les religions de plein jour avaient des rites si cousins de ceux de la Nigromancie, les Nigromans chômassent davantage. Entre le sanctuaire aux can délabres d’or et la cave voûtée aux cierges noirs, l’anta gonisme est constant: hiérophantes et sorciers met— taient toujours de l’hostilité dans le mutuel accom plissement d’œuvres souvent fraternelles.
En Grèce, les Goëtes tiennent boutique de drogues enchantées : tel philtre inspire l'Amour, tel autre pro cure la Mort : tant il est vrai qu’un rapport mystérieux lie étroitement ces deux divinités farouches, média trices souveraines l’une et l’autre entre le Relatif et l’Ab soin, le Fini et l’Infini, — entre l’homme et Dieu !... Mille superstitions d’origine asiatique. et nommément phrygienne, se sont acclimatées sous le beau ciel
LE SORClER 207 d’Hellas. Les ophiogênes de l’Hellespont semblent avoir hérité de quelque Orphée infernal et appris à son école l’art de charmer les bêtes les plus répu gnantes et les plus redoutées : crapauds et vipères, aspics et tards. La poésie subit elle-même la conta gion : Erato se fait sorcière.
Charme ne vient-il pas de Carmen P — Incanter, de -Cantus P -—- Or, l’incantation des femmes de Thessalre, — habiles à mêler en l’honneur de la triple Hécate, les sucs perfides et les paroles empoisonnées —- est devenue légendaire : Néfastes végétaux au port majestueux, Vos graines ont germé par une nuit maudite, Sous l’œil d'un astre fauve, hostile et monstrueux.
Vos noms mêmes, suspects au Sage qui médite, Furent bannis du Ver e, en ces temps anciens ou savoir vos vertus était chose interdite.
Des Sages de Colchide et des Égyptiens Déterraient, sous l‘horreur de la une sanglante, Votre racine, chère aux seuls Magiciens, Qui, mariant la sève acerbe d'une plante Avec la lymphe morte extraite des os blancs, Sons l'incantation modulée à voix lente, Distillaient, vers minuit, ces philtres accablants Par quoi la chasteté des Vierges de la Grèce Tombait, livrant à nu le trésor de leur flancs... (1) Chacun sait les légendes de l’Ionie: quelles méta— morphoses merveilleuses s'accomplissaient la voix des magiciennes, et comment leurs poèmes, —— poür parler le langage de M. Rollinat, —fantômafisaient la nature entière. Les lampes mystiques s’allumaient aux _ (l) Rosa Mystica. par Stanislas de Guaita, Paris, Lemerre, 1885, fort 1u«12.
208 UlNlTIATION coins des triangles, dans les cimetières : alors sor taient des tombeaux de pâles légions de lémures et de fantômes, revêtant un corps d’emprunt pour semer l’épouvante ; les Vampires (aujourd’hui Brouco— laques) s’allaient tapir dans les alcôves, pour sucer, minuit sonnant, le sang et la force des humains —— sangut‘nem et robur...
Enfin ce serait une erreur de penser qu’au moyen âge revient l’invention du loup garou : la Lycanthropz’e était alors aussi commune et. peut-être plus redoutée qu’au xv° siècle de notre ère. La Nécromancz’e -—- comme ses soeurs la Lycan— thropie et l’Erraficz’té vampirz’que — se rattache‘au culte de la sanglante Hécate.
Une ancienne tradition hellénique veut que les spectres, pour apparaître, emn pruntent une enveloppe fluidique — ou corps phos— phorescent -— à la substance même des rayons lunaires.
Citons à ce propos un texte entier de conju‘ ration évocatoire, rapporté d’Origène (Philosophu— mena, p. 72) et qu’on peut traduire ainsi : -—- « Viens, ô triple Bomba, déesse infernale, et terrestre et céleste; Déesse des grands chemins et des» carrefours .’Ennemie noctambule de la Lumière et qui cependant nous apportes la lumière ; amie et compagne de la Nuit l...
Erranz‘eparmi les ombres et les sépulcres, tu te plais aux longs abois des chiens et à la uapeur du sang répandu. Tu désires le sang et apportes aux mortels l’épouvante... O Gorge .’ Mormo! Lune multiforme, favorise d’un rayon pro pice de tes yeux ce sacrifice ofl"ert en ton honneur! » Pour ce qui est du sacrifice en lui-même, demande 7..
LE SORCIER 209 : .. v. .,___,.,___7 à Théocrite de quelles crapuleuses cérémonies les sagas étaient coutumières : le sabbat lui-même, l’im monde sabbat du moyen-âge n’atteint pas à ce niveau d’horreurs. Horace est à Rome l’écho de Théocrite, et de Grèce en Italie, les rites varient peu: le peintre latin soulève également le dégoût par l’intensité de ses descriptions.
Mais pour que la nausée s’éteigne dans un éclat de rire, il faut lire Lucien : de quelles lanières il cingle cette hideuse canaille, ingénieux à faire trébucher l’horrible dans l’ornière du ridicule! (LUCIEN, le Faux prophète.) ' - - C’est surtout vers le déclin de la Grande Répu blique, alors que les compétitions sanglantes de la dictature laissaient présager le prochain établissement des Césars, que les sorciers de tout acabit prirent pied à Rome et dans les provinces.
Les cliquetis d’armes de la guerre civile sonnaient le glas de la liberté : l’heure de la licence était venue. — On vit éclore toute une génération spontanée des larves du faux occultisme: jeteurs de sorts, diseurs de bonne aventure; Phrygiens faisant négoce clandestin de philtres, de charmes et d’amulettes ; faux astrologues ; soi-disant Chaldéens qu’on jugeait versés dans le tré— fonds de toutes les connaissances secrètes et prohi— bées : la lie des peuples avait envahi la grande cité en fermentation.
A défaut de science et de moralité, ces charlatans, qui ne manquaient pas d’audace, faisaient une rude concurrence aux augures, fiamines et autres aruspices; le peuple penchait aux mômeries, déjà désenchanté de la religion des ancêtres — et les
2 10 L’INITIATION vainqueurs policés du monde accueillaient avec faveur, les plus dégradantes superstitions des barbares vain— eus. Mais la vogue allait surtout aux devins, aux astro logues.....
On vit des citoyens acquérir à prix d’or et consulter dans le plus grand mystère quelques recueils d’énigmes qu’ils s’obstinaient à regarder comme d’au thentiques et inappréciables copies de ces fameux rouleaux que la sybille de Cumes avait brûlés, dit la légende, en présence de Tarquin et de son attitude. dédaigneuse. La Magie devient empoisonneuse à Rome avec Locuste, comme en Colchide et en Thessalie avec Médée.
La Mort de Britannicus, scrupuleusement relatée par Tacite jusqu’en ses moindres détails, at— teste la connaissance et l’emploi, sous le règne de Néron, de toxiques dont nous ne possédons plus la formule.
Le fait du jeune prince foudroyé dès que la coupe a touché ses lèvres, fit songer la plupart des commentateurs à l’acide prussique, le seul (I) des poisons connus à cette heure dont l’action soit assez immédiate pour expliquer la très précise version des contemporains. Mais cette hypothèse nous apparaît dénuée de fondement.
L’on se souvient que l’empe— reur, par une perfidie vraiment exquise et bien propre à détourner le soupçon, goûta le premier au breuvage qu’il destinait à sa victime.
Mais Britannicus se récria, tant la boisson lui parut brûlante, et sans dé (I) Toutes les substances susceptibles à la rigueur d'avoir produit une action aussi ra ide, — Nicotine, Conicine, A(0tite d’amyle, -— sont également volat1 es. les deux dernières surtout, et douées toutes trois d'une odeur auSSi forte que révélatrice. a 0 u' . . L;LEt
LE SORCIER 21 I fiance, il y fit verser de l’eau froide. Chose pré« vue : la perte assurée de Britannicus valait bien que Néron se brûlât un peu les lèvres..... Seule, l’eau froide était empoisonnée. C’est ainsi que la mort se glissa -—furtivement, si l’on peut dire —— dans la coupe de l’hôte impérial. Or, l’acide cyanhydrique (i) est aussi volatil que l’éther.
Mêlé à. un liquide presque en ébullition, il se. fût aussitôt dégagé en torrents d’âcres vapeurs : et non seulement Britannicus eût chancelé, sufioqué du coup, sans avoir pu lever la coupe à hauteur de ses lèvres, mais encore l’asphyxie aurait terrassé l’échan— son lui—même, et peut-être les voisins immédiats du prince.
En tous cas, une subtile et pénétrante odeur d’amande amère envahissant toute la salle, eût révélé sur le champ, en incommodant les convives, la nature du liquide versé. Qu’on se reporte au récit de Tacite: rien de pareil n’eut lieu. Qu’en conclure? Est-ce à dire que Locuste possédât le secret de toxiques in_connus à la science de nos jours P...
Ou le breuvage qu’elle sut préparer était—il plus ou moins qu’un poison, dans la moderne accep« tion du vocable L’école théurgique des néo-platoniciens, fondée à Alexandrie, appartient par tout un côté à l’histoire de la haute magie.
Elle verse néanmoins dans certaines pratiques plus que suspectes et c’est sans injustice qu’on lui a reproché souvent, malgré sa science, des tendances entachées d’une évidente superstition. (l) C'est le nain scientifique de l'acide prussique.
7212 L’INITIATION Ce même grief s’applique plus équitablement encore aux diverses écoles de gnose, même les moins excen— triques: nées dès le berceau du christianisme, ces sectes ésotériques, sous prétexte d’une protestation de l’esprit contre la lettre morte, réalisèrent l’Ante’ christ (I) au sein de l’Église, en y déterminant le schisme.
Ce point de vue capital une fois mis de côté, il n’est guère déniable que plusieurs de ces commu nions dissidentes s’adonnèrent presque aussitôt aux plus noires pratiques de la Goëtie.
Simon le Magicien, l’homme au sac à prestiges, mais aussi, comme la plupart de ceux que nous allons citer, Simon (le terrible manipulateur des forces astrales), poursuit dans l’apothéose d’Hélène sa con cubine, (incarnation de Séléné ou de la Lune), la réhabilitation de l’abrutissement et de la débauche.
Le nègre Montanus fait de son corps d’eunuque un vivant trépied, où, sybilles de l’hystérie, Maximille et Priscille, ses colombes, balbutiant des mots sans suite, se tordent, en proie à toutes les frénésies d’un irréalisable amour. Marcion (le plus coupable peut-être, à coup sûr le plus savant) fonde la secte des Ophz'z‘es.
Non content de porter une main mauvaise, une main sciemment sacrilège, sur l’un des inviolables voiles kabbalis tiques, il matérialise encore la plus formidable et la plus occulte des manifestations de la magie cérémo (l) Spiritus qui solvit Chrislum: voilà une définition bien profonde de l'antéchrist ; c'est l'esprit de sectarisme, d'intolérance, de division...
Il est bien entendu qu’il ne saurait être question ici des gnouti ues orthodoxes: saint Iréne'e, saint Denys l'aréopagite, saint Clément ‘A lexandrie, Syne’sius, etc... l.1‘.
LE SORCIER 213 "_"*:‘*t .|... . nielle jusqu’à synthétiser, — au cas présent, c’est con fondre —-les notions secrètes de l’Agaflzode’mon et du Cacode’mon sous la forme dès lors équivoque d’un serpent; enfin (abominable parodie !), il fait de l’ê’ç‘tc sacré, l’instrument physique des plus détestables mystères !...
Ailleurs, le diacre Marcos, ordonnant prophétesses et prêtresses du Christ des jeunes filles du même coup déflorées et consacrées par lui, les fait monter à l’au— tel toutes nues et palpitantes au souffle de sa bouche: car c’est d’un souffle impur qu’il a su allumer en elles les flammes — souvent jumelles, hélas ! — du Vati— cznium magnétique et du dévergondage absolu...
Tous ont prostitué la sainte Magie au Mal, quel ques-uns avec une puissance de perversité consciente véritablement infernale...
Et ce sont là autant d’exem ples pris au hasard, et qui suffisent à faire entrevoir les abîmes de honte et de folie ou l’exaltation d’un mysticisme presque toujours ascétique au début, fait rouler des natures ardentes et généreuses, nées pour le combat de la vie: on a voulu nier la Chair, ou mieux la spiritüalz’ser en la mâtant sous la compres— sion de l’Esprit; mais c’est l’Esprit qui descend de son extase pour venir polluer la Chair !... , Ah! quelles révélations nous aurons à faire, au cha— pitre VI, sur un grand nombre de faits similaires, dont l’authenticité ne sauraitêtre mise en doute: nous offrirons au lecteur une gerbe de turpitudes con temporaines, issues d’un mysticisme fou d’orgueil et de délire: car où l’orgueil sème dans la déraison, c’est toujours Satan qui récolte, dans la honte.
214 L’INITIATION »-=-—» C’est alors que le mot célèbre de Pascal nous reviendra en mémoire: « L’homme n’est ni ange ni bête etqui veut faire l’ange, fait la bête. » STANISLAS DE GUAITA. ("A s u ivre.) ËE GARDIEN au saut. (INTRODUCTION A LA MAGIE PRATIQUE) (Suite) Ëoua étudier avec quelque précision les trois éléments constitutifs de la Magie nous allons d’abord examiner quel résultat produit l’absence de l’un d’entre eux; connaissant ainsi leur effet en quan tité, nous chercherons ensuite quel il est d’après la qualité, en étudiant les nuances de chacun de ces éléments.
Supposons donc en premier lieu que la Science vienne à manquer: voici le Néophyte livré aux forces supérieures avec toute la témérité de l’ignorance; incapable de prévoir les dangers qu’il court, de dis cerner les engrenages prêts à le saisir dans leurs dents implacables, il s’expose aux conséquences les plus redoutables.
Les occultistes enseignent, en effet, comme il a été rappelé à propos du Nuctéméron d’Apollonius, que les forces astrales sont plus irrésis tibles et plus ingouvernables à mesure qu’on s’éloigne
LE GARDIEN ou SEUIL 215 de la terre, à mesure que la matière moins dense laisseàlaforce plus d’empire. La science ordinaire suffit du reste à en donner la conviction.
La puissance du vent, celle de l’électricité, qui nous terrifient dans les tempêtes et les cyclones dévastateurs, sont bien peu de chose cependant auprès des torrents de chaleur, de lumière, de magnétisme que le soleil lance dans le vide des espaces célestes, auprès de la force qui entraîne et maintient sur sa trajectoire,avec la vitesse vertigineuse que l’on sait, une masse semblable à celle de notre globe.
Que l’on se représente l’ultimate humain échappé de sa retraite terrestre pour se livrer à ce torrent. Ce n’est pas tout: à mesure qu’il réussit à se dé tacher dès liens corporels, l’homme perçoit mieux les innombrables détails de la machine cosmique pru— demment cachés à sa faiblesse.
Or, figurez-vous un être humain à la vue suffisamment perçante pour apercevoir autour de lui tous les microbes grouillant, en lutte pour la vie, jusqu’au fond des moindres cel— lules: et ce que seraient le dégoût, l’effroi peut-être que l’homme en pourrait éprouver auprès des terreurs que lui ménage le spectacle des âmes en souffrance, des germes à l’assaut de la vie, de la foule mouvante, hurlante, acharnée, des êtres au début de leur éternelle évolution ?
Que serait-ce encore en présence de l’infini des espaces ou de la pleine lumière de l’Absolu, à supposer qu’elle lui puisse apparaître ? Comment l’imprudent pourra-t-il évoluer au milieu de cette foule redoutable, dans ces coulisses aflairées et ma— chinées du monde, puisqu’il en ignore tout le méca
216 L’INITIATION nisme, tous les instruments, toute la hiérarchie ? Comment échappera—HI aux mille surprises qui l’y attendent de toutes parts, quelque puissante, quelque ferme que soit sa volonté P Ou s’il lui arrive de s’élever jusqu’aux régions supérieures, comment son intelli gence bornée et son âme enfantine pourront—elles supporter l’éclat inattendu du soleil des soleils ?
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que tous les occultistes annoncent à l’imprudent, comme à peu près certaine, la désintégration plus ou moins complète de son être, depuis l’incurable épilepsie (le mal sacré), jusqu’àla mortplus ou moins soudaine, entre lesquelles se rencontreront la simple hallucination. l’obsession, l’aberration d’un mysticisme incompréhensible et incohérent, ou la folie complète.
Qu’on se garde de croire que ce tableau ait rien d’exagéré, il est composé d’exemples malheureusement trop nombreux, car il n’est que trop facile à‘l’homme de se lancer artificiel lement dans les régions extraterrestres.
Il suffit du reste de se rappeler les effets bien connus, les visions incohérentes mêlées de terreurs, l’abrutissement pro gressif que produisent l’opium, le haschich, la mor phine et autres narcotiques (i). (1) Nous pourrions citer un M. S.
T. aussi connu qu’estimé à qui nous avons entendu dire ne, curieux un jour(avant que l'occultisme ne lui fût connu), des e ets de quelque puissant narcotique, et en ayant ris une assez forte dose, il avait' conservé de son extase l'impression d'une terreur inexprimable et si profonde qu‘après en avoir réellement souffert pendant près de deux ans, il ne s'en était jamais complètement délivré.
La description que le sava’nt occultiste Bulwer Litton a mise dans la bouche de son Glyndon est empruntée à des faits aussi réels; les hallu cinations de l‘invisible inférieur prennent souvent la forme d'yeux fan tastiques et terribles; c'est un phénomène dont l‘explication serait ici. trop .cngue. + 4 -v»
LE GARDIEN DU SEUIL 217 La volontépeut manquer à son tour, et la Science ne pourra point suppléer à ces défauts, car la volonté est la seule force à qui il soit donné de dominer et de combiner les forces cosmiques. La science sans la volonté contribuera plutôtà accroître la faiblesse du Néophyte par le tableau des dangers qui le guettent.
Paralysé par la crainte, impuissant à mettre en pra tique les prescriptions de la théorie, oublieux même peut-être , dans son angoisse, des enseignements reçus, le disciple dont l’âme n’a pas la trempe suffisante retombera comme l’ignorant, du haut du ciel qu’il avait rêvé, dans l’obsession, l’incohérence ou la folie, s’il ééhappe à la mort.
Le danger est complet si le Néophyte substitue à la science qu’il doit acquérir par lui-même, celle qu’il trouve toute préparée dans les Rituels. Ce n’est pas que ces rituels ne soient fondés sur une science très réelle; il est clair que les choses terrestres, traduction et support des forces astrales, doivent en fournir l’accès pour qui sait connaître notre matière à ce point de Vue, les narcotiques en sont la preuve.
La science des correspondances, comme la nomme Swedenborg, entrait pour une bonne part dans la puissance du <:grand magicien Paracelse. Mais les Rituels ne four nissent et ne peuvent fournir en effet que le corps, pour ainsi dire, de la Magie, le disciple seul y peut ajouter l’âme et ne la trouve qu’en lui-même.
C’est pourquoi, de nos jours encore, tant de chercheurs plus avides que forts ou Savants s’épuisent et se ruinent en se fiant aux traités alchimiques pour satis« faire leur avarice.
2 18 L’INITIATION Le Rituel, il est vrai, aide bien aussi le Néophyte dans l’entraînement de la volonté elle-même, mais faiblement, d’une façon toute mécanique et très indi recte, à savoir, en profitant de l’intensité de sesdésirs pour soutenir sa persévérance, exalter sa force morale par d’innombrables difficultés et des cérémonies pleines de complications.
Nous pouvons reconnaître là la voie tortueuse et ténébreuse de la passion ins tinctive que nous savons encombrée à chaque pas des bornes dangereuses du destin. Il suffit de lire avec quelque peu d’attention le savant Rituel d’Eliphas Lévy pour se convaincre que tel en est bien l’esprit (voir spécialement son' cha— pitre vm).
« Tout le cérémonial magique, nous dit-il, n’a pour but que d’éprouver, d’exercer et d’habituer ainsi la volonté à la persévérance et à la force..., mais la vraie puissance magnétique doit se passer de ces auxiliaires (fumigations, parfums, etç..,) plus ou moins vénéneux pour la raison et nuisibles à la santé...
Les cérémonies étant, comme nous l’avons dit, les moyens artificiels de créer les habitudes de volonté, cessent d’être nécessaires quand ces habitudes sont prises.
C’est dans ce sens, et en s’adressant seulement aux adeptes parfaits que Paracelse en proscrit l’usage dans sa Philosophie occulte. » Ainsi les prescriptions du Rituel ne sont que béquilles bonnes tout au plus pour qui commence à marcher déjà, dangereuses pour qui osera peser sur elles de tout le poids de sa faiblesse. On ne saurait donc trop détourner le débutant des pratiques de la . ;- In__.‘._ -A“.fllM
LE GARDIEN DU SEUIL 219 wwm ._(r_n.ç ._ Magie cérémonielle; c’est encore ce que fait Eliphas Lévy dans ses ouvrages, en appuyant ses conseils d’exemples frappants bien propres à montrer ce que produit l’insuffisance de volonté, malgré la science.
« Schrœpfer, le fameux illuminé de Leipsig avait jeté par ses évocations la terreur dans toute l’Allemagne, et son audace dans les opérations magiques avait été si grande que sa réputation lui devint un insuppor table fardeau ; puis il se laissa entraîner par l’im mense courant d’hallucinations qu’il avait laissé se former ; les visions de l’autre monde le dégoûtèrent de celuLci et il se tua...
On ne joue pas sans danger avec des forces inconnues et incalculables. » L’exemple d’Eliphas Lévy lui—même n’est pas moins instructif; que voyons—nous par le récit de son unique tentative d'opération magique (chapitre xm du Dogme), l’évocation d’Apollonius de Tyane P qu’il n’en retira guère pendant l’action « qu’une répu gnance nerveuse très vivement sentie » ; à la suite, « quelque chose d’inexplicable qui ne le faisait ni gai ni triste... un singulier attrait pour la mort », et, en somme... le Doute !
C’est qu’en effet, ce n’est point dans ces cérémonies qu’est la force véritable de la Magie, mais seulement dans la Volonté et dans I’Amour: La Science occulte, la Science Divine, dépasse infiniment ces bornes étroites qui ne sont que sa sphère physique, et cette noble science, à ses débuts, doit se faire non pas science d’expérimentation mais science d’observation par les pratiques que nous indiquerons plus loin.
2 20 L’INITIATION * x-v. La hâte d’arriverà la production de prodiges maté riels est souvent la marque du troisième des défauts dont nous parlons, c’est-à-dire du défaut d’amour ou égoïsme, car elle est. généralement inspirée par l’am« bition malsaine d’une supériorité publique, sinon par des passions plus basses.
Il n’est pas rare non plus qu’il faille attribuer au même défaut plutôt qu’à une aberration intellectuelle la production des phénomènes magiques avec le secours et par l’intermédiaire. des êtres inférieurs de la nature.
C’est le procédé que l’on attribue aux occul tistes réels ou légendaires désignés sous le nom de Magiciens, et par là bien différents des Mages ; c’est aussi le procédé d’un grand nombre de fakirs de l’Inde, et, selon l’avis des occultistes, les spirites y ont souvent recours bien qu’inconsciemment dans la plu part des cas.
Cette pratique est fort voisine de cette Magie noire, ou sorcellerie, que l’histoire nous montre toujours florissante autour des centres fermés d’Initiation vé— ritable, —- (en Egypte, en J udée, en Thessalie, en Inde) —— ou dans les temps où la science occulte est particulièrement condamnée à se voiler dans les sana tuaires ; — (sous l’empire romain —- dans le moyen âge, etc.) Après les développements de la première partie de cette étude, nous n’avons pas besoin d’insister sur les efi’etsqdu défaut d’altruisme, il a été suffisamment dé« montré comment et pourquoi il est indispensable,
LE GARDIEN DU SEUIL 22! pour réussir en occulte, de sacrifier toute considéra— tion personnelle à la volonté universelle ; comment et pourquoi la moindre infraction à cette condition nécessaire entraîne tôt ou tard un échec inévitable et la déchéance du prétendu mage, c’est la réaction fatale du Destin qui brise le fini révolté devant l’in fini.
On peut comprendre aussi aisément comment la passion égare celui qui ose se mettre en possession des forces supérieures avant de s’être affranchi de toute ambition personnelle. S’il échappe à la sorcel lerie et à toutes les néfastes conséquences qui l’ac— compagnent, il peut tomber encore ou dans les crimes du despotisme et de la cupidité, ou dans un charlata nisme menteur dont la moindre conséquence sera la puérilité et le ridicule.
Rappelons seulement la remarque que ce défaut d’amour est beaucoup plus grave dans ses conséc quences que ceux de science ou de volonté. Les deux premiers n’ont de suites funestes que pour le Néophyte lui-même, et le pire des maux auxquels il s’expose faute de science ou de désintéressement se terminera du moins avec sa vie.
Au contraire par l’égoïsme, et, spécialement par la Magie noire qui est sa pire conséquence, le disciple engage son immorta lité même en se livrant aux forces naturelles de dé sintégration; la vie de son âme est en danger. En. même temps il sème dans le monde ou y entretient les germes du Mal, dont il tend à réaliser autant qu’elle est possible la spiritualisation. Voilà pourquoi la Fraternité et la pureté d’âme sont les premières des conditions magiques, les pre a
222 L’INITIATION mières aussi dont tous les maîtres exigent la justifica— tion chez le disciple avant d’assumer la responsabilité de lui livrer les secrets pratiques ou de l’aider à les mettre en action.
C’est par la foule de ceux qui ont failli dans cette première épreuve et qui n’ont pas même su la tenter, que la Science Occulte est désho norée et défigurée aux yeux du public, parce que, dans leur égarement, ils ne craignent pas de s’annoncer comme ses représentants véritables et d’éblouir ceux qui ne savent point par l’étalage de leurs vanités.
Voilà ceux que le Gardien du Seuil a rejetés dans la société comme un épouvantail salutaire pour les cœurs faibles incapables de mettre leur courage à la hauteur de leurs aspirations.
Toi, Néophyte, qui as mesuré d’un coup d’œil plus juste la grandeur de ton entreprise, jette un regard de compassion sur ces vaincus malheureux, et que leur exemple te redise avec une force nouvelle : « Tu pourras devenir maître en cabale et en Alchi mie, maisi1faut d’abord être maître de la chair et du sang ! » * «V-Ç Cherchons maintenant les variétés de nos trois élé-’ ments magiques: Volonté, Science, Amour.
A les observer attentivement on ne tardera pas à remarquer que chacun d’eux est susceptible de deux aspects différents : le positif ou actif, et le négatif ou passif. L’aspect passif de la Volonté, c’est le désir ; il dif <‘r‘f‘—n-——wa—'«mW, »</“\:.,g._-.__.. ,»—«—.,—_..;——’ =—.’/" "
LE GARDIEN DU SEUXL 223 fère de l’aspect actif en ce que celui qui en est animé est déterminé dans l’action qui le conduit au but à atteindre; il y est poussé par la passion; il est le jouet de l’instinct.
Au contraire le Vouloir qui est l’aspect actif conserve à l’homme tout son empire sur les sollicitations extérieures; l’homme qui désire est passif, alors même qu’il s’agite le plus; l’homme qui veut est actif et souvent sa plus grande activité cor— respond à la plus grande réserve; elle est intérieure.
Nous retrouvons ici la distinction de la magie intuitive et de la magie voulue, dont la première fait verser tant de néophytes insuffisamment armés dans la magie cérémonielle ou même dans l’artifice des nar cotiques. . La Science a sa passivité dans la connaissance dog« matt’que acceptée sans examen ou tout au plus après une critique superficielle; c’estla Science de mémoire et d’école; Dieu sait si elle domine de nos jours!
Nous la devons principalement à la révolution effec tuée dans l’enseignement il y a plus de 200 ans par les Jésuites avec l’habileté profonde, la science et la simplicité de moyens qui les distinguent. Leurs fins exigeaient des esprits souples, soumis avec une foi aveugle; ils ont fait de l’instruction un instru ment mécanique par la méthode purement dogma tique qui s’empare de l’intelligence en s’imposant dès l’enfance à la mémoire.
C’est à peine si nous. commençons aujourd’hui, par des efforts infructueux, à nous arracher à ces langes où nos esprits sont emprisonnés depuis si longtemps. On a beau préco niser, solliciter, ordonner les méthodes actives d’ensei« .'..:"fia- 5Â.Î{g.n. .7; ' .
224 L’INITIATION gnement, ce sont les intelligences des maîtres eux mêmes qui, engourdies et somnolentes dans la paresse si douce du manuel, se refusent à instruire véritablement l’enfance. Cela n’est pas un des moindres obstacles à l’intelligence de l’occultisme dont l’esprit et la méthode, au contraire, sont essen tiellement actifs.
Ainsi s’expliquent les étonnements des débutants; ils ne peuvent comprendre que la nourriture intel lectuelle qu’ils viennent chercher ne leur soit point servie toute préparée, accompagnée même, au besoin, d’un digestif approprié, selon l’habitude universitaire, sous forme de manuel, de questionnaire, de procédés mnémotechniques et mécaniques de tous genres.
Ne font-ils point cependant preuve d'une indépendance rare, ces néophytes en s’intéressant à cette science occulte dont nous n’avons reçu, dans la becquée officielle, que l’horreur et le contre—poison sous l’étiquette de science positive et de _bon sens voltai rien ? ' La Magie véritable se refuse à cette science passive. -à cette foi aveugle, fût—ce même la foi en la science magique; mais ceci mérite explication.
On verra répété en maint endroit des œuvres d’Eli phas Levy que la foi est la première condition des œuvres magiques; la foi dont il s’agit ici est la con fiance en la possibilité de l’action; confiance qui ne ressemble en rien à la croyance aveugle dont nous parlons. Cette foi peut et doit s’appuyer, comme tout acte raisonnable, sur la certitude raisonnée et cher chée, non sur la crédulité passive.
LE GARDIEN DU SEUIL 225 Accomplir avec toute la ponctualité possible les prescriptions d’un rituel magique plus ou moins compris, ce n’est point faire œuvre de Mage; c"est s’exposer malgré la foi, ou plutôt par la foi même à tous les dangers indiqués plus haut. On n’a qu’à par— courir avec un peu de soin Eliphas Levi pour s’assu rer que telle est bien sa pensée (voir notamment le chapitre IX du Rituel).
«La destinée de l’homme (dit cet auteur, avec tous les occultistes), la destinée de l’homme est de se faire ou de se créer lui—même... Le sage affirme ce qu’il sait et ne croit à ce qu’il ignore que suivant la mesure des nécessités raison nables et connues de l’hypothèse etc., etc... » Donc l’Initiation ne donne pas la Science nécessaire au disciple, elle ne fait que l’aider à la conquérir, et elle ne pourrait rien de plus.
Voilà sans doute un nouvel obstacle contre lequel le Néophyte va se récrier, car, dira-t—on, il n’est pas donné à tout le monde de se faire une science aussi grande que doit être celle requise. C’est qu’en effet il n’est pas donné non plus à tout le monde d’être Mage plus qu’il n’est permis au premier venu d’être un mathématicien, un chimiste, un Astronome, un artiste.
Il faut cependant faire ici une restriction fort im portante qui achèvera de caractériser la science néces— saire en Magie. Les créatures humaines se partagent en deux types intellectuels opposés; les féminins ou passifs, et les masculins ou actifs, quel que soit d’ail— leurs le sexe physique.
Les premiers fondent leur activité intellectuelle principalement sinon exclusi— vement sur l’intuition et l’induction; les autres, à, ' ' "‘ \‘ ‘- i.. —— __as.. WmM%,Æ , 8
2 26 L’INITIATION _f .. .;..--M«,‘"ïfll*" l’inverse, sur la déduction et la logique (l). Ceux-ci sont mieux armés pour recevoir utilement la leçon d’un maître parce qu’ils la soumettent plus aisément au Contrôle de la raison ; les premiers joignent, au contraire, à un instinct plus ou moins développé pour la découverte, la tendance aux plus grands écarts.
Faudra-t—il donc. à cause du genre de science requis, que la Magie reste inabordable précisément à l’intuitif si bien disposé pour la pratique? Non sans doute, seulement sa science empruntera à son origine un caractère spécial; elle sera ce que l’on pourrait appeler la foi éclairée tandis que celle du logicien sera la science raisonnée, devenue foi par déduction.
Voici comment : L’intuitif pourra découvrir lui-même la science, mais il devra soumettre les créations de son imagination à la raison du Maître, en recevant. ainsi des leçons de déduction. A l’inverse, le logicien devra contrôler les principes qui lui seront indiqués ; leur exposé basé sur l’analogie et l’induction lui servi ront de leçon d’intuition.
Le premier, mettant en jeu son intuition naturelle, travaillera la logique qui lui manque; le second, usant de la déduction qui lui est propre, développera l’intuition dont il n’a que le germe; tous deux se rencontreront, complétés pour ainsi dire l’un par l’autre sur le terrain de la Science intégrale qui est celui du maître. (1) Pour être correct, il faudrait dire que cette division esftriplç; l'in tullif pur et le déductif pur sont également défectueux; lmtelligence pu rfaite serait celle qui nuirait dans un concours harmonieux l'intuition - la logique; c'est le type du vrai sava_m, de l'homme de génie.
Ou reviendra plus loin sur cette correction différée pour plus de clarte. . .._,a___. _.,.,.,4vu_..,., æwuww.”r*—-nlau ,:._ I.Yl’,. A -AL> .AL..ul. —.‘.———uh . u-L-s-' ,55; *m . -
LE GARDIEN DU SEUIL .
227 ' 0 C’était là sans doute une des différences qui dis— tinguaient l’Initiation féminine de la masculine; mais on peut voir qu’elle n’atteint pas le caractère princi pal de la Science, c’est-à-dire qu’elle ne correspond pas aux deux genres de Science active et de Science passive: dans les deux cas l’induction et la déduction se rencontrent pour fournir la certitude; dans les deux cas cette certitude est conquise par l’activité du disciple.
Enfin, pour notre troisième facteur, l’Amour, nous trouvons la passivité dans la charité sentimentale. Toute respectable qu’elle soit, toute caractéristique d’unebonne nature morale, cette charité n’est encore qu’une qualité subjective, un instinct heureusement opposé par la nature aux souffrances que le mal engendre. On y obéit comme à une passion;elle détermine l’homme bien plutôt qu’il ne la règle.
La simple affection, qui est du même genre, est d’un degré plus inférieur encore, c’est—à—dire plus rappro ché de l’instinct, plus féminin. L’amour que demande la haute Magie n’est point -de cet ordre; il n’est analogue ni à la simple affection, ni à l’amour maternel, ni à la charité secourable ; il comprend tous ces amours mais en les dominant; il les embrasse en un seul bien plus élevé et plus imper— sonnel, l’amour du Vrai, du Bien et du Beau!
Voilà donc comment nous trouvons dans tous nos éléments magiques la condition que nous avons \ -:,\"\- - c‘__. V. .,... u . .-‘-sA ' r ..a.., _» n— \s ' 1%
2 28 ' _ L’INITIATION reconnue indispensable à la réalité et à la santé de la puissance, savoir l’affranchissement des liens de la Fatalite’ par l’assentiment actif à la Providence, à la Volonté Totale.
Consentement du Vouloir qui dominera l’Instinct jusque dans l’Amour par le sacrifice souvent néces— saire de la sensibilité; Assentiment par la Science synthétique née de l’a nalogie et contrôlée par la raison ; à la fois inductive et déductive, intuitive et logique; , Soumission par l’Amour qui subordonne les amours finis à celui de l’Absolu.
Quelques exemples ne seront pas superflus pour préciser ces principes abstraits; ils pourront aider, d’ailleurs, à faire mieux comprendre la situation actuelle de l’occultisme en Occident. , L’Antiquité confirmera d’abord les distinctions pré cédentes par celle établie dans ses temples, chez tous les peuples, entre les voyants, les sybilles, les oracles, d’une part, et les Prophètes, les Prêtres, les Mages, de l’autre part.
Tous avaient la Volonté dominatrice et l’amour impersonnel requis pour les fonctions sacerdotales, mais les uns étaient les intuitifs, les autres, les maîtres ; les révélations des premiers devaient être interprétées, commentées, rectifiées même, par la science des seconds.Nous lisons dans la Mission des Juzfl: : « Le Voyant ou la Voyante purement passifs étaient toujours sous le contrôle immédiat du sacer doce.
Ceux qui, au contraire, étaient scientifiquement maîtresde leurs facultés psychurgiques, ;et qui pou ». . ...u...,..-r,.-_‘,' 1 wæ:m
LE GARDIEN DU SEUIL 229 vaient en faire le contrôle par tous les autres Arts fort nombreux du même Ordre, constituaient, à pro prement parler, les Prophètes et les Prophétesses. » « Le Prophétisme était scientifiquement compris et enseigné, car si le don en vient de Dieu ou de la Nature hyperphysique, raison de plus pour le cul— tiver avec la sciencéet avec l’Art dont il relève.
Sans cela, au lieu d’avoir de véritables prophètes, l’Anti quité n’aurait eu, comme les temps modernes, que de malheureux empiriques tournant au charlatanisme forcé, etc. La faculté de Divination a, en effet, cela de très dangereux que, lorsqu’elle n’est pas une Porte de Lumière ouverte en haut sur le Monde divin, elle est une bouche de Ténèbres béante en bas sur le Monde infernal. » De nos jours, la science occulte réfugiée dans quelques retraites ignorées ne se livre qu’à regret, mais par l’effet d’un courant supérieur (providentiel ou fatal?) le phénomène en recrudescence nous ra mène en face du sphynx.
L’étude publique de l’oc culte en dehors des occultistes proprement dits s’est partagée entre trois écoles : les spirites, les magnéti seurs et les savants.
Les premiers se distinguent sur tOut par la générosité de leurs sentiments qui atteint chez plusieurs jusqu’aux hauteurs de l’Amour uni versel; c’est leur salut, car, de volonté,‘ ils s’attachent à n’en point avoir dans leurs pratiques, et pour science ils n’ont que la foi en la réalité de leurs dé« sirs.
C’est pourquoi ceux d’entre leurs médiums qui oublient les sages préceptes de désintéressement et de spiritualité n’échappent pas souvent aux maux phy ..
ria..ù. . ‘ \ 230 L’INITIATION siques et moraux qui sont la conclusion de la mé diumnité et dont les Yogis de bas étage nous offrent la triste peinture. En même temps le spiritisme, in capable de se constituer en corps de doctrine défini et fécond, se noie dans une inextricable confusion de systèmes où tout se retrouve depuis le matérialisme le plus prononcé jusqu’au mysticisme le plus téné breux et le plus indécis.
Les magnétiseurs se distinguent par la volonté ac— tive, et généralement ils partagent la générosité de sentiments des spirites; mais la science leur fait defaut; comme ceux—ci ils n’ont guère que la foi en leurs propres hypothèses dont la démonstration est encore à faire. Résultats : impuissance au moins relative; magie noire même parfois, et jusqu’à la folie.
On ne m’accusera d’aucune exagération si l’on veut bien se rappeler quels accidents déplorables ont motivé récemment la prohibition de séances pu— bliques (à Marseille, notamment) et la réclamation du " monopole du magnétisme pour les médecins diplo— més.
On peut se souvenir aussi du’livre laissé par l’illustre Du Potet sur la Magie qu’il n’avait entrevue que par ses terreurs; on sait par quelles forces incon— nues et subites il s’est trouvé souvent Surpris et avec quelle brutalité; on connaît les observations quasi infernales qu’il avait entrevues; il ne cachait pas qu’il avait suspendu ses expériences parce qu’il se sentait aux portes de la folie; sa volonté si puissante, son intelligence peu ordinaire, sa généreuse philan— thropie ont reculé devant les menaces du Gardien du
LE GARDIEN DU SEUIL 23-1 sèuil, et c’est une preuve de sa sagesse, car il voyait bien qu’il lui manquait encore une arme pour le combat : La Science. C’est la science aussi qui fait défaut à nos savants, soit dit sans intention paradoxale, car ils se disent eux-mêmes à sa recherche.
Ont-ils la volonté P il est bien difficile dele savoir puisqu’ils se contentent géné— ralement d’observations sur d’autres qu’eux-mêmes, ou même d’expériences in animâ m'lz’.
De l’Amour, ils ont, du moins, celui du Vrai, qui est déjà une grande partie de l’Amour actif, et c’est trop souvent le seul -de nos éléments qui puisse les défendre de l’accusa tion de magie noire, car plus d’une fois, comme les magnétiseurs ils en provoquent les effets sur leurs « sujets », ne serait-ce que par l’hébètement et l’assu— jettissement consécutifs de l’hypnotisme habituel. ;.
L’observation confirme donc l’assertionqu’il n’y a pas de magie sûre et vraiment haute, non seulement sans volonté, sans science ou sans amour, mais, même, si la volonté, la science et l’amour affectent un caractère passif. Disons mieux, en précisant encore davantage. Un excès d’activité est un mal aussi ; la nature, pour son travail fécond, ne choisit pas entre deux contraires, elle les oppose pour les harmoniser.
Notre formule pour être exacte doit donc comprendre à la fois le côté positif et le côté négatif de chacun de nos trois éléments, en les synthétisant de la façon que l’on a —,\ --‘«...\\,»w—-._æ ».. a.,y\.wy-\_.—\ . ....WMW‘—w
2 32 L’INITIATION pu pressentir déjà par ce qui a été dit plus haut des intuitifs et des déductifs. Mais nous touchons ici à des lois de science occulte qui demanderaienf trop de développements abstraits pour qu’il soit possible d’en fatiguer le lecteur; il suffira de les résumer dans le tableau suivant en observant, comme on pourra s'en rendre compte, que les deux contraires positif et négatif s’ils étaient pris isolément pourraient exposer dans une mesure plus ou moins grande aux dangers signalés, pourraient éveiller le Gardien du seuil, le Cerbère aux trois têtes. On ne peut triompher que par la triple synthèse médiane. Vouloir, Foi scientifique, Amour Universel. ÉLÉMENTS LEURS DEGRÉS QUALITATIFS ’“““Q"Es néon-m SYNTHÉTIQUE POSfl'IF I. VOLONTÉ _ Volonté mar— (sphère réelle de la Désir. V°“'°"v “al? Magie}. despotisme. 2' SC‘ENC’: Foi Foi Science posi (sphère intellec- jus u’àl’aveu— scientifique. tive jusqu‘au tuelle dela Magie). g ement. scepticisme. 3. ALTRUISME , . . . Chanté Amour Pan_thérsme (sphère 5 ‘”.tue"e sentimentale. universel. Hindou. de la agre). t d- Il Nous avons fixé maintenant la quantité et la qua u
LE GARDIEN DU SEUIL 233 lité des éléments fondamentaux de la Magie ; il nous reste, pour nous en faire une idée complète, à pré— ciser les objets auxquels ces éléments s’appliquent : Que faut—il vouloir? — Quefaut—il savoir? — Que faut-il aimer? En nous en rendant compte nous trouverons la solution de la question fondamentale de cette étude : Que doit faire le Néophyte à ses débuts, pendant la première heure du Nuctéméron ? F.-CH. BARLET. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE äu ;j’3ll.lEl‘ ÊRANSEENDAI‘IT ou Enconsemur sue:ämaua L’homme est placé entre deux Inconscients. Écran conscience est placée entre deux Incons \j cients.
L’un, inférieur, composé des sensations, des images des désirs que nous avons enregistrés dans l’exercice de la conscience; l’autre supérieur appelé sujet ou plan transcendant et que l’on peut considé— rer comme le foyer de l’intuition, le canal par où nous prenons connaissance des vérités éternelles et nécessaires.
Il est intéressant d’étudier le mécanisme des rapports de notre conscience avec ces deux inconscients et pour cela nous poserons en principe qu’ils sont analogues. L’inconscient inférieur est assez bien connu , depuis les travaux des psychologues modernes. M. Ch. Richet, MM. Janet, Héricourt, etc., s’aidant I
DU SUJET TRANSCENDANT 235 d’observations curieuses faites sur des hypnotiques, ont singulièrement éclairé la question. On sait main tenant que l’inconscient peut former une deuxième et même plusieurs nouvelles personnalités. Mais si l’on a assez bien déterminé les rapports de l’inconscient ou de la deuxième personnalité avec la conscience, il n’en est pas de mémé des rapports des inconscients entre eux et du sujet transcendant.
Ces deux der nières questions sont à l’ordre du jour en Allemagne depuis Hartmann, le disciple de Shopenhauer et l’un des principaux promoteurs de ces idées qui viennent évidemment d’0rient est M. Cari du Prel, directeur du Sphinx de Leipsick. Nous savons que, d’une manière générale, la con science est analogue à une luminosité qui serait pro duite par la rencontre de deux courants psychiques, l'un touchant l’autre.
Mais nous prenons la question au point de vue le plus général et, courant psychique c’est ce qui produit l’idéation sur un plan quelconque. Ainsi deux courants inconscients en eux—mêmes ne contenant que des éléments virtuels, c’est-à-dire' non-existants, en se touchant, donnent une étincelle qui est de la conscience.
Cette conscience appartient à trois êtres à la fois : ' 1° Le courant rencontrant qui devient conscient en ce point; ‘ 2° Le courant rencontré ; 3° L’objet de l’idéation qui résulte de la rencontre. Exemples. Le courant psychique humain rencontre les courants psychiques de la matière: un fait de conscience se présente commun aux deux ; ce fait est
, I l'O.. L’INITIATION 236 dans l’espèce une sensation ; c’est-à-dire une idéation qui se constitue en être psychique ayant de lui-même la même conscience qu'en ont les deux courants. Cette entité psychique en tant que consciente est une idée; en tant que connue des deux courants, elle est une forme qui est comme le corps de cette idée.
Elle emmagasine de la pui!sance vive qui la fait survivre à l’acte qui lui a donné naissance avec une volonté ou spontanéité proportionnelle en intensité, direction et_sens à l’impulsion originelle. Ainsi une pierre que nous avons lancée emporte t-elle avec elle une petite partie de notre volonté sous forme de forces d’inertie. L’analogie est frappante.
Elle conserve aussi du choc originel un état de conscience différent de l’état primitif, mais qui pourra s’exagérer dans des conditions spéciales. Toutefois, elle cesse après l’acte de la sensation d’être dans le champ de notre conscience; elle fait partie de notre inconscient. Quand je dis courants psychiques de la matière, je veux dire ceux dont la rencontre produit en nous le phénomène psychique appelé sensation (1).
Nous en rencontrons trois principaux dont le choc avec notre propre courant psychique engendre les entités du son, celles de la lumière et celles du toucher. Ces entités sont ce que nous pourrions appeler les élé-. ments sensibles de la matière, car quand nous avons ces sensations, ‘nous avons l’illusion de quelque t) Npus développerons ultérieurement cette question en traitant de nergre dans un procham article. "5 ._
ou SUJET TRANSCENDANT 2371 chose de visible, de tangible et de pesant que nous appelons la matière. L’un des courants est le père, l’autre la mère de la sensation et celle—ci en est l’enfant.
' Cet exemple est fort intéressant en ce qu’il nous montre que ce qui est réel, ce n’est pas la matière mais l’idéation et qu’en somme tout est subjectif dans deux courants ou sujets psychiques au moins et ce qui paraît objectif est dans notre conscience; nous ' ne connaissons que ce qui se passe en elle et cela cons titue un courant ou plutôt une source de courants psychiques créée par nous.
Il en résulte qu’un objet dit matériel, moi je dirais sensationnel, existe d’autant mieux qu’il est mieux perçu parll’observateur; que s’il n’est ni vu ni touché, son existence est limitée à la conscience qu’en ont les courants psychiques en jeu, c’est-à-dire à des réac-1 tions purement dynamiques ; que s’il est vu et touché ‘ son existence est plus complète et la conscience qu’il ' a de lui—même aussi développée que celle que nous avons de lui; enfin que s’il est perçu par un hypno tique aux sens très développés momentanément, il" atteint pour ainsi dire son maximum d’existence.
Si osé que cela paraisse, les objets matériels sont con scients, je le maintiens et ils ont d’eux-mêmes exacte ment la même conscience que nous avons d’eux. Cela ne veut pas dire qu’ils soient intelligents; Autreexemple: les objets conscients créés, comme sources de courants psychiques secondaires, une fois ' passés dansl’inconscient, ont leur existence et "leur conscience, c’est toutun, limitées aux'réactio‘ns mu— '
238 L’INITIATION r«w — ' ' - - --= ' tuelles des éléments de l’inconscient. La vie de ces entités est alors curieuse à étudier.
On pourrait faire la chimie de ces éléments, en examiner les affinités de volontés, la lutte pour l’exis tence, les relations sociales, les maladies, la mort; on pourrait aussi étudier les relations de ces entités avec les courants psychiques de la matière et enfin leurs relations avec le courant psychique auquel nous appartenons et on trouverait alors les faits de mé moire, d’imagination.
On verrait que dans ces rela tions, une part de spontanéité revient à l’entité psychique, que souvent même elles s’imposentà notre conscience, et que si nous luttons avec une habitude, par exemple, nous ne sommes pas toujours les plus forts. ‘ On pourrait étudier aussi les lois qui président aux rapports des inconscients entre eux, et déter miner les conditions de la psychométrie, on verrait qu’il y a des affinités classant les inconscients par familles et par races; on verrait aussi que l’incons— cient a un corps sensitif et que, sous certaines condi. tions, il peut l’extérioriser.
Il y aurait lieu aussi d’étudier, non seulement le dédoublement dela personnalité physique comme on paraît le faire avec fruit, mais encore le dédoublement de la personnalité physique. Cela permettrait d’expli quer les apparitions de fantômes et de réduire à leur juste valeur la plupart des phénomènes spirites.
Natu rellement, il faudrait suivre l’inconscient au delà de la dissolution du corps physique, analyser sa puissance vive, la durée de sa survivance , et les conditions de
nu SUJET TRANSCENDANT 239 sa désintégration, en molécules psychiques s’attachant comme des parasites aux inconscients les plus co— hérents qui sont ceux des médiums spirites.
Nous ne pouvons qu’énoncer ces questions; il faudrait des volumes pour les traiter, mais comme dans ces recherches on ne peut employer les mêmes méthodes d’observation que la science actuelle, c’est à chacun de les étudier pour son propre compte, afin de poser des bases pour l’étude encore plus intime du sujet transcendant.
La seule vraie, la seule utile science est contenue dans la maxime inscrite sur le temple d’Ephèse 7vo)0l oeuurov parce que l’homme est l’image de l’Univers, et connaître l’un, c’est connaître l’autre. La conscience est une étincelle qui jaillit à la ren— contre de deux courants psychiques.
Ces courants sont sur des sphères de rayon variable et peuvent se représenter par des cercles : ils comportent chacun deux circulations en sens inverse : l’une établit un rapport d’activité, l’autre un rapport de perception.
En variant leur rayon, on arrive toujours à en faire toucher deux; mais, il n’y a de la conscience ou de ll’Être au point de contact que si leurs circonférencés .ou puissances d’Être sont différentes parce que deux mouvements égaux et de sens contraire produisent le «non mouvement. Le sens dans lequel tournent les courants n’a pas d’importance puisque les courants sont doubles.
Les faisceaux circulatoires d’éléments virtuels ne de— viennent conscients qu’au point de contact; mais il" n’y a de moi que si le point conscient est en rapport
240 L'INITIATION avec d’autres, desquels il peut se différencier; or je dis que la conscience humaine est le résultat de l’idéa tion du plan transcendant comme l’inconscient infé— rieur est le résultat de notre propre idéation.
D’une manière générale, une entité quelconque est toujours placée entre deux inconscients, l’un supérieur l’autre inférieur; le choc des deux puissances d’Être différentes qui se touchent détermine dans la cons— cience une double polarité, un double entraînement, soit vers le haut, soit _vers le bas. En particulier, le contact peut se faire enl’absolu c’est-à—dire la où 1’Être ne se distingue plus du Non-Être.
Soient les deux cou rants virtuels et voyons ce qui se passe au point de contact. ‘_3,}.‘ / On aperçoit C°"5Ôa“‘/ __, d’abord deux a506 // côtés ou pôles: ' celui par où les courants en trent, celui par où ils sortent. La puissance d’être est exactement la même sur ces deux pôles car ce qui entre est égal à ce qui sort, mais il y a une difiérence d’aspect.
D’un côté le passage du Non-Être à l’Être est brusque et l’Energie entre exclusivement sous forme réelle; de l’autre, ce qui sort est en partie sous forme de Non-Être (potentielle) en partie sous forme d’Êtreté (puissance vive); cette dernière se partage inégalement entre le courant mbntant et le courant descendant et
DU SUJET TRANSCENDANT 24.! vient constituer deux inconscients, l’un supérieur l’autre inférieur, qui, en s’éteignant, ramènent la puis— sanCe d’Être des courants à une valeur différente de ce qu’elle était auparavant. On peut dire que l’un des courants accroît sa puissance d’Être aux dépens de l’autre; que l’un mange l’autre.
Il y a un lien entre le point conscient et ces entités survivantes, ce qui lui permet deles utiliser, mais, après la séparation des courants et l’extinction du point, elles vivent jusqu’à ce que leur puissance vive soit épuisée. . La puissance d’Être totale qui entre dans le point, c’est U ; le potentiel à la sortie, c’est W; et la puis— sance vive est V: (u + v'), donc : U : W + V. C’est la formule de la conservation de l’Energîe.
Au point de cou— pure, le courant qui a le plus de puis sance d’Être agit + _ comme mâle en péné- - ' ' trant l’autre. Cela fait deux ondes, l’une pé nétrante, l’autre ren— := trante, figure phaL— , /1 Ô: ) 5 lique que l’on trouve : même en l’Absolu et / que l’on désigne sou j vent par la figure: Soleil, Lune. La marche de l’Univers est guidée par un instinct de la conser— \ * / / I \ \\ ACTIF PASSlF NEUTRE '
24.2 L’INITIATION vation. C’est parce que l’Absolu a besoin d’être constaté qu’il a ses trois aspects (confondus en un seul); que d’un côté il sécrète ces courants de Non Être, qui par leur rencontre, donneront les émanations existantes, et que, de l’autre, il les aspire.
L’Absolu a faim de ses émanations, il vit d’elles et par elles (t), il s’en nourrit, de sorte que tous les courants particuliers s’intègrenten un courant général qui commence en un point neutre (pralaya) et se ter— mine en un autre point neutre après avoir passé par toutes les phases de I’Êtreté. .
Si nous considérons ce qui a été dit de la formule de l’Energie : U = W + V, nous voyons qu’une partie de la puissance vive ou Êtreté V passe dans le courant supérieur entraîné dans le sens du courant général tandis qu’une partie reste en arrière, constituant pour le cycle considéré un déchet de I’Evolution.
Les unes sont entraînées en avant jusqu’à ce qu’elles trouvent leur Nirvana en l’Absolu ; les autres émanations prennent leur Nir— vana (reflet de Nirvana) dans le courant de Non-Être inférieur dont elles ont fait choix. Dans chaque courant, il y a une notion spéciale du temps et I’Eternité correspond au développement entier du circuit; mais comme tous n’ont pas le même développement, il y a plusieurs éternités relatives.
Ce que nous appelons l’immortalité correspond à l’éternité (t) « Q‘est Dieu qui nous a donné l‘Étre; c‘est bien le moins que nous lui rend:onsla pareille. n ' VILUERS m: L'ISLË-ADAI.‘ " u. "n ' . - -.- ......‘a:.H&
DU SUJET TRANSCENDANT absolue c’est—à—dire au Nirvana définitif en l’Absolu. L’étude du plan transcendant est capitale pour nous, parce qu’elle seule peut nous permettre de marcher en avant.
De même que nous pouvons rappeler à notre con science dans l’acte de la mémoire les entités dont nous avons meublé notre conscient et pour lesquelles nous avons conservé de l’affinité, de même elles peuvent s’y, présenter spontanément en obéissant à l’instinct de la conservation parce qu’elles savent qu’être oubliées, c’est mourir. Ainsi fait le plan transcendant vis à vis de nous qui constituons l’inconscient qu’il s’est fait.
Le besoin qu’il a d’être, fait qu’il nous attire à lui et de notre côté l’instinct de nôtre conservation fait que nous sommes poussés à prendre connaissance spontané— ment de notre plan transcendant. Nous en sommes alors conscients, nous devenons lui—même. Mais pre— nons garde de nous faire oublier, car ce serait pour nous la mort.
Si nous arrivons à nous imposer à lui d’une façon indestructible, nous vivons alors perpé— tuellement en lui et lui en nous : c’est l’assurance de Nirvâna. Les Mahatmas sont les hommes qui sont parvenus à la conscience complète et habituelle de leur sujet transcendant. Je dis leur, parce qu’il y a un sujet transcendant pour chaque race psychique.
Par conséquent, être en communication avec les Mahatmas, cela revient simplement à être momenta nément conscient du plan transcendant : c’està la " portée de tout le monde. Les entités de l’inconscient ont plusieurs vies successives dansnotrc conscience '
244 L’INITIATION et de chacune elles emportent une recrudescence de. puissance vive; elles ont besoin de nous comme nous avons besoin d’elles. Ainsi, avons-nousplusieursvies successives dans le plan transcendant jusqu’à ce que nous nous fixions irrévocablement dans sa mémoire.
Quand nous avons certaines idées, certains désirs élevés, c’est le sujet transcendant qui se souvient et comme il fait partie de nous-mêmes, on peut dire qu’apprendre, dans l’ordre de la raison pure et des vérités nécessaires, c’est se ressouvenir. Nous sommes suggestibles à son égard, comme l’inconscient l’est vis-à—vis de nous.
Nous lui servons d’instrument de création et de perception et il se sert. de nous, de la même façon que nous nous servons de notre inconscient. C’est lui qui nous conserve d’une vie à l’autre et il . fait tout ce qu’il peut pour ne pas nous oublier. C’est à nous de prendre connaissance de lui, de suivre ses suggestions et de nous rendre intéressants.
Chez le médium ,spirite (?) l’inconscient empiète quelquefois sur le domaine du conscient; ainsi empiétons—nous surson domaine et sommes-nous parfois médiums à l’égard du sujet transcendant.
Nous en emportons des impressions que nous nous communiquons les uns les autres, et la seule raison pourquoi nous nous séparons de lui c’est que nous préférons la société de notre inconscient à la sienne ; mais se complaire dans la société des éléments de la . matière (sensationnels) c’est purement et simplement préférer la mort à la vie. C’est le désir qu’a l’incon scient, qu’a la matière de posséder notre conscience -r
DU SUJET TRANSCENDANT 245 . qui nous entraîne en bas; c’est le désir qu’a le sujet transcendant de nous, qui nous pousse en avant: c’est le désir universel du Nirvâna en l’Absolu qui constitue l’impulsion universelle. Le sujet transcen dant nous aspire, comme nous aspirons notre incon scient, comme les dieux aspirent les sujets transcen— dants, comme l’Absolu + aspire l’Absolu —.
Qu’on ' l’appelle Christ, Verbe ou plan spirituel ou ange gar dien, le sujet transcendant est notre maître et notre conservateur, c’est lui qu’il faut intérieurement con-. naître, aimer, et servir, car il est la Voix, la Vérité ., et la Vie. Lors de la dissolution de l’organisme, la coupure se referme et nous n’avons plus qu’à épuiser la puissance vive acquise.
Il faut alors que nous choi sissions entre notre inconscient et notre sujet transcendant, entre l’état tautalesque d’élémentaire et le repos dévakhanique, en passant souvent par un , état d’hésitation qui est celui de Kama loka. Il faut. nous plaire dans la société du sujet transcendant,cela est absolument nécessaire, il le faut si nous voulons arriver à cet état de flamme, que n’agite plus aucun . souffle, qu’on appelle N irvâna. A U M Dd MAC—NAB. rî'c'rr:
sa...
246 L’INITIATION ©unonnuua Mustt:nsn L’ODE TRIOMPHALE DE M“° AUGUSTA HOLMÈS " USICIEN de génie, poète de premier ordre, et dis ciple de la science occulte, tels sont les traits sous lesquels nous apparaît l’auteur de l’acte que tout Paris acclamait dernièrement au Palais’de l’lndustrie- - Je ne me permettrai point ici de tracer un mauvais portrait de M“' Holmès; l’auteur se reflète toujours dans son œuvre, et en citant Lute‘ce, les Argonautes, Irlande, Pologne, Ludus pro patria, qui respirent, surtout les dernières, un souffle aussi ardent de patrio— tisme, j’estime avoir suffisamment dépeint cette grande: figure de nos temps modernes qui n’a pas hésité à chanter une apothéose.
Considérée dans son ensemble, l’ode est un véri« table tour de force, lorsque l’on songe au peu de temps qui restait à M‘le Holmès pour en composer la musique, après le vote émis par nos édiles.
Appelée à accorder sa lyre au diapason d’un poème où elle nous décrivait déjà en vers si brillants et si beaux, toute une nation, elle a su nous le traduire en une série de tableaux musicaux d’une fidélité d’expression et d’une vivacité d’allures vraiment remarquables.
La forte culture théorique qu’elle possède nous montre en Augusta Holmès une digne élève de César Franck: et sa modulation constante soutenue par une profonde connaissance des lois de l’harmonie . f'J‘
CHRONIQUE MUSICALE 247 nou’s rappelle la partition des Eolz'des. L’orchestre immense dont elle pouvait disposer lui a permis de traiter son œuvre par grandes masses instrumentales: elle a pu ainsi obtenir de remarquables effets de sono rité.
W'agnérienne dans l’âme, elle a su donner à ses œuvres la cohésion de celles du maître allemand, en se montrant comme lui librettiste hors ligne; comme lui aussi, son but a été de mettre en lumière les belles traditionsde l’Occultisme et de la Théosophie, et nous en verrons maintes preuves dans l’Ode triom— phale- Elle s’y est souvenue des saines notions que l’on apprenait dans les sanctuaires de la Grèce, et les fêtes splendides de la première République l’ont ins— pirée pour le caractère grandiose qu’elle a donné à son œuvre. , D’aucuns ont prétendu qu‘il y manquait des ballets «et des intermèdes; nous croyons qu’il y aurait eu fort peu de dignité à introduire la chorégraphie dans une manifestation patriotique aussi imposante.
De sérieuses qualités scéniques ont présidé du reste à l’ordonnance générale de la mise en scène. Les costumes admirablement combinés, présen taient un aspect d’une variété de couleur et {d’une richesse inouïes.
' ‘ , L’orchestre et les chœurs au nombre de douze cents exécutants étaient placés sous la direction d’Edouard Colonne; et M““ Mathilde Romi, avec' _ sa voix fraîche et admirablement timbrée remplissait, dignement le rôle de la République. Et pour contenir pareil concours de chanteurs et d’instrumentistes, M. Alphand, aidé de deux décorateurs bien connus,
248 L’INITIATION cr ‘\..-» MM. Larastre et Carpezat, érigeait l’immense vais— . seau du Palais de l’Industrie en salle de spectacle, et aménageait à l’une de ses extrémités une scène de vastes dimensions.
Rien n’avait été négligé, comme on le voit du reste pour fêter l’anniversaire glorieux du Centenaire, et si M“" Holmès a remporté un succès sans précédent, c’est grâce à la manière délicate et toute féminine dont elle a su comprendre le sujet, et en approprier la musique aux genres si variés et si nombreux qu’il comportait.
Tour à tour, champêtre, héroïque, sym bolique et idéale, elle a fait parler l’amour avec autant de feu et de passion qu’elle a mis de naïveté adorable dans la scène enfantine. Voici du reste le compte-rendu analytique de l’œuvre.
De longs appels de trompettes, éclatant des quatre coins de la voûte, modulent successivement en cinq tons différents en se “compliquant de plus en plus, pour aboutir enfin après de sourds grondements, aux accords harmonieux d’une marche triomphale, tout empreinte des accents héroïques d’une mâle fierté.
Après un passage exquis et passionné, tout dominé parle chant des instruments à cordes, le thème de la marche reprend et le double rideau de la scène s’en— trouve, découvrant un immense espace en amphi théâtre entouré de colonnes chargées de trophées. Un autel antique autour duquel brûlent quatre trépieds, occupe le milieu.
Au—dessus flotte un voile d’or; de larges espaces entremêlés de lauriers et de palmiers, sont ménagés à l’entour pourrecevoir les chœurs, et
CHRONIQUE MUSICALE 24.9 comme toile de fond, « des cités, des forêts et des montagnes lointaines ». Sur un début d’orchestre au rythme bizarre, coupé de cymbales à contre—temps, les vignerons font leur entrée en scène. Leurs cris de voix retentissent sur une progression chromatique; ce sont les trois dernières lettres du mot sacré Evohé (mu) auxquels ils ajoutent le mot soleil, image de la première lettre J 0d (7).
Leur chant très caractéristique : La vigne a fleuri _ Dans 11;: âd:äfîeaviïtiûh’iÏuillonne, etc... se traduit en mesures à trois temps et à deux temps mêlées, qui lui donnent ce caractère de gaieté et d’en— train si particulier aux joyeux compagnons de Bac— chus.
Quel Contraste présente alors cette entrée des moissonneurs, en ut majeur et en mesure à 3/2, pesante comme le pas de leurs bêtes de somme, sur tout au passage si empreint de noblesse : %ue les bœufs dorment dans le pré. oissonneurs, les granges sont pleines!
Sur cette dernière phrase, les vignerons reprennent plusieurs fois leurs cris: Evohé 1 Soleil ! et lorsqu’ils viennent dire ensuite: e‘-‘ Ce vin c‘est le sang, etc. ‘ Sur leur motif gai et joyeux, les Moissonneurs ré pondent pesamment: Ce pain c'est la chair. . Après cette partie, d’une si haute portée philoso— phique, les groupes se placent autour de l’autel de la
2 50 L’INITIATION patrie, et ceux qui savent défendre le sol, succèdent à ceux qui en ont chanté les richesses. Les soldats et les moines font leur entrée sur un dessin d’orchestre qui module alternativement en un motif de marche et de berceuse, pour aboutir enfin à. un texte de marche.
On remarque ici et dans bien d’autres endroits encore, le soin que met l’auteur à calquer vigoureusement la musique sur les paroles: sans perdre une occasion, par exemple, d’assimiler sa phrase musicale: Aux cliquetis clair des épées, Aux rugissements du canon. Et plus loin lorsque le chœur des moines chante la berceuse, celle—ci ne se découpe-t-elle pas : ........
Aux rivages brûlants... ‘ Puis le tableau s’assombrit: 7La vague est terrible et profonde L‘éclair brille et la foudre gronde. L’orchestre gémit en une gamme ascendante de sixtes chromatiques, jusqu’à ce cri de détresse: Nous t‘invoquons, France la Blonde! Et subitement, le danger une fois écarté, ils. reprennent plus heureux et plus confiants : A toi la conquête féconde! Sur un motif plus accéléré en mesures à 9/8 et 6/ 8 mêlées.
Mais déjà se font entendre les basses pesantes annon—y çant l’arrivée des corps de métiers. Deux groupes de .æv.,z.«v .w,W ml «. ,,,4. ,’,.,w.,., ..W,;
CHRONIQUE MUSICALE 251 I compagnons aux larges chapeaux, porteurs de hautes cannes enrubannées s’avancent en ligne jusqu’au milieu de la scène, où ils se rejoignent, en se donnant une fraternelle accolade; les uns sont compagnons «du Devoir, les autres compagnons de la Liberté. Le rythme de cette entrée dominé de temps en temps par les notes claires que rend le choc du marteau sur l’enclume, est très caractéristique. Tape père et dis-moi ton nom.
Et à cette question qui s’établit musicalement d'une manière si franche, les deux chœurs répondent religieusement en déclinant respectivement leurs qualités : ce sont les enfants de Salomon, et ceux du PèreSoubise et de Maître Jacques.
En dehors de l’allé— _gorie maçonnique que représente ce cortège, il con vient de faire remarquer l’allusion occulte aux sept principes de l’homme (1) des trois questions, que les compagnons se posent successivement en mode mineur: A qui dois—je donn r mon cœur? A qui dois-je donn mon âme? A quoi dois—je employer mes bras? Fidèle image du ternaire représenté par l’Esprit, la Vie et le Corps.
Et les interpellés de répondre sur le mode majeur qu’il faut donner: l’Esprit, c’est-à— -dire le principe intellectuel, l’inspiration, au travail— leur, (1) Voyez l'étude. intéressante de Papus sur les Sept principes de JÀHomgne, et qui a fait le sujet d‘une conférence à laSocie’te’ Théosophique cm 3.
2 52 L’INITIATION - -. 1-.- Ï?IF=WVu"ÎËÎ' L’Ame, ce qui veut dire le sang, la Vie en un mot pour le pays. . En dernier lieu le Corps, l’activité matérielle, les bras, pour reconstruire le Temple antique, le Temple des Initiés. Et les deux chœurs reprennent entièrement sur le 'mode majeur leur hymne de travail, au bruit des marteaux et des enclumes, qui rappelle un passage analogue de Ludus pro palrt‘â.
Ici l’auteur semble se recueillir un instant; on pressent la venue de qûelque chose de plus noble et de plus idéal que les tableaux qui jusqu’à présent ont défilé devant nos yeux: des accords vraiment aériens précèdent de longs arpèges de harpe, et le Génie sous les traits de l’Apollon M usagète, portant la grande lyre d’ivoire et d'or, descend lentement des derniers praticables suivi d’un essaim de jeunes filles et de jeunes gens, représentant les diverses branches de l'Art.
L’effet produit par cette mise en scène vraiment superbe, et surtout par la douceur pénétrante du prélude d’orchestre, nous charme et nous saisit: comme si l’auteur avait voulu par cette allégorique introduction, attribuer à la musique une origine divine, et la faire‘descendre sur la terre, pour y "répandre ses bienfaits et moraliser les nations.
Après un chant soutenu à la basse, et accompagné du léger bruissement des chanterelles, s’élève une élégie d’un caractère sublime. Peuple lève les yeux versla Lyre Immortelle. On pressent au travers de la trame musicale, une
CHRONIQUE MUSICALE 2 5 3 phrase ascendante, qui monte doucement'au ciel .commele regard de ce peuple: et lorsque celui-ci, encore ébloui, peut admirer les merveilles qui s’offrent à lui, l’orchestre‘se passion‘ne à son tour. Regarde ! C’est elle l Suit un texte symphonique remarquable, qui ne le cède en rien comme beauté à la strophe suivante: Vois les pinceaux trempés dans l'azur et l'aurore .0u rayonne encore. .
A Malgré le temps cruel, le prisme aux septs couleurs: I_.e maillet, le ciseau qui, dans le cœur des arbres bur l'onyx, le bronze et les marbres. Ont gravé pourtoujours ta joie et tes douleurs ! Est—11 possrble de decr1re avec plus de charme ? ..
Après une dernière strophe non moins belle, Peuple sois doux au Génie. celui-ci se tourne vers l’Orient, puis vers l’Occident et l’orchestre s’éteint sur le scintillement de notes aiguës. .Les sciences précédées par la Raison, au diadème d’étoiles, font leur entrée sur un solo de basses, de motif sévère, mais qui résume à,lui seul tout un système de philosophie.
La phrasemusicale se prête ici admirablement à la poésie et comme elle aussx: jaillit en myriades de soleils. Les allusions occultes sont fréquentes et superbes: Marche et perçois en toi, l‘Esprit. le Verbe et l'Étre, Homme qui par nous seras dieu !l! Mais subitement-un délicieùx dialogue de flûtes, de hautbois et de violons vient accompagner l’entrée de
254 ‘ L’INITIATION l’Amour sur la scène. L’inspiration qui en est toute poétique et même anacréontique comme on l’a dit quelque part, fait de ce morceau, l’un des plus fins et des plus délicats : digne pendant du chœur qui suit : La Nuit etl’Amour, dans Ludus pro patriä.
Décrivant tous les contours du dessin d’orchestre, en une gra cieuse pantomine, l’Amour aux ailes roses, porteur de son carquois et de ses flèches, invite doucement les jeunes gens à le suivre : de son côté la Jeunesse parait en scène : un essaim de jeunes filles l’accompagne.
Dans la berçeuse, au rythme si ravissant Vers Elles, Amour conduis-nous en battant des ailes. où la musique n’est—elle même qu’un délicieux batte— ment d’ailes, les phases diverses de l’Amour et de la Passion sont admirablement décrites.
Il y a d’abord l’aveu, les supplications; les jeunes filles échangent des fleurs contre les lauriers et les palmes des jeunes gens semblant ainsi se donner l’un à l’autre, et se jurer fidélité; puis enfin, les deux chœurs, reprenant ensemble le motif de la berceuse, se confondent en une étreinte pleine de passion, heureux de prendre part au banquet de la vie, et de goûter les n. roses du premier baiser.
L’Amour et la Jeunesse qui ont représenté, dans une mimique expressive, tous les détails de la scène, tombent enfin dans les bras l’un de l’autre, tandis qu’autour d’eux tintent délicieusement ces mots si doux : Je t’aime. Un gai. motif de marche vientbrus— quement couper la parole aux amoureux, et les en— la‘W’'a.m«'‘-;..W... ,...' .;.
CHRONIQUE MUSICALE 2 5 5 fants entrent en scène, tenant des bêtes féroces enchaînées avec des fleurs, et des épis nus couverts de feuillages. Ce morceau est certainement à la fois naïf et charmant, les flûtes et les clarinettes gazouillent comme le rossignol, l’alouette, la mésange et le moi neau qui chantent les gloires de la France.
Du reste rien de plus ravissant que cette réunion d’enfants aux tuniques blanches, soutenues par des ceintures aux couleurs nationales, et venant avec toute la grâce du jeune âge, apporter aux hommes des paroles de paix et de concorde. . . Soudain, ce tableau si plein d’entrain, prend une teinte sombre et farouche.
La scène s’obscurcit, et les préludes d’une marche funèbre grondent à l’orchestre, jetant un concert de notes rauques sur ce passage qui, tout à l’heure si ensoleillé, se trouve maintenant désolé comme par les nombreux indices d’un orage prochain. Une figure voilée, traînant des chaînes, les cheveux épars, parait sur ce devant de la scène et se dirige, en se tordant les bras, vers l’autel qui n’est plus éclairé que par les flammes des Trépieds.
Un rayon de lumière rouge l’accompagne, tandis que les chœurs murmurent sur un motif de marche : A travers les cités et les sombres forêts Ont retenti des cris funèbres Le soleil s‘est éteint ! Un voile de ténèbres Répand le deuil sur nos apprêts.
La figure voilée tend alors les bras .aux différents groupes à droite et à gauche, qui poussant un cri d’effroi sinistre lui montrent l’autel : l’Amour et la Jeunesse se séparent pour la laisser passer; et tandis *;x‘'n.’
256 L’INITIATION . y qu’elle tombe en suppliante sur les degrés, le peuple entier réclame la venue de la déesse libératrice qui doit le sauver à jamais. L’invocation : Apparais déesse, apparais, se poursuit dans tous les groupes, sur la seule note redoublée d’une progression chromatique continue, et la République apparaît enfin, au milieu d’une clarté fulgurante et dans tous les attributs de sa dignité.
Venez à moi, vous qui souffrez pour la justice; s’écrie4—elle, devant la foule qui l’implore à genoux. Accourez à ma voix _des confins de la terre, Mortels affamés d'équité ! Et après avoir rendu grâce à la Déesse libératrice tout le peuple se lève, dans un élan superbe, la femme voilée supplie la République, qui étend sur elle des rameaux d‘olivier : et celle—ci, brisant ses chaînes et rejetant son deuil, paraît vêtue des couleurs de la France.
Les trompettes font retentir leurs joyeuses fanfares. Une gerbe de blé vient croître au pied de l’autel, et « toute la foule tend vers la déesse des bras chargés d’attributs comme pour lui consacrer les forces de la Patrie avec un grand cri de suprême en thousiasme ». Gloire à toi, Liberté, soleil de l'univers ! '. ' . HENRI WELSCH. p-u
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE 257 :_'"'.l"' ""‘ l ‘ _"r:“-l '. :" '\ Œruna ramocaammua PHYSIOLOGIE TRANSCENDANTALE.— Anal :_e des choses, essai sur la Science future parle Dr PAUL GIBIER. 1 vo . m-18, Dentu. Pr1x: 3 fr. 50. {2) ous nos lecteurs connaissent l’auteur de ce nou m veau livre.
Un des premiers en France, il osa pro— clamer la réalité des phénomènes étudiés par les spirites et cette audace lui attira les persécutions les moins méritées de ses chers collègues. Dans le Spiritisme ou Fakirz‘sme Occidental le Dr Paul Gibier décrivait une série de faits positifs, incontestables, sans vouloir encore aborder une thé—. crie quelconque de ces faits.
Ainsi àla fin de son livre, il présentait les explications de toutes les écoles qui s’occupent de ces questions sans vouloir encore choisir une opinion personnelle.
L’Analyse des choses expose cette fois les opinions philosophiques de l’auteur sur ces phénomènes et, pour bien éclairer sa pensée, il est obligé de présenter au public, avant l’étude même des faits occultes, toute une théorie philosophique sur l’Univers, sur l’homme et sur leurs rapports.
Cette théorie est celle de la Science Occulte ensei— gnée, ainsi que le dit le Dr Gibier, dans toutes les initiations antiques et surtout dans l’école Pythagori cienne.
L’auteur conçoit l’Univers comme formé de trois principes essentiels, la Matière, l’Energie et un troisième élément, médiateur entre les deux précé dents, peu connu dans son essence par la science contemporaine, élément qu’il nomme l’Intelligence, C’est ce troisième élément qui donnera l’explication ’_®%f" Œ‘ _.w..a.,..«-fi_____ÿ,__Ï 9
2 58 L’INITIATION _ .‘ ‘_ '?". "‘1’": d’une série de phénomènes mystérieux pour les savants contemporains.
L’homme, de même que l’Univers, présente trois termes, la Matière analogue en tous points à celle de l’Univers, l’Energie, la Volonté et enfin un troi sième terme médiateur entre les deux précédents pou vant agir au dehors de l’être et cause d’un grand nombre de faits spirites inexplicables scientifique— ment sans cette action. — La première partie du livre aborde une série de problèmes cosmogoniques et cherche leur solution par l’alliance de la philosophie occulte avec les données contemporaines.
De même l’étude sur l’homme ou microcosme soulève une série de problèmes également fort intéressants. Il y a dans l’Analyse des Choses des pages super— bes dans lesquelles le savant, sacrifié par ses cou— frères à cause de la hauteur de ses idées, sait montrer à quel degré de philosophie personnelle il est parvenu, Il faut être véritablement un homme supérieur pour répondre à tous ceux qui l’ont honni sans le com prendre.
« Je pardonne de grand cœur à ceux qui se sont jugés assez purs pour lancer la première pierre: la vérité dont voici l’aube sera ma vengeresse, et ce qui m’enchante, c’est qu’elle brillera aussi bien pour ses détracteurs que pour ses amis de la veille. » (Analyse des choses, p. 95.) Il est brave de venir dire à la face de l’École de Médecine où le matérialisme est publiquement ensei gné: « Je suis sûr que l’âme est immortelle, j’en ai
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE 259 :'r-.- des preuves indubitables. » Quand on est le D" Gibier, c’est là un courage réel qui à mon avis a autant de prix que celui du champ de bataille, et si ce dévouement là pouvait être récompensé par une croix, nous n’hésiterions pas à demander qu’on la plaçat de suite à côté de celle que l’auteur a gagnée en allant quatre fois de suite s’exposer à la mort en pleine épidémie de fièvre jaune et de choléra. * an; Une grande place est faite dans ce livre à la des— Criptionde nouveaux faits encore peu connus des contemporains. - Plusieurs phénomènes fort bien constatés sont pré— sentés avec la rigueur et la clarté qu’un savant tel que le Dr Gibier sait toujours donner à des études expéri mentales.
La lecture, les yeux fermés, par un sujet placé en état de somnambulisme, la sortie du corps astral d’une personne qui analyse toutes ses sensations et qui vient les raconter en détail, les phénomènes spi rites qui ont failli coûter la vie à l’auteur, sont décrits de main de maître.
Nous reconnaissons bien là l’éminent auteur de « Fakirisme occidental », le sa vant qu’une méthode sûre empêche de s’égarer dans les fausses interprétations ou les erreurs courantes. Les faits multiples énumérés dans ce livre font sa réelle valeur, je ne saurais trop le répéter et je con— seille aux occultistes d’acheter cet ouvrage surtout pour cette raison. Au point de vue théorique, ils y trouveront une exposition claire de théories déjà con
260 L’INITIATION - vrr:u:-_-.:... nues, mais ils pourront tirer beaucoup de la lecture de tous ces phénomènes de yoguisme, de matérialisa tions, d’apports et de spiritisme en général. L’influence de ce livre sur le public sera considé— rable, c’est incontestable. Quand un homme de valeur, dont une carrière scien tifique brillante garantit la loyauté, affirme de telles choses, il faut bien que les Académies s’émeuvent.
Le moment est proche où la science occulte sera sérieuse— ment étudiée par nos savants, c’est là ce que nous souhai— tons, car alors ils verront la réalité et la profondeur de ses enseignements Le Dr Gibier annonce à ses con frères la naissance de ce mouvement dont il s’est fait l’éclaireur scientifique. Puisse sa prédiction se réaliser bientôt.
Il manquait à ce beau livre une bibliographie tou—. jours utile pour les nombreux chercheurs que frappe la lecture de l’Analyse des choses, l’auteur que nous sommes allé consulter à ce sujet nous a montré que cet oubli provenait uniquement d’une erreur typogra— phique arrivée au dernier moment, erreur qui sera réparée dans les nombreuses traductions et les tirages ultérieurs qu’aura cet important ouvrage, il nous en a donné sa parole.
Au nom de tous nos amis nous remercions le Dr Paul Gibier d’avoir si vaillam ment contribué à la diflusion de l’occultisme dans le gros public. Nous reviendrons du reste peut-être sur ce livre et nous l’étudierons au point de vue de ses rapports avec les théories et les faits de la Science occulte et de ses défenseurs actuels. PAPUS.. F‘.
au PARTIE LITTÉRAIRE \ flESPÈRUS I CRÉPUSCULE Dans Francfort—sur-le-Mein, la ville électorale, Près de la Judengasse et de la cathédrale, A l’angle d’un marché houleux comme une mer, Derrière un mur penchant qui s’adosse au Rœmer Et dont le plâtras noir, jadis peint à la fresque, Montre encore une Vierge en habit de moresque, Agonz‘sa, trente ans, dans l’imbécillz’té, Un pauvre homme vaincu par l’âge ou dévasté Par quelque vieille angoisse incessamment accrue.
Les ans lourds l’avaientfait tout petit. De la rue On criait : « Tiens un nain! » Il ne répondait pas, Et sa droite s’ouvrait en guise de compas Pour mesurer l’éther immense et les nuées. Sa puérilité consentait aux huées;
2 62 L’INITIATION Et l’eût-on voulu battre, il n'auraitpas dit non. Les uns le croyaient juif. On savait mal son nom.
S’il mangeait, aussitôt du coin de la ruelle Mille petits cailloux volaient vers son écuelle; Il mangeait les cailloux sans se plaindre, et lélieu Fut célèbre parmi les enfants pour ce jeu, Deux fois le jour, ayant sur l’épaule une cruche, Il gagnait lafontaine où bourdonne la ruche Des servantes qui vont bras nus et sans corset ; Mais le cercle folätre alors s’étre’cz’ssait Autour du pilier qu’orne un Bacchus dérisoire, Pour empêcher le nain de puiser ou de boire.
C'est là que je le vis pour la première fois. Unefille en riant lui donnait sur les doigts D'une clé qu’elle avait dans la main. Plus cruelle, Une autre demandait au vieux s’il voulait d’elle, Provocante et, du doigt, soulevant son fichu, Lui, songeait. J’observai que cet être, déchu Plutôt que vil, avait dans les yeux ces ténèbres Hagardes et qui sont d’ailleurs les plus funèbres, Où quelque chose encor se souvient d’avoir lui.
Il rentra, mais j’avais marché derrière lui, Etje vis le dedans hideux de sa logette. Le mur qui de cinq pas à gauche se projette Mais cesse à peine d’être au Rœmer contzgu, Fait de ce gite un angle à tel excès aigu,
HESPÊRUS 263 Et, saillant en rondeur comme une échz‘ne lasse, Soutient si mal un toit dont la tuile se casse Qu’un savetier logé maintenant dans ce coin, (Car les jours où vécut l’ancien hôte sont loin), Quand cède à son efi‘ort lefil roux qu’il tiraille, De chaque coude va heurter chaque muraille Et qu’assis il s’y‘ peut à peine tenir drozt. L’écartement par où l’on rampe en cet endroit, Porte etfenêtre, veuf de ferrure et de vitre, Etait louche.
Au dedans une mousse de nitre Souz’llaz’t les murs, et plus d’un plâtres bossué Pendait, mou, car la pierre antique avait sué ; De sorte qu’on eût dit d’un corridor de cave. Sur le sol gras, qui suinte et de débris se pave, Un matelas plié, loque afireuse, buvait Son étoupe ; c’était le siège et le chevet ; Mieux eût valu s’asseoir et dormir sur la dure.
Restes décolorés et devenus ordure, Cent objets, dans un coin. formaient un tas suspect, Comblant la sale horreur du lieupar leur aspect, Chargeant l’air, sous ce toithaut de quelques coudées , Du fade arome propre aux choses dégradées.
Comme c’était au mois d’octobre, vers le soir, Le jour, gris au dehors, dans le bouge était noir, Sombre rideau tiré sur cette ignominie ; Et rien ne détonnait dans l’obscure harmonie Qu’un lambeau rouge, au toit suspendu, vêtement, Laque, n’importe, enflé de brise à tout moment, Qui, parfois, avait l’air d’une bête écorchée, Et, sur le mur, étroite, anguleuse, ébréchée, Une glace, unfragment de glace, au tain géreé,
264 L’INITIATION Tombé d’une fenêtre, en passant ramassé, Que l‘atmosphère humide ombrait d’un pâle voile, Mais ce miroir avait laj0rme d’une étoile. O L’homme, en son trou, gisait, et je le voyais mal. Sa forme n’étaitpas même d’un animal, Sinon de quelque chien rampant, de basse espèce. Il était tombé là comme une chose épaisse, Inerte; l’on eût dit d’un ramas de haz’llons.
Mais un jet du couchant le baigna de rayons, Etje vis émerger du mur sa face terne. Tel, blême, dans l’eau noire d’une citerne, La lune; tel lefront d’un cadavre embaume’. Et cette face était comme un livre fermé. Vivait—elle?
Ses os saillaient, tendant les rides ; Quelques poils gris épars sur ses tempes arides Semblaient tels qu’il en pousse aux morts dans le tombeau Pourtant, vers le miroir, où le rouge lambeau Frôlait de son image en tremblant apparue L’évanouz‘ssement léger dans une rue D’un passant quifuyait comme une brume fond, Elle tournait des yeux lourds d’un songe profond.
Ces yeux dont émanait, presque éteinte, une flamme, Etaient les soupiraux uniques par où l’âme Du vieux nain, torche, hélas! d’un caveau, sefit voir; Et leur rayon, longtemps versé dans le miroir Qui le renvoyait, pâle, à ces prunelles sombres, Formait unfraternel échange, entre les ombres De l’habitacle morne et de l’hôte hébété, Du peu que l'un et l’autre ils avaient de clarté.
HESPÉRUS 265 Je m’appuyais au mur, contemplant en silence Le lieu, l'homme. Ma main, quipendait, heurta l’anse De la cruche gisant vide sur les pavés ; J’allais vers la fontaine, etje revins . « Buve; », Dis-je. Le nain frémit à ma voix comme un homme Quis’évez’lle, et cria 3 « Qui va là 9 Je me nomme Hespérus ! j’ai reçu, quoiqu’indigne, le don De vaincre dans les champs sacrés d’A rmageddon ' Les satans qui criaient : silence, à la Parole !
Passant , qu’es-tu P tonfront n’a pas la banderole Écarlate quifait reconnaître un Esprit De Jupiter, selon qu’un ‘voyant me l’apprit. Soufires-tu P car il est des Anges solitaires... Mais peut—être tu viens des Ténébreuses Terres D’où monte, obscur défide l’Ombre aux Cieux lointains, La fumeuse splendeur de Lucifers éteints! » Hélas ! c’était unfou. Je lui tendis sa cruche.
« Tu n’es donc pas celui qui se nomme I’Embûche, Car Dieu limite au mal la ruse du méchant. » Sa voix, calmée, avait quelque chose d’un chant Triste, que l’on entendrait de loin.
266 L’INITIATION ,__| Il dit encore : « Pourtant, je boiraipeu. Tel qui se priye, adore, Et trouve, s’iljeûna de pain et de boisson, Safaim grand—panetz’er, sa soif grand—échanson, Dans l'éternel repas, près des pures fontaines. » Puis il rêra. « Sagesse! Amour! Noces lointaines .’ » Et, fixant la lueur étrange de ses yeux Sur la glace qui fut comme un lac soucieux Où le mirage par d'une étoile se lève, Dans ses yeux reflétés il regardait son rêue. Mais, brusque, le s01e21 s’enfuit en ce moment. On eût dit d’un rideau tombé soudainement Ou d’un uoletferme’ par le yent qui se rue : Tout s’efl"aça. Pensz_’f, je regagnai la rue. Or, ce quartier le soir, à l’heure du repas, Est désert. Un écho, très long, y suit les pas. Et l’horigon, au fond de la rue, était rouge. Inquiet, je tournai la tête. Hors du bouge Le nain courait.
SONNET 267 a « Suis—moi! criait—il, sois témoin ! Toi seul, comme un oiseau porte une graine au loin, Dois semer la leçon de notre destinée ; Car Dieu t’élut, passant! » Sa face, illuminée Par l’occident, semblait descendre du S ina. Ses loques palpitaient dans l’air. Il m’entraina. Devantnous, le couchant rayonnait comme un trône. Un mendiantpassa. Le nain dit: « Fais l’aumône. » Cependant. à travers la déserte cité, Nous courions. Son manteau fuyait vers la clarté, Plein du vent qui soufia dans la robe d’Élz’e. Et moi je le suivais, penché sur safolie, Tout près d’y choir. Ainsi nous sentons le désir De l’engloutissement stupide nous saisir, Pour avoir regardé trop longtemps un abîme. C’en était un, avec des feux, comme une cime. CATULLE MENDÈS. (A suzvre.) ä*Èuxu DE films (Suite .) 3 A science part d’un fait minime et grandit par les hypothèses. Un fou! continua-t-il en s‘ani
268 L’INITIATION I“: n."' ail. mant ; crois—tu que Crookes, qui a découvert un métal nouveau, le thallium; qui a posé l’irritante énigme du radiomètre, dont le fonctionnement visible reste encore inexpliqué, soit un fou ? Eh bien ! étudie ses dernières recherches et dis-moi si tu ne sens pas ébranlé en toi quelque chose que tu jugeais bien solide. Mais revenons à M. Vincent.
Depuis 1825, environ, cet homme —— en qui se combine l’étonnante patience du fakir avec l’active persévérance du cher cheur — a été le chef universel, reconnu et respecté, de cette bizarre population de magnétiseurs et de ma— gnétisés, beaucoup plus nombreuse qu’on ne le croit, dont la bonne foi ne‘peut être suspectée et qui a les passions, les vaillances de l’apostolat.
Alexandre Ber— trand, Georget, furent ses élèves, et cependant jamais Thévenin n’a permis que son nom fût prononcé. Il n’intervint pas directement dans la fameuse querelle avec l’Académie qui, en dépit du rapport d’Husson, se termina par un refus absolu de la docte compagnie de prendre le magnétisme au sérieux. Tu n’ignores pas que cette décision date de 1837, sur l’initiative du docteur Dubois d’Amiens. . .
Le docteur Thévenin ne protesta pas : au contraire, il sembla se désintéresser de la question, et rompit avec ses adeptes. Mais je sais de source certaine qu’il n’abandonna pas ses études. L’homme de qui je tiens tous ces détails et qui a été un des derniers élèves de Thévenin mg’a déclaré, quelques mois avant sa mort que la science de son maître l’épouvantait — c’est le propre terme qu’il a employé. Et il ajoutait : « -— Ne croyez à aucune jonglerie, à aucun charlan
L’ÉLIXIR DE VIE 269 tanisme, non plus qu’à une de ces déséquz’lz’bratz‘ons cérébrales qui peuvent tout expliquer par un intérêt d’argent ou d’orgueil, sinon par la folie. M. Vincent est l’homme le plus froid, le plus strictement positif que j’aie rencontré de ma vie. Jamais il n’a procédé par acoups, c’eSt—à—dire en laissant au hasard le soin de décider du bien ou du mal fondé de ses observa tions.
Il va lentement d’un point à un autre, degré par degré, soumettant aux vérifications les plus mi— nutieuses chaque progrès obtenu. C’est peut-être en raison de cette lenteur même que j’ai tant de peine à le suivre : sans cesse mon imagination m’emporte et m’entraîne en fausse route. Lui va tout droit, sans s’écarter d’une ligne de la voie tracée. « Tu comprends, continua Gaston, combien j’étais curieux d’obtenir des détails.
Science soit! mais quelle science i’ A toutes les questions que je lui adressai, mon ami répondit avec une discrétion qui équivalait à un refus de divulguer les secrets de son maître. Cependant, voici ce que je pus obtenir. M. Vincent ne s’est préoccupé ni de la seconde vue ni de la prévision de l’avenir.
Ses études portent unique— ment sur le fait physiologique, ou même physique, d’une force radiante — exactement le terme employé depuis par Crookes —- émanant du corps de l’homme et dont l’action —- attirante ou pénétrante — peut s’exercer à distance et sans l’aide d’un conducteur matériel. 4 « Tu vois que de là à l’hypnotisme et surtout à la suggestion, il n’ya qu’un pas. « Avec l’audace de la jeunesse, je me suis rendu
2 70 L’INlTIATION chez M. Vincent et j’ai tenté de le confesser. Un homme très singulier, en vérité et qui m’a produit une impression telle que jamais je n’en ai éprouvé de semblable.
Pendant que je lui parlais, m’autorisant du nom de mon ami — qui alors n’existait plus — pour m’offrir en quelque sorteà prendre sa succession d’élève, M. Vincent me regardait: et, chose singu lière, je ressentais un effet qui n’était ni l'engourdis— sement somnambulique, ni la fascination hypnotique: mais il me semblait qu’une irrésistible attraction s’exerçait sur moi.
Comprends-moi bien : mon corps n’était pas entraîné vers lui, mais quelque chose qui émanait de toute la périphérie de mon corps, comme si à travers mes pores une substance impalpable, éthérienne, avait été projetée de moi vers lui. L’effet ne dura d’ailleurs que quelques secondes, puis cessa tout à coup.
' JULES LERMINA. (A suivre.) Sommer LE SIÈCLE On ne fazt qu’imiter dans ce siècle pourri : Nous semblons tous atteints d’une triste impuissance; Cependant, chacun est d’un vain orgueil pétri, Croyantjaire à lui seul œuvre de renaissance.
BIBLIOGRAPHIE 27 I Tous les beaux sentiments ontpour toujours péri Ne laissant derrière eux qu’une grande impudence, Le cœur, comme l’esprit, est à jamais tari, Et l’homme, lejront haut, marche à la décadence. Tous ces jeunes vieillards, en naissant décrépits, Copient mal les anciens, sans jamais les comprendre, Et veulent enseigner, avant même d’apprendre.
Leurs pères étaient grands ; ils resteront petits ; Ils ne s’en doutent pas; leurfaible intelligence, Pour eux, etpour eux seuls, estpleine d’indulgence! D. F. ZAMBACCO. sauroenasam A. LAURENT DE FAGET. —- La Muse irritée, 1 vol. 3 fr. Duc, éditeur. — De l’Atome au Firmament, 1 vol. 3 fr. 50. Dentu. éditeur. On se souvient du bruit que fit, il y a cinq ans, le livre de Jean Richepin: les Blasphèmes.
La très haute valeur du poète, le style magistral et violent rappelant souvent Barbier dans lequel il exprime le cynisme de sa pensée, font l’admiration de tous les lettrés. Mais les idées que renferme son œuvre firent scandale. Pessimiste impitoyable, il sape avec une farouche énergie presque tous les sentiments acceptés par la plupart des hommes. Il jette le blasphème à la famille, à l’amour, à la vertu, à Dieu.
Aussi, indigné, ému par les dangers d’un tel ouvrage (dangers auxquels ]6 ne crois pas et dont la crainte nous supprimerait quantité de chefs-d’œuvre; inutilement, la morale et"
2 72 L’INITIATION . -à. I l'art devant rester absolument distincts), M. Laurent de Faget écrivit sous forme de réponse à Richepin la Aluse irritée. M. Laurent de Faget est un poète de tout autre ordre que son adversaire, doux, harmonieux, charmeur, en un mot, le poète des oiseaux et des fleurs qui passent sou vent dans ses rêves avec une grâce délicieuse.
L’imitation n’est pas son fort et les meilleures pages de son excellent livre sont celles où sa muse, amours irritées, cesse les reproches parfois trop durs mais que l‘enthousiasme lyrique justifie assez pour exprimer les doctrines spiri tualistes qu’il défend, pour reconstruire l'édifice que l’auteur des Blasphèmes s’efforce de ruiner: Dans le mal, le bien se révèle Puisque l'humanité s‘attelle Au char du Progrès triomphant Et que sur sa route meilleure, ‘ Pour consoler celui qui pleure, Elle montre sont but constant. r.-' Ou lorsqu’il affirme hautement sa foi spirite bien’ connue: Oui nos morts sont vivants encore; Le travail que l'homme élabore Souvent est conseillé par eux.
C‘est ainsi que naît la lumière Dans les ombres de la matière ou l'homme cherche à. vivre heureux. Lorsqu’il évoque majestueusement le radieux venir de Jeanne d’Arc : SOU Jeanue d'Arc se leva pour défendre la France...
Surtout lorsque s’adressant fraternellement au poète,. il rend justice à son talent, déplore son erreur et l’appelle à lui: Tu n’as jamais connu cette divine extase Qui, sans troubler les sens. aux âmes qu‘elle embrasse Donne un ravissement sans égal ici-bas. Tu n’as jamais connu cette ivresse infinie Qui parle aux cœurs aimants d'une éternelle vie : . Toi poète pourtant, tu ne la comprends pas l
BIBLIOGRAPHIE 273 Poète sublime Au songe effrayant Pourquoi, vers l‘abîme, Marcher en fuyant ?. . . Il fallait autant de conviction que d’art pour mener à bonne fin la tâche de M. Laurent de Faget, il a pleine— ment réussi à faire lire cent cinquante pages de vers sur le même sujet, sans fatiguer un instant le lecteur, sans laisser languir l’intérêt.
Je l’en félicite avec admiration. * —v»4 Après nous avoir donné sa mesure dans cette œuvre de longue haleine, le poète vient de publier un nouveau recueil intitulé De l’Atome au Firmament. C’est le résumé de vingt ans d’inspiration soutenue sans cesse, toujours jeune, comme les élans d’une âme qui dépasse à peine la vingtième année par la fraîcheur de ses pensées et la richesse de son imagination.
C’est là que le poète se révèle tel qu‘il est, tel que ses amis le connaissent, rêveur, élégant, spirituel, dans ce recueil aux mille nuances, aux mille parfums, semblable au jardin de toutes les fleurs, au concert de tous les oiseaux. Malgré la très grande variété des sujets, deux ou trois idées fortes et belles planent sur l’ouvrage tout entier, par exemple celle de la réincarnation, celle de la fraternité, celle de Dieu.
Mais promenons-nous un peu dans le parterre et cueillons quelques bouquets. Les Premières aspirations sont presque toutes d’une simplicité et d’une délicatesse exquises: Petite main charmante Quand tu prends près de moi Ta pose nonchalante J'ai peur, sais—tu pourquoi? Cinq ou six strophes de ce genre donnent à peu près l‘illusion de Sully-Prud’homme.
Puis après les Notes viriles, un peu pâles, où l'auteur s’adresse à des personnages comme Victor Hugo et Uambetta, ou chante la guerre au souvenir du champ de bataille qu’il a foulé, nous arrivons aux sonnets du livre dans: Du Fini à l’Infini,' Visions idéales, Parmi les Tombes. La foi spirite étale toutes ses splendeurs,
274 L’INITIATION tantôt sous la forme majestueuse de Musset comme ici : C‘est en vain que le flot murmure ses accords, Que le sable doré scintille sur la plage: L'homme a les yeux fermés sur les terrestres bords, Il ne voit pas celui dont le monde est l'ouvrage. comme dans le Grand Tout, le Grand Être, Vue d’En semble, tantôt avec la suavité harmonieuse chère au poète comme dans la Prière : Il est bon que l‘être s'élève Au-dessus du monde où l'on dort, Sur l‘aile brillante du rêve, Sur l'aile sombre de la mort. ou le sonnet de l’Oiseau qui est peut-être ce qu’il y a de plus artistement ciselé.
Ailleurs, sur la tombe de sa fille, il nous offre ce que la douleur contenue et sereine d'un spirite peut produire de plus beau.
Enfin, dans les Poésies intimes il n‘échappe pas à la loi commune, à la douce nécessité des poètes si bien formulée : Tout poète a chanté la femme, Ses cheveux blonds, scs noirs cheveux, Son beau corps, ses bras amoureux... mais dans la femme il aime surtout ce qu’elle a de plus idéal, de plus divin : Ce qui m'attire, c'est son âme. Une ou deux pièces sur les enfants rappellent les ineflables accents que l’enfance a inspirés à Victor Hugo.
Occultistes synthétiques, nous regrettons que M. Lau rent de Faget ne soit pas initié à la grande loi occulte. Quelques—unes de ses théories ne sont pas les nôtres, mais je ne crois pas que le Spiritisme, un des grands supports de l’Occulte, ait jamais été chanté dans un lan gage plus pur, plus élevé, plus vrai. * «\‘4 .. -.lJ.
BIBLIOGRAPHIE 275 DÉMËTRIUS FRANK ZAMBACCO, Missolonghî, 0.60. Au guste Ghio, éditeur. M. Zambacco, dans ce récit de six pages, a décrit avec une exactitude scrupuleuse et un véritable sentiment na tional cet épisode désastreux autant qu’héroïque de la lutte suprême que les Grecs soudurent au commence ment du siècle pour leur indépendance. Grec d’origine, M. Zambacco pouvait mieux que personne traiter cet admirable sujet.
Le récit est rapide, attrayant, écrit un peu dans le genre illustré par Coppée. Un certain nombre de vers sont excellents.
Tels les derniers : Le courage des Grecs fait rougir le destin De n‘être zpas meilleur! et Ecomme un coup de foudre, Retentit dans le ciel le fracas de la poudre, Glas funèbre des Grecs, fils de la Liberté Et qui ne savent pas vivre en captivité. * ât»«V Mm° ROGER DE NESLE : L’Astronome et la Muse. — Lettre d’une Française à sonfils. -— Simples poèmes. — Auguste Ghio, éditeur.
Ces toutes petites brochures renferment d’intéressants récits d’une poétesse que tous nos lecteurs connaissent pour l’avoir lue plusieurs fois dans l’Initiation. Ces œuvres élégantes, sentimentales, bien féminines ont déjà eu pour quelques-unes la consécration du théâtre. Je les conseille à tous ceux qui aiment lire, apprendre, dé-. clamer les poèmes de ce genre. Dans ce cas, qu’on s’ar— rête surtout à. l’Abandonnée, le meilleur récit de tout.
LUCIEN MAUCHEL. Gosse inuaeeuaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES SOUS LA DIRECTION DE LA REVUE “ L’INITIATION )) Depuis longtemps il était nécessaire d’organiser à Paris
276 L’INITIATION tracer“ ' n k! *.\ :‘ f un centre d’études de science occulte indépendant de toute société. Cette lacune vient enfin d'être comblée par la fondation du GROUPE INDÉPENDANT D'ÉTUDES Éso TÉRIQUES sous la direction de l’Initiation. Un superbe lo cal, rue Turbigo, a été mis à la disposition de nos mem bres et des conférences publiques ainsi que des cours gradués de science occulte dans toutes ses branches vont être organisés sous peu.
Comme l’indique son titre, le nouveau groupe est placé sous la direction du comité de l’IIIitidtiæt; par suite il est absolument indépendant de toute école et les doctrines ésotériques et exotériques sur la. Kabbale, la Théosophie, le Spiritisme, la Franc«Ma-— çonnerie seront étudiées sous'la seule responsabilité des orateurs.
Voici le but que se propose ce groupe : I° Faire connaître, autant que possible, les principales données de la Science occulte dans toutes ses branches.
2° Former des membres instruits pour toutes les so ciétés s’occupant d’occultisme (Rose-Croix, Martinistes, .Erancs-Maçons, ,Théosophes, etc.) ; 3° Former des conférenciers dans toutes les branches de l’occultisme; , 4° Etudier les phénomènes du Spiritisme, du Magné tisme et de la Magie théoriquement et pratiquement. TOUS les abonnés de l’Initiali0n sont de droit membres associés du groupe; il leur suffit de demanderleur carte.
Tous les rédacteurs sont de droit membres actifs du (groupe. Tous les membres du comité de rédaction et les ré— dacteurs de la partie initiatique sont de droit membres titulaires et font partie des divers bureaux de chacune des trois grandes commissions (finances, exécutif, enseigne ment).
S’adresser par lettre pour tous les renseignements à M. LUCIEN MAUCHEL, à la rédaction de l’Initiation, 14., rue de Strasbourg, Paris. \ ' " >”l “ä l; ' a. ..Ë'_-H‘.; ‘
SOCIÉTÉ D’ÉTUDES PHILOSOPHIQUES 277 .fiociété d’Èturles Ëhilasaphiques A la suite d’une très intéressante conférence de M. Le vallois, M. Papus a adressé au président de la Société d’études philosophiques la lettre suivante: . , .
J « Monsœur le Prestdent, « Conformément à votre demande je viens vou donner, autant que le permet ma mémoire, le résumé des paroles que j’ai eu l'honneur de prononcer l’autre jour au sein de la Société d’études philosophiques. ' a A la suite de la très intéressante conférence de M. Levallois j’avais demandé la parole pour rectifier un ’ou deux points incomplets de cette causerie.
Je demandai, entre autres choses, qu’il fût bien spécifié que le Con grès spirite et spiritualiste qui s’était réuni cette année à Paris, comprenait, outre les écoles spirites, les délé gués et les représentants officiels des écoles de philo Sophie spiritualiste, des Théosophes, des Kabbalistes, des Martinistes et de tous les occultistes en général tous unis sur la formule adoptée par le Congrès: «’ Persistance du Moi-Conscient après la mort.
« Rapports passibles entre les vivants et les Morts. « J’ai fait également remarquer que le Congrès, fort sérieux et organisé par des hommes connus et estimés, comprenait 40.000 adhérents et était soutenu par plus de quatre—vingt-quinze revues s’intéressant à ses travaux et ayant participé à son organisation.
J’ai de plus rappelé que la Société théosophique dont avait parlé M. Leval lois comptait 175 branches répandues dans le monde entier et des journaux importants dans chaque pays. « A propos du livre de M. Landur, j’ai rappelé, ainsi du reste que l’avait fort bien dit M. Levallois, que Lan dur était un disciple de Wronski dont il exposait les idées les plus simples.
J’ai publié il y a deux ou trois ans tous les renseignements bibliographiques à ce sujet dans l’Occultisme contemporain.
278 L’INITIATION « A la suite d’une discussion engagée sur la question du spiritisme entre MM. Mazani, Lespousé, Bonvery et moi je fus amené à rappeler à M. Mazani que le spiri— tisme avait été étudié scientifiquement en remplaçant les organes des sens de l'homme (sujets à hallucination) par des instruments mécaniques enregistreurs tels que les appareils Marey ou les plaques sensibles de la photo graphie.
Ces études avaient été poursuivies pendant deux ans en Angleterre, par le D*‘ Crookes, président de la société royale de Londres.
« Au sujet de ces photographies, M. Lespousé ayant fait une erreur que je m’abstiendrai de qualifier en confondant le procès du photographe Buguet avec les travaux d’un savant honorable tel que Crookes (travaux contrôlés et affirmés en Allemagne par le professeur Zoelner et en France par le Dr Paul Gibier, chevalier de la Légion d’honneur et préparateur au Muséum d'his toire naturelle) je fus obligé de protester de la façon la plus vive contre une ignorance inqualifiable du sujet sur lequel on se permet de discuter.
Cette protestation fut du reste appuyée par plusieurs des membres présents. « Je dois vous remercier tout particulièrement, Mon sieur le Président, du tact et de l’impartialité que vous avez mis dans la conduite de cette discussion qui me naçait de prendre des proportions trop inquiétantes.
« Enfin M. Sage, ayant lu d'une voix courroucée, un rapport fort amusant sur nous, qu’il qualifiait de mysti ques et d’hystériques, je fus Obligé de vous demander encore la parole pour produire les titres scientifiques quej’osais personnellement invoquer pour affirmer l’inté— grité de mes facultés mentales et de plus de demander à M. Sage de me décrire l’Hyste’rie de l’appareil photographique.
« C’est alors que ce monsieur nia la possibilité d’obte— nir de tels résultats; je fus forcé de renvoyer l’honorable orateur aux livres qu’il n’avait malheureusement pas lus, aux travaux du D“ Crookes et du Dr Paul Gibier qu’il n’avait pas le plaisir de connaître, espérant qu’une fois ces faits étudiés, les éléments de la discussion seraient plus sérieux. « Tel est Monsieur le Président, le résumé aussi exact . in , 4 2 ‘ t‘*._: b‘ h'21 .l.,
5 I " L ABBE ROCA 2 /9 que possible des quelques paroles que j'ai eu l‘honneur de prononcer au sein de votre société; je compte sur votre savoir et votre impartialité bien connus pour qu’il en soit tenu compte et je vous prie d'agréer‘l'assurance de ma considération très distinguée. PAPUS.
L‘°i’êŒÉ ©ca Le rédacteur en chef de l’Etoile, l’abbé Roca, adresse au Pape une fort belle déclaration que le manque de place nous empêche de reproduire, déclaration suivie du projet et de la lettre suivants : PROJET DE FONDATION « En vue de ramener l’attention des savants sur les vérités éternelles dont le dépôt inaltérable a été, par mandat divin, commis à la garde de l’Église, une, Sainte, Catholique et Apotolique, l’abbé Roca pense qu’il est urgent de fonder à Paris — ou à Rome — une grande Revue qui aurait pour titre: CHRISTIANISME ESOTÉRIQUE.
« Les Rédacteurs de cette Revue, prêtres et laïques, professeraient intégralement les principes de la Foi orthodoxe, tels qu’ils sont formulés, exotériquement, dans nos trois Symboles catholiques (symbole des Apôtres, Symbole de Nicée, symbole de Saint—Athanase), et tels qu’ils sont définis, littéralement, soit par les canons dogmatiques de nos 18 conciles œcuméniques, soit par es décrets infaillibles des Souverains Pontifes, parlant ex Peri cathedrâ. ( Ils ne feraient jamais de controverse sur les ques tions d’ordre politique et temporel.
Leurs études por teraient uniquement sur les questions d’ordre scienti fique, universel,{religieux et social, qui, toutes ensemble constituent le grand Problème de l’I—Iumanite’. an Ce problème est essentiellement religieux, et c’est en vain que dans nos parlements, nos conseils d’Etat, nos chancelleries et nos diverses écoles de sociologie,
280 ‘ L’INITIATION u... les politiciens en poursuivent le dénouement, en dehors des principes sacrés de la Tradition judéo-chrétienne. La Solution de la Question sociale ne peut sortir que de l’ésotérisme de nos Dogmes, selon qu’il est écrit dans la. Gnose primitive dont Tertulien se fit l’écho dans l’Occi— dent: « Solutio omnium difficultalum, Christus! ) — Et il n’y en a pas d'autre!
« Cette solution, l’Église la possède virtuellement; mais pour des raisons de haute sociologie et pour des motifs d’opportunité politique, les Papes ont dû la tenir cachée, jusqu’à présent, sous les voiles de nos mystères religieux. (I Le fond transcendant, économique et social de la Doctrine chrétienne, n’a pu jusqu’ici être prêché aux messes, autrement que sous les formes atténuées, sage ment proportionnées aux exigences du temps, au tem pérament moral des peuples et à leurs capacités intel lecruelles.
«Assistée heure par heure, et guidée comme elle a toujours été par le Saint-Esprit, l’Eglise n’a jamais manqué, dans le cours des âges césariens, d’imp05er silence aux indiscrétions des impatients, toutes les fois qu’il l’a fallu, et elle s’est bien gardée, elle-même, de dire ouvertement quelles sont. en réalité, les finalités économiques et sociales de son merveilleux Dogme.
Il y aurait eu, à cela, trop de péril pour les humbles, pour les pauvres et pour les faibles, pour les petits et pour les doux, qui sontles membres de prédilection du Corps ‘ social du Christ-Humanité. < Révéler plus tôt ce qu’est, en toute vérité, la Rédemp— tion générale qui poursuit son cours depuis dix-neuf siècles,'c’eût été irriter et déchaîner sur la terre toutes les puissances du Mal, c’eût été mettre le monde en feu. ( L’Église peut-elle, aujourd’hui, se départir de cette réserve, et dire le fin mot, le dernier mot du redoutable mystère? — Evidemment le seul juge en cette matière est encore et toujours l’Église elle-même, ou, en son nom, le Souverain-Pontife, comme unique héritier des Clefs promises à Pierre. ' u Toutefois, il ne saurait être défendu aux ésotéristes_ d’ouvrir les esprits et de préparer les voies à cette haute
L’ABBÉ ROCA 281 révélation. Tout un groupe de prêtres et de laïques, suffisamment initiés au sens occulte de nos arcanes reli— gieux, croient que le moment approche, s'il n’est pas déjà venu, de dévoiler l’ARCHE SAINTE, et de montrer aux peuples le côté scientifique et rationnel, économique et social de nos Paraboles, de nos Dogmes, de nos Mystère5 et de nos Rites sacramentaires.
« La France sera sauvée par ses prêtres, disiez-vous dernièrement, Saint-Père, à Mgr Ducellier, archevêque de Besançon.
Cette parole prophétique se justifiera plei nement, croyons-nous, par la divulgation des Vérités éternelles que la Revue du CHRISTIANISME ÉSOTÉRIQUE serait appelée à répandre partout, et qui transfigu— reraient, à la lumière des sciences nouvelles, l’ensei— gnement de l’Eglise, en même temps que le ministère des Papes, des Evêques et des Prêtres. » 'k —‘Fâ< Voici maintenant de quelle lettre était accompagnée cette pièce: « A Sa Sainteté le Pape Léon XIII.
« Humblement prosterné aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, l’abbé Roca a l'honneur d'informer le suc cesseur de saint Pierre que le 6 août dernier il adressait le document ci-joint à. son Éminence, le cardinal Richard, archevêque de Paris. « Aucune réponse n’a été faite à cette demande. Ce silence ne saurait décourager l’abbé Roca.
Il sait que depuis 1870, la catholicité se résume organiquement et se personnifie, en quelque sorte, dans le Souverain Pontificat en qui s’est faite providentiellement la syn thèse vivante de l’Église entière.
« Tous les droits, toutes les juridictions, tous les pouvoirs, mais aussi toutes les obligations et tous les devoirs du Magistère sacerdotal sont remontés, pour 'ainsi dire, à leur source, et se trouvent concentrés, pa'r bonheur, dans les augustes mains du Vicaire de Jésus. Christ. Ce n’est pas pour rien que le successeur de saint Pierre porte seul aujourd’hui la responsabilité de ....——.—A ..—.... 7—.—_———‘.—— ...a....«,.a __——.-———
2 8 2 L’INITIATION la. direction religieuse du monde chrétien, et ce n’est pas non plus pour rien qu’a été forgé le canon de I870. «C’est donc à vous, très saint-Père, qu'il appartient en définitive d’accueillir ou de rejeter la proposition que l’abbé Roca s’est cru obligé de soumettre au juge ment de l’Église.
' ( Il supplie Votre Sainteté de vouloir bien agréer, etc... » iBumnrm Maçonnroæ Le goût des études occultes, si répandu de nos jours dans le public, se propage avec rapidité au , sein de la Franc-Maçonnerie. — Sous le nom de Groupe Initiatique, un noyau de chercheurs s'est constitué parmi les membres de cette institution, afin de s’efforcer de la ramener à la pratique sérieuse de l’Initiati0n.
Dans ce but, il sera publié prochainement un ouvrage destiné à éclairer les maçons sur la valeur réelle de leur Ordre, sur le rôle qu’il est appelé à remplir dans la société moderne et sur la puissance incalculable dont il pourra disposer, dès qu’il saura mettre en œuvre ses redoutables secrets. —- Ce travail aura pour titre: La Franc—Maçonnerie expliquéeà ses adeptes.
Il sera dédié, non seulement aux francs-maçons, mais encore à tous ceux qui sont dignes de l’être, c’est-à—dire aux penseurs aspirant à l’Initiation par la poursuite persévérante de la Sagesse et de la Vérité. — On y trouvera des renseigne ments absolument inédits sur la signification des rites symboliques, que l’auteur étudie à la lumière de l'Her métisme, de telle sorte à en faire ressortir un cours complet d’Initiation théorique et pratique.
La-Franc-Maçonnerie, ainsi présentée sous un jour tout nouveau, devra être considérée désormais comme une École d’1nitiation, que les Initiés véritables ne peu vent pas abandonner sans crime aux déprédations sacrilèges de profanateurs indignes. Il fautà l’avenir que ceux qui savent se mettent à la tête de ceux qui ont la
BULLETIN WAGNÉTIQUE 2 8 3 bonne volonté de marcher. Ces derniers manquant de direction, et, faute de science initiatique, ils risquent de compromettre le sort de notre civilisation. Il s’agit donc pour les Initiés de se montrer, en se présentant dans les doges maçonniques, pour y occuper la place due à leur qualité. L’heure n’est plus où le philosophe peut s’envelopper dans son manteau, tout en se désintéressant du spectacle qui l’entoure.
Il se prépare dans la société contempo raine un mouvement extraordinaire, que les Initiés doivent s'efforcer de diriger, s’ils ne veulent pas assumer la responsabilité d'un avortement [dont ils seraient les premières victimes. Que chacun donc fasse son devoir en apportant son concours à I’Œuvre de la Régénération Sociale, dont l’instrument ne peut être que la Franc-Maçonnerie.
Le groupe Mac0nnique d’Etudes Initiatiques reste ouvert sous ce rapport aux Initiés de toutes les écoles et se metà leur disposition pour tous les renseignements qui pour raient les intéresser. Il est à souhaiter que son appel soit entendu, et que, grâce à son heureuse initiative, la Franc Maçonnerie prenne conscience d’elle-même, pour faire revivre au milieu de nous l’âge d’or de la Fraternité Universelle. , OSWALD WlRTH.
Pour tout ce qui concerne le groupe L’initiatique, s’a dresser au A. Cesbron, vén.'. de la R.'. L.'. Travail et Vrais Amis fidèles (G.°. L.'. S.'. E.'.) 13, rue JacqUe mont ;ou au Oswald Wirth, 18, rue Lacondamine. fiwunm ËAGNÉTIWE _ Vient de paraître le très intéressant mémoire présenté pour notre collaborateur le Dr Foveau de Courmelles, au Congrès magnétique : Le magnétisme devant la loi, et dont nous rendrons compte prochainement.
Félicitons l’auteur du zèle qu’il déploie pour la défense du Magnétisme. Dans le mois de novembre, il a fait sur .—:tJL.__WsN a\-_v-a..t_
. c---. - mi“... ' . .‘ - ' I l 284 L’INITIATION ce sujet trois fort intéressantes conférences dont une à la mairie du Panthéon. * x» «L M. Donato a entrepris au théatre de la Galerie Vi vienne une série de conférences attrayantes et suivies pour obtenir la liberté des séances publiques récemment interdites par la Préfecture de Police.
Espérons qu’il gagnera la cause qu’il plaide avec tant de conviction et de désintéressement puisqu’il offre des séances privées tous les mercredis, chez lui, 34., rue Pigalle, où il invite gracieusement les personnes qui le lui demandent.
'k ’l-4 M. le secrétaire du Congrès magnétique à qui nous avons demandé de nous communiquer les travaux du Congrès ne nous ayant pas répondu, nous ne rendrons compte que des mémoires qui nous seront directement adressés par leurs auteurs. Revues & ’éionanaua A lire dans le National, du 22 octobre, un intéressant article de M. John Grand-Carnet, sur les Théosophes et spirites et le Tarot des Bohémiens par Papus.
L’auteur ne partage pas nos idées, mais dans un grand journal politique on ne peut être ni plus modéré ni plus cour— rois. * U ‘ L’Eclair du I5 novembre donne un intéressant inter view avec Papus au sujet de la découverte du Dr Buts chli d’Heidelberg sur la création de la matière vivante.
Notre directeur démontre que l’honneur de cette décou« verte revient à Louis Lucas en pratiquant les expé— riences duquel il a heureusement obtenu onze fois de la matière vivante. .. i"‘ :x—
REVUES ET JOURNAUX 285 fl39ÿ‘é’x" _& - .|—' - .s,vm A lire dans le Voltaire du 25 novembre un article dans le même sens du Dr Foveau de Conrmelles. 4*)! Le 19 novembre, M. Emile Gautier dans le Figaro a fait sous le titre : Au Pays des Fées, un très remarquable article sur le spiritisme et le livre du D' Gibier.
Esprit large autant qu’éclairé, M. Emile Gautier fait très sérieusement le procès de ceux qui, comme certains savants, nient a priori les faits qu’ils ignorent ou ne peuvent expliquer.
Rappelons que c’est lui qui le premier dans la presse prit, à propos de leur Congrès, la défense des magné— tistes. . * an 4 L’Aurore devient de plus en plus intéressante, grâce en partie à la collaboration active de son éminente direc trice, Lady Caithness, qui, cette fois encore, donne un article de bibliographie plein d’éruditon où elle parle longuement du Tarot de Papus, puis de l’or et de: A Brûler de Jules Lermina.
A lire encore dans cette revue: Philosophie nouvelle par A. Réarder et la Loi du Karma, le Progrès social d’Annie Besant, et Une histoire alchimique. * C. t.
A lire dans le Moniteur Spirite et Magnétique de Bruxelles qui continue le compte rendu du Congrès Spirite, deux articles intéressants: l’un sur les conférences de Jules Lermina, dont nous avons parlé, l’autre sur le Congrès Magnétique par M. Jules Bouvery, l’instigateur et l’organisateur des deux Congrès. ’l»*-Y A lire dans la Revue Spirite l’étude savante de notre collaborateur Marcus de Vèze sur l’Intole’rance reli gieuse à travers les siècles. * at 4 > La Revue romaine de spiritisme et de magnétisme Lux donne en octobre un compte rendu détaillé du Congrès spirite et spiritualiste. * sa
286 L’INITIATION “'fi'F‘EE'L! Dans le numéro du 28 septembre de l’Alliancescientifz‘que organe de la société d'ethnographie, M. G. Etoffe consa cre une sérieuse étude aux théories de M. de Rosny. Pro— fesseur de religions orientales à la Sorbonne, orienta liste distingué, M. Léon de Rosny arriVera sans doute à se ranger au nombre des Occultistes entrant par les c0nnaissances approfondies de la civilisation hindoue.
Nous ne pouvons que les féliciter d’une aussi précieuse recrue. *l’I ,A lire dans la Revue socialiste une étude d’une très haute portée sociale de B. Malon intitulée: la Civilisation bourgeoise et ses aboutissants. Le titre indique assez l’intérêt de la question etla com pétence de l’auteur est un gage de la grande valeur du travail.
Ainsi que dans la spirituelle satire d’Eugène Nus que contenait notre précédent numéro, M. Malon s’est surtout placé sur le terrain de l’éducation militaire en exprimant d’une façon saisissante les ravages sociaux qu’elle répand tous les jours davantage. Il étudie aussi la situation déplorable faite au travail en face du capital. Le même numéro renferme encore trois articles remarquables: le droit économique d’Eug.
Fournier: Education de Henri Brissac-et la Revisian rationnelle de Ch. Baggio. * t 4 :1- , A lire dans la Feuille Libre d’octobre la chronique littéraire de notre collaborateur Émile Goudeau. Le Mirliton d’octobre contient une spirituelle chanson d’Aristide Bruant: les Petits Joyeux. Les principales chansons de Bruant ont été réunies en un beau volume intitulé: Dans la rue, que nous étudierons dans un de nos prochains numéros. 1 * 9‘ “ L’Etoile de décembre 1889 (n. 10) contient une étude d’Alber Jhouney sur la Trinité dans la science antique
REVUES ET JOURNAUX 287 que nous recommandons particulièrement à nos lecteurs ainsi que la déclaration de l’abbé Roca que nous reproduisons en partie.
' Le compte rendu du Tarot par René Caillié mérite tous nos remerciements. * «Y-* Le BULLETIN DES SOMMAIRES. — Nous ne saurions trop recommander à tous les lecteurs désireux de suivre de près le mouvement philosophique le Bulletin des Som maires qui est un instrument de travail indispensable à tout chercheur. L’habile directeur de ce journal, M. Ch.
M. Limousin, publie dans ce recueil des articles fort intéressants sur toutes les questions qui intéressent nos lecteurs.
Envoi gratuitÿdu Bulletin des Sommaires à tout abonné ou lecteur de l’Initiation qui en fera la de mande, 44, rue Beaunier, Paris. * -\uæ LA REVUE DE FAMILLE. -- Signalons à l’attention du public lettré la Revue de Famille qui, sous la direction de M. JULES SIMON, est à la veille d’entrer dans la troisième année de son existence.
Cette publication périodique a pris une place méritée dans le mouvement littéraire ac tuel, car ses fondateurs ont tenu leurs promesses en nous donnant enfin un recueil vraiment littéraire et qui peut être mis entre toutes les mains.
Parmi ses collaborateurs citons au hasard de la plume: MM. FRANÇOIS COPPÉE, LUDOVIC HALÉVY, JULES CLARETIE, ANDRÉ THEURIET, PAUL BOURGET, FRANCISQUE SARCEY, ANATOLE' FRANCE, HENRY FOUQUIER, HECTOR MALOT, FERDINAND FABRE, etc., etc. Le tact et le goût qui président à sa rédaction, les noms qui y figurent, le luxe avec lequel elle est éditée, en ont fait la Revue favorite de tous ceux qui ont le culte de l’élégance intellectuelle et morale. La Revuede Famille sera le vrai cadeau d‘étrennes de ceux qui aiment à joindre l’utile à l’agréable. v:u=t- :‘ .‘:
- -.-- v---rflm’ïd’ -p 288 L’INITIATION Œwnss anges JULES LERMINA. — A tes pieds, 1 vol. 3 fr. 50. Kolb, éditeur. Recommandé. — Compte rendu prochaine ment. A. HAMONT ET GEORGES Bacuor. — L’Agonie d’une Société, histoire d’aujourd’hui, 1 vol. 3 fr. 50. Savine, éditeur. —Compte rendu prochainement. RAYMOND MAYGRIER. — Les Mystères du magnétisme, 1 vol. 3fr. 50. — Compte rendu prochainement par le Dr Foveau de Courmelles. * .
4 «Un La place nous manque pour analyser dans ce numéro deux curieuses brochures: la Main du général, par A. Burâ et Medjour, de CHARLES GRANDMOUGIN. * 4 24 Les Sociétés secrètes musulmanes par NAPOLÉON NEY. Signalonsle succès bien mérité de cette brochure dès son apparition. L’Eclair a consacré à son auteur et aux idées qu’il défend deux colonnes en premier Paris. La Paix l’a fait interviewer à propos du Congrès anti esclavagiste.
Ce sont là des succès réels et que le travail si intéres sant de notre collaborateur méritait à juste titre. La brochure se vend .1 fr, dans les principales librai mes. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECTURE, ô_
VIENT DE PARAITRE F.-CH. BARLET. ’— D“ FERRAN. — PAPUS EUGÈNE NUS JULIEN LEJAY. — STANISLAS DE GUAITA LA SCIENCE SECRETE Exposé de la Doctrine ésotérique dans toutes ses branches THËOSOI’HIE, FRANC-MAÇONNERIE, KABBIILE. NÉÛ-BOUODHISME SOCIOLOGIE, INITIATION Un volume in-18. Prix . . . . .
3 50 CARRÉ, Éditeur «L’ÉCHO DE LA SEMAINE POLITIQUE ET LITTÉRAIRE ’ ,Révue populaire illustrée paraissant le Dimanche Rédacteur en Chef: Victor TISSOT L’Écho de la Semaine publie les chroniques et les articles les plus remarqués des meilleurs écrivains. Chaque numéro de 12 pages grand format est de plus orné de nombreuses gravures. C’est le plus intéressant et le meilleur marché des journaux hebdoma daires. Abonnement: 6 Ir. vpar an, 3, place de Valois (Dentu), Paris. — Demander spécimen. ————‘°"—-—
LECTURES UTILES POUR L'INITIATION Beaucoup de mes lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu‘avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) -— 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. — A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. -— Au seuil du Mystère (2° édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d'Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. -— Collection de l’Initiation et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois de rés. Les ouvra es sont d’autant lus techni ues né 8 8 Cl C1 le degré est plus élevé. Nous n'avons cité que les lwres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans qu01 un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. -— (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau‘ thier. —- Louis Lambert. Seraphizus Seraphita, par Balzac. -— Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennique .
DEUXIÈME DEGRÉ. — Eurêka, par Edgard Poê. — Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. —-— Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. — Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. -— Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mysteres, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). -— La Science des Esprits (du même). -— Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. -— Le Sepher Je'sirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. L'éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d'eux.
L’ I NI TI AT 1 0 N (“EN’iä’i’IËËÈ’EN”) . RÉDACTION 1 ADMINISTRATION 14., rue de Strasbourg, 14 PARIS Ï)XRECTEURZ PAPUS I)lRECTEUR-ADJDINT : Lucien MAUCHEL ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO G- . c A R 21'151 58, rue Saint—A ndre’des-A rts Rédacteur en chef: George MON‘TIÈ RE ‘ Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 3U10 h" CH. SARI—ET. -— J. LEJAY ÉTRANGER, —— 12 fr.
RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. —'- Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d‘être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. 'MANIISCRIT5. — Les manuscrits doivent être adressés à 1m rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours comp05é d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LIVRES ET REVUES. —— Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l'échange sont priées de s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement; AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l’Initiation.‘®hacuné de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro.
L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
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