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Initiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études _‘.‘ Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 4mn VOLUME. — 2m ANNÉE SOMMAIRE DU N° 12(Sep’tembre1889) ...— p4——— _PARTIE INITIATIQUE... L’Involution et l'Evo ' lution hun‘1aines (d’a près Swedenborg). G. Montière. _ (p. 193 à 222.) Le Tarot des Bohé ' miens . . . . . . . . . . . .. F.-Gh. Barlet. (p. 222 à 245.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE...
Essai sur la situation philosophique . . . . .. Weber. (p. 246 à 252.) Princi es cosmo—psy chiqiies du M..gne’ tisme . . . . . . . . . . . .. Bouxel. (p. 252 à 263.) A propos d’un Tarot persan . . . . . . . . . . . . . Marcus de Vèze. , (p. 26.4,à265.) PARTIE LITTERAIRE... Fragment . . . . . . . . . .. Josèphin Péladan. (p. 266 à 272.) Nirvana (poesie).....
M“‘°Roger deNrsles (p. 272 à 273.) Villiers de l’Isle-Adam, par Gatulle Mendès. — Petites Nouvelles —- L’Orient à l‘Exposition universelle. - Bibliographie. — Fraternitas. , V ' R É D ACT 1 o N : , Administration, Abonnements : 14 rue de Strasbourg, 14 .58, rue S t-A ndré—des-A ris, 58 P A RI S _ _ P A RI S Le Numéro: UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS.
" BUT Les Doétrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des. forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismés. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science Universelle d’oi dérivent toutes les Philosophies. Des Ecqles diverses s’occupent de chacune des parties de cett( Science Occulte. La Théosophie, la Kabbale, le Spiritisme, ou1 leurs organes spéciaux, souvent ennemis. L’Initiation étudie comparativement toutes les écoles sans apparl tenir exclusivement à aucune.
L’Initiali0n n’est pas exclusivemen’ théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plut instruits des théosophes français. L’Initiation n’est pas exclusi vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes le plus estimés que nous possédions.
Il en est de même pour toutei les autres branches de la Science Occulte : la Franc-Maçonnerie le Spiritisme, I‘Hypnotisme, etc., etc. 1 La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique; La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction ; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donn le poète et le romancier.
Plus de quarante rédacteurs, pour t; plupart déjà connus, concourent à la rédaction de l’Initiation. \g Tous ces avantäges unis à l’extrême bon marché de la Revue et; ‘fgfiyne des plus attrayantes et des plus originales de toutes les Puh1iè1tions mensuelles,
PRINCIPAUX. RÉDACTEURS ET ÇOLLABORATEURS '_W*‘_, : <‘ a DE l’1nitiation ' " !—B '“SïlPARTIE INITIATIQUE CSllli ‘“I”’ F. CH. BARLET (auteur de l’Initiation). M. S. T. 5‘; —- STANISLAS Miel” DE HUAITA (auteur de Au Seuil du Mystère) S.'. I.°. Ë). — GEORGE 55[j0filMONTIÈRE (rédacteur en chef de l’Initiation) S.'. I.-. - PAPUS cesles(auteur du Traité élémentaire de Science Occulte). S.'. I.'. "‘ — ' OSÉPHIN PÉLADAN (auteur de la Décadence Latine) S.'.
I.'. :spmj 2°, ‘e Ë.îjä,, PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE 5°’,”’” ALEPH (de la Revue du Mouvement social). -— Le F.'. BERTRAND lm‘l“ ÉN.‘. RENÉ CAILLIE (directeur de l’Étoile). G.
DELANNE (rédacteur e (le n chef du Spiritisme). — ELY STAR (auteur des Mystères de 'I'Horoscope). — FABRE DES ESSARTS. — FABIUS DE CHAMPVILLE. — D' FOVEAU DE GOURMELLES (licencié ès—sciences physiques; licen acetlfg;ié ès-sciences naturelles, lauréat de l’Académie).— JULES GIRAUD ,’ on&t}u leur du D"Selectin).—-‘ D*‘ GOYARD (ancien pré51dent de la Société ,. e' étarienne).——- E. GARY (auteur de la Théorie des Tem éraments).
'-— ENRI LASVIGNES (ex-secrétaire de la rédaction du 'onstituti0n pPal'âel). '— J. LEJAY (licencié en droit); -— MARCUS DE VÈZE. -— NAPO 3meu.«LÉON NEY. —- EUGÈNE Nus (auteur de les Grands Mystères). — plu.G. POLTI (auteur de la Théorie des Tempéraments). — Le Magné , si,tIseur RAYMOND. -—-‘_Le Magnenseur A.
ROBERT. — ROUXEL (du c ul&Journal des Économrsles). -—-'—HENRI WELSCH. tes ,. _ fl mute; 2““ Il€rlej A I PARTIE LITTÉRAIRE es c6ine MAURæE BEAUEOURG. -— E. GOIJDEAU.:—‘- MANUEL DE GRANDEO‘RD. ique, :— JULES LERMINA. -— L. HENNIQUE. — A. MATTHEY. —-’- LUCIEN ,MAUC‘HEL. — CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. — GEORGE , e .MONTIERE. —- CII. DE SIVRY. . . .. . dev , )Il” ' ‘ o rur i}.‘** 4 y. j} _ POÉSIE Je 9“’ ‘ . , , . les.l : En. BA_Z;IRE. ,—' Ca-. DUEOURG_. 4— RODÇLPHE_ ,DARZENS. T P. 5 '(GIEALDON. ; PAUL MARROT. — MARNES. -— A. MORIN. è- ROBERT DE LA VILLEEERVÉ. 8
.' aux”; VIENT DE PARAITRE COLLIGTIM d’0llllllül8 relatifs aux Sciences Bermétiqnes sous LA DIRECTION DE JULES LERMINA L’OR ET LA TRANSMUTATION DES MÉTAU PAR G. Théodore TIFI‘ERAU PRÉCÉDÉ DE PARACELSE ET L’ALCHIMIE AU XVI’ SIÈCLE PAR AD. FRANCK (DE L’INSTITUT) “Un volume in-8 relié. — Prix. ->. . . .- . . . . . . 5 francs A B R U L E R Cçmle Astral Par Jules L,ERMINA _ PRÉFACE DE PAPUS ’ Un volume in-8, relié. Prix . . . . . . . . . . . . 3 francs SEPT PRINCIPES DE L’HOMME Par PAPUS Brochure in-8, avec figures dans le texte . . . . . . I franc S ‘adresser à l’Admim‘strafion de l’INITIATION
PARTIE INITIATIQUEÇ ä’iÏnvulutisn et lïÊvulution humaines La Nouvelle Je’rusalem. d‘après les renseignements d'Emmanuel Swe denborg, par M. C. HUMANN. -— I vol. in—12. 1:. me Thouin. Ëans un volume de trois cents pages, M. C. Humann vient de condenser un ensemble des doctrines d’Emmanuel Swedenborg. Dégagée de son mysticisme et présentée sous une forme rationnelle, l’œuvre du philosophe suédois prend une importance capitale et se révèle sublime d’inspiration. La plupart des grandes vérités cachées sous les symboles des religions antiques ont été entrevues par lui. Avec Hermès, il proclame la science de l’analogie dans les trois mondes; avec nos maîtres en occultisme, adeptes, cabbalistes et rose—croix, il dévoile l’esprit caché sous la lettre des anciens dogmes; avec Fabre d’Olivet et Saint-Yves d’Alveydre, il reconstitue le ternaire ' humain et indique la solution de la question sociale. On dirait écrites pour Emmanuel Swedenborg ces lignes du cabbaliste Keleph Ben Nathan : « L’esprit 7
194 I.’rtflTtxræm de l’homme, mis en abstraction centrale et rendu in— dépendant des sens et de tout objet extérieur, offre l’exemple de l’extase astrale. Dans ces instants, il reçoit passivement un tableau spiritualisé et analo gique des choses, des objets et des évènements, ils se peignent plus ou moins impurement dans son esprit» » mais toujours au moins avec une mesure de vérité...
Voilà pourquoi, lorsque ces extases astrales ont lieu dans un sujet moins impur et plus dégagé des pas— sions, elles peuvent recevoir et communiquer aux autres d’étonnantes vérités. » M. Humann a divisé son travail en quatre parties.
La première explique quelle sera la Nouuelle Je’ru— salem d’après les enseignements d’Emmanuel Swe— denborg ; la seconde constate les progrès de la Nou velle Jérusalem dans le monde; la troisième traite des principes du droit divin moderne et de leurs applications sociales, et la quatrième des principes du droit divin moderne dans leurs applications scienti— fiques, artistiques et littéraires.
Une analyse complète de l’ouvrage exigerait de trop longs développements, je m’en tiendrai à l’étude de la première partie, où sont exposées les lois de l’involution et de l’évolution humaines.
Quand l’homme, médiateur entre le monde divin et le monde instinctif, « force efficiente placée entre ces deux natures pour leur servir de communication et destinée à ramener l’harmonie dans la discordance des éléments de la nature inférieure (I), » uni à l’une (I) Fabrc d'Olivet, Histoire philosophique du genre humain.
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 195 (. par un influx interne et à l’autre par les sens externes, eut, « incité par la soif égoïste de l’existence indivi duelle » cherché à se rendre indépendant de l’auto rité providentielle, en rompant, par l’opposition de sa libre volonté, le lien qui le rattachait au Principe dont il était émané; instinctif encore, puissance en core en germe que devait peu à peu développer l’ac tion intérieure, la force lui manqua pour résister à l’invasion des essences du monde inférieur qui jusque— là lui avaient obéi.
Elles le pénétrèrent, brisèrent son unité et emprisonnèrent ses atomes dans des enve— loppes ténèbreuses. L’involution humaine, c’est l’obscuration et l’épar— pillement progressifs de l’Universel Adam, c’est la, force comprimante accablant la force expansive, c’est Gain tuant Abel.
Séparée de la Providence et livrée au Destin, l’hu— manité, entraînée par le tourbillon fatal, dut perdre graduellement les attributs dont l’avait gratifiée l’in flux divin et descendre dans des ténèbres proportion nelles au retrait de cet influx. Depuis la chute jusqu’à la réintégration finale, sept églises, dit Swedenborg, sept races disent les Boud dhistes, se succéderont sur la terre (I).
Dans le premier cercle, c’est-à—dire après la sépara— tion de l’homme d’avec la Divinité, enseignent les . Hindous, « il est un être relativement éthéré, par comparaison avec l’état actuel, non pas intelligent,’ (I) Pour l'étude des lois de I'involution etfde l'Evolution, consulter le Tqrot de Papus et se rapporter par analogie à son article sur les sept principes de l'homme.
195 L’INITIATION mais superspirituel. Il occupe un [corps immense et léger (1). » « Dans l’âge de l’enfance de l’humanité, dit Em-‘ manuel Swedenborg, les hommes possédaient l’amour instinctif du Bien (7 le principe actif, mâle, l’amour), et l’instinct de l’amour du semblable constitua une science toute formée en eux...
En devenant plus ex ternes, ils ne reçurent plus directement du monde Spirituel la révélation des connaissances qu’ils possé— daient et cessèrent de refléter l’image de Dieu, en ce sens qu’ils cessèrent d’être le récipient du Bien in fluant de Dieu dans leurs mentals,et ils recherchèrent de préférence leurs moyens d’instruction dans la science, c’est-à-dire dans la vue des choses externes qui frappaient leur esprit par l’intermédiaire des sens physiques. (Cœli enarrant glorz‘am Dei.
Révé— Iation, par l’analyse, de chacun des attributs de la Grande synthèse.) (2) En devenant ainsi sensuels, au lieu de refléter de l’intérieur à l’extérieur l’image de la ' Divinité, ils reflétèrent l’image du serpent astral qui figurait pour eux le sensuel, et qui était par suite aussi l’emblème de la Prudence dans les choses externes.
Dès lors ils voulurent se guider dans la recherche de la Vérité par eux-mêmes, à l’aide seulement des sens ’physiq'ues, soit par la science seule, au lieu de se borner à se Servir de cette nouvelle méthode d’inves tigation pour confirmer les vérités spirituelles qu’ils " savaient par révélation.
C’est avec raison, il est vrai, _ (1) M“'la duchesse de Pomar, The’0mphie occulte d’0rient. (a) Sympneumaîn, par Laurence Olipham. — C'est la faute que lus tard çommettra Irshou (voir la Missions des Juifs), mais au degré 'in voluuon postérieur.
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 197 que l’analyse distingue dans la pensée l’objectif du subjectif; seulement l’analyse n’est que la moitié de l’œuvre à réaliser, et la moitié morte, car c’est la sync thèse qui lui donne la vie.
« Les Très 'Anciens n’ignoraient pas cependant qu’un homme qui se laisse entraîner à croire qu’il n’est pas un organe de la vie de Dieu, mais qu’il est lui-même la vie, ne pouvait plus être détourné de la pensée qu’il était Dieu; et même que tout homme croyant qu’il y a en lui la moindre parcelle de vie, lui appartenant en propre, donne prise chez lui au mal, jusqu’à ce que les tentations et les combats qu’il doit soutenir pour chasser cette erreur enracinée en lui, aient fini par l’édifier sur sa valeur propre et par le rendre conscient que le Bien et le Vrai en lui sont des substances spirituelles, non créables, qui influent de Dieu et qui ne peuvent émaner de l’homme.
« On voit donc comment l’amour instinctif du Bien périt peu à peu chez les Très Anciens et fut trans formé en amour de soi. Cependant ces hommes pri— mitifs continuèrent à avoir des communications avec le monde spirituel; mais en vertu de la loi simz‘lz'a simz‘lz‘bus, ils en eurent seulement avec les esprits qui, de même qu’eux, étaient tombés dans l’amour exclusif des choses externes, et par suite étaient de— venus méchants comme eux.
La sagesse antique de la Très Ancienne église est, dès lors, transformée en idolâtrie et en magie ; ce fut un des signes des appr0< ches de la fin de ce premier monde. « On peut conclure de ce qui précède sur la sagesse des Très Anciens que ces hommes primitifs possédèrent
I 98 L’INITIATION t am... _,,..__.L.L_ M .a-..-_- , p. des facultés d’une puissance prodigieuse, qui se sont graduellement émoussées, et dont les traces, dans les hommes actuels, ne peuvent encore se retrouver qu’accidentellement, dans l’irritation maladive de leurs nerfs, se manifestant dans les phénomènes du magnétisme et de l’hypnotisme..
M. Humann ajoute ici la note suivante: «Nous croyons qu’à mesure quela science moderne percera les ténèbres de ces temps préhistoriques, on concluera à la prédominance de la race rouge durant l’âge de l’Église très ancienne, de la race noire durant l’âge de l’Église ancienne, de la race jaune durant l’âge de l’Église d’Héber, et enfin à la prédominance de la race blanche durant l’âge qu’embrasse les temps de l’Église Israélite et de l’Église chrétienpe ». * -\<4t Mais revenons à la doctrine des Orientaux.
' « Dans le second cercle, continuent-ils, l’homme est encore gigantesque et léger, néanmoins son corps devient déjà plus solide et plps dense, un homme plus physique, mais encore moins intelligent que spirituel (I). » « A la fin de la Très Ancienne Église, reprend Swe— denborg, l’amour exclusif des choses externes, ma nifesté par le désir de se conduire soi—même et non plus par le dictamen interne, boucha complètement les voies par lesquelles cet influx divin pénétrait dans l’âme humaine. Pour rétablir la communication (I) Mm la duchesse de Pomar, Théosophie occulte d’0rient.
L’INVOLUTION E”P.L’EVOLUTION HUMAINES 199 interrompue, il fallait donc une nouvelle Révélation sous une forme plus externe, c’est—à-dire SOUS une forme mieux adaptée au génie nouveau des sociétés humaines.
' « Quelques hommes de la Très Ancienne Église, personnifiés dans Hénoch, réunirent en corps de doctrine les traditions principales de leur Église pour l’usage de cette postérité nouvelle qui devait inaugu rer l’Église de Noé, dite Église ancienne. » « L’homme avait perdu irrévocablement l’instinct du Bien... Ne sachant plus rien, il devait tout appren— dre...
La Bible primitive des hommes de l’âge d’or ou de la Très Ancienne Église, était lue couramment par -eux sur les choses de la ,nature, qui servaient de signes hiéroglyphiques des vérités spirituelles qu’elles représentaient, et elle consistait dans la connais— sance des correspondances des choses du monde-na turel avec les choses du monde spirituel ; mais cette Bible de la nature cessant d’être lisible, fut perdue avec la connaissance des correspondances pour les hommes de l’âge d’argent ou de l’Église ancienne ; elle ne fut même pas pour eux une connaissance, car elle devint une préoccupation de l’esprit, en un mot une science, la science des correspondances.
« Cette science nouvelle crée une conscience chez les hommes de l’Église de Noé, et elle remplace l’an tique perception qui révélait à leurs prédécesseurs les . vérités spirituelles. « Le Bien social de l’Église ancienne devint donc l’amour du vraz‘pour le vrai. (Recherche de la vérité de la sagesse. — n, le principe passif, féminin.)
200 L’INITIATION « A cette Église ancienne qualifiée par les poètes d’âge d’argent, succéda une seconde église, ou plutôt une seconde phase de cette église ancienne. Le génie humain continuant à devenir plus externe, les hommes étaient devenus naturels et leur lien social devenait aussi l’amour des effets externes du Bien et du vrai.
On l’a qualifiée d’âge d’airain, de même que le cuivre et le bronze figurent le bien naturel, et aussi le bien rationnel qui est le Bien du vrai naturel.
« Dans sa première phase, l’Église ancienne avait été changée en idolâtries diverses, suivant les diverses nations et même en sciences magiques ; dans la seconde phase de cette Église ancienne, on réagit contre cette tendance, en fondant le culte des sacri— fices, qui fut institué par Héber; il paraît corres pondre à l’âge héroïque.
« A partir de cette époque, on cessa de rechercher la vérité en elle—même, et on perdit de vue le sens significatif des représentatifs ; les églises devinrent [donc purement représentatives ; la science des cor respondances cessa, par conséquent, d’être une science et devint un pur mysticisme.
Toutes les mythologies anciennes, ayant perdu leur sens signifi catif, n’étaient plus que des histoires fabuleuses ; elles furent l’origine de toutes les idolâtries du paga nisme et de toutes les superstitions. Comme on ne s’entendait plus sur la vérité spirituelle, il y eut, sui— vant le langage biblique, une véritable confusion de langue ; on ne s’attachait plus qu’au merveilleux et au miracle. «I Les peuples anciens cessèrent donc de rendre un
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 201 ..7.._..... .. .. . ... culte àDieu dans le sens interne, c’est-à-dire parles affections du cœur et les pensées rationnelles qui'en découlaient. Or, ces affections bonnes et ces bonnes pensées étaient figurées par les bêtes et les oiseaux, dont chaque espèce représentait une affection ou une pensée différente.
Bien que les hommes eussent perdu leurs bonnes affections et leurs bonnes pensées, ils crurent néanmoins continuer leur culte à Jéhovah, en lui offrant en sacrifice les animaux qui les repré sentaient hiéroglyphiquement. » w x-a « Au troisième cercle, reprennent les Hindous, le corps de l’homme est devenu solide et complet, son intelligence se développant déjà insensiblement ; puis, dans la seconde moitié du troisième cercle, sa stature gigantesque diminue, son corps se perfec— tionne en forme et il devient un homme véritable. » « L’Eglise suivante, dit Swedenborg, qui succéda à l’Église d’Héber, prit son point de départ dans l’his— toire d’Abraham, et elle fut appelée l’Église Israélite.
Ici, l’âge de fer commença, car les Juifs n’avaient pas d’autre lien social que l’amour du bien-être ma— tériel. (Le Bien du vrai, l’utile, 1 lien du vrai au Bien.) Toute leur religion, bien que destinée à servir de fon dement à I’Eglise chrétienne, ne reposait que sur l’espoir d’un royaume temporel par lequel ils espé— raient dominer sur toute la terre.
« C’est ce désir du peuple Juif, qui perce encore dans son aptitude particulière à s’enrichir dans les spéculations financières. qui le rendit propre à rem
202 L’INITIATION 'ËE.‘O‘P-—‘g M.æuæ-—m-- ,-.,. . plir sa mission à l’égard de l’Eglise Chrétienne, et qui lui fit conserver intact le dépôt de la Parole de Dieu, c’est-à—dire l’Ancien Testament. Ce dépôt fut envisagé par les Juifs comme un instrument de domi nation à venir sur toutes les nations de la terre, et comme un trésor qu’il était de leur intérêt de garder avec la sollicitude et la tenacité d’un avare.
Ce dépôt était destiné par le seigneur à être un instrument de régénération de l’âme humaine... 4< Tous les cultes étaient représentatifs depuis l’Église ancienne et, dans l’Église Juive, le culte était devenu, de plus, aveugle et'mystique.
En effet, on ignorait le sens significatif de ces correspondances du monde naturel et du monde spirituel devenues simplement représentatives dans le sens mystique, et elles étaient appliquées aveuglément dans les rites et les cérémonies. « L’humanité va avoir parcouru les étapes de sa décadence jusque dans l’âge de fer mêlé à l’argile, suivant ce que Daniel nous dit de la statue que Nabuchadnézar vit en songe.
« Le fer figure le vrai externe séparé du Bien de ses applications: c’est la foi séparée de la charité. L’argile figure le faux qui n’a de consistance ni avec le Vrai ni avec le Bien (2"" n, monde matériel, -— transition). « L’homme avait perdu successivement l’amour ins— tinctif du Bien (1), la science du vrai (.1), la compré hension de l’utile (t) et ne vivait plus que de la vie matérielle (2° .1). r «Il. 1. EH
L’INVOLUTION 1rr L’ÉVOLUTION HUMAINES 203 < Mais quelque bas qu’il fut tombé, il possédait en lui l’étincelle divine émanée de l’Etre et ne pouvait s’anéantir. ' « D’où lui vint le salut? » Nous ne saurions mieux faire que de citer icides fragments de Claude de Saint—Martin, sur la mani— festation unirerselle qui détermina l’évolution.
« L’homme, dit—il, devait être le signe et le Ministre de la Divinité, dans l’Univers ; il était marqué du sceau quaternaire (1). et Il est bien singulier que cette sublime destination de l’homme se trouve écrite dans les expressions des anciens philosophes.
Car en portant le nombre qua ternaire jusqu’au résultat des puissances qui le con— stituent (a), il rend deux nombres ou deux branches, qui étant réunies, forment le nombre dix en cette manière : « Or, le nombre quatre se trouvant placé entre l’unité et le nombre dix, ne parait-il pas avoir la fonction de faire communiquer l‘unité jusqu’à la circonférence universelle, ou le zéro ? ou pour mieux dire, ne parait—il pas être l’intermédiaire entre l’amour (t) Saint-Martin, Tableau nalureî. (2) Pour les règles des calculs théosophiques, voir Papus, Traité élémentaire de science occulte.
204 ' L’INITIATION suprême, représenté par l’unité, et l’Univers repré senté par le zéro ?
En voici la figure naturelle : l...4...0 « On peut donc, par la loi des nombres et par la figure que je viens de tracer, se convaincre de la pre— mière dignité de l’homme, qui correspondant du {Principe de la lumière jusqu’aux êtres les plus éloi gnés d’elle, était destiné à lui en communiquer les 2ærtus. , c On trouvera également dans ces nombres la marche par laquelle l’homme a pu s’égarer.
« Si, au lieu de se tenir au centre de son poste éminent, l’homme ou le quaternaire s’est éloigné de l’unité, et s’est approché de la circonférence, figurée par le zéro, jusqu’à s’y confondre et s’y renfermer ; dès lors il est devenu matériel et ténébreux comme elle, et voici la nouvelle figure que son crime a pro duite: et nous trouvons dans cette figure une preuve évi dente de la nécessité de la communication des vertus supérieures jusque dans le malheureux séjour de l’homme.
« Depuis un jusqu’à dix, il y a plusieurs différents nombres qui tiennent tous par quelque lien particu lier au premier anneau de la chaîne quoiqu’on ait le droit de les en séparer pour les considérer sous un aspect particulier. Si le quaternaire, ou l’homme était descendu jusqu’à l’extrémité inférieure de cette
L’INVOLUTION E’l‘ L’ÉVOLUTION HUMAINES 205 chaîne, ou jusqu’au zéro, et que cependant le Prin cipe suprême l’eût choisi pour son signe représenta— tif, ne faudrait-il pas, pour qu’il put.recouvrer la connaissance de ce qu'il a perdu, que tous ces nom bres, ou toutes ces vertus supérieures et intermé . diaires entre un' et dix, descendissent vers lui, jusque dans sa circonférence, puisqu’il n’a pas le pouvoir de franchir la borne qui lui est prescrite, pour remonter jusque vers elle.
Et ce sont là toutes les puissances de subdivision dont j’ai exposé la correspondance avec l’homme, appuyée sur toutes les traditions et les allégories des Peuples. (Prophètes des diverses époques.) ' - « Mais celahe suffit point encore pour l’entière régénération de l’homme. Si l’Unité n’avait pénétré jusque dans la circonférence qu’il habite, il n’aurait pu en recouvrer l’idée complète, et il serait resté ‘ au-dessous de sa loi.
Il a fallu aussi que cette Unité fût précédée par tous les nombres intermédiaires, parce que l’ordre étant renversé par l’homme, il ne peut connaître la première Unité qu’il a abandonnée, qu’après avoir connu toutes les vertus qui l’en sépa rent. « Ceci répand un grand jour sur la nature de cette manifestation universelle dont nous avons reconnu la nécessité pour l’accomplissement des décrets su prêmes.
« Car quel que soit l’agent chargé de ,l’opérer, il est certain qu’il n’a pu être inférieur aux agents particu liers, qui n’ont manifesté les facultés supérieures que dans leur subdivision ; et si les a ents particuliers,
206 L’INITIATION a IÏ quoique réduits à des 1ærtus partielles, ont cependant représenté les puissances de la sagesse, sans quoi ils auraient été inutiles à ses desseins, à bien plus forte raison l’agent Universel devait—il être dépositaire des mêmes droits et des mêmes pouvoirs.
« Ainsi cette manifestation universelle des puis— sances divines succédant aux lois rigoureuses de jus— tice qui résulteraient de la subdivision de ces puis— sances, a dû mettre le comble à tous les biens que l’homme pouvait attendre. en lui rendant la vue de ces vérités positives, parmi lesquelles il a pris son origine.
« Convenons en même temps qu’il ne fallait rien moins qu’un agent revêtu d’un tel pouvoir, pour relever l’homme de sa chute, et l’aider à rétablir sa ressemblance et ses rapports avec l’Unite’ première. ct Si c’est par le plus élevé des hommes que tous les maux de sa malheureuse postérité ont été engen drés, il était impossible qu’ils fussent réparés par aucun homme de cette postérité, car il faudrait sup poser que des êtres dégradés, dénués de tous droits et de toutes vertus, seraient plus grands que celui qui était éclairé par la lumière même: il faudrait que la faiblesse fût au-dessus de la force.
Or si tous les hommes sont dans cet état de faiblesse; s’ils sont tous liés par les mêmes entraves, où trouver parmi eux un être en état de rompre et de délier leurs chaînes? Et en quelque lieu que l’on choisisse cet homme, ne serait—il pas forcé d’attendre que l’on vienne briser les siennes? « Il est donc vrai que tous les hommes étant res—
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 207 pectivement dans la même impuissance, et cependant étant tous appelés par leur nature à. un état de gran— deur et de liberté, ils ne pourraient être rétablis dans cet état par un être qui leur serait égal: ce qui prouve que l’agent chargé de leur retracer'l’unité divine, doit être par lui-même plus que l’homme.
« Mais si nous portons notre vue au—dess_us des vertus de l’homme, nous ne pouvons trouver que les vertus de la Divinité; puisque cet homme est émané d’elle directement, et sans le concours d’aucune puis— sance intermédiaire.
L’agent dont nous parlons, ' ayant plus que les vertus de l’homme, ne peut donc avoir rien moins que les vertus de Dieu, puisqu’il n’y .a rien entre Dieu et l’homme. un Il faut donc convenir que, si la vertu divine ne s’était pas donnée elle—même, jamais l’homme n’en aurait pu recouvrer la connaissance: ainsi il ne lui eût jamais été possible de remonter au point de lumière et de grandeur où les droits de sa nature l’avaient appelé; ainsi le sceau du Grand Principe eût été imprimé en vain sur son‘ âme; ainsi ce Grand Principe lui—même eût failli dans la plus belle de ses puissances, l’amour et la bonté, par lesquels il procure sans cesse à l’homme les moyens d’être heureux; enfin ce Grand Principe eût été déçu dans ses décrets, et dans la convention inefl'açable qui lie tous les êtres avec lui. y « Quand j’annonce qu’il n’y a rien entre l’homme et Dieu, je le dis dans l’ordre de notre véritable nature où vraiment nulle autre puissance que celle du Grand Principe ne devait nous dominer. Dans l’état actuel,
208 L’INITIATION .-.n il y a en effet quelque chose entre Dieu et nous, et c’est cette fausse manière d’être, c’est cette transposi— tion des puissances, qui imprimant en nous le désor- - dre universel, fait notre supplice, et l’horreur de notre situation passagère dans le temps.
« Nouvelle raison pour que la vertu divine se soit approchée de nous, afin de rétablir l’ordre général, en remettant toutes les puissances dans leur rang naturel; en rétablissant l’Unite’ primitive; en divisant la corruption qui s’était réunie dans le centre; en dis tribuant les vertus du centre à tous les points de la circonférence, c’est-à-dire en détruisant les difiérences.
« Car c’est une vérité à la fois profonde et humi liante pour nous, qu’ici-bas les différences sont les seules sources de nos connaissances, puisque si c’est delà que dérivent les rapports et les distinctions des êtres, ce sont ces mêmes différences qui nous dérobent la connaissance de l’Unite', et nous empêchent de l’approcher.
« Or l’on sent que si la vertu divine n’eût fait les premiers pas, l’homme n’aurait jamais pu espérer de revenir à cette Unité.
Car de deux vertus séparées, comment la plus faible, celle qui est absolument impuissante, remonterait-elle, seule et par elle—même, à son terme de réunion P « Enfin, sans cet agent universel, l’homme aurait bien su, par toutes les manifestations précédentes, qu’il y avait des puissances et des uertus spirituelles ; mais il n’aurait jamais su, par expérience, qu’il y avait un Dieu, puisqu’il n’y avait que l’Um’te’ de toutes ses vertus qui pût le lui faire connaître.
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 20g « Ainsi reconnaissons avec confiance, que l’Agent dépositaire de l’unité de toutes les puissances. quel que nom qu’on lui donne, a dû posséder l’ensemble de toutes les vertus suprêmes, lesquelles avant lui n’avaient jamais été manifestées que dans leurs subdi— visions; que cet agent a dû porter avec lui le carac— tère et l’essence divine, et qu’en pénétrant jusqu’à l’âme des hommes, il a pu leur faire sentir ce que c’est que leur Dieu.
« Et ici je rappellerai la figure précédente, I.......@ qui représente l’état de privation où nous languis sons tous par la séparation où nous sommes de notre Principe. On verra qu’en rapprochant ces caractères, et en faisant pénétrer l’unité dans le quaternaire de l’homme, en cette sorte, Il. l’ordre universel est rétabli; puisque ces trois carac tères t.....4.....0 se retrouvent dans leur progression et dans leur harmonie naturelle.
Cet ordre existait sans doute lors même de la subdivision de ces types, puisqu’il est à jamais indestructible ; mais là il n’existait qu’horizon talement, ou en latitude, au lieu que dans la figure qui les réunit ici sous le même point et sous le même
210 L’INITIATION centre, cet ordre existe selon son vrai nombre et sa vraie loi, qui est la perpendiculaire. 4: Enfin, pour parler sans voile, ce n’est qu’à cette époque que le Grand Nom donné aux Hébreux pût avoir toute son action (mmmwm).
Sous la loi de justice, il n’avait agi qu’extérieurement; il fallait qu’il pénétrât jusqu’au centre, pour opérer dans l’homme l’explosion générale dont son être intellectuel est 'susceptible, et pour le délivrer de l’état de concentra tion, où sa chute l’avait réduit (1). » «Vr** L’humanité était parVeñue au dernier degré de sa décadence7 le but de Jéhovah (mm), en s’incarnant comme fils de Marie, fut de rétablir la communication entre le ciel et la terre, de réactionner l’étincelle divine obscurée chez l’homme intérieur, « pour que sa régé— nération, et par suite son salut continuassent à être possibles ». .
Parvenu à une vieillesse décrépite, l’humanité devait renaître à une nouvelle enfance. Seulement la nature ne procède que par gradatiôns insensibles; le germe divin est désormais éveillé chez l’homme; à côté de l’arbre de science dont le poids l’avait accablé, l’arbre de viev prend racine et rétablira un— jour l’harmonie, quand, l’ancien mal détruit, à chacune des périodes de l’involufion passée aura correspondu une période de l’évolution future. « Sous’_ljenveluppe grossière de la vie terrestre de (m) Claudede Saint—Martin, Tableau naturel, Y, 1.1.
L’I'NVOLUTION r:r L’ÉVOLUTION HUMAINES 211 \. —_-A . l’homme, il y a tous les autres plans de la vie spiri— tuelle dont il s’est laissé décheoir, en bouchant ses intérieurs à l’influx divin, c’est—à-dire en s’abandon nant exclusivement à son attachement pour le côté externe des choses, ou à la science séparée de la sagesse.
Par son incarnation Jéhovah amène l’homme, avec son libre consentement, à remonter tous les échelons de la sagesse, et à retrouver tous les plans de vie spirituelle et céleste.
« Voilà comment le seigneur continue à attirer l’humanité à lui, et à l’entraîner, et à remonter le cours des âges et des étapes de la sagesse perdue, par une alliance nouvelle entre le ciel et la terre; à retdurner à la lumière en passant par les mêmes phases d’ascen sion dans la vie spirituelle d’où l’homme était descendu et s’était laissé décheoir...‘ « Nous avons vu en effet que le génie humain avait subi des étapes de décadence (durant trois races suc— cessives) correspondant d’abord à sa déchéance de la notion des fins (7), puis à sa déchéance de la notion des causes (n), et à sa déchéance de la notion des effets (1).
Enfin, continuant à glisser sur cette pente, par son penchant persistant vers l’amour exclusif du côté externe des choses, le génie humain avait perdu si complètement la notion de leur côté interne, ou des vérités intérieures et supérieures qui constituent l‘âme et la vie des externes, qu’il avait cessé d’être un organe de la vie de Dieu, et ainsi qu’il avait cessé d’être le réceptacle de l’influx du Bien et du Vrai divins, mais l’influx seul des choses de la nature ‘ (2° n), c’est—à-dire l’étude desfaits exdusiVemerfl: exté
"'fi!‘ lx. ‘ a. f_. ,' :’ 1,.
2 l 2 L’INITIATION rieurs"_et scientifiques restaità l’homme, comme seule source d’enseignement, c’est-à-dire la science‘à l’exclu sion de la sagesse. » Dès la seconde moitié de sa quatrième race, grâce à l’esprit du Christ descendu en elle (quand j’aurai été élevé de terre, j’attireraz tout d moi) l’humanité a donc commencé sa marche ascendante, et, par la succession de trors races à venir, reconquerra tour à tour la notion des effets (1), la notion des causes (n), et la notion des fins (W), de sorte qu’à la septième race l’unité d’Adam sera reconstituée à l’image et à la res— semblance de Dieu (mm).
La doctrine des Hindous s’accorde dès lors sur tous les points avec celle de Swedehborg. « Dans le quatrième cercle, déclarent—ils, l’intelli gence accomplit unénorme progrès. Le monde produit les résultats de l’activité intelligente et du déclin spi , rituel.
A mi-chemin du quatrième cercle le point cul . minant de la période des sept mondes est passé. » Et ils ajoutent : « L’Ego spirituel commence son combat entre le corps et l’intelligence pour exercer ses pouvoirs as censionnels.
Dans le cinquième cercle, le combat continue, mais les facultés transcendantes sont large ment développées, bien que le combat entre celles—ci d’un côté et l’intelligence physique de l’autre, soit plus ardent que jamais, car l’intelligence et la spiri tualité du cinquième cercle sont. plus avancées que dans le quatrième. « Dans le sixième cercle, l’humanité atteint à une hauteur de perfection, tant de corps que d’âme, tant ,. ...:n.
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 2I3 wnv-t'ud’intelligence que de spiritualité, que les mortels, dans nos conditions actuelles, ne peuvent aisément. en concevoir l’étendue. « Pour ce qui concerne le septième cercle, l’huma— nité sera tellement d’essence divine que nous autres h0mmes du quatrième cercle nous ne pouvons même pas en concevoir les attributs (I).
Il nous reste à voir comment Swedenborg prédit les diverses phases de l’évolution future. . « La Révélation nouvelle, explique-HI, fut établie sur des choses vues et entendues, pour que la vie spi rituelle de chacun pût parvenir jusque dans les actes extérieurs de la vie des sens.
Ainsi, pour unir les externes les plus bas aux vérités intérieures et supé rieures les plus élevées de la vie de l’âme, relier l’analyse des choses, dans le dédale de laquelle l’homme s’était perdu, à leur synthèse, ou la science à la sagesse. « La foi devait en effet comnIencer par la concep— tion naturelle, au moyen du témoignage des sens: ce fut ainsi que l’Église chrétienne s’établit et que les martyrs la consolidèrent.
Une foi simple appuyée seulement sur le témoignage des sens, une vie d’o béissance plutôt que de conviction, un dévouement absolu qui considère toutes les mortifications de la chair, comme l’hygiène, la plus salutaire pour la vie (I) M" la duchesse de Pomnr. 7héorophie occulte d’0rient.
2 !4. L’INITIATION de l’âme, une vie solitaire et l’isolement du monde caractérisèrent cette église chrétienne du passé.
« Celui qui lit la Parole dansile sens littéral, et qui croit, dans la simplicité de son cœur, que Dieu s’if— rite, qu’il hait les pêcheurs, les jette en enfer et qu’il se venge, parce que cela est exprimé en apparence par le seul sens littéral, se trouve guidé vers le bien par la crainte seule, avant que de l’être par l’amour de Dieu. La crainte de Dieu est en effet le premier pas vers la sagesse.
Mais cette première disposition mo— rale est destinée à disparaître, dès que le mental s’ouvre à la lumière du vrai, car alors le sens littéral aservi à l’homme comme un pont, pour passer au sens spirituel. « C’est pourquoi aussi les miracles eurent encore lieu.
Il fallait des miracles pour les premiers chré tiens, de même que pour les Israélites, afin que ceux là qui étaient comme ceux—ci des hommes sensuels, puissent également aborder, par des transitions insen sibles, le premier seuil de la sagesse, et de plus le dépasser pour pénétrer dans son sanctuaire.
« On voit que si le sens externe a eu pour utilité d’amener au sens interne, il meurt à ce service, et, suivant l’expression des anciennes mythologies, l’ini tiateur doit être tué par l’initié. En langage évangé— lique, il est dit que le Christ doit partir, afin que le consolateur ou Paraclet, qu’il nous envoie et qui est le Saint-Esprit, puisse venir à sa place, pour préparer son règne en esprit à succéder à son règne en chair. « L’Église actuelle n’a été chrétienne que de _nom et ellene l’a pas été, en réalité, dans son essence,
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES ' 215 carles dogmes des concileS et le pouvoir sacerd0æl . ont été mis au lieu et place de la Bible qui, d’ailleurs, a été incomprise ; il en est résulté que la Parole de .Dieu est'devenue impuissante à. régénérer l’huma— nité. « La Babylonie dont il est question dans l’Apoca— lypse est celle d’aujourd’hui.
Elle a commencé après le premier avènement du Seigneur Jésus—Christ, et elle a continué jusqu’à nos jours. En effet, l’Église devient la Babylonie quand la charité et la foi cessent, et qu’à leur place commence l’amour de soi; cet amour de soi se manifeste maintenant par l’esprit sectaire et clérical qui veut dominer les)consciences et se substituer à Dieu.
C’est là ce qui est entendu par l’abomination'de la désolation et par l’obscurcis sement du Soleil et de la Lune. | « L’Eglise chrétienne arrive ainsi à sa fin.
La théo— logie est peu en honneur et son enseignement doctri nal est impopulaire; aussi, on ridiculise ceux qui défendent une foi irrationnelle; les vraies doctrines sont même quelquefois confondues avec les dogmes et sont comprises dans une condamnation générale de tout enseignement dogmatique. ‘« Le Seigneur agit comme un père qui instruit ses enfants d’une manière dans leur enfance, et d’une autre manière quand ils ont l’âge de raison.
Aun siècle éclairé une foi aveugle n’est plus possible, mais la seule admissible est une foi basée sur des preuves rationnelles et confirmées par des faits scientifiques. » Voilà ce que l’abbé Roca a admirablement compris ctdéveloppé dans sa belle étude sur le Monde nou—
2 I 6 L’INITIATION veau (I)«Cé souffle de justice et de vérité qui s'élève du fond de nos pires agitations, du fond des cœurs les plus tourmentés et des âmes les plus turbu— lentes », c’est l’esprit du Christ qui nous a envahis, qui mène le monde et qui nous inspire.
Alors se réa lise ce que le Seigneur dit de Pierre qui représente la foi aveugle et de Jean qui représente la foi éclairée : a En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, toi—même te cet’gnais les reins et t'en allais à ta guise; mais, lorsque tu auras vieilli, tu étendra: les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas aller ».
« Sur ce plan de vie, le lien social devient celui d’une fraternité fondée sur le principe social utilitaire (t, utile); elle suffit cependant pour unir, au nom du Bien naturel, tous les hommes entre eux, comme les enfants d’un Père commun.
« La doctrine de l’évolution n’est plus, sur ce nou— veau fondement, un combat sauvage et désespéré pour la conservation d’une existence purement maté— rielle, au nom de la force brutale primant le droit, mais elle devient un concours, une union, une coopé ration générale d’efforts de tous, pour l’établissement d’une justice rationnelle destinée à gouverner les hommes.
Aussitôt que l’humanité pourra atteindre à ce premier degré de sagesse, qui est un niveau supé— rieur de moralité, chacun reconnaîtra qu’il n’est qu’un vase récipient du bien ou du vrai divins, ou qu’un I vol. gr. in-8. Ghio, éditeur. Prix : 2 fr. 50. _Voîr l'article de Ch. Barlet, ne 6 de I'Initialion.
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 217 / simple organe de hla _vie de Dieu; et que de plus les richesses matérielles n’ont de valeur réelle qu’autant qu’elles sont appréciées comme les signes représenta— tifs des richesses morales et spirituelles. » Puis l’ascension continuera. « C’est l’intelligence rationnelle de la Parole qui édifiera l’Église suivante et la mettra à l’abri des atteintes du rationalisme.
Dansl’Eglise du passé, le dogme est une doctrine imposée sous une forme auto ritaire, tandis que dans l’Église de l’Avenir, la doc— trine sera une vérité présentée sous une forme rationnelle, et simplement proposée à la libre accep tation de tous.
En d’autres termes, la charité doit prédominer sur la foi dans la Nouvelle Eglise, et la foi ne sera plus que son instrument de développement et de progrès. » « La Nouvelle J érusalem, tout en restant une, quant à son principe dominant, chez les différentes nations où elle s’implantera, doit être infiniment variée quant aux formes de son culte.
Son fondement essentiel, son trait d’union universel chez tous les peuples est la charité, de même que le vrai qui la constitue est l’instrument du Bien. _ « On peut être sauvé dans tous les cultes, et même en dehors de tout culte, dès lors qu’on est inspiré par le sentiment de l’amour de Dieu et du prochain ; il y a des moyens infiniment variés pour Satisfaire aux besoins spirituels de chacun, parce qu’il y a une diversité infinie dans les caractères des hommes, mais la variété dans les formes et dans les degrés ou qua— lités du perfectionnement spirituel de l’homme, n’ex—
2 18 L’INITIATION clut pas l’unité du but qui est la pratique de la charité et la fraternité. « La Bible de la nature contient des enseignements de la sagesse divine infiniment variés, de même que notre Bible écrite.
Seulement, comme nous avons perdu de vue la notion des vérités révélées ou des vérités spirituelles, nous devons, à la diflérence des Très Anciens, qui les lisaient dans les choses de la nature terrestre, les rechercher préalablement dans, notre Bible écrite, pour pouvoir ensuite les lire dans la Bible de la nature aussi bien que dans la Bible écrite.
« Étudiez bien la Bible, vous trouverez toujours que notre connaissance de la vérité est un pas vers la régénération: le vrai donne la forme au Bien (.1), mais le Bien donne la vie au Vrai (v).
« Il y a toujours deux forces, qui contiennent chaque chose dans sa connexion et dans sa forme ; l’une agissant par dehors, pareille à l’action des atmosphères: c’est l’influx de la nature; et l’autre agissant par dedans, au milieu desquelles forces est la chose qui est contenue; cette force agissante par de dans est l’influx divin.
« Les forces agissant par dehors sont naturelles, non vives par elles-mêmes; mais les forces agissant par dedans sont vives en elles—mêmes, contiennent toutes choses, et font que les choses vivent, suivant leurs formes ou leurs usages respectifs. « Ces deux forces maintiennent donc tous les corps en équilibre, et leur do:: ':nt. suivant leurs qualités rticuli' r, à chacun un point de
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 219 liberté ou un centre de gravité, autour duquel il y a un certain champ d’action, qui forme le domaine sur lequel s’étend cette liberté.
« Le monde terrestre et ses créations, les astres et leurs atmosphères, et dans chacun de ces mondes ter restres, les trois règnes de la nature forment une sorte de théâtre représentatif de la gloire du Dieu unique, et, suivant ces paroles du psaume xrx,2, il est littéra lement vrai que les cieux racontent la gloire de Dieu- - « L’étude des correspondances repose donc tou jours sur ce fait que le monde physique est purement symbolique du monde spirituel.
S’il n’en était pas ainsi , il serait difficile de concevoir comment l’homme pourrait se former des idées précises sur les choses qui sont au—dessus de la nature, c’est—à-dire sur les choses du monde spirituel.Ainsi, par exemple, s’il n’y avait pas une lumière intérieure qui appar— tient à la vie, à laquelle correspond une lumière exté rieure qui appartient au soleil, la vue physique n’existerait point, pas plus que la vue de l’esprit.
« L’homme, à mesure qu’il se’ spiritualisera , apprendra par les choses correspondantes dans le monde terrestre, le sens interne qui donne à con naître ce que ces choses signifient (science transformée en sagesse, n). . « La nature est le vêtement avec lequel le Seigneur se revêt dans toutes ses créations : c’est le voile qui en partie cache, et en partie révèle sa force. Il se tient derrière, guide ses mouvements et ajuste avec une précision mathématique toutes ses forces pour
220 L’INITIATION corporifier sa propre vie, son ‘propre amour, sa propre sagesse jusque dans des êtres humains qui deviennent son image, lorsqu’ils se font les vases récipients de sa sagesse (n); et sa ressemblance, lors qu’ils se font les vases récipients de son amour (7).
« L’homme n’est pas placé dans un milieu fixe et immuable, car il hérite du Seigneur le pouvoir de modifier son propre milieu pour s’adapter à ses états changeants, et se perfectionne à mesure qu’il perfec tionne l’image de Dieu en lui; en un mot, à mesure que la substance vitale influant de Dieu en lui, sous forme d’amour, est reçue et appropriée par lui à sa propre vie.
« Il doit donc abandonner l’amour trop exclusif du côté externe des choses, c’est-à-dire l’amour trop exclusif de la science, en tant qu’elle bouche les inté rieurs par lesquels l’influx divin doit pénétrer en lui ; cependant il ne doit pas pour cela renoncer à la culti ver comme influx de la nature, car il faut qu’il la cul tive dans un esprit de sagesse, qu’il la rattaché à son principe originaire, la 2æ’rite’ révélée de Dieu, pour la transformer en doctrine de sagesse (n, sixième race).
« L’homme mettra le même zèle. la même intelli— gence à se servir des vérités naturelles et scientifiques pour le bien ; mais, au contraire de nos savants actuels, ils rendront ces vérités de fait, dites scienti fiques, servantes d’une sagesse plus élevée. « La vraie sagesse qui est spirituelle doit reposer par ses fondements‘sur la sagesse naturelle; si même la sagesse n’est pas naturelle en même temps que
L’INVOLUTION ET L’ÉVOLUTION HUMAINES 22I spirituelle, elle est aussi chimérique que la théorie' sans la pratique. Pour croire réellement il faut com prendre, c’est-à-dire voir que la chose est vraie. « Mais il n’y a pas de régénération possible pour l’homme qui sait et qui ne fait pas ce qu’il sait.
Le Seigneur veut habiter chez l’homme parce qu’il l’aime; or, il ne peut l’aimer, ni habiter chez lui, à moins d’être reçu et d’être réciproquement aimé: c’est de là et non autrement qu’il y aconjonction avec lui, et c’est dans cette conjonction, avec la vérité, qui est également lui, que se révèlent toutes les beautés des correspondances du côté externe des choses avec leur côté interne. » Par l’amour (7) rationnel (H) de Dieu, les hommes (1) de la septième race auront reconquis l’Eden (:1) les fruits de l’arbre de vie guériront la maladie que cau— sèrent à Adam les fruits de l’arbre de science, mangés par rébellion à une époque Où il était encore trop faible pour les supporter, et la prière des cabbalistes se réalisera : « Pour la réunion du Très Saint, que son ' nom soit loué, et de son shekina, je fais ceci en amour et crainte, en crainte et amour, pour l’union du nom (masculin) :11 (féminin) m, en une harmonie parfaite (muni). » * 4>4t Telle est, très succinctement résumée, l'impression dominante que nous a laissée le si intéressant travail de M. Humahn, dont _nous ne saurions trop recom mander l’étude à nos lecteurs. Qu’il nous permette cependant une critique:
2.22 L’lNITIATION Pourquoi appeler Swedenborg «le second révéla— teur de la parole P.. » La longue suite d’adeptes qui, d’âge en âge, nous ont transmis le précieux dépôt de l’ésotérisme, les Fabre d’Olivet, les Saint-Martin, les Eliphas Lévy entre autres , ne méritent—ils pas une reconnaissance égale, n’ont-ils pas droit aux mêmes hommages P Aimons et admirons nos maîtres pareil lement, et non celui-ci de préférence à celui—là.
GEORGE MONTIÈRE S.".
I.'. . är ÈART ars ÈOHÊMIÏENS PAR PAPUS (l) 'w'h°’ N raconte qu’un jeune soldat, un jour de fête, @ entré dans une église d’lrlande, tira un jeu de cartes, l’étal‘a gravement devant lui et se mit à le con— sidérer avec tout le recueillement d’un pieux fidèle. considéré comme un profanateur, et menacé d’une punition sévère pour cette violation de la majesté du saint lieu, il se justifia en disant : « Je suis pauvre, n’ayaht pour fortune que les cinq sous par jour de ma solde.
Faute d'argent je me trou vais sans livre de prières ; j’ai cherché de bonne foi à y suppléer et j’ai cru pouvoir y réussir au moyen de 'ce vieux jeu de cartes. Voici comment : (i) 1 vol. in—8 de 370 pages. — Carré, éditeur, 58, rue Saint-André' des«Arts. Prix: 9 fr.
u«: TAROT DES BOHÉMIENS 223 « L’as me rappelle qu’il est un Dieu, seul créateur et conservateur de toutes choses; « Le deux me rappelle l’annoncîation de la Sainte— Vierge par le ministère de l’Ange Gabriel ; « Le trois, le mystère de la Sainte Trinité; « Un quatre, les quatre évangélistes ; ' « Un cinq me retrace l’idée des cinq vierges folles et des cinq vierges sages; ' « En considérant le six je me rappelle l’ouvrage de la Création, auquel l’éternel a consacré six jours.
« Arrivant au sept, je vois qu’il se repose ce jour—là, et que nous devons nous aussi nous reposer pour le prier avec plus de recueillement. ’ « Le huit et le neuf me peignent la guérison des neuf lépreux dont un seul remercia le sauveur; « Le dix me remet en‘ mémoire les dix commande— ments de Dieu ; « Pour le Valet, je le laisse; c’est un maraud; « La dame est pour moi l’emblème de la reine de Saba, arrivant du fond de l’Orient pour admirer la sagesse de Salomon; ' « Et le Roi me représente celui du Ciel et de la Terre que je dois adorer partout où sa providence me conduit.
« Enfin en comptant le nombre des points de mon ' jeu de cartes, j’y trouve les trois cent soixante-cinq ' jours de l’année, de façon qu’il me sert à la fois de livre de prières et d‘almanach. » Combien sont aussi ingénieux et aussi instruits que ce soldat légendaire, et, parmi ceux-là même qui ' savent ce que cache notre vulgaire jeu de cartes, com
224 > L’INITIATION bien sont,en mesure d’en apprécier la portée en pleine connaissance de cause? Je ne parle pas des conjec— tures où se sont perdus nos érudits sur l’origine du jeu de tarot, mais bien des occultistes qui y reconnais sent d’antiques mystères.
Il y a longtemps que les Rose—croix, les théosophes, les Martinistes nous l’ont signalé comme le reste presque intact du livre d’Énoch, des lames d’Hermès, des clavicules de Salo— mon, mais qu’avons-nous appris d’eux pour com prendre ce livre? Les symboles en sont restés jus— qu’ici, en dehors de l’initiation secrète, un problème des plus difficiles.
Les intuitifs comme Etteila, les savants comme Court de Gebelin n’en ont pu trouver de solution satisfaisante à ce que nous dit Eliphas Levy qui se flatte et s’étonne en même temps d’ « avoir retrouvé intacte et ignorée encore cette clef de tous les dogmes, de toutes les philosophies de l’ancien monde ». Cependant, que nous apprend É. Levy?
Il a découvert que le point de départ du Tarot était dans le quaternaire ou tétragramme sacré, symbolisé par les quatre animaux mystiques, images des quatre éléments, et révélation « du mot unique caché dans tous les sanctuaires ». Il en a reconnu la trace évi dente dans cette partie du Tarot qui subsiste comme notre jeu de carte moderne, à savoir les quatre cou leurs et les quatre figures (réduites aujourd’hui à trois).
Il est arrivé enfin à cette définition remarquable du Tarot : « Un alphabet hiéroglgçæhz‘que et numéral exprimant par des caractères et des nombres une série d’idées universelles et absolues, puis une échelle
LE TAROT DES BOHÉMIENS .225 de dix nombres multipliés par quatre symboles et reliés ensemble par douze figures; plus quatre génies.
Mais, comme si son intuition s’était épuisée à cet effort, il nous laisse dans ces notions vagues sans pouvoir rattacher l’alphabet hiéroglyphique aux figures et aux nombres, au delà des premières lames, ni découvrir l’harmonie de cette série « d’idées uni verselles et absolues », ni même préciser le Sens des grands arcanes. Voyez ses efforts pour les grouper (voir Rituel, chap. xxn et Dogme, pages 228 et suivantes).
«Les vingt—deux clefs du Tarot, dit—il, d’abord, en expliquent tous les nombres » (Ex. : la première explique les as); après quoi il ajoute cette phrase à laquelle je ne sais s’il est possible de découvrir un sens pratique : « Chaque nombre multiplié par une clef donne un autre nombre qui, expliqué à son tour par les clefs, complète la révélation philosophique et religieuse contenue dans chaque signe ». (p, 355, Ri tueI.) Voilà pour l’ensemble; voici pour l’interprétation des arcanes : « La manière de lire les hiéroglyphes du Tarot, c’est de les disposer soit en carré, soit en triangle. en plaçant les nombres pairs en antagonisme et en les conciliant par les impairs.
Quatre signes expriment toujours l’absolu dans un ordre quelconque et s’expliquent par un cinquième. Ainsi la solution de toutes les questions magiques est celle du penta— gramme. » Ainsi après l’annonce de la découverte du tétra gramme comme clef, nous voici avertis qu’il faut y 8
226 x.’m1rrnron n—-I.mæ'lfl-* , 'I . joindre le ternaire et le pentagramme, sans que nous trouvions nulle part ni la liaison ni l’application gé— nérale d’aucune de cg clefs. Voulons-nous savoir ce qu’exprime le symbole de chaque carte? Voici ce qu’E. Levy appelle une expli— cation dogmatique : (Dogme, p. 228.) Arcane I . — Tout annonce une cause active, intel— lîgente. Arc. 2. — Le nombre sert de preuve à l’unité vivante. Arc.
3. —Rien ne peut limiter ce qui contient tout. Arc. 7. — Mais il faut un seul chef aux œuvres de la foi. Arc. I 1 . -— Riche en miséricorde et puissant pour punir. Arc. 19. — Son soleil est la source où tout se re nouvelle. ' * Et ainsi de suite. Ailleurs toutefois nous trouvons un supplément d’explication; en voici des .exemples : Arc. 7. — Balance, attrait et répulsion, vie, frayeur, promesse et menace. Arc.
1 I. -— La main dans l’action de prendre et de tenir, la Force. Arc. 19. — Les mixtes, la tête, le sommet, le Prince du ciel, etc. Ainsi les mots se multiplient sans se compléter comme pour une expression incertaine : tantôt le sens est abstrait, tantôt il est concret, tout cela sans “-1
LE TAROT DES BOHÉMIENS 227 motif apparent, ou dévoilé, sans relation visible avec la lettre hébraïque correspondante, sans lien d’un arcane à l’autre, sans clef d’aucune sorte. C’est dans ces ténèbres que le livre de notre savant et ingénieux ami Papus vient jeter une lumière aussi vive qu’inattegdue,éclairant l’harmonie de l’ensemble, précisant et justifiant tous les détails essentiels.
La netteté bien connue de son esprit scientifique ne pouvait lui laisser de repos au milieu de notions si confuses; il a voulu les éclaircir et son intuition a répondu par la découverte d’un détail dont nous par lerons plus loin, à savoir le caractère intermédiaire du quatrième terme du tétragramme qui reporte sur la Trinité la clef universelle du Tarot.
Ceci mérite des développements que nous ne pou vons donner sans nous étendre un peu sur les théo— ries fondamentales de ce livre. Il est partagé en trois divisions principales: La clef générale du Tarot pris dans son ensemble; L’interprétation des arcanes majeurs au moyen de cette clef; ' 4 Et l’usage du Tarot précisé par quelques-unes de ses applications ; ce que l’on pourrait appeler le Tarot pratique.
Avant d’aller plus loin il n’est peut—être pas superflu. pour tous nos lecteurs de rappeler en quoi consiste le Tarot. La partie qui en est désignée sous le nom d’A rcanes mineurs n’est pas autre chose que notre jeu de cartes ordinaire rétabli dans son état primitif par les deux iégèr'es modifications que voici: : . ...L..... .,, .., ..,.,_,__I—v.. , .u,LW-\’--, .—_1.... .«.—————
228 L’INITIATION 1° Aux trois figures (roi, dame et valet) on en ajoute une quatrième, le cavalier. Aux noms de trèfles, cœurs, piques et carreaux, on substitue ceux de bâtons, coupes, épées et deniers. .
Quant à l’autre portion, celle qui, dans les anciens jeux de cartes, portait spécialement le nom de tarots ou triomphes, elle se compose de vingt—deux cartes dont chacune porte une figure et un nom différents; dans le jeu du tarot elles servaient d’atouts.
Ce sont les arcanes majeurs. ‘ Pourquoi ces quatre figures, pourquoi ces quatre couleurs, que signifient ces vingt-deux symboles diffé— rents; quels arcanes sont cachés sous les uns et les autres ? ' ‘ Pour nous le faire comprendre, l’auteur entre en matière en interprétant d’abord le nom sacré lad—Hé— Vau-He’ (J éhovah), ou Inri des chrétiens et des alchi-. mistes, ou encore Rota anagramme du mot Tarot et autre forme du nom Divin (I).
Il nous donne ensuite l’ésotérisme des nombres, puis les rapports des nom bres aux lettres du nom Sacré. Il est alors en mesure d’interpréter, par la loi des éléments du tétra gramme ainsi expliqué, nori seulement la série des arcanes mineurs, mais aussi celle des arcanes majeurs et les rapports des uns ‘aux autres.
Le tarot tout entier se trouve ainsi ordonné avec clarté et précision. (x) Inti, s'écrit: 4%, et Rota, s'écrit: A"Ëg ' La lettre P, ou ma des Grecs, superposée au tau donne la figure de la Croix ansee, c'est-à-dire l'union de l‘esprit à la matière, la syllabe Hé-Vau. Les deux autres lettres (lad répété avec une liaison ou a et (n), don nent les deux extrémités de l'Infini, Iod et Hé.
LE TAROT mas BOHËMIENS 229 Il ne reste plus qu’à expliquer le symbolisme des figures ; c’est l’objet de la seconde partie. Cette expli— cation se déduit de l’ésotérisme des vingt—deux lettres de l’alphabet hébreu, c’est-à-dire de l’ésotérisme de la forme, emprunté lui-même, comme on le verra, à celui des nombres. Ainsi se trouve développée et démontrée avec pré— cision la définition précitée qu’E.
Levy donnait sans pouvoir la justifier suffisamment: le Tarot est un alphabet hz'éroglyphz‘que et numéral.
Arrêtons-nous un peu sur les premiers principes de cet ensemble qui vont nous apprendre ce qu’est ' réellement le Tarot. * 84 Nous remarquons d’abord, comme nous venons de le dire, que le symbolisme de la forme exprimé par les lettres, dérive de celui des nombres ; (nous verrons comment un peu plus tard), de sorte que c’est à celui-ci qu’il faut remonter, en dernière analyse.
Notons maintenant que le Nombre est la première conception métaphysique qui apparaît à l’esprit humain, au-dessous de l’Inconcevable. Dès qu’on parle de l’Être, quel qu’il soit, il n’est possible de le percevoir qu’à condition qu’il soit distinct du Non-être, son opposé. La pluralité intervient donc aussitôt et l’on ne peut retrouver l’unité qu’en groupant ces deux antago— nismes en un Etre nouveau composé de plusieurs éléments agglomérés. En dehors de l’Absolu, l’Etre ne va donc point sans le Nombre; la forme ne vient
2 30 L’INXTIATION qu’après, car elle n’est pas indispensable à l’idée de Nombre. Cette première observation nous fait déjà voir jus qu’à quelle hauteur d’abstraction remonte la cons— truction du Tarot :elle doit nous faire penser que son symbolisme n’est pas une simple fantaisie d’ar— tiste dénuée de science et de précision : la suite va nous le prouver davantage.
Voyons, en effet, parmi les Nombres lequel peut être choisi comme base, pour rester dans les mêmes hauteurs métaphysiques.
Est-ce l’Unz’te’ P Considérée seule elle renferme toutes les existences, mais en potentialité, en virtua lité seulement ; elle est alors l’lnconcevable lui—même; elle ne nous dit rien du monde réel; elle n’est pas le Nombre ; elle reste au-dessus de lui et de nOtre intel— ligence, à moins que nous ne l’opposions à la plura lité, au nombre Deux. Mais dès ce moment notre choix se divise et devient fort embarrassant.
Pourquoi préférer l’Un au Deux qui seul le rend intelligible ? Et que nous nous arrêtions à l’un ou à l’autre, ou nous serons condamnés avec l’Un à l’incompréhen sible, en adoptant l’Un, ou perdre en adoptant le Deux, la simplicité, l’Unité sans laquelle il n’y a point d’Etre consistant. Nous ne sortirons de ce dilemme que par le nombre qui renferme à la fois la dualité et l’unité, c’est-à-dire le 3.
Tel est le fondement de la Trinité, etl’observation prouve qu’elle règne en sou- . v‘eraine sur la nature entière. Tout y est partagé en éléments qui s’opposent pour se neutraliser, en con traires cherchant leur équilibre; l’Etre, la Vie, le w ‘rw'lfiw ',',xv
LE TAROT DES BOHÉMIENS 23I Monde, sont constitués par la combinaison toujours instable de ces contraires, qui font la mobilité de la. dualité dans l’Unité. « Trois termes, nous dit fort bien Papus, constituent donc toute réalité de quelque ordre que ce soit, et ces trois termes se résument dans un seul tout.
Cette vérité s’applique aussi bien en physique qu’en métaphysique ; les travaux de Louis Lucas sur la physique et la chimie, ceux de Wronski sur les mathématiques, sont un argument irrésistible à opposerà ceux qui pensent qu’un principe philosophique est une sornette sans portée pratique. » On peut y ajouter l’exemple de toutes les religions, et de celui des philosophies les plus profondes, depuis Aristote et Platon, jusqu’à Hegel et son école.
Ainsi 3 sera le nombre fondamental du Tarot. On objectera que, précisément dans sa partie la plus connue et la plus apparente il est divisé par 4. (4 figures et4couleurs); qu’il a 10 nombres dans chaque couleur; qu’il se compose au total de 78 cartes dont 26 pour les arcanes mineurs, 22 pour les autres, et qu’aucun de ces nombres n’est divisible par 3, ce qui semble démentirimmédiatement notre première conclusion.
Ceci mérite explication : Ce ne serait pas assez d’objecter la présence dans les 22 arcanes ma— jeurs du 0 qui les réduit en réalité à 21 (ou 3 fois 7) effectifs, et que les arcanes mineurs se partagent en séries qui correspondent à ces 3 septenaires; allons plus au fond du sujet en montrant comment le nombre 3 est la source d’où dérivent le 4, le 7 et lé_10. Comprenons bien d’abord le 4.; revenons pour cela /
"'. _IT: .w.-;. ..,.....—,..,_ L’INITIATION 232 à la conception précédente de la Trinité ; elle nous a fait apparaître en réalité 4 termes. , ' L’Unité non encore segmentée, et, par suite, incom préhensible pour notre intelligence humaine; premier terme désigné par le chiffre 1 ; L’unité multiple, seule, intelligible à l’homme et qui comprend dans sa plus haute abstraction deux parties opposées, c’est-à-dire telles que l’une soit la négation de l’autre; ce sont les deuxième et troisième termes désignés par les chifl'res 2 et 3 ; .
Et enfin, une unité qui rassemble les deux termes précédents en les équilibrant pour mettre fin à l’anta gonisme des contraires dans lequel 1’Etre ne peut subsister. Ce dernier terme est désigné par le chiffre 4 (I). , On voit parlà que les nombres 4 et I sont du même ordre, en ce que tous deux sont des Unités; seulement ces unités sont de degrés différents, la première étant simple tandis que la seconde est multiple.
Le nombre 4 est donc comme la condensation de I ; à son tour, il devient, en se segmentant de même, le chef (I) Il est bon d‘observer à ce propos que la Trinité fondamentale est représentée par les auteurs de différentes manières selon qu'on com prend l'Inconcevable désigné par le chiffre [.011 qu'au contraire on réserve ce chiffre pour la première manifestation intelligible, celle qui s'oppose à 2.
Ainsi on peut avoir pour symbole de la Trinité : on: I. le Père (Inconce ou :0 l'Inconcevable ou encore simplement vable). l. le ère et mère 1. le Père (et Mère) 2. la Mère 2. le ils 2. le Fils 3. le Fils (le Verbe) 3. le Saint-Esprit 3. le Saint—Esprit 4. le Saint-Esprit Mais ce ne sont là que des représentations différentes d'une seule et même doctrine. il faut y prendre garde car ces différences engendrent très aisément des querelles de mots que, faute de remonter à leur ori-. gine, on prend pour des diver ences ondamentales.
Dans le livre de Papas, la rinité est exprimée par le dernier des symboles ci-dessu| (I le Père, 2 le Fils et 3 le Saint-Esprit). _ *' v"‘.”..ml”_;w
LE TAROT mas BOHÉMIENS 233 d’une trinité de deuxième ordre (4, 5, 6) dont le der nier terme, le résultat ultime sera 7. Le nombre 7 est donc une unité de troisième degré. De même m‘en sera une de quatrième degré, et ainsi de suite.
En matérialisant ces abstractions, je comparerais volontiers les nombres I, 4, 7, 10, 13, etc., à ces produits pyrogénés de la chimie organique, obtenus par l’effet continu de la chaleur qui, opposant par dis— sociatîon les éléments d’un gaz relativement simple, détermine entre eux une série de combinaisons de plus en plus complexes, et en même temps de plus en plus solides, matérielles (par exemple le gaz acéty lène qui descend ainsi jusqu’à l’acénaphtène cristal— lisé, et jusqu’à l’isolement du charbon pur si l’on poursuit la combustion).
C’est de la même manière que l’Unité suprême, toute métaphysique, arrive de trinités en trinités à se condenser, à se réalz'serdepuis l’Absolujusqu’à la matière, jusqu’à l’ultimate maté— riel, jusqu’àu Néant, 0. Cette série semble indéfinie. Elle l’est, en effet, 1 si l’on veut nombrer tous les chaînons qui séparent l’un du 0, l’incompréhensible du Néant, non moins incon cevable.
Mais on peut en trouver cependant la for— mule générale dans la loi universelle d’analogie, en songeant que la Trinité doit partager, elle aussi, cette série en trois mondes. Les deux extrêmes vont se per dre dans les limites inabordables à l’homme de l'In fini et du Néant, —— de Dieu et de la matière — tandis que l’intermédiaire seul nous est complètement per ceptible.
2 34 L’INITIATION La Création nous offre donc, dans son incommen— surable infinité trois nombres définis : Les deux extrêmes : Monde divin, celui de l’Essence et de l’Etre; Monde matériel, celui de la substance et du Néant. Et le Moyen : Monde sensible, celui de l’homme.
Exprimez l’Etre dans chacun de ces mondes par sa formule la plus abstraite, la Trinité, et vous aurez pour l’expression la plus métaphysique du Cosmos, une série de trois Trinités enveloppée dans une Unité qui les embrasse toutes en réunissant l’Etre au Non-Etre. Au tôtal 10 nombres différents. C’est ce que fait la cabale par les dix Séphirot.
C’est ce que fait la numération décimale qui, à de très rares exceptions près, est celle de tous les peuples. C’est ce que font les religions fondées à peu près toutes sur la Trinité. C’est ce que fait le Tarot comme nous allons le voir.
C’est ici que se place l’ingénieuse observation de notre savant auteur sur le nombre 4 considéré dans la série des nombres, observation qui, en faisant recon— naître la Trinité sous la forme du quaternaire, relie la Tétractis pythagoricienne à la Trinité des religions, et lève la difficulté où E. Levy semble avoir échoué.
En voici l’explication fort simple empruntée à l’ou— vrage lui-même qui l’appuie sur le nom sacré Iod—Hé— Vau—He’, symbole du tétragramme. 'g< Au delà dela Trinité considérée comme loi, rien n’existe plus.
LE TAROT DES BOHÉMIENS 235 « Aussi trois lettres seulement constituent—elles le grand nom sacré. Le quatrième terme de ce nom est formé par la seconde lettre, le He’, répété de nou veau. « Cette répétition indique le passage de la loi Tri nitaire dans une nouvelle application; c’est, à propre ment parler, une transition du monde métaphysique au monde physique ou, en général, d’un monde quelconque au monde immédiatement suivant.
« La connaissance de cette propriété du second Hé est la clef du nom divin tout entier, dans toutes les applications dont il est susceptible. » Ainsi, dans le tétragramme, quatre ne doit pas être considéré isolément ; il appartient à la fois à la pre— mière trinité qui l’a engendré et à la suivante qui n’est que son développement. Il en est de même et par la même raison des nombres 7, 10, I3, etc...
Que si l’on considère une série de Trinités, le terme quatre ou analogue à quatre qui s’ajoute à la dernière exprime le retour de cette dernière trinité à la pre mière de façon que leur ensemble forme un cercle formé, un cycle continu. ' Revenons à notre tar9t. Dans ses arcanes mineurs, pour chaque couleur nous trouvons 10 nombres, soit une trinité triple, embrassant les neuf premiers plus un terme de transition le 10.
Il comporte quatre figures, dont la quatrième le valet est le terme de transition. Il a quatre couleurs, y compris celle des deniers qui joue le même rôle. Ceux—ci ou ferment le cycle des couleurs en rame— nant au bâton, ou nous font passer des couleurs aux
2 36 L’INITIATION figures, de même les valets nous font passer des cou leurs aux nombres et les dix nous conduisent d’une couleur à la suivante, sauf le dernier, celui des deniers, qui est le passage de retour des arcanes mi neurs aux arcanes majeurs (1).
Observons—nous les arcanes majeurs, — en faisant abstraction du nombre spécial 0, puisqu’il n’est ni dans notre raisonnement ni dans notre numération (2) —- Nous trouvons vingt et une cartes partagées en trois séries de Trinités doubles, plus une dernière trinité isolée qui sert de retour à la première; au total quatre trinités, y compris le terme de transition destinéà fermer le cycle des vingt et une lames.
Chacune des trinités doubles se complète par le premier terme de celle suivante qui est leur nombre 7 (correspondant de 4), et leur terme de transition, comme voici: (1, 2, 3) (4., 5, 6) (7.
8.9) (no, u,12> Récapitulons cet ensemble : Inscrivons en tête sa loi Universelle, la Trinité; Viennent ensuite : les arcanes majeurs : " 7 r3,etc... (I, 29 3) "" (4a 52 6) — 7 (7, 8, g) —- 10,11,12) — '13 (13,14, 15) —— (16,17, 18) — 19 19, 20, 21. (l) L’écriture du nombre 10, — l‘unité accolée aulzéro. c'est—ù-dire la jonction des deux infime extrêmes — exprime parfaitement ce lien. (2) Le 0 ex rime le résidu que laisse l'influx de l'esprit, dans la ma tière a rès qu‘il l’a spiri_tuahsée_pilr l'évolution.
C‘est la matière propre vment ite, le Néant. d'on sera urée encore la Vie, 1‘Et_re, dans une créa. . ‘.tn:e suivante par un nouvel influx, dans un nouveau jour de Brahma.
LE TAROT mas BOHÉMIENS 237 Suivent les quatre couleurs et leurs développe— ments. Bâton — Coupe — Épée —— Deniers. Leur première subdivision: Roi —- Dame — Cavalier— Valet. Et enfin leur dernière, les nombres divisés par tri nités : l, 2,3, 1,2, 3, 1,2, 3, 1,2, 3, 4--. 55 6: 4—5 53 69 45 5,6, 49 5a 67 7. 8, 9. 7, 8, 9, 7. 8- 9. 7, 8, 9, Plus les dix transitoires. 1 o, 10, 10, 10. n C.
L’inspection de ce tableau soulève deux questions que nous ne pouvons négliger : Première question. — Comment les trois séries de notre ensemble ne paraissent—elles pas se relier l’une avec l’autre: les arcanes majeurs ne se relient pas aux mineurs, et dans ceux-ci les couleurs ne sont qu’imparfaitement réunies aux figures : il y a là comme trois mondes cycliques distincts l’un de l’autre.
L’Unité est-elle donc discontinue dans sa multiplicité, ou sinon où est le trait d’union ? Deuxième question. — Pourquoi les arcanes ma jeurs sont—ils partagés en septenaires, au nombre de trois tandis que ceux mineurs. au moins dans leurs nombres le sont en trinités au nombre de 4. Pour
238 L’INITIATION r. 1;,IW quoi aussi dans les arcanes majeurs les termes de transition ne sont—ils pas distincts des autres comme dans les arcanes mineurs ?
Notre savant auteur fournit à la première question une réponse excellente qui complète l’harmonie de la théorie: le lien des diverses séries circulaires qui partagent l’ensemble c’est l’analogie qui fait rayonner partout comme d’un centre entouré de cercles suc— cessifs la signification propre de chaque terme du tétragramme.
Aussi la théorie générale est-elle résu mée par des tableaux auxquels leur forme circulaire coupée en secteurs donne une clarté et une simplicité saisissantes. Il suffit d’un coup d’œil pour voir que les arcanes majeurs rayonnent sur les arcanes mineurs; et que, parmi ceux-ci, les couleurs rayonnent sur les figures et les figures sur les nombres d’après ce prin cipe fort simple : Chaque terme correspond, d’un cercle à l’autre, à. ceux du même rang.
Ainsi pour 'se borner à un exemple, les arcanes majeurs de l’ordre des unités correspondent aux rois, unités des figures; aux as, aux quatre et aux sept qui sont les unités de divers ordres des nombres. Quant à la deuxième de nos questions, elle ne se trouve pas répondue explicitement dans l’ouvrage, sans doute parce qu’elle a paru trop simple à l’auteur.
Il peut être cependant utile d’en essayer ici la solution, elle achèvera de faire comprendre cette ingénieuse clef du Tarot. Les arcanes majeurs sont groupés, avons—nous dit, en trois séries de trinités doubles, ou senaires, for— æ.-.
LE TAROT DES BOHÉMIENS 239 mant avec les termes intermédiaires trois septenaires, outre la Trinité de transition, mais ni‘ le quatrième terme d’aucune de ces trinités, ni le septième terme de chaque senaire ne sont distincts; on le voit par notre résumé synoptique donné toutà l’heure, ils sont confondus dans le second des groupes qu’ils relient. Ainsi le tout ne fait qu’une série uniforme et ininter— rompue de septenaù‘es.
Au contraire, les arcanes mineurs se partagent en trois séries bien distinctes (couleurs , figures et nombres) ou trois séries de trinités suivies chacune d’un terme de transition apparent et distinct (deniers, valets et 10). - Le nombre caractéristique des arcanes majeurs, semble donc être sept, avec un enchaînement continu; tout y est encore enveloppé.
Le nombre caractéristique des arcanes mineurs est 10, et tout y est distinct, multiple, déve— loppé. Que signifie cela ? Que l’ensemble des arcanes majeurs exprime une manifestation de l’Incompré— hensible d’un ordre supérieur à celui des arcanes mineurs; car nous avons vu que les nombres les plus grands correspondent aux plus grandes condensa— tions. La première série (arcanes majeurs), représente les lois et les types de toutes choses.
Le réel s’y réunit à l’idéal, bien qu’on puisse déjà les distinguer, c’est ce qu’expriment les trinités doubles, et le nombre sept, unité de troisième degré; la seconde série (arcanes mineurs) représente le monde réel, la réalisation des principes, des lois et des types, dans la multiplicité ...,_ g ,n.
240 L’INITIATION absolue que le dix symbolise, comme nous l’avons remarqué, par son nombre et par sa forme. Symbolisé en nombre, l’ensemble du Tarot peut donc se représenter comme suit par les 4degrés suc cessifs de l’unité. Il exprime I’Être Suprême. . . . . . . . I Son esprit est la Trinité réalisée par . . . . 4 Son âme est dans l’ensemble des arcanes ma jeurs dont le caractéristique est . . . . .
7 Son corps est dans les arcanes mineurs qui se caractérisent et se résument en . . . . .
10 Là est le quatrième terme qui, par l’involution revientà.............1 Les arcanes majeurs appartiennent au monde céleste angélique, la synthèse y domine; ceux ' mineurs sont l’image du monde terrestre; aussi nous trouvons au chapitre qui les concerne deux tableaux remarquables qui, d’un coup d’œil, font res sortir l’analogie de leur distribution avec l’organisa tion humaine.
Par là se confirme et s’éclaircit la correspondance intime, signalée tout à l’heure entre les arcanes des deux ordres; ceux mineurs sont sous l’inspiration et la direction des majeurs, et tous sont pénétrés par la loi Divine commune, la Trinité, l’Unité. Par là se comprend, enfin, l’importance capitale des vingt-deux grands arcanes à qui la plus grande place est faite dans cet ouvrage et dont nous avons encore à parler plus spécialement. *I!
‘LE TAROT DES BOHÉMIENS 24.I Tout ce qui précède est emprunté exclusivement à la signification des nombres, mais le Tarot porte des figures aussi; c’est « un alphabet hz'e’roglyphz’que et numéral ».
Le choix de ses hiéroglyphes n’est pas plus arbitraire que celui des nombres, mais jusqu’ici ils n’étaient guère mieux expliqués les uns que les autres; ici encore notre savant ami a su faire une— pleine lumière à force de travail et d’intuition, en s’assimilant les travaux des occultistes les plus émi nents.
C’est dans l’alphabet hébraïque de vingt—deux lettres, répondant, comme on le savait, aux vingt deux arcanes majeurs, qu’il trouve la clef du symbo lisme. Il faut se rappeler que cet alphabet est consti tué de toutes les combinaisons de l’Iod et que lalettre Iod qui est la dixième, représente, comme le nombre 10 « l’UNITÉ—FIN qui est en même temps l’UNITÉ-PRIN CIPE », fermant et rouvrant le cycle éternel de l’uni verselle existence.
On sait aussi comment Fabre d’Olivet a rétabli, dans sa Langue Hébraïque restituée, les signes hiéro— glyphiques d’où sont dérivées les lettres hébraïques.
En appliquant aux vingt-deux arcanes le sens ainsi trouvé à chacune des vingt-deux lettres, confirmé d’ailleurs par les occultistes les plus célèbres, Papus arrive à démontrer entre la figure de chaque lame, le sens de la lettre et la signification du nombre corres— pondant une concordance si complète et si lumi neuse qu’elle ne laisse aucun doute dans l’esprit du lecteur.
Le Tarot devient ainsi une traduction popu laire de la métaphysique la plus élevée et d’une phi losophie à laquelle se rattachent les noms des plus , wv, -..— v—w.-. ,v—.«r<w;- . -—
242 L’INITIATION grands génies; d’autre part, par l’alphabet hébraïque il se rattache aux origines au moins voisines du lan— gage dans lequel sont écrits les principaux monu— ments théosophiques de l’Occident, le Sepher Jezirah, le Sohar, la Genèse.
On comprend Équ’il est impossible de donner ici même une idée de ces interprétations hiéroglyphiques; nous ne pouvons du reste faire plus que d’indiquer les bases de cet Ouvrage si condensé et si rempli; un pareil traité ne s’analyse pas plus qu’il ne se lit rapi dement; il le faut étudier, approfondir comme il mérite de l’être pour faire ressortir de son laconisme voulu et sévère tous les trésors qui s’y cachent à peine.
Contentons-nous donc d’un aperçu rapide de leur ensemble pour confirmer les principes pour ainsi dire préliminaires que nous avons essayé de résumer en cet article. Les trois septenaires correspondent aux trois mondes indiqués plus haut: Les lames I à 6 racontent la création du monde divin, ou Théogonie. Celles 7 à 12 disent la création de l’être intermé diaire, l’homme: c’est l’Androgonz’e.
Celles I3 à 18 tracent la création de l’Univers physique et sa vie: c’est la Cosmogonie. Enfin les trois dernières donnent le retour à l’Unité Principe, ou la synthèse de l’être, dont les dix—huit premières représentent l’analyse. , La loi trinitaire règne dans les détails comme dans l’ensemble. Chaque senaire résolu dans le septième terme qui le suit se compose de deux trinités de valeur
LE TAROT DES BOHÉMIENS 243 contraire; l’une positive, l’autre négative, de sorte que la seconde est la contre—partie, la réalisation de la première. Cette loi est parfaitement apparente dans le tableau synoptique le plus important de tout l’ouvrage (à la page 226); c’est la clef générale de cette partie essentielle.
Enfin, toujours d’après la même loi et celle de l’analogie qui fait l’Unité dans l’infinie multiplicité de l’Univers, chaque lame a trois sens correspondant aux trois mondes. Les lames 1 à 7 (du monde divin) rayonnent par leur deuxième et troisième sens dans les mondes intelligible et sensible (ou humain et physique).
Celles 7 à 12, dont le sens propre est le deuxième, ont pour ainsi dire, par leur premier sens, la tête dans les cieux, et, par leur troisième, les pieds dans la matière. ‘ Celles 13 à 18, dont le sens propre est le troisième, sont illuminées dans leur premier et deuxième sens par les mondes humain et divin. C’est un lien de plus qui s’ajoute à ceux signalés déjà, entre tous ces arcanes majeurs.
Il est facile de concevoir par là à quelle richesse de combinaisons cet ensemble peut se prêter, soit qu’on 'lui demande la théorie d’un monde, soit que l’on rapproche une lame ou une série de lames de mondes différents. C’est en quoi consiste l’art de manier le Tarot.
Papus y a consacré la troisième partie de son "livre, en la développant au moyen de quelques exemples détaillés, mais en remarquant que ces appli cations sont innombrables, capables-qu’elles sont de
244 L’INITIATION répondre aussi bien aux méditations les plus pro fondes du philosophe qu’aux consultations de l’homme inquiet de l’avenir et obligé de confier au prétendu hasard le soin de combiner les lames.
C’est ici que se placel’art de tirer les cartes auquel un long chapitre ne pouvait manquer d’être consacré dans cette révé— lation du Tarot: là aussi se présentent les jeux dits de hasard dont notre ingénieux auteur rattache claire— ment l’origine au Tarot. Mais nous ne pouvons faire plus, dans cet article si long déjà, que de nommer ces intéreSsants chapitres.
'k 44 Personne ne s’étonnera que Papus ait su mettre dans ce nouvel ouvrage, nécessairement abstrait comme un traité de mathématiques ou de philosophie, la clarté et la précision auxquelles il a accoutumé ses lecteurs.
De nombreux tableaux synoptiques, des pantacles anciens que les théories du texte éclairent d’un jour inattendu, enfin une réimpression aussi artis— tique que rigoureuse du Tarot (œuvre depuis longtemps désirée de tous les occultistes) ajoutent encore à la clarté et à l’intérêt de -cet ouvrage si remarquable en lui-même.
' ' ‘ On ne peut trop faire ressortir aussi avec quelle modestie et quelle délicatesse l’auteur a voulu faire dans son œuvre une place, qu’il me sera bien permis de trouver parfois beaucoup trop large, à tous ceux qui ont touché si peu ou si faiblement que ce soit à l’étude du Tarot; ou même 'à tous ceux, grands ou petits, qui s’honorent de collaborer avec lui à l’étude . _ . n«-,-t.-N ..... » ,.; MLJŒMFIJÜ'Æ ‘
LE TAROT DES BOHÉMIENS 245 de l’occulte. Ceux d’entre eux qui ne sont point cités reçoivent du moins, par une charmante attention, la dédicace de quelqu’un des chapitres du livre. Le titre, on l’a pu voir, ne dit rien de trop en annonçant ici une clef absolue & la science occulte à l’usage des Initiés.
C’est là, en effet, un livre dont l’étudiant en occulte ne pourra se passer; il ouvre, il explique ce livre d’l—lermès que les mages de l’Égypte antique mettaient entre les mains du Néophyte dès le début de son initiation lui laissant la tâche de le mé diter et de l’apprendre. La clef n’en était plus conser vée qu’en secret par les initiés inconnus et rares qu’il est toujours si difficile de rencontrer.
La voici recons— truite et divulguée; à l’étudiant maintenant d’appren dreà s’en servir; voici le premier manuel de science occulte qui peut lui faire ouvrir le sanctuaire; que le jeu du Tarot en mains, maitre_de toutes les explications du présent ouvrage il s’exerce à comprendre, à déve lopper les profondes combinaisons, les questions transcendantes dont ces soixante—dix—huit images popu— laires lui réservent la solution.
C’est là qu’il trouvera le mystère divin de la création, et celui plus profond encore de la mort qui rajeunit; c’est là qu’il peut par sa persévérance dérouler tous les trésors de science et de sagesse qui ont illuminé les plus grandes intelli gences de tous les temps. Voici le dictionnaire du langage occulte, à l’étudiant de traduire et de com menter les merveilles du texte sacré. F .-CH. BARLET.
PARTIE PHILOSOPHIQUE SCIENTIFIQUE ESSAI Sun un SHTUATE©N Paruesonumua 111 (Suite.) îr. fallait s’attendre à ce que la science moderne qui nie le miraculeux et n’admet que le rationnel 'portât à la doctrine du libre arbitre, ce miracle inœssant, ce coup terrible après lequel il semble qu’elle ne se relèvera point._ M. Spencer ajoute qu’elle ne saurait s’accorder avec les conceptions récentes de la cosmo logie ni avec la loi de l’évolution.
On ne comprend pas,en effet, comment des volontés isolées et indépen dantes ne dérangeraient pas tôt ou tard l’ordre et le processus universels. Si les affinités chimiques étaient libres, il n’y aurait dans la nature que confusion et contradiction. Les corps bruts, les êtres organisés, et l’homme lui-même ne sont que des systèmes de
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE forces coordonnées, appropriées au milieu dans lequel ils s’intègrent et se désintègrent. et duquel ils reçoivent. les. impressions qui les m‘odifient et les transforment sans cesse. Consolons-nous donc de la perte de notre liberté, rendons grâce à la biologie de ce qu’elle nous a enfin ouvert les yeux et de ce qu’elle nous a instruit sur notre rôle exact et sur notre fin réelle.
Il. se passera certainement du temps avant que nous nous habituions à. notre nouvelle et humble condi tion ; ce n’est pas seulement de notre orgueil qu’on exige le sacrifice, notre dignité d’homme, tout ce que nous aimons et respectons par—dessus tout, l’idéal et la vertu sont renversés par l’implacable vérité; elle nous dérobe les plus précieux des trésors, elle ne nous laisse rien en échange et nous nous demandons s’il n’y a pas dérision à vanter les bienfaits des décou vertes de nos savants quand on les compare aux maux qu’elles nous causent.
Mais quittons le terrain spéculatif et tournons—nous vers le côté pratique du positivisme. Depuis long— temps la philosophie n’avait prétendu'ni réformer ni même guider les mœurs, elle respectait assez la reli gion pour que cette dernière pût. remplir avec autorité la mission active qu’elle lui abandonnait.
Avec les systèmes dont nous parlons on ne peut plus recourir à la théologie ou à la traditii‘m, il faut chercher dans la foi en l’expérience rationnelle et dans les résultats fournis par l’observation strictement ,matérielle les dogmes modernes qui remplaceront les anciens, les solides vérités qui combleront le vide laissé par les chimères de jadis.
248 L’INITIATION La. tentative semble téméraire, le problème ardu, mais nos positivistes ne s’en effraient point; ils portent tous leurs efforts surles difficultés de leur théorie et ils ont l’air de croire.qu’il leur suffira de.la rendre inattaquable pour que son application ne rencontre aucun empêchement; ils ne s’aperçoivent pas que le langage lui-même les trompe,qu’il faudrait le changer pour transformer la morale, car les termes ont ici une valeur immense .et que le sens qu’on leur attribue, fixé par la coutume des siècles, ne disparaîtra qu’avec eux.
Aussi s’étonne-t-on de les entendre parler de devoir, de résignation, d’honneur et de sacrifice, de bien et de mal alors qu’ils ne comptent qu’avec la sélection et la lutte pour l’existence.
Ils nient l’origine métaphysique et extérieure à l’homme des lois de la vie sociale, ils ne veulent plus de principes innés, à plus forte raison de principes révélés; l’hérédité et les exigences des milieux qui entretiennent entre eux et les organismes une étroite correspondance ont seules présidé à la formation des idées dites morales, elles ont façonné l’esprit, en ont dirigé les tendances, et ce que nous prenons pour une contrainte supérieure, pour un impérattfcate’gorz‘que n’est que le résultat d’expériences accumulées qui ont créé en nous l’ins tinct de la recherche du bonheur, condition indis pensable de la prospérité de l’individu et de l’évolution régulière de l’espèce.
Auguste Comte voit dans la solidarité le motif des bonnes actions, l’amour de l’humanité serait ainsi la ‘ vertu suprême, mais il ne dit pas pourquoi il choisit la solidarité et on pourrait l’accuser de faire ainsi
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 24.9 une pétition de principe et d’emprunter à la métaphy sique qu’il abhorre le fondement de la morale tout expérimentale qu’il a l’ambition d’édifier.
C’est là une inconséquence à laquelle Littré qui partage l’opinion de son maître, n’a pas non plus échappé: « Déjà, du sein de la vie individuelle il est permis de s’associer à l’avenir de l’humanité, de travailler à le préparer, de devenir ainsi, par la pensée et par le cœur, membre de la société éternelle et de trouver en cette association profonde, malgré les anarchies con temporaines et les découragements, la foi qui sou tient, l’ardeur qui vivifie et l’intime satisfaction de se confondre sciemment avec cette grande existence, satisfaction qui est le terme de la vie humaine.»Quel enthousiasme et quel lyrisme pour un savant!
On croirait entendre un apôtre, «la foi qui sou tient, l’ardeur qui vivifie » : voilà des expressions à coup sûr hasardées dans la bouche d’un philosophe qui définit l'âme«le résultat des fonctions encépha liques (I) », et nous ne savons ce qu’il faut admirer le plus de l’élévation de ces mâles paroles ou de la con. tradiction manifeste qu’elles accusent entre le cœur et la raison de celui qui les a prononcées..
Dépenser ses forces à seule fin d’accroître la félicité du genre humain, c’est là un but assurément noble entre tous, mais malheureusement peu net et mal défini. S’il suffit à quelques âmes d’élite, à des tempé raments déjà très religieux par eux-mêmes, ainsi que le remarque M. Caro, il ne pourra jamais servir à (I) Littré et Robin, Dictionnaire de médecine.
250 L’INITIATION diriger les masses ; d’ailleurs chaque homme en par ticulier n’aurait pas de peine à en contester l’utilité dès que le bien général cesserait de concorder avec son intérêt particulier. Toutefois, ne nous plaignons pas trop, le positivisme anglais vient de nous donner une morale encore moins idéale, moins abstraite et certainement plus brutale.
Dans sa Morale évolutionniste, M. Spencer raisonne en vrai compatriote de Hobbes : les êtres vivants recherchent le plaisir chaque fois que le souci de leur conservation leur en laisse la faculté ; le plai sir, dans son: sens le plus général, consiste en un accroissement de la cohérence des rapports qui relient l’individu au milieu, en une plus parfaite accommo— dation de celui-ci à celui-là, en une moins grande réaction du second sur le premier, «le plaisir, a dit Spin‘oza, est une augmentation de l’être ».
Il en résulte qu’au fur et à mesure que nous nous perfec tionnons, nous étendons le domaine possible de notre bonheur et qu’en retour, lorsque nous le poursui vons, nous agissons de la manière la plus conforme à la nature.
Il n’y a plus lieu, dans un tel système, de définir le bonheur au moyen de l’idéal ni de chercher aucune signification transcendante de l’acte vertueux, on est bien obligé de recourir à l’évolution qui, par la généralité de son objet, restreint la personnalité au profit de l’espèce et transforme ainsi la morale indivi— duelle en morale sociale.
Puisque d’autre part on interdit à la pensée toute incursion dans le royaume de l’absolu, puisqu’on range désormais ce qui dépasse la connaissance sensible dans l’inconnaissable, dans
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 251 wj-n. v ". le non réel, il n’y a aucune raison pour que l’homme, auquel il ne reste comme unique bien que les jouis sances de la vie présente, ne cède aux suggestions de l’égoïsme et ne tombe dans la fange épicurienne.
Par une étrange aberration on s’imagine arriver à nous convaincre qu’en travaillant pour la communauté nous travaillons pour nous; comment le prouver, si ce n’est par l’expérience ? et bien des gens répondront qu’ici l’expérience n’affirme rien, que la sélection naturelle comporte autant de vaincus que de victo— rieux et que si on avait consulté les premiers, ils ne se seraient pas prêtés volontiers à ce rôle de boucs émissaires, de brebis galeuses, par amour pour une partie de leurs semblables.
Même on défendrait aisé— mentla cause des faibles contre les forts, car la justice implique l’égalité des devoirs et c’est ce sentiment qui a soutenu les peuples dans leurs laborieux efforts en vue d’atteindre un état de plus en plus parfait.
P0ussés et animés par lui ils ont renversé l’odieuse autocratie, se sont délivrés de l’arbitraire du despotisme et ont conquis peu à peu les libertés qui nous paraissent aujourd’hui indispensables et qui permettent aux ' philosophes d’exposer leurs idées, aux savants de publier leurs découvertes.
Que ce sentiment soit ou non relatif, cela ne nous touche guère, car il n’en est pas moins vrai que le progrès ne saurait s’accomplir sans lui et que du jour où on le remplacera dans les consciences par quelque autre moins abstrait, la marche en avant du genre humain se trouvera par là même entravée. ' Nous nous heurtons de la sorte à cette dernière et ..
2 52 L’INITIATION capitale contradiction du positivisme, une doctrine aussi étroite conduit forcément à de telles antino mies, mais ne nous décourageons pas, au moment où les ténèbres semblent plus épaisses que jamais, l’au— rore est proche. LOUIS WEBER. PRINCIPES E@SMÜ “ PSYGHIWES nu maeuÉmsnn (Suite) SOMMAIRE : 18. Méthode pour magnétiser (suite); I9. Méthode des principaux magnéticiens; :0. Méthode pour démagnétiser; :H.
Ordre des phénomènes magnétiques; 22. Précautions à observer pour somnam buliser. . ïL n’est pas nécessaire, pour que le malade ressente les bons effets du magnétisme et pour qu’il indique les procédés qui lui conviennent, qu’il soit endormi.
9° S’il n’est question que de mettre en somnambu lisme une personne qui n’est pas malade, après avoir établi le rapport, comme nous venons de le dire, faites des poses au-dessus de la tête et terminez-les par des passes qui descendront jusqu’à l’épigastre.
Répétez ces poses et ces passes autant de fois qu’il sera nécessaire pour déterminer au moins les premiers symptômes du sommeil, et en observant toujours de tourner le dessus des mains vers le sujet en les rele— vant.
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÉTISME 253 10° Lorsque le sujet a fermé les pappiêres, faites des poses devant les yeux en présentant les pouces; et continuez à faire les passes descendant d’autant plus bas que le sujet paraîtra plus disposé aux con gestions céphaliques ou aux crises nerveuses.
11' Lorsque le sommeil est complet, ce que l’on reconnaît à la convulsion des globes oculaires, si le sujet, n’est pas isolé, magnétisez les oreilles jus qu’à ce que l’isolement soit produit S’il est possible. 12" Pendant tout le temps de la magnétisation, fixez toute votre attention et votre volonté sur ce que vous faites et vos regards sur le front, les yeux ou l’épigastre du sujet.
13" La séance doit durer une demi-heure, trois quarts d’heure au plus. Si l’on est fatigué plus tôt, il faut se reposer et au besoin arrêter complètement. XIX. — Telle est la méthode qu’il nous paraît plus convenable d’employer pour obtenir les divers effets magnétiques. Mais on conçoit que cette méthode n’a rien d’abso lu.
Elle doit varier plus ou moins dans lesdétails, suivant qu’on se propose d’obtenir des effets phy— siques, moraux et psychiques; elle diffère encore, selon les dispositions naturelles du magnétiseur et du magnétisé, c’est pourquoi chaque magnétiseur diffère des autres sur quelques points, et de lui-même suivant. la nature du sujet, ce à quoi il est déterminé par son expérience.
Il ne faut donc pas s’asservir à la méthode que nous proposons, mais observer, comparer entre euxles résultats que l’on obtient et la m_odifieren conséquence.
2 54 L’INITIATION Ne pouvant donner en détail les méthodes de tous les principaux magnétiseurs, nous allons indiquer les quelques points par lesquels elles diffèrent les unes des autres et de la nôtre. Mesmer commençait par poser les mains sur les épaules et faire deux ou trois passes sur les bras. Ceux qui l’ont suivi ont porté le nombre de ces passes à cinq ou six.
On sait que Mesmer s’aidait de divers accessoires :v baquet, baguette, musique, etc. ' Puységur posait une main sur l’estomac et l’autre en opposition sur le dos; ou bien l’une sur la tête et l’autre à l’épigastre. — On pose également une main au front l’autre sur la colonne vertébrale vers le plexus solaire. — Puységur se servait en outre avec succès du baquet et surtout des arbres magnétisés, d’après les indications de Mesmer.
Deleuze commençait à prendre le rapport par le contact des pouces; puis il faisait cinq ou six passes des épaules à l’extrémité des doigts, comme les Mes méristes. Il posait ensuite les mains au-dessus de la tête et faisait des passes longitudinales descendantes. pendant le reste de la séance. . Lequel vaut mieux, de prendre le rapport par le contact des pouces, comme Deleuze, ou par des poses sur les épaules, à l’exemple de Mesmer ?
Le fluide ayant plus de chemin à faire des pouces au cerveau que des épaules au même centre nerveux, le procédé de Deleuze, on le comprend, agit plus dou cement, plus lentement. Si les poses sur les épaules sont prolongées, si le. ., x- i ...-.._ wÿf tz._._,..,,,_.«4._ 2,,., _,.d,. .v>«.-‘s—":yw——— A.(.,_.u...... . . .’ ‘
PRINCIPES COSMO-PSYCI—IIQUES DU MAGNÉTISME 255 magnétiseur est en même temps doué d’une grande force de volonté et le sujet d’une grande sensibilité, l’effet sera trop rapide et il pourra en résulter une per— turbation dans l’organisme du patient. Il est donc prudent, du moins avec une personne que l’on magnétise pour la première fois, de prendre le rapport par les pouces, ou de faire les poses sur les épaules de courte durée.
Nous ne dirons rien de la méthode de Faria, qui consiste à fixer durement le sujet avec un grand développement d’énergie volontaire, puis, au bout d’un temps plus ou moins long, de lui crier brusque ment: Dorme{. Injonction qui doit être répétée deux ou trois fois s’il en est besoin. Ce procédé brusque est plutôt du domaine de l’hyp— notisme que du magnétisme.
Il faut laisser le mono« pole de ces moyens brutaux aux magnétiseurs de foire et aux maquignons de la science. Avant du Potet on magnétisait sans contact et à de grandes distances; mais on considérait généralement sauf Faria, le contact comme nécessaire pour établir le rapport et pour pouvoir ensuite agir à distance.
Du Potet, M. Teste et après eux les autres magné— tiseurs, reconnaissent que le contact n’est pas néces— saire et même qu’on obtient de plus grands effets sans lui (1). Cette observation est exacte; mais c’est précisé— (I) n Le contact absolu des mains sur la tête et su_r l'épiggistre_fi'est point indispensable; c’est même un sujet de destruction, et Il n‘ajoute rien à l'efficacité du procédé. Toute espèce de toucher direct me parait superflu. n (TESTE). AMO“.. .N—x. ‘ \ . . \.... ... . .
'<“arpr' .‘__r:,.' \. 2 56 L’INITIATION ment parce que l’action sans contact est plus, énergique, et pour les mêmes raisons que nous venons de donner en faveur du procédé de Deleuze contre celui de Mesmer, qu’il est prudent de ne pas commencer par agir sans contact sur un sujet que l’on ne connaît pas.
Il paraît étrange et même contraire à nos principes que le fluide agisse plus fortement à une certaine dis— tance qu’au contact, mais c’est un fait, et si notre théorie ne l’expliquait pas, c’est elle qu’il faudrait mettre en quarantaine et non le fait. Mais en voici l’explication, attestée par les som nambules: c’est que le fluide humain communique son mouvement au fluide universel qui se trouve sur son parcours entre l’opérateur et le sujet (I).
Il par vient donc à celui—ci avec des troupes de renfort et produit des résultats plus énergiques, mais quelque— fois trop,et, en tout cas, moins salutaires, car le fluide ambiant n’a pas les mêmes qualités vitales que celui du magnétiseur. Quand on est obligé d’agir sans contact, par exemple sur un malade au lit, il faut donc avoir soin de mo dérer sa volonté, afin de ne pas produire plus de mal que de bien.
Il existe quelques autres méthodes, qui sont d’un usage plus récent, mais je n’en dis rien, parce (I) Les magnétiseurs qui ne sont pas abondamment pourvus de fluide dit un somnambule, eXercent plus 'action à distance que par le contact, parce qu‘à distance leur fluide est plus abondant en ce u'il se trouve accru par l'accession d'une certaine quantité de fluide am iant quiI s'y joignant. augmente la puissance du moteur. n (LAISSON ne GUINAUMONI‘, Somnologie magnétique p. 55.)
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNE’I‘ISME 257 qu’elles n’en valent pas la peine et que les lecteurs pourront facilement les apprécier d’après les principes que nous avons établis. XX. Maintenant que nous savons magnétiser, il s’agit d’apprendre à démagnétiser. Une séance de magnétisation doit durer une 1/2 heure à 3/4 d’heure, une heure tout au plus.
Si vous êtes fatigué de faire des poses et des passes avant que ce temps soit écoulé et que votre but soit atteint, reposez-vous, mais pour ne pas perdre ce que vous avez gagné, continuez de penser à votre opération et d’en vouloir le succès; et pour soutenir votre vo— lonté, ne quittez pas le sujet des yeux. Quand vous serez reposé, vous continuerez l’opération.
Le moyen de se fatiguer moins vite, c’est de se servir alternativement de chaque main. Si la fatigue s’étend à votre esprit et à votre volonté, cessez de magnétiser, vous ne feriez plus rien de bon. Lorsque le sujet est endormi, ou qu’ayant agi avec trop de précipitation, vous l’avez trop chargé de fluide et déséquilibré, il s’agit pour le ramener à l’état normal de le dégager, de le démagnétiser.
' Dans le cas où le sujet n’est qu’un peu trop saturé quelques passes transversales suffisent pour disperser le fluide surabondant. S’il est beaucoup trop chargé, ce qui peut arriver, soit par votre inexpérience, soit par sa fanfaronnade, les passes à grands courants, les passes sur les jambes, les poses sur les genoux et sur les pieds sont les moyens de rétablir l’équilibre. ' Si l’indisposition provient —- ce qui est le cas le 9
58 L’INITIATION .- r.-—:..g plus ordinaire, -—- de ce que vous avez agi trop éner— giquement sur le cerveau, une pose de quelquês minutes sur l’épigastre suffira pour rétablir l’équilibre entre la lune et le soleil, c’est-à-dire pour ramener vers le plexus solaire le fluide qui surabonde au plexus lunaire (le cerveau). Les crises nerveuses et hystériques se calment très souvent par ce moyen (1).
Mais pour cela, il faut l’employer, ce moyen, et laisser le malade en liberté pour le reste au lieu de lui faire tenir les bras par des sergents de ville qui les serrent de toutes leurs forces et empêchent ainsi le fluide en trop de s’écouler par sa route naturelle. ‘ Supposant que tout se soit passé régulièrement et qu’il s’agisse de réveiller un sujet qu’on a endormi, si vous voulez imiter les hypnotiseurs des foires et des hôpitaux, vous n’avez qu’à souffler brusquement surle front du sujet et l’envoyer s’asseoir.
Dans ce cas, il ne faudra pas vous étonner si une personne ainsi réveillée se détraque et même devient ’hébétée; et il ne faudra pas en accuser le magné— tisme, mais bien l’hypnotisme, dont tous les procédés Sont brutaux, stupides (je le montrerai plus loin), ’c0r‘nme les caresses de l’âne. Voici comment on procède en magnétisme : (r) 11M.
Judée, élève interne des hô itaux, a mis assez souvent en usa e, et encore dernièrement à l'hôpita de la Charité,dans le service de M. riguet, un moyen gui lui a réussi pour faire cesser immédiatement une attaque de nerfs. e moyen constste, dit l'auteur, à a pliquer la main imbibée d‘eau très froide sur la poitrine du malade et il rictionner. souvent même l'application seule de la main suffit.
Ce n'est que dans les accès violents que les frictions sont nécessaires. n J. BRIANT. L’Elec tricite’ appliquée aux afi'ectionx morbides p. 69. Paris, 1855. Ce me m’a été repris dans ces dernières années, mais, comme toujours rsan c1ter l'inventeur.
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÉTISME 259 La première chose à faire, pour réveiller aussibien 'que pour endormir, c’est de se mettre d’accord avec la personne, de lui demander son avis, et de n’agir qu’après avoir obtenu son assentiment.
'1 Avant de la réveiller, vous vous informerez au près d’elle de son état physique et moral, vous dissi— perez ses indispositions physiques, s’il y a lieu, ses tristesses et ses chagrins, si elle en éprouve. ‘ La raison de ces précautions, c’est que le sujet conserve au réveil, non pas le souvenir, mais l’im pression plus 0u moins confuse de l’état physique et moral dans lequel il se trouvait pendant son som meil. - Vous ne vous amuserez donc pas, savamment, à ré— veiller votre sujet, qui n’est pas seulement un-sujet, mais une personne humaine, après avoir mis en con tracture ou en paralysie quelquesuns de ses organes ou après lui avoir suggéré des idées tristes ou même perverses qui persistent après le réveil.
Il faut, je ne me lasserai pas de le redire, laisserces soins aux académiciens des sciences et de médecine, pour. qui les hommes sont de la chair d’expérience, et qui les regardent comme leurs justiciables.
Lorsque le magnétisé a consenti à être réveillé et à plus forte raison lorsqu’il l’a demandé, désirez qu’il se réveille dans de bonnes dispositions de corps et d’esprit; : Soufflez froid et doucement du milieu du iront-ver les côtés, comme s’il s’agissait de disperser l’excès de fluide qui l’enveloppe; Faites quelques passes transversales de la ligne
260 L’INITIATION ' “targue l médiane vers les deux côtés du corps devant la face et le tronc; Terminez par quelques passes à grand courant pour achever de dégager la tête et de distribuer également le fluide dans toutes les parties du corps.
Enfin, s’il reste encore quelque lourdeur de tête, posez la paume de la main sur le front, en observant de tenir les doigts élevés et écartés afin que le fluide que votre main attire s’échappe par le bout de vos doigts. Toutes ces opérations doivent être faites doucement sans se presser et sans aucun efl'ort musculaire ni vo— lontaire.
Si vous avez affaire à un malade ou à un inconnu, . il sera toujours prudent de secouer vos doigts et de souflier sur vos mains après chaque passe démagnéti .. sante, pour en expulser le fluide impur que vous avez entraîné. Vous ferez sagement ensuite de vous dégager ou/ de vous faire dégager par quelques passes rapides sur les bras et sur le front en allant des deux côtés.
Il sera même bon de vous laver les mains, qui sont poisseuses, après une magnétisation, et d’autant plus que le fluide du sujet est plus impur, plus grossier, plus visqueux. r Souriez, messieurs les docteurs du bouchon de ca rafe et du miroir à alouettes, de toutes les précautions que j’indique, mais expérimentez, et vous m’en direz des nouvelles. XXI.
Les sensations qu’éprouve la personne qui se soumet à la magnétisation dépendent des dispositions naturelles et volitives des deux facteurs de l’opération. l
PRINCIPES COSMO-RSYCHIQUES ou MAGNÉTISME 26: Si le magnétiseur veut produire de grands et rapides effets, afin de donner des preuves de sa grande puis— sance magnétique, on comprend que son fluide n’ayant pas le temps de se répandre dans tout le sys tème nerveux, s’accumulera dans quelque centre, et précisément dans celui qui, étant le plus faible, lui offre moins de résistance. Il en résultera divers malaises.
Si c’est le cerveau qui est surchargé, il y aura céphalalgie. Si c’est le plexus solaire, le système sympathique, le patient éprouvera des suffocations, des nausées et même des vomissements. Et l’on rejettera sur le magnétisme la faute du magnétiseur, comme si l’ignorance d’un comptable prouvait la fausseté des règles de”l’arithmétique.
Si le sujet, après avoir consenti à subir l’influence magnétique, veut faire l’homme fort et opposer de la résistance, pour peu que l’opérateur fasse d’efforts de son côté, il rompra la digue qu’on lui oppose et les mêmes inconvénients se produiront. Et c’est encore le. magnétisme que l’on accusera de ne faire que du mal. .
Mais si les deux parties sont sincères, de bonne foi, et que le magnétiseur sache bien son métier, le ma— gnétisé commence par éprouver une sensation de calme, de bien—être général, analogue à celle qu’on ressent à l’approche du sommeil. Bientôt le marchand de sable passe; les paupières se congestionnent un peu ; on y sent une légère cuis— son qui n’a rien de bien désagréable; les pupilles se dilatent; les yeux sont fixes. ’
262 L’INITIATION . . a-.. C’est le moment où le sujet se trouve dans la dépendance de l’opérateur et devient ‘apte, si l’on sus— pend l’opération, à faire tous les miracles hypno— tiques que l’on veut voir à la foire aux pains d’épices et dans les hôpitaux de la Salpêtrière et d’autres lieux consacrés à la science.
Si au' contraire on continue de magnétiser, les yeux clignottent, les paupières s’abaissent; les globes oculaires se convulsent ordinairement en haut; l’ouïe se ferme aux bruits extérieurs et ne reste ouvert qu’à la voix du magnétiseur. L’état somnambulique est déterminé.
Si l’on pousse plus loin l’action, un sommeil léthar— gique succède au somnambulisme, le sujet est com plètement isolé et n’est même plus en rapport avec le magnétiseur; la sensibilité est presque complètement suspendue. \ On n’obtient pas toute cette série de phénomènes sur tous les sujets; il est même assez rare que l’on arrive jusqu’au somnambulisme la première fois qu’on magnétise une personne.
Mais un très grand nombre sont susceptibles de l’état magnétique qui fait les délices des hypnotiseurs; et il est bien peu de personnes qui, même en santé," n’éprouvent pas les premiers symptômes : calme somnolent, congestion et cuisson des paupières, etc. La première fois que je magnétise quelqu’un, je n’y emploie que 15 à 20 minutes, rarement une demi heure. J’ai trouvé un assez bon nombre de personnes qui m’aflirmaient ne rien ressentir. Mais si je les laissais
PRINCIPES COSMO-PSYCHIQUES DU MAGNÉTISME 263 pour magnétiser une autre personne en leur présence, ne résistant plus, elles s’endormaient.
D’autres, me soutenant qu’elles n’éprouvaient rien. quoique je fusse physiquement sûr du contraire, par la congestion des paupières et le relâchement des muscles, — je les laisse sans les dégager, et le lende main, contre leurs habitudes et contre toute vraisem blance, elles s’endorment sur leur ouvrage toute la journée, de sorte que l’expérience réitérée plusieurs fois, la patronne, qui n’y trouvait pas son profit, me prie de ne pas persister davantage.
Je conclus de nombreuses observations de ce genre qu’il est peu de personnes qui ne ressentent, même en santé, les premiers effets du magnétisme; or, ce sont les plus importants au point de vue thérapeu— tique. « Le magnétisme n’est jamais vainement introduit dans l’organisme : il y produit toujours un effet.
Si vous avez affaire à un magnétisé de bonne foi. et capable de bien observer, disant n’avoir rien senti, ou accusant seulement quelques effets obscurs, vagues, ne le démagnétisez pas. Il arrivera, en dehors de vous, de l’insomnie ou un sommeil plus prononcé qu’habi tuellement, quelquefois aussi une exaltation de la sensibilité. » (DUPOTET, Manuel de l’Etudz’ant mgue’tiseur, p. 13). XXII.
Comme nous l’avons déjà dit, il est peu de personnes qui arrivent jusqu’à l’état somnambulique dès la première magnétisation, même parmi celles qui en sont susceptibles. (A suivre.) ROUXEL.
264 L’INITIATION A PR@PflB lll’llll I‘AR@I’ PERSAN Ërms son excellent livre sur le Tarot des Bohé— miens(1) M. Papus mentionne un grand nombre de tarots français, italiens, allemands; mais évidem ment il ne peut citer tous les genres qui existent, nous allons donner ici quelques renseignements sur le tarot persan, dont les lames en ivoire portent gra vées des turbans, des sabres, des casques, des couron nes et des cartouches ou cartels avec des inscriptions que malheureusement nous ne pouvons lire ; on peut voir une représentation figurée de onze lames d’un tarot persan dans le Dictionnaire de l’Art et de la Curtosz’te’ (2) (p. 626, 627, 628, 629.) Ces figures sont accompagnées de l’explication suivante qui nous paraît digne d’attirer l’attention de nos lecteurs.
« Les tarots sont probablement d’origine persane ; le nom de corsube, qu’on leur donne quelquefois, parait dériver d’après quelques linguistes de Chosroès, nom générique des rois de Perse. « Chez les Sarrasins, les tarots étaient dénommés Naî‘b, qui signifie en arabe capitaine, parce que cer taines figures représentaient un capitaine ou bien parce que c’était un jeu favori des chefs sarrasins.
Ce peuple introduisit en Italie et en France ses cartes au (I) Le Tarot de: Bohémiens. par. Pa us, I vol. in 80 raisin de 372 pages avec 8 planches hors texte et plus e 200 fig. Paris, Georges Carré, éditeur, 1889. (a) Paris, Firmin-Didot et C“, éditeurs, 1883.
A PROPOS D’UN TAROT PERSAN 265 xrv° siècle seulement, mais les cartes à jouer étaient déjà fort en usage dans ces deux pays.
Les jeux de tarots de Blandini exécutés par Mantegna et même par Finiguerra se composaient vers la fin du xv° siècle, de quatre séries numérales de dix cartes cha cune, soit seulement de quarante cartes tandis que les tarots persans se composaient de cinquante cartes. » En ce qui concerne la France, nous dirons que le plus ancien document qui parle du tarot comme cartes à jouer, remonte à 1392, c’est un compte de l’argentier Poupart qui mentionne trois jeux différents ornés de plusieurs devises enluminées de diverses couleurs et d’or.
En général, les tarots de cette époque sont peints comme les miniatures de manuscrits souvent sur fond d’or pictés de points formant des ornements en creux.
Ces points qui par l’usage formaient des trous ou tares, auraient, d’après quelques auteurs, fait appeler tarots ce genre de cartes. — Ajoutons en terminant que les tarots persans anciens sur ivoire sont fort rares; ce sont’du reste de véritables œuvres d’art par la finesse de leurs dessins et de leurs coloris. J. MARCUS DE VÊze.
PARTIE LITTÉRAIRE ËRAGMENT DU SIXIÈME ROMAN DE LA « DECADENCE LATINE » L’INITIÉ TUE L’INITIATEUR (ËEXTHENTAL répondait à Adar, plein d’attentivité : — La magie, mon cher Monsieur, c’est la science, dans le sens absolu, soit que vous la considériez comme la source, soit que vous la voyiez en confluent des sciences. Le mage est donc un savant, non pas en telle partie, mais en toutes parties.
Il y a deux ver sions, la Sémitique ou Kabbale; l’Arÿenne ou Vé dique. Le marquis de Saint-Yves, le marquis de Guaita, Papus, Mérodack représentent la Kabbale; M““ Blawatsky, à Londres, le théosophisme. Il y a deux parties en magie : la spéculative qui explique ‘ toutes les causes secondes, théodicée, psychologie, et la pratique qui donne la thaumaturgie. De laquelle faut-il vous parler et sous quel jour? Voulez—vous aire parler le sphinx ou le faire marcher? Voulez vous comprendre ou réaliser ?
FRAGMENT DE LA « DÉCADENCE LATINE » 267 — Docteur, observa Adar, la réalisation peut-elle être inconsciente P Sexthental sourit. — Lorsque saint François d’Assise se met à danser, jouant de la cithare, chantant l’amour universel entre deux cohortes italiennes qui vont se battre, sait-il que son cœur de chaste et son acte de joie modifient l’atw mosphère morale, aussi exactement qu’un parfum répandu modifierait l’air de cette chambre.
Quand il appelle à Gubbio, le loup coupable, sait-il qu’il émet un fantôme de lui—même, lequel va chercher le loup et l’amène P Non ! Le réalisateur peut être inconscient des causes de la réalisation et jamais la science ne fera les miracles de la foi, parce que la foi seule, en son ingénuité, s’adresse à la cause première.
Les civi— lisations qui n’ont pas de religion d’Etat sont toutes dirigées par des ignares; la magie, en politique, c’est la forme théocratique.
Avec le développement de la personnalité actuelle, la notion occcidentale qui croie— rait, dominerait le monde, sans armée par le seul verbe : Si les œuvres collectives avaient pour Norme l’abdication de tous pour l’expansion d’un seul : le Pape. » Adar, d’un geste évasif, témoigna son insouci des destins collectifs. — Cependant, Monsieur, c’est par là que nous commençons tous, hermétistes et croyants.
Le premier mirage apparaissant à l’interrogateur du mystère est un mirage de charité ; puis cela se résout en égoïsme chrétien et s’appelle salut, ou en égoïsme esthétique, c’est-à-dire en expansion d’entité. .
268 L’INITIATION « Est—ce l’orgueil qui nous incite à nous sacrifier pour grandir?
Est—ce notre immortelle origine qu nous pousse généreusement à nous prodiguer dès que nous sommes lumineux P Questions 1 ' « Mais que savez-vous de l’occulte et que voulez— vous en savoir, puisque le temps vous est compté, par la hâte de votre femme. —- Je sais de l’occulte, ce que l’on en rencontre aux hasards, d’une grande et diverse lecture ; il m’a paru que la continence conditionalisait tout en thauma turgie.
Les yeux du docteur jetèrent un éclair, il ricana: L’autrement, je vous prie? La parole, comme la luxure, comme le mouvement, sont des robinets par où s’écoule notre force; or, toute la thaumaturgie réside dans l’économie résorptive, la fermeture des robinets. Le mage doit accumuler de la potentialité, sinon l’heure venue de son verbe, nulle réalisation. Silence, continence et immobilité, toutes les initia tions, le commandent.
Plus un être parle moins il pense; plus un être copule, moins il aime; plus un être s’agite, moins il œuvre. « Voyez le Méridional, le viveur et le voyageur.
Rester en soi et rester en place, donnent seuls la faculté de miraculosité. —— Mais, observa Adar,Aristote, Platon et Socrate et tous les Grecs illustres, ont pérégriné pour décou vrir l’occulte l 4 .— D’abord, ils n’avaient pas les livres que nous possédons et qui contiennent infiniment plus que n’importe quel cerveau — et montrant d’un geste sa
FRAGMENT DE LA « DÉCADENCE LATINE » 269 bibliothèque. —Voici les Sephers sacrés de toutes les religions ; Vedas, Avestas, Eddas, Bibles et leurs apocryphes et leur commentaire. « Voilà les œuvres imprimées de tous les penseurs, Paracelse, Van Helmont, Agrippa, Guaita, Elyphas, Saint-Yves, Papus. . « Avec une bibliographie que je vous ferai et vingt mille francs, vous réunirez, en six mois, la biblio thèque majeure de l’occulte.
Ensuite, que vous don-‘ neraient les nègres du Vaudoux, les hypothétiques Mahatmas, les Brahmanes, Yogi ou Chelas, des secrets de pratiques. Ah! ils sont réels, ces secrets et quand je les ai appris, je croyais tenir l’écrin des pou voirs. .
Las! semblables à de subtiles odeurs, ils s’étaient évanouis en arrivant en Occident. -— Comment, ce qui est véridique et potentiel à Bénarès, à Our, s’annule—HI à Paris ou à LondresP ’ — Parce que l’atmosphère morale de l’Orient est passive et par conséquent très réceptive d’un verbe et très exécutrice, tandis que l’atmosphère morale d’0c— cident est une mer de tourbillons actifs.
« Quand trois cent mille hommes volent, tuent et écrasent, sans peine, trois cent millions d’êtres et que l’opprimé est de race supérieure à l’oppresseur, j’ap pelle passive l’émanation, l’expir animique de cette humanité. Mais, prenons Paris, où chaque individu est en révolte indicible contre toute constitution et toute morale, cela change. — Ah! interrompit Adar, expliquez-moi un phéno mène qui m’a bouleversé. Il y a une vingtaine de
270 L’INITIATION jours, ma femme et moi nous étions au crépuscule dans le parc de la Résidence, à Bayreuth. « — Une rose te regarde, me dit lzel. —— Je vais te la cueillir, répondis-je, et la rose était dans sa main avant que j’eusse fini... Alors elle eut peur et la laissa tomber.
J’avais entendu le bruit si faible qu’il fût, d’une tige cassée; et en rentrant je vis, à la main de ma femme, une piqûre identique à celle qu’aurait faite une épine de rosier. -— Simple, cela! dit Sexthental. Par suite de vos voluptés de lune de miel, M'“ Adar, surénervée, a eu momentanément la faculté du geste sidéral, c’est-à— dire une projection de la faculté analogue à son désir.
Mme Blavatsky ne se lève jamais pour prendre un livre; la faculté d’apport fluidique s’acquiert lente ment, mais on peut la posséder perpétuelle. Voulez vous que je prenne un volume parmi les in-8°, au fond. Lequel, celui au dos vert, la Royale Chymie, de Crollius. Mes mains adhèrent aux bras du fauteuil cependant,voyez. » .
Le volume était sur la table, devant le docteur, et sur le rayon de la bibliothèque, par suite de ce vide, les autres volumes, peu serrés, se couchaient avec un peu de bruit. Adar restait stupide. . -—— Il serait enfantin que je consentisseàvous donner d’autres preuves; quel intérêt à vous étonner, la stu peur n’instruit pas.
Écoutez : Je vais vous livrer le secret de la thaumaturgie et vous n’en ferez rien, cependant, à moins de cette prédestination qu’on appellede génie. « Tous les actes du monde sensible se résolvent par .Ç-Ë;%f.Ï . .
FRAGMENT DE LA « DÉCADENCE LATINE » 271 les forces animiques; l’esprit est un empereur qui édicte, le corps, un soldat qui obéit, mais ce qui, donne de la puissance à l’édit, comme de la force_ à, l’exécuteur, c’est l’âme. ,,. « Supposez que je sois Don Juan, magicien, et que je veuille séduire telle femme.
Mon esprit conçoit l’idée de conquête et mon corps fera les mouvements de cette idée; mais je ne peux agir sur l’âme que par ' mon âme; je vais donc employer la seule part de moi—même, assez subtile pour être intelligente, assez, malléable pour se plier à tout et c’est l'âme.
« Or, la vie animique a lieu dans une atmosphère éthérée inanalysable qui pénètre l’autre analysée dès longtemps; j’ai donc trouvé un navire Argo, mon âme, et je sais sur quelle mer le lancer. , « Maintenant, à moi d’être un prudent pilote en même tempspqu’un hardi nautonier.
Cette mer est féconde en naufrage : en quittant la terre ferme ou le corps, je m’expose à n’y pouvoir pas rentrer, démâté, il me faut m’orienter, et si je perds la trar montane, je meurs, parce que je suis à la fois Jason et le vaisseau, Jason par l’esprit, le vaisseau par mon astralité. «levons parle ici des œuvres personnellement aflectives, passionnelles.
« Il y a une formule plus haute qui consiste à for cer par le seul Verbe, l’être visé à faire tous les frais nerveux d’obéissance à vos ordres ; mais il faut com munier à une chaîne. La sûreté et le succès des opérations magiques dépend des réservoirs dyna— miques et lesquels, plus puissants que ceux qui
272 L’lNITIATION croient en vous ? Aussi ne voyez-vous jamais de chef religieux aller sans disciples, et la foi qui réunit en faisceau le plus grand nombre de volontés adhésives, faire plus de miracles que le génie isolé, fut-il sur— humain. Soyez haï d’un peuple, mais soyez en même temps aimé de douze personnes et le peuple sera vaincu.
« Les anciens insistent beaucoup plus que les mo ralistes modernes sur l’importance des vrais amis; c’est qu’en dehors des bons offices matériels et sociaux, une amitié ferme peut inconsciemment vous garder de telle maladie, de tel péril où vous ' succom beriez sans elle.
' ' ' « Seulement,.et ici l’éternelle justice apparaît, n’a busez jamais de vos satellites; rien n’est aussi puni que l’excès de pouvoir, et j’aime mieux être sans dis ciple, certes, que si j’avais mésusé de mon vasselage. Dès qu’on s’occultise, on s’approche de la cause seconde et partant on s’approche du châtiment, si on méfait. Le grand Kuhnrath a mis en tête de son amphithéâtre : Vœ imprudent” » JOSÉPHIN PELADAN. äftuvnu IRVANA ! Nirvana!
Ciel! éternelle étape! \5 Haut et divin sommet, but auquel nous visons; Rêve prodigieux que l’âme g”fleure, happe, Dans son vol éthe’re’ vers les clairs horigons!
NIRVANA 273v Lorsqu’elle t’entrevoit, mirage insaisissable! Elle hésite, chancelle et revient sur ses pas, — Tel, devant le Soleil, devant l’astre impalpable. L’œil ébloui se ferme et regarde plus bas. Hommes jadis sortis des antres de la Terre, Sous notre corps d’argile à ses lois enchaînés, Pour habiter un jour —— anges d’une autre Sphère -— Les hauts soleils, encor nous ne sommes pas nés.
Il faut septfois mouvoir; il faut septfois renaître, Esclave du gibet nous racheter septfois ; Monter sur le calvaire en étreignant la Croix. Pour apercevoir Dieu, l’aimer et le connaître, Pour aller jusqu’à lui, pour atteindre sa gloire, Il faut suivre en son vol l’ange de Vérité. Lui seul est la Science, Aimer. savoir et croire Le seul chemin où peut nous guider sa clarté.
Tel est l’ordre divin, le secret de la vie, Son mystère; telle est la loi de l’Unz‘vers, Lutter, vaincre est aussi la vraie et seule envie Qui puzsse mériter des triomphes divers, Nirvana! Nirvana! Ciel! éternelle extase! Dzvin rayonnement des nouvelles saisons; Puisse notre âme, ainsi que le parfum d’un vase, S’exhaler dans l’azur vers tes clairs horizons. M"‘° ROGER DE NESLE.
274 L’INITIATION 5ÿmmns DE l’ÊSLE-ËDAM Un très haut esprit vient de s’éteindre ; de s’étein dre ? non, car Villiers de l’Isle-Adam, catholique de race et de foi, ne douta jamais de ses destinées futures; et il arrive aux âmes ce qu’elles ont cru.
Modifiez, à peine, un proverbe populaire, vous aurez cette vérité: « Comme on prépara sa tombe, on la trouve n. Donc, quant à lui, il n’a pas cessé d’être; c’est pour nous qu’il est mort ;.la France a perdu le plus hautain et le plus magnifique rêveur de ce siècle; àvrai dire, oocupée d’autres soins, attentive à de plus aimables talents ou à de plus accessibles génies, elle n’avait point paru s’apercevoir de’ l’honneur qu’était pour elle l’œuvre de Villiers de l’Isle-Adam; qu’elle l’apprenne, par cette épitaphe.
Un jour le poète d’Aæel l’Eve future me conta, en un plus beau langage, la légende que voici : ( Il y avait une fois, dans la mer de Bretagne, une pierre obscure que battaient la querelle des ondes et les nageoires des grands poissons ; elle était toute cou verte de lichens et de gluantes algues.
Elle paraissait m’accorder aucune attention, :—,—ce qui était naturel, puisqu’elle était une pierre, — aux mouvements de l’eau bleue et verte, à la beauté des végétations sous marines accrochées aux rocs comme des fleurs noyées; rien ne la tirait de son apparente inertie.
Si, par suite de quelque naufrage sombraient à côté d’elle des galions d’où s’effondraient des tonnes d’or, elle ne daignait pas s’étonner de ces richesses étincelantes; même elle ne voyait pas les cadavres des passagers ou des matelots. Et elle était comme dans un impas— sible exil de tout. Or, une fois, un très bon saint, qui ne se contentait pas de marcher sur les flots, mais qui, en sa charité infinie, desce‘ndait dans la mer pour
VILLIERS DE L'ISLE—ADAM 275 bénir ceux qui moururent sans confession, remarqua cette pierre et s’irrita de la voir si obstinément indif férente. 4I Morceau de roche, lui dit—il, pourquoi ne t’inquiètes-tu point des choses qui vivent et qui meu rent autour de toi?
Pourquoi restes-tu, depuis tant de milliers de siècles, immobile et comme sans pen— sée I’ » La pierre répondit : « C’est qu’à travers l’é— norme épaisseur de l’eau, sous les tempêtes ou la lourde accalmie, je considère éternellement tout au fond du ciel la plus lointaine des étoiles! et, quand elle disparaît, j’attends qu’elle se lève. —— Voilà une singulière façon de passer le temps, dit le saint; Qu’es-tu, gagné toi, pauvre chose, à contempler un astre? — hcarte, répliqua la pierre, les algues et les lichens qui me couvrent. » L’homme écarta les herbes marines.
Alors il vit que la pierre était toute de diamant et qu’elle rayonnait aussi splendide que les plus lumineuses constellations de l’azur! » C’est à ce diamant fait de clarté céleste, que ressembla l’esprit qui nous a quittés ; à force de guetter ardem ment, obstinément, éperdûment, la radieuse gloire de l’idéal, il devint clair et. rayonnant comme elle. On négligea trop longtemps d’écarter les lichens et _ les algues.
Mais voici la Mort qui, de sa main voilée, ' lève les voiles. On verra, telle qu’elle fut, cette âme, et l’on s’étonnera de ses splendeurs ignorées. Villiers de l’Isle-Adam a vécu dans le rêve, par le rêve pour le rêve. A aucun instant il n’a cessé d’être fidèle à l’étoile! Et même, lorsque, dans les heures de jour, elle demeurait éteinte, il la retrouvait encore dans l’éblouissement et dans l’amour de l’avoir vue.
Il passa parmi nous avec la constante préoccupation de l’en-deça ou de l’au—delà de l’humanité. ' Sans doute il ne pouvait pas, étant vivant, s’abstraire . de la vie; il s’est aperçu des événements politiques, des écoles littéraires, des désastres, des renommées, de toutes les réalités voisines; mais ce qui existait, ‘ il le voyait à travers le reflet de sa propre lueur, et rien ne pouvait arriver jusqu’à lui qui ne fut presque
276 L’INITIATION devenu lui-même ; de là l’originalité prodigieuse de son œuvre. Il ne faut pas— abusé par ce mot facilement.banal: le rêvel —confondre Villiers de l’Isle-Adam avec ces absurdes et chimériques songe-creux qui se croient quittes envers l’idéal lorsqu’ils ont suffisamment parlé du lointain sur la mer, ou de l’infini des crépuscules, ou de leur âme dédaigneuse des vulgarités — plus vulgaire qu’elles, — ou de leur cœur incompris.
Ces chanteurs de romances n’ont rien de commun avec le puissant esprit qui tant de fois nous éclaira et nous transporta. Il dédaignait de s’inutiliser dans les incon— sistantes chimères où se plaisent orgueilleusement ' les bourgeois poétiques. Il interrogeait le réel, palpait le vrai, s’informait du pratique. En un mot, il admet tait le moment, ne rougissait pas d’être un homme, en attendant mieux.
Mais, grâce à une clairvoyance particulière, — une clairvbyance d’illuminé, — il dé mêlait dans les choses communes, ce que n’y voient point les âmes communes ; et il emportait la réalité dans sa pensée pour l’y sublimiser. Il était l'idéali sateur de la vie. Ni la plus banale politique ni la plus obscure science, ne le rebutaient.
Il a publié des pla cards séditieux! il a fait ce livre incomparable: I’Eve future 1 Mais, dans ses pages, inévitablement, les choses, transformées par la magie de sa vision, deve naient grandioses de sa grandeur, lumineuses de sa clarté intime. Avec presque tout il a fait de l'idéal!
On peut dire qu'il existait dans son esprit, qu’il existe dans son œuvre un dix-neuvième siècle radicalement différent du dix-neuvième siècle tel que le conçoit la généralité des modernes.
Mais, de semblerimaginaire, il n'en est pas moins pour quelques-uns, réel, d’une réalité plus vraie peut-être que la vérité même ; par la sincérité et la puissance de sa faculté transfiguratrice, Villiers de l’Isle-Adam impose la foi en ses conceptions à tous ceux que ne déconcerte pas le grandissement de l’homme quelconque jusqu’au héros sublime ou jus qu’à l‘énorme bouffon,et de l’anecdotejusqu’à l’épopée.
VILLIERS DE L’ISLE—ADAM 277 Cependant il est des choses si vfles et des êtres si bas, que la plus clémente rêverie ne saurait les ma gnifierjusqu’à les rendre intéressants aux penseurs. Même sous le rayon de l’Etoile, ils restent gris et sales. A l’égard de ces choses, de ces êtres, qu’a fait Villiers de l’Isle-Adam? Il ne pouvait pas ne pas les voir, ils étalaient leur stupide et impudente vraisem blance.
Eh! bien, puisqu’il lui était impossible de les hausser jusqu'à la vilenie et la bêtise irrémé diables, il les a bafoués, avec quel imperturbable méprisl et cet esprit, en qui vivait, suprême, presque divin, le pouvoir de -l’idéalisarion, s’est résigné à l‘i ronie. De là, à côté des œuvres héroïques, religieuses comme sacrées. des livres gais avec tant d’amertume, cruellement amusants, implacables.
Jamais la haine de la médiocrité, de l’hypocrisie, de l’égoïsme n’a été si subtile, si sournoise que dans certains contes de Villiers de l’Isle-Adam. Il ne fait pas aux imbéciles — fussent—ils des méchants -— l’honneur d’une franche colère.
Non, il s’approche d’eux, avec politesse, les amadoue, les câline, parle leur langage, imite leurs gestes; ils peuvent penser parfois qu’il est l’un des leurs, qu’il ne. vaut pas mieux qu’eux: ou qu’il est leur dupe, qu’il croit à leur fausse vertu, à leur bon homie, à leur conscience paisible; il leur fait risette, d’un air naïf et bonnasse; impossible vraiment de se défier de lui; mais tout à coup, comme un chat ron ronnant montre et enfonce les griffes, voici que, sans renoncer à sa mielleuse douceur, au sourire toujours accommodant et si bénin,son ironie s'échappe,empoi gne, déchire, pince et mord et fait sortir le sangl Il a vengé l’idéal que ces bélîtres insultèrent.
Certes, je n’espère pas avoir donné une idée même lointaine de l’extraordinaire poète qui vient de mou rir. C’est à peine si j’ai fait entrevoir le rêveur et le railleur qui, si logiquement, s’accordaient chez Vil liers de l’Isle-Adam en une parfaite harmonie. J’ai appris, il y a une heure, la mort qui nous parait si soudaine, — bien que prévue, hélas! — de celui qui
2 78 L’INITIATION fut l’ami de mes plus anciennes années; je n’ai pas la liberté d’esprit qui me serait nécessaire pour en dire davantage.
Je n’ai même pas parlé de son admirable prose, nombreuse et pompeuse comme les plus beaux vers! et j’ajouterai seulement quelques mots. ‘ Je crois très fermement que de tous les poètes de la génération à qui l’on doit pourtant François Coppée, Armand Silvestre, Sully Prudhomme, Léoti Dierx, José-Maria la Hercdia, et d'autres, aucun ne lut plus superbement doué que celui dont mes amis et moi nous pleurons toujours laperte.
Lui seul, entre tous, eut cette flamme divine que nous nommons génie! Et parce que, en même temps qu'un inspiré, il fut un artiste savant, un écrivain maître et sûr de soi, son œuvre ne périra point. Déjà l'on peut prévoir les admirations prochaines qui glorifieront sa tombe. Elles viendront bien tard. Un peu de justice, lui vivant, l’eût empêché de mourir peut-être.
En notre douleur, il nous reste du moins cette consolation —— et cette fierté — d’avoir soutenu Villiers de.l’Isle Adam de nos enthousiasmes fidèles, et d’avoir dit depuis vingt ans ce que tout le monde dira demain.
CATULLE MENDÈS. @artms Nuuvmms la , . ., , , - Le colonel Olcott, pre31dent de la Socœte theosophi que, arrive à Paris dans les premiers jours de septembre. .’ 234 Le D Chazarain a donné sa démission de vice-prési dent du Congrès Magnétique international. * ans Le célèbre liseur de pensées Onofrofl” qui avait été injustement arrêté par suite de manœuvres indignes des pasteurs protestants suisses vient d’être relâché avec forces excuses.
L’ORIENT A L’EXPOSITION UNIVERSELLE 279 * 4 45 Le Congrès Spirite et Spiritualiste est. dès à présent, assuré d’un grand succès. Quarante mille adhérents ont, participé à ce mouvement, plus de quatre-vingts jour; maux l‘affirment de leur publicité; enfin des déléguésspé ciaux arrivent à Paris de toutes les contrées de l'Europe et de l’Amérique et même de l’Inde.
Â’i@rient à I’Êxpssitien Eniversella, LE TEMPLE BOUDDHIQUE DE PARIS (Étude spéciale sur le symbolisme du temple et des céré . manies.) Un temple bouddhique est depuis peu érigé sur PES planade des Invalides et le service religieux est réguliè r‘ement fait par les neuf bonzes venus à cet effet de l’Annam.
Les journaux quotidiens ont presque tous donné la description de ce temple; aussi ne parlerons nous que très sommairement de ce sujet pour traiter avec plus de détails la description d’une cérémonie reli gieuse à laquelle nous avons pu assister par faveur spé: ciale, rarement accordée aux Européens. LE TEMPLE Le Temple est construit tout entier en un bois très dur provenant d’une forêt sacrée et donné par le roi d’An nam à cet effet.
Ce temple a la forme d’un T renversé. Ainsi: J_. Les assistants occupent la partie horizontale de ce T et la partie verticale est occupée par l’autel formé de gradins successifs sur lesquels sont diverses statues.
Nos lecteurs sont trop au courant de l’identité ésoté rique de tous les cultes pour qu’il soit nécessaire de les prévenir que ces statues sont purement symboliques et ne sont aucunement des idoles comme pourraient le croire certains Européens ignorants.
280 L’INITIATION Cependant quoique nous fussions convaincus de ce fait, il était indispensable de trouver une preuve mon trant avec évidence la séparation des deux enseigneme nts; l’exotérisme pour les profanes, symbolisé par les sta— tues, et l’ésotérisme pour les initiés, symbolisé par quelque chose qu'il s’agissait de découvrir. Or en examinant soigneusement l’autel nous remar quâmes un petit détail qui nous avait échappé tout d’abord.
Les statues ne commencent qu’au 3° gradin. Les premiers sont occupés par des objets divers, vases d’encens, fleurs, fruits en luminaires. Au centre du I" gradin, entre six lumières, trois de chaque côté et cha cune d’une couleur différente, se trouve un vase d’airain au centre duquel est planté un bâton et sur ce bâton on peut voir un cylindre en spirale qui tient en équilibre par son extrémité supérieure.
Ne pouvant interroger les bonzes qui ne parlent qu’annamite, nous nous adressâmes à M. Dumoulier, l’habile et sympathique organisateur de l’exposition d’extrême Orient et celui qui a amené jus qu’ici le temple et les prêtres. Il nous répondit que ce bâton représentait le bâton des initiés ; mais qu'il ignorait la signification de la spirale ; il savait simplement qu’elle était couverte de caractères sanscrits.
Ces renseignements étaient plus que suffisants pour nous montrer que nous étions tombé juste. Cette spirale symbolise au mieux l’enseignement ésoté riquesurl’involution etl’évolution humaines et cosmiques, sur les cycles et les rondes, enseignement qui couronne l’initiation et qui en est le garant. Ainsi se trouve déter minée la grande division et l’ésotérisme du culte montre son identité avec celui de tous les autres.
LA CÉRÉMONIE Nous assistâmes alors à la cérémonie religieuse de l'ofi'rande des fleurs. Comme toutes les cérémonies sont pareilles, la description de celle-ci suffira pour faire com— prendre les autres. Trois prêtres, un officiant et deux servants, se pos— tèrent devant l’autel sur lequel brûle l’encens. Leur costume se compose d’une robe rouge presque entière
L’ORIENT A L’EXPOSITION UNIVERSELLE 281 ment recouverte par un manteaujaune rayé de grandes ‘ raies bleues. Ainsi se trouve symbolisée la domination de la chair (le rouge), par la science (le jaune) et la morale (le bleu) de l’initiation. L’officiant est coiffé d’une sorte de Couronne à sept lames séparées les unes des autres et sur chacune des quelles est grave’ un signe particulier.
Un des servants est aussi coiffé d’une autre couronne plus petite et le second servant est tête nue. La cérémonie commence par des génuflexions diverses des trois prêtres pendant que les aspirants à la prêtrise habillés de noir sont assis sur les côtés de l'autel et font entendre une musique de Polynésien ou mieux, pour tout dire, d’Annamites.
L’officiant tient à la main un lotus, symbole magnifique de la Nature sous toutes ses formes et il incline plusieurs fois ce lotus devant l’autel. C’est à ce moment que les servants vont s’asseoir et laissent l’officiant seul. C’est alors que celui-ci exé cute une série de gestes mystérieux avec les mains et les doigts, gestes qui forment un véritable langage que doit comprendre l’initié oriental (l).
Les gestes sont absolument identiques à ceux des danseuses de Java qui racontent symboliquement dans leurs danses les gloires de l’âge d'or primitif. L‘officiant prend ensuite les fleurs qu’il doit offrir et exécute une série de marches également symboliques. Chaque marche est exécutée trois fois dans une direction différente et presque sur le rythme de la danse.
C’est pendant ces marches et d'après leur direction qu'il oflre successivement les fleurs aux génies des quatre points cardinaux, aux génies des quatre éléments, aux assistants et enfin à Dieu. Les fleurs sont alors disposées dans un des vases sur l’autel et le prêtre se prosterne une dernière fois. Outre les fleurs, il offre de même et avec les mêmes cérémonies des fruits, du feu ou de l’eau lustrale.
En résumé, c’est une véritable cérémonie magique que cette messe bouddhique de l'Annam. Elle est plus pure (l) Barrois a fait de fort belles études sur le langage dactylologique.
282 ‘ . L’INITIATION comme conservation de l’ésotérisme primitif que la messe catholique et beaucoup d’enseignements nou— veaux pourraient en être déduits. C’est ce que nous ferons s’il nous est permis d'assister une seconde fois à. cette intéressante cérémonie. PAPUS. remouaaermu OUVRAGES REÇUS Quelques essais de Médiumnite‘ hypnotique, par MM. F.
ROSSI-PAGNONI et D* MORONI traduit par Mun FMNCBSCA Vlt‘".— Paris, Librairie des Sciences Psychologiques, I, rue de Chabanaish 1 vol. in-8. Prix : 2 fr La Science Matérialiste a coutume de demander aux occultistesdes faits et non des théories.
Ce livre est écrit dans ce but.Deux hommes de valeur racontent avec impar tialité une longue série d’expériences entreprises dans le but d’établir les relations étroites qui unissent l’Hypno tisme au Spiritisme. Un sujet hypnotisé a successivement des visions et des incarnations sans cesse contrôlées par la typtologie et cela à l’insu du sujet et hors de sa vue physique.
Dans les Manifestations des Esprits parues vers 1854, l’auteur, Paul Auguez,raconte une des premières expériences tentées dans ce but et qui réussit pleinement. C’est là une voie toute nouvelle dans ce genre d’études et nous ne doutons pas que les Académies n’étudient ardemment cette question..... dans quelques siècles.
En attendant, remercions les chercheurs consciencieux qui ont affronté sans crainte les dangers auxquels les exposent les préjugés de leurs contemporains. L’exécution typographique ne laisse rien à désirer et la traduction française, de tous points excellente, aug mente s’il est possible, la valeur réelle de ce nouvel ouvrage spirite. “ "f une}!ss s
BIBLIOGRAPHIE 283 SPIRITI<ME AMÉRICAIN. — Me: expériences avec les Esprits, par HENRY LAcnotx. —- Même librairie, 1 vol. in-18 de près de 300 pages avec gravures et phototypies. Prix : 4 francs. n La masse de faits ou de preuves que j’apporte, et que je relate tout simplement comme ils me sont arrivés, le tout s’enchaînant étroitement, portent en eux-mêmes le strict cachet de la vérité.
Américain, de toute façon, je vais directement au but sans m’inquiéter du qu’en dira—t-on, sans chercher à enjoliver ce qui est complet par lui-même. Je n’attends rien de ceux à qui je donne, et je me sens dans mon fort intérieur au-dessus du mépris, du ridicule, lequel est si craint en France, et dont on se moque en Amérique!
1) Cette déclaration de l’auteur à la page IOI de son livre indique de suite le plan d’après lequel l’ouvrage a été construit. M. Henry Lacroix raconte successive ment les phénomènes spirites auxquels il a pu assister soit comme spectateur, soit comme voyant. Le lecteur qui n’a jamais lu un livre de spiritisme doit se deman der en lisant ces pages si l’auteur est fou ou s’il a l’in tention de faire tourner la tête de son lecteur.
Celui au contraire qui connaît déjà les phénomènes spirites est renversé par la masse de documents inédits et de faits inouïs qui se déroulent successivement devant lui. A la première apparence il semble difficile de lire ce livre jusqu'au bout. mais dès qu’on commence sa lecture il est impossible de ne pas l'achever pour peu qu’on connaisse les phénomènes spirites. Il faut une audace étrange pour écrire de telles choses.
L’auteur affirme voir grandir chaque année dans l’autre monde les enfants qu’il a perdus tout jeunes, plusieurs fois il a pu les voir suc cessivement matérialisés tous les neuf, les toucher, les asseoir sur ses genoux et s’entretenir avec chacun d’eux. Lui-même sort à volonté de son corps (en corps astral) et se rend dans le monde spirituel où il dirige des tra vaux d’assainissement moral.
Tout cela agrémenté de la description des passions multiples inspirées par M. Henry Lacroix dans l’autre monde, passions tout intellectuelles d’ailleurs, font de ce livre une des produc tions les plus étranges qu’on puisse lire et qu’il faut connaître, vu les idées nouvelles exprimées. Nous n’a
2 84 L’INITIATION vons pu en le lisant nous empêcher de penser à cette phrase de Jules Lermina qui aurait pu servir de dédi cace à cet ouvrage : A CEUX OUI, HORS DE TOUS PRÉJUGES, ADMETTENT LE POS SIBLE, MÊME AVANT LE VRAISEMBLABLE * 44 Les Sciences occultes tendent à prendre dans notre littérature une place qui trop longtemps leur a été refusée.
Une collection d’œuvres Ilermétiques, sous la direction de M. Jules Lermina, est inaugurée aujour d’hui par un très curieux ouvrage de M. TIFFEREAU, I’Or et la transmutation des métaux (I) prouvant la réalité de (I) 1 vol. in-8°, relié de I82 pages(prix:b fr.) la pierre philosophale et indiquant les moyens pratiques de réaliser le Grand Œuvre.
L’Editeur Chacornac, II, quai Saint-Michel, annonce en même temps la publica tion d’ouvrages tant anciens que modernes, remettant en lumière des travaux auxquels les récentes études de M. Berthelot sur l’Alchimie ont rendu toute leur actua lité.
Le livre de M. Tifl'ereau est précédé d’une disserta tion sur Paracelse et l’Alchimie au XVI° siècle par M. Franck, de l'Institut, l’auteur si connu de la Kab bale. * -!«V La République du Travail et la Reforme parlemen taire, par A. GODIN, fondateur du familistère de Guise. I vol. in-8° de 600 pages. Guillaumin et Cie, I4, rue de Richelieu.
Prix: 8 francs. . (Un de nos rédacteurs rendra postérieurement compte de cet ouvrage). ‘ ‘ «r.4 Le Livre du Jugement, par ALE. JHOUNEY. — Édition i de l’Eloile, 1889. I vol. in-8° de I64pages (en vers). (Compte rendu prochainement par _ucien Mauehel.) P.
BIBLIOGRAPHIE '28 5 * as:r Poésm: Les Chrysanthème: de Marie,par J. CAMILLE CHAIGNE’AU. — Un fort volume, 5 fr. 50. Dentu, éditeur.
La publication de ce recueil de poésies remonte déjà à plusieurs années.— Mais l’Initiation n’en est pas moins heureuse de le faire connaître à ses lecteurs comme il le mérite et d’en signaler l’importance dans une des prin cipales branches des Sciences Occultes: le Spiri tisme. _ Plus que jamais l’œuvre de M. Chaigneau est d’actua lité puisqu’elle est tout entière inspirée par une doctrine qui s’étend tous les jours au point de provoquer les recherches des savants eux-mêmes, puisqu’aujourd’hui les disciples de William Crookes et d’Alan Kardec se sont senti assez n0mbreux et assez forts pour venir de tout l'univers affirmer dans une manifestation impo— sante la persistance du Moi après _la mort et la réalité des rapports entre les vivants et les Esprits de ceux qui ont vécu.
L’auteur a étudié ces rapports dans un de leurs cas les plus intéressants: L’Amour réciproque et scellé par un bouquet de Chrysanflrèmes entre luiet un Esprit non réincarné, les deuxjEtres s’étant aimés déjà dans une ou plusieurs incarnations antérieures et devant se retrouver sur terre où ils animeront de nouveaux corps.
C'est l’amour d'un Esprit pour un enfant du monde Qui m'a permis de voir dans la splendeur profonde Quelques rayons de l'avenir.
Après de longues explications fort intéressantes qui, tout en projetant une vive lumière sur le sujet des poésies, trop énigmatiques par elles seules, traitent avec beaucoup de précision les principales questions du Spi‘ ritisme, se déroulent sous les yeux du lecteur de char mantes pages intimes, entremêlées de communications de Marie dont l’Esprit inspire sans cesse le poète: Mon cœur est une lyre entre ses doigts sonores et remplit toute sa vie d’un rêve d’amour idéal et philo
286 L’INITIATION s sophique. Ecoutons-le plutôt nous l'apprendre dans ces quelques vers pleins de douceur et de sincérité. Moi dont tout l‘idéal est dans le mati aimer n ....-...-..... Et la fleur de ma vie est un amour sans fin. Chaque heure c ma vie est une fleur de plus Au jardin que tes yeux ont arrosé de larmes. Çar l'immortalité divine de tes charmes Eclot sur la splendeur des amours absolus.
Ailleurs il se plaint aux Es rits malveillants des tor tures qu’il lui font endurer et eur jette ce défi : Tout ce que peut sur moi votre sourde manœuvre C’est de ternir mon âme en la souillantd'orgue1l.
Enfin, il nous offre, détaillés en fort jolies strophes tous les états d'âme Où le jette sa passion immatérielle; il consacre une page d’inspiration très élevée à l’unité du couple : Le couple est au creuset, l'unité le pénètre : C'est en ne faisant qu'un qu'on ressemble à son Dieu! etc. Une petite pièce Mort de la Mort nous semble trop remarquable pour ne pas être citée toute : Sois humble, sombre mort: ta majesté s‘écroule, L'homme nargue à son tout ton vieux. rire glacé; Vain spectre, dont l‘abîme où l‘ancien monde roule Va rejoindre Satan, dont le règne est passé.
Nous sommes dédaigneux de ta laideur hautaine Et de tes yeux hagards, béants comme des trous ; Va moisu‘ près de l'ogre et de Croquemitaine Parmi le bric-à-brac usé des loups-garou. Mort, tu n’existcs pas, tu n‘es qu'un mot sans chose, , 1 Un fantôme d‘effroi qu‘imagina l'erreur, Un cauchemar jeté sur la métamorphose, Le cri d‘un monde enfant divaguant de terreur...
Tous les Occultistes liront avec intérêt ce livre donné par l’auteur comme document humain; les faits qu’il relate empruntent une grande valeur à la conviction et à l’honnêteté de l'écrivain. Les sceptiques en riront; mais, pour ma part, je partage l’avis de Marie, donné dans une communication : « Tu as bien compris la .tâche divine que mon amour t’a inspirée; tu feras com—
FRATERNITAS 287 prendre l’amour, l’amour immortel, l’amour grand et vrai, ceux qui liront notre livre '). LUCIEN MAUCHEL. @aaruamras Une société par action, anonyme, est fondée, sous le nom de Fraternitas dans le but de construire une mai—c son, non loin du lac Majeur sur le sommet d’une des Collines environnant Locarno.
La dite maison sera une retraite, un lieu de réunion ; elle sera située dans un pays libre, au milieu d’un air pur, loin du monde. Elle est destinée à accueillir les étudiants en théosophie et en occultisme, afin qu’ils puissent s’aider mutuellement dans leurs efforts pour mener une vie conforme à la fra— ternité universelle. La société aura un capital de 50,000 francs divisé en action de 500 francs chacune.
Celles-ci ne donnent pas d’intérêt à leurs possesseurs, mais le droit d’habiter la maison, selon leur gré. Dès que le secrétaire du comité soussigné aura reçu le nombre suffisant de signatures, il invitera les signa taires à envoyer leur quote-part. Celle-ci sera déposée à la Banca Cantonale Ticinese, au nom de la Société ano nyme.
Le capital entièrement versé, le comité ad interim se charge : (a) De construire une maison ou chalet sur le terrain offert à la société par le Dr A. Pioda. (b) De la [meubler simplement, mais convenable ment. » Observation : — Un cinquième du capital sera réservé pour les premières dépenses du ménage.
Ces opérations une fois accomplies, le comité a. i. convoquera les action— naires en assemblée générale et leur rendra compte des fonds qui lui auront été confiés. Chacun des action— naires absents à l’assemblée générale recevra une copie de ces comptes. L’assemblée générale composée de tous les action naires présents ou représentés aura les attributs suivants :
288 L’INITIATION (a) De reviser les comptes présentés par le Comité a. i. (b) D’approuver ou de rejeter les statuts présentés par le\ même Comité, qui aura le droit de proposer une augmentation, s’il y a lieu, du capital social en ad mettant un plus grand nombre d’actionnaires.
5 I. -— L’assemblée prendra ces décisions à la majo rité des voix; 5 Il. — Chaque action donne droit à une voix; 5 III. -— Les actionnaires absents ne peuvent délé guer leur pouvoir qu’à d’autres actionnaires présents; 5 IV. -— En aucun cas un actionnaire seul ne pourra réunir entre ses mains plus du cinquième des droits de vote qui se trouvent représentés dans l’assemblée géné rale.
Le Comité s’adresse à tout le monde, abstraction faite de toute croyance, de toute opinion. La maison jouira d’une vue magnifique sur le lac Majeur, les vallées et les montagnes du Tessin (Canton). Elle possédera une bibliothèque, des salons et un jar din. Elle sera ouverte toute l’année. On pourra y sui vre le régime végétarien aussi bien qu’autres régimes, selon le gré des pensionnaires.
Les prix de la pension, aussi modérés que faire se pourra, seront fixés par un règlement. Les bénéfices éventuels de l’administration sont des tinés à offrir l’hospitalité gratuite ou à des prix réduits, à des personnes s’intéressant au but de la société, mais n’ayant pas les moyens de prendre une action. La souscription des actions sera close le3r décembre de cette année.
S’adresser au secrétaire du Comité à Locarno (Suisse) Signé: , La Comtesse C. WACHTMEISTER, F. T. S. Prés. FRANZ HARTMANN, M. D. F. T. S. ; Dr. R. Taunm, Prof. F. T. 5.; Dr. jur. A. PlODA, F, T. S.,Secré taire du Comité. Le Gérant :' ENCAUSSE. TOURS, IMP. l. ARRÀULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6
VIENT DE PARAITRE PAPUS CLEF ABSOLUE DE 'LA SCIENCE OCCULTE' L E T A R O T ' ’ DES BOHÉMIENS ' Le plus, ancien Livre du -yMonde (A l’usage exclusif dés Initiés)_, Magnifique volume in—8° de 370 pages-avec huit planches phototypiques hors texte et plus de deux cents figures et tableaux explicatifs. — Carré, éditeur, 58, rue Saint—André— des—Arts................gfr.
Tous les lecteurs d’ELIPHAS LEVI et de CHRISTIAN et tous ceux qui s’intéressent à la Science Occulte trouveront de précieuses indications, absolument inédites jusqu’ici, dans cet ouvrage. PRIME Ce numéro contiendra une prime à nos abonnés si le, temps matériel suffisant nous permet de la faire exécuter à temps. Sinon cette prime sera dans le prochain numéro. .————-——.O’————
LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecreurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu’avoir une teinte générale de cette question‘ sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: I. Zanom‘, par Bulwer Lytton (traduction française.) H _2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. -— A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du A{ystère (2l édition), par Stanislas de Guaita. -=6 Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d'Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. + Collection de l’Initiution et du Lotus. —-« La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d‘autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les' livres qu’on peut se proeure‘r en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: ‘PREMIER DEGRÉ. —-« (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. -- Louis Lambert.
Seraphitus Swap/fila, par Balzac’. --— Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par I..— Hennique. ‘ ' DEUXIÈME DEGRÉ. -— Eurêka, par Edgard Poé. -— Fragmentsde Théosophie Occulte, par Lady Caithness. —- Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. -— Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. -— Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. — Force psychique, par Yveling Rambaud. TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. -— Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. -— Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). -— La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. — Le Sep/1er Je’sirah, par Papus.—- La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary; OntrOuvera des listes complémentaires dans cesmêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. " " L’éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d‘eux.
L’INITIATIO N .____. RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS (3- . cAR RÉ D‘“°“‘”“ PAPI—75 56’, rue Saint—André-des—A rts Rédacteur en chef: ‘ George MONT1 E RE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE; un an10 ’1’» en. BARLET. — J. I—EJAY ÉTRANGER, —— 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. -— Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant» LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s‘il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. —- Les abonnements sont d’un an et se paient d'avance à l'Administration par mandat, bon de poste ou autrement. AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que dOnnera l’Initiation. Chacune de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro.
L’Initiaiibn paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES‘Ï MAISONS VEN DANT “L’INITIA T!ON au NUMÉRO ‘ 1 _ LIBRAIRIES c. MARPON ET E.. FLAMMARION, r . Galerie; ’,2, Boulevard l 14, rue Auber LELIËGEOÏS Rue de Marengo ': ,de IOdeon des 1!a!zcns gérant Remise de 15 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs A LIBRAIÉIE E.
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