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.v- , .«,.În 9 0 o . ' 3‘ ’1’. A !_’ 33 ' “Ë m 'e “ ‘p< e.ii i eice HO :2. Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 5'“ VOLUME. — 2“‘° ANNÉE SOMMAIRE DU N° ’1 (Octobre 1889) __,._ PARTIE INITIATIQUE... Le Congrès Spiritua Iîste (Rapport géné ral) .. . . . . . . . . . Papus. (p. I à 24..) PARTIE PHILOSOPHIQUE Jerôme Cardan . . . . . . Marcus de Vèze.
ET SCIENTIFIQUE... (p. 25 à 38.) ' Essai sur la situation philosophique! . . . . .. W'" (p. 39.à 57.) _ La Crmx Anse’e .. . . .. Juhus. (p. 57 à 64.), La Grande Nevrose.. Dr Pov. de Gourmalles (p. 64 à 67-) Princi es cosmos - chiqËes du MaËñÇ' tisme (suite) . . . . . .. Rouxel. (p. 68 à 71). PARTIE LITTÉRAIRE... Une hypothèse de M. Maboule . . . . . . . . . . . G. Montière. (p. 72 à 80.) Morte (poésie) . . . . . ..
Paul Marrot. (p. 80 à 81) Improvisation (poésie) Lucien Mauchel. (p. 81 à 83) Bibliographie. -;—- Le Livre du Jugement d’ALBER JHOUNEY. — La 2° série de l'Init:ation. — Le Lotus. — Livres. — Revues et Journeaux. -— Nouvelles diverses. RÉDACTION : Administration, Ahonnemenls: 14, rue de Strasbourg, 14 58, rue St--A ndré—des-A MS, 58 PARI S PA RI S Le Numéro: UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS. c/fi\ C U t‘\ tx‘ E LL U l\'l\’ El‘xS!Tl l. l _ RAID.
/ 1 _7:S—._,, A 772/2 ‘/ E U T -/Ë’»ô CT\) ,5 Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismes. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science Universelle d’où dérivent toutes les Philosophies. Des Écoles diverses s'occupent de chacune des parties de cette Science Occulte. La The’osophie, la Kabbale, le Spiritisme, ont leurs organes spéciaux, souvent ennemis. L’Initiation étudie comparativement toutes les écoles sans appar tenir exclusivement à aucune.
L’Initiation n’est pas exclusivement théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plus instruits des théosophes français. L’Initiation n’est pas exclusi vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes les plus estimés que nous possédions.
Il en est de même pour toutes les autres branches de la Science Occulte : la Franc-Maçonnerie, le Spiritisme, l'H_ypnotisme, etc., etc. La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique.
La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction ; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donner le poète et le romancier. Plus de quarante rédacteurs, pour la plupart déjà connus, concourent à la rédacüon de l’Initiation.
Tous ces avantages unis à l’extrême bon marché de la Fevue en font une des plus attrayantes et des plus originales de toutes les publications mensuelles. 87.3";‘54U
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nifiation 10 PARTIE IN ITIATIQUE F. CH. BAR-LET (auteur de l’Initiation). M. S. T. {ë -— STANISLAS DE GUA1TA (auteur de Au Seuil du Mystère) S.'. I.'. 3,). — GEORGE MONTIÈRE (rédacteur en chef de l'1nitiation) S.'. 1.-. — PAPUS (auteur du Traité élémentaire de Science Occulte). S.'. 1.-. —— JOSÉPHIN PÉLADAN (auteur de la Décadence Latine) S.'. 1.-.
20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH (de la Revue du Mouvement, social). —- Le F.'. BERTRAND VÉN.'. RENÉ CAILLIÉ (directeur del'Etoile). G.
DELANNE (rédacteur en chef du Spiritisme). — ELY STAR (auteur des Mystères de l’Horoscope). -— FABRE DES ESSARTS. — FABIUS DE CHAMPVILLE. -— D' FOVEAU DE COURMELLES (licencié ès-sciences physiques, licen cié ès-sciences naturelles, licencié en droit, lauréat de l'Acadé mie de Médecine). — JULES GIRAUD (auteur du DP Selectm). —- DP GOYARD) ancien président de la Société Végétarienne). — E.
GARY (auteur de la Théorie des Tem éraments). —— HENRI LASVIGNES (ex-secrétaire de la rédaction u Constitution nel). — J. LEJAY (licencié en droit:. — MARCUS DE VÈZE. — NAPO LÉON NEY. -— EUGÈNE NUS (auteur de les Grands Mystère8). -— G.POLTI (auteur de la Théorie des Tempéraments).— Le Magné tiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUXEL (du Journal des Économtstes). — HENRI WELSCH. 30 PARTI E LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— E.
GOUDEAU.'— MANOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. -— L. HENN1QUE. — A. MATTHEY. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— EM1LE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE En. BAZIRE. -— CH. PUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. -—— P. GIRALDON. — PAUL MARR0T. — MARNÈS. — A. MORIN. —- ROBERT DE LA VILLEHERVÉ . 'k
AVIS TRÈS IMPORTANT Nos abonnés sont prévenus que la poste leur présentera après ce numéro leur quittance de réabonnement. Il leur est donc inutile de se déranger d’autre part. Tout abonné qui ne renverra pas à l’administration, ce numéro recevra sa quittance. Par suite de nouvelles eonbinaisons l’INITIATION offrira prochaine ment, outre les primes phototypiques,_de nou veaux avantages à ses nombreux abonnés. A BRULER Conte Astral Par Jules LERMINA PRÉFACE DE PAPUS Un volume in-8, relié. Prix‘ . . . . . . . . . . . . 3 francs LES SEPT PRINCIPES DE L’HOMME AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE Par PAPUS Br%chure in-8, avec figures dans le texte . . . . . . I franc S’adresser à l’Admz‘m‘stration de l’INITIATION
‘ .4 “my (Il/{11 4‘? ._ , - ‘ "/7; , ' ' I .q I 1’>/' V r . Q Lo I I“ I!\'?"f _" a“? ‘ 'i ‘ "» 'Ï'H' | ' '. 14" v , . _ "d‘en‘ a I" . . I I‘ ‘b 'o' l a mama DE L'INITIATIUN ' Üt‘ÎO/H’L’ 1880 H "I ' 4” I . fl‘nfi‘. Ïfl’rüx 0. P“ ‘4‘"? V A f - . r. . {_ DIA ' ' ïlëiETEATJÆQN PHUTUT. G. POIRBI. 38. r. de la T'd'Azwergne, Paris. ..
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Ë' \Î.' pbur_ la'dèfénsé etlä difi'uSi'o‘nî de rios dbctrines.- Vôiéi V le‘5'r‘ämior‘t' 'gériéralï résumant les traÿàùx pOursuivi's ‘dänè lès-Idiÿer‘ses seçtiÿflS.ï'v ' v. . -' î‘ ‘ « * ‘- n't_ , V.SêanceiGénéæ:ale du 15'8Èfitqmbfi ' : - Présidents. d’honneur: Ch.‘ Fauvety;..duchesse ’de‘ P0mat; Marcus de N’èze; Eugène Nus.
ALLOCUTION DU PRÉSIDENT EFFECTÏF Messieurs, l’honneur que le Congrès a bien voulu me faire en m’appelant au siège présidentiel, me donne le privilège de saluer en son nom les travailleurs qui, ! ) .
2 L’INITIATION \ de toutes les parties du monde, ont répondu a son appel. J ’accomplis ce devoir avec une satisfaction d’autant plus grande qu’il me fournit l’occasion de caractériser en quelques mots l’œuvre à laquelle vous allez tous concourir.
Cette œuvre n’est rien moins que l’affirmation de la Science nouvelle, l’alliance de la physiologie et de la psychologie, le défijeté par la libre recherche, au préjugé et à la routine, la levée en masse des chercheurs de vérité contre l’obscurantisme qui se réclame, pour arrêter l’essor de l’esprit humain, de l’intolérance persécutrice et irraisonnée des Acadé— mies et des Églises.
Ce Congrès est le champ de bataille des intelligences courageuses, bravant l’into lérance de ceux qui prétendent imposer dés limites aux droits de l’analyse et de l’investigation. Il n’est pas de domaine fermé à l’exploration humaine. Je vous le dis, ceux-là sont les véritables posi tivistes qui ne tiennent à priori rien de ce que l’expérience, ne disons pas seulement démontre, mais indique.
Partout où la nature manifeste son action, en quelque ordre qu’elle se produise, si faible que soit la lueur qui éveille la curiosité et sollicite l’atten tion, le devoir de l’homme est d’aller en avant.
Enre gistrer des faits. multiplier les observations, soumettre les hypothèses, même les plus hasardées,à une rigou reuse critique, affirmer hautement la vérité acquise, en dépit de toutes les oppositions et de toutes les coer citions, tel est le devoir de l’homme raisonnable et juste. Vous saurez le remplir, attentifs à ne pas tom ber dans l’ornière du dogmatisme entêté où se traînent et où voudraient vous entraîner les négateurs à
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 3 outrance. Scrutant les plus ardus problèmes de la Vie, vous aurez le courage orgueilleux de poser cette ques tion: —-— 0 Mon, es—tu la mort ? La Vieille science, autoritaire et exclusive, a été impuissante à combattre la souffrance, la misère, la désespérance, je salue en vous les adeptes modestes de la science nouvelle, initiatrice des progrès nou— veaux.
Il y a, disait le grand Mickiewiez, une masse de lumière et de chaleur donnée pour chaque époque. Il en faut une dose nouvelle pour ranimer l’humanité et faire surgir une époque nouvelle. Travaillez, soyez les semeurs, nos fils du vingtième siècle récolteront et vous remercieront. Au nom de la France, au nom de la Ville de Paris, d’où toute lumière s’épand sur le monde, encore une . fois, je vous salue.
JULES LERMINA. (Applaudz‘ssements prolongés.) RAPPORT GÉNÉRAL LU A LA SÉANCE PUBLIQUE ou CONGRÈS Mesdames et Messieurs, Le Congrès Spirite et Spiritualiste international ’ m’a fait l’honneur de me confier le soin d’exposer devant vous le résumé général des travaux du Con grès. Je dois donc, tout d’abord, vous demander toute votre indulgence pour les erreurs ou les négligences qui pourraient s’introduire dans ce travail.
Jeune au milieu d’hommes expérimentés, peu éloquent au milieu d’orateurs de premier ordre, j’aurais considéré cet honneur comme au-dessus de mes forces, si la
4. L’INITXATION grandeur des idées que nous avons tous à cœur de défendre n’eût soutenu mon courage et si je n’avais été sûr de voir nos principes communs exprimés ora lement par tous mes aînés, en âge comme en science, bien mieux que je ne pourrai le faire moi-même. Jedois, en un exposé rapide, vous donner une idée synthétique du Congrès, de sa portée scientifique, philosophique et sociale et de ses conclusions.
Aussi, _ devons—nous voir le plan suivi dans ce résumé afin I de ne pas fatiguer inutilement votre attention. Tout d’abord je retracerai en quelques mots les origines de ce Congrès, puis nous verrons l’accueil que lui fit la Presse française . dès que son succès vraiment remarquable eût porté sur lui l’atten tion de tOus ; enfin j’exposerai devant vous les con clusions auxquelles se sont arrêtées les diverses sec— tions du Congrès.
' Vous ne trouverez pas dans cet exposé le détail de chacune des discussions pas plus que l’analyse de chacun des mémoires. Les procès-verbaux détaillés seront imprimés à la suite de ce rapport, où tous nos amis pourront les étudier avec fruit. Je dois me bor— ner aux questions générales et la tâche est déjà fort lourde vu l’intérêt et la portée de tous les travaux du Congrès.
Je remercie donc, encore une fois, tous nos frères et sœurs de l’honneur qu’ils ont bien voulu me faire, trop heureux et très satisfait si, à la fin de cette lecture, j’ai pu réussir à tenir encore éveillée la moitié de la salle.
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 5 LES ORIGINES Il est difficile, Mesdames et Messieurs, quand on assiste au plein succès d’une œuvre, de se rendre compte des difficultés qu’il a fallu vaincre pour la mener àbien, des obstacles qu’il a fallu renverser un à un avant d’aboutir.
Ce Congrès plus que tout autre semblait impossible à réaliser, parce que ses futurs partisans étaient séparés par des opinions et non pas des faits, et qu’un homme est souvent prêt àtout, sauf à faire une concession à ce sujet.
4 Eh bien la puissance des idées est telle, la force spirituelle est si grande que dans un élan vraiment fraternel toutes les divisions de détail existant‘depuis des années ont été abandonnées sur le champ, toutes les personnalités, toutes les éèoles se sont évanouies devant la cause elle-même, tous les chefs sont venus silencieusement se ranger en simples soldats sous les plis du drapeau qui nous réunit tous pour combattre l’ennemi commun: le Néantismé.
En moins de trois mois, les écoles furent groupées d’abord en France, puis en Europe, puis enfin en Amérique et jusque dans l’Inde. Les nombreux jour naux dévoués à notre cause qui jusque-là avaient agi isolément, vinrent un à un donner leur appui à l’œuvre commune, partout l’appel à l’union fut en tendu.
Les adhésions arrivèrent par centaines, puis. par milliers, la base d’entente choisie fut si large et, ajouterais-je aussi, l’aide de là—haut fut si grande, que le jour de l’ouverture de ce Congrès, non seulement les Spirites comme à Barcelone, mais encore tous
6 L’INITIATION ,__m les Spiritualistes, Kabbalistes, Théosophes, Magné— tistes, Swedenborgiens, Théophilanthropes étaient là et que devant les délégués de plus de 40.000 adhé— rents et de 95 journaux, notre ami Jules Lermina pouvait dire : ' « Cette œuvre n’est rien moins que l’affirmation de la science nouvelle, l’alliance de la physiologie et de la psychologie, le défijeté par la libre recher— che au préjugé et à la routine, la levée en masse des chercheurs de vérité contre l’obscurantisme qui se réclame pour arrêter l’essor de l’esprit humain, de l’intolérance persécutrice et irraisonnée « des Académies et des Églises l » Je crois donc, Mesdames et Messieurs, être votre interprète à tous en remerciant au nom de la cause spiritualiste la Commission exécutive qui a mené cette œuvre à bonne fin, grâce à la bonne volonté et au dévouement de tous les spirites et spiritualistes à qui elle a fait appel. .
Le 9 septembre 1889, cette Commission procla— mait le Congrès ouvert et faisait procéder à la nomi nation du Bureau. Arrêtons—nous un instant sur ce sujet et, tournant un peu la tête, voyons l’effet que produit cette réunion sur ces blasés et ces sceptiques à outrance qui s’appellent les journalistes parisiens.
A kâàkâ LE CONGRÈS DEVANT LA PRESSE Vous figurez—vous, Mesdames et Messieurs, l’effet qu’eût produit dans la Presse, il y a seulement quinze ans, l’annonce d’un Congrès spirite P Le dictionnaire
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 7 n’eût pas contenu d’assez joyeuses épithètes pour décorer les membres de ce Congrès et les railleries les plus spirituelles n’eussent pas manqué d’assaillir de tels audacieux. . Aujourd’hui c’est un peu changé.
Notre groupe— ment 3 produit l’effet qu’on en pouvait attendre ; notre nombre, mieux que tout argument philosophi que a‘ fait réfléchir et si nous sommes attaqués, nous devons loyalement reconnaître que c’est avec beau coup d’esprit et avec la plus parfaite ignorance de nos doctrines et de notre but de la part de ceux qui nous ont fait l’honneur de s’occuper de notre mouvement.
Tout d’abord une note reproduite par beaucoup de journaux et émanée je ne sais d’où, annonce au pu— blic que nous sommes très méfiants et que nous avons tellement peur de nos adversaires que le con trôle le plus sévère sera fait à l’entrée pour ne rece— voir que des frères (lisez des fous). Cette note nous rendit un signalé service ; la Presse, excitée par le mystère, vint nous rendre visite.
L’examen nous fut favorable, car deux journaux français des plus importants, le Temps et le Journal des Débats firent mention de notre séance en termes mesurés. Une seule chose surprend les rédacteurs: le nombre de jolies femmes qui nous aident de leur concours et de leurs lumières.
Remercions donc toutes les assistantes de nous avoir si bien défendus en mon tram que la femme a compris l’importance de notre but; car partout où il faut sauver la Société par la Morale ou le sacrifice,la femme est toujours au pre. mier rang.
8 L’INITIATION Aussi, Messieurs de la Presse, donnez-vous la peine de nous prêter un peu d’attention et vous verrez qu’une table qui tourne conduit souvent ses adeptes à sacrifier leur temps et leur argent au soulagement des misères humaines, tandis qu’un orateur qui prêche le néant entre deux absinthes ne peut logiquement conduire ses auditeurs qu'à deux conséquences: le suicide s’ils sont riches, le vol s’ils sont pauvres.
Oui, nous croyons à l’immortalité de l’âme, nous croyons qu’on peut communiquer avec ceux quevous appelez : les morts, et, pour le démontrer, nous n’al lons pas perdre notre temps en discussions méta physiques qui ne prouvent rien, nous n’allons pas nous dépenser en arguments plus ou moins logiques.
' Vous niez la puissance du raisonnement, Messieurs de la Science officielle, vous ne croyez qu'à celle du fait; eh bien nous allons vous arracher des mains ce flambeau de la Science que vous prétendez accaparer et, à sa lumière, nous allons vous montrer une appa rition laissant la trace de son passage sur un enregis treur mécanique, gravant sa réalité sur une plaque sensible et vous n’aurez même plus le prétexte de crier à des millions d’êtres raisonnables: Vous êtes des hallucinés!
Il faudra chercher autre chose. Mais avant d’aborder ces questions à propos du tra vail des Commissions, il nous faut rendre compte de notre groupement, du nombre et de la représentation de nos délégués. LE CONGRÈS EN LUI-MÊME Avant d’énumérer les nombreux vivants qui nous
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 9 ont aidé, permettez-moi de remplir un devoir que je considère comme sacré envers un mort. Je ne pense pas me tromper en affirmant que la plus grande majorité du Congrès a été amenée à s’oc cuper de ces questions par l’influence médiate et immé diate du fondateur du Spiritisme philosophique : Allan Kardec.
Je rends hommage à ce noble esprit et cet hommage est d’autant plus impartial que je représente au milieu de vous l’antique Science Occulte et non un groupe spirite.
Je salue en lui le divulgateur d’une grande doctrine, je salue et je vénère votre premier apôtre, frères et sœurs spirites, et je suis persuadé qu’aucun homme, qu’il accepte ou qu’il n’accepte pas les doc trines d’Allan Kardec, n’hésitera à se joindre à moi, dans ce salut que nous devons à tous ceux qui ont su se sacrifier pour leur idée, qu’ils s’appellent Mesmer, Louis Lucas ou Allan Kardec.
Ce devoir accompli, il me reste une tâche bien difficile à remplir : c’est celle de vous montrer la force réelle de notre mouvement en vous énumérant les écoles diverses qui ont pris part au Congrès, les délégués d’élite qui ont fait de nos discussions un centre magnifique d’enseignement scientifique, philosophique et social.
Outre le Spiritisme représenté dans toutes ses bran ches, dans toutes ses écoles, la Théosophie, la Kab bale, l’école Swedenborgienne, le Magnétisme, la Frame—Maçonnerie ont leurs représentants parmi nous. “ La liste de tous ces délégués est longue, mais cette longueur même prouve l’importance qu’ont, àl’heure -...——v-—_t . n- .
1,0 L‘INITIATION actuelle, nos idées; aussi suis—je persuadé que vous êtes toujours heureux d’entendre répéter les noms de tous ceux que vous avez encouragés et acclamés tous ces jours derniers. Nos présidents d’honneur vous sont connus. Vous savez quels services a rendus à la cause spiritualiste, la directrice de l’Aurore, M“" LA DUCHESSE DE POMAR, par ses nombreux ouvrages et par sa revue.
Que puis—je dire du philosophe si profond et si con vaincu, de l’éminent écrivain de la religion laïque: CHARLES FAUVETY pour vous montrer, comme il le mé rite, ce penseur et cet écrivain ? - Si, cependant, je puis dire une chose : c’est que vous l’avez entendu, c’est que vos acclamations, mieux que toutes mes paroles, répondent par avance à ma question.
' Quant à notre cher défenseur, le champion depuis longtemps de nos idées contre les matérialistes, l’au teur des Choses de l’autre Monde, des Grands Mys— tères et de tant d’autres livres que vous avez tous lus, EUGÈNE NUS, il vous est connu et ce serait témérité de ma part de vouloir en parler devant ses lecteurs qui l’aiment et qui l’admirent. , Tels sont les présidents éminents que le Congrès a placés à sa tête comme signes vivants de la grandeur des idées qu’il compte défendre, laissez-moi mainte-— nant vous dire un mot de notre président effectif JULES LERMINA Jules Lermina n’est pas spirite, vous le savez tous ; l’immortalité de l’âme ou les rapports avec les morts
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE Il sont encore pour lui des problèmes non résolus, mais il est ennemi de tout préjugé qui tendrait à arrêter l’essor de la pensée humaine.
« Vous énoncez des phénomènes qui présentent toute la rigueur scienti fique désirable, m’a-t-il dit, on ne veut pas vous écouter à cause des noms que vous leur donnez, eh > bien, pour montrer à tous qu’on doit s’incliner devant la Vérité expérimentale, qu’elles qu’en puissent être les conséquences, j’accepte l’honneur de diriger vos débats.
Je veux montrer par là que moi, libre—penseur dans la véritable acception du mot, je n’ai jamais peur des préjugés ridicules invoqués par les Académies ou par les Eglises pour empêcher la Vérité de se pro— duire. » Voilà pourquoi je pense être votre interprète à tous en remerciant Jules Lermina du service qu’il a rendu à notre cause par sa présence au milieu de nous, alors qu’il ne partage pas nos idées.
'k ‘4‘ Au nom de la France, au nom de nos frères et sœurs du monde entier, je salue les délégués étrangers qui ont fait de notre congrès une manifestation vrai ment internationale. L’ESPAGNE s’est révélée tout à coup aux yeux de l’Europe, en nous montrant la puissance de la force intellectuelle qui l’anime, par la valeur incontestable de tous ces délégués que vous avez si souvent eu l’oc casion d’applaudir. Le Vicomte de Torres Salanot, président du 1‘” Congrès; l’orateur Miguel Vives ; le philosophe Sanz
I 2 L’INITIATION Benito et toutes ces personnalités illustres qui ont donné tant d’éclat à notre Congrès; Dr Garcia Lopez, D' Bernardo Alarcon, D' Ballesteros, D'_ Huelbes Temprado, Eulogio Horta , Jean Rubio Morales, Modesto Casanovas, Edouardo E. Zarate, Dr Manuel Navarro Murillo, J. Agramonte, T.
Sanchez escri bano, Don Dalmau, Pedro Gomez y Gomez, Francis c0 Usich, Carlos Franzelius représentent toutes les sociétés spirites espagnoles qui formeront bientôt une immense fédération. L’lTALIE nous a délégué le Capitaine Volpi et le pro fesseur Hoffmann à qui notre cause doit déjà tant de progrès. MM. Van Straeten et M. L. Becker sont venus nous apporter les idées de nos frères de LA HOLLANDE. Mme et Mlle Norlund, Mlle A.
Dubost représentent au Congrès LA SUÈDE; MM. Tortensen et Carl Stos— jedt, LA NORWÈGE; Mlle de Wolska, LA POLOGNE; M. Semenofl“, notre sœur intellectuelle: LA Russnz. LA BELGIQUE nous a délégué des orateurs de grand talent, MM. Paulsen et Henrion. LA SUISSE, Mme Bourdin de Genève. LA BAVIÊRE envoie MM. Louis Deinart et le D' Grau de Munich. BERLIN est représenté par M. Sigismond Karl.
LE PORTUGKL a délégué M. le D' Laurenço de Fon seca et Don y Dor de Planas. L’ANGLE’I‘ERRE M. et Mme Everitt à qui nous devons de si intéressantes communications. Et ce n’est pas seulement le continent qui est représenté à notre Congrès.
\ CONGRÈS SPIRITE ET SPIRiTUALISTE 13 La grande sœur aînée en spiritisme, l’AMÉRIQUE DU NORD a nommé M. Henry Lacroix pour la représen ter, l’AMÉRIQUE DU SUD nous a délégué pour le MEXIQUE, Don Rafael de Zayas Enriquez et pour BUENOS-AYRES, M. et Mme Crousse. Enfin MELBOURNE est représentée par M. et Mme Terry.
La France s’est unie dans ce Congrès à tous ses frères du monde entier et montre, par ce fait mieux que par toutes les théories, que l’alliance universelle des_peuples par la morale fraternelle n’est pas une utopie mais bien une conséquence réelle, indubitable de l’évolution progressive de l’humanité. Je ne puis, en vous citant les délégués des centaines de sociétés françaises, vous dire quels sont ceux que vous avez applaudis davantage.
Ils ont tous eu leur part de VOS bravos et c’était justice. Le D' Chazarain, MM. Leymarie et Delanne ont rendu à la cause des services que vous avez tous pu apprécier. M. P.-G. Leymarie est l’infatigable organi sateur du Congrès. M. Léon Denis a été justement fêté par vous. Vous avez senti en écoutant sa voix entraînante que, tant que notre cause aurait de tels apôtres, ses progrès étaient certains.
Mais me voilà fort embarrassé, tous ont eu le succès que méritaient leurs travaux et je les cite au hasard ne voulant pas sortir de l’impartialité inhérente à la tâche que vous m’avez confiée. MM. Gabriel Delanne; Camille Chaignau; Marins Georges; Henri Sausse; Blin; Lecocq ; Lecomte; Cuvene; James Smith; Berthet; Rouxel ; Laurent de r .ny——w—
14. L’INITIATION Faget; Bacquerie; Chevalier; Olagnier; Mme Kock; Dr Pradère; M. Vinet Pesseau; M. et Mme Viselle; Caminade; Mme Couty; M. Delacourcelle ; Honart; Gebhart; M. Guegan ; M. Hiérabide; Lejay; Mon tière;Lavril ; Martin; Trésorier; Auzanneau ; Bou— very; Virry ; l’abbé Roca; Bouvery; A.
Caron ; Mme Pognon; Carlos Libert; Warchawsky; Arnould; Mme Vigné; Papus, représentent les écoles spirites et spiritualistes françaises. , Ces noms indiquent la puissance réelle du Con grès. Voyons maintenant quelles idées principales sont sorties des discussions.
LES CONSÉQUENCES ou CONGRÈS La conséquence générale des travaux du Congrès est une tendance à asseoir la philosophie sur des bases nouvelles, bases empruntant leurs éléments constituants à l’expérimentation au lieu de les emprunter, comme c’était le cas jusqu’à ce jour, à la métaphysique.
Mais notre expérimentation ne s’arrête pas au monde visible; possédant, par les sujets et les mé diums, des instruments d’investigation entièrement nouveaux, nous faisons pénétrer le champ de nos expériences jusque dans le monde invisible et nous rapportons de notre investigation des données scientifiques, philosophiques et sociales vraiment progressives. Posons d’abord la base expérimentale par l’énoncé des faits obtenus.
. CONGRÈS SPIRITE ET SPIR[TUALISTE l5 LES FAXTS Depuis quelque temps une excellente mesure a été prise par ceux qui s’occupent des phénomènes spi rites au point de vue de leur stricte réalité scientifique. Cette mesure consiste à remplacer les organes humains par des enregistreurs mécaniques, toutes les fois que cela est possible.
C’est par ce procédé que William Crookes, de la Société royale de Londres, inaugura cette magnifique série d’expériences qui, considérée dans son ensemble est le monument le plus parfait qui ait été jusqu’à présent élevé contre l’autel du Matérialisme néan tiste.
Devant ces faits indéniables les Matérialistes en sont réduits à jeter le livre avec rage en s’écriant: Je ne veux pas lire, cet homme est fou 1 En supposant que l’auteur de si belles découvertes positives soit fou, comme nous tous et les quelques millions de frères qui partagent nos idées, il reste à prouver la folie des réactifs chimiques et de l’enregis treur Marey, chose, on _l’avouera, un peu plus diffi cile.
Aussi c’est avec joie que nous devons signaler les tentatives de ce genre et au premier rang celle du capitaine Volpi sur l’obtention des photographies spi rites. Nous savons tous qu’il est possible de tromper l’individu inexpérimenté dans l’obtention de ces pho— tographies; mais nous savons aussi combien il est facile de découvrir la supercherie quand il y en a une.
l 6 L’INITIATION . Or, dans ses expériences impartialement poursui vies depuis cinq ans, le capitaine Volpi a pris toutes les précautions nécessaires. De plus il est arrivé à de tels résultats que la véritable photographie spirite est“ impossible à imiter par un des moyens aujourd’hui connus.
Ce fait est dû à l’action d’une modification spéciale de la,lumière par l’apparition, modification telle que le capitaine Volpi a offert 500 francs au photographe qui réussirait à imiter une de ses photo graphies spirites par un moyen frauduleux quel conque. Plusieurs photographes se sont présentés et ont fait des essais, tous se sont retirés d’eux-mêmes avouant le phénomène impossible à imiter.
Ces pho tographies spirites ont été présentées aux membres du Congrès. M. Mac Nab de Paris a présenté également d’inté ressantes épreuves photographiques de matérialisa tions, ainsi que deux clichés photographiques égale ment de matérialisation. M. Henry Lacroix des Elats-Unis possède égale ment une collection importante de photographies, obtenue dit-il, en bouchant de toutes parts l’appareil photographique.
Cependant nous appelons particulièrement l’atten tion des membres du Congrès sur les expériences du capitaine Volpi à ce sujet. A ces faits dûment constatés s’ajoutent une foule de phénomènes particuliers représentés par leurs résultats, comme les desseins médianimiques présen tés par MM. Leymarie, Delanne, les peintures média— nimiques présentées par M. Van Straeten (délégué
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 17 de la Hollande) et une foule d’autres faits mentionnés dans les procès—verbaux des sections. LA PHILOSOPHIE Au point de vue philosophique la théorie spirite ou les théories presque identiques avec elle dans leurs principes généraux des écoles d’occultisme instaurent sur ces bases expérimentales un aperçu aussi large qu’intéressant de la destinée humaine avant la hais sance. pendant la vie et après la mort.
Les expé riences psychiques servent de point de départ et de preuves pour la plupart des théories philosophiques de la nouvelle école. Enfin je vous signale tout spécialement les CONSÉQUENCES SOCIALES auxquelles aboutissent les conclusions du Congrès. Solidarité universelle de tous les êtres humains considérés comme les organes d’un même corps. Nécessité d’un rachat collectif.
L’Amour et la Charité entre les hommes s’imposant aux lieu et place de la Haine et de l’Egoïsme aujour d’hui tout puissants. Les spirites de tous les pays, tous nos frères et sur tout toutes nos sœurs sont prêts à prêcher d’exemple et à commencer pratiquement la réalisation de cet idéal social qui, ils le montreront, est une réalité et non pas une utopie! Mais il est temps pour moi de terminer. Je vais lire les rapports particuliers de chaque section. Je vous prie, mesdames et messieurs, encore une
18 L’INIT1ATION fois de m’excuser, si je vous ai fait perdre un temps qui eût été mieux rempli par les vaillantes paroles de nos frères, mais j’étais chargé d’un devoir dont la moindre qualité est d’être fort ennuyeux à remplir, ' non pas pour celui qui l’écrit, mais bien pour ceux qui l’écoutent. û J«In Ici 'viennent (les rapports particuliers de chaque section; Spiritisme, Philosophie, Occultisme, Pro— pagande.
Le peu de place que nous disposons nous oblige à renvoyer au prochain numéro les rapports complets des deux premières sections (I). Nous donnons pour aujourd’hui les conclusions de la section d’0ccul— tisme qui se rapportent spécialement aux idées défen— dues dans l’Inz‘tz‘ation : III' SECTION OCCULTISME Théosophz‘e. — Kabbale. —- Franc-Maçonnerie La section d’occultisme présente au Congrès le résumé de ses travaux.
Ce résumé est établi dans le but de montrer les nombreux points où l’occultisme et le spiritisme sont d’accord ainsi que les divergences qui peuvent exister entre les deux enseignements. Les travaux ont duré du 9 au 13 septembre inclu sivement. (i) Les personnes qui voudraient avoir_ de suite tous les rapports Les trouveront in entama dans la Revue Spm‘te, du 15 septembre. 1, rue Chabanau.
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 19 Les théories ont été présentées par M. Papus; les discussions ont été soutenues par : MM. Jules Lermina; Lemerle; Mac-Nab; Reybaud; . D’ Chazarain; Gabriel Delanne; Varchawsky; M” Raymond Pognon; M. Bosc; le D“ Foveau de Gourmelles; le D' C. Dariex, et Papus.
Occuunsma Constitution de l’homme 1° La Constitution de l’Homme est enseignée iden tiquement par toutes les écoles spirites et spiritualistes quoique par des termes difiérents. Voici ces noms: Spiritisme Kabbale Théosophîe i. Le corps; Le corps (Nephesh). Le corps (Rupa). 2. Le périsprit; Le corps astral (Ruah). Le corps astral (Linge sharira). 3. L‘âme. L'esprit (Neschâmah). L‘esprit (Atma).
2° La divergence entre les doctrines enseignées par le Spiritisme et par les occultistes porte sur la trans— formation de ces principes après la mort. L’occultisme croyant à la dissolution totale du périsprit au bout d’un certain temps. Phénomènes Spirites 3° L’occultisme n’a jamais nié la possibilité ou la réalité de la communication des vivants et des morts.
Les phénomènes obtenus dans les séances spirites sont cependant expliqués de plusieurs manières par les occultistes. . 4° L’affirmation que la vie humaine peut sortir de l’être humain consciemment ou inconsciemment
20 L’INITIATION (sortie du corps astral) explique un grand nombre de phénomènes"dits mystérieux obtenus dans les séances spirites ou par les Fakirs de l’Inde. 5° L’alliance consciente ou inconsciente des corps astraux du médium et des assistants avec ou sans influence d’êtres psychiques extérieurs explique une autre partie de ces phénomènes. 6° Enfin l’influence réelle des esprits est jusqu’à présent incontestable dans un grand nombre de cas.
Cependant toutes réserves doivent être faites sur les précautions à prendre pour éviter les mauvaises influences tant pour les manifestations elles-mêmes que pour les médiums. I I Septembre. 4— Le périsprit _7° La physiologie et l’embryologie modernes con firment les données de l’occultisme en montrant que le corps astral (fluide nerveux organique) précède l’âme et fabrique le corps matériel, physiologiquement parlant.
8° De ces considérations on peut tirer une théorie scientifique de l’incarnation de l’âme dans le corps. D’après l’occultisme l’âme n’est jamais totalement incarnée dans le corps. L’idéal de l’être humain est formé par la partie extérieureà son corps (Higher—Self des Anglais).
La Réincarnation 9° Les écoles d’occultisme qui enseignent la réincar nation prétendent toutes que l’âme seule (partie la plus élevée de l’être, Neschâma Atma) se réincarne et
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 21 que le périsprit se dissout avec le temps et passe à l’état d’image astrale. > La réincarnation est cependant contestée par quel ques écoles (H.
B. of L.). ‘ 10° Le corps et la partie du corps astral (périsprit) en rapport avec lui, peuvent être analysés par la science matérialiste; mais'les fonctions intimes du corps astral et ses rapports avec l’âme échappent à l’analyse des seules méthodes du matérialisme et lui échapperont toujours.
12 Septembre. — L’Humam'té 1 1° Le périsprit se renouvelleincessamment quant à ses parties constituantes par l’action toute spéciale du nerf grand sympathique sur la vie apportée par le globule sanguin qui la puise lui—même dans l’air am biant. 12° L’homme présente une véritable hiérarchie cel— lulaire couronnée par la cellule nerveuse. De même la terre présente une série hiérarchique d’êtres cou ronnés par l’humanité.
13° L’humanité est le cerveau de la terre. Chaque être humain est une cellule nerveuse de la terre; chaque âme humaine est une idée de la terre. Nous sommes tous solidaires commeles cellules d’un même Organe. L’évolution individuelle de l’être humain est, par suite, liée à l’évolution collective de toute l‘huma— nité. Le malheur des uns retombe [par suite sur le bonheur des autres. Tant qu’il y aura des humains malheureux il n’en peut exister aucun de complète ment heureux. -
2 2 A L’INITIATION L’Un ipers [4° La vie est portée à tous les points de l’orga nisme humain par les globules sanguins sous l’action dirigeante du périsprit (grand sympathique). Chacun de ces globules sanguins est un être réel constitué analogiquement comme l’organisme lui-même. 15° L’être humain puise la force nécessaire à vita liser ces globules et par suite à organiser le périsprit dans l’air ambiant.
Les organes de l’homme puisent la force nécessaire à se vitaliser eux-mêmes dans le milieu sanguin ambiant. Le sang est donc pour les organes ce que l’air est pour l’être entier. 16° La terre puise les éléments nécessaires à vita liser tous les êtres qui sont à sa surface (êtres qui sont ses véritables organes) dans la l‘umière solaire au sein de laquelle elle baigne comme toutes les planètes de notre système.
17° La lumière solaire agit vis-à-vis des planètes comme le sang vis—à-vis des organes et, comme le sang contient une foule d’êtres réels, sous le nom de globules sanguins, de même les flots de lumière con tiennent une foule d’êtres perceptibles aux voyants, êtres constituant des forces inconscientes (élémentals) ou êtres concients et [volontaires (élémentaires —-— esprits).
18" Toutes ces considérations tendent à montrer que chaque planète est un être réel et vivant possé— dant un corps, un périsprit ou médiateur et une âme. Bien plus, que chaque planète ainsi constituée, n’est qu’un organe d’un être également vivant: l’Univers.
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 23 19° Enfin si nous considérons que l’homme est formé d’une immense quantité de cellules de formes et de fonctions différentes sans que la soustraction d’une partie quelconque de ces cellules (Ex : l’ampu tation) enlève quoique ce soit à l’intégrité de la con science de cet homme, nous verrons que le corps matériel ne peut pas agir sur cette conscience intime, indépendante de lui et immortelle, en rapport seule— ment avec le périsprit, corps astral des occultistes, médiateur plastique de Paracelse et de Van Hel mont.
20° De même l’Univers matériel conçu dans sa totalité formele Corps de l’Être suprême nommé Dieu par les Religions. L’Humanité de toutes les planètes, le grand Adam-Eve de l’Esotérisme, est la vie ou l’âme de cet être suprême. Enfin l’Esprit de cet Être ou des Êtres est indépendant du reste de la création, comme la conscience de l’homme, son âme, est indépendante de son organisme matériel.
L’Occultism<i définit ainsi Dieu: Synthèse des mondes visibles et invisibles formé: Par l’Univers comme Corps‘ (objet de l’étude des Matérialistes) ; Par l’humanité comme Vie (objet de l’étude des Panthéistes) ; Par Lui-même comme Esprit (objet de l’étude des Théistes). RÉSUMÉ Pour résumer tous les enseignements en ce qui regarde l’homme, nous dirons que la naissance et la
24 L’INITIATION mort, ces deux énigmes qui ont toujours arrêté les matérialistes néantistes, sont les clefs de l’occul tisme et du spiritisme. 21° La naissance nous apparaît comme la mort de l’âme au monde des Causes et sa rentrée dans le monde matériel ou des effets. La mort, au contraire, nous apparaît comme la véritable naissance de l’âme au monde spirituel.
A la rentrée de l’âme dans le monde charnel on détache le lien qui retenait l’enfant à sa mère, comme à la rentrée de l’âme dans le monde spiri tuel,se détache du corps matériel le périsprit qui ser vait à lier et à assujettir l’âme à ce corps. 22° Telles sont les considérations qui ont conduit les représentants de la Science Occulte dans toutes ses branches à venir s’unir fraternellement aux spi— rites de toutes les écoles.
Une même doctrine nous unit tous contre l’ennemi commun, le néantisme. Ne tenons pas compte des divergences de détails ou des mots qui peuvent nous séparer et affirmons notre union sur les deux principes fondamentaux de la doctrine spiritualiste : Persistance de moi conscient après la mort; Rapports possibles entre les vivants et les morts. Le secrétaire de la section d’occultt’smç du Congrès: PAPUS.
' PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ,3IÉRGME I2ARDAN , ÊN des plus hardis chercheurs du xv1' siècle, c’est sans contredit Jérôme Cardan, qui fut à la fois médecin, astrologue, philosophe et mathématicien. Nous allons étudier ce personnage sous ses quatré aspects différents. , ' ' Cardan naquit à Pavie le 24 septembre 1501 et mourut à Rome le 21 septembre 1576.
Si nous en croyons une légende, il aurait été martyr de sa foi astrologique, car on prétend, mais rien n’est moins prouvé, qu’il se laissa mourir de faim pour justifier la prédiction qu’il avait faite de sa mort pour tel jour assigné. . Joseph Scaliger et de Thou mentionnent bien le fait, mais rien n’attestant son authenticité, on peut bien le révoquer en doute. I . ,\ Cardan_ne fut pas, tant s’en faut, un homme ordi_
26 L’INITIATION maire ; dès l’âge de sept ans, il était déjà assez instruit pour recevoir de son père les premières notions de sciences, et il profita si bien des leçons paternelles qu’à l’âge de vingt—deux ans, c’est-à-dire au commen cement de l’année 1524, il prit à Venise le grade de maître ès-arts. Deux ans après, il reçut àPadoue le bonnet de doc— teur en médecine, il était alors recteur de l’Université de cette ville.
En I 529 il se rendit à Milan où sa réputation l’avait précédé, il y sollicita vainement son agrégation au collège des médecins, sa demande ne fut pas prise en considération à cause de sa naissance illégitime ;il était en efi”et, le fils naturel de Facio Cardan, méde— cin jurisconsulte italien, né àMilan en 1444..
La con cubine de son père se nommait Claire Micheria; ce n’était pas le modèle des vertus, puisque Cardan nous apprend que sa mère pendant sa grossesse essaya de se faire avorter; delà un enfantement très pénible. Il nous dit aussi que s’il eût une existence malheureuse, c’est qu’il était né sous une mauvaise constellation.
En 1 53 I, Jérôme Cardan se maria avec Lucie Ban— dareni ; le 14 mai 1534, il en eut un fils qui fut déhanché, vicieux, cruel, vindicatif à l’excès. Ce fils qui se nommait Jean-Baptiste fut même condamné à mort et décapité le 13 avril 1560 pour avoir empoi sonné sa femme qui l’avait trompé.
C’està l’occasion de cette mort que Jérôme Cardan écrivit son De Uti— litate ex aduersz’s capienda, dans lequel lécrit publié en 1560, il émet des idées fort singulières. Cet homme extraordinaire n’a pas écrit moins de
JÉROME CARDAN 27 deux cent vingt—deux traités qui ont tous été imprimés pendant la vie ou après la mort de l'auteur. Ch. Spon a publié à Lyon en dix volumes in-fol. en 1663, toutes les œuvres de Jérôme Cardan sous ce -titre : Hieronymi Cardani mediolanensz‘s philosophiæ medici celeberrimi opera omnia, cura Car. Sponii : -cette édition comporte même deux ouvrages de J.-B. -Cardan, ce sont: De Abstinentia ab usu fœtz‘dorum ciborum et Dejulgure.
De tous les ouvrages de Cardan, le plus connu est celui qui a pour titre: De subtilitate libri XXI, lequel a eu de nombreuses “éditions ; il en existe une traduction française sousce titre: Les livres d’Hz'er.
Cardanus, de la subtilité et sub ‘1‘iles inventions, ensemble les causes occultes etrai »sons d’icelles;traduction faite par Richard Leblanc, 7un vol. in-4° ; Paris, 1556. _ ‘ Dans ses ouvrages en général, mais plus particuliè— rement dans celui-ci, on trouve une vaste érudition, soutenue par quantité d‘observations et d’expériences sérieuses.
Jales-César Scaliger a écrit contre le De subtz'litate un volume ayant pour titre: XV libri Exoz‘ericarum exercitationum (I) ; Cardan y a répondu dans. la seconde édition de son traité par Actio in calamin— ' rem (2). ‘ Notre savant docteur ne mit que huit mois à écrire 6(1)7Le manuscrit de Scaliger a été publié en l vol. in-4' ', Pans, l 04. (2) Paru à Bâle en [550.
28 L’INITIATION la première édition de son De subtilitate, mais il passa, dit—on, trois années à_ le corriger.
Comme l’indique son titre, le Traité de la subtilite comprend vingt et un livres ; le premier s’occupe des principes des choses (matières, formes, mouvement naturel, vacuité, etc.);le deuxième des éléments, mais .il ne parle que de trois: la terre, l’air et l’eau, négli geant le feu ; le troisième livre traite du ciel ; le qua trième de la lumière; le cinquième des mixtes; le sixième des métaux ; le septième des pierres; le huitième, des plantes; le neuvième, des animaux engendrés par la putréfaction (1) ; le dixième, des animaux parfaits.
Cardan admet la perfection ani male au moyen de la sélection: : , « Toute modification, dit-il, que l’on fait subir à la . forme extérieure des êtres a une action continue sur les êtres engendrés par ceux—ci, de sorte qu’on peut modifier à volonté la forme humaine et la varierà .l’infihi par l’art et la continuité d’une même cause agissante. » Voilà ce qu’un homme sensé, fou pour quelques-uns, écrivait déjà au milieu du xw° siècle.
Mais poursuivons l’analyse du De subtilitate ; le onzième livre est consacré à l’homme et à sa forme; le douzième à sa nature et à son tempérament; le treizième, aux sens, _aux sentiments et à la volupté; -le quatorzième, à l’âme, à l’intelligence, au jugement, aux passions ; le quinzième traite des inutiles subti— lités; le seizième, des sciences en général; dans ce livre Cardan se proclame l’inventeur de l’algèbre; le (I) Il admet la génération spontanée.
JÉROME CARDAN 29 dix-septième livre parle des arts et inventions ,' le dix ‘ huitième, des choses merveilleuses; le dix-neuvième, des démons, des génies ; le vingtième des premières substances (anges, archanges, etc.) ; enfin le vingt et unième livre, traite de Dieu et de I’Unz‘uers. J Cardan a écrit une sorte de pendant à son traité de De subtiliz‘aæ ; il a pour titre : De rerum var1‘etate.
Dans cet ouvrage il parle à peu près de tout et avouons—le un peu à tort et à travers; l’auteur nous endonne lui-même l’explication suivante, qui paraît ' au moins étrange :« L’honneur d’avoir écrit ce traité en revient à Dieu.‘Je n’aurais pas tant écrit sans l’aide et le conseil de la divinité : le conseil me venait de la misère, qui me contraignait à faire avec mes ’ libraires des marchés à tant la feuille, de sorte qu’a fin de remplir le plus de feuilles, j’écris tout ce qui me vient à l’esprit. » Voilà un aveu qui ne manque pas de franchise et _ tout à fait justifié du reste; en effet, dans 'son De rerum varz’etaz‘e, Cardan parle de la mécanique, des inventions, de la divination, de démonalogie, de spectres, de merveilleux secrets, etc., 'etc. — Dans le livre VIII, ch.
XLIII, du même ouvrage, il nous apprend qu’il tombe en extase chaque fois qu’il le ' désire, qu’il voit tout ce qu’il veut, non par les yeux du corps, mais par ceux de l’esprit, que les figures qu’il évoque s’agitent devant lui, et qu’enfin, il est très souvent averti en songe de ce qui doit lui arri 'Ver. ' ' ', De même que Socrate, Cardan a son génie familier; son père, Fado Cardan avait également le sien,
30 L’INITIATION . comme du reste d’autres hommes célèbres. Dans son De librz’sproprz‘z‘s, Cardan dit qu’il correspond sou vent avec son génie (génie vénérien (I) mêlé de Saturne et de Mercure), au moyen des songes et que c’est par l’intermédiaire de ce génie qu’il se met en ' communication avec un autre monde.
Affichant de pareilles idées surtout au milieu du xvr" siècle, il n’est pas étonnant que Naudé et Leibniz aient déclaré que Cardan était fou et malgré tout cela Leibniz reconnaissait et admirait grandement la supériorité de l’esprit de notre philosophe; voilà pour l’homme.
Il Si maintenant nOus étudions Cardan comme médeä ‘cin, nous pourrons dire que ses ouvrages témoignent de plus d’originalité que de profondeur, on y sent trop le mathématicien; ainsi par exemple dans son Opus novum, notre docteur recherche, si les effets produits par _les médicaments chez les malades sont en proportion arithmétique ou géométrique avec la dose absorbée.
C’est surtout dans le chapitre XV de son De vita propria, c’est-à dire de son autobiOgraphie, qu’on peut étudier les découvertes médicales et les inven tions plus ou moins ingénieuses de J. Cardan. En médecine il avait un aplomb s‘upeTbe, un seul “trait en pourra témoigner.
Ainsi en 1552 il fit un ’ voyage en Ecosse, et voici pourquoi: Jean Hamilton (I) C‘est dans son dialogue nommé Te'tt'm qu'il affirme que son génie vénérien est mêlé de Saturne et de Mercure. -— Dialmm: qui dicitur tetim, seu Rumanz: consiliîn; un vol-in-4° Bâle. 156 . M; ._.,.,.. . ,.g;, l‘.‘.m .M‘N.‘W
JÉROME CARDAN 3 1 archevêque de Saint-André et Primat du royaume avait une pénible infirmité: il avait les plus grandes diñicultés à respirer ; il avait successivementconsulté les célébrités médicales de la France et de l’Allemagne et personne n’avait pu le guérir. Hamilton ayant entendu parler de Cardan le manda près de lui et notre docteur devant les offres brillantes qui lui étaient faites n’hésita pas un instant à se rendre auprès du Primat.
Mais il avoue que c’est à un men-I songe qu’il doit cette bonne fortune; il prétendait en effet dans le premier livre de son De sapientia publié en 1544 avoir guéri plusieurs phthisiques, ce qui était absolument faux; c’était cependant ce passage qui avait donné confiance au Primat qui se trouva soulagé après un traitement de quelques semaines et entièrement guéri au bout de deux ans; c’est Car dan qui nous le dit.
Magnifiquement récompensé de cette cure merveil leuse Cardan voyagea en Angleterre, vit même à Londres le roi Edouard VI, puis il visita la France, les Pays—Bas, l’Allemagne. Après un voyage d’environ quatorze mois, il rentra à Milan, et il y vécut pendant quelques années dans la débauche et dans les tripots.
La passion du jeu le poussa même si loin qu’il vendit ses meubles et les bijoux de sa femme ;il_ assassina même un homme qui l’avait volé au jeu. Il fut jeté ' en prison non pour son crime, mais pour n’avoir pu payer une dette de 1,800 écus. Mis en liberté, il se rendit à Rome où il fut agrégé au collège des méde— cins romains et pensionné jusqu’à sa mort par Gré goire XIII.
32 L’INITIATION 111. En ce qui concerne ses travaux astronomiques, on s’accorde à reconnaître à Cardan des idées aussi hardies qu’originales, mais qui malheureusement n’étaient pas toujours conformes à la vérité. Nous ne citerons qu’un exemple, mais qui nous paraît topique. Vers 1572, il s’éleva entre tous les savants de l’Eu rope, une chaude discussion à propos d’une nouvelle étoile qui fit son apparition dans le groupe de Cas siopée.
Tycho (I) considérait cette étoile comme une création nouvelle, Cardan soutenait au contraire qu’elle avait toujours existé et qu’il avait de fortes raisons de croire que c’était même cette étoile qui avait conduit les mages à Bethléem. Il était difficile de contredire notre astronome sur un tel point.
IV Si nous étudions Cardan comme philosophe, nous devons dire tout d’abord qu’au xvr° siècle, quand un homme dépassait la moyenne de l’intelligence par ses écrits et ses nobles pensées, on le traitait d’athe’e, c’était un moyen de le faire brûler, si par hasard il arrivait à avancer des faits, qui pouvaient gêner la caste sacerdotale. Il ne faut donc s’étonner que Cardan ait été considéré comme athée.
Il avoue du reste lui même qu’il n’est pas très religieux, qu’il ne va guère à la messe, mais il dit qu’il est pieux, superstitieux même, mais nullement athée, ni fanatique. 6(1) Tycho-Brahe, célèbre astronome danois né en 1546 mort en 1 or. . o
JÉROME CARDAN 33 "7‘ "’ Ce qui avait contribué à accréditer son athéisme, c’est qu’il avait osé tirer l’horoscope de Jésus-Christ et laissé croire que c’était son œuvre propre, tandis qu’il n’avait fait cet horoscope que d’après ceux d’Albumazar, d’Albert—le-Grand, de Pierre d’Ailly et de T. Aussilianus.
Bien des livres de Cardan, notamment son de Im mortalz’tate anz‘marz_tm renferment des propositions peu orthodoxes, mais elles ne peuvent le faire passer pour un athée. Ainsi dans le chapitre II, il prétend que le dogme de l’Immortalité est préjudiciable à la société humaine, et il essaie de le démontrer par d’assez piètres raisons. Voici quelques opinions du philosophe sur l’âme, opinions qui rappelent quelque peu les doctrines d’Averroës (I).
En efiet nos deux philosophes admet tent un seul intellect émanation supérieure, divine, dans lequel baigne pour ainsi dire l’animalité. Ils mettent donc l’homme et la bête sur un pied d’égalité à cet égard, l’homme, animal supérieur, a la faculté de pouvoir être pénétré par l’intellect divin tandis que la bête ne vit que dans son atmosphère.
Au surplus voici ce qu’écrit Cardan : « Il n’y a sous la lune dit-il, qu’un seul entende (I) Ibn Roschd Averroës est un philosophe arabe né à Cordoue au commencement du xn' siècle, (1120-ll98). Il est surtout célèbre comme médecin de la cour des Almohades et comme commentateur d’Aristote.
Averroës inclinait fort au matérialisme et de même que tous les philo sophes arabes, il soutenait u qu'il n‘y avait qu'un seul intellect pour le genre humain, que l'entendement s'opère par la conjonction avec l‘être ivin et qu'enfin les âmes particulières sont périssables». Comme on le voit c‘est du panthéisme. . L'Ave’rroîsme fut condamné en l240 par l'Université de Paris et plus tard en 1512 par le concile de Latran. Au Campo-Santo de Pise une des peintures murales représente Averroës dans l‘enfer avec l'Ante-Christ et Mahomet. 2
34 L’INITIATION ment, et celui—ci n’est humain qu’en tant que la matière de l’homme peut l’admettre; cet entende— ment pe’nètre l’homme tout entier et lui permet de produire des actes d’intelligence.
Le même entende— ment s’approche des bêtes et peut les environner de toute part, mais non les pénétrer, car la disproportion des matières s’oppose à cette pénétration: de sorte que l’entendement illumine la pensée de l’homme, tandis qu’il ne fait que rayonner autour des bêtes de là vient que ce qui est parfait chez nous est confus et imparfait chez les bêtes ».
L’idée exposée ici par Cardan ne peut pas être coma prise du vulgaire, il faut posséder une certaine clé pour pouvoir l'interpréter, ensuite cette idée n’est pas ‘ tout à fait juste, enfin elle est exprimée d’une manière 'trop obscure.
Heureusement pour notre philosophe que beaucoup d’autres pensées sont plus nettement formulées, quand il dit par exemple que « dans les pays où les peines sont légères, il est rare que les crimes soient atroces, et réciproquement, là Où la jus— tice est barbare, les crimes le sont aussi. » Bien que Cardan ne soit pas célèbre comme philo sophe, cependant un grand nombre de ses ouvrages renferment des pensées profondes, empreintes souvent de beaucoup de finesse et d’élévation aussi ne faut—il pas s’étonner qu’un auteur, Naigeon, ait pu en faire un recueil.
On peut encore étudier l’esprit philosophique de Cardan, dans son De w'z‘a proprz'a, et ce n’est pas le philosophe seul qu’on peut étudier, mais l’homme même, car il est à son égard d’une brutale franchise, Ït“""‘
JÉROME CARDAN 35 après cependant avoir fait valoir ses bonnes qualités; ainsi il nous dit : « Qu’il méprise l’argent, qu’il n’a aucune ambition et que la plus grande de ses vertus est la constance avec laquelle il a supporté tous ses maux sans proférer une plainte sans laisser percer un moment d’impatience. » D’un autre côté il avoue bravement: « Qu’il est emporté, entêté, brutal et difficile à vivre; qu’il est aussi imprudent, rancunier, curieux, tourbe, impie, ‘bavard, débauché, obscène, lascif même, qu’il est tout naturellement porté à tous les vices, qu’il a le cœur froid et la tête chaude; etc., etc. » En voyant tous ces aveux et la conduite qu’a eue Cardan, l’existence qu’il a menée, il faut bien admettre que cet homme si supérieur en tant de choses avait un grain de folie, il faut bien le reconnaître, quand il nous apprend qu’il se mord les lèvres jusqu’au Sang et se tire les doigts, jusqu’à ce que la douleur lui arrache les larmes et tout cela pour déclarer que « la volupté n’est autre chose qu’un état de bien être qui succède à une douleur calmée et celle-ci sera facile ment apaisée, puisqu’elle est volontaire ».
V J. Cardan, nous l’avons dit au commencement de cette notice était mathématicien, nous ajouterons qu’il est très fâcheux qu’il ne se soit pas spécialisé dans l’étude des sciences mathématiques; ila certes acquis des droits à la reconnaissance de la postérité, mais il serait arrivé à une célébrité plus étendue, s’il se fut entièrement adonné à l’astronomie et aux
36 L’INITIATION mathématiques ce qui prouve, que c’était bien là sa voie, c’est qu’il reconnaît nous l’avons déjà dit que la plus belle époque de sa vie, fut son retour à Milan, où il professa les mathématiques; c’est alors qu’il publia son Ars magna, superbe traité de mathéma tiques qui le mit de pair avec les plus savants mathé maticiens et lui permit même, de diriger un moment le mouvement scientifique.
Disons à ce propos qu’il passe mais à tort, pour avoir découvert la formule pour la résolution des équations cubiques; il tenait cette formule de Tarta— glia; il avait fait même des tentatives inouïes auprès du savant pour l’obtenir; et celui-ci ne lui livra ses secrets que sur un engagement formel de ne pointles révéler.
C’est alors que secondé par Scipion Ferro, professeur de mathématiques à Bologne, Cardan publia la formule et sa démonstration, dans son Ars magna; dans le même ouvrage, on retrouve des traces de la méthode des ultimatum du signe dans l’équation, dans laquelle méthode Descartes pourrait bien avoir puisé l’idée première de la méthode qui porte le nom de ce dernier philosophe.
Cardan a le premier reconnu la relation qui existe entre les racines d’une équation et le coëfficient du deuxième terme de l’équation; on lui doit aussi la multiplicité des valeurs de l’inconnue et leur distinc— tion en positives et négatives, il connut également les racines imaginaires, remarquant que dans les équa— tions, ces racines vont par couple, enfin il mit sur la voie de la résolution des équations du quatrième degré, son élève Ferro, en lui proposant un problème
JÉROME CARDAN 37 comme insoluble. Or, en cherchant cette solution impossible, l’élève trouva la formule générale des équations du quatrième degré. Enfin, Cardan nous a laissé un calcul au moyen duquel, chacun peut prévoir la bonne ou la mauvaise fortune de toutes les années de sa vie. Il affirme par son expérience propre que ce calcul ne l’a jamais trompé.
Nos lecteurs pourront eux-mêmes vérifier le fait puisque nous allons leur livrer la formule inven tée par Cardan.
Pour savoir donc la fortune d’une année, il faut résumer les évènements de celles qui l’ont précédée par 4., 8, 12, 19 et 30 : le nombre 4 est celui de la réalisation; le nombre 8 celui de Vénus ou des choses naturelles; le nombre 12 qui est celui du cycle de Jupiter correspond aux'réussites; le nombre 19 au cycle de la lune et de Mars ; le nombre 30 est celui de Saturne ou de la Fatalité.
Le calcul astrologique de Cardan se rapporte à celui des années climatériques des anciens astrologues. " V!
En résumé, Cardan avec un esprit vif, fécond, ingénieux et très original, était cependant un homme . mal équilibré; dans son autobiographie (I) il s’attri bue une puissance peu ordinaire, surnaturelle pour nous servir d’une expression impropre mais générale ment admise ; or c’est l’ensemble de ses travaux et de (I), De BvrOprz'a vita liber: une première édition de ce livre très curieux a ç’t_e pu liée par Naudé en un volume in-22, Paris 1643 ; une seconde édition même format a éIé publiée à Amsterdam en 1654.
. .-» -.—wv , _., L’INITIATION 38 I ses narrations qui fait que bien des gens l’ont consi déré comme un peu fou ; et l’étude qu’on vient de lire justifie bien les paroles de Scaliger qui dit en par lant de Cardan : « Parfois, il est supérieur à tous les hommes, mais souvent aussi, il descend plus bas que les petits enfants. » ‘ On ne saurait mieux peindre l’homme, en une phrase.
Ce qui tendrait à prouver ce qu’on a dit souvent, que les grands génies ressemblent parfois à de grands enfants. Pour compléter notre étude, nous devrions donner en terminant une bibliographie des œuvres de Cardan; nous ne le faisons pas cependant, pour plusieurs motifs.
Il serait difficile de mettre quelque ordre dans ce fouillis de traités, ce serait ensuite un travail inu tile, puisque un auteur Nicéron en a donné une liste que nous avons lieu de supposer Complète. Enfin à ceux de nos lecteurs qui seraient désireux. de consulter les œuvres de cet écrivain, nous dirons qu’ils les trouveraient toutes réunies dans l’édition de Spon que nous avons mentionnée au commencement de cette étude.
Du reste dans l’œuvre énorme de Cardan, il y a. beaucoup à prendre mais encore plus à laisser; et des deux cent vingt—deux traités qu’il a écrits, ne pour— ’ raibon en extraire que dix de parfaits que le grand mathématicien aurait encore droit à la reconnaissance. ' J. MARCUS DE VÊZE. . - | . ...._.,f _"
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE .t — _ _- ,«.. ..-.—-s ra :. .,. -\qî._ ñfi «r»-—.... x .4-.. -..‘.-.
1. ..- ESSAI Sun sa SK‘ÎÆ‘UATII©‘N annosoeumun (Suite etfin.) A IV Le rapide développement de l’école positiviste pen dant la période qui suivit la mort de Cousin avait empêché les spiritualistes d’opposer une résistance sérieuse au progrès des doctrines nouvelles; d’ailleurs l’analyse subjective de Maine de Biran demeurait impuissante en face de théories fondées sur'l’expérience externe.
Il fallait, pour soutenir avantageusement la lutte, un spiritualisme scientifique, une psychologie physiologique qui fournit des réponses aux assertions hardies de la psychophysique, une philosophie qui, tout en conservantintégralement la pensée spiritua liste, s’harmonisât d’autant avec la biologie moderne.
On a reproché à Victor Cousin son mépris pour les sciences naturelles et la répugnance qu’il éprouvait à. y chercher des enseignements ; c’était, il est vrai, un peu le défaut des universitaires, et ce dédaigneux orgueil a, par un juste retour, causé la ruine de l’éclec— tisme.
' ' Le spiritualisme s’est maintenant engagé dans une voie nouvelle, il a su profiter, lui aussi, des progrès accomplis' en physiologie, grâce aux travaux de MM.Magy, Papillon, Chauffard et surtout Claude
4 o L’INITIATION Bernard. On s’étonnera sans doute que nous placions Claude Bernard au rang des penseurs qui ont renou velé le spiritualisme, son aversion pour la spécula tion pure devait, semble-t—il, annuler son influence sur la philosophie.
De fait, cette influence plus indi recte que directe, dans les écrits de ses disciples et en particulier dans le beau livre de M. Chauffard, la Vie où l’auteur, vitaliste convaincu, a longuement déve— loppé les idées émises dans le Cours de médecine expérimentale.
« S’il fallait, dit Claude Bernard, définir la vie d’un seul mot qui, en exprimant bien ma pensée, mit en relief le seul caractère qui, suivant moi, distingue nettement la science biologique, je dirais : la vie c’est la création. » Cette définition féconde qui à elle seule constitue tout un programme, et quelques aperçus sur l’embryologie (I), véritables traits de lumière qui illuminent l’Introduction a’ l’étude de la méde— cine expérimentale et qui témoignent de la profonde connaissance des phénomènes vitaux en même temps que de l’entière sincérité du savant qu’ils illustrent, bnt beaucoup contribué à la renaissance des doctrines vitalistes et par là même ont servi la cause qui nous occupe.
Le vitalisme, sorti de la faculté de Montpel lier, était tombé avec la vogue de cette célèbre école; (1) Ce qui est essentiellement du domaine de la vie et qui n‘appar tient ni à la ph sique, ni à la chimie ni à rien autre chose, c’est idée directrice de l‘ volution vitale. Dans tout germe vivant. il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l‘organisation.
Pendant toute sa durée l'être vivant reste sous l‘influence de cette même force vitale créatrice et la mort arrive quand elle peut ne lus se réaliser. Ici comme partout tout dérive de l'idée qui elle seule cr e et dirige. CL. B.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 4.! W.‘*‘*m— . . w-—- .,—v-ær-_-..-'r '.I_ les travaux des physiologistes allemands, ceux de Darwin, de Huxley, de Mosso et de Lombroso, par la grande renommée et par la nouveauté de leurs résul tats avaient, même en France, éclipsé momentané— ment nos gloires scientifiques.
Mais cet engouement ne dura pas, les thèses de la psycophysique, les décou— vertes de Fechner et Weber qui firent tant de bruit, la fameuse loi du logarithme après avoir excité l’enthousiasme, furent elles—mêmes rangées par la plu part des physiologistes français parmi les hypothèses non vérifiées. Le vitalisme découle du dynamisme métaphysique, car qu’est-ce que laforce m'tale sinon un mode particulier de la Force en soi?
«Au commencement était l’action ! » disait Goethe ; « au commencement était la Force », disent les dyna mistes; l’homme, force indépendante et libre, les êtres vivants, mécanismes mus par des forces libres malgré le déterminisme apparent qui règle leurs mani— festations diverses, voilà les axiomes fondamentaux des deux systèmes dont l’un n’est que la généralisa tion, l’exclusion et l’application à tous les organismes. de l’autre concernant seulement l’être moral.
Et elles sont si intimement liées qu’on ne peut réfuter la pre mière sans ruiner la seconde et inversement ; et comme le dynamisme reste jusqu’à présent l’expression la plus complète de la philosophie spiritualiste purgée de toute tendance panthéiste, on voit que la lutte séculaire des deux doctrines adverses mens ante molem abandonnant l’argumentation a przorz‘ et les preuves tirées del’examen subjectif se transporte sur le ter. rein de la biologie et que du combat que se livrent
, 42 L'INITIATION '«-«Næml>ï>mHA. ..- n."_\'| a’.‘!'— X: d-"t"*.‘..‘. .\v —.w———-.; / .. - _.. - . - -.—..-.. aujourd’hui vitalistes et mécanistes dépend l’avenir même de la cosmologie.
Le matérialisme proprement dit n’existe plus, sés derniers représentants, Büchner et Moleschott n’ont rien laissé qui résiste à la critique moderne, mais l’école positiviste et évolutionniste en a conservé l’esprit en laissant la lettre, car son explication de la vie, exclusivement mécaniste, ne diffère guère au fond de celle des auteurs cités plus haut; seulement grâce à l’idée d’évolution qu’elle y a introduit elle en a fait l’hypothèse si séduisante et si plausible qu’on connaît. -—M. Herbert Spencer, dans ses Principes de Biologie, a résumé la thèse mécaniste avec la largeur de vues, la clarté et la netteté qui le caracté risent; il y pose les bases de sa psychologie objective et l’ensemble forme un tissu si serré qu’il paraît diffi cile d’en apercevoir les points faibles et d’échapper aux conclusions tant les prémisses cachent habile ment les postulats.
Suivant lui, le concept de force intérieure étant un concept abstrait n’est qu’un être de raison, partant une fiction ; invoquer la force vitale revient à invoquer une cause occulte et n’apprend rien; d’ailleurs, ainsi qu’il le démontre dans les Premiers Principes, nous ne pouvons remonter à la cause première, il y a là un mystère impénétrable (inconnaissable), dont nous ne pouvons qu’observer les enchaînements des phénomènes et ainsi naît le concept des causes (1) C'est ce qui_rattache Hubert Spencer à Auguste Comte et aux positivistes français.
ESSAI sur. LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 43 secondes (I); ceci posé, il y a une forme supérieure de mouvement que nous appelons la vie. Nous la connaissons par les êtres vivants, c’est-à-dire par des organismes qui paraissent renfermer en eux l’impul sion motrice léguée par des parents et qu’ils trans— mettent ensuite à des jeunes.
Nous ne savons rien sur la nature ultime de cette force, dont les effets en dernière analyse ne se distinguent pas de ceux des forces physico-chimiques ; le merveilleux de la vie diminue de jour en jour par suite des progrès de l’observation; là encore pas plus de principes occultes qu’en électricité ou en magnétisme, bien que les phé nomènes de cette dernière catégorie aient pendant longtemps frappé d’une crainte superstitieuse ceux qui les pr‘ovoquaient.
La plante et l’animal sont en définitive des transformations d’énergie, récepteurs et moteurs à la fois, et la Vie, pour M. Spencer revient à « une coordination d’actions » ou bien à « un ajustement continu de relations internes à des relations externes ». (2) On ne découvre dans l’univers que des mouvements‘ périodiques, et le mouvement vital ne fait pas exception: naissance, croissance, âge adulte, vieillesse, mort, puis naissance, etc., et la série recommence indéfiniment.
Les lois qui gouvernent la marche elliptique des corps célestes, l’oscillation du pendule et la vibration de l’atome éthéré président aussi à l’évolution des individus, à l’évolution des sociétés et à l’évolution des espèces. .Mais ce déterminisme où s’anéantit la volonté (I) Cf. aussi le traité de l’intelligence de Taine, t. II. (2) H. Spencer. Principes de Psychologie, appendice.
44 L’INITIATION humaine, cette continuité qui supprime les diflérences qualitatives ne laissant subsister que les quantitatives et qui relie de cette manière le génie d’un Pascal à l’obscure sensibilité d’une monère ne font qu’élargir notre conception du monde; formes subjectives de la pensée, elles ne soulèvent pas même un coin du voile de l’Inconnaissable, et le sanctuaire suprême de la religion demeure inviolé: « Il est une vérité qui doit devenir toujours plus lumineuse: c’est qu’il existe un Etre inscrutable partout manifesté dont on ne peut concevoir le commencement ni la fin; au milieu des mystères qui deviennent d’autant plus obscurs qu’on les fouille plus profondément par la pensée se dresse une certitude absolue, à savoir que nous sommes toujours en présence de la Force infinie et éternelle d’où procèdent toutes choses (I). » Le dernier mot de la science serait donc le j‘atum mahumetanum ! ’ Or les vitalistes protestent contre cette impla cable sentence, et l’état actuel de la biologie permet de soutenir également les deux thèses.
Aux expé riences en faveur de l’automatisme, tirées de la patho logie du système nerveux, ils opposent les travaux récents sur l’embryogénie, sur cette mystérieuse crois sance du germe, depuis la fécondation jusqu’au déve loppement complet du fœtus, où apparaît si claire ment l’ide’e créatrice dont parle Claude Bernard.
Ils défient leurs adversaires d’expliquer les bizarreries de l’hérédité et ces influences occultes qui laissent dans (I) Hubert Spencer, Principe: de Sociologie, t. 1V, chap. xvr.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE l’organisme maternel une trace indélébile longtemps après l’approche du mâle; ils montrent la persistance de l’individualité et de cette mystérieuse sympathie qui unit encore le membre amputé (I) au corps d’où il provient même après qu’on l’a grefié sur le corps d’un autre individu; le caractère propre de la vie, c’est la spontanéité qui ne possède aucun agrégat matériel soumis seulement aux forces physico-chi miques.
Et le débat continue, adhuc sub judice 123 est. Quand finira-t-il ? Prochainement sans doute.
Oui, prochainement, car quels que soient les inté rêts engagés, il ne s’agit en somme que d’une lutte scientifique, et, l’histoire le montre, de deux théories rivales en présence, l’une finit toujours par succom ber, moins bien organisée que l’autre pour suivre le courant des découvertes; jamais elles ne subsistent côte à côte, là encore l'impitoyable sélection accom plit son œuvre.
Aussi était-il téméraire de s’en remettre àla seule physiologie et de ne compter que sur elle dans une question d’où dépend l’avenir de l’huma nité ; heureusement une réaction, de moindre ampli tude, toutefois, se signale par l’apparition de systèmes, ou la métaphysique délaissée joue de nouveau le rôle prépondérant. Nous voulons parler de ceux de MM. Lachelier, Renouvier et Vacherot.
A part la doctrine de la spiritualité de la matière, de M. Renouvier, doctrine un peu suspecte de pan théisme, le Fondement de I’Induction et le Nouveau (|) La Vie, Chauffard.
46 L’INITIATION Sprrztualzsme sont la dernière et la plus parfaite expression du spiritualisme rationnel. M. Vacherot fait remarquer avec raison la persis tance de la métaphysique et combien elle regagne de terrain alors qu’on la croyait anéantie. « Toute phi losophie entend expliquer la réalité observée et classée par la science.
Expliquer, c’est-à-dire donner la raison, la cause, le pourquoi des phénomènes dont la science nous a découvert la loi, la condition, le com ment..... Aristote avait dit que la philosophie première est la plus noble des études, parce que seule elle pour— suit un autre but que l’utile. Quel but ? La vérité par excellence, celle que les dieux envieraient à la curio4 sité humaine s’ils pouvaient être jaloux.
Voilà pour— quoi la métaphysique vivrait autant que la science alors qu’elle ne projetterait pas sa lumière sur tout un ordre de doctrines morales qui n’ont pas moins d’in térêt pratique que les théories scientifiques les plus fécondes en résultats (1). » Dans un curieux cha— pitre de ses Premiers principes, M. Herbert Spencer trace un tableau séduisant de la Réconciliation de la science et de la religion; M. Vacherot, lui, croit à, la réconciliation de la science et de la métaphysique.
Belle perspective que celle de cet âge d’or futur, mais peut-être aussi mirage. Plus austère de forme et plus profonde par la peu. sée est sans contredit l’œuvre de M. Lachelier; la pensée, génératrice universelle, la pensée premier et dernier terme de l’ontologie, réalité unique de l’être, (l) Vacherot, La,Vie et la Matière, 1878, Paris.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE quelle base inébranlable pour la philosophie pre mière! et c’est elle que l’auteur a choisie, renouvelant la tentative de Kant, non sans succès.
La discussion, même très succincte, de son système nous entraînerait trop loin, mais nous ne pouvions passer sous silence cet effort vigoureux qui témoigne de la variété des écoles contemporaines et de leur indépendance, alors qu’on s’imagine communément que le positivisme a absorbé toute sève et arrêté tout élan nouveau.
Il nous reste à constater qu’on s’accorde, dans le monde philosophique, à prédire la fusion prochaine des opinions les plus contradictoires en un théisme vague dont s’accommoderaient même les dogmes reli gieux.
« On entrevoit, dit M. Janet, sans qu’il soit permis à personne de donner la vraie formule, une vaste‘et haute idée de la divinité vers laquelle s’ache— mineraient, des points divers de l’horizon philoso— phique, les premiers penseurs de notre temps; chacun s’arrêtant d’ailleurs à telle ou telle phase, à telle ou telle perspective.
M. Vacherot, au lieu du Dieu monde vers lequel il inclinait jadis accorde aujourd’hui le Dieu cause première et cause finale.
M. Littre’, après avoir exclu de la science la notion d’infini, finissait par reconnaître que l’Immensité, tant physique qu’in tellectuelle, est une notion positive de premier ordre, et que la contemplation de cette idée est aussi salu— taire que formidable. — M. Spencer maintient éner— giquement l’indestructibilité du sentiment religieux et montre qu’il a pour objet l’Inconnaigsable consi déré au point de vue de la volonté humaine, et il voit dans le sentiment de l’effort le symbole de l’im
48 L’INITIATION mense et inépuisable activité.
M. Secrétan et M. Ra vaisson tout en inclinant vers l’identité finale et pri-. mordiale font cependant consister dans la liberté, dans la pureté, dans la sainteté, la notion saine du Dieu vivant (I). » On ne saurait mieux résumer la situation actuelle au point de vue philosophique, mais s’il n’est pas permis de donner la vraie formule métaphysique, il n’est pas impossible de concevoir la formule pratique, la formule directrice du futur code moral.
De tout temps, les grandes réformes philosophiques et religieuses ont pris naissance dans le mélange de civilisations qui jusque-là s’ignoraient, par l’échange des idées et par leurs réactions mutuelles.
Ainsi naquirent, le christianisme du mélange du mono— théisme juif et des doctrines platoniciennes, et plus tard le manichéisme et les hérésies albigeoises du triple contact du christianisme, des derniers vestiges du paganisme romain et des dogmes persans implici tement contenus dans le mahométisme.
De nos jours, l’lnde védique et bouddhique, que nous commençons à peine à entrevoir, semble appelée à régénérer l’Eu rope, prématurément vieillie et impuissante; je n’en veux pour preuve que l’intérêt tOujours croissant qui s’attache aux études sur la civilisation et les religions hindoues et l’ébauche d’une vaste union entre toutes les branches de la race aryenne.
Au commencement du siècle, Gœthe disait de Çacountala qu’on n’avait rien écrit de plus beau eri aucune langue; depuis (1) Janet, le Testament d‘un philoxophe, 1885.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE Goethe l’enthousiasme n’a pas diminué, la curiosité n’a fait que grandir: le brahmanisme nous est apparu comme une cosmogonie savante, et les mys tères de la trinité hindoue comme des symboles dont la profondeur métaphysique n’a jamais été égalée; nous sommes en présence d’une mine d’une richesse inouïe où chaque coup de pioche découvre un trésor et notre étonnement fait place à la stupeur quand on nous dit que ce que nous connaissons n’est presque rien en comparaison de ce qu’il nous reste à apprendre!
Mais cette renaissance hindoue ne servira pas seule ment à fournir des documents nouveaux et des ali— ments à notre curiosité, outre qu’elle contribuera au rapprochement de races sœurs séparées depuis des siècles, elle rénovera l’éthique européenne qui ne sub— sistait que par le dogme de la révélation et qui s’est écroulée quand son soutien lui a manqué.
Le bouddhisme n’a pas dit son dernier mot; reli gion philosophique ou plutôt philosophie religieuse, il convient à notre esprit critique, aiguisé par l’agnos ticisme et toujours avide cependant d’explications transcendantes. On y trouve d’ailleurs non seule ment des préceptes de charité auxquelles le chrétien ne saurait rien ajouter, mais aussi des règles pratiques nettement définies et formulées, pour arriver au sou verain bien.
Il est avant tout pratique, c’est une éthique plus qu’une théodicée, une éthique fondée sur une science parfaite de l’âme humaine, de ses infir— mités et de ses maladies, science divine comme celle du Christ, médecine psychique qui procure d’infail—
50 L’INITIATION . . -,_—--‘. V I Q . ,_> _ libles remèdes aux découragés et aux affligés. — Tou tefois, bien que la doctrine de Çakya-Mouni demeure entièrement vraie dans son éternelle perfection, il fau— drait pour l’acclimater en Europe, l’approprier plus particulièrement à son nouveau milieu, la débarras— ser des rites qui proviennent d’influences locales, du formalisme qui a voilé et parfois défiguré la pensée fondamentale et essentielle.
Il faudrait dégager la pensée de sa matérialisation, montrer la parenté de l’idée bouddhiste avec l’idée chrétienne et leur com— munauté d’origine et faire voir que ni l’une ni l’autre ne sont en contradiction avec l’idée scientifique. Tel est l’objet du néo—bouddhisme ou plutôt du bouddhisme ésotérique dont la société théosophique d’Adyar est l’organe de propagation.
Il serait intéres— sant d’étudier cette société et ses moyens d’action et de préciser son but; mais l’Inz‘tz‘atz’on s’est précisé— ment chargée de faire connaître en France ce nouveau libéralisme, cette doctrine de conciliation entre l’O— rient et l’Occident, entre l’antiquité et les temps modernes, et MM. Barlet, Papus, de Guaita s’en acquit— teront mieux que nous, vu leur profonde connais— sance en tout ce qui concerne la théosophie.
Nous voudrions seulement indiquer ce qui constitue l’ori ginalité et la puissance du bouddhisme ésotérique, ce qui fait la supériorité de sa méthode et lui assurera sans doute sinon la victoire du moins un rôle impor tant dans les péripéties futures de la bataille entre idéa— listes et agnostiques. « Il n’y a pas de religion plus élevée que la vérité » dit la devise des maharajahs de Bénarès; c’est aussi
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 51 la devise de la société théosophique, et par là elle annonce qu’elle ne professe pas une religion mais la religion, qu’elle n’enseigne pas tel ou tel dogme mais qu’elle cherche au contraire à extraire de tous les dogmes les germes de vérité qu’ils contiennent et qu’au lieu de particulariser elle s’efiorce de synthé tiser.
A notre époque d’analyse à outrance et de disper< sien dans les branches diverses du savoir, au moment où les savants universels deviennent de plus en plus rares, par suite de l’extension même de la science qui force les intelligences les plus actives à se spécialiser bon gré mal gré, une pareille tentative semble bien audacieuse et même chimérique.
Eclectisme, dir0nt les sceptiques et ils citeront les faits qui démontrent la stérilité des réformes éclectiques. —— Oui, l’électisme pur et simple ne vaut rien en soi, semblable à un édi fice en pierres sèches tirées de décombres, il n’a par lui-même aucune solidité, quelque résistants que soient les matériaux dont il se compose; mais si vous reliez les éléments par du ciment neuf, si vous les revê tez d’un enduit incorruptible et si vous avez pris soin de bâtir sur des fondations inébranlables, les intempé— ries ne pourront rien contre lui et il surpassera de beaucoup en durée les constructions récentes dont l’établissement superficiel et hâtif causera la ruine.
Or la méthode ésotérique nous fournit à la fois ce ciment précieux et ce fond de roc qui donneront à tous ces éléments disparates, la cohésion convenable. Qu’est-ce que l’ésotérisme P — Aristote dit quelque part que les textes de certains philosophes, historiens
52 L’INITIATION et poètes anciens comportent deux Sens, l’un exté— rieur, pour le vulgaire, l’autre intérieur, caché, ésoté— rique pour le savant et l’initié ; ces deux sens sont étrangers l’un à l’autre, le premier n’est que le sym— bole du second, l’écorce qui renferme l’amande et que l’ignorant ne saurait briser.
Cette croyance régnait dans la société antique et on la retrouve chez des peuples profondément séparés par la langue, les coutumes et la situation géographique. Les religions avaient tous un sens caché que les prêtres connais— saient ; quant à la clef au moyen de laquelle on par— venait à le découvrir, les hiérophantes seuls la pos sédaient.
De nombreux faits prouvent l’existence réelle de l’ésotérisme, et M. de Saint-Yves dans son livre de la Mission des Juifs les a ingénieusement groupés et en a dégagé la séduisante théorie de l’unité des mythologies, symboles variés appropriés aux dif férentes races, de vérités communes, derniers vestiges d’une science préhistorique incomparablement avancée.
Dans les temples grecs, égyptiens, étrusques, phéniciens, hindous et aussi dans le temple de Jéru— Salem on conservait avec un soin jaloux la tradition secrète et les rêtres initiés ui l’avaient re ne de . P q Ç leurs prédécesseurs la transmettaient scrupuleusement à leurs successeurs.
La célébration des mystères était moins une cérémonie qu’un enseignement, cérémonie imposante pour la foule, enseignement profond pour les élus: les mystères d’Eleusis et ,ceux du temple consacré à Baal, dit M. de Saint—Yves, ne différaient pas par l’essence de ceux des temples de Memphis et de Thèbes, c’étaient, s’il est permis de s’exprimer
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE ainsi, des cours de science occulte, dont les explica— tions quasi-surnaturelles frappaient le peuple de ter— reur et environnaient d’un saint respect tout ce qui touchait à la religion. — L’abîme creusé par l’analyse pure et l’expérimentation artificielle ne séparait pas comme aujourd’hui la science et la religion, qui au contraire se prêtaient un mutuel appui, et la méthode intuitive et analogique avait atteint un si haut degré de perfection que les découvertes auxquelles elle avait conduit laissent loin derrière elle, paraît—i1, celles dont nous nous enorgueillissons justement.
L’invasion des Barbares et l’avènement du chris tianisme transformé et vulgarisé achevèrent l’œuvre de destruction commencée par les persécutions romaines et le scepticisme de l’empire, mais le flam— beau de la connaissance parfaite ne s’éteignit pas com— plètement ; à travers le Moyen âge et la Renaissance “quelques initiés isolés et des groupes soumis à une rigoureuse discipline comme celui des Rose-Croix, ont su garder le trésor à eux légué, et même, d’après M. Papus, le Tarot des Bohémiens, serait une de ces bibles antiques extraite de la Bible originelle et peut— être une des mieux conservées.
D’autre part, la portion de l’émigration Aryenne qui vint occuper le Pendjab à la suite de Rama et se répandit plus tard sur tout le littoral de la presqu’île hindoustanique, protégée contre les invasions ulté rieures par le rempart de l’Himalaya, échappa aux influences dissolvantes, aux révolutions et aux con quêtes qui bouleversèrent et remanièrent à plusieurs reprises les civilisations méditerranéennes; les Védas
54 L’INITIATION intacts encore aujourd’hui, les lois de Manou qui re— montent à plus de quatre mille ans et qui ont traversé cette longue suite de siècles sans subir d’altération sensible en sont la preuve convaincante. -— En parti— culier, la réforme accomplie par Çakyà Mouni, envi— ron cinq cents ans avant notre ère, eut pour effet de purifier les croyances corrompues par l’inévitable formalisme.
Le Bouddha remonte aux sources pre mières et sa doctrine découle des données primitives. Il en résulte que si nous en possédions le sens ésoté— rique nous posséderions par là même la métaphysique et la science de cet âge bienheureux chanté par les poètes et que les théosophes s’efforcent de reconsti— tuer. .
Mais que devient alors avec une telle interpréta— tion des mythes et des dogmes, la science positive, quelle Place et quelle fin lui applique-t-pn P La théo— rie occultiste a une réponse toute prête: la science moderne a pour but de reconquérir les vérités per dues, englouties durant la domination nimrodique; l’histoire de l'humanité c’est l’histoire du paradis perdu et du paradis retrouvé, l’œuvre scientifique c’est l’œuvre de Prométhée.
L’explication est grandiose, aux occultistes con— temporains revient l’honneur de l’avoir développée et considérablement éclaircie ; par suite de leurs con sciencieux et sagaces travaux ils lui ont donné la valeur d’une hypothèse plausible dont on doit tenir grand compte même si on ne l’accepte pas intégrale— ment. Le bouddhisme ésotérique par son ampleur et sa tolérance vraiment philosophique inaugure donc ‘1
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 55 une ère de pacification. Son apparition en Europe coïncide avec l’adhésion générale des philosophes à un théisme indéniable et avec la concordance prochaine des divers systèmes, dont nous avons parlé plus haut.
C’est un signe des temps et tout penseur, quelles que soient ses convictions spéciales, ne peut que se réjouir de l’extension de ce mouvement qui caracté— rise notre fin de siècle et qui certainement l’illus trera. _ Signalons enfin un autre indice, et ce n’est pas le moins remarquable, de la tendance actuelle au rap— prochement de l’Orient et de l’Occident.
Nous vou lons parler de la révolution théologique commencée dans l’Inde vers la fin du siècle dernier et dont les progrès rapides permettent d’espérer une véritable transformation des mœurs hindoues. Le Brahma Somaj (société de Brahma), fut fondé en 1830 par le rajah Rab Mohun Roy dans le but de remplacer le culte panthéiste et l’adoration des idoles par le culte d’un Dieu unique et personnel, créateur et extérieur à:la création.
Le dogme de la nouvelle église repose sur le monothéisme rationaliste, aussi avancé que celui que professent nos rationalistes européens, et ses fon dateurs ont poussé si loin l’éclectisme que le rituel comprend des lectures de tous les écrits sacrés (Védas, Nouveau et Ancien Testament, Coran et Zend Aves— ta), suivies de la prédication pure et simple.
Les temples Où les fidèles se réunissent sont dépourvus d’ornements, on n’y rencontre ni autels ni images, on n’y brûle pas de parfums. Plus de soixante—dixmillions d’individus célébraient
56 L’INITIATION naguère le cinquième anniversaire de la fondation de la secte; et le nombre des adeptes s’accroît chaque année dans des proportions toujours plus considérables ; ' les plus hauts personnages ne craignent pas d’y entrer et pour cela de sacrifier rang et honneurs, car les membres du Brahma-Somaj doivent renoncer à leurs privilèges et ont fait pro— mettre aux néophytes de travailler à l’abolition des castes.
' Au point de vue social, c’est donc aussi une révo lution qui s’opère, révolution pacifique, mais irrésis tible dans sa marche. Tandis que l’Europe se pré pare par de fortes études de plus en plus répandues à s’assimiler la sagesse hindoue, l’lnde se met en com munauté d’idées avec l’Europe, la fusion régénéra trice et l’évolution consécutive sont assurées et même prochaines.
Mais la vraie fin de toute évolution idéo— logique ou sociale est une fin morale ; aujourd’hui le scepticisme n’a plus grand’chose à détruire, nous pou— vons donc espérer une ère de foi au sens le plus large du mot; quant à la conclusion de cette courte analyse nous la trouvons dans les paroles du savant Tyndall à Protab—Chunder-Mazoumbar (1), lors de lavisite que lui fit ce dernier pendant son voyage en Angleterre: « Travaillant dans la froide lumière de la raison, lui dit l’éminent naturaliste, nous manquons ici de la chaleur et de l’énergie que donne la vie religieuse.
Cette vie se trouve presque éteinteen Angleterre et c’est pour l’avoir dit hautement que je suis devenu (1) Un des disciples de Keshub Chunder Sen. fondateur du Bharât« Barsia-Somaj. secte dérivée du Brahma-Somaj.
LA CROIX ANSÉE 57 impopulaire. Ceux qui la conservent peuvent seuls nous la rendre. Une fois déjà la lumière nous est venue de l’Orz‘ent. Puisse-t-elle nous en venir encore! (2) » W.
I.A maux MUSÉE Monsieur, J’ai eu l’honneur de vous écrire ex-abrupto une lettre dans laquelle je commettais la téméraire quoique amicale imprudence d’accorder à votre précédente interprétation sur la croix ansée la préférence à celle mentionnée dans le n° 10 de l’Inz‘tz‘az‘z‘on tout en reconnaissant l’importance ésotérique de la 2°.
Vous avez eu quelques jours après l’amabilité de me répondre qu’il ne vous appartenait pas de contre dire même un de vos honorables contradicteurs dans cette revue, où l’accord le plus harmonieux doit tou jours présider au groupement des variables nuances, sans néanmoins, permettez-moi d’ajouter, porter atteinte à son caractère originel d’indépendance. _ Je rends hommage à la délicatesse exquise de vos sentiments; mais je présume, ni vous ni aucun de _vos érudits collaborateurs n’étant des autoritaires dogmatiquement exclusifs mais des occultistes libé— raux dont l’épanouissement était réservé à la fin du (2) C. F. Comte Goblet d'Alviella. le Cinquantième anniversaire du Brahma-Somaj. Revue de: Deux Mondes. I880.
58 L’INITIATION ÏI î IIIX" siècle, que vous désirez tous la discussion de vos opinions personnelles, à l’exemple si opportunément agressif de votre savant collaborateur, plutôt que leur imposition systématique selon la tendance qui fut toujours trop habituelle aux vieillards infailliblement susceptibles.
Qui a pu on pourrait prouver sur notre sphéro’ide planétaire qu’il est illuminé sans ombre de la Sagesse absolue de l’Esprit unique, au moyen de laquelle toute connaissance pourrait être concentrée dans un sanctuaire individuel? - Relativement aux doctrines controversées, n’y aurait-il pas utilité à réunir en cénacle les rédacteurs de votre Initiation pour fixer, dans la cons cience de tous ceux qui cherchent avidement la lumière particulièrement les points encore douteux de la Science qui renfermerait en elle seule la quin tessence la plus clairement exacte de toutes les autres synthétisées mélodieusement ?
Voici donc quelques réflexions beaucoup trop superficielles que je prends la liberté de soumettre selon la faiblesse de mes qualités à ceux qui sont plus avancés que moi dans le sentier et en dernier ressort aux docteurs ès-sciences occultes ou maîtres de la Sagesse qui auraient la condescendance peu habi— telle de raisonner avec les humbles mortels: Quels sont les textes authentiques, figures hiéro glyphiques , ou gravures antiques sur lesquels on peut s’appuyer (pour affirmer que ce n’est jamais un cercle parfait qu’on voit dans les croix construites d’après la véritable tradition P
LA caoxx ANSÉE 59 Mais cela n’importe qu’au point de vue de la péné tration de l’anse de suspension par un jet d’une acti vité vitale inférieure, puisque l’Esprit unique (désigné par d’éminents adeptes, sans éclaircie suffisante pour l’intuition qui commence bien lentement à germer chez un certain nombre d’humains artistement expé rimentateurs ou exceptionnellement métaphysiciens psychologistes, sous l’état hypothétique aux non Clairvoyants, de la matière universelle, immuable et indivisible dans son état sublimement primordial et final d’intelligence incorporelle), serait impénétrable— ment absolu en possédant en même temps la propriété inhérente en lui-même de pénétrer irrésistiblement, à cause de la force de, sa pureté ininterrompue et sans tache, tout ce qui dans son espace illimité est concret ou relatif.
' Si vous vous placiez sur le plan spécial de la géné— ration embryonnaire, dans lequel, votre très érudit contradicteur semble vous inciter à redescendre, les infortunés Hindous fanatisés jusqu’à l’abrutissement depuis tant de siècles par leur délétère et absorbante théocratie se prosterneraient à la fois devant les signes vénérés de Vishnou et de Siva qui brilleraient séparé— ment sur vos fronts respectifs pour s’unir en un seul Lingam dans la communion de vos intelligences avant de parvenir à pénétrer sans confusion dans les leurs. ‘ :Mais qu’inopinément apparut quelque astucieux Brahmane sectateur du Vishnou au milieu des spectateurs s’écartant respectueusement du bâton à {nœuds ne pourrait—il pas s’écrier à l’exultation des
60 L’INITIATION Vishnouistes et à l’indignation des Sivaïtes que cette croix égyptienne est un emblème de la Magie noire à cause du Cteis ou Ménat placé au sommet par quelque sorcière bacchante ?
Puisqu’il est communément admis et de plus sanc tionné par les Sages de toutes les nations que le germe fécondateur provient d’un lieu plus élevé que celui de la Matrice prête à être fécondée, comment s’opèrera la réception dans des conditions normales si celle-ci, qui représente le vide tandis que le Phallus symbolise le plein, de même qu’analogiquement le mortier doit être placé sous le pilon triturateur, a son ouverture tournée en bas ?
Il s’agit dans l’espèce de la croix ansée en Egypte, où les rites de la religion populaire voilaient peut être moins l’enseignement spirituel que les cérémo— nies naturalistes et même sanglantes de l’Inde, plus relativement modernes, celles plus anciennes étant trop peu connues.
N’oublions pas d’ailleurs que pour les ahrats le bas et le haut ne sont illusoirement applicables qu’aux différentes espèces de matière différenciée, laquelle seule est susceptible de divers degrés de densité. Au contraire, l’Esprit contient tout et pénètre tout en tout sens comme je l’ai susmentionné ; il est subtil à l’infini et n’a aucune dimension appré ciable par nos organes.
Nous sentons plus ou moins consciemment en vertu d’un sens dont la suavité n’est encore que très inférieurement en voie d’évolu tion dans l’humanité réfléchissant si imparfaitement les principes supérieurs, qu’il est pourtant le véri
LA CROIX ANSÉE 61 table but de nos aspirations et notre idéal sublime ment illimité, quoique nous ne puissions pas même le définir en chacun de nous.
Vous comprenez déjà que je commence, par l’effet d’une modeste inspiration ne dépassant pas les bornes de mon intellect non encore assez développé pour sa spiritualisation, à dématérialiser par antici pation mystique cette croix ansée, au lieu de limiter son symbolisme à la nature naturante ou naturée de la matière différenciée.
Cependant nous y sommes plongés malheureuse— ment dans le sein de cette matière pour un temps qu’il ne nous est guère facile de restreindre; mais puisqu’il nous est impossible de suffisamment nous élever, tâchons cependant de ne pas trop nous objec— tiver par le raisonnement, car si nous ne pouvons ' pas parvenir au centre des mystères, à notre époque de civilisation supérieure quoiqu’on doive d’autre part l’iricriminer, à toutes celles antérieures où la pensée elle-même du plus grand nombre croupissait dans l’esclavage, il nous est cependant facultatif de gravir les marches librement jusqu’au seuil de la porte triangulaire, à travers les voiles de laquelle se reflète tant soit peu de lumière crépusculaire.
Hélas! pendant que le matérialisme se substitue peu à peu à la superstition chez les masses, la spiritua— lité pratique dans le mal s’affirme de plus en plus impudente et l’avènement du règne triomphateur de l’agneau solaire plein de bonté et d’intelligence devient de plus en plus nécessaire pour la fixation définitive de la République céleste.
62 L’INITIATION Ÿ . ‘.-1-j_m Je m’arrête sur l’arc-en-ciel de ces digressions que certains philosophes lettrés qualifieront au moins d’intempestives, afin de n’être pas trop déséquilibré sur la croix ansée, j’oserai dire astrale, sur laquelle je suis comme tant d’autres parmi mes frères, si inten sivement galvanisé.
Les bras horizontaux de cette croix, ainsi que le proclame avec justesse à mon sens votre savant col lègue, représenteront donc les forces paSsionnelles ou destructives de l’être humain.
J’ajouterai qu’elles sont sollicitées à tomber en bas par l’effet de leur pesanteur consécutive sous la pres sion du courant descendant, mais qu’elles sont aussi soutenues et poussées à remonter en haut par la barre active ou verticale placée dans la direction du cou— rant fluidique ascendant.
Ces deux courants doivent être équilibrés ou polari sés autour de la tête humaine aimantée par la cons cience et figurée par la boucle circulaire, ou anse dans laquelle est provisoirement fixée l’âme humaine pro tégée par l’intelligence de sa liberté d’action bien restreinte, quoique le nimbe indéfiniment extensible, qui entoure invisiblement pour des yeux vulgaires cette enveloppe crânienne, tend à un développement de plus en plus éthéré par l’extension croissante des effets de dégagement de l’étincelle, qui en désirant Obtenir une individualité trop personnelle, se serait elle-même engluée dans la matière cosmique produite par sa volonté et celle d’autres âmes instinctives. Il faut donc qu’instruite par sa douloureuse expé—V rience , qui est la réaction conséquente de sa
LA caorx ANSÊE 63 fi..._'_.—nÿ...v___. .
H déchéance réalisée par ses violentes aspirations de connaissance passionnelle , elle parvienne à se résoudre en individualité indivisiblement sublimée avec les autels dans leur seul foyer réel, sous l’inces sante inspiration de l’esprit universel s’étant dès lors complètement substitué aux attractions matériali— sautes ; de telle sorte que, la Monade libérée de toutes les enveloppes plus ou moins circulairement raffinées, dont les réseaux la tiennent encore atta chée à des substances d’illusion beaucoup plus gros— sières, abandonne en tressaillant de douleur, d’espé— rance et de joie un corps sensuel devenu coque vide en proie à tous les éléments de l’Espace, où il restera seul crucifié jusqu’à sa dispersion mécaniquement chimique selon les diverses affinités qui solliciteront ses molécules désorganisées, mais susceptibles de former, en se transformant atomiquement, et élémen talement, d’autres groupements de vitalité inférieure.
Alors cette Monade ayant achevé de tisser son indi vidualité dans une âme spiritualisée, sera animée non plus d’un mouvement spiroïdal, mais circulaire ment concentrique en tous sens et pourra rentrer en état de s’y assimiler indissolublement ., sans y éteindre sa précieuse individualité si laborieusement conquise, dans la grande âme spirituellement unique de l’Etre non Etre, incorpore], infini,absolu, immua— ble, de tous les êtres prédestinés à la communion solidairement intime de son Amour universel.
Chercher dans la croix ansée des concordanœs hypothétiques avec les} révélations trop voilées et si obscurément interprétées ici de la Fraternité occulte
64 L’INITIATION “3’" des monts Himalaya, doit ressembler à une singu— lière profanation dont vous aurez la charité chrétienne de m’absoudre, puisque l’interprétation que vous lui avez donnée vous—même et que j’ai essayé insuffisam ment d’apprécier, tend plus que celle de J. Marcus de Vèze à ce rapprochement.
On pourrait écrire de longues pages sur ce sym bole que j’ai à peine effleuré d’une plume trop humo— ristiquement profane, en exposant en même temps aux nombreuses épluchures de la critique Kaba listique, Boudhiste , Théosophique et autres, les parties de mes opinions glanées dans tous les champs de l’occultisme, qui seraient. empreintes d’une orthodoxie un peu trop fantaisiste.
En résumé, je pense qu’il n’existe qu’une différence de plan ou de degré et non une véritable opposition de doctrine entre les deux interprétations qui se com plètent l’une et l’autre, en instruisant d’autant plus vos lecteurs aptes à conserver dans leur arche sainte la manne de l’Initiation. A vous fraternellement et à tous en un. JULIUS. ÆA Ga.uur äËIÉVR@SE N livre vient de paraître qui fera un grand plaisir à notre collaborateur et ami Rouxel. C’est la Grande Névrose du D‘ J. Gérard qui étudie entre
LA GRANDE NÉVROSE 65 autres choses la névrose de I’hypnotisme.Pour lui,cette science ne serait qu’un pastiche du magnétisme; elle ne servirait qu’à détraquer l’humanité au lieu de la guérir; personnellement je fais des réserves.—- Ces idées sont, — les lecteurs de l’Initz‘ation ont pu s’en convaincre — celles de l’auteur des Principes cosmo psyc/ziques du magnétisme.
Nous n’insisterons donc pas et comme tous nous avons pour tâche à l’Initia tion de ne pas suivre les sentiers battus et de faire connaître les vaillants lutteurs qui marquent la voie du progrès, nous allons esquisser à grands traits la personnalité du docteur J. Gérard. Fils d’un pauvre diable de gendarme, comme il le dit lui-même, il s’engagea et conquit dans l’armée ses grades un à un, et devint lieutenant aux Cent Gardes.
Démissionnaire, il s’occupa de magnétisme et écrivit en 1866, le Magnétisme à la recherche d’uneposz‘tz‘on sociale que Victor Hugo honora d’une lettre préface et dont certainement le Congrès Magnétique interna tional s’est souvenu en le nommant un de ses vice présidents. ‘ Depuis il prépara et fit son officiat de santé, puis ses baccalauréats à cinquante ans et enfin il y a trois ans, il soutenait à la Faculté de Médecine de Paris sa thèse de doctorat sur Ia-fécondation artificielle qui fpt refusée avec tant de bruit et fit à son auteur une célébrité énorme.
La thèse fut brûlée, dit-on. Il en fut quitte pour en refaire une autre et la soutenir avec succès trois mois mois après. ’ L’an dernier, son livre sur la stérilité obtenait un légitime succès dû à la valeur de l’ouvrage et aux n..::z,r a / ' Mu:n “ -u ne 3
66 L’INITIATION illustrations générales et humoristiques de José Roy. Aujourd’hui sa Grande Néerose illustrée par le même est appelée à faire plus de bruit encore. Des idées fines et délicates, des aperçus ingénieux, des critiques adroites et mordantes bien qu’enfermées en un style courtois et aimable, en font un fruit suave etdélicieux.
Nous avons dit quelques mots, en commençant, de ses vues sur l’hypnotisme, qui sont celles soutenues ici par Rouxel, parlons maintenant de ses développe— ments sur le système nerveux et les diverses névroses.
Citons ces passages de sa névrose littéraire: « Chaque profession a sa névrose, nous dirons même que plus la profession est intellectuelle, plus nombreuses, plus profondes et plus sentimentales sont ses névroses ; ce qui revient à dire qu’une névrose dépend du terrain où elle pousse.
« Il y a pour ainsi dire une gamme allant de l’ouvrier maçon à l’homme de lettres, cette gamme.part de la matière pour s’affiner insensiblement jusqu’à l’idéa lité séraphique; le maçon devient nerveux lorsque son mur n’est pas d’aplomb ou lorsqu’on lui marche sur le pied, mais la sensibilité de ses nerfs se traduit seulement par un « sacré nom d’un chien que c’est embêtant »; l’homme de lettres sent beaucoup plus vivement et plus délicatement, Son cerveau est une harpe éolienne qui vibre au moindre zéphir, qui chante au plus petit souffle et qui se détraque au plus modeste vent...
« La névrose de la réclame est aussi traitée de main de maître et avec le même lyrisme. Nous sommes assaillis de propositions toutes plus avantageuses les ,_"1
LA GRANDE NÉVROSE 67 unes que les autres, les affiches montent, montent sans cesse, on colle des propectus dans les voitures, les bateaux, les chemis de fer, jusqu’au collet de votre paletot, sur vos boutons de culotte, dans vos cha— peaux; votre courrier, lui-même, est noyé dans un océan de lettres-réclames, vous recevez des télé grammes imprimés et le téléphone lui-même vous fait des offres à domicile, sans compter une foule de courtiers marrons qui viennent, à l’heure de vos repas, vous proposer l’eau des fées, un cirage inamo— vible, une tabatière à musique ou un clyso-pompe électrique.
Nos monuments disparaissentsous la colle de pâte, les étages sont envahis un à un, Paris s’éva nouit sous le papier—annonce et souvent les cheminées fument, bouchées qu’elles sont par un prix-courant. « C’est la fièvre de la réclame, du haut en bas de l’échelle commerciale; les palais publics, eux-mêmes ne sont pas respectés; bientôt on afl'ermera la co lonne Vendôme au plus offrant, et l’Elysée au dernier enchérisseur.
« Il n’est pas jusqu’aux théâtres où vous allez pour vous distraire qui ne vous forcent à regarder leur rideau, pendant d’interminables entractes et les pièces qui s’y jouent ne sont que'des prétextes pour vous montrer des annonces. » Nous pourrions continuer longtemps encore ces citations sans cesser d’être intéressant, au contraire! mais notre article deviendrait démesurément long, aussi préférons—nous nous en tenir là et renvoyer le lecteur au livre du docteur J. Gérard. D“ FOVEAU DE GOURMELLES. 73 : —‘ « 3«\ T , . . .
68 L’INITIATION PRlNClPES E@SMÛ * PSYGHlQUES ou macnârnsne (Suite) Si l’on veut obtenir la somnambulence, il faut ré— péter l’opération plusieurs fois; on prescrit ordinai— rement d’aller jusqu’à huit ou dix fois. Mais il importe de répéter l’opération à des intervalles périodiques: tous les jours, tous les deux jours, tout au moins de trois en trois jours, et en tout cas, commencer et ter miner la séance à la même heure.
On observera dans toutes ces opérations les pré ceptes que nous avons indiqués, et surtout l’on évi tera de chercher à déterminer le somnambulisme par force, ce que beaucoup de magnétiseurs tentent en agissant énergiquement sur le cerveau à l’exclusion du reste de l’organisme.
« Plusieurs magnétiseurs, disait déjà Deleuze, char gent _beaucoup la tête pour produire le somnam bulisme, et par ce moyen ils parviennent souvent à obtenir un assoupissement forcé, un reflux du sang vers le cerveau et des demi—crises qui ne sont d’aucune utilité; cette méthode n’est point sans danger. Il vaut mieux employer tout simplement le magnétisme “à grands courants, et ne pas plus charger la tête que les
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÉTISME autres parties. Si la nature est disposée à cette crise, le fluide se portera de lui—même au cerveau et la dispo sition au somnambulisme s’annoncera, parce que le malade sera dans un état de calme. (Instr.pral.,p. 103).
Et si la nature n’est pas disposée à cette crise, ajouterons—nous, c’est en vain que le magnétiseur voudra lui faire violence ; il pourra bien produire des congestions cérébrales, si le magnétisé le laisse faire, mais il ne déterminera jamais le somnambulisme lu cide. Ses efforts exagérés sont plus propres à entraver la marche de la nature qu’à la seconder. XXIII. Les signes auxquels on reconnaît l’état somnambulique varient avec les sujets.
Voici les plus généraux d’après Georget. (Physiol. du syst. ner— veux): Suspension plus ou moins complète de l’action sensoriale; isolement du monde extérieur; augmen— tation d’énergie et concentration de la force pensante sur un objet. , Le somnambulisme est une sorte de réveil compa— rativement à l’état intermédiaire qui le précède; le sujet, dont les facultés sensorielles et intellectuelles semblaient suspendues, les recouvre, mais intérieu rement.
C’est par le sens intérieur qu’il sent. Son isolement, qui l’empêche d’être distrait par les sensations obligées et de tous les instants, lui permet de se livrer entièrement à lui-même et de diriger son attention d’un seul côté. Lorsqu’on a obtenu le somnambulisme, il faut éviter, — comme on ne le fait que trop souvent au jourd’hui, de tourmenter précipitamment le sujet en
70 L’lN1TIATION lui faisant exécuter divers mouvements et exercices charlatanesques, obéir à l’attraction du magnétiseur, répondre à ses questions verbales ou mentales, etc. Le somnambule se trouve dans un état nouveau pour lui, il faut lui donner le temps de se reconnaître, de se familiariser avec sa nouvelle manière de sentir et de percevoir.
Il parlera assez de lui-même quand il . sera en état de le faire, et alors, il pourra dire des choses utiles; tandis qu’en voulant le presser de don— ner des preuves de son somnambulisme, on empê— chera, peut-êtreirrévocablement, ses nouvelles facultés de se développer.
Les anciens magnétiseurs étaient bien plus sages que nous: ils laissaient les phénomènes suivre leur cours naturel ; ils observaient au lieu d’expérimenter; ils suppo'saient, avec raison, que s’ils forçaient le ta lent de leurs somnambules, ceux—ci ne feraient rien avec grâce. C’est pour cela qu’ils obtenaient les résultats qu’ils ont consignés dans leurs livres, et dont les expériences prétendues scientifiques des hypnotiseurs n’approchent pas.
Ce n’est généralement qu’au bout d’un temps plus ou moins long, et à la suite de magnétisations sage— ment conduites que le somnambule devient capable de donner des preuves de la réalité des facultés psy chiques supérieures qui sont particulières à cet état.
Les somnambules, dit judicieusement Georget, sont d’abord plus ou moins imparfaites, et ce n’est qu’en continuant à les magnétiser avec précaution qu’on les perfectionne et qu’on leur fait faire des progrès. Nous parlerons de ces précautions à prendre en
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÉTISME 7I traitant de la lucidité et de la manière de développer les facultés des somnambules. XXIV. Après avoir indiqué sommairement les eflets généraux que produit l’action magnétique sur la personne qui la subit, et avant d’entrer dans le détail de ces eflets physiques, éthiques et psychiques, il convient de direun mot des effets de cette opération sur le magnétiseur lui-même.
Il n’y a pas d’action sans réaction. Du moment qu’un corps agit sur un autre, celui—ci réagit avec l’énergie que comporte sa nature, c’est—à—dire en pro portion de la force expansive dont il est doué.
Le fluide nerveux de l’opérateur étant plus abon dant et plus expansif que celui du sujet, sans quo les rôles seraient renversés, le patient subit plus qu’il n’agit, reçoit plus qu’il donne, et c’est pour cela qu’il se satu_re plus ou moins vite de ce fluide. Mais il n’est pas pour cela absolument passif, et l’expérience prouve qu’il se produit un échange de fluide entre l’agent et le patient. ROUXEL. (A suivre.) -a -s /ca
PARTIE LITTÉRAIRE îdun finenrn‘En: ne Menus —- Clic! Floc! dit le feu. — Pschitt! Pschitt! chanta la bouillotte. —- Neuf heures! sonna la pendule. M. Pascal—Denis—Fortuné Maboul tourna sa tête .sur les oreillers; ses paupières alanguies s’entr’ou— vrirent, sa bouche exhala un souffle fort, moitié ron— flement, moitié soupir; puis, grâce à une détermina tion énergique, il se dressa sur son séant.
Par les tringles des persiennes, par les fentes des épais rideaux, des raies lumineuses tremblotaient, se frayaient passage; trois énormes bûches flambaient dans la cheminée vis—à—vis laquelle les chaussettes, le caleçon et la chemise du dormeur chauffaient com— plaisamment ; le thermomètre accroché au mur mar quait 8° centigrades. — Brrr ! fit M. Maboul. Et il replongea sous les couvertures. Une minute, deux minutes s’écoulèrent.
_.\_...—.__ .. . .._-..... UNE HYPOTHÈSE DE M. MABOUL 73 Sa main droite, une grosse main poilue, sortit tout à coup des draps blancs, erra sur le marbre de la table de nuit, rencontra une cigarette, approcha la cigarette des lèvres qui la saisirent, et frotta une allu mette. Méditons! Pensa-t—il.
Rose, joufflu, de moyenne taille, bedonnant, Pascal Denis-Fortuné Maboul ressemblait au physique à Alexandre Dumas père, mais à un Alexandre Dumas père né de parents bourguignons. Ses cheveux gris, coupés assez courts, encadraient de boucles emmêlées son front large, au-dessous duquel brillaient les lueurs douces de beaux yeux bleus et s’épataient les narines d’un nez jovial.
Au moral, ce gros homme, un peu exalté, d’une bonté angélique, s’enthousiasmait pour les idées de Fourier et attendait avec confiance l’avè nement de l'ère harmonique.
Attablé à telle heure de la journée, en promenade à telle autre, méthodique jusque dans ses loisirs, réglé comme un chronomètre, ponctuel comme un chef de gare, il consacraità la méditation, chaque matin, la période de temps qui s’écoulait entre son réveil et l’instant où son domestique lui montait son déjeuner; cela pour cette raison, suivant lui préremptoire: le demi-sommeil prédispose à la rêverie.
Ses chères rêveries, comme il les aimait! et cepen-y dant par quelles plaisanteries ne les accueillait-on pas: - Absurde! s’écriait un ami. -— Pure hypothèse !' déclarait un second. — Vous allez contre tous les ' procédés'scientifiques reçus ! ajoutait un troisième. — Bah! Bah! répondait Maboul sans s’émouvoir, .,-_—. . .. r'wrm‘7'—‘.W
74 L’INITIATION je ne suis pas un savant, moi. Certes, la méthode ana lytique a rendu d’immenses services à l’humanité, et en rendra sans doute de plus grands encore ; mais j’abandonne aux savants l’analyse. Eh quoi! par res pect pour je ne sais quelle convention d’école, j’étouf ferais mes visions intuitives et rognerais les ailes de ma fantaisie? Allons donc!
L’analyse explique le connu, le prouve; mais l’au-delà comment y attein— dra-t—elle P Erre librement ma pensée et, bride lâchée, vagabonde àplaisir dans la synthèse! Si, plus tard, un phénomène d’ordre physique établit la réalité de mes soi-disant songeries creuses, rira bien qui rira le dernier! Un autre genre d’objections l’assaillait alors : — Vos songeries I vos songeries! sont-elles tant que cela vôtres?
Rien ne s’invente sous le soleil, et vos prétendues découvertes ne mériteraient—elles pas, sinon toutes, du moins les trois quarts, le titre modeste de réédition P — D’abord, ripostait Maboul vexé, je ne prétends point avoir découvert la moindre chose; ensuite, je ne me tarabusterai pas la cervelle à approfondir le bien .fondé d’une semblable critique.
S’il me fallait, crainte de les piller, feuilleter, à chaque aperçu nou— veau les œuvres de M. X..., de M. 2..., ou de M'“, je ne prononcerais plus deux paroles dans ma vie. Je suis fort de ma conscience, et mes maîtres excuseron_1t le plagiaire en faveur du défenseur de leurs doc« trines ! Le matin suivant, M. Maboul repartait à méditer de plus belle. ‘r'i
-———Fwanrwv«rñ « q ———»«» , .. W . l j r » . _ . UNE HYPO’I‘HÈSE DE M. MABOUL 75 Il examinait, en ce moment le vol capricieux des bouffées de tabac à travers la chambre, et murmurait: — Quelle grâce, quelle douceur dans la ligne courbe! Elle berce, caresse, enveloppe! Ah! les jésuites, ces amoureux de la. domination, savaient bien leur affaire en choisissant, pour endoctriner les esprits, les voies onduleuses de préférence aux voies directes.
Tout ce qui charme, tout ce qui délasse procède par ondulations : ondes musicales, ondes lumineuses, ondes magnétiques. La ligne droite, au contraire, brutale comme un soudard, avec ses combinaisons d’angles rébarbatits, heurte et blesse.
Une réforme politique ou religieuse, une. idée nouvelle, ces coups de boutoirs dans les préjugés sociaux, devront, avant de prendre forme, recruter quantité d’adhérents prêts à donner quantité de coups de boutoirs auxi— liaires, c’est-à-dire quantité. de petites lignes droites dont la réunion formera une ligne enveloppante de plus en plus étendue, et destinée elle—même à se trans— former en circonférence Les bouffées de tabac se poursuivaient, se confon— daient; Maboul les contempla avec tendresse, et re— prit: — Comme elles s’enlacent voluptueusement!
On jurerait des bras câlins allongés pour s’étreindre! Elles s’appellent : « Viens à moi, nous complèterons une _circonférence et, la circonférence formée, nous nous adjoindrons d'autres sœurs. afin de créer une sphère. Viens, quelle entente sera la nôtre! nos atomes se groupercmt suivant les belles lois de l’analogie uni— versel-le, de la. hiérarchisationà l’infini. Chacunede
76 L’INITIATION nos sociétés égalitaires d’atomes engendrera d'abord un cercle; puis la série des cercles engrenés et juxta posés suivant les règles d'une équité parfaite, la valeur d’attraction déterminant la place à occuper, se rap— prochera par une gradation insensible et continue du centre commun chargé de fournir la force de cohésion indispensable.
Viens, nos efforts solidaires concour ront au même but; quelques atomes en moins, et la sphère cesserait d’exister l » Il s’enthousiasma : — A la bonne heure, la sphère! Au lieu de s’éter miser dans l’action, à l’exemple de cette ligne droite, de ce mâle hargneux, aux coudes pointus,dardé comme un coup de lance à travers l’espace, elle ne demande qu’à enlacer la mignonne! Une poussée, et la voilà partie.
Roule-t-elle sur un plan incliné, sa masse, lourde au début, accélère sa marche, devient plus rapide encore, tourne vertigineuse enfin. Et s’il est vrai que partout où beaucoup de mouve— ment se produit, existe un système nerveux relative— ment grand, au cas où ma sphère ne s’arrêterait plus, un système nerveux admirable devrait, lui, naître du travail perpétuel de ses atomes.
Un système nerveux admirable évoque fatalement l’idée d’une admirable intelligence; donc la sphère symbolise le réceptacle de l’intelligence, la concentration harmo— nique! Il sauta à bas du lit, se promena, fit de grands gestes. — Sans chercher au diable, prenons le fait sur l’homme. Chez l‘homme, où réside l’intelligence?
UNE HYPOTHÊSE DE M. MABOUL Dans le cerveau. Où réside le cerveau P Dans la tète. Quelle est la forme de la tête? La forme ronde : tête ronde, signe d’intelligence. — Et puis, pensa Maboul, si les têtes de mes con temporains ne présentent point un aspect exactement sphérique, cela prouve-t-il que, seules dans la nature, elles ne se perfectionneront pas, en dépit de l’univer selle transformation?
Certains indices, soit des bustes très anciens, soit la qualification de beauté attribuée dans certains pays à la petitesse de la face, m’auto risent à supposer déjà un accroisement successif de I’encéphale à mesure de l’évolution humaine. Les cerveaux de nos célébrités ne pèsent—ils pas d’habitude un poids supérieur à celui des cerveaux vulgaires?
Jetez à l’eau n’importe quel animal, la pesanteur du Corps lui soulève la tête et l’animal nage d’instinct; le contraire se produit chez l’homme, et je ne trouve rais rien d’absurde à émettre l’opinion que la pesan teur de plus en plus considérable du crâne de l’an thropoïde, notre premier ancêtre, lui ait peu à peu rejeté le cou en arrière et provoqué finalement le redressement de l’individu.
Maboul se mit à sourire. — Parbleu, dit-il, je songe malgré moi à la prédic tion du docteur Sélectin ( 1) : « Le type de l’homme futur ne se modèlera pas sur le type des anciens dieux. Plus de Vulcain, plus d’Hercule, plus de Jupiter !‘A quoi bon une haute stature, si l’intelligence ne se mesure pas à la grandeur de la taille, mais au rapport N(1) Les innovations du docteur Sélectin, par Géraud-Godde, Pion et ourrit, éditeurs. -
78 L’INITIATION entre le poids du cerveau et le poids du corps, au nombre des circonvolutions P Plus petit, on mangera moins, et l’humanité, facilement nourrie, se rira des affirmations pessimistes de Malthus! Que les chi mistes découvrent un jour le moyen d‘ingérer les aliments à l’état liquide, l’estomac ira s’amoindrissant et, si les substances non alimentaires sont scrupuleu— sement triées par avance, plus d’excréments.
Tout changement dans un organe entraîne fatalement une transformation de l’individu; la tête bénéficiera en volume et concours nerveux, de la consommation moindre amenée par le rapetissement du corps; l’homme futur ressemblera aux caricatures d’André Gill, et, comme les machines dispenseront du moindre effort musculaire, la ténuité des formes augmentera.
Mais si l’homme n’est plus qu’une tête sur une espèce de fuseau, Où subsisteront les derniers vestiges de la structure primordiale, la beauté de cette tête compen— sera l’exiguité des formes. » —— Oui, poursuivit-il avec une animation croissante, les catholiques ont couronné leurs saints de l’auréole, cent écrivains ont parlé du rayonnement génial émané du front de Victor Hugo.
Si plus tard, au lieu d’ingé— rer les aliments à l’état liquide, les humains en arrivent à. découvrir la nourriture aromale, les ves— tigesde la structure primordiale disparaîtront eux— mèmes, et la tête, la sphère, subsistera seule, radieuse, éblouissante, sublime ! Là-dessus, M. Maboul haussa les épaules; une objection soudaine le ramenait au sentiment de la réalité. '
UNE HYPOTHÈSE DE M. MABOUL ' 79 -— Pures chimères! balbutia-t-il, une telle perfecti bilité est, hélas! interdite _à notre misérable espèce. Dès maintenant et avec raison, les hygiénistes s’oc cupent de mener le développement du corps parallè lement au développement de l’esprit : partout des sociétés de gymnastique se fondent, dans tous les lycées on diminue les heures d’étude, on augmente les heures de récréation.
L’homme vit rivé à la terre; des jambes lui sont nécessaires pour avancer, des mains pour saisir, des muscles pour rester fort. Quelle piètre mine auraient mes sphères humaines, grosses araignées courant sur deux pattes minuscules ! A ces boules lumineuses conviendrait l’immensité de l’es pace; là seulement, elles évolueraient grandioses, et projetteraient en tous sens leurs chaudes effluves et leurs rayons!
Consterné, sufiocant, M. Maboul s’approcha de la fenêtre, l’ouvrit. , Tout en haut, dans le ciel, le soleil, émergé tout à coup d’un voile épais de nuages, arrondissait son globe de feu. Alors, fier, exubérant, les yeux écarquillés, l’index tendu, il s’écria : ' — Mais les voilà, mes cerveaux géants, mes fulgu rantes déités! Forme sphérique, mouvement vertigi neux, nourriture aromale, rayonnement dans l’espace se trouvent en eux réunis!
Gloire à vous, planètes, soleils, universl Resplendissants de lumière et de force vous êtes en vérité nos chefs et nos précurseurs ! Gloire à vous! Lutteurs d’avant-garde, combattez pour la cause commune! Frères aînés, prenez en pitié
80 L’INITIATION f Îifi-. notre faiblesse, inspirez-nous votre savoir, con— tinuez au-dessus de nous la grande ascension des êtres! Et M. Maboul, épuisé, se laissa choir dans un fan feuil. — Clic! flocl fit le feu. — Pschitt! pschitt! chanta la bouillotte. — Dix heures! sonna la pendule. Le domestique frappa à la porte et dit : —— Monsieur, votre déjeuner est prêt. GEORGE MONTIÈRE.
ÂA jËI®RTE ÏÊA lune verse au lac ses pâleurs romantiques , a Elle monte, ennoblz't la rue et les boutiques Et les mille détails des choses dans la nuit. Tel un astre en nickel, métallique, elle luit. Dans les cœurs, c’estun trouble amerqu’elleensemence : Des couples, à ses feux, vont chantant la romance, Et pour la voir planer, la fillette au couvent Aux carreaux du dortoir colle son front rêvant.
Elle est morte, pourtant; malgré sa lueur nette Elle est morte et n’est plus qu’un reflet de planète, Le cadavre d’un monde, un astre refrôz‘di. Elle eut ses jours d’orgueil, son soleil du midi, ' Et comme nous des bois, des mers, des toits quifument La passion qui tue et lesfleurs qui se hantent, Un large etfrais réseau d’azur mélodieux,
IMPROVISATION 8 1 :32 Des femmes, des festins, des monuments, des dieux, Les hymnes qu’un air chaud etpa7fumé colporte. Lentement tout s’est tu, maintenant elle est morte. Mais, 6 prodige ! Efiroi qui narre l’habitant De la terre la Morte, au teint épouvantant, La Morte fait rouler à longs flots nos marées ; La Mer suit d’un sanglot ses obsèques sacrées.
PAUL MARROT . àu Èanque’t fipitite et Êpitituslith (IMPROVISATION) Émurs trois mois Paris n’estqu’uneféte immense; Réunis dans ses murs, la France et l’Univers Admirent l’Industrie et l’A rt et la Science Et la tour dont laflamme illumine les airs. Jamais on n’avait vu dans notre capitale Tant d’animation, tant d’hommes à lafois ; Jamais par tout le monde, une œurre colossale, N’eut l’acclamation franche d‘autant de voix.
Les hommes de plaisir et les hommes d’afl’aires Satisfont aussi bien leurs goûts, leurs intérêts , Le monde oÜiciel, les délégués, les maires, Accourent conviés à d'énormes banquets. Un festin moins grand, plus modeste, Rassemble des amis, ce soir,
82 L’I NITIATION Dont l’union solide atteste Leur conmction, leur espoir; Sous l’étendard du spiritisme Nous marchons les coudes serrés; Nous combattons le néantisme Et ses efl’orts désespérés Pour tout réduire à la matière, A l'homme ôter son butfinal, Pour éteindre toute lumière Et déraciner l’idéal. Nous ne sommes pas ceux qu’on pense : Des gens quifont parler les morts, Des charlatans sans conscience, — Des provocateurs de remords. _ L’anathème, la raillerie Ne sauraient nous décourager; Que nous importe qu’on sourie! Nos pères ont eu le bûcher. Vous qui décrie{ par système, Sans vouloir regarder de près, Si nous étie{uenus quand même Vous mêler à notre congrès, Vous auriez vu des sœurs, des frères, Simples comme la vérité, Unir leurs volontés sincères Pour vous éblouir de clarté. C’était un spectacle sublime Que de voir, forts dans le labeur,
IMPROVISATION 8 3 Ces centaines d’êtres qu’anime Un même souffle, un même cœur. Là-bas comme ici notre temple N’est pas efl’rayant ; et nos sœurs Paraissent à qui les contemple Gracieuses comme des fleurs. Ma lyre, hélas, trop peu sonore Pour rendre de pareils accents, Voudraitpouvoir chanter encore ; Mais je m’arrête, il en est temps. d Plus qu’un mot, mes chers sœurs et frères, Spirites étrangers, français, Nous qui n’avons plus defrontières Soyons fiers de notre succès ; Tenons toujours haut dans le monde Le drapeau de la Vérité Car elle est immense etféconde Notre œuvre defraternité! Viendra le temps où tous les hommes, : Les yeux enfin ouverts au jour Heureux d’être ce que nous sommes, Sauront l’universel amour. En attendant ce jour suprême, Gardons l’éternel souvenir De cettefête où chacun s’aime, Etforts marchons vers l’avenir. . LUCIEN MAUCHEL. Paris, le I6 Septembre 1889.
84 L’lNITlATION remuenavunu POÉSIE: Le livre du Jugement, par M. ALBER JHOUNIY. — Un vo lume. Édition de l'Etoile Le mouvement Occulte s’accentue tous les jours.
Au tour d’un noyau serré de penseurs, partageant les mêmes idées, malgæ' des divergences de détail peu inquiétantes et d'ailleurs indispensables à la marche en avant, répan dant la lumière dans plusieurs revues dont personne il y a vingt ans n'eût prévu la naissance, des philosophes, des écrivains de toutes les écoles, se rangent à nos doc trines auxquelles ils apportent le Concours de leur talent et l’autorité de leurs noms.
La Muse, elle aussi, se met de la fête. Les lyres com mencent à vibrer et célèbrent en accents émus et en élans sublimes les splendeurs de ce vieux mysticisme si longtemps enfermé dans les temples, si longtemps le privilège exclusif de quelques esprits d’élite. Quel plus beau sujet en effet pour tenter l’âme céleste du poète! Et comme de nombreux génies l’ont bien compris en demandant au sentiment religieux leurs plus admirables inspirations.
Les grands poètes grecs, puis Virgile, Dante, Milton, et tout récemment Victor Hugo, Lamar— tine et Musset en donnent la preuve évidente. Aussi M. Alber Jhoupey a-t-il eu raison de s’engager dans cette voie et de chanter en hymnes superbes, dont deux seulement ont paru, la Création, la Chute, la Ré demption, le Jugement. Sans doute les vers sont beau— coup moins lus que la prose et n’ont jamais convaincu personne.
Tant pis pour qui ne les goûte pas; il ne faut pas sacrifier l’art à l’utilité. Tous les Occultistes ont lu le Royaume de Dieu et connaissent les idées philosophiques du Kabbaliste néo chrétien Alber Jhouney. Je n’ai pas à les répéter non plus qu'à analyser son Livre du Jugement. Un livre de vers ne se raconte pas, je ne peux que conseiller de le lire à tous ceux qui aiment la grandeur, la majesté,
BIBLIOGRAPHIE 85 ‘\.... l’ampleur du style, l’eclat des images, qualités maîtresses de l’ouvrage. Que l’on juge plutôt : Et d‘une étoile à l'autre un trillion de lieues : Et l’étoile est un gouffre. une fournaise, un puits Incandescent léché d‘ombres pourpres et bleues. o Vaste blessure ouverte au flanc muet des nuits. Les citations sont difficiles à choisir dans une œuvre aussi égale.
Les paroles du Verbe à l’Ame sur l’Amour divin me plaisent le mieux. Va, si tu veux. L’Amour divin n'est pas un Maître Rien ne t'enchaine à lui, rien que sa vérité, Dans le monde infâme peut—être Me regretteras—tu dans ma sincérité. et plus loin : Oh! ne pense jamais cela. Jamais l’Amour Ne reprendra la vie après l'avoir donnée. Si tu t'absorbes sans retour Dans l'obstination furieuse et damnée Crois que je souffrirai ta haine amèrement.
Plus encore ton indifférence. Que mon cœur sera vide en ton isolement Et ma divinité perdue en sa souffrance. Il est à regretter que le poète. constamment préoc cupé de l'idée, ait quelquefois négligé la forme, le rythme du vers. J’avais cru d’abord que c'était chez lui une in— tention bien arrêtée, un système.
Mais l’examen attentif de tout le livre semble prouver plutôt que, volant à tire d’ailes, il ne daigne pas s’arrêter au souci de l’hémis tiche et aime mieux oublier la césure ou bien enfoncer d’un coup de marteau vigoureux une mince cheville que de ralentir sa course et de se détourner de son che min. L’instant d'après; il est déjà loin.
Ce mode de compœition concorde bien en effet avec son tempéra ment essentiellement intuitif, qui a toujours prêt et sans recherches un flot d’images vives, colorées, presque toujours d’une justesse frappante. Je n’approuve pas trop non plus ces successions de rimes du même genre qui se présentent deux ou trois fois. Mais ce ne sont là que des détails bien secondaires et je ne voudrais pas qu’on attachât trop d’importance à
86 L’INITIATION , une critique que je ne formule que par amour pour l’exactitude. Je répète que les petits taches que je mens de signaler sont en somme assez rares et que les beaux vers bien venus, les strophes harmonieuses et parfaites forment la grande majorité.
Aussi serai—je heureux, avec tous les amateurs, de passer encore quelques heures délicieuses d’admiration avec le prochain livre de M. Jhouney qui mérite les plus grands éloges; c’est un vrai poète : il en a l’âme, le cœur, l'imagination et le talent. LUCIEN MAUCHBL. Le mois prochain je rendrai compte de deux livres de M. Laurent de Pager: La Muse irritée et De l’Atome au Firmament, ce dernier paru en I889, Demtu, édi— teur (3 fr. 50). ' L.
M. fia ne stnu ne “rinnnunw A NOS LECTEURS Malgré des obstacles sans nombre, des difficultés sans cesse remissantes, l’Im‘tiation célèbre avec ce nu— méro sa deuxième année effective d’existence. Cette œuvre du groupement de toutes les écoles spiri— tualistes qui semblait impossible à réaliser est accom— plie, et Le dernier Congrès vient d’affirmer davtn.tage encore sa réalité et sa puissance.
Les premiers, et jusqu’à présent les seuls en France, nous avons réuni dans l’œu vre commune de l’Initiation des Théosophes et des Spirites, des Francs-Maçons et des Catholiquesinitiés et nous avons montré l’union de toutes les écoles à la lu— mière de 1’Esotérisme et de la Kabbale.
Ce caractère spécial de notre revue indique de suite que nous venons faire une synthèse sans jamais marcher sur le terrain de nos confrères qui traitent spécialement un point particu
l"r-v-Ie-n ----vLA 2° SÉRIE DE L’INITIATION 87 I lier d’0ccultisme. 'Voilà pourquoi l’œuvre de chacune des revues spéciales nous est indispensable, voilà pour quoi c’est une grande peine pour nous de voir la plus importante et la mieux faire des revues françaises: Le Lotus, disparaître. Cependant, nous devons tous nos remerciements à celles qui défendent les divers aspects de notre cause.
La Revue Théosophique, grâce aux efforts vraiment surhumains de sa direction, nous montre la Théosophie sous son jour véritable de grandeur et d’altruisme. En six mois à peine, M“ la Comtesse d’Adhémar a relevé cette belle doctrine en France en évitant avec le plus grand soin toute polémique pouvant momentanément dé. tournerles bénéfices intellectuels si péniblement acquis.
Telle est la véritable manière de présenter ces belles idées et la Société Théosophique ne pourra jamais être trop reconnaissante envers celle qui s’est révélée dès son premier essai comme une véritable théosophe.
L’Aurore, l’organe de la Présidente d’honneur du Congrès spirite et spiritualiste, Lady Caithness, du— chesse de Pomar, prend officiellement le sous-titre de Organe du Christianisme ésotérique; c’est une tentative formidable qu’a’oorde cette revue, mais cependant nous ne doutons pas que sa direction ne la mène à bonne fin. La Revue spirite et le Spiritisme traitent particulière ment les doctrines spirites. M. P. G.
Leymarie a droit àtoute la reconnaissance des écoles d’occultisme pour avoir organisé le dernier Congrès. MM. Delanne ont droit à tous nos remerciements pour le concours dévoué qu’ils y ont apporté. L’Etoile (d’Avignon) traite particulièrement de l’Eso térisme chrétien au ‘point de vue Kabbalistique. La re nommée de ses rédacteurs : l’abbé Roca, Alber Jhouney et René Caillié montre de suite l’importance de ces études.
La Religion laïque (de Nantes) n’est pas aussi connue qu’elle le mérite. C’est une excellente revue à tous les points de vue et les questions de haute philosophie *y sont admirablement traitées par notre maître à tous: Charles Fauvety.
88 L’INITIATION \' Le Devoir (de Guise) a pris de suite la première place parmi les revues de philosophie sociale. Cette revue a toujours défendu nos idées et nous ne doutons pas de son succès sans cesse croissant et bien mérité. Tels sont les principaux organes qui défendent les diverses branches de la Science Occulte; voyons main tenant l’œuvre future de notre revue.
L’ŒUVRE FUTURE DE “ L’INITIATION ” Grâce aux nombreux partisans de nos doctrines, nous avons fait beaucoup ; mais, grâce à eux, nous pouvons faire davantage encore. Le succès de notre œuvre dé pend maintenant de deux facteurs bien différents 1° ma tériels”, z° intellectuels. [0 Au point de vue matériel, une revue vit de ses abon— nements comme un organisme vit d’aliments.
Nous avons fait beaucoup pour nos abonnés, leur donnant régulièrement une série de primes phototypiques qui représentent à elles seules le prix d’abonnement. Ils peuvent faire maintenant quelque chose pour notre œuvre en échange de nouveaux avantages. Nous venons en effet de créer dans tous les pays d'Europe des cor— respondànts de l’Initiati0n chargés de répandre nos idées personnellement et par la propagande de la Revue.
Tout abonné ou toute personne qui s‘intéresse à nos idées désirant devenir correspondant en France est prié de s’adresser à la direction, I4, rue de Strasbourg, Paris. En échange des services matériels qu'il pourra rendre à notre revue, le correspondant recevra des instructions spéciales et sera mis en relations personnelles avec toutes les sociétés s'occupant du mouvement.
De plus, il recevra en communication pendant quinze jours tous les livres introuvables d’occultisme dont il voudra pren dre connaissance.'La Bibliothèque roulante annoncée ‘ dans l’Initialian il y a plus de six mois est maintenant organisée au profit de nos correspondants. Du reste, une circulaire spéciale avec détails sera adressée à tout abonné ou lecteur qui en fera la demande. /
LE LOTUS 89 20 D'autre part, l’Initiation compte, dans cette nouvelle année, faire de nouvelles et importantes études sur tous les sujets dont elle s’occupe. A cet effet, la direction s’est adjoint M. LUCIEN MAUCHEI. qui prendra une part active à la confection de la Revue. Parmi les articles et les travaux qui seront publiés dans le cours de cette année, citons : I° Une nouvelle ésotérique de JULES LERMINA, titre: Le Centenaire.
2° Le poème swedenborgien de CATULLE MENDÈS (avec autorisation spéciale de l’auteur) : Hespe'rus. 3° En théosophie : le Sutra en 42 articles traduit du Thibétain par I.éon Feer, ainsique d'importants extraits du Dhammapada. . 4° En Kabbale : des traductions de Light ofEgypt, l’important ouvrage qui vient de paraître à Londres.
Le tout indépendamment des articles sur la théoso phie, la Kabbale, la Franc-Maçonnerie et toutes les branches de la Science Occulte, par les quarante rédac teurs réguliers de l’Initiation. On voit par l‘a l'importance réelle du mouvement phi IOsophique dont l’Initiation, ainsi que l’a constaté M. Franck, est le drapeau.
Ces explications étaient nécessaires au début de notre nouvelle carrière ; à nos lecœurs et à nos amis de nous seconder de leur mieux. La Rédaction. Œa Œrus Un fait regrettable va se produire bientôt: la dispari tion, momentanée espérons-le, du Lotus: Quels que soient les points qui puissent personnellement me séparer de son directeur, je dois avant tout faire abstractiondc toutes les personnalités pour ne voir que l’œuvre entre prise. Or, il est incontestable que le Lotus a été la première
go L’INITIATION revue vraiment sérieuse et vraiment bien faite qui ait apporté en France les doctrines orientales. Son action a été remarquable et c'est là que nous nous sommes ren contrés BARLET, STANISLAS ne GUAITA et moi, ainsi que tous ceux qui depuis se sont fait un nom dans ces études Comme facture matérielle, le Lotus servira toujours de modèle aux Revues qui paraîtront ensuite. M. F.-K.
Gab0riau a consacré à cette œuvre tout son temps et toute sa fortune ; je regrette les insultes proférées à l’égard de Barlet et de moi, après notre départ, dans cette revue; mais je n‘ai à ce sujet qu’un seul fait à invoquer: il n’y eut jamais aucune réponse personnelle à ces attaques dans l’1nitiati0n.
Voilà pourquoi, étant toujours resté le maître de moi—même dans ces irritantes questions, je puis aujourd'hui rendre justice à celui qui mérite qu'on reconnaisse publiquement ses qualités si l‘on connaît trop ses défauts. Personnellement, il peut exister entre nous des froissements qui ne s’oublieront peut-être jamais; nos personnalités sont trop infimes vis à. vis de l’œuvre entreprise pour en tenir compte.
Cette œuvre seule est quelque chose; voilà pourquoi. j’ai tenu à reconnaître la valeur réelle de l’œuvre menée à bien par le Lotus. Amis et ennemis, puissions-nous ne jamais oublier la seule devise vraiment théosophique ; Il y a pas de Religion plus élevée que la vérité. Voilà ma réponse aux attaques passées, présentes et futures dont ma pauvre personnalité peut être l’objet. PAPUS.
Envans, avuas & élouanaux LIVRES REÇUS Pourqum la vie, par LÉON DENIS (prix: 0 fr. 15). Librairie Psychologique. L’orateur si applaudi des Congrèsa condensé dans cette petite étude les arguments les plus entrainants en faveur de la doctrine spirite. C’est un véritable discours
uvnr:s nnçus 91 et tous ceux qui l’ont entendu ne peuvent manquer de lire l’ouvrage de LÉou DENlS. n -sæt La Sténographie appliquéeà l’enseignement primaire. — Monographie pédagogique, de l’Exposition univer selle par RENÉ Founi:s (prix: 0 fr. 60). Chez l’auteur, 18, rue Brézin, Paris. Ra; E‘tudes cliniques sur les principaux phénomènes de l’Hypnofisme par J. Luvs, avec 13 planches photo typicjues.
Librairie Carré. (Compte rendu prochainement.) * l8» Nous ne pouvons rester étranger à ce qu'écrivent nos ‘ rédacteurs, fût-ce en dehors des idées et du programme de notre revue, car nos rédacteurs c’est nous-mêmes. Aussi ne pouvons-nous résister à parler du travail de .l’un d’eux.
La Sauce est'un charmant livre de cuisine de Mm JENNY Touzm, dont les romans ne suivent pas les errements ordinaires et qui n’a pas, comme notre immortel Alexandre Dumas, voulu les suivre en la matière. Ce livre est précédé d‘une préface de notre colla borateur le docteur Foveau de Courmelles, et terminé par une étude sur l’alimentation des enfants et les falsi fications alimentaires, du même.
Les préceptes pour se nourrir, conformément aux règles de l’hygiène, y sont exposés avec clarté et précision. C’est un charmant volume (in-8, 520 pages, 3 fr. 50, Brossier, éditeur) avec planches et une couverture de l’inimitable dessinateur José. Roy.
Traitant de la cuisine des diabétiques, voire des célibataires, c’est un recueil indispensable à qui s’intéresse à la chimie culinaire, et quelle science est plus utile pour se conformer au vieil adage, si juste et si vrai: Mens sana in corpore sano. Ce livre est le vade mcoum des maîtres et maîtresses de maison, tout aussi bien que des cuisinières; conçu sur un plan absolument
92 L’INITIATION . : Tri—[‘w ‘ nouveau, il s’adresse à tous et nous croyons faire œuvre saine et utile en le recommandant chaleureuse— ment. REVUES ET JOURNAUX Le numéro 9 (3° année) de l’Aurore (Septembre 1889) est fort intéressant. Cette revue prend le titre officielle ment d’0rgane du Christianisme ésotérique et se propose de développer son programme dans ce sens.
Signalons l’intéressente déclaration de la directrice Mm LA Du— j cnassa ms POMAR, et la traduction de The Per;fec Wa_y de ANNA KINGSFORD et EDOUARD MAITLAND, ce livre d’ésotérisme qui eut un si grand succès en Angleterre. * *# A lire dans la Revue Théosophique un article plein d’humour, d’EUGÈNE Nus sur la Kabbale et la traduction : Science des Egyptiens. *I“ A lire également dans la Religion laïque les discours de CHARLES FAUVETY, L’ABBÉ ROCA, CAMILLE CHAIGNEAU, au Congrès. * 44 La Revue Spirite publie le rapport général du con grès spirite et spiritualiste dans son numéro du I5 sep tembre. - * 4 # Le Figaro a publié le 10 septembre l’étude de PAPUS sur le Temple bouddhique à l’Exposition Universelle. ‘* -\s «\t La Feuille libre, revue bi-mensuelle, littéraire, théâ rale et artistique fort intéressante (I0 fr. par an, II, ru
NOUVELLES DIVERSES 93 de la Chaussée-d’Antin) publie dans son dernier numéro une chronique littéraire d’EMILE GOUDEAU sur le Tarot des Bolzémiens. * >r:æ The Theosophist, de Madras, contient dans le numéro de septembre un fort important article du colonel Or.corr sur la nécessité du centre indou de la Société Théoso phique.
' -Y-*)F The Lucifer, de Londres, continue la publication de l’intéressant roman d’HARTMANN : The talking image of Urur. * — -\‘ ‘ ,Le Bulletin Maçonnique contient des études de Parus, d’0. WIRTH et de DELÉZINIER sur la Maçonnerie. ' * 45:! Le Lotus, de Paris, contient dans le numéro de Mars (qui vient de paraître) une étude de haute valeur de D.
Mac NAB surlaforce psychique. * 4x» Le Devoir, de Guise, publie 'un important article de feu M. GODIN, titre : Loi d’amour du prochain et morale sociale; ainsi qu’un long compte rendu des principaux congrès socialistes et philosophiques de 1889. V Nouvmms amuses LA CONFÉRENGE DE JULES LERMINA. — Mercredi 2 cc tobre, M. Jules Lermina a fait en la salle des Capucines une fort intéressante conférence devant une salle abso— lument comble. L’orateur s’est attaché à démontrer la valeur scientifique et philosophique des phénomènes de
94 L’INITIATION force psychique observés parles savants les plus estimés dans différents pays.
Se plaçant sur le terrain de la véritable libre pensée qui n’admet rien a priori, mais qui, non plus, ne nie rien a priori, Jules Lermina a démontré aux applaudisse ments de toute l'assemblée la réalité des expériences de Crookes et l’enseignement qu’un homme sincère et ennemi de tout préjugé pourrait tirer de leur étude. * v a; Les ouvrages de M. l’ABBÉ ROCA se trouvent mainte nant à la librairie des Sciences Psychologiques, I, rue Chabanais.
«:1. Les amateurs de livres rares d’Hermétisme en trou veront une superbe collection au meilleur compte chez M. Rémi PIERRET, 12, passage Ménilmontant, Paris. * æ:4 Le 15 octobre, parait un nouvel ouvrage contenant une série d’études sur la Kabbale, la Théosophie, la Franc» Maçonnerie, la Sociologie d’après la Science Occulte, etc., etc., par MM. F. Cn.
BAILET, D” FERRAN, STANISLAS DE GUAITA, JULIEN LEJAY, EUGÈNE NUS, PAPUS; titre: La Science secrète, prix 3 fr.
50, chez Carré. (Cet ouvrage n’est tiré qu’à 250 exemplaires). * «\x4 Madame veuve BABLIN, le médium si connu, habite 48, rue Bellefond. (Réponse à divers abonnés}. * «v»«I Erratum. — Une erreur s’est glissée dans notre der— nier numéro : Le passage suivant de la poésie de M‘“ Roger de Nesles doit être ainsi rétabli : Il faut sept fois mourir; il faut sept fois renaître; Esclavas du gibet nous racheter sept fois ; Pour apercevoir Dieu, l‘aimer et le connaître. Monter sur le calvaire en étreignant la croix. * 4'r
NOUVELLES DIVERSES 95 W“‘Munw*"'«.v »\.v--‘-—«-“ v " BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE des ŒUVRES des FEMMES BIBLIOTHÈQUE “'OLSKA Paris. — 21-23, passage Saulnier. — Paris ou: Directricefondairice : A. DE WOLSKA ; Secrétaire général : PAPUS ; Présidente d’honneur : SIL MAJESTÉ LA REINE DE Rou— MANIE; Présidentes des Comités, membres d’honneur. —Angle terre : S. A. R. la princesse CHRISTIAN DE SCHLESWIG HOLSTEIN, M“ Jeune, de Londres; — Portugal : S.
M. la reine du Portugal; — Russie : la princesse Ourou sow, la princesse Gortchacow-Stourdza, Mademoiselle Philosophow, I" dame d’honneur de S. M. l’Impéra trice; — Pologne : comtesse Isabelle Kwilecka; -— Ita— lie : Marquise del Bufalo della Valle; — France: Ma dame Christian de Verneuil, princesse Brancovano ; Madame Vigné, Madame Moulton, Madame Raymond Pognon.
LA BIBLIOTHÈQUE WOLSKA La Bibliothèque WOLSKA est destinée à favoriser et à faire connaître l’essor de l’intellectualité féminine dans tous les pays où elle s’affirme. Elle est placée sous le patronage de LL. MM. les Reines de Roumanie, du Portugal et de S. A. R. la Princesse Christian de Schleswig-Holstein, fille de S. M. la Reine Victoria, impératrice des Indes. Elle compte parmi ses membres les plus grands noms d’Europe.
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96 L’INITIATION féminins de talent, souvent pauvres et ignorées, a editer et à répandre leurs ouvrages. Pour être reçue membre de la Bibliothèque, il faut faire une demande à la directrice et verser une somme de 20 fr.
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LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecœurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei— gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu'avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) —- 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. -— A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. -— Au seuil du Mystère (2‘ édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. -— Collection de l’Initiation et du Lotus. —- La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d'autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau— thier. — Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. — Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennique.
DEUXIÈME DEGRÉ. — Eure’ka, par Edgard Poè‘. —— Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. -— Les Grands Mystères, par Eugène Nus. -— Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. — Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. —- Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. -— Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. —— Le Sep/1er Je'sirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. L'éditeur CARRÉ se çharge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d’eux. -
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