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‘.- _w.ÿr:l—‘*rvr>:‘;r‘—v ... . T1 3 ‘ o J“ o 11_ 0 \ u ÏllïlâîlOfi Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 5'"° VOLUME. — 2"“’ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 2 (Novembre 1889) —-—'C PARTIE INITIATIQUE... Arbitraire ouarbitral.—Papus. - (p. 98 à no.) Le Gardien du Seuil _ (introduction à la Magie pratique) . . P.-Gh. Barlet. (p. 110 à 129.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE...
Les Gnostiques d'0r le'ans . . . . . . . . . . . . .. J. Stany Doinel. (p. 130 à 141). . - -Le Congrès de Bêtises (étude philosophi— que) . . . . . . . . Eugène Nus. (p. 141 à 146.) Encore la Croix anse'e Marcus de Vèze. (p.147 à 151-) Le Dhamma;gad)a .. . . Fernand Hû. ( . 15! à 1 ". Pl‘RTIE LITTÉRAIRE... L’IË'lixir de Vie.. Jules Lermina. (p. 158 à 178.) La Toussaint(poésie).
Ely Star. (p. 178 à 179.) Bibliographie. —— Nouvelles diverses. —- Bulletins, par GEORGE MONTIÈRE, LUCIEN MAUCHEL, OSWALD WIRTH, PAPUS. R F: D A CT 1 o N : Administration, Abonnements : 1 4, rue de Strasbourg, 14 58, rue S t--A ndré—des—A ris, 58 P A RI S P A RI S Le Numéro: UN FRANC. —— Un An: DIX FRANCS.
BUT Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypuotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismes. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science\ Universelle d’où dérivent toutes les Philosophies. Des Écoles diverses s’occupent de chacune des parties de cette Science Occulte. La Théosophie, la Kabbale, le Spiritisme, ont leurs organes spéciaux, souvent ennemis. L’Initialion étudie comparativement toutes les écoles sans appar tenir exclusivement à aucune.
L’Initiati0n n’est pas exclusivement théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plus instruits des théosophes français. L’Initiation n’est pas exclusi vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes les plus estimés que nous possédionS.
Il en est de même pour toutes les autres branches de la Science Occulte : la Franc—klaçonnerie, le Spiritisme, l’Hypnotisme, etc., etc. La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique.
La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction ; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donner le poète et le romancier. Plus de quarante rédacteurs, pour la plupart déjà connus, concourent à la rédaction de l’Initiali0n.
Tous ces avantages unis à l’extrême bon marché de la Revue en font une des plus attrayantes et des plus originales de toutes les publications mensuelles.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Initz’aiion 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET (auteur de l’Initiation). M. S. T. & -— STANIsLAS DE GUAITA (auteur de Au Seuil du Mystère) S.'. I.'. 3.). — GEORGE MONTIÈRE (rédacteur en chef de l’1nitiation) S.'. I.'. —- PAPUS (auteur du Traité élémentaire de Science Occulte). S.'. 1.-. — JOSEPHIN PÉLADAN (auteur de la Décadence Latine) S.‘. I.'.
20 ‘ PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE_ ALEPH (de la Revue du Alouvement social). — Le F.'. BERTRAND VEN.'. RENÉ CAILLIE (directeur de l’Étoile). G.
DELANNE (rédacteur en chef du Spiritisme). — DELÉZlNIER. — JULES DOINEL. — ELY STAR (auteur des Mystères de I'Horoscope). —- FABRE DES ESSARTS. — FABIUS DE CHAMPVILLE. — Dr FOVEAU DE COURMELLES (licencié ès-sciences physiques, licencié ès-sciences naturelles, li cencié en droit, lauréat de l’Académie de Médecine). — JULES GIRAUD (auteur du Dr Selectin). —— Dr GOYARD (ancien président de la Société Végétarienne) — E GARY (auteur de la Théorie des Tcmpéraments). — HENRI LASVIGNES (ex-secrétaire de la rédac— tion du Constitutionnel). — J.
LEJAY (licencié en droit‘. — MARC‘US DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. —- EUGENE Nus (auteur de les Grands Mystères). — G.POLTI (auteur de la Théorie des Tempéraments). — Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A. ROBERT. —— ROUXEL (du Journal des Économistes). — HENRI WELSCH. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— E. GOUDEAU.'—— MAN0EL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — A.
MATTHEY. — l.UCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 , POESIE En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. -— P. GIRALDON. -— PAUL MARROT. — MARNÈS. — A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . . * L
LAVICTOIRE DU MARI JOSÈP H'IN PÉLADAN Roman Magique Un volume in'—18. Prix . . . . . . 3fr. 50 A BRULER Conte Astral Par Jules LERMINA PRÉFACE DE PAPUS Un volume in-8, relié. Prix . . . . . . . . . . . . 3 francs “’ LES SEPT PRINCIPES DE L’HOMME AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE Par PAPUS Brochure in-8, avec figures dans le texte . . . . . . I franc S’adresser à l’Administration de l’INITIATION
.,,.\/.Aç.. PARTIE INITIATIQUE Mensura @ll’ àaeuru ËE siècle des siècles est près de finir. Le progrès est près d’atteindre son apogée, si l’on en croit du moins ses partisans, et cependant il se trouve des hommes pour parler de grandes lois inconnues et de grands principes vivants étouffés. L'Europe en armes attend le signal de l’égorge ment. Les trains circulent rapides à travers le centre de toutes les civilisations, mais ces trains ne porteront— ils pas demain des soldats et des munitions de guerre P Les fils télégraphiques s’entrecroisent dans les airs annonçant les mille nouvelles courantes aux peuples affairés; mais le penseur qui les contemple sait-il si les ordres de mobilisation ne passent pas en ' ce moment invisibles devant lui? Chemins de fer, télégraphes, belleiconquêtes, en vérité, du XIX" siècle, qui sait si les mères et les épouses de l’an 1900 ne vous maudiront pas à jamais P v ' —'l' 4.
98 L’INITIATION Toute conquête du cerveau humain tourne à la destruction rapide de l’espèce et dans l’éclosion , magnifique de notre renaissance intellectuelle la haine internationale est notre seule directrice. La Vapeur l c’est le transport rapide de la destruction en masse ! dans une contrée, l’Electricz’te‘ c’est le moyen de faire ‘ sauter à distance les villes entières ; la Chimie c’est la dynamite, la roburite, les obus asphyxiants et la poudre sans fumée, la Physique c’est le massacre mécanique de corps d’armée remplaçant le massacre individuel d’autrefois. Le Progrès, le Progrès partout! Le Téléphone transmet les ordres du chef, le Phono— ‘3' -. graphe perfectionné conserve le bruit d’ime bataille danstous ses détails ;0n entend tons les instruments du concert majestueux: mugissements des canons, crépi_ tement rapide de la fusillade, sifflement des balles, rien 1 ne manque, pas même les cris rauques des blessés et ‘ ‘ le progrès va'si vite que grâce au Téléphote une mère pourra désormais voir de loin son fils éventré par une baïonnette et l’entendre prononcer son nom pour la dernière fois. C’est la civilisation :l Que viennent donc faire tous ces rêveurs, tous ces philosophes, tous ces utopistes parlant d’altruisme dans une telle époque et s’autorisant de la Science Occulte pour rappeler l’existence d’un vieux mot dès longtemps oublié: La Charité l La Science Occulte! Est—elle donc autre chose qu’une source de rêveries pour ceiveaux faibles ou deconsolations pour âmes brisées ? C’est ce qu’il nous faut voir. 35": '_"l I." 'r:*r.aî: 'h|.. -»—-——— \---n. .-c..æ:ä..._4
LE GAËÆIŒN DU SEUIL Prime de Phot. POIREL, L'INITIAT1oN. N° 2 _38, r. de la Tour d’Auvergne. I
ARBITRAIRE OU ARBITRAL 99 L’Occultisme puise la mêmeDoctrz‘ne à deux grandes sources. 1° La source orientale représentée par le néo— boudhisme; 2° La Source purement occidentale repré— sentée par les Kabbalistes, les Hermétistes, membres de la H. B of L, les Rose Croix et les Francs— Maçons. Les origines communes du néo-bouddhisme et de la Kabbale sont assez évidentes, l’enseignement théo rique est, par le fonds, le même.
La différence porte principalement sur les moyens pratiques de réalisa— tion. Le néo—bouddhisme reste muet dès qu’il s’agit d’aborder les moyens pratiques de réformes sociales, tandis que la doctrine occidentale s’est toujours montrée comme portant le plus haut intérêt à ces questions.
Ainsi c’est à cause des réformes sociales qu’ils se proposaient d’exécuter que les Templiers furent si vive— ment détruits par les deux représentants, à l’époque, de l’arbitraire : la Papauté et la Royauté. C’est encore sous l’inspiration directe des Rose—Croix initiés et de l’occultisme que la Franc—Maçonnerie changeait brusquement en 1789 le ternaire chrétien FOI, ESPÉRANCE, CHARITÉ. En un équivalent ésotérique : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. C’était la revanche de l’opprimé J. B. M. Jean Baptiste Molay aux oppresseurs: la tiare et la fleur de lys. - ‘
I 00 L’INITIATION . ‘-n .. :. ‘ .v,rvwm .g _ .
Il est facile de trouver dans l’histoire la preuve que la science occulte a toujours été le refuge de tous les .opprimés de*l’idée contre les oppresseurs quels que fussent les noms qui cachaient les deux partis éter . nellement en présence. , Or parmi les représentants de la Science Occulte occidentale, dans son véritable caractère de réalisa -tion pratique des théories plus ou moins mystiques, nous tenons à signaler de nouveau à nos lecteurs -l’œuvre du marquis de Saint—Yves d’Alveydre.
Ainsi que je l’ai montré dans une étude compara _ tive(t), Saint—Yves a puisé l’occultisme occidental aux sources les plus élevées en s’adressant à un des plus grands maîtres de notre siècle: Fabre d’Olivet. Il est absolument puéril de dire que Saint—Yves a copié Fabre d’Olivet.
Il suffit de considérer l’œuvre entreprise pour voir la différence capitale qui sépare .ces auteurs, Saint-Yves employant les mêmes maté— iaux que d’Olivet à la fondation d’une œuvre toute différente: la Synarchie. , ' Qu’est—ce donc que la Synarchie ? La Synarchie, vous diront les critiques, est une douce utopie éclose dans la cervelle d’un homme fort instruit qui aspire à changer les bases de notre société.
Cet homme prétend, en s’appuyant sur l’his— toire universelle, démontrer qu’il existe une loi de groupement des séries sociales comme il en existe une de groupement des séries chimiques et il appelle cette loi: la Synarçhie. ' (I) Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre.
ARBITRAIRÈ OU ARBITRAL 101 Inutile de vous dire, continuent ces bons critiques, que cette Synarchie est irréalisable attendu qu’elle tendrait à empêcher les politiciens de tromper les électeurs en donnant à ceux-ci une défense réelle contre tout arbitraire: le refus collectif de l’impôt. Empêcher l’arbitraire, est-ce possible ?
Toute l’œuvre de l’Occultisme se réduit à la for mule d’équilibre par opposition harmonique des contraires; aussi s’appuyant sur cette donnée, le marquis de Saint—Yves afiirme—t—il l’existence de deux principes sociaux distincts : l’arbitraire et l’arbitral. i' 54 L’arbitraire, il est inutile, je pense, de le définir en détails, il suffit de regarder autour de soi.
Il fleurit à merveille dans notre société et peut se définir en deux mots : Empêchement absolu pour l’opprimé (ouvrier, em ployé, électeur) d’agir efficacement dans sa défense légale contre les abus de l’oppresseur (patron, chef de maison, député). . L’arbitral consiste au contraire à trouver un point d’action et de réaction réciproque et harmonique entre les dirigeants et les dirigés.
L’arbitrage est, au point de vue international, le moyen employé par les hautes initiations antiques pour régler les différends, et ceux qui nient la puissance réelle d’une idée n’ont qu’à considérer les progrès étonnants accomplis à l’heure actuelle par les sociétés d’arbitrage pour voir que cette idée répond bien à un besoin impé— rieux de l’humanité.
102 L’INITIATION Or, dès 1882 Saint-Yves affirmait la nécessité de cette orientation nouvelle à donner à l’intellectualité occidentale. Nous verrons si l’avenir lui donnera raison. Nos lecteurs connaissent dès longtemps l’œuvre et l’écrivain, aussi n’est-ce pas à ce sujet que je les rappelle à leur attention.
Je n’ai pas non plus à parler de la personne elle—même, ce sujet n’intéressant guère que les concierges physiquement ou intellectuellement parlant. le voudrais aujourd’hui attirer l’attention sur un nouvel essai que vient de tenter notre auteur lais— sant au public, comme toujours, le soin de conclure en dernier ressort.
Au milieu de l’arbitraire qui règne partout, au moment où le journalisme vend à la ligne les comptes rendus des livres qu’il est chargé d’annoncer à ceux qui le payent, nous tenons à faire remarquer que l’Inz’tt'aiz'03 est la seule des revues françaises qui ait publié des articles critiques de vingt et trente pages sur chacun des livres ayant quelque intérêt pour nos lecteurs.
Mêmeles autres revues, s’occupant de près ou de loin de l’occulte, n’ont consacré à ces livres que quelques lignes, à la fin, sans jamais aborder une critique sérieuse. Nous tenons tout spécialement à faire remarquer cette position toute particulière qu’a prise l’Inz‘tiaîion dans la presse française.
Donc, pour revenir à notre point de départ, nous voulons présenter au public le nouvel essai de M. de Saint—Yves, essai formant une première trilogie de
1MW . ,. \. 103 ARBITRAIRE OU ARBITRAL petits poèmes adressés aux régnants d’Europe.
Voilà comment l’auteur présente lui-même son œuvre au lecteur; cette introduction montre assez, aux yeux clairvoyants, combien le marquis de Saint—Yves sait employer les données les plus élevées de la Science Occulte qu’il indique encore clairement ici : AU LECTEUR « Parmi les lecteurs de mes Missions, de jeunes poètes, appartenant à différents cultes et à divers pays, m’ont prié de donner à leur talent un but nouveau dans le sens de mes conclusions.
Je ne demanderais pas mieux ; mais, si, cinq cents ans avant Mahomet, un poète arabe a pu dire: «Tout a été chanté; il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil! » à plus forte raison peut—on le répéter aujour— d’hui. Au fond, la seule nouveauté, c’est ce qÏ1i est éter nel: et en Art comme en Science, le Vrai seul remplit cette condition, puisque le Beau n’en est que la splen— dent.
En ce qui regarde la Poésie, je ne vois, en dehors du anciennes Universités Patriarcales, que les écri vains hébraïques des deux Testaments qui aient mis leur art au service direct du Vrai.
J’ai exposé ailleurs une partie de ce que je savais de leurs Écoles primitives, fondées par Moïse, relevées par Élie; et je me suis efforcé de démontrer que leur notion sociale du Vrai tendait à rénover, sur la Tärre même, le RÈGNE DE DIEU, et sa Loi sociale, la SYNARCHIE. 'I
l 04 L’INITIATION '--.-*'--.-r 99. ..=r:..—.:Jæ.. —'..r_—_"& .—. ..... LI ruw. ..-... .-_.u. n.\"'_ -.....v,__é_1, En Art comme en Science, la nouveauté d’aujour d’hui me semblerait consister dans ce souvenir et dans cette espérance. La phase prophétique, puis évangélique, rend un mouvement de ce genre aussi facile qu’obligatoire.
Il n’est pas nécessaire d’être prophète»ni apôtre pour cela, mais seulement assez instruit pour être croyant, assez civilisé pour être bon. Je ne crois donc pas que, pour faire ce bien, il faille sortir de son propre culte, ni se mettre en commu nauté quelconque, ni se singulariser autrement que par une vie studieuse, sainte et utile. .
Grâce à nos Testateurs, nous avons tous un fonds commun de Vérité et une Symbolique complète dans toutes nos Églises. Le commentaire s’en fait dans toutes nos Universités. Mes œuvres de prose n’ont eu d’autre but que d’in diquer la synthèse rationnelle et pratique de ces doubles sources d’informations. Peut-il en naître, ou plutôt en renaître la Poésie susdite, sans parler d’autres Arts ? J’ai des raisons de le croire.
Pour le démontrer, j’ai mis ma bonne volonté à l’œuvre. Je me suis imposé de faire tout d’abord une série de poèmes d’actualité. J’ai commencé ces publi cations par trois des souverains et des peuples euro péens qui me semblaient vouloir à ma patrie, soit le moins de mal, soit le plus de bien. Une épigraphe au sujet des Lettres Sacrées que j’emploie dans ces poèmes, opère leur rattache pieuse aux Écoles antiques. Le reste n’a pour singularité que d’être respectueux du souverain et de la nation que
"'\4_5F" —> . . \. . - ARBITRAIRE OU- ARBITRAL [05 je célèbre, ainsi que de son culte, de sa loi et de ses mœurs, quelles que soient mes convictions, en ce qui regarde ma Patrie et le Catholicisme. Ce respect et cette sympathie sont du Christianisme et de la Civiliq sation en vers : voilà tout.
Dans nos grands et saints Guides du Premier et du Second Testament, cet esprit de paix future est magnifiquement proféré, quoique le plus souvent d’une manière hiérographique, dans l’Apocalypse surtout.
Quant aux poètes prophétiques d’lsraël, entourés de rois et de peuples idolâtres et hostiles, ils devaient nécessairement entrer avec eux dans un conflit intel« lectuel et moral, qui semblerait déplacé aujourd’hui, que la Foi ou ses fruits positifs sont les mêmes par— tout. Pourtant, dans lsaïe lui-même, les souverains et les peuples étrangers ne sont pas toujours maltraités.
En ce qui concerne l’Égypte et même l’Assyrie, on peut voir le chapitre xrx, versets 19-25; en ce qui regarde la Perse, le chapitre XLIV, verset 28.
Isaïe va même jusqu’à traiter Cyrus de MESSIE, ce qui est un peu raide à mon humble avis, et malgré toute ma vénération pour ce prophète : chapitre XLV, verset 1. , Après cette citation. je ne crois pas qu’on puisse trouver mes poèmes trop flatteurs, puisqu’ils s’a— dressent à des souverains chrétiens, amis de ma nation. Il est évident que saint Paul, l’apôtre de la Liberté, est le guide spirituel de l’Angleterre. Celui de la Russie est saint Jean, l’apôtre de la Fraternité ; celui
I 06 L’INITIATION de la France et du groupe latin est saint Pierre, l’apôtre de l’Egalité devant la loi sociale évangélique. Ces trois apôtres, très unis au Ciel, voudraient sans doute que leurs fidèles ne s’exécrassent pas mutuellement sur la terre, et que le Turc, cimeterre au clair, n’eût plus à leur prêcher la paix sociale, à Jérusalem même, près du Tombeau de Jésus.
Mes poèmes développeront cette pensée évangélique, sans grand espoir deZréalisation rapide; mais « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre », disait Guillaume le Taciturne. Aux jeunes poètes qui marcheraient dans cette voie, je tiens à dire qu’elle est difficile et ingrate ; car, en semant le bien pour autrui, on est à peu près sûr de ne récolter que le mal pour soi—même, dans la plupart des cas.
Ce chemin étroit réclame une réelle indépendance d’idées, et, malheureusement aussi, de situation et de fortune, avec autant de religion stricte dans le fond des pensées et du caractère, que de courtoisie dans la forme.
De plus, il ne faut pas croire que la Poésie, même religieuse, ait souvent droit de cité ou de chapelle, chez les rois et dans les cours, malgré les vers char— mants et chevaleresques d’un roi de France à un poète: Tous deux également nous portons des couronnes. Mais, Roi, je la reçus; Poète, tu la donnes. Ces considérations, que je signale aux jeunes gens, n’ont point effrayé mes cheveux gris, et voilà trois
ARBITRAIRE OU ARBITRA’I 107 poèmes livrés au public : le Poème de la Reine, Mater nité royale, l’empereur Alexandre III. Je serais très surpris qu’ils plussent au goût du jour, car ils ne manquent de respect à rien de respectable, ce qui constitue un courage comme un autre, à l’heure qu’il est. Les amateurs de succès faciles sont sûrs de leur affaire avec des pamphlets, des satires, des calomnies et des indécences.
Quant à moi, je traiterai toujours mes œuvres comme si Dieu même devait les juger. Comment sont nés ces poèmes ? J’en ai dit la cause première; en voici les causes occasionnelles. Étudiant l’Europe qui nous tient en quarantaine, j’ai observé attentivement ses familles souveraines, sans naïveté comme sans préjugé d’aucune sorte.
Elles ont leurs ombres comme toutes les autres; mais elles ont aussi des rayons; et c’est par eux que les nations peuvent être menées à la paix du Christ. J’ai vu sur les trônes plus de vertus qu’il en fau drait pour arracher l’Europe à l’infernale et sanglante ornière qui deviendra son abîme et le leur.
Mettre ces vertus à leur point de perspective et de poétique lumière, en faisant respectueusement entendre un vœu de paix et une possibilité pratique dans ce sens, tel a été le but de ces poèmes isolés. J’ai commencé par la Reine d’Angleterre et je me suis laissé aller sciemment et artistement à une sin cère_ admiration pour cette Doyenne des souverains d’Europe, pour ses vertus austères, pour son puissant
108 L’INITIATION caractère, pour la haute signification de la présence d’une telle femme à la tête d’un tel peuple, pendant un demi-siècle. La Reine de Danemark a été mon second sujet de poétique description. Là aussi, je me suis abandonné à une admiration qui n’a rien de factice; car quel triomphe et quel enseignement qu’une pareille ma— ternité !
Plût à Dieu qu’un souverain ou qu’un pontife eût su faire pour la concorde des États ce que cette reine a accompli pour l’union des familles régnantes. Enfin je termine cette première trilogie par Alexandre III.
Là, l’enthousiasme m’a été d’autant plus facile que j’exprimais les sympathies de ma nation et que j’avais à décrire également des vertus familiales, un rôle souverain de premier ordre, un destin national extra— ordinaire, un peuple et une race qui me sont profon— dément chers à tous égards.
Comme Français, j’ai cru faire une oeuvre patrio— tique en exaltant ainsi un souverain et un Etat qui sont, en ce moment même, l’objet d’attaques aussi injustes que passionnées de la part des journaux du prince de Bismarck.
Avant de passer au cycle contemporain de saint Pierre, que j’ouvrirai par un Poème sur la France, j’ai désiré que le lecteur sût d’avance où je vais, c’est— à—dire pourquoi ces poèmes ont été écrits et dans quel but. » SAINT—YVES D’ALVEYDRE. Paris, 27 août I889.
ARBITRAIRE OU ARBITRAL 109: * ’54 Si j’ai tenu à donner cette déclaration in extenso c’est pour bien montrer la loyauté et la douceur des moyens employés jusqu’ici par les représentants de l’occultisme occidental dans l’énonciation de leurs doctrines. On peut dire bien des choses aux Kabbalistes fran çais sur leurs enseignements; mais on ne peut pas dire qu’ils se déchirent publiquement entre eux.
Qu’ils s’appellent Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan, F.—Ch. Barlet ou Papus ils sont tous fraternellement unis entre eux comme le faisait remarquer dernière ment l’un d’eux, A. Jhouney.
Jusqu’à ce jour ils se sont tenus aussi loin que possible des attaques inces— santes de ceux qui prêchent la fraternité et qui attaquent à tout propos ce qui n’est pas eux; ils ont répondu simplement quand l’attaque pouvait avoir des conséquences sérieuses; mais il est fort pénible devoir ces divisions prêtes à naître au nom del’Unité; et nous serions désolés de voir notre patience se lasser enfin.
C’est qu’alors une exécution serait nécessaire et à ce moment nous nous trouverions tous unis contre l’individualité solitaire. Non seulement tous les écrivains mais toutes les revues d’occultisme, de spiritisme et de magnétisme sont maintenant frater nellement unis dans la poursuite du bien commun, comme ils le seraient demain dans l’exécution de quelque adversaire dont les actes donneraient un flagrant démenti aux belles théories exprimées. Notre œuvre est une œuvre d’intellectualité. Elle
1 10 L’INITIATION doit se poursuivre par la persuasion, ainsi que le prouve le succès croissant des idées défendues par le marquis de Saint-Yves, nous serions les premiers à déplorer les procédés contraires; nous souhaitons que la Science Occulte s’affirme sans combats intellectuels, par la seule force des idées émises ; mais le Sphynx a des grifles de lion et il est toujours plus prudent de s‘adresser à sa tête qu’à ses griffes.
Enfin espérons que rien ne viendra encore assom— brir notre carrière et félicitons hautement le marquis de Saint-Yves d'Alveydrç de son nouvel essai de concorde et d’apaisement universels.
PAPUS. ’ ÆE GARDIEN w j‘jiEUH. (INTRODUCTION A LA MAGIE PRATIQUE) Æpm‘zs que le Néophyte a appris de ses premiers guides de quelles possibilités de la Nature humaine l’Initiation enseigne le développement, après qu’il a entendu, largement retracée, la doctrine offerte à ses méditations, il s’attend le plus souvent à quelque révélation étrange qui le lance immédiate— ment dans le monde invisible pour lui permettre d’en manipuler les forces, objet de sa convoitise; il compte que la porte d’or va s’ouvrir pour lui dévoiler gratuitement les horizons radieux qu’il a rêvés; il pense qu’il n’a qu’à laisser épanouir la passivité de . on intelligence pour recevoir dans son organisme
LE GARDIEN DU SEUIL III transformé le souffle de la puissance theurgîque qui le rendra surhurhain. On l’arrache alors à ce rêve ambitieux par un dis— ' cours du genre de celui-ci: . « Après le Portique, le Temple et le Saint des Saints voilé d’un triple voile. « Ici n’entre pas qui veut, mais celui—là seulement qui s’est montré digne, non seulement par son intel ligence, mais aussi et surtout par sa valeur morale et spirituelle.
« C’est par l’exercice de la Volonté, c’est par une large et sévère hygiène psychique, mentale et spiri— tuelle dont on ne fait connaître les règles qu’à qui de drort et au fur et à mesure, dans l’Initiation, qu’on arrive à certaines hauteurs (r) ». Ce langage est de règle; on le tient dans toute école sérieuse et pure. Le Theosophz‘st n’a cessé de le répéter aux membres de la Société qu’il représente (2).
Les Martinistes, par la bouche éloquente de notre ami estimé ’de Guaita, disent au néophyte: « C’est en vain que les plus savants Mages de la terre te vou— draient révéler les suprêmes formules de la science et du pouvoir magique.
La vérité occulte ne saurait se transmettre en un discours: chacun doit l’évoquer, la créer et la déve— lopper en soi (3). (1) Revue théosophique n« 7; l‘article: A ceux qui viennent. (2) Voir spécialement la série d'articles intitulée Pratical Instruc-. tions for student: of Occultism. C'est là aussi qu‘a paru la Lumière ..rur le sentier. (3) Voir le n° to, p. 3, de l'1nitial‘t’on : Discours Initiatz’que.
1 12 L’INITIATION Le marquis de St-Yves, dans la France vraie, nous assure qu’il a « toujours repoussé doucement toute curiosité au sujet du merveilleux », ayant reconnu le danger intellectuel, moral et physique de cette inves« tigation. Rappelez—vous l’intéressant récit A brûler de notre confrère Lermina.
Lisez Zanoni, de l’initié Bulwer Litton : « Nous faisons consister notre épreuve dans les luttes que purifient les passions et élèvent les désirs ». « Perfectionner tes facultés, concentrer tes émo tions, voilà désormais ton but unique » etc... « Tupourras devenir maître en cabale et en Alchi— mie, mais ilfaut d’abord être maître de la chair et du sang ». Partout vous retrouverez ces mêmes descriptions au début.
Le disciple demande-HI à savoir avec plus de pré cision ce qu’il doit faire, on lui dit: « Celui qui veut découvrir doit commencer par se réduire à une sorte d’idéalisme abstrait et s’abandon ner aux facultés qui contemplent et qui imaginent » (Zanoni), ou, plus majestueusement avec l’auteur de Lumière sur le sentier : Tue l’ambition. — Tue le désir du confort. Tue la soif de l’accroissement... Cherche la voie...
Du silence qui est la paix, une voix sonore s’élè vera, etc... Dans les temples sacrés de l’Egypte, on commen çait par faire comparaître le Néophyte, devant un tribunal de juges masqués et revêtus d’habits funé W ««——— » —A
LE GARDIEN DU SEUIL I 13 mires; on prononçait sur lui comme sur un mort; chacun des assesseurs lisant dans sa pensée dévoilait toutes ses fautes, tous ses vices, toutes ses erreurs; après quoi, enfermé dans une crypte dont les décora— tions lui symbolisaient tous les penchants mauvais de l’âme, soumis à un régime sévère, laissé souvent même dans l’obscurité à de silencieuses méditations, on ne le tirait de cette solitude que pour l’exposer à quelque tentation inattendue, ou pour le faire compa— paraitre à nouveau devant le redoutable tribunal qui jugeait de ses progrès.
Nulle pratique ne précédait cet entraînement moral. Arrivé à ce point, plus d’un disciple, découragé déjà, tombe dans le doute. Fallait-il donc tant d’ap— pareil, et de si hautes espérances pour venir seheurter au pied de ce mur banal i" N’est—ce pas là simplement quelque fin de non—recevoir dicté par l’orgueil et l’ambition à de prétendus initiés dont la puissance imaginaire se perdrait en se répandant ?
Ou sommes nous bien réellement en présence d’une loi naturelle, inévitable, de l’Initiation, loi dont la violation serait punie d’une répression fatale et terrible ? C’est cette question que l’on se propose d’éclaircir dans cet article, assez explicitement pour faire com prendre avec précision lès premières pratiques qui s’imposent au néophyte. * au « Les opérations magiques, dit Eliphas Levy (I), (I) Rituel, chap. 1". W 5 . _ _. .___ . .-. -.-.—. _. .
1 I4. L’INITIATION sont l’exercice d’un pouvoir naturel, mais supérieur aux forces ordinaires de la nature. Elles sont le résul— tat d’une science et d’une habitude qui exaltent la volonté humaine au-dessus des limites habituelles. » « Le surnaturel n’est que le naturel extraordinaire ou le naturel exalté...
Pour faire des miracles, il faut être.en dehors des conditions communes de l’huma— nité; ou abstrait par la sagesse, au exalté par la folie. » Ainsi deux nécessités dans la magie: Mettre en jeu des forces supérieures à celles perceptibles à nos sciences ordinaires, et exalter notre volonté au—delà du degré habituel.
' La première de ces conditions ne signifie pas qu’il faille remonter jusqu’à la source inexprimable de toute force, ce qui serait un effort impossible à l’homme, mais seulement qu’il faut s’élever au moins jusqu’à la force qui est le principe immédiatde la vie terrestre, jusqu’à cette force cosmique qui estle moindre degré de ce que l’école positiviste nomme l’imperceptible en y reconnaissant la source de tout phénomène perceptible pour nous.
C’est déjà considé— rable. Cette force qui régit les mondes est—elle donc à la disposition de l’homme? Oui, nous répondent les occultistes, à condition que sa volonté soit suffi— sante (I). Voilà qui paraît tout d’abord aussi prêtent (I) C’est ce qu‘exprime le symbole antique des Templiers, le Bapho— met promené ans le temple maçonnique ar les F.°. du 29' degré: (ceux qui vont devenir Kad0sh).
Ses bras isent: Sm e et Coagula'; v_a puiser aux sources des forces supraterrestres, et condènse-Ies en une force terrestre. . ‘
LE GARDIEN DU SEUIL 115 tieux qu’antiscientifique, en contradiction avec l’in flexibilité des lois naturelles; car, comment l’homme pourra—t-il disposer de ces forces primordiales sans violer ces lois ? —- Nous allons le comprendre bientôt en démontrant la définition d’El. Levy: le surna turel est le naturel exalté.
Avant toute spéculation, parlons des faits: les plus vulgaires vont nous montrer immédiatement la magie ainsi comprise au fond de la plupart des actions humaines. Laissons le culte religieux qui ne peut et ne doit être que de la haute Magie, bornons-nous aux institutions laïques.
Que faisons-nous quand nous voulons faciliter au plus dévoué aussi bien qu’au plus simple de nos concitoyens, le plus grand et le plus difficile des sacri fices que l’on puisse demander à l’homme, pour le salut social, celui de sa vie ?
Quelques mètres de drap aux couleurs vives, quelques aulnes de galons, une musique éclatante, un bout de ruban, un chiffon d’étoffe au bout d’une hampe; voilà l’appareil de notre magie, et par elle l’orgueil, l’amour—propre, le patriotisme, la magnanimité exaltée enflamgnent les esprits d’une armée tout entière jusqu’à faire du plus redoutable des accomplissements le plus aisé et le plus commun peut—être des courages, celui du champ de bataille — une panique peut rompre le charme !
S’agit-il d’imposer aux cupidités humaines la crainte salutaire de la loi sociale, image plus ou moins impar faite de la réaction divine ; ou de faire naître après la faute soit le remords qui purifie, soit la terreur du châtiment qui réprime ? Un costume sévère et majes—‘
116 L’INITIATION tueux, emprunté par tradition aux mages, la robe aux plis rigides, masque aux yeux du coupable les infir mités de son juge humain, et ne laisse apparaître à sa conscience troublée que le spectre de la justice oHensée.
S’il le faut ensuite l’art symbolique jettera ses couleurs les plus sombres et les plus effrayantes sur l’appareil du supplice, ou, procédé plus cruel et plus terrible encore, il s’efi'acera pour abandonner le condamné au déchaînement hideux des passions que sa faute évoque. Vous rappellerai—je aussi toute la magie de ce même art, que nous venons de citer.
Quelle âme déli cate pourrait se passer des rayons vivifiants par les— quels il illumine et soulage tous les devoirs, toutes les souffrances de la vie?
Dessin grandiose de nos palais, ou forme élégante de la moindre de nos coupes; riche et savante décoration de nos tapisseries les plus belles, ou couleur vulgaire du plus simple ruban; puissante harmonie de nos hymnes les plus magni fiques, ou simples accents de la plus modeste amante, de la moindre des mères, éloquence grandiose de nos premiers orateurs, ou paroles insinuantes de la moindre des convoitises, que resterait-il dans la vie humaine, si vous laissiez tomber le voile éclatant qui nous en masque tous les dégoûts, toutes les horreurs?
Bien plus, vous nous en faites vainqueurs. Vous en embellissez si bien la défaite, que vous allez jusqu’à faire un Dieu de l’être en qui sans vous l’on ne peut trouver que le premier des singes! Où chercherai—je encore parmi les actions et les institutions humaines sans rencontrer quelque appa
LE GARDIEN DU SEUIL II7 reil magique ? De l’école, je vois la chaire du Maître se poser en face des bancs hiérarchisés des enfants, sans compter tout l’appareil des peines ou celui des récom— penses, l’appel du nom vainqueur, ou la flétrissure de l’insoumis.
Dans le monde, c’est la fortune, c’est la gloire, c’est la politesse et tout le formulaire des conventions sociales avec ses costumes, ses distinc tions, le miroitage de ses élégances, les excitations de ses raffinements avec tous ses masques symboliques, depuis les langes de la première enfance jusqu’au catafalque imposant sous lequel s’efiectue déjà la désintégration des restes les plus vénérés.
Ainsi qu’est-ce que l’histoire tout entière, sinon le récit de tous les prodiges accomplis par l’homme sous l’impulsion d’une volonté surexcitée qui, semblable aux géants de la fable entasse Pelion sur Ossa pour escalader les cieux?
Magie de la foi, magie de l’amour ou magie de la haine, magie de l’orgueil ou magie de la honte, magie de la noble ambition, de la charité, du dévoue— ment, ou magie de la cupidité, que ne faites-vous > faire à l’homme avec le seul secours de ses forces bien moindres en leurs proportions que celles de l’in secte, bien inférieures en leur absolu à celles qui menacent sa nudité délicate!
Où pourrions-nous trouver sans vous le courage de combattre les éléments ou les fauves, ou les hommes mêmes, coalisés contre nos aspirations? Comment pourrions-nous atteindre sans vous, nous tous du vulgaire, à ces forces suprêmes dont les forces physiques ne sont que les servantes, à toutes ces vertus du domaine moral que l’instinct de
1 18 L’INITIATION notre sens intime a de tous temps placées au ciel, au-dessus de la Terre P Comment l'homme aurait-il pu. sans vous, réaliser avec persévérance à travers les siècles ces prodiges d’intelligence ou d’énergie qui lui ont valu l’empire incontesté sur tous les êtres terrestres !
Qu’est-ce, en eflet, que tout le cortège de nos pas— sions, sinon une magie naturelle, fatale, par laquelle la Providence divine exalte notre volonté afin de développer les vertus qui nous élèveront vers elle par la croissance de notre spiritualité?
Regardez—y bien. partout vous verrez le souffle de l’idée animer, soulever, subtiliser les pesanteurs de la matière inerte jusqu’aux régions les plus idéales de la Beauté, de la Vérité, de la Bonté, par l’intermédiaire de la Volonté humaine surexcitée au souffle du désir.
C’est là qu’est l’âme de cette loi d’évolution dont nous n’avons encore épelé que les premiers mots ; l’essence. la raison d’être de l’homme, c’est la Magie ! * :æ2æ, Est-ce à dire que j’entende exalter les passions à la façon de quelques écoles philosophiques comme celle de Rousseau, éblouies par les merveilles de l’action passionnelle.
Nullement, mais notre méditation n’est qu’à son début; nous venons de voir en l’homme le magz‘czen naturel; l’être qui s’agite comme Dieu le mène, il nous reste à connaître e Mage, le collaborateur conscient de la Divinité. N’oublions pas en eflet la remarque d’El. Levy: « pour faire des miracles il
LE GARDIEN DU SEUIL 119 « faut être exalté par la folie ou abstrait par la « sagesse, » et cherchons maintenant à reconnaître l’une de l’autre.
« La passion, remarque encore le même auteur, « projette avec force la lumière vitale et imprime des « mouvements imprévus à l’agent universel, mais elle « nepeut retenir aussifacilement qu’elle a lancé, et sa « destinée alors est de ressembler à Hippolyte traîné « par ses propres chevaux, ou à Phalaris, éprouvant « lui-même l’instrument de supplice qu’il avait « inventé pour d’autres. » C’est pourquoi l’histoire, en même temps qu’elle est, comme nous l’avons dit, le récit des miracles accomplis par la volonté humaine, est aussi l’effrayant tableau des retours fatidiques, la peinture des cala mités ou des crimes où l’homme apparaît déchiré, brisé, rompu, tantôt par le destin, tantôt par l’homme même.
La passion cache dans ses flancs la Mort aussi bien que la Vie. Nouveau caractère essentiel de l’homme que cette lutte en lui de l’Etre et du Néant qui faisait la terreur de Pascal ! Mystère dont ce grand génie n’a pas su trouver la clef; la Doctrine occulte la lui aurait fournie; nous allons la reconnaître en étudiant de plus près, à cette lumière, les prodiges de la passion humaine.
La loi d’évolution est fatale; c’est—à-dire que le Cosmos, considéré dans son ensemble, marche d’un progrès irrésistible du chaos à la perfection harmo— nieuse. La Science, la Philosophie et la Théosophie s’accordent à le reconnaître.
I 20 L’INITIATION ‘ Quel est le sort de l’individu dans cette marche d’ensemble P La science ordinaire n’en sait rien ou, refuse même de s’occuper de cette question. La science occulte répond: l’individu, quel qu’il soit, suit le courant et en subit les transformations pro gressives en se rapprochant du pôle supérieur.
C’est ainsi qu’il traversa toute la série des règnes de la nature suivant cette trajectoire idéale que l’Inde nomme‘Ia ligne de Vie; de l’atome, de l’ultimate inerte il parvient par une suite innombrable d’agré— gations et de condensations jusqu’à la vie animale, jusqu’à la conscience humaine.
Si, cependant, cette ascension était exclusivement fatale, l’Univers se réduirait à un mécanisme circu— laire monotone mû par un destin sans âme, sans vie, sans but. La science occulte enseigne le contraire.
Elle nous dit que si le germe individuel est sorti du sein du grand Soleil central où il était perdu dans une angélique inconscience, c’est afin de réaliser la série infinie des états qui séparent l’Etre du Néant; c’est afin de prendre connaissance de l’Inexprimable en en parcourant pour ainsi dire toute l’infinité ; c’est afin de devenir capable, lors de son retour, de parti ciper consciemment à la vie ineffable de l’Etre Unique, grâce à la richesse des connaissances acquises dans l’infinie multiplicité de ses expériences cycliques.
Elle a pour mission, en descendant de l’Unité à la Multiplicité, de la Vie totale à la mort complète, de ramener sans cesse dans l’Organisme Universel les ultimates glacés dans les ténèbres au foyer de toute chaleur et de toute lumière, ou, en langage mystique,
LE GARDIEN DU SEUIL 12 I d’animer le Père—Mère du souffle du Fils dans la réa lisation sublime du Saint-Esprit. Semblable au glo— bule du sang animal, il va, lancé par le cœur, porter la substance et le mouvement jusqu’aux extrémités inertes et mourantes des derniers capillaires ; il est l’a— gentde la Vie totale, de la totale Conscience de l’Etre.
Comme cette conscience, différente en cela 'de la vie purement animale, nécessite la connaissance, le jugement, le choix, elle suppose que l’individu de— vient capable d’assentir à l’Etre Total en proportion de sa participation à la vie du Tout. Il reçoit donc, par l’effet même de l’évolution, intelligence et liberte croissantes.
Mais, d’autre part, comme il pourrait par là deve nir infidèle à son rôle si dans son libre arbitre limité, égaré par l’illusion et ignorant de la vie universelle, il prétendait. être tout lui-même et s’ériger en être absolu, il est nécessaire en même temps qu’il soit incapable de toute révolte efficace; la contradiction même de cette révolte suffit à la détruire; elle agit comme un frein dont la puissance augmente avec la vitesse du mobile qui le porte.
C’est pourquoi l’homme intelligent et libre est aussi responsable et punissable, c’est—à-dire suscep— tible d’être réprimé, anéanti même au besoin par le Destin. Telle la cellule organique qui, tout en vivant de sa vie propre et de la vie sociale, dans le corps animé, y disparaît cependant par résorption dès qu’elle y devient funeste.
I 2 2 L’INITIATION Descendons un peu plus dans le détail de la vie individuelle pour étudier le jeu de cette double loi. Examinons en premier lieu de quelle manière l’in— dividu se perfectionne dans la série des luttes de la vie animale.
C’est encore une assertion de la science positive'elle—même que l’évolution développe chez l’être individuel l’intelligence et le désir ; qu’ensuite elle fait naître et croître progressivement, par ces deux facteurs, le libre choix et la volonté qui s’unissent dans le libre arbitre. C’est ici spécialement qu’inter— vient cette Magie des passions que nous avons rap— pelée plus haut.
Mais le désir, la passion, sous la direction d’une intelligence finie et imparfaite ne peuvent manquer de s’égarer en dépassant leur but ; c’est l’effet naturel de la perpétuité de la force une fois mise en jeu, quand elle est insuffisamment maîtrisée. Les anciens ont dépeint cette impuissance par la fable de Phaëton monté sur le char Solaire.
De là résultent les réac tions fatales indiquées tout à l’heure, les souffrances individuelles, par conséquent, qui r_ectifient l’intel ligence, perfectionnent la direction de la volonté et permettent à l’individu de conquérir plus de puis sauce avec plus de liberté, mais aussi avec une res— ponsabilité croissante.
Nous rencontrons ici une loi fort importante et pourtant peu remarquée, celle des approximations successives, qui est d’une si grande généralité qu’elle s’impose même à la rigueur des mathématiques quand elles s’approchent de l’infini. Cette loi fait naître de la répression de l’erreur une première correction, grâce
LE GARDIEN DU SEUIL 123 à laquelle une seconde erreur sera moindre, et ainsi, de proche en proche,- le parfait émerge de l’imparfait, l’infini du fini (1). L’imparfait, le fini ne sont que les éléments vivants et transitoires du Réel; ce sont des devenir, des illusions. Le mal n’existe pas.
Il n’est que la réaction temporaire provoquée en l’Absolu par l’ignorance du parfait en progression ; c’est la borne qui trace les étapes du devenir dans la marche éter nelle. C’est lui que le Destin, Siva, dissout en l’enfer mant dans un cercle fatal de désintégration et de résorption (2). . Le Destin loin d’exclure la Providence en est donc la preuve certaine. Siva suppose Vichnou en Brahma.
Par le Destin, la Providence relève de ses faux pas l’être encore enfant; par lui, elle le guide, elle le for tifie, elle le perfectionne.
C’est ce que la religion nous enseigne quand elle nous dit que la Justice divine naît de la Divine Miséricorde pour nous ramener au sein de Dieu sans violer notre liberté. ‘A' 1" Voilà comment l’individu se perfectionne sous l’impulsion du courant universel; demandons—nous maintenant, à l’inverse, par quelle sorte d’action l’in dividu en progression concourt au perfectionnement (l) La philosophie spiritualiste emprunte un de ses principaux ar u ments au principe que le parfait ne eut sortir de l'imparfait : ce n est gq'nne illusion de mon. bans doute e parfait ne nait[point de_l'impar ait par génération, mais celui-ci est l’enveloppcment u parfait, selon la profonde expression de la Bible; il est le germe qui se développe par évolution et synthèse.
C‘est en ce sens ne Wronski nous dit que l‘homme doit créer Dieu après avoir été creé par lui. (2) En vertu d'une loi dont le jeu est fort bien dépeint par l‘histoire dans la France Vraie du marquis de Saint—Yves.
l 24 L’INITIATION de l'ensemble. Question plus importante encore que la précédente, puisque c’est d’elle que dépend le bon heur de cet individu, attendu que son ascension est subordonnée à sa coopération au progrès total. Nos sciences ordinaires nous disent à ce sujet que la place d’un être vivant quelconque dans l’ensemble de la création, de quelque manière qu’on la classe, est élevée en raison de la complexité de son orga nisme.
Le positiviste Spencer pénétrant mieux encore la signification de cette remarque, montre que la complexité est fondée sur la loi évolutive de l’agré gation synthétique des semblables et de l’harmonisa tion des groupements formés par cette exagération. Autrement dit, tout individu vivant s’enrichit, s‘élève en tant qu’être, en rassemblant dans son milieu (ma tériel, intellectuel et moral), tout ce qui peut satis faire ses tendances.
Il forme comme un centre d’at traction autour duquel vient se rassembler tout ce qui peut l’accroître, et constitue ainsi par une synthèse de complexité croissante un individu nouveau de degré supérieur. Naturellement sa force d’attraction s’accroît avec son intelligence et sa volonté, et, réci— proquement, d’après la loi précitée des approxima tions successives.
La Science occulte nous enseigne le même principe en le complétant de diverses vues inutiles à rappeler ici, et en le justifiant comme voici : L’évolution est l’inverse de l’involution. Celle—ci a été une différentiation successive et complète de l’Unité angélique; celle—là doit être une réintégration Progressive de la multiplicité infinie. L’individu ne,
LE GARDIEN DU SEUIL 125 W îf fflf Wgyä «. . s. , peut se conformer à la loi générale du progrès et la servir pour. son propre salut qu’en produisant une synthèse harmonieuse des éléments qui l’environnent.
Sa destinée, la source de son bonheur et de son immortalité est dans l’emploi de sa volonté libre et de son intelligence (instruments que Ces efforts cons tants doivent perfectionner sans relâche), au profit des éléments égaux ou inférieurs pour les associer harmonieusement et les guider vers une synthèse supérieure.
Telle est l’expression théosophique de la loi fondamentale dont la science positive cherche encore la véritable formule, je veux dire cette loi qui fonde le progrès sur l’altruisme.
C’est elle qu’expri— mait le dogme de la reconstitution d’Osiris déchiré par Typhon ; la mythologie grecque la dépeint par la .réintégration d’Orphée mis en pièces par les bacchantes; c’est encore la rédemption chrétienne qui rassemble, par l’amour, au sein ‘du Christ, les membres épars de l’Église universelle.
'A' 424: Ces principes établis, appliquons—les à un individu donné, à l’homme: Nous allons le voir soumis à deux forces tout à fait opposées en apparence : La Providence qui, par l'instinct, le désir, la pas sion, sollicite à chaque instant ses déterminaisons, son activité intelligente et indépendante. Et le Destin, dont les coups irrésistibles sont tou jours prêts à l’entraver. Ce sont les deux appuis entre lesquels, avide de la
1 26 L’INITIATION vie et de la puissance, il se sent développer dans sa volonté, dans sa liberté, dans sa force. L’un sou— tient et relève ses pas chancelants; l’autre arrête ses chutes toujours renouvelées, ou lui fixe des buts qui reculent sans cesse. Dans la vie des peuples, la Providence. se manifeste notamment par les bienfaiteurs de génie, les messies ; le Destin produit les fléaux de Dieu et les peuples vautours.
Dans toute existence, l’un galvanise la vie par l’espérance, l’autre purifie par le sacrifice, rajeunit par la Mort qui refait la Vie. Ainsi ballotté, l’homme n’a point d’aspiration plus puissante que celle qui tend à établir son indépen dance en l’aflranchissant non seulement du plus terrible, mais même du plus aimé de ses deux tuteurs.
C’est l’instinct le plus fort inspiré par! la providence que ce sentiment irrésistible de l’avenir humain dont l’excès est la passion capitale de l’Orgueil et de l’Am bition, désir de l’expression abusive de la personna— lité par la puissance. ' Or la puissance que l’homme peut réussir à acquérir est partagée en deux ordres bien différents qui l’affec tent dans son étendue et dans sa durée, dans sa vie propre, par conséquent.
Si elle se fonde exclusivement sur la volonté si rapide et si étendue qu’elle se montre, la. Puissance pourra être aussi éphémère que dangereuse, si la volonté d'où elle e’St née ne s’harmonise pas avec la Volonté Totale. C’est dans ce cas contre la borne inflexible du Destin que la puissance brise l’homme Æ v - - 7 u 4. -.rM“Ë,..M*M-J
LE GARDIEN DU SEUIL 127 %.7ÿlç"._:5, .. g. '5‘?!" au lieu de l’élever vers la Providence en qui il devait trouver succès et bonheur. Or l’individu, nous l’avons vu, ne sympathise avec la Volonté Totale que par l’altruisme et il ne la connaît que par l’lntel ligcnce. La seule puissance saine et durable est donc celle qui s’appuie à la fois sur ces trois bases: Volonté, Intelligence et Charité.
Là est la clef de la Magie à laquelle nous pouvons revenir à présent. * «ï’t En nous rappelant la définition essentielle de la Magie, à savoir l’exercice d’un pouvoir naturel, mais supérieur aux forces de la nature (physiques et ter restres), nous pouvons distinguer immédiatement deux sortes de magie dans les actions humaines.
Celle qui est subzie,où l’homme reçoit passivement l’influx de ces forces supérieures, et celle qui est voulue, où l’homme s’empare activement de ces forces pour les mettre en jeu. “Dans la première catégorie, que nous avons dési gnée au début sous le nom de magie naturelle, sont compris tous les actes instinctifs, passionnels; ou, encore, la passivité médianimique et celle du sen— sitif magnétisable.
C’est la catégorie de beaucoup «la plus fréquente; elle ne procure qu’une puissance incertaine, passagère et même dangereuse; elle cor— respond à la phase instinctive, à l’enfance de l’âme. Dans la seconde catégorie se trouve tout un ensemble de génies producteurs, législateurs, généraux, savants,
128 L’INITIATION philosophes, etc., et les magiciens proprement dits, blancs ou noirs. Car, dans cette classe, il est encore une distinction essentielle. » La Volonté d’user des forces supérieures peut suf— fire à les mettre en jeu dans une certaine mesure par— fois très large, mais, comme nous venons de le remarquer tout à l’heure, elle n’emporte ni le désir ni la capacité d’assentir à la Volonté totale.
Elle s’al— lie même assez bien à la prétention de s’affranchir de la Providence, et de dominer le Destin.
Dans ce cas, la Volonté se met au service de l’individu égoïste, en bravant la force universelle; la magie volontaire fait alliance avec la magie naturelle, pour s’appuyer sur l’ambition et l’égoïsme, et ce mélange monstrueux engendre la magie noire: puissance aussi effective que funeste au malheureux qui l’usurpe ; il peut alors compromettre son avenir jusqu’au—delà de la Mort, jusqu’à la désintégration au moins partielle de son individualité.
C’est ce que la religion chrétienne nous représente dans la Chute de Satan, l’Ange rebelle que sa révolte replonge au fond des ténèbres, dans ces régions inférieures (infernales) où son Uniz‘ë céleste se dissout en Légions. - En résumé, l’action magique qui nous occupe spé— cialement comporte trois facteurs essentiels : 1° La Volonté sans laquelle il n’y a que cette magie naturelle, instinctive, primitive, de laquelle l’occultiste ne demande qu’à s’affranchir; 2° La Science sans laquelle la Volonté se perd au milieu des forces qu’elle entend mettre en jeu; 3° L’Altruisme, l’Amour, sans lequel la magie se i. ———u— ...|-—u q u-=s«s.«|À t ..
LE GARDIEN DU SEUIL 129 replie sur elle-même condamnée, pour ainsi dire, par le Destin inexorable, à se consumer par ses propres efforts. L’absence de l’un de ces trois facteurs expose à des ’ dangers variables l’imprudent qui prétend se passer de leur harmonie. Aucun d’eux ne peut suppléer aux autres; chacun a son effet spécial, mais il est aisé de voir que le plùs important est encore l’Amour (la Fraternité), parce que son défaut peut entraîner des conséquences irrémédiables. Mais nous allons mieux voir ces conséquences en nous arrêtant aux effets spéciaux de chacun de ces trois facteurs sur les astres magiques, pour expliquer comment leur défaillance engendre ce spectre redou table au Néophyte que nous voyons nommé dans Zanoni : Le Gardien du Seuil! F.-CH. BARLET. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ä.rs =Iîsusrqsrs r@ntass LE MARTYR ETIENNE I ËE ne fut pas sans une émotion profonde que je découvris cette année une charte authentique du XI" siècle, de la main d’un des martyrs de la Gnose, en 1022, le chancelier épiscopal Etienne. Oui, de sa main, comme l’atteste cette suscrip tion: STEPHANUS CANCELLARIUS scan>srr: Etienne, cham celier, l’écrivit! ' Précieuse, unique dépouille du chef de la Gnose Française! Incomparable et rare monument! Inap— préciable relique! Tant d’églises montrent avec orgueil les ossements des saints, des saints catho liques, des saints Romains, que nous pouvons bien, nous, arborer, vénérer, avec un enthousiasme légi time, les caractères respectés par le Temps que traça ‘:‘M‘-“-‘-‘mt e a « L a—— » -« - « —
LES GNOSTIQUES D’ORLÉANS 13 I W”-“"‘" * l’auguste main de la victime du féroce successeur de Hugues-Capet et des évêques du synode d’0rléans, ses complices. Il La charte est datée du mois de février, l’an 29 du roi Robert. Le roi Robert a daté ses diplômes en comptant de trois manières différentes les années de son règne.
D’abord, il a compté à partir de son sacre à Orléans, 25 décembre 987, puis, à partir de la captivité du carolingien Karl de Lorraine, 29 mars 991 ; enfin, à partir de la mort de Hugues-Capet , 24 octobre 996 (1) C’est d’après le premier de ces systèmes qu’est daté notre précieux monument. Le mois de février de la vingt—neuvième année correspond, dans ce système, au mois de février 1017, nouveau style.
En cette année 1017, le siège épiscopal d’0rléans était occupé par un prélat auquel les hagiographes cathbliques donnent le nom de saint Thierry II. Il avait été sacré en 1016, par l’archevêque de Sens, Leotheric. Etienne, notre bienheureux, fut choisi par lui pour chancelier. Ce titre conférait au chancelier le droit de valider les actes épiscopaux. Quelquefois, — c’est ici le cas — il écrivait l’acte de sa propre main.
La formule scrz'psz’t attestait alors cette particulière intervention. (r) Ms. Ch. Pt‘ister, Études sur le règne de Robert le Pieux. Paris, V1eweg, 1885, p. x1.u.
1 32 L’INITIATION La formule subscripsit indiquait seulement le visa. Voici le calque de la signature vénérable. je!) 2ÆWËwaîfimyfiâ III Le diplôme écrit de la main du martyr est revêtu de la signature autographe de l’évêque: S. Teho— derici epi; c’est—à-dire: Seing de Thierry, évêque.
Il porte en outre les signa du doyen de Sainte-Croix, Rotdulf; de l’abbé de Saint-Avit, Irfrid ; de l’archidiacre Tedduin, de l’archidiacre Gautier de Tedelm, clerc et prévôt épiscopal; de l’archidiacre Letald et du sous—chantre Guarin. En lui—même, ce vénérable monument n’a qu’une importance domaniale.
Thierry Il fait savoir que les moines de Saint—Mesmin de Micy lui ont demandé la concession, sous conditions censuelles, d’une vigne située dans son bénéfice de SaintPryvé, près d’Or léans. Cette vigne existe encore aujourd’hui au lieu dit Villaz'ne — in loco qui dicitur Vz'llena— à côté de l’église paroissiale, non loin de la grande route.
Mais si l’objet de l’acte ne lui donne pas d’autre prix que celui qui s’attache à une transaction féodale, sa forme le met au-dessus des documents les plus p‘ré cieux, puisque le docteur gnostique d’0rléans, le martyr du bûcher de 1022, en a touché le parchemin écrit le texte et consacré la valeur. .... ...... L—‘amflman:
LES GNOSTIQUES DbRLÉANS 133 / La charte mesure cinq centimètres de large sur vingt-cinq de long. Elle est rayée à la pointe sèche. IV Rappelons maintenant, pour attirer sur la sainte relique la vénération de nos frères Gnostiques , l’histoire de la passion de ceux qu’on nommévulgai rement les Manichéens d’Orléans.
La doctrines des Basilide, des Valentin et des Marcion, la ouosr: reparut dans notre Occident, vers la fin du xe siècle et y comptait de nombreux adeptes dès les premières années du XI”. Deux opinions se font jour sur le mode de sa pro pagation. Les uns avec Muratori, MM. Schmidt, Matter, etc., lui attribuent une origine gréco—slave et lui font tra verser la Thrace, la Dalmatie, l’Italie, le Midi de la France.
Les autres, et c’est l’opinion de M. Pfister, la con— duisent du nord au midi. C’est affaire de discussion érudite. Toujours est-il qu’elle se propagea dans les écoles et se répandit dans le peuple. Toujours eSt-il que la Francz‘a ., la France des Capétiens, lui servit d’asile et que la cité d’Orléans devint son centre d’action.
Raoul Glaber, chroniqueur de ces âges reculés, Adhémar de Chabannes, les actes du synode d’Or— léans, le cartulaire de Saint-Père de Chartres, la lettre de Jean, moine de Fleury à l’évêque de Vich, nous
I 34 L’INITIATION .. . 1.“, _.r.r-r.,:‘,“ permettent d’exposer brièvement les faits de cette étonnante résurrection gnostique dans le domaine patrimonial des Capets. V Les Gnostiques Pauliciens, puis les Euchites, per— sécutés par les empereurs de Bysance, avaient été refoulés sur l’Occident. Sous le nom de Cathares, de Manichéens, d’Enthousiastes, il avaient formé des communautés secrètes dans le Nord et dans le Midi de l’Europe.
Au commencement du XI" siècle, une femme d’une rare beauté et d’une haute intelligence, d’origine salve, ou gréco—slave, chassée d’Italie où elle exerçait l’apostolat de la GNOSE, vint à Orléans où son prestige réunit autour d’elle, dans des assem blées secrètes, les plus pieux et les plus instruits des membres du clergé épiscopal.
Un homme qui mourut avant 1017 en odeur des sainteté et sur la tombe duquel se firent des miracles, le chantre de Sainte-Croix, l’illustre Théodat, adopta' ses doctrines.
Héribert, écolâtre de Saint-Pierre le Puellier, Lisois, Foucher, Etienne, chancelier de l’évêque d’Orléans, des clercs, des religieuses de de Notre—Dame de Bonne—Nouvelle, des femmes, des hommes éminents reçurent de la belle sainte le con— solamenlum, l’imposition des mains et la doctrine.
Longtemps, l’église gnostique se réunit en secret, tantôt chez ces ecclésiastiques, tantôt dans les carrières de Saint-Vincent, tantôt dans les caves du quartier du Châtelet.
LES GNOSTIQUES D’ORLEANS I35 Officiellement les adeptes suivaient le culte romain et vaquaient à leurs affaires. Théodat siégeait dans sa stalle à la Basilique. Héribert enseignait daus son école. Etienne avait même dirigé la conscience de la reine Constancia, femme de Robert. Lisois occupait la chaire de la grande école d’Orléans. La belle Sainte mourut. Théodat la suivit de près.
On l’inhuma dans la cathédrale et le peuple l’hono rait comme un saint. VI Qu’enseignait la femme Apôtre? La GNOSE. La doctrine des Eons, telle que la renferme le Nouveau Testament dans son enveloppe exotérique, telle que la prêchaient saint Paul et saint Jean, telle que le génie de Basilide, l’éloquence harmonieuse de Valentin, la belle parole de Marcias l’avaient ensei gnée, telle que Sergius et Basilius l’avaient redite après eux.
Dieu, principe absolu, source du Bien, de qui tout émane. L’Eon Iahveh, égaré loin du plérôme sacré, créant le monde matériel d’où sort le mal, la douleur, kla mort, le péché. Elle enseignait la défunte l’Eon Jésus pour racheter ce pauvre monde. Il devait ramener à son père, à Dieu, à l’ABIME, les Purs, les Elus, les Pneumatiques, ceux que rem— plissait le Saint—Esprit.
I 36 L’INITIATION Elle condamnait le baptême d’eau, la présence réelle, l’efficacité des œuvres, la hiérarchie, les secondes noces, les sacrements. Elle voulait rétablir le culte en esprit et en vérité. ’ « Voilà quelle est notre loi, s’écriait—elle, quitter le monde, dompter la chair, vivre de travail, ne léser personne, aimer son prochain. Si nous observons cette loi, il n’est pas besoin de baptême.
Si nous la violons, aucun baptême ne nous sauvera! » VII Après la mort de Théodat, Etienne était devenu le chefincontesté et le docteur de la GNOSE. Sa sainteté, sa science, sa bienfaisance étaient renommées dans tout le diocèse. La Doctrine se répandait comme un fleuve. Les âmes éprises d’idéal s’y désaltéraient. Soudain la tempête agîta ces eaux calmes et prô fondes.
' Un clerc aux gages d’un chevalier normand, baron du duc Richard, était venu à Orléans s’asseoir sur les bancs célèbres de l’École épiscopale. Etienne et Lisois remarquèrent*son intelligence, sa soif de savoir, sa candeur d’âme et l’admirent aux enseignements secrets de la GNOSE.
Quand ce clerc, nommé Héribert, revint chez son seigneur, il lui parla avec ardeur et foi vive de la céleste doctrine qu’il avait reçue dans le sein de l’École mystique. Le chevalier, le rude Aréfast, bien loin de goûter cette doctrine, dénonça au duc et au roi et l’enseignement et les Docteurs. Robert, ,. _a‘.r -. ‘« _ ..' r. .
LES GNOSTIQUES D’ORLÉANS 137 esprit étroit, cœur douteux, nature servile, tremblait devant le soupçon d’hérésie. Il regardait, de plus, tout dogme ésotérique comme un attentat contre son pou— voir. Il ordonna au chevalier de se rendre àOrléans, d’espionner les Hérétiques et de lui révéler leurs noms, se réservant de les livrer à sa barbare justice.
Aréfast partit, s’arrêta à Chartres et y reçut d’un chanoine de Notre-Dame. les instructions qui devaient l’aider à découvrir la secte et les sec taires. « Recommandezwous d’l—Iéribèrt, lui dit ce prêtre, Feignez d’être un Adepte.
F aitès—vous initier aux mystères, puis, pour la gloire de Dieu et le salut de cette couronne et de la sainte Église, dévoilez au Roi ce que vous aurez appris. » VIII Aréfast entra donc dans l’Église de la GNOSE, reçut l’imposition des mains, prit place aux assemblées, à la table des Frères, donna et reçut le baiser de paix. C’était vers la fin de l’an 1022.
Le roi Robert, qui suivait les opérations du traître, convoqua un synode de prélats et des barons. Là siè gèrent Odolric, évêque simoniaque d’Orléans; Léo theric et Gauzlin, archevêques de Sens et de Bourges; Francon et Warin, évêques de Paris et de Beauvais. Le 25 décembre, jour de Noël, les Gnostiques réunis dans la maison d’un des Frères, célèbraient la nais— sance spirituelle de l’Eon Christos dans les âmes des
138 L’INITIATION Pneumatiques; Aréfast priait et chantai' avec eux. Tout à coup la maison fut cernée par les soldats, les frères et les sœurs furent saisis, couvert de chaînes, conduits sans délai devant le Synode qui, sous la pré sidence du roi et de la reine, délibérait, dans le chœur de la cathédrale. Aréfast dénonça les Gnostiques. Warin, évêque de Beauvais, se leva pour combattre leurs doctrines.
Alors, le vénérable Etienne prononça ces paroles: « Taisez—vous, seigneur Évêque! Faites de 'nous ce qu’il vous plaira. Déjà —— et d’un regard inspiré et d’un geste sublime, il chercha la voûte du temple et le ciel qui brillait à travers les vitraux—déjà nous voyons notre Roi qui règne dans les Cieux. Il nous tend les bras. Il nous appelle a sa gloire. Il nous montre les joies invisibles! » IX Plus rudes que le fer!
C’est ainsi que les actes du Synode qualifient ces héros. Ils durent pendant neuf heures subir les interrogatoires, les outrages, les exhortations. Mais comme ils refusaient de renier la GNOSE, Robert fit dégrader les prêtres et les clercs, et les évêques pro— noncèrent sur eux la formule d’excommunication. Au dehors, la foule fanatique grondait.
Des cris de mort se faisaient entendre, et, pour cdntenir l’émeute, la reine C0nstance debout devant le portail romain, une canne à la main, entourée de courtisans, s’inter posait entre la basilique et le peuple affolé. ————.—-—-—-————.——..æ
LES GNOSTIQUES D’ORLÉANS 139 ,«._._ .— \....T__——Ë_- ...,_u. Vue-v. On avait dit à ce peuple que les hérétiques invo« quaient le diable, brûlaient les petits enfants, don— naient leurs cendres aux malades, et se livraient entre eux dans les ténèbres des assemblées à de mons trueux accouplements, où ni le sexe, ni l’âge, ni la parenté elle-même n’étaient respectés.
Quiconque a vu les foules excitées, quiconquea lu les excès de la Saint-Bathélemy, de la Ligue, des massacres de 1792 et de la Commune sait ce que l’on peut faire des bandes brutales, crédules et cruelles. Enfin, les portes s’ouvrent et le cortège apparut, salué par des clameurs homicides. Les soldats firent un rempart de fer aux condamnés.
Chose horrible! quand le bienheureux Etienne passa devant la reine, sa pénitente, l’altière et détes table Constance le frappa au visage de sa canne et creva l’œil du martyr. -".‘ X La sinistre procession d’évêques, de courtisans, de prêtres, de soldats entourant les victimes traversa les flots houleux de la multitude, se dirigeant vers la royale prison du Châtelet. On y enferma les Gnostiques.
Cependant, un bûcher colossal avait été dressé à l’une des portes de la cité, probablement la porte Bourgogne. 1 Le 28 décembre, fête des Saints—Innocents, le pieux bourreau choisit parmi les prisonniers les chefs, les docteurs, les clercs, les laïques les plus éminents, les
140 L’INITIATION femmes les plus dévouées et les fit conduireà la mort épouvantable de la combustion. Ces saints et ces saintes montrèrent une joie céleste. Ils se disputaientà qui ferait partie de la phalange élue pour le trépas. D’eux-mêmes,dit le chroniqueur, ils se présentaient aux bourreaux. Le roi en avait pris quatorze, réservant les autres àl’in-pace, à la lente et douloureuse agonie du cachot. Sur ces quatorze, il y en eut un qui abjura.
Les autres entrèrent en chantant dans les flammes. Du sein du brasier, Etienne cria qu’il ne sentait aucune douleur. Les miracles se renouve— laient pour ces martyrs. Comme le diacre Laurent, ils se voyaient sur un lit de roses. Comme les trois hébreux, ils chantaient dans la fournaise. Leurs voix s’éteignirent dans les flammes, les uns après les autres. Robert avait tué la GNOSE, pensait—il. Cependant, la Guose n’était pas morte.
En 1023, ellemeparaissait à Limoges. En 1025, elle renaissait à Arras. Un peu plus tard à Liège. En 1200, elle fondait une église à Bardy près de Pithiviers. L’atroce Robert le premier en France avait inventé le bûcher comme punition des hérétiques. Julien Haves l’a prouvé dans un savant mémoire. Depuis lors, le bûcher ne chôma plus.
Le roi abominable que l’Histoire menteuse sur— nomme le Pieux était si fier de sa criminelle inven tion, qu’en cette même année 1022, il datait ainsi l’un de ses diplômes: «Actum Aurelianis, publice, anne Incarnationis
LE CONGRES DE BÊTISES 141 M. XXII... quando STEPHANUS HERESIARCOS et complices ejus damnati et arsi sunt Aurelianis », —— C’est—à-dire: « Donné à Orléans, publiquement l’an 1022 de l’Incarnation, quand l’HÉRÊSIARQUE ÊTIENNE et ses complices, furent condamnés et brûlés! » Remarquons ce mot « Heresiarcos », —— prince des Hérétiques ! Il est précieux. Il indique que notre bienheu reux martyr était le chef et le docteur de la GNOSE.
Heureux qui croit, qui aime et qui enseigne comme lui ! Plus heureux qui sait, comme lui, souffrir et mourir pour la Foi ! la GNOSE sainte ! Que la date du 28 décembre devienne sacrée pour vous tous, mes frères et mes sœurs Initiés.
JULES STANY DOINEL. är «fleuris DE }%ÊTISES (ÉTUDE PHILOSOPHIQUE) (I) EXCELLENCE, E congrès des bêtises, toutes sections réunies, _,après avoir entendu et discuté le rapport du (n) Extrait du charmant livre de Engène Nus: Nos Délires (Dentu, éditeur.)
142 L’INITIATION _ . M _") comité des absurdités cosmopolites, a l’honneur de vous faire part du résultat de ses travaux. La grande sottise des peuples provient généralement de l’insuffisance intellectuelle et morale de ceux qui les gouvernent. Cette vérité fondamentale est établie d’une manière irréfutable par des documents de la plus haute antiquité.
Sans remonter à l’origine des sociétés qui se perd dans la nuit des âges, on peut conclure des faits con nus qu’à part de rares exceptions, le gouvernement a toujours appartenu à ceux qui eurent le pouvoir de s’en emparer, c’est—à—dire aux plus grands tueurs d’hommes et aux plus effrontés pillards.
Ces aptitudes ne permettant pas à leurs possesseurs d’inculquer aux populations qu’ils gouvernaient d’autres sentiments que ceux du meurtre et de la rapine, conformément à cette loi reconnue par toutes les écoles philosophiques : -— nul ne peut donner que ce qu’il a, -— ils se livrèrent exclusivement, chacun dans sa contrée, à la fabrica tion de héros semblables à eux—mêmes. et, pour utili— ser ce produit propre surtout à l’exportation, ils s’appliquèrent à vivre le plus possible en mauvaise intelligence avec leurs voisins.
L’élevage des héros demandant des soins tout par— ticuliers dès la plus tendre jeunesse, il fut enjoint aux parents de donner à leurs enfants mâles de petits guerriers de plomb, de petits sabres, de petits plumets et de petites culottes de soldat. On y adjoignit des petits fusils et des petits canons, quand la poudre fut inventée. Les maîtres d’école reçurent l’ordre d’ensei gner aux jeunes élèves que leur devoir le plus .sacré. ' . s .. , I “Il—'— . nui—i —‘.4I- a.-æa_;'«x 1
LE CONGRES DE BÊTISES 143 était de tomber à plate couture sur les peuplades limi trophes, chaque fois qu’ils en trouveraient l’occasion, en ayant soin, autant que possible, de donner la pré férence aux plus faibles.
Les historiens furent invités à établir par doit et avoir, pour les générations futures, le compte des coups donnés et reçus par leurs pères, afin d’exciter l’émulation du dernier descendant et de perpétuer le souvenir irritant des taloches distribuées aux ancêtres avec tous les accessoires usités en pareil cas.
Enfin, pour convaincre chaque nation qu’elle était parfaitement en droit de saccager, de piller, de violer et d’exterminer toutes les autres, ses organes les plus accrédités lui répétèrent à l’envi qu’elle était le sel de la terre, la quintessence de son espèce, et qu’au delà du fleuve ou de la montagne qui lui servait de frontière, les habitants du globe n’étaient pas dignes de délier les cordons de ses brodequins.
Les religions vinrent brocher sur le tout, en super posant à ces sentiments purement humains l’autorité de la parole divine. Chaque peuple eut son bon Dieu particulier, bon pour lui seul et mauvais pour les autres.
Quand les gouvernements ne trouvaient abso lument aucune raison de se brouiller, c’étaient les dieux qui se chamaillaient, et les adeptes de tel ou tel culte se mettaient pieusement en devoir de dévaster, piller, violer et massacrer les partisans des dogmes voisins, de la même façon exactement que s’il se fût agi des choses terrestres.
Le pouvoir religieux vint ainsi compléter l’œuvre du pouvoir laïque, mariant l’héroïsme sacré à l’héroïsme profane. Souvent même les deux n’en firent qu’un, les prêtres se faisant rois
' ' '*"'**flfl I t44. L’INITIATION ou les rois se faisant prêtres, et distribuantà leurs sujets, concurremment avec les petits sabres, les petits plumets et les petites culottes, de petits bons dieux en or, en argent, en ivoire, en os, en bois ou en terre cuite destinés à semer la zizanie entre les peuples, et à entretenir dans les âmes le feu sacré de l’aversion réciproque, du glorieux carnage et de la sainte dévas— tation.
Il est juste de dire que les plus célèbres répu bliques n’agirent pas autrement que les monarchies, et, quand une religion d’amour et de paix eut enfin été prêchée aux hommes, ce fut la même chose entiè rement. ’ On comprend qu’à la suite des âges et de la longue transmission des facultés héréditaires, ces aptitudes, que nous appellerons de combativité, pour leur don— ner un nom décent, aient pris une telle place dans l’organisme humain, qu’elles soient devenues, en quelque sorte, le cachet de sa véritable nature.
Une grande indulgence doit donc être acquise à tous les fôrcenés, quels qu’ils puissent être, prêtres ou laïques, gouvernés ou gouvernants, qui ne songent encore aujourd’hui qu’à l’emploi des moyens furieux pour faire triompher leurs intérêts, leurs principes ou leurs ,chimères, et l’on ne saurait s’étonner de cette déclara tion faite naguère à une tribune chrétienne par le plus âgé des capitaines de nos jours : que le sabre est le plus bel ornement de l’homme, le canon la meilleure des raisons imaginables, l’art de tuer le seul qui cor— responde aux nobles aspirations de l’âme, et que la suprême honnêteté consiste à prendre les provinces et les pendules de son prochain.
LE CONGRÈS DE BÊTISES 145 Le congrès des bêtises, - tout en constatant que ces aberrations étaient inévitables, vu les fâcheux antécé« dents du genre humain, estime toutefois qu’il serait temps d’y mettre un terme. Depuis l’invention des caisses d’épargne, les peuples commencent à comprendre que deux et deux font quatre et que, deux ôtés de quatre, il ne reste que deux.
Ils ont fini par s’apercevoir que la poudre s’en va en fumée, et que tous ces gaillards qui piétinent sur les récoltes en se tirant des coups de fusil, seraient plus utiles aux biens de la terre, s’ils aidaient à faire les semailles et à ramasser la moisson. Le paysan, devenu propriétaire, tient à cueillir ses épinards lui même, et à n’en plus éparpiller la graine sur les épaules des officiers supérieurs.
Les temps semblent donc venus, quoique les vieux guerriers puissent dire, d’extirper enfin pour toujours des diverses con— stitutions nationales ce virus rabique du sang et cette âcreté des humeurs transmis par les aïeux. , Le congrès estime qu’il suffirait pour cela d’un simple comptable possédant les notions de l’arithmé— tique courante.
Il s’agirait d’étaler clairement aux yeux des populations le budget de leurs recettes et de leurs dépenses; d’établir pour les plus glorieuses le prix de revient d’une victoire, et de calculer le nombre de secs de charrue et autres ustensiles de première nécesc sité qu’on pourrait construire à bas prix, en envoyant à la forge nos millions de sabres, d’épées, de baïon— nettes et de canons de fusil.
Les bureaux de la guerre de toutes les contrées réunies pourraient faire aisé. ment ce calcul. Ceux des travaux publics, de l’agri.
146 L’INITIATION culture et des diverses branches de l’enseignement , populaire, détermineraient, non moins facilement, le nombre de routes, de canaux, de défrichements et d’écoles, dont l’Europe pourrait se couvrir peu à peu, avec les quatorze milliards et demi que l’Etat, dit de paix armée, coûte annuellement à cette partie du monde, et les savants de tous les pays, n’usant plus leurs veilles à inventer tour à tour des blindages contre les boulets et des boulets contre les blindages, chercheraient quelque chose de mieux que ces décou— vertes de Pénélope, et finiraient par employer à des ouvrages sérieux les fonderies des gouvernements.
Telles sont, Excellence, les humbles réflexions que le Congrès des bêtises a l’honneur de vous soumettre sur le point des aberrations communes à toutes les contrées qu’il lui a paru d’abord urgent de signaler aux puissances. D’autres sottises également générales, mais qui n’ont pas l’importance de celle-là, dont elles dérivent du reste presque toutes, feront l’objet de nos délibérations ultérieures. Daignez, Excellence, agréer, etc. Le Comité supérieur. (Suivent les signatures... illisibles.) EUGENE Nus.
ENCORE LA CROIX ANSÉE 147 .wv‘ ENG@RE LA GR@lll ANSÊE gît: viens de lire un article signé JULIUS, à propos Q, d’une courte note quej’ai publiée dans le n° 1q,'de l’Iniliation sur la Croix anse’e; ma note avait deux pages, l’article à son sujet en a huit (1).
J’avoue, que malgré les titres de savant et d’érudit, que me décerne bien gratuitement l’auteur de l’ar ticle en question, n’avoir rien compris, ou du moins n’avoir pas bien saisi dans quel but a été écrit le sus dit article, qui n’est ni chair, nipoz‘sson. Je n’insiste pas du reste, et je ne retiens qu’une question qui est formellement posée et à laquelle je réponds avec empressement.
La question est celle-ci : « Quels sont les textes authentiques, figures hiéro— glyphiques ou gravures antiques sur lesquels on peut s’appuyer pour affirmer que ce n’est jamais un cercle parfait qu’on voit dans les croix construites d’après la véritable tradition ? » Voici une question nettement posée; ma réponse. sera aussi claire, aussi catégorique.
Je me suis appuyé sur tous les monuments origi— naux, bâtis, figurés, gravés, intaillés, sculptés, écrits, et autres. Car tous les monuments égyptiens depuis le colosse jusqu’au plus petit amulette, portent à peu (1) N° 1, 5- vol., 2° année, octobre 1889.
r48 L’INITIATION d’exceptions près des hiéroglyphes, il nous est donc facile d’y étudier notre croix reproduite.
Dans ma courte note, je n’avais mentionné aucun exemple parce qu’il en existe des milliers, de sorte que je dirai à M. Julius, qu’il ne doit jamais avoir vu un monument égyptien ou seulement ouvert un livre contenant des textes authentiques, des figures hiéro glyphiques, des gravures ou des papyrus; sans cela, il aurait vu que les mots vie, vif, vivant, vivifier, vivi— ficateur, sont toujours représentés par le caractère en question, c’e‘st-à-dire par la croix faussement dénom mée ansée suivant moi. — Voilà pourquoi je n’ai pas cité un seul texte, un seul monument figuré. -— Si la croix en question était un caractère rare, je n’aurais pas manqué de renvoyer le lecteur à un exemple; mais quand on dit que deux et deux font quatre, il me semble qu’il n’est pas nécessaire de le prouver. - Cependant aujourd’hui je vais répondre à la de mande indirecte qui m’est faite.
Je ne suis embarrassé que par l’énorme quantité que j’ai sous les yeux, car en ce moment je prépare une étude sur les écritures égyptiennes, travail qui sera, je crois, fort curieux, surtout si la revue se décidait à y insérer quelques gravures. - Mais j’arrive à mes auteurs, et je dis qu’on peut voir des croix testicule’es dans les représentations de Rhamsès le Grand, dans celles d’Amon-Ra, de Phtha (Dieu vivant) et dans celles de Phré (le dieu soleil), dans celle de Ohi, fils aîné de la déesse Hathôr; devant le bœuf Apis, qui dans les inscriptions peintes
ENCORE LA CROIX ANSÉE 14.9 ymw‘n'mr-r n ' ' n«-—. ou intaillées a souvent devant lui le caractère vie (la croix en question). Cette même forme ovoïde qui surmonte la croix se voit aussi parfaitement caractérisée au temple de Dakké, à la porte du Sécos d’Ergamènes; sur laquelle porte on lit: « lsis la vivificatrice, dame de l’aba tou », c’est ce mot de uwificatrice, en copte Ta'nho, qui est écrit au moyen d’un triangle isocèle et de notre croix.
Dans la dédicace du Propylon de N ectanébo à Phile engagé entre les deux massifs du dernier pylône, on lit : Grand Propylon dédié à la Déesse lsis, vivifi catrice par le fils du soleil Nectanébo, en sus des constructions (sous-entendu, qu’il a fait exécuter au temple même de la déesse).
Ici nouvelle preuve encore, ainsi que dans la gale rie Est du Palais à Meïamour (Medinet-Abou), on y lit ces paroles : « La durée de sa vie sur le monde ter— restre... » paroles des Dieux de la part d’Ammon Ra. Le nom propre d’homme écrit en copte Ponh porte dans ses caractères égyptiens la croix, parce que ce nom signifie vivant; dans notre langue ce terme de vivant est également un nompropre.
' Le nom copte Saneboukh, qui signifie attaché au seigneur vivant, a également en égyptien une croix. Dans un fragment de canon des dynasties égyp tiennes relatées dans le papyrus du musée de Turin, on y voit très bien le même caractère dans ce cartouche de Rhamsês; un“ cartouche de Phré, quand il est
3 I 50 L’INITIATION nommé Sldblltl8ttï‘ de justice, porte également le même signe. Dans le grand papyrus publié par Denon on y lit : « Ton âme vit auprès d’Ammon et ton corps rajeu— nit auprès d’Osiris. » Le mot vit est également une croix testiculée. Dans le manuscrit funéraire de Teutamona, cabinet des antiques à la Bibliothèque nationale, on lit : « les âmes vivantes, etc. ».
Ce dernier mot est formé par notre même signe. , Enfin, on rencontre fréquemment dans les inscrip tions monumentales le nom du roi fondateur del’édî— fice et comme il la crée, lui a donné pour ainsi dire la vie, le nom du roi est suivi de notre croix; exemple : Rhamesseum de Rhamsès le Grand, Rhamesseum de Maïamoum, palais de Thèbes, nommé aujourd’hui (Médinet—Abou), etc., etc., car il faut bien m’arrêter; je pourrais écrire un gros volume rien qu’en citant des croix_ testz’culées; j’ajoute, qu’il n’est pas possible d’ouvrir un ouvrage égyptien, de voir des inscriptions égyptiennes, de dérouler un papyrus quelconque sans retrouver toujours et constamment notre croix ; et jamais, jamais la figure_qui surmonte les bras de la croix n’est un cercle; tandis que dans l’écriture hiéro glyphique, chaque fois qu’un homme est représenté à petite échelle, sa tête est complètement ronde, c’est une boule, elle ne présente la forme ovale que quand la tête à plus grande échelle montre les détails de la figure : yeux, bouche, nez, coiffure.
Je termine ici, en disant que l’on trouve aussi très souvent une croix plantée sur une forme ovoïde qui - - --*- "a“.«vts‘çw’x‘væf u - v " ' «
LE DHAMMAPADA i 5 1 mm}- >—--un:I—I._... v ve. , affecte souvent la forme d’un coeur; ce caractère signi fie alors : bon, beau, bienfaisant, grand, gracieux suivant le terme qu’il accompagne (1). J. MARCUS DE VÈZE. LE DEAMMAPADA } VERS ACCOUPLÉS Ëms la nature propre des êtres, le sens interne L; tient la première place, le sens interne est ce qu’il y a de plus éminent, le sens interne les fait ce qu’ils sont.
Quiconque parle ou agit avec un sens interne corrompu, e celui-là, la douleur le suit, comme la roue suit le pied de l’animal qui traîne (le chariot). 2. Dans la nature propre des êtres, le sens interne tient la première place, le sens interne est ce qu’il y a de plus éminent, le sens interne les fait ce qu’ils sont. Quiconque parle et agit avec un sens interne purifié, —— celui-là, le bonheur le suit, ainsi qu’une ombre inséparable. 3.
« On m’a injurié, on m’a frappé, on m’a terrassé, (1) Nous sommes heureux d'aVoir pu fournir à notre savant collabo— rateur l‘occasion de montrer une fois de plus sa connaissance si profonde de I‘Egyptologie. Cependant, comme nous désirons éviter toute olé-— inique, nous considérons cet incident comme clos par cet article. ous attendons avec impatience le travail promis, assurant d’avance que les gravures seront insérées. (N. de la R.)
I 5 2 - L’INITIATION on m’a dépouillé! » —— Ceux qui se laissent aller à parler ainsi ne cessent point de haïr. 4. « On m’a injurié, on m’a frappé, on m’a terrassé, on m’a dépouillé! » — Ceux qui ne se laissent pas aller à parler ainsi, cessent de haïr. 5. « Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement la haine, mais bien l’absence de haine. » —— Voilà un axiome vieux comme le monde. 6.
Les uns ne connaissent point ce précepte : « Con— tentons-nous ici-bas. » —— Ceux qui le connaissent n’ont plus alors de différends (avec personne). 7. Celui qui a seulement le plaisir en vue, qui vit dans l’incontinence des sens, qui jouit sans mesure, ce lâche dépourvu de toute énergie, Mâra vient à bout de lui, aussi facilement que le vent d’un arbre fragile. v 8.
Celui qui n’a pas seulementle plaisir en vue, qui ‘vit dans la continence des sens, qui jouit avec mesure, se croyant zélé et énergique, Mâra ne vient pas plus à bout de lui que le vent d’une montagne rocheuse. 9. Celui qui, sans s’être purifié, revêtira le vêtement de pureté jaune orangé (I), — celui-là, étranger à la continence et à la vérité, n’est pas digne du vêtement jaune orangé. 10.
Celui qui s’est purifié, qui est doué de tOutes les vertus, et familier avec la continence et la vérité, — celui-là est digne du vêtement jaune orangé. 1 1. Ceux qui, dans ce qui n’est pas l’essence, voient (I) Le manteau jaune du Bhixu.
LE DHAMMAPADA 153 W '1' ! Ï l’essence, et, dans ce qui est l’essence ne voient pas l’essence, —— ceux-là s’abandonnent à d’illégitimes aspirations et n’atteignent point à l’essence. 12. Ceux qui, dans ce qui est l’essence, voient l’essence, et, dans ce qui n’est pas l’essence ne voient pas l’essence, —- ceux-là s’abandonnent à de légi times aspirations et atteignent à l’essence. I3.
De même que, dans une maison dont la cou— verture est mauvaise, pénètre la pluie. de même dans un esprit où la méditation n’habite point, pénètre la passion. ' 14. De même que, dans une maison dont la cou verture est bonne, ne pénètre point la pluie, de même dans un esprit où la méditation habite, ne pénètre point la passion. V 15. Ici-bas, comme après sa mort, dans les deux cas, le méchant s’afflige.
Il s’afflige, il est tourmenté à la vue de la perversité de ses actions. 16. Ici—bas, comme après sa mort, dans les deux cas, l’homme de bien se réjouit. Il se réjouit, il est heureux, à la vue de la pureté de ses actions. I7. Ici—bas, comme après sa mort, dans les deux cas, le méchant se désole. « J’ai fait le mal » dit-il en se désolant. Plus grande encore est sa désolation à mesure qu’il avance dans la voie mauvaise. 18.
Ici—bas, comme après sa mort, dans les deux cas, l’homme de bien se réjouit. « J’ai fait le bien, » dit—il en se réjouissant. Plus grande encore est sa joie à mesure qu’il avance dans la bonne voie. Ig. Quand même il serait en état de réciter nombre de textes sacrés, l’étourdi, qui n’agit point conformé—
154 L’INITIATION “‘ MW ment à ces textes, ressemble au vacher comptant les vaches d’autrui, et ne fait point partie de IaCom— munauté. 20.
Quand même il ne serait en état de réciter que peu de textes sacrés, celui qui agit conformément à la loi, qui s’est débarrassé de la passion, de la haine et de l’agitation de l’esprit, qui, pourvu de la vraie science, la pensée complètement affranchie, est déta— chée de tout en ce monde et dans l’autre, — celui-là fait partie de la Communauté. LA VIGILANCE 21.
La vigilance est le chemin qui mène à l’affran— chissement de la mort, la négligence celui qui mène à la mort (1). Les hommes vigilants ne meurent pas, les négligents sont déjà comme des morts. 22. Ceux qui savent parfaitement cela, et qui ont appris à être vigilants, —— ceux-là se réjouissent de leur vigilance, en marchant avec bonheur sur les traces des Aryas (2). 23.
A l’aide de la méditation, de la persévérance et d’une infatigable énergie, les sages atteignent le Nirvâna, la béatitude suprême. 24.. L’homme actif, instruit, se conduisant avec pureté et réflexion, continent, vivant selon la Loi, et vigilant, répand un éclat de plus en plus vif. (1) « La mort n considérée comme l’affligeant prélude de la renais sance. » .S(12) Arya, le noble, le distingué, le religieux qui est dans la voie du a ut.
LE DHAMMAPADA 155 Tflfiï“.fl" .-. > H 25. Au moyen du zèle, de la vigilance, de la paix de l’âme et de l’empire sur soi-même, le sage peut se faire une île que les flots n’inondent pas. 26. Les sots, étourdis comme ils le sont, se laissent aller à la négligence. Le sage, au contraire, conserve la vigilance comme le plus précieux des trésors. 27. Ne vous abandonnez point à la négligence, ni à un commerce quelconque avec l’amour et le plaisir.
La vigilance et la méditation procurent une grande félicité. 28. Lorsque, grâce à la vigilance, le savant a cessé d’être négligent, il s’élève alors jusqu’au séjour de la Science; et, de là, joyeux et sage, du même œil que celui qui est sur une montagne regarde ceux qui sont dans la plaine, il regarde la foule affligée et sotte. 29.
Vigilant au milieu des négligents, éveillé au milieu des endormis, l’homme intelligent marche, laissant les autres aussi loin derrière lui qu’un rapide coursier laisse un cheval débile. C’est grâce à la vigilance que Maghavan (Indra) (I) est arrivé au rang suprême parmi les dieux. La vigi— lance est préconisée, la négligence condamnée éter— nellement. ' 31.
Le Bhixu, qui se complaît dans la vigilance, qui voit le danger de la négligence, s’avance pareil au feu, brûlant ses liens, faibles ou forts. 32. Le Bhixu, qui se complaît dans la vigilance, qui voit le danger de la négligence, n’est pas. capable de manquer jamais à la sainteté, mais est près d’at— teindre le Nirvâna. _(I) Indra, le feu céleste, par opposition à Agni, le feu terrestre.
I 56 L’INITIATION LA PENSEE 33. A sa pensée vacillante, mobile, difficile à con tenir, difficileà maîtriser, l’homme intelligent impose la même rectitude qu’un faiseur de flèche à une flèche. 34. Ainsi que le poisson jeté sur le sol, loin de son séjour habituel, cette pensée s’agite convulsive ment pour se soustraire à la domination de Mâra‘(I). 35. La pensée est diflicile à contenir, légère, cou rant Où il lui plaît.
La dompter est chose salutaire; domptée, elle procure le bonheur. ’ 36. La pensée est difficile à découvrir, très adroite, courant Où il lui plaît. Que le sage la surveillle; surveillée, elle procure le bonheur. 37. Vagabonde, solitaire et, incorporelle, la pensée habite les replis de l’être. Ceux qui la contiendront seront délivrés des liens de Mâra. 38.
Celui dontla pensée n’a pas de fixité, qui ignore la vraie Loi, dont la sérénité est trouble, — celui-là n’arrive pas à la plénitude de la science. 39. Celui dont la pensée ne se répand point de côté et d’autre, dont l’esprit n’est point tourmenté, qui se soucie aussi peu du bien que du mal, — pour celui-là, il n’y a point de crainte à avoir, car il veille. 40.
Celui qui sait que ce corps est semblable à un vase d’argile, qui a fait de sa pensée une citadelle, — que celui—là,à l’aide des armes fournies par la science, soumette au joug Mâra. Qu’une fois sous le joug, il (I) Mâra, la mort, et par extension, le Péché, le Tentateur.
LE DHAMMAPADA 157 l’y maintienne, et qu’il n’ait plus désormais de domi— cile fixe (1). 41. Avant longtemps, ah ! ce corps sera gisant sur la terre, vil, inconscient, semblable à un morceau de bois qui n’est bon à rien. ' 42. Quelque mal réciproque qu’on puisse se faire entre gens qui se haïssent, entre ennemis, une pensée mal dirigée en ferait plus encore. Quelque bien que puissent se faire soit un père, soit une mère, soit d’autres parents, une pensée bien dirigée en ferait plus encore. FERNAND Hû. (Traduction directe. publication de la Société asiatique de Paris.) (I) C‘est-à—dire: qu'il embrasse la vie errante.
" ' PARTIE LITTÉRAIRE ÿ“;’;uxra DE film '1 Il y avait trois mois à peine que j’avais passé ma thèse et conquis enfin ce grade de docteur qui était toute l’ambition de ma jeunesse. Avec quelle joie j’avais écris à mon brave homme de père, avec quelle émotion j’avais ouvert la lettre m’apportant, avec ses félicitations chaleureuses, le billet de cinq cents francs qui allait permettre mon installation à Paris. Médecin à Paris! et vingt-sept ans! il faut avoir passé par ces illusions pour en comprendre toute la force, pour en déguiser toute la saveur. J’étais estimé de mes professeurs, j’avais subi mes examens dans des conditions exceptionnelles de succès; j’avais, en ces années d’étude, conquis quelques amis sûrs: n’est-il pas vrai que l’avenir devait m’apparaître radieux? Mes ressources étaient minces, il est vrai : je savais que mon père, petit cultivateurs de la Sarthe, s’était imposé un dur sacrifice en m’envoyant une petite 1
L’ÉLIXIR DE VIE 1 59 somme, et qu’il ne me fallait plus compter que sur moi-même. Mais j’avais foi en moi, en ma passion de travail, en la science qui est indulgente à qui l’aime sincèrement. Je me mis donc résolument à l’œuvre, prenant pour objectif prochain l’agrégation, que j’étais décidé à poursuivre, tout en commençant à pratiquer.
J’étais robuste, j’étais sobre; en résumé, je me trou vais en conditions excellentes, et je dois d’autant mieux le reconnaître qu’aujourd’hui je suis arrivé, et au delà, au but que je m’étais fixé. Ce serait coquetterie de ma part que d’insister sur la dureté des premiers temps, que je regrette peut être quelquefois, ces temps de jeunesse où paraît si bon le pain arrosé d’un verre d’eau.
En somme, j’étais, dès mes débuts, convenablement logé; grâce à ces fournisseurs complaisants — que quelques-uns appellent rageusement des créanciers — et qui furent en vérité mes bailleurs de fonds, puisque à qui n’a pas de capital, il faut bien, sous peine de mort que des avances soient faites, j’étais proprement meublé, confortablement vêtu, et, si j’économisais quelque peu sur la nourriture, en fait nul n’y prenait garde, tant j’avais bonne allure et saine physionomie.
Je ne dirai pas que les clients se portassent en foule chez moi : j’obéissais pourtantavec religion aux pres“ criptions volontaires que j’avais gravées à la fois, et dans ma conscience, et sur la plaque de cuivre clouée près de la porte cochère : « Docteur—médecin, con sultations de deux à cinq heures » —— la bonne mesure, comme on voit.
I 60 L’INITIATION Je n’étais guère dérangé dans mes travaux, et j’aurais pu, s’il m’avait plu, manquer parfois à la consigne que j’avais édictée. Mais j’avais le respect de la parole donnée, et aussi — jugez donc! — s’il était venu un client en mon absence !
J’avais même peine à sortir de chez moi avant six heures et. après un rapide et frugal repas, je me hâtais de rentrer, redou— tant toujours de laisser échapper l’occasion qui ne pouvait manquer de se présenter. Inutile de dire que je soignais d’ailleurs toute la maison en amateur. ..
Un soir de septembre, j’avais allumé ma lampe de bonne heure et je piochais avec acharnement, songeant au jour où il me serait donné de proclamer mes idées et mes théories du haut d’une chaire, quand je fus arraché à ma placidité par un violent coup de sonnette. Tressautant sur ma chaise, je me hâtai vers la porte et j’ouvris, tenant une lampe élevée pour exa miner le visage du visiteur.
C’était une dame vêtue de noir, mais dont l’extérieur ne présentait aucun des caractères romanesques qu’on pourrait supposer. Traits assez communs, quarante ans, de l’embonpoint. Elle pleurait. Je m’empressai de l’introduire dans mon « cabinet de consultation » et, avec une certaine loquacité, je me mis tout à sa disposition.
Mais je m’aperçus bientôt que la pauvre créature était dans un tel état d’agitation et que, de plus, elle avait monté mes quatre étages avec une telle hâte qu’il lui était impossible d’articuler une parole.
L’ÉLIXIR DE VIE . 161 WW Je n’étais pas encore assez vieux praticien pour ne! pas compatir aux faiblesses humaines, et je me mis en devoir de lui préparer un verre d’eau — avec du sucre, s’il vous plaît! — quand elle murmura : — Monsieur, je vous en prie... venez, venez tout de suite... Mon enfant... ' Un sanglot lui coupa la parole. Mais avait-elle besoin d’en dire plus? Elle avait besoin de mon mi nistère... et pour un enfant I...
J’ai toujours adoré ces petits êtres, et ç’a été une de mes plus poignantes douleurs de me sentir, au pied d’un berceau, impuissant et ignorant! Oh ! la méningite! quelle ennemie l... — Je suis à vos ordres, m’écriai-je en saisissant mon chapeau. Habitez—vous loin d’ici P ' -— Non, non ! la maison voisine... Pardonnez— moi d’être venue ici, mais justement c’était si près... J’aurais été mal venu à me blesser de cette excuse... inutile.
J’affirmai de nouveau que j’étais prêt à la suivre, et nous sortîmes. Marchant à côté de la dame, dans la rue, je l’inter rogeai au sujet de l’enfant. De quelle maladie était-il atteint? Depuis combien de temps P —- Elle se meurt, monsieur ! C’est une fille et qui, il y a six mois, était si fraîche, si forte, si belle I... -— Quel âge ? —- Dix ans. Voilà, monsieur, je suis veuve... je vis Seule avec ma fille.
Nous ne fréquentons personne, à l’exception de M. Vincent... — M. Vincent ? La pauvre femme crut—elle découvrir dans mon 6
I 62 L’INITIATION accent — et bien à tort certes — une intention soup çonneuse P Car elle ajouta vivement : -— Oh! un vieillard, monsieur, soixante... peut— être soixante-dix ans... mais si bon et qui aime tant ma Pauline l... Nous avions atteint la maison. Nous montâmes au deuxième étage et nous entrâmes. Le logis était propre, bien tenu. Un ordre parfait y régnait.
De la salle à manger, qui servait de pièce d’entrée, nous pénétrâmes dans la chambre à coucher, et là, du premier coup d’œil, je vis, étendue dans un petit lit auprès de celui de sa mère, celle qu’elle avait appelée Pauline. Il est singulier que la maladie et la mort, con templés à l‘hôpital, pendant la période d’internat, ne nous causent point le centième de l’effet que nous ressentons au chevet de nos premiers malades.
Mon cœur s’était subitement contracté et je m’étais senti pâlir. La pauvre enfant était blanche, si blanche qu’elle semblait n’avoir plus une seule goutte de sang dans les veines: sous les paupières, aux bords bleuis, le globe de l’œil apparaissait terne, grisâtre, et les mains s’étendaient, longues et maigres, sur les draps d’où leur pâleur ressortait encore. —— Une bougie! demandai—je vivement.
Et je me penchai sur ce lit, examinant avec une attention profonde ce pauvre être que la mort avait déjà frappé de son doigt, en signe d’irrévocable appel. C’était l’anémie à son dernier période. Mais quelle lésion pouvait avoir déterminé cet état? La mère, interrogée, me répéta, avec plus de détails, _.e,.p.ÿ.ÿ; . .
L’ELIXIR DE VIE 163 / que sa fille s’était toujours bien portée, qu’elle était —- six mois auparavant -—— d’une santé parfaite, que tout le monde admirait cette fleur vivace et saine en qui se devinait déjà la jeune fille. — Et il n’y a pas à dire, continuait la pauvre femme en pleurant, qu’il y ait eu le moindre change— ment dans notre vie. Il y a trois ans que nous de* meurons ici. L’appartement est aéré, donne sur des jardins.
Je n’envoie pas Pauline à l’école ; c’est notre voisin, M. Vincent. qui lui donne des leçons, et il est trop raisonnable pour l’avoir poussée trop vite. En vérité, j’avais presque peur de toucher cette .frêle créature dont l’épuisement si subit m’épouvan— tait en me paraissant inexplicable. Cependant je ne pouvais me convaincre qu’il n’existait aucun moyen de la sauver.
Aidé de sa mère. j’auscultai l’enfant avec un soin minutieux, et je constatai —- avec une Véritable stupeur — qu’elle était admirablement con formée ; le cœur était intact et je n’y percevais point le souffle caractéristique de l’anémie, non plus que dans les vaisseaux du cou. Les poumons étaient intacts et bien développés. Sous cette maigreur d’étisie, la charpente vitale était exceptionnelle. Aucun symptôme de lymphatisme.
La mère n’était point pauvre : avec une petite pen— sion qui lui venait de son mari, ancien garde de Paris, elle possédait une rente de deux mille francs. De plus, le vieillard dont elle m’avait parlé, M. Vin— cent, prenait pension chez elle et payait largement. Par malheur, la jeune fille n’avait suivi aucun traitement régulier, avec un entêtement qui provient
164 L’INITIATION d’une défiance irraisonnée, la mère n’avait jamais appelé le médecin, se contentant de remèdes anodins, eau ferrée— des clous dans une carafe —— que sais—je ? Et maintenant j’étais contraint de m’avouer à moi— même que tous mes elTorts, pour ranimer cet orga— nisme si étrangement épuisé, n’aboutiraient même pasà une prolongation d’existence, fût-ce de quelques jours.
Je restais là, abattu, vaincu, attendant avec décou ragement une inspiration qui ne pouvait me venir. La mère me contemplait, silencieuse, devinant sans doute les pensées poignantes que trahissait mon visage. le ne savais pas encore cacher mon impuis« sance sous une phraséologie banale et consolatrice. Je ne m’en fais pas un mérite, le médecin devant agir sur le cerveau comme sur les autres organes.
A ce moment nous entendîmes un bruit de pas dans la première pièce. —-— C’est M. Vincent, dit la mère. La porte s’entr’ouvrit doucement ; mais au même instant, je vis le corps de la jeune fille se soulever, sa tête se tourner, ses mains se tendre du côté où ce bruit — presque imperceptible — s’était produit.
Je soutins l’enfant et, à ma grande surprise, je “sentis un effort suprême dans ce pauvre corps, comme si elle voulait s’échapper de mes bras : la porte s’était refermée, et la jeune fille retomba, morte l... Je poussai un cri, à la fois surpris et désespéré. Cette mort si rapide, sans agonie -—— cette extinction subite de la flamme vitale —- me stupéfiait et j’éprou— *vais une sorte de colère contre mon inintelligence.
L’ÉL1XIR DE vu: 165 L‘1 Car, en vérité, je ne comprenais rien à ce qui venait de se passer sous mes yeux ; il me semblait que j’étais en proie à un cauchemar, La mère, avec une clameur navrée, s’était jetée sur le pauvre corps immobile. Je m’écartai du lit et ma chinalement, comme embarrassé de l’inutilité de ma présence, j’ouvris la porte et je pénétrai dans la pre— mière pièce. Ce fut alors que je vis pour la première fois, M. Vincent.
Vêtu de couleurs claires, il portait un habit gris, presque blanc. Il était de taille moyenne, assez replet_; mais ce qui me frappa tout d’abord, c’est qu’il me fut impossible de lui attribuer un âge positif. Les cheveux étaient blancs, court frisés et formant trois pointes bien dessinées sur son front et sur ses tempes.
Mais le visage était si frais, si rosé, les yeux étaient éclairés d’une lueur si vive qu’en vérité je me demandais si j’avais en face de moi un vieillard ou un jeune homme, qui, par une prédisposition moins rare qu’on ne le croit généralement et tenant au tissu pigmen taire, aurait eu dès l’adolescence les cheveux déco lorés. _ Et pourtant je me souvenais fort bien que la mère de la morte m’avait parlé de M. Vincent comme d’un septuagénaire. ‘ Il était debout auprès de_la fenêtre, attristé, mais pas autant — me sembla—t-il — que je l’aurais voulu trouver. Il s’inclina poliment et m’interrogea du re gard : — Elle est morte, lui dis—je.
166 L’INITIATION ,,_, Une subite contraction bouleversa son visage, et dans ce mouvement réflexe, je vis tous ses traits se plisser, montrant les mille rayures qui sont l’indice sûr de la vieillesse. Cette apparence de fraîcheur était toute superficielle.
Du reste, sans doute par l’afflux du sang au cœur, provoqué par l’émotion, son teint avait pris subitement une teinte jaunâtre, parchemineuse ; les joues s’étaient creusées sous les pommettes sail lantes. En une seconde, un masque de mort s’était plaqué sur cette figure.
Et sans dire un mot, saisissant son chapeau avec un emportement fiévreux, M. Vincent, comme pris d’une peur dont il n’était pas le maître, courut à la porte extérieure, l’ouvrit et — je puis dire — s’enfuit avec une rapidité vertigineuse.
Je pensai que cet abandon d’un ami à l’heure suprême serait un nouveau sujet de désespoir pour la pauvre mère, et je me disposais à revenir auprès d’elle , en dépit de la fausseté de ma situation, quand j’entendis frapper à la porte. Croyant que M. Vincent, pris de remords, s’était décidé à remonter, j’ouvris promptement. C’étaient deux voisines qui venaient prendre des nouvelles de la jeune fille. l .
Quand elles eurent appris la catastrophe, elles hochèrent la tête. . — Ça devait finir comme ça, dit l’une. —— Que voulez-vous dire ? demandai—je vivement. La femme allait répondre, quand la mère. ayant entendu le son de voix connues, sortit de la chambre et se jeta dans les bras de sa voisine en sanglotant.
L’ELIXIR DE VIE 167 ..7 .w_wNulmv wr . _v. _ Mon rôle était fini; je m’inclinai et je sortis, éprou— vant un sentiment d’indicible soulagement à quitter cette maison où ma sensibilité avait été mise à une si rude épreuve. Je descendais l’escalier, lentement, oppressé cepen— dant par une angoisse dont je définissais mal la nature. Il me semblait que je laissais derrière moi un mystère inexpliqué.
Au moment où je passais devant la loge du con— cierge, celui-ci m’arrêta : — Eh ! bien ! monsieur le médecin P commença—HI. — J’ai été appelé trop tard, me hâtai—je de répondre. L’homme me regarda avec étonnement, comme s’il ne comprenait pas. Je lui donnai quelques expli cations rapides. Il poussa un vigoureux'juron; puis brandissant le poing vers un ennemi absent : — Ah! le bandit! gronda-t—il.
Quand je pense, c’était un colosse de santé, monsieur! et fraîche et rose !... —— Combien y a-t—il de temps qu’elle est malade? — Mais six mois, monsieur, six mois juste! — Qui donc appeliez-vous tout à l’heure... le bandit? —— Mais lui! ce vieux tocasson qui n’avait que la peau sur les os et qui est venu se faire nourrir par la mère aux dépens de la fille l Oh ! il a profité, lui ! — Quoi! m’écriai—je, supposez-vous donc qu’elle soit morte de faim ? — Eh bien ! et de quoi donc alors P , — Viens donc, mon homme, et ne t’occupe donc plus des affaires des autres! cria du fond de la loge
' 168 L’INITIATION une voix féminine. C’est l’affaire du médecin de savoir la vérité l... ’ -— Au fait, c’est vrai! fit le concierge en brisant l’entretien de façon irrévérencieuse. Il Je rentrai chez moi, fiévreux, presque irrité.
Pour la première fois qu’on faisait appel à ce qu’il me plaisait d’appeler ma science, je me heurtais à un cas désespéré : brutalement, la mort me barrait le passage, et il me semblait l’entendre murmurer à mon oreille le mot de la suprême désespérance: « Tu n’iras pas plus loin l... » Mais je ne souffrais pas seulement de ce sentiment égoïste et humilié: l’angoisse qui me poignait tout à l’heure augmentait.
Pour m’y soustraire, j’essayais de classer mes idées, de grouper les faits remarqués et d’obtenir d’eux une réponse aux doutes qui m’irri— taient. , L’état de cette enfant ne répondait à aucune des observations connues. J’ouvrais mes livres un à un, et nulle part je ne trouvais rien qui me satisfît.
La malade ne présentait aucun des symptômes classés, et c’était là justement ce qui me troublait le plus: l’absence de symptômes s’affirmait à chaque instant davantage. Fallait—il croire, selon l’insinuation du concierge, aux mauvais traitements, à l’inanition? Mais, outre que les allures de la mère, l’afiection profonde et non jouée qu’elle portait à sa fille don naient un absolu démenti à ces suppositions, l’état
L’ÉLIXIR DE VIE 169 physique de la malade donnait, à ce point de vue, des contre—indications formelles. . Pendant le peu de temps que j’avais pu l’examiner et l’ausculter, j’avais été surtout étonné de l’état sain des organes importants. Il y avait eu évidemment déperdition de vitalité, lente ou rapide; mais elle ne s’était opérée par aucun de ces accidents qui laissent en l’organisme des lésions ordinairement faciles à constater.
Mais pourquoi les deux commères avaient—elles paru si bien comprendre ce qui, pour moi, restait inexpliquable ? Pourquoi le concierge avait-il semblé dans ses interjections rapides, accuser l’étrange personnage que je connaissais sous le nom de M. Vincent, dont l’abord, il est vrai, m’avait frappé d’une impression pénible, mais que nul indice ne me permettait de soupçonner... Et sur quoi auraient porté mes soupçons?
Si horribles que pussent être certaines hypothèses, je m’y arrêtais et, là encore, groupant mes observations, j’acquérais la conviction qu’elles n’auraient reposé sur aucune base possible. Puis, je le répète, il est des physionomies qui ne trompent pas, et celle de cette mère respirait la plus parfaite honnêteté. Elle aimait sa fille, ne l’avait jamais quittée...
Non, non, il était inutile de se lancer sur une piste que tout démontrait fausse et calom niatrice. A la fin, cet examen de raison et de conscience m’énerva à ce point qu’il me fut impossible de rester seul plus longtemps. J’avais besoin d’entendre des
I 70 L’INITIATION ,,,,,_,w voix humaines, d’échanger mes pensées, de me rafraîchir le cerveau dans le flot des banalités courantes. Je sortis. Quand j’entrai dans le cercle de lumière ' projeté par le gaz de la brasserie, et d’où émergeait la silhouette remuante des jeunes gens, ce fut une clameur de bienvenue. Depuis ma thèse, on ne m’avait pas vu trois fois.
Et les quolibets amicaux de pleuvoir sur moi, et les mains de m’attirer, pour me contraindre à m’asseoir devant une pile de soucoupes, obélisque obituaire des chopes disparues. Je ne me fis pas prier, d’ailleurs. Ce bruit, cette exubérance me rassérénaient.
Il me fallut rendre raison de ma perpétuelle réclu’ sion, me défendre d’ingratitude envers les anciennes amitiés, confesser mes ambitions et mes espérances, mais surtout trinquer et retrinquer encore, en absor— bant l’horrible dilution alcoolisée qu’en notre beau pays on décore du nom de bière, et dont le principal mérite —— apprécié surtout du vendeur —— est de condamner le moins altéré à une soif dévorante, mère du renouvellement.
Sous cette influence excitante pour le cerveau, jusqu’au moment où elle torture l’estomac, mes idées se faisaient plus nettes: je reprenais la perception active des faits et en même temps, je sentais Un invincible désir de raconter l’étrange aventure à laquelle j’avais été mêlé tout à l’heure. Naturellement je ne tardai pas à y succomber et, d’une seule haleine, je narrai l’incident. Comme il s’agissait d’un enfant—l’éternel problème
L’ÉLIXIR DE VIE r7r 4,, qui émeut les plus sceptiques —— on m’écouta attenti— vement, et nul ne me railla lorsque j’affirmai l’émo— tion douloureme que m’avait causée mon ignorance. —— Écoute, me dit Gaston Dussault, un jeune doc teur dont nous reconnaissions tous la haute valeur, je n’ai pas la prétention de te donner le mot du logo griphe que tu nous proposes.
Mon observation sera d’un caractère plus général et en même temps de nature, hélas! peu encourageante. Il y adeux périodes dans la vie du médecin. La première -— temps de jeunesse — comporte la curiosité ardente, la volonté de vaincre le mal, le dévouement que rien ne rebute.
C’est aussi le temps du travail acharné, avec quinze et vingt heures de lecture ou de griffonnage, avec la brûlure des yeux à des mèches de chandelles fumeuses et mal odorantes. Or pendant que nous potassons avec cette furie, la vie marche, s’agite, se rue autour et en. dehors de nous. Nous nous bouchons les oreilles pour m’entendre pas le bruit que fait l’huma nité, la grande malade souffrant par les poumons, par le cœur, par le cerveau.
Nous demandons à autrui la science toute faite, celle que le passé a entas— sée dans les in-8" formidables de lourdeur et de prix: et le temps_nous manque pour apprendre le secret de la vie et de la mort dans le seul livre toujours ouvert, illustré de schemas toujours nouveaux, sincères et probants, et ce livre, le voici.. .
D’un geste circulaire, il montrait le boulevard; le gaz jetait ses bandes blanchâtres dans lesquelles rou lait le flot incessant des promeneurs. — Voilà le grand manuel de pathologie interne et
I 72 L’INITIATION externe, continua-t-il ; voilà la physiologie en action. Que voyons-nous de cela nous, les jeunes, rivés à l’hôpital ou au cabinet de travail? Et ceci est un volume, un chapitre, un alinéa de la vaste ency— clopédie médicale qui est la société tout entière.
Ah! s’écria-t-il d’un accent dont la sincérité nous frappa, avoir le temps —— c’est-à—dire l’argent de la vie quotidienne —— et se consacrer tout entier à la lecture de la bibliothèque humaine, de ce diction— naire universel dont chaque homme est une page, l’épeler, la transcrire, l’annoter... et après cela faire de la médecine !
Que dis—je P Après cela, la médecine serait faite... car alors on aurait autopsié, non des cadavres, mais des êtres vivants, des cerveaux, des poitrines et des cœurs... Dix ans d’observations accom plies avec le superbe courage que nous mettons à remuer des cendres d’érudition, et la vraie flamme jailliraiti... — Mais après le travail forcené auquel nous devons nous condamner, m’écriai-je, il nous reste plus de la moitié de notre vie...
'— Pour devenir le second homme qui est en tout médecin, interrompit-il, le découragé, le scep— tique, l’ignorant, le praticien banal et routinier qui vise la croix d’honneur et l’Académie. Quand nous nous évadons des livres, nous sommes aveugles et ne voyons plus l’homme... A ce moment, je poussai une exclamation et, posant ma main sur son bras: — Regarde, lui-dis-je. ' Il suivit l’indication que lui donnait mon doigt.
L’ÉLIXIR DE VIE 1 73 :- —— Quel est cet homme ? demanda-t—il,fl ‘ ‘ C’est le vieillard dont je te parlais tout à l’heure... M. Vincent!... En efiet, sous le reflet cru des cristaux, dépolis, le vieillard s’avançait, lentement, péniblement, et je frissonnais en constatant l’incroyable changement qui s’était produit en lui depuis une heure à peine que je l’avais quitté. . Il me paraissait blafard, maigre, voûté. brisé.
A chaque pas traîné sur l’asphalte, il regardait autour de lui, tournant son cou branlant dont je croyais entendre craquer les vertèbres. ' '- Hé! mais, s’écria un de nos voisins, c’est le vieux Thévenin! Il n’est donc pas mort ? — En effet, reprit Gaston, qui l’avait regardé plus attentivement; je ne l’avais pas reconnu tout d’a bord... —- Mais qui est M. Thévenin? demandai—je impa— tiemment.
Sans me répondre directement, Gaston continua, comme se parlant à lui-même : — Je l’ai rencontré il y a quelques mois à peine, il était alerte et rajeuni... — Puisque moi-même, il y a une heure, j’ai cru, en le voyant, me trouver en face d’un homme encore jeune... Il se peut, après tout, que le chagrin ait pro duit cette métamorphose... — Viens, me dit Gaston, en me touchant légère ment l’épaule; je te dirai ce que je sais de lui... M. Vincent — je continuerai à lui donner ce nom, qui lui appartenait réellement: il s’appelait Vincent
I 74. L’INITIATION =. Thévenin m avait franchi la zone de lumière dont nous occupions le centre. Je me levai avec empressement et suivis mon cama« rade. En un instant, nous eûmes retrouvé la piste du vieillard, qui remontait le boulevard, se perdant à. travers la foule rieuse et gaie qui jouissait de cette soirée d'été plantureuse et vivifiante.
Son clos étroit semblait appartenir à un personnage macabre. — Parle, dis—je à mon camarade ; hâtetoi de me dire ce que tu sais de ce personnage qui m’intéresse, m’inquiète et m’irrite tout à la fois. — Suivons-le d’abord, reprit GastOn; je connais son passé, il me plairait de connaître quelque chose du présent. _ Je dus commander à mon impatience et, réglant notre pas sur celui de M. Thévenin, nous nous arran geâmes de façon à ne le pas perdre de vue.
Je remarquai alors que devant chaque café il s’arrê tait, restant sur le seuil et fouillant du regard, cher« chant sans doute quelqu’un... ou peut-être quel qu’une, ajouta Gaston en riant.
En efl’et, il se portait de préférence devant les établissements fréquentés par les jeunes femmes du quartier. —— C’est une simple plaisanterie, du reste, ajouta Gaston; car, outre que Thévenin a toujours été fort chaste, il doit êtreÏ,plus que centenaire... »—— Centenaire ! -—— J’ai trente—cinq}ans, reprit mon interlocuteur, et, quand j’en avais quinze, celui qui me raconta l’his
L’ÉLIXIR DE VIE 175 r ..._.v _v—‘.q toire de Thévenin m’affirma qu’il vivait déjà en 1 789. Cependant le vieillard avait repris — non sa course —— mais son glissement silencieux qui lui donnait un .>caractère quasi—fantastique. A mesure qu’il marchait, il semblait qu’il se cour bât davantage sous un poids devenu plus lourd: son apparence falote s’accentuait.
En vérité, nous en venions à craindre qu’il ne s’affinât au point de s’é vanouir dans l’air et de disparaître tout à fait. Arrivé à l’extrémité du boulevard, il s’arrêta, comme hésitant sur la direction qu’il devait suivre: mais l‘heure passait, les promeneurs devenaient rares.
Étant tout près de lui, presque à le toucher, nous le vîmes esquisser un geste qui tenait à la fois de la colère et du découragement; et il s’engagea dans une 'rue transversale.
Nous ne perdîmes pas sa trace et bientôt nous le vîmes traverser la rue et marcher droit à une porte cochère, devant laquelle une grosse femme — évi demment une concierge — humait les fraîcheurs de la soirée, tenant sur les genoux un garçon de six à sept ans, solide et gras. A peine le gars eût—il aperçu Thévenin qu’il sauta en bas du giron de sa mère et courut à lui à grandes enjambées.
Il heurta même si fort le vieillard que nous craignîmes un instant qu’il ne le renversât. Mais au contraire, avec une force qui nous étonna, Thévenin le saisit dans ses bras, l’enleva de terre et l’embrassa longuement :
I 76 L’INITIATION '1. Wm'T‘FT' ’ "'1,"I._ '."'I‘ "L“. . ';F . « ' —- Pauvre homme, murmurai-je attendri, il pense à la petite morte. Cependant la grosse femme rappelait son garçon, l’objurgant en criant : . — Veux-tu bien laisser monsieur... petit gredin l... Je vous demande pardon, monsieur Vincent...
Il répondait doucement, tapotant les joues du petit qui était revenu se coller contre lui. — Ah! je sais bien que vous êtes le papa Gâteau de tous les enfants! continuait la femme, et, du plus loin qu’ils vous aperçoivent, ils courent à vous... Cependant M. Vincent n’entrait pas, quoique la concierge se fût écartée pour lui livrer passage.
Il paraissait hésiter; puis il lui dit timidement: — Vous ne voulez pas me le confier..., je lui apprendrais tant de belles choses! — Oh! ce serait avec plaisir, monsieur Vincent. Mais vous savez bien qu’il reste à la campagne, chez sa grand’mère. Pour qu’on me l’ait prêté huitjours, il a fallu la croix et la bannière... Et puis l’air est si bon là-bas l... ' M. Vincent n’insista pas.
Il embrassa encore une fois l’enfant et disparut dans le long corridor. Il sem blait rajeuni, en vérité. Gaston s’approcha : — C’est bien le savant M. Vincent Thévenin qui vient de rentrer ?... — Oui, monsieur. Ah ! oui, un savant, et puis un si brave homme! Le père aux enfants, quoi! Et ils le savent bien, les petits gueux; ils lui soutirent des sous toute la journée.
'1Ê _ _ i'- I-;.- au L’ELIXIR DE VIE I 177 — Il demeure ici P... —— Depuis dix ans... — Je l’ai un peu connu autrefois. Il me paraît bien vieilli... ' ——- Ne vous y fiez pas! Tenez, il y a six mois, il était si cassé qu’il n'avait plus que le souffle. Tout à coup, patatras! ç’a été comme un coup de baguette.
Je ne sais pas ce qu’il avait inventé pour se soigner, mais en moins de six semaines il était retapé... là... à neuf! au point que, si j'avais été veuve...
Elle rit franchement, en femme qui peut se per mettre _un peu de gauloiserie sans que personne y trouve à critiquer. — Mais quel âge lui donnez-vous P ajoutai—je. —— Oh! un zeste! dans les quatre—vingt-quinze... au moins. —« Voilà l’homme, reprit Gaston quand, nous étant éloignés, nous eûmes repris notre promenade. Très estimé, très respecté, aimant les enfants. Qu’en dis-tu P —— Rien.
J’attends son histoire. —'Elle est fort simple, en somme, j’entends pour nous qui, en fait de science, n’admettons guère l’im possible. M. Vincent de Bossaye de Thévenin est le dernier descendant d’une grande famille qui a émi— gré pendant la Révolution française. Son père était un des cent actionnaires à 2,400 livres du fameux Mesmer, qu’il suivit en Suisse où, comme tu le sais, le célèbre thaumaturge résida jusqu’à sa mort, survenue en I8I5.
M. de Bossaye père rentra en France avec les Bourbons et mourut bientôt après, laissant un fils, celui qui nous occupe. Vincent suivit les leçons
Î . --_w.æ :‘ . . _ "» 178 L’INITIATION de Carra et de Saussure, conquit ses grades dans la, médecine et s’attacha au fameux Deleuze, qu’on sur nommait, sous la Restauration, l’Hippocrate du magnétisme animal.
« Dès lors, il rompit en visière avec la routine académique, fut pendant quelques années secrétaire de la Société magnétique fondée par le marquis de Puységur et devint enfin l’ami, le secrétaire, l’aller ego du marquis de Mirville, directeur de la Société d’Avignon et auteur d’un très étrange ouvrage sur les esprits et leurs manifestations fluidiques.
J’interrompis vivement Gaston, m’écriant: —— En somme, ce grand savant est un spirite... un fou! —— Pourquoi t’emporter ainsi? reprit Gaston en souriant. L’homme qui, il y a cent cinquante ans, aurait prévu l’éclairage électrique des gares de che— mins de fer eût paru digne d’être enfermé aux Petites— Maisons.
JULES LERMINA. (A suivre.) ILA TWSSMNT Au glas plaz'nz‘if et lent de la cloche attrisæe Une procession par la neige portée En cortège se rend à la ville des morts.
BIBLIOGRAPHIE I l C’est le jour où chacun verse sur une tombe Avec un souvenir une larme qui tombe, Ou de regrets, ou de remords. Les disparus sont là, dans le brouillard intense Emus autant qu’heureux d’annuler la distance Entre eux et les proscrits dans leur deuil gémz’ssant.
Comme un trait d’ union créé par la prière, Un essaim deflocons exhaussant chaque pierre: Le sol monte, et le ciel descend ./ Il semble que I’Esprit, en ce jour triste et sombre Enseigne aux survivants que notre vie est l’Ombre, Et dit que la Lumière est après le tombeau. Que la mort n’est qu’un pontjete’ sur l’autre rive, Où l’âme s’afi‘ranchz’t aussitôt qu’elle arrive Eblouz’e au dz'vz’nflambeau!
Pour l’Esprz’t radieux nos clartés sont funèbres, Et c’est nous'qui traînons nos jours dans les ténèbres A travers la douleur, marquées du fatal sceau. Ici—bas nous pleurons quand une âme s’élève; Au ciel, on prend le deuil, quand l'esprit en son rêve Est englouti par un berceau! ELY STAR. rameeaearra La Victoire du Mari, par JOSËPHIN PÉLADAN Lorsque, en 1882, M. Joséphin Péladan inventa le type du mage moderne sous les traits de Mérodack du Vice
180 L’INITIATION Suprême, il n’y avait pas encore de mouvement occulte proprement dit. On peut considérer certains chapitres du premier roman de la décadence latine comme les éléments précurseurs de l'œuvre gnostique si puissante aujourd’hui. Dans son nouveau et sixième roman, l’au teur d’Istar aborde la série de phénomènes plus spécia lement exposés par les théosophes.
Obéissant à la nécessité d’art qui veut le dramatisme même dans l’explication scientifique, il a mis en action la sortie de corps astral expliquant comment l’incube du moyen âge n’est autre qu’une bilocation animique du périsprit. Nous avons publié un fragment de conversa tion entre le docteur Sexthental et le héros du livre, Adar, qui veut être initié.
Signalons aussi les analyses scientifiques de la volupté et l'explication magique de l’œuvre wagnérienne.
Nous n’avons pas à louer l’écrivain et le psychologue, ils sont consacrés; mais nous soulignons le mérite du mage qui eut le premier le courage de demander à l’occulte tout le déterminisme de son œuvre et qui a beaucoup fait pour l’expansion de nos doctrines, puisque, seul, il les a transportées dans la forme prosélytiste du roman bal— zacien avec maîtrise.
Dans l’esprit de tous, Joséphin Péladan succède à Barbey d’Aurevilly comme chef de ces catholiques indé pendants qui veulent rétablir cet ésotérisme que culti vèrent les premiers pères de l’Église.
Le célèbre romancier diffère de ses confrères en magie par son absolu subor<lonnement de tout à l’Église, con trairementà la marche de notre groupe; il demeure per sonnellement hostile à la franc-maçonnerie comme au spiritisme avec une attitude de cardinal romain d’une intolérance ultramontaine.
Nous notons cette nuance sans la juger et convions tous les adeptes à la lecture de ce sixième tome de la décadence latine qui contient au— tant que la forme du roman le comporte des pages tout à fait dignes d’un mage. 0. Au cours de sa parabole, M. Pélada‘n répond simple - ment à la trop fameuse lettre deM. Charcot sur le magnétisme:
BIBLIOGRAPHIE 18I « M. Charcot, au mépris de toute probité scientifique, non seulement s’est approprié les découvertes de Mes r'ner, Puységur, Deleuze, Faria, Dupotet; mais ce qu’il leur a pris, il 'l’a défiguré, à force d’incompréhension; encore il y ajoute l’insolente audace d’affirmer, dans une lettre honteuse, qu’il a acquisà la science le magnétisme, demandant àla loi de réserver l’exercice de cet art aux médecins.
Or, cet intègre professeur, qui veut monopoliser le mesmérisme au profit de sa confrérie, a publiquement commis des crimes sur ce terrain. Le clinicien a-t-il le droit de traiter en sujet d’expé rience le pauvre de son hôpital? La question est à poser au socialisme qui court!
Un des procédés de ce vaudevilliste de l’hypnotisme, consiste à étourdir par un coup de gong et à faire re tourner le patient vers un brusque et‘ aveuglant rayon électrique: n’est-ce pas de la barbarie civilisée?
M. Charcot magnétise et ne croit pas à l’existence du fluide;or, il est loiparmi les magnétistes que l’émission nerveuse de l’opérateur seule est thérapeutique, et que dans les cas de la Salpêtrière, forcer un malade aux frais fluidiques de son traitement, c’est illogique et malhon— nête, pour modérer le terme à employer. Les gens de théâtre sont des Charcot. » 'A' :Iu+ Amour idéal. —- 1 vol. de vers, 2 fr. 50. Vanier, éditeur.
Le docteur Adolphe Rousseau, auteur d’un livre de vers intitulé la Grande dont on a beaucoup parlé lors de son apparition, vient de publier un second volume: titre: Amour idéal. Cette œuvre nouvelle est celle d’un vrai poète. Un beau souffle lyrique anime la plupart des strophes; de ravissantes descriptions, des passages d’une sensibilité exquise, des trouvailles disséminées çà et là annoncent le maître futur.
Le docteur Rousseau prétend allier la science'à la poésie, et l'on peut dire, après lecture, qu’il a triomphé dans cette rude tâche.
r 82 L’lNITIATION Peut-être cependant quelques rares poésies, inférieures et trop lâchées, font-elles tache sur l’ensemble ? Noblesse oblige, et le docteur Rousseau a le devoir de se montrer très sévere envers lui—même. Mais bâtons-nous de l’ajouter, l'originalité et la vigueur du reste rachètent vaillament ce péché véniel: Souhaitons à Amour idéal un grand et légitime succès . La Princesse pâle. — 1 vol. in-tz, 3 fr. 50.
Ollendorf, éditeur, « En ce roman, déclarent MM. Robert de la Villehervé et Georges Millet dans leur dédicace à Catulle Mendès, essayant une peinture exacte d’un milieu qui nous a captivés, et suivant la vérité avec l'unique souci d'être sincères, nous avons inévitablement rencontré lelyrisme car l’existence matérielle ne nous absorbe jamais tout entiers, et l’âme exilée revole sans cesse vers l‘azur et vers la lumière. » Fidèles à ce programme, les deux auteurs peuvent à juste titre s’enorgueillir du résultat obtenu.
Une étrange intensité de vie se dégage de leur belle œuvre. Les personnages on les connaît, on leur a parlé, on leur a. serré la main. Nul n’est foncièrement mauvais. chacun apporte sa part de qualités et de défauts; l'être intérieur s'extériorise, c'est lui qui pense, souffre, agit et anime jusqu’au décor.
Michel Wattelin, un grand artiste — un grand enfant par suite — a croisé Cécile Quintarie dans la rue, s’en est emmouraché et a demandé sa main. De santé délicate, nerveuse, aimante, et follement jalouse, la jeune femme surprend son mari avec une maîtresse.
C’est le soir, la pluie tombe, elle se sauve, éperdue, désabusée, rentre à pied sous l’averse et, vaincue par la phtisie, s‘éteint sans lutte contre le mal quelques mois après, laissant une fillette, Nélie, en qui renaît son âme vibrante et passionnée. Un ancien modèle, Méa, dirige bientôt la maison, écarte les grands parents, chasse la vieille domestique dont le dévouement protégeait Nélie, et l’enfant grandit
CONGRÈS MAGNÉTIQUE INTERNATIONAL 1 83 isolée, sevrée d’affection, privée de compagne, parmi les camarades d’atelier de son père. Sans occasions d’épanchement, ses besoins de tendresse la torturent et la consument. Son imagination s'exalte, précocement éveillée. Une seule personne lui a parfois témoigné de l’intérêt, Crouzon, un intime de Wattelir..
Femme avant l’âge, elle s’éprend pour cet unique ami d’un amour secret, naïf, mais intense et qui la possède toute; aussi, celui-ci marié, trop frêle pour supporter la ruine de son cher rêve, trop angélique pour affronter les grossières réalités terrestres, elle se languit et meurt lentement de la même mort que sa mère.
Quelle bonne émotion vous poigne à la lecture de ces pages d’un style impeccable, toujours simple et clair à. quelque hauteur qu’il s’élève ! Quelle exacritude scrupu leuse dans le rendu de ces caractères, de scène en scène!
Ce sont les Quinterie si vénérables, si touchants avec leur adoration dévote pour Nélie; c’est Aurette qui met à se dévouer son entêtement de vieille paysanne; c’est Méa, pas méchante au fond malgré ses instincts de fille; c’est Crouzon, Besque, le Turquorage, Delande, ces types, coudoyés sur les bonlevards, c’est Wattelin désespéré, s’acharnant au travail près de Nélie agoni— sante qui s’identifie à la Princesse pâle, cette création d'un poète plm aimée par elle qu'une sœur!
Quand MM. Robert de la Villehervé et Georges Millet donneront-ils des frères à ce petit chef-d’œuvre ? l GEORGE MONTIÈRE. fiangrès Magnétique -Ïnterttaiinnal Le Congrès magnétique a terminé ses travaux trop tard pour que nous puissions, dans ce numéro, en donner un compte rendu détaillé. La prochaine fois, nous indiquerons les conclusions votées, nous analyse '.‘
[84. L’INITIATION i".-r I'çnrtgwï‘ rons les principaux mémoires et nous reproduirons en entier l’intéressant rapport intitulé: le Magnétisme de vant la loi, de notre collaborateur le docteur Foveau de Conrmelles qui, vice—président, a pris une grande part à un grand nombre de discussions.
Nous nous bornons aujourd’hui à constater le succès incontestable qu’a remporté ce Congrès préparé à la hâte, mais dont le travail, le dévouement et la résolution des organisateurs sont parvenus à faire une importante affirmation d’une vérité restée jusqu’ici inconnue, mé prisée ou falsifiée par des adversaires peu scrupuleux ou trop ignorants.
Si le temps avait manqué pour rendre le Congrès vraiment international, il comptait pourtant parmi ses membres quelques étrangers, surtout un des magnétistes les plus connus d’Europe, M. Ragazzi, de La Haye.
Beaucoup de grands journaux, le Figaro, l’Eve’nement, l’Ec/xo de Paris, le XIX° Siècle, Paris, le Voltaire, la Gagctte de France, le Petit Journal et plusieurs autres ont parlé du Congrès dans les meilleurs termes, recon— naissant son caractère scientifique et son importance au point de vue social. Le 27 octobre, nous étions tous réunis, congressistes et journalistes, dans un grand banquet Où plusieurs ora teurs ont prononcé d'excellentes paroles.
Dans une allocution pleine d'esprit et de cordialité, notre confrère M. Émile Gauthier, du Figaro,‘a retracé la tâche des journalistes modernes, toujours à l’affût de faits intéres sant le public et a remercié les magnétiseurs de leur avoir fourni une aussi belle occasion de prendre la plume.
Le Congrès de 2889 marquera une phase nouvelle dans les annales du magnétisme qui ne tardera pas, espérons-le, à prendre un rang bien mérité parmi les sciences, pour le plus grand bien,de l’humanité dont il guérit les maux et la facilité des recherches philoso— phiques auxquelles il procure des documents du plus haut intérêt. LUCIEN MAUCHEL. L’abondance des matières m’oblige à remettre au pro
BULLETIN MAÇONNIQUE 185 chain numéro mon compte rendu des deux livres de M. Laurent de Faget, précédemment annoncé. L. M. *Ë3mmmu ’Mapounrua La Franc—Maçonnerie est sujette à être fort mal jugée lorsqu'elle n’est appréciée que par ce qui transpire à son sujet dans le monde profane.
Celui-ci n’a généralement connaissance que de certains faits accidentels ayant attiré l'attention du public par le scandale plus ou moins reten tissant qu’ils occasionnent au sein de l’Ordre symbolique.
Ces faits regrettables sont fort rares, mais ils produisent une impression des plus fâcheuses sur. ceux qui ne se doutent point du travail paisible et constant que pour suivent en dehors de toute agitation tapageuse l’immense majorité des Loges maçonniques.
Les ateliers de province accomplissent surtout sous ce rapport une tâche au—dessus de tout éloge en répandant d'une façon discrète la lumière initiatique dont ils dé tiennent fidèlement le dépôt traditionnel. Ils ont pu, il est vrai, suivre momentanément les errements inaugurés par quelques novateurs agnostiques, mais graduellement ils rentrent tous dans la voie tracée par les vrais maîtres de la science d’Hiram.
Parmi les ateliers du Grand Orient de France, la Loge de Châlons-sur-Marne se signale à ce point de vue par un zèle des plus louables pour tout ce qui conserve à la Franc-Maçonnerie son caractère propre de société ini— tiatique.
S’appliquant à suivre les usages symboliques avec une minutie que les Maçons parisiens ne sont plus habitués à trouver au sein des Loges de la capitale, la Bienfaisance châlonnaise ne porte à son ordre du jour que des questions strictement conformes au programme réglementaire.
Les dissentiments fâcheux provoqués trop souvent par les discussions politiques sont ainsi évités, en sôrte qu’il règne sur les colonnes de cet atelier modèle un W..- .....;.......3-« _.
186 L’INITIATION esprit de fraternité absolument exemplaire. Le niveau intellectuel s’y maintient, du reste, de beaucoup au dessus de la moyenne habituelle. L’armée et le corps enseignant se trouvent largement représentés, ce qui contribue à entretenir d’excellentes habitudes de disci pline et d'assiduité au sein des chantiers symboliques.
Disons enfin pour terminer que la Loge de Châlons— sur—Marne est redevable de sa prospérité surtout à l'ar deur infatigable de son Vénérable, le f.'. Maurice Bloch, dont le dévouement aux intérêts de l’Ordre maçonnique est au-dessus de tout éloge. . OSWALD WIRTH . N.
B. — Les Maçons qui se trouveraient de passage à Châlons-sur—Marne le deuxième dimanche du mois, dans l’après-midi, ou le quatrième samedi dans la soirée, auront grand avantage à rendre visite à la Bienfaisance châlonnaise (temple, rue Grande-Étape, 54). Ils y trouve ront un accueil dont ils ne pourront garder que le plus agréable souvenir.
0 La nouvelle œuvre de Jules termina Nos lecteurs n’ont pas oublié cette œuvre si pro fonde au point de vue de l'enseignement ésotérique: A Brûler. Jules Lermina commence aujourd'hui dans l’Initiati0n un récit encore plus curieux au point de vue de la science occulte. L’Elixir de vie, le secret tant caché des Indous, est dévoilé sans restriction pour celui qui saura comprendre, dans la nouvelle œuvre du maître.
Au nom de l’Occultisme et de tous ses défenseurs nous adressons toutes nos félicitations à Jules Lermina. pour avoir su traduire avec toute la clarté de l’esprit français les obscurs enseignements de l’ésoté risme. Nos lecteurs jugeront si nous avons raison et d’avance nous sommes assurés d’une réponse affirmative. La Rédaction. —-m a - ..h, . .
NOUVELLES DIVERSES I Nouvmms rvansas CONFÉRENCES JULES LERMINA. — M. Jules Lermiha a fait encore deux nouvelles conférences à la salle des Capucines, devant un public fort nombreux. Il a déve loppé les preuves de l’existence du corps astralet montré les conséquences de ce fait 'au point de vue de la philo sophie et des croyances positives de notre époque.
Sa deuxième conférence : les Morts, a roulé sur les preuves possibles de la persistance de l’être après la mort et sur les moyens de se mettre en relation avec lui. * 4 —vs L’intéressante étude de NAPOLÉON NEv sur les Sociétés secrètes des Musulmans vient de paraître chez Carré en une jolie brochure in-18, au prix de 1 fr. / * At 2( Bientôt va paraître chez Carré la deuxième édition entièrement refondue et considérablement augmentée de Seuil du Mystère, de STANISLAS DE GOAITA.
Nul doute que cette œuvre du célèbre kabbaliste n'obtienne le grand succès qu’elle mérite. * 241-as M. Papus vient de recevoir de l’Union française de la Jeunesse où il est professeur, une médaille d’argent. Il était déjà titulaire d’une médaille de bronze depuis deux ans. - ‘À' «1 «\I» M. Durville, directeur du Journal du magnétisme, vient de rouvrir son cours pratique de magnénsme appli qué à la thérapeutique. Les leçons ont lieu tous les jeu-— dis à l‘Institut magnétique, 23. rue Saint-Merri. * ’l»’f
I 88 L’INITIATION -...—æ.' .5.— Mm Bablin, le médium si connu, demeure 4l, rue Bellefond (Réponse à divers abonnés). * 8 -Ï Avis aux occultistes connaissant la langue anglaise. Par suite d'un arrangement avec le grand éditeur d’oc cultisme de Londres, GEORGE REDWAY, l’Initintion est en mesure de fournir tous les livres de cette maison franco avec un rabais de 10 °/., sur le prix marqué.
S'a dresser à la rédaction de la Revue. * 44 Nous avons le plaisir d’annoncerà nos lecteurs l’entrée dans la rédaction de l’Initiation de deux nouveaux membres : M. DOINEL, archiviste-général du département du Loiret, dont ce numéro contient un intéressant tra— vail ; Et M. DELÉZINIER, l’auteur du laboratoire de l’alchi miste justement remarqué à l'Expœition universelle. * 44t NOUVELLE PRIME A NOS ABONNÉS Par suite d'une entente avec la, direction du Journal du Magnétisme, l’organe de la Société magnétique de France, tout abonné de l‘Initia/i0n qui adressera une demande à M. H.
Durville, directeur du Journal du Magnétisme, 23, rue St-Merri, recevra gratuitement en prime un abonnement à cette intéressante publication. avuas & douanaux L’Etoile publie le remarquable discours prononcé par l’abbé Roca au Congrès spirite et un excellent article de M. Alber Jhouney intitulé Chrétiens Messianiques et
REVUES ET JOURNAUX 189 “,-. g î— théosophes néo-boudizistes. Elle reproduit aussi le Prêtre Jean de Cronstadt paru dans l’Initiati0n. * I 4‘ A lire dans la Revue The‘osophique un très intéressant article d’Annie Besant : Pourquoi je devins théosophe.
L‘auteur est un écrivain socialiste très connu en Angle— terre dont la récente conversion à la théosophie lui avait attiré de vives polémiques. * . -Y»45 Le Moniteur Spirite et Magnétique de Bruxelles repro— ' duit les deux discours de Jules Lermina au Congrès Spi rite et spiritualiste et doit continuer le compte-rendu des travaux du Congrès. * 24 a: Les Sciences Mystérieuses également de Bruxelles, publient une grande-partie du rapport de Papus «au même Congrès. * *«\€ A lire dans la Revue Socialiste la suite du travail ins tructif de M. A.
Regnard sur le Bilan du Christianisme et du Judaïsme et qui étudie cette fois la Société romaine. * aur L’organe socialiste le Coup de Feu vient d’être rem placé par la Revue Européenne, revue socialiste, littéraire, artistique comme son aînée, mais conçue dans un esprit beaucoup plus large.
Bien que partisans de l’idéalisme et du mysticisme qu’elle repousse, nous ne saurions-trop approuver son but qu'elle résume en ces mots: « Du pain et des félicités.pour tous ». * 24:4 La Revue Spirite du 19“ novembre contient un article à citer avec éloges; titre : Une préface de la Voyante de Provorst etla reproduction de l’intéressant article du Figaro : Le Magnétisme animal. -—a«m-——— -x ‘-——«‘n‘
I go L’INITIATION * 2&4 La Religion laïque du I5 octobre contient un fort bel article de CH. FAUVETY en réponse au discours de M. Marins, Georges, ainsi qu’un article théosophique Bouddhistes et Chrétiens de M. P.-E. COURTÉPÉE. * 4 2It . L’Arbitre, organe de la Société française de l'arbitrage entre nations (I I I, boulevard St—Germain) est envoyé à toute personne qui en fait la demande.
Il est inutile, pen sons-nous, de recommander ces idées à nos lecteurs qui .en sont tous de chaleureux partisans. * arts Le Journal du Magnétisme d’octobre 1889 contient un fort intéressant article du D" DUEAY sur la lucidité (En voi gratuit d’un numéro de ce journal sur demande à M. H. Durville, 23, rue St-Merri.) * 31»I La Religion de l’Avenir, organe de l’Union spirite de Reims, vient de paraître.
C’est un organe trimestriel, qui, espérons—le , deviendra bientôt mensuel, il le mérite. C . I La Rénovation, organe de la conciliation sociale et des doctrines d’association (15, passage Saulnier), publie un intéressant article de M. HIPPOLYTE DESTREM. * #611 Le Bulletin des Sommaires du SI octobre 1889 con tient une causerie sur l’occultisme très intéressante, par notre savant confrère F.-CH. LIMOUSIN, directeur de cette publication.
'k la» 24L Le Journal d’Hygiène(n° 682) du I7 octobre 1889, contient un fort intéressant article de ROUXEL sur l’Ori— gine de la civilisation française.
LIVRES REÇUS I 9 I * :4uæ ÉTRANGER Le Lucifer, de Londres, contient un important tra— vail de M. E.-D. FAUWET; titre : The case for Metemp— s chosis,ainsi qu’une étude de grande valeur de THOMAS ILLIAMS : Psychicfire. Le reste de cette grosse revue est presque tout entier consacré àla polémique. The Theosophist, de Madras, publie une étude biblio graphique très savante sur le Tarot des Bohémiens, par Papus.
Cette importante revue a toujours conservé le ton calme et vraiment sérieux qui seul convient à. ce genre d’études. 1\' 4x Lux, de Rome, publie en italien le rapport sur le Con grès spirite et spiritualiste de Paris. ŒWRES Reçus Nos Contemporaines: Jeanne Deroin et Julie Daubie’, par M"- H. WILD. Librairie Universelle, 4.], rue de Seine M"°H.
Wild, si comme dans le monde des protesta taires contre toutes les errreurs sociales, vient de faire imprimer en une élégante brochure la communication si justement remarquée qu’elle a faire au Congrès inter— national des œuvres et des institutions féminines. ‘ Le caractère vraiment élevé des deux femmes d’élite qu’elle nous présente, était digne d'exercer le talent de Mlle H. Wild.
Recommandons à tous les amis du bien et de la vertu cette nouvelle œuvre de l’infatigable défen seur des inconnues et des opprimées. * >t-—Y— Vient de paraître un nouveau roman très intéressant de notre confrère EDMOND BAZIRE, Charbons ardents. Nous ferons bientôt un compte-rendu de ce livre.
1‘92 L’INITIATION * ’1-4 AMÉDÉE H. SIMONIN. — Traité de psychologie, phéno mènes de la pensée et facultés de l’âme. Paris, librairie académique, 35, quai des Augustins; prix 3 fr. 50. ID. Le Matérialisme démasqué, I vol. in—r8 de 256 pages; prix 3 fr. ID. Solution du problème de la suggestion hypnotique.
Paris, Dentu, 1889, in-18 ; prix 2 fr. ‘l‘rlâcaowoaa M Alfredo Pioda nous annonce la mort d’un des théo sophes les plus zélés et les plus instruits, LE D“ R. THURMANN. Voici en quels termes notre ami résume son opinion sur le défunt : « M. le professeur R. Thurmann est mort inopiné ment à Perpignan, dans l’après—midi du 16 septembre. Il avait l‘intention de passer en Espagne. « C‘est une perte pour les études occultes.
Il en était un apôtre ardent, modeste et désintéressé. « Son œuvre quoique inconnue du grand public était constante et féconde. « C’est à lui que je dois d’être entré dans cet ordre d’idées et je connais nombre de personnes de tout âge et de toutes conditions qui doivent à son zèle d‘être deve nues occultistes et qui, comme moi, le reconnaissent comme frère et père intellectuel. et Il n’avait que 49 ans. » ox ALFREDO PIODA. » Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECI‘URE, 5
VIENT DE PARAITRE ’ " PAÂUS CLEF ABSOLUE DE LA SCIENCE OCCULTE L E ’T A R O T DES BOHEMIENS Le plus ancien Livre du Monde (A l’usage exclusif des Initiés) Magnifique volume in-8° de 370 ages avec huit planches phototypiques hors texte et plus e deux cents figures et tableaux explicatifs. — Carré, éditeur. 58, rue Saint—André— des-Arts. . . . . . . 9 fr.
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LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu’avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer L_vtton (traduction française.) — 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. —— A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. —— Au seuil du 1!{y‘stêre (2° édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. —— Collection de l’Iniliation et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon. .
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. —- Louis Lambert. Seraphizus Seraphita, par Balzac. —— Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. *Hennique.
DEUXIÈME DEGRÉ. — Euréka, par Edgard Poë. — Fragments de Thé030phie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. — Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. -— Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. —— Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Science des Esprits (du même). —- Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. — Le Sep/1er” Jésirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. L'éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouurages jranco,‘ au prix marqué de chacun d’eux.
L’I N ITIATI 0 N G . c A. R RÉ 58, rue Sain t—André—des-A rts DIRECTEUR! PAPUS DlRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL RÉDACTION j ADMINISTRATION {4, rue de Strasbourg, 14 j ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS i Rédacteur en chef: PARIS George MONTIÈRE . Secrétaires de la Rédaction : FRANCE; un an» 10 fr. CH. BÀRLET. — J. LEJAY ÉTRANGER, — I2 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
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