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I_._ , O . O L I n 1 t 1 M10 11 Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ’6‘ 4m VOLUME. : 2me ANNÉE SOMMAIRE DU N° ’11. (Août 1889) __ p.— PARTIE INITIATIQUE... Les rands Initiés (de E . Schuré) . . . . . .. Papus. (1% 97 à H4.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE... Les Sociétés secrètes ' musulgupnes . . . . Napoléon Ney. .
11 at .) Le(p Cm rès49nzaçon nique international. 0. Wirth. (p. 150 à 156.) Essai sur la situation philosophique (suite) Weber. (p. 156 à 172.) La Fontaine de Jou vence . . . . . . . . . . . . .. D‘FoveaudeGourmelles (p. 172 à 175.) PARTIE LITTÉRAIRE... The LightàofEgypte. x***. ( . 1”5 180. UnpFra/gment Emile Michelet. (p. 180 à 184.) Bibliographie. — L'Orient à l’Exposition universelle. —- Nouvelles diverses. —- Les Congrès de 1889.
RÉDACTION : Administration, Abonnements : 14 rue de Strasbourg, 14 58, rue S («A ndré—des-A rts, 58 P A RIS P A RI S Le Numéro: UN FRANC. —— Un An: DIX FRANCS.
BUT Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisméet la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismes. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science Universelle d'où dérivent toutes les Philosophies. Des Écoles diverses s’occupent de chacune des parties de cette Science Occulte. La Théosophie, la Kabbale, le Spiritisme, ont leurs organes spéciaux, souvent ennemis. L’Initiaiion étudie comparativement toutes les écoles sans appar tenir exclusivement à aucune.
L’Initiali0n n’est pas exclusivement théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plus ‘ instruits des théosophes français. L’Initiation n’est pas exclusi vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes les plus estimés que nous possédions.
Il en est de même pour toutes les autres branches de la Science Occulte : la Franc-Maçonnerie, le Spiritisme,'l’Hfprmiisnæ, etc., etc. La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique.
La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction ; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donner le poète et le romancier. Plus de quarante rédacteurs, pour la plupart déjà connus, concourent à la rédaction de l’Initiali0n.
Tous ces avantages unis à l’extrême bon marché de la Revue en font une des plus attrayantes et des plus originales de toutes les publications mensuelles, '
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation ‘ 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET (auteur de l’Initiation). M. S. T. -— STANISLAS DE (IUAITA (auteur de Au Seuil du Mystère) S.'. I.'. 5;). — GEORGE MONTIÈRE (rédacteur en chef de l’1nitiation) S.'. I.'. — PAPUS (auteur du Traité élémentaire de Science Occulte). S.'. l.'. — JOSÉPHIN PÉLADAN (auteur de la Décadence Latine) S.'.
I.'. o ‘ 2 r PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH (de la Revue du Mouvement social). — Le F.'. BERTRAND VÉN.'. RENÉ CAILLIÉ (directeur de l’Etoile). G.
DELANNE (rédacteur en chef du Spiritisme). — ELY STAR (auteur des Mystères de l’Horoscopc). —— FABRE DES ESSARTS. — FABIUS DE CHAMPVILLE. —— Dr FOVEAU DE COURMELLES (licencié 'ès—sciences physiques, licen cié ès-sciences naturelles, lauréat de l’Académie).— JULES GIRAUD (auteur du DrSelectin).— Dr GOYARD (ancien président de la Société Végétarienne).— E.
GARY (auteur de la Théorie des Tempéraments). —— HENRI LASVIGNES (ex-secrétaire de la rédaction du Constitution nel). —— J. LEJAY (licencié en droit. — MARCUS DE VÈZE. — EUGÈNE Nus (auteur de les Grands Mystères). — G. P0LTI (auteur de la Théorie des Tempéraments). — Le Magnétiseur RAYMOND —— Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUXEL (du Journal des Économistes). —- HENRI WELSCH. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— E.
GOUDEAUJ— MANOËL DE GRANDFORD. — VILLIERS DE L’ISLE-ADAM.‘— JULES LERMINA. — L. HENNIQUE.—. A. MATTHEY. — LUCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— EMILE MICHELET. — GEORGE MON-TIERE. — CH. DE SIVRY. 40 P 0 E SI E ED. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. — P. GIRALDON. — PAUL MARROT. MARNÈS. — A. MORIN. — ROBERT DE [.A VILLEHERVÉ . k 0
.. n....... ‘N Le 12° Numéro de L’INITIATION Ce numéro contiendra une étude de CH. BARLET sur le Tarot des Bohémiens, une étude de G. MONTIÈRE sur les Doctrines de Swe— denborg, un extrait de l'important ouvrage de JOSEPHIN PELADAN, la suite du travail de ROUXEL sur le Magnétisme, etc., etc. LES GRANDS INITIES ESQUISSE DE L’HISTOIRE SECRÈTE DES RELIGIONS PAR ÉDOUARD SCHURÊ Rama. — Krishna. — Hermès Moïse Orphée. — Pythagore. — Platon Jésus Magnifique volume in-8° de plus de 500 pages. Prix : 7 fr. 50 La Librairie CARRÉ se charge d’envoyer franco ce volume au prix marqué.
PARTIE INITIATIQUE . in GRANDS Ëuuts ESQUISSE DE L’HISTOIRE SECRETE DES RELIGIONS Par M. En. SCHURÉ Ëur pourrait nier l’irrésistible impulsion qui porte la Société actuelle vers le spiritualisme en présence du mouvement intellectuel de cette année? Hier c’é tait le livre de M. Franck qui résumait, au point de vue critique, la doctrine de la Kabbale ; aujourd’hui, c’est l’important ouvrage de M. Schuré qui vient éclairer plusieurs points encore obscurs de l’Histoire de I’Humanité. L’Université patronne de son autorité les con— quêtes merveilleuses de la Géologie et de l’Anthro pologie venant abattre sans réplique les traduc tions erronées du Sepher de Moïse par les théolo— g1ens, et, par une bizarre contradiction, la chronolo gie, aussi fausse que ridicule de ces mêmes théologiens reste encore maîtresse de l’Histoire. Si quelques esprits aventureux osent sortir de la routine, c’est pour trans 4
98 L’INITIATION ._.. __ . "...Wl former cette histoire en une collection banale de faits plus ou moins bien enregistrés, et rien de plus. Or, ce caractère analytique qui consiste à enregis trer des faits en Science comme en Histoire loin de conduire aux lois scientifiques ou sociales ne fait qu’en éloigner, comme du reste toute analyse.
Voilà pourquoi I’Histoire qui devrait être le livre de la Sagesse de tout homme politique ne peut, telle qu’elle est aujourd’hui présentée, qu’égarer le malheureux qui prend des séries de faits pour des lois. Tout peuple est un organe vivant du Grand Adam et, comme tel, doit remplir une fonction en vue de la Vie de l’Humanité.
Le peuple qui s’éloigne de la fonction pour laquelle il est créé s’éloigne de ce fait même de la loi de vie et se condamne à mort. L’his toire d’un peuple se réduit donc en dernière analyse à l’histoire de l’accomplissement de sa fonction. Mais comment connaître cette loi synthétique, raison d’être de chaque organe de l’Humanité?
Ce n’est pas dans les faits, pour aussi nombreux qu’ils soient, que nous trouverons cette loi, je le répète, c’est dans l’idée que le peuple est chargé de réaliser que la loi de vie et de mort est contenue. F,—Ch. Barlet dans un travail encore inédit formule admirablement ceci en disant: Tout peuple est une idée en mgrche. .
La grandeur du peuple dépend de celle de l’idée et la force matérielle a été et sera, toujours impuissante contre les grandes idées, quoiqu’elle fasse. Or, à la naissance de chaque grand peuple, nous trouvons un homme assez puissant intellectuellement A LaJ. - . -_J.A,..._.L-Zt,s,wsv s ,3..an
LES camus INITIÉS 99 pour avoir conçu l’idée directrice de la nation choi sie par lui, assez sûr de la grandeur de l’idée conçue pour s’être toujours offert en holocauste pour sa réali sation; voilà ce que nous montre le livre de M. Schuré. L’âme vivante de l’Inde c’est Krz‘chna, celle. de l’Egypte c’est Herme‘s comme celle du peuple juif c’est Moïse et celle de la Grèce, Orphe’e.
Rama, Pythagore et Jésus apparaissent au—dessus de 1’Hu— manité comme des réalisateurs sacrés de la divinisa* tion de l’Humain, par la Sagesse et le Sacrifice. Écrire l’histoire ésotérique de ces hommes divins, c’était écrire celle de l’ésotérisme même des peuples. Il faut féliciter notre auteur d’avoir pu mener à bien une tâche aussi colossale.
Son livre est à tel point suggestif qu’il est presqu’impossible d’en donner une idée en un court compte—rendu. Nous devons borner notre ambition à en énoncer les points saillants. Nous venons de voir l’idée qui a présidé à sa cons truction; voyons maintenant les détails mêmes de cette construction : Une introduction et huit chapitres, formant en tout 554 pages, constituent l’ouvrage de M. Schuré.
L’introduction établit l’antagonisme actuel de la Science et de la Foi et donne le moyen d’en faire cesser les mauvais effets par l’étude de la Doctrine des Mystères qui dévoile l’unité sociale, scientifique et religieuse de tous les organes de l’Hu manité.
Cette introduction devait être publiée zn-ex tenso dans l’Im‘tz‘aiion qui avait à cet effet l’autorisa tion de l’auteur; mais nous avons pensé qu’une analyse de l’ouvrage donnerait à nos lecteurs une
1 00 L’INITIATION idée plus synthétique du travail de M. Schuré, voilà la raison d’être de la présente étude. Chacun des huit chapitres est 'consacré à l’étude d’une des grandes âmes de chaque peuple en suivant l’ordre chronologique. Rama, Krichna, Hermès, Moïse, Orphe’e, Pythagore, Platon et Jésus sont successivement étudiés, tant au point de vue exoté— rique qu’au point de vue ésotérique.
Ce travail suppose doncpa priori: 1° Un exposé complet de l’Histoire des Mystères et de l’Initiation âytravers les âges; 2° Un exposé des doctrines de l’Initiationîet de leur transformation suivant les peuples ; 3° Un exposé de la pratique initiatique suivant les individus; 4° Un exposé des conséquences religieuse, scien tifique et sociale de l’initiation sur les peuples qui ,ont subi l’influence d’un véritable initiateur.
LES MYSTÈRES ET L’INITIATION L’instruction dans la Société antique était établie sur des bases entièrement différentes de celles de nos jours. Aujourd’hui on développe surtout une faculté bien stérile comme résultats : la mémoire. Avec de la mémoire on arrive à tout à notre époque ; ceux qui veulent sortir de cette routine épouvantable, ceux qui ne veulent pas faire partie du troupeau sont flétris par l’optimisme bourgeois du nom d’originaux. L’instruction antique à divers degrésgtendait juste ment à « orz'ginalz‘ser » les gens, si bien que l’être
LES GRANDS INITIÉS 101 arrivait à agirpar lui—même, là où de nos jours il n’agit que d’après ce qu’on lui a appris. Cette méthode d’enseignement tendait surtout à la sélection raison née des intelligences au lieu des mémoires. Il n’ya pas d’autres causes à la grandeur prodigieuse de ces civilisations comparées aux nôtres ; le cerveau humain était alors fait comme aujourd’hui.
L’instruction à tous les degrés était donnée dans les temples sous le nom d’initiation. Les professeurs et les docteurs ès-sciences théogoniques, androgo— niques, cosmogoniques ou naturelles se nommaient vulgairement prêtres ou initiés. Les grands Mystères transmettaient7 avec les pouvoirs magiques, la tradi tion sacrée de l’antique révélation.
M. Schuré étudie successivement les mystères indou._s dans l’initiation de Krishna par le vieil ascète initié Vasichta, puis parles anachorètes réunis (p. 85). Mais cette étude n’est qu’effleurée; c’est dans les mystères égyptiens majestueusement décrits dans son Hermès qu’apparaissent au grand jour les deux qua lités maîtresses de notre auteur :- l’érudition solide appuyée sur un style entraînant et tout éclatant de vives couleurs.
Les Mystères de Dionysos étudiés dans son Orphe’e, ceux de Delphes décrits dans son Pythagore et ceux d’Eleusz’s reconstitués dans son Pluton font de Cette série d’études l’histoire la plus complète que nous ayons aujourd’hui des Mystères anciens jusqu’à Jésus. Quand on pense au petit nom bre de documents qui nous restent sur ces sujets à cause du terrible serment fait par les initiés, on ne peut qu’admirer la patience que l’auteur a dû dé
I 02 L’INITIATION ployer pour reconstruire un édifice complet avec les matériaux mis à sa disposition. Cette étude devrait _servir d’introduction à tous les livres de franc—maçon nerie. LES DOCTRINES DE L’INITIATION Dans l’article sur la Kabbale (I) nous avons résumé une grande partie des doctrines de l’Initiation. Nous allons cependant revenir sur ces importants sujets que M. Schuré développe magistralement dans le cours de son ouvrage.
Toute la doctrine initiatique pivote autour des trois principes absolus révélés par le Tarot : Dieu, l’Homme, l’Univers. DIEU. — C’est dans son étude sur l’Inde que cet important sujet est surtout abordé. Cependant l’au teur y revient à propos de chaque initiation. L’Union inséparable des deux principes l’Eternel . masculin et l’Eternelféminin produit éternellement Dieu lui-même (2).
Le Verbe créateur répandu dans la Nature est iden tique à l’Homme lui-même conçu dans sa totalité. Les mystères du Verbe dévoilent les mystères de l’âme humaine. L’AME HUMAINE. —-— L’étude de l’âme et de ses des tinées tient une grande place dans le livre de M. Schuré. La doctrine de la Réincarnation est par— (1) N° 9 de l‘Initiation. (z) Jupiter est l'époux et l'épouse divine (p. 232).
LES GRANDS INITIÉS 103 _ . . -.«..iqm I .ävÿ..«a .1 U a n Igmn. a, . W 1-.nh.Œ. .. r... ticulièrement étudiée à propos de Krischna (p. 147) et surtout à propos de la doctrine pythagoricienne.
La Chute et la Réintégration sont décrites dans les mystères grecs et dans les enseignements de Pythagore (p. 346). ’ L’Immortalz‘té de l’âme est expérimentalement ‘ prouvée aux initiés par la Mort et la Résurrection, der nière épreuve de l’initiation (p. 137) et est décrite au début de la Religion védique (p. 43).
Nous ne pouvons quitter cet important sujet sans signaler les théories de l’Extase et de la Divination fort bien établies à propos de Pythagore (p. 288). Disons aussi que M. Schuré expose au début de ce livre la théorie des races humaines d’après Fabre D’Olivet.
L’UNIVERS. —- « Pour produire tout ce qui existe, l’Etre suprême s’immole lui—même ; il se divise pour sortir de son unité. » Voilà le début du grand mystère Divin : l’involu— tion suivie perpétuellement de l’évolution. Ce double courant, descendant ou humanisation du Divin, et ascendant ou Divinisation de l’Humain, donne la clef de la physiologie de l’Univers.
A cette impor tante question notre auteur consacre presque tout son Moïse et une partie du Pythagore. C’est à ce propos que sont abordées et développées les théories de la Lumière astrale et de la Magie (p. 292). Enfin Dieu, l’Homme et l’Univers forment les trois mondes de l’Esotérisme. Chacun d’eux triplement réfracté donne la clef des Sephiroth Kabbalistiques ainsi que nous l’avons vu à ce propos.
104. , L’INITIATION . v 4. ‘ _3_ü LES GRANDS INITIÉS Est-il possible à l’homme de devenir une incarna tion du verbe divin sur Terre P C’est à la solution de ce problème que notre auteur a consacré son œuvre. L’histoire de chacun des grands initiés est présentée sous l’aspect de l’histoire du développement intellec— tuel et spirituel d’un homme jusqu’au summum de son élévation.
Le grand mérite de M. Schuré, c’est en effet_de chercher à démontrer que tous ces hommes divins ont été d’abord des hommes comme les autres pendant leur enfance et leur adolescence et que c’est par des moyens providentiels, mais à la portée de toute nature humaine qui sait y atteindre, que le développement psychique de l’être est atteint.
Par là sont évités deux grands obstacles : de ne voir dans les grands initiés que des hommes ordinaires un peu fanatiques, idée de M. Renan à propos de Jésus, ou de ne voir dans ces initiés que des hommes—dieux dès leur naissance, idée des théologiens.
Ce n’est pas un .des moins grands mérites de l’auteur que d’avoir cherché à prouver raisonnablementl’alliance possible de la Volonté Humaine et de la Providence dans un homme qui sait et qui veut réaliser cette alliance.
Ainsi l’être humain peut devenir l’incarnation du Verbe divin, ou mieux, il peut manifester totalement le Verbe divin qui est en chaque homme et cela en développant au summum la partie la plus élevée de son esprit, appelée par l’ésotérisme indou: le 7° Prz‘n:
LES GRANDS INITIE'S 1015 . .- _vm.-...—«I .41.<, cipe (I). —— De même que l’homme qui fait fonction— ner son intelligence (5° principe) par les procédés d’instruction ordinaires devient un savant, de même l’homme qui développe son âme angélique (6° Prin— cipe) par la pratique de la morale, devient un saint, et de même l’homme qui parvient à manifester en lui son âme divine (7’ Principe) par le sacrifice total de l’individualité à la collectivité, devient un Dieu sur terre.
L’initiation suprême enseigne les moyens de par venir à ces divers développements, sans pouvoir aller plus loin que l’indication de ces moyens. C’est l’initié seul qui peut, par son travail personnel, comprendre la portée de ces moyens et conquérir l’adeptat. Voilà ce que nous enseigne l’histoire de chacun des grands initiés étudiés par M. Schuré. RAMA, druide initié souffre des malheurs de sa race.
Cette souffrance pour la collectivité développe, à son insu peut-être,le principe spirituel de cet homme et l’influence Providentielle se manifeste à lui dans un songe. Le Grand Ancêtre apparaît et lui donne le moyen de guérirle mal affreux qui menace d’anéantir la race blanche : la lèpre, — le ‘moyen c’estle gui du chêne.
L’histoire de Rama développée par Fabre D’O— livet et Saint—Yves d’Alveydre est trop connue des occultistes pour en parler plus longtemps ; disons simplement que M. Schuré a su la présenter sous de chaudes et attrayantes couleurs. Le sacrifice des hommes terf'estres pour la méditation à la suite d’un (1) Voy. l‘étude sur la localisation physiologique des sept Principes de l'Homme par Papus — Carré, éditeur. v i.s :tm
IOÔ L'INITIATION nouveau songe fait définitivement de Rama le grand ancêtre divin de toute la race blanche. KRISHNA nous montre la création du Dieu dans l’homme par la méditation et la vertu. L’initiation totale donnée à Krishna par la contemplation et l’ex— tase réalisent définitivement en lui l’incarnation Divine quand il va Volontairement sacrifier sa vie à l’humanité ignorante qui le massacre sans le com prendre.
Il semble que tout homme tué pour son idée transforme de ce fait même cette idée en une force cosmique dont il devient l’âme directrice et cela dans tous les plans d’activité humaine. Voilà ce qui éta— blit la différence entre les souffrances d’un fakir et celles d’un Jésus, celles de la brute indoue sont pure ment physiques tandis que celles de l’adepte sont en même temps morales.
Il souffre plus des malheurs et de l’ignorance de ceux qui le tuent que de ses souf frances propres et c’est là réellement la divinisation humaine que ce sacrifice volontaire pour sauver du mal ses assassins. HERMÊS ne nous apparaît personnellement qu’à propos de sa vision si poétiquement et si majestueuse— ment décrite, aussi n’en dirons-nous rien de plus. Moïse au contraire est, avec Pythagore et Jésus, le chef-d’œuvre de M. Schuré.
Cette façon de présenter la vie du grand initiateur des peuples occidentaux, à la lumière de la tradition ésotérique ne peut que frap per vivement toute âme sincère et dévouée à la Vérité. Saint-Yves d’Alveydre nous avait déjà montré tout ce qu’on pouvait tirer de grandeur de la vie du grand prophète juif. M. Schuré, suivant ses traces, nous 0 ..:'M
LES GRANDS INITIÉS 1 07 nrv!î . 7 ..,_ wr. présente un Moïse moins mystique, mais aussi mer veilleusement étudié. La description de l’alliance de la Providence et du Prophète dans la Vision du Sinaî‘ est de tous points fort remarquable; Voyez-en la conclusion, véritable révélation des secrets de l’éso— térisme pratique : « Moïse sortit de cette vision comme anéanti. Il crut un instant que son corps avait été consumé par le feu de l’Ether.
Mais son esprit était plus fort. Quand il redescendit vers le temple de Jétro, il se trouva prêt pour son œuvre. Son idée vivante mar— chait devant lui comme i’Ange'armé du glaive de feu. » ORPHÉE, contemporain de Moïse, reçoit en Egypte la même initiation que ce dernier. Mais le génie véri table de l’initiateur grec apparaît dans l’adaptation de l’initiation à un peuple plus artiste et plus féminin que le peuple juif.
Orphée nous apparaît comme le grand révélateur de l’Amour dans toutes ses conséquences occultes. C’est là la caractéristique véritable de la tra dition occidentale et nous devons hautement féliciter M. Schuré d’avoir développé ce côté si peu connu de l’histoire du héros grec.
Il faut cependant dire que cette étude est celle où l’auteur a surtout donné cours à la merveilleuse intuition fpoétique qui nous apparaît dans son livre si beau et si peu connu de Vercz‘ngétorix (1). Comme tous les véritables adeptes, Orphée couronne sa carrière par l’immolation volontaire à la grandeur de la Grèce. Il meurt tué par (1_) Vcrcingétorix. Pièce en 3 actes et en vers par Edouard Schuré. Pans, 1882, in—8°. v .1 _ ,
108 L’INITIATION \- , les Bacchantes dont il a renversé la funeste initia tion. PYTHAGORE. Le chef véritable de tout le mouvement philosophique et scientifique de l’Occident. On ne peut exclusivement le rattacher ni à l’Orient ni à VOC cident, c’est le lien entre les deux initiations, le cer— veau assez puissant pour traduire la symbolisme et la rêverie orientales dans le langage concis et positif aimé desOccidentaux.
Pythagore,ainsi que l’a montré Fabre D’Olivet, nous transmet clairement toutes les doctrines théosophiques, mais avec une méthode et une précision qui feront toujours notre admiration. Initié aux centresles plus divers et les plus élevés, il réalise une synthèse religieuse, scientifique et sociale et meurt en véritable adepte tué en défendant son idée.
L’étude sur ce grand philosophe est une des plus belles comme méthode et comme érudition qu’ait réalisées M. Schuré. ' PLATON est présenté d’une manière toute nouvelle et nous ne doutons pas que l'Université ne proteste de la plus drôle de façon en voyant détruire histori quementl’idéal qu’elle s’était fait de grand Platon : un professeur de Sorbonne.
Tout, du reste, dans le livre de notre auteur est fait pour exaspérer au summum la sainte et routinière Université..... Consolons—nous toutefois en songeant que dans soixante ans elle commencera peut—être à professer ces doctrines qui l’efiarouchent tant aujourd’hui. Jésus. Il m’est absolument impossible de faire une analyse de la Vie de Jésus de M. Schuré. C’est un tra vail tellement important et si compact, qu’essayer de
LES GRANDS INITIES 109 le résumer serait un sacrilège. Il faut le lire en entier dans l’original. Disons cependant qu’ici comme par tout, l’auteur a voulu présenter l’homme s’élevant, par ses efforts personnels, à la conscience divine. Cette Vie de Jésus est incontestablement le chef—d’œuvre du livre tout entier. Nous ne doutons. pas qu’elle ne soulève de nombreuses polémiques dans les clans catholiques et franc—maçonniques.
Les théories mystiques de la transfiguration, de la résurrection et de la tentation sont réduites à des données scienti fiques tout en conservant leur réalité comme phéno mènes magiques. Ce n’est pas un des côtés les moins curieux du travail de M. Schuré. INFLUENCE SOCIALE, SCIENTIFIQUE ET RELIGIEUSE DES GRANDS INITIES 1“ Influence sociale. —— Nous avons considéra blement développé certaines sciences depuis l’antiquité.
Le XIX° siècle ne se lasse pas d’admirer les merveilles positives qu’il a produites; mais il ne tient guère compte de tout ce qu’il a perdu. Les usines géantes dressent partout leurs fumeuses cheminées, les trains rapides parcourent les contrées en sifflant, on peut parler à travers l’Atlantique ; mais des gens meurent de faim à Paris et à Londres.
La femme ne peut plus vivre seule en restant honnête, la société toute entière est semblable à un corps richement paré, mais rongé intérieurement d’une affreuse maladie ; la société s’écroule! Car l’une des sciences les plus importantes que nous ayons perdues, c’est celle de l’organisation
O I IO L’INITIATION scientifique des peuples. Aujourd’hui le hasard c’est à-dire le Destin, est le seul maître en organisation sociale et la loi du destin est connue de tous les occul tistes -—- c’est la loi de Mort.
Les peuples sont prêts à s’assassiner mutuellement, croyant par là échapper à la mort personnelle qu’ils sentent approcher avec terreur; mais Siva, le dieu qui personnifie la force fatale, guide tout, et Siva ne peut régénérer qu’après avoir détruit.
Nous avons fait fi des lois morales, le résultat ne se fera pas longtemps attendre ; à moins d’un changement messianique radis cal, l’Europe, Églises en tête, est condamnée à mort Julien Lejay a démontré tout cela en s’appuyant sur l’économie politique, nous publierons bientôt cet important travail.
Nous avons donc perdu la science de la direction scientifique des peuples et l’histoire de l’antiquité tout entière est là pour nous prouyer que cette science était possédée et mise en œuvre par les grands initiés. Chaque fois que l’un d’eux se trouve en présence de la direction d’un peuple, la triple organisation scientifique, sociale et religieuse apparaît légèrement modifiée suivant le génie du peuple réformé.
M. Saint Yves d’Alveydre a consacré sa Mission des Juzfs à la démonstration de ce fait. Contentons-nous de citer ce passage important du livre de M. Schuré à l’appui de tout ce que nous avons dit: Menés (I) fut le premier roi de justice. le premier . (I) Les Bohémiens prétendent que Menés Manou,_Nupga, Minas, Em-manuel, sont Lles noms différents du co lège des mures dans les divers peuples. -.._ - _,f..fig , _.. -,-. - .
LES GRANDS INITIÉS Il! Pharaon exécuteur de cette loi (la loi de Hammon Ra, le dieu solaire de Thèbes). il se garda bien d’ôter à l’Égypte son ancienne théologie qui était la sienne aussi.
Il ne fit que la confirmer et l’épanouir, en y joignant une organisation sociale nouvelle: le sacer doce, c’est—à-dire l’enseignement, à un premierconseil; la justice à un autre; le gouvernement aux deux ; la royauté conçue comme leur délégation et soumise à leur contrôle; l’indépendance relative des nômes ou communes, à la base de la société. C’est ce que nous pouvons nommer le gouvernement des initiés.
Il avait pour clef de voûte 'une synthèse des sciences connues sous le nom‘d’Osiris (O—Sir—Is), le seigneur intellectuel. La grande pyramide en est le symbole et le gnomon mathématique (I). La place nous manque pour traiter cet important sujet comme il le mérite. Il nous sqffira de relater les réformes sociales de Rama, d’Hermès, de Moïse, d’0rphe’e et de Pythagore pour montrer la réalité de notre affirmation.
Signalons cependant l’importance que les initiés ont attribué toujours à la famille et à la femme dans la société à l’inverse des césariens assyriens ou romains qui nous servent à notre insu de modèles. « L’antiquité avait compris une vérité capitale que les âges suivants ont trop méconnue. La femme, pour bien remplir ses fonctions d’épouse et de mère, a besoin d’un enseignement, d’une initiation spéciale. 0 (I) Les grands Initiés, page 1:”.
1 I 2 L’INITIATION De là l’initiation purement féminine, c’est-à-dire en— tièrement réservée aux femmes. (1) » Il nous est fort difficile de donner une idée de l’organisation sociale de l’antiquité au point de vue international. Figurez—vous non seulement l’Europe; mais encore l’Asie et l’Amérique reliées par la com munion de tous les hommes intelligents.
L’initié ca— tholique peut se présenter au prêtre orthodoxe comme au prêtre bouddiste, sûr d’être reçu partout comme un frère en intelligence. Quand_les profanes ont quitté le temple, les deux prêtres viennent offrir le sacrifice au Dieu unique révéré sur des aspects différents par les divers peuples.
Car il ne faut pas se faire d’illusion, nous sommes plus polythéistes que les peuples anciens avec cette différence que_tous les prêtres de tous les dieux antiques étaient unis entre eux, sortant d’une même école, tandis qu’aujourd’hui le prêtre anglais massacrerait le prêtre catholique, sans compter le prêtre russe qui"èst disposé également à écharper les deux autres.
Ils sont tous aussi polythéistes que les anciens avec cette différence qu’ils sont aussi profanes que les peuples qu’ils devraient éclairer. La Franc—Maçonnerie fut créée pour réaliser cette union universelle entre tous les hommes intelligents du globe; mais elle n’a pas compris son but et sa dé cadence s’affirme chaque jour davantage.
2° Influence scientifique. — Toutes les sciences connues étaient rattachées synthétiquement dans une seule loi qui s’énonçait IEVE. Le caractère de nos 'fl "’ (I) P. 379. ‘\».. --:..-'
LES GRANDS INITIÉS 1 13 sciences analytiques actuelles est justement ce défaut de synthèse.
De même que les prêtres des divers cultes ne comprennent plus le point commun qui doit tous les unir, de même savants et prêtres, aussi igno rants l’un que l’autre des grands principes de la synthèse, se nuisent mutuellement au lieu de s’aider en appuyant les données religieuses métaphysiques de la Religion sur les données positives physiques de la Science. Dans l’antiquité docteur se disait prêtre.
Le même homme réunissait en lui les deux opposés actuels. 3° Influence religieuse. — Toutes les religions connues étaient rattachées à la même synthèse que les Sciences. L’initiateur se gardait bien d’enlever la religion particulière d’un peuple ; il se contentait d’instruire les prêtres de cette religion de son unité avec les autres.
L’initié en voyage allait donc d’abord sacrifier au dieu honoré dans le pays qu’il traversait; puis, seul à seul, avec le prêtre, il faisait la commu— nion des initiés. Ainsi un initié traversant un pays musulman ira à. la Mosquée faire ses dévotions à A [la/z et honorer Mahomet; dans un pays protestant il ira au Temple, et dans un pays catholique à l’Église.
Voilà ce qu’en— seignait Pythagore à ses élèves par les deux premiers vers dorés : ‘ Rends aux dieux immortels le culte consacré Garde ensuite ta foi. Ces vérités sont inconnues de nos jours de toutes les Eglises. Voilà pourquoi ceux qui veulent conver
1 14 L’INITIATION . Ëiæhriä:gæ.,. ...,,,,. 1 tir un peuple catholique au Bouddhisme n’ont jamais compris la première règle de l’initiation pas plus que ceux qui veulent convertir toute la terre au Catholi cisme. Laissez donc à chaque peuple sa religion, contentez-vous d’initier les chefs de cette religion aux principes universels de la Science-Sagesse: la Théosophie.
Et ici nous devons remercier vivement M. Schuré d’avoir donné au mot Théosophie son acception véritable. Une société ou une secte quelconque n’a pas le droit de s’emparer de ce vieux et respectable mot surtout pour le transformer en synonyme de diffamation et d’intolérance.
Félicitons notre auteur de l’acception large et bien générale que, dans le cours de son ouvrage, il a toujours donnée à ce terme. _CONCLUSION En résumé l’étude de M. Schuré sur « les Grands Initiés ,» est une œuvre sérieuse, digne en tous points de notre admiration.
La Science Occulte s’y trouve exposée dans ses lignes générales avec une précision et une méthode encore inconnues jusqu’ici, sauf dans les ouvrages français. _ Les livres du genre de celui-ci sont vraiment des livres initiatiques et leur lecture ne peut qu’être de la plus grande utilité pourl’homme sérieux qui sait s’éle« ver au-dessus des aspirations mesquines du vulgaire. Parus.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LES saurais ËEERÈTES Mamans « Toute personne instruite des choses de notre temps voit clairement l’infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États gouvernés par l’Islàm, la nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur culture et leur éducation. Tous ceux qui ont été en Orient ou en Afrique sont frappés de ce qu’a de fatalement borné l’esprit d’un vrai croyant.
A partir de son initiation religieuse, vers l’âge de dix à onze ans, l’enfant musul— man, jusque—là assez éveillé, devient tout à coup fanatique, plein d’une sotte fierté de posséder ce qu’il croit être la vérité absolue, heureux comme un privie légié de ce qu1 fait son infériorité. Persuadé que Dieu donne la fortune et le pouvoir à qui bon lui semble, sans tenir compte de l’instruction ni du mérite per—
I 16 L’INITIATION sonne], le musulman a le plus profond mépris pour l’instruction, pour la science, pour tout ce qui cons— titue l’esprit européen (I). » L’Islàm est donc un monde fermé, rétifà l’idée du progrès, que sa religion a condamné sans appel. Or ici la religion est tout. Sa base est le fatalisme, où le musulman puise sa force; par lequel il est redou table.
Les cent soixante millions de mahométans ne sont pas, même à notre époque, une quantité à né— gliger. Le vrai musulmanmeslz‘m (homme résigné à la volonté de Dieu) puise dans son dédain et dans son mépris pour les non-croyants une force invincible, alors même qu’il ne leur a pas voué une haine san glante. Le Djehad (la guerre sainte) est prescrite par le Coran. Le Prophète a dit: La guerre durera jusqu’au jour du jugement.
Il peut y avoir des trêves, jamais de paix. » Aujourd’hui les forces musulmanes sont dispersées. A part l’Empire turc, « homme malade » qui chan celle sur ses bases et puissance contestée par une partie même de l’Islàm, il n’existe pas en Occident de" puissance mahométane. Les États européens qui ont des sujets musulmans vivant sur leurs possessions les maintiennent avec sévérité.
Ainsi la France en Algérie, en Tunisie et au Sénégal ; l’Au— triche dans la Bosnie ; l’Angleterre en Égypte et dans l’Inde; la Russie au Caucase, en Arménie et dans l’Asie centrale. Les résistances armées sont deve— nues impossibles. (I) Ernest Renan, l’Islamisme ct la Science. .31“:. .5
LES SOCIÉTÉS SECRÊTES MUSULMANES II7 Pour combattre ce qu’ils regardent c0mme un dan ger pour la foi les chefs religieux de l’Islàm ont cherché à resserrer les liens spirituels qui unissent tous les disciples du prophète. Ces efforts, timides d’abord, se sont peu à peu organisés et développés dans tous les pays musulmans.
Aujourd’hui ils ont réussi à déterminer un mouvement secret qui, s’éten dant des îles de la Sonde à l’Atlantique, constitue un véritable danger pour tous les peuples européens ayant des intérêts en Afrique ou en Asie. ‘ Ce mouvement a comme force et comme moyens d’action de nombreuses associations religieuses qui ont pris un énorme développement sur tous les points ' du monde musulman et exercent une immense influence sur les masses.
Les confréries constituent de véritables sociétés secrètes avec leurs formalités d’initiation, leurs degrés d’affiliation, leurs signes, leurs mots de passe et leurs moyens de reconnaissance... Leur réseau s’étend jusqu’aux points les plus éloignés de l’Islàm. C’est le foyer toujours latent Où couvent les insurrections, où s’avivent sans trêve la haine ardente de l’infidèle, qu’ils soit chrétien, juif, païen ou idolâtre.
Qui, voyageant en Algérie, n’a vu dans les quartiers arabes un de ces nombreux cafés maures, dont notre Exposition universelle nous fournit au Champ—de— Mars ou à I’Esplanade des Invalides plus d’un spéci men très exact.
118 L’INITIATION Dans des salles basses et nues. blanchies à la chaux, ornées parfois de dessins inhabiles de fleurs ou d’oiseaux peints à la détrempe, de graves Bédouins enveloppés dans leurs burnous crasseux, assis du lever au coucher du soleil, se livrent du matin au soir, en fumant le kif (chanvre fermenté), à leurs lentes mais interminables conversations.
Autour de ces consom mateurs paisibles le Kawadji (cafetier) verseur circule, vêtu de couleurs voyantes, la fleur odorante du jasmin piquée derrière l’oreille. Il tient à la main le vase de cuivre à long manche et sert dans le {arf le kawa brûlant ou la coupe de rahk-loukoum, accompagnée de l’inévitable verre d’eau glacée. Souvent après le soleil couché le café maure prend un autre aspect.
Sous la lueur tremblottante d’une lampe fumeuse : groupés au fond de la salle, tournant le dos à l’entrée, tous les assistants sont accroupis à terre, en demi-cercle. Devant eux, appuyé au mur, hissé sur un coffret à bois, les jambes repliées sous lui, un Arabe parle pendant de longues heures, tantôt avec lenteur, tantôt avec volubilité. Il accompagne des gestes les plus expressifs son discours qu’il semble jouer plutôt que dire.
Cette vivacité contraste avec le calme des auditeurs, qui silencieux, immobiles, bouche béante, les yeux fixés sur lui, écoutent avec la plus religieuse attention le taleb conteur. Combien de curieuses soirées j’ai passées ainsi dans le fond des cafés maures prêtant l’oreille à ce qui nous était conté, attentif à le retenir ! Le peuple arabe aime les histoires. Les conteurs de la ville sont appréciés, mais le plus souvent ce sont des étrangers,
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 119 des voyageurs, des errants qui narrent. Leur réper toire est très varié. Tantôt ils disent des exploits de djenoun (génies) étranges comme les légendes des bords du Rhin ou quelque conte défiguré des Mille et une Nuits: Simbàd le marin, par exemple. Ils racontent les exploits des fils du potier Khaïr-Eddin; des reïs de la mer devant El-Djezair; les combats du roi chrétien devant Tounès et sa mort...
Mais les récits les_plus en honneur ont trait à la religion. Ils rappellent l’histoire merveilleuse des grands saints de l’Islàm : S idi—Bou—Saî’d, par exemple, dont le tombeau révéré est à la pointe de Carthage, proche de l’église de Saint-Louis des Français. Il alla à Roum voir le Khalifa (chef spirituel) de tous les Roûmis (le pape); fut reçu avec de grands honneurs et des marques de vive amitié et revient mourir chargé d’années à Tounès.
Cette intéressante tradition a persisté à travers les siècles jusqu’à notre époque. J’y vois un rapproche ment curieux avec le souvenir de l’ambassade envoyée à la cour de France auprès de Diane de Poitiers, par les Maugrabins, dont la favorite du roi était, dit-on, la Grande Maîfresse.
En tous cas, il me paraît qu’il y a là un intéressant point de départ pour rechercher les rapports occultes de l’Orient musulman avec l’Occident chrétien, depuis la chute de la dominatiOn arabe en Europe jusqu’à nos jours... “Parmi les grands saints de l’Islàm dont les conteurs disent « la légende dorée » , figurent Sidi-Mouleb Taieb, Sidi—Abd-El—Kader-El—Djilani, Sidi-Moham med-Ben-Ai‘ssa, Sidi-Abderrhaman, Sidi—Ahmed—Ted
120 L’INITIATION jini, Sidi—Youssef-Ben-Hansâli, etc... tous fondateurs de sectes religieuses, plus ou moins puissantes, mais toutes respectées. La vie et les actes de ses saints ré< vérés ne le cède en rien à l’œuvre des Bollandistes.
Et je raconterai peut-être un jour aux lecteurs de l’Inz‘tz’afion, quelques—uns des miracles les plus connus de ces grands Saints, avec le sens ésotérique qui en est donné dans l’enseignement supérieur de la Zaouz’a (école religieuse) aux initiés des degrés élevés.
Après avoir entendu un ou plusieurs de ces récits captivants l’auditoire se sépare non sans avoir récité en commun la prière de la cinquième heure et incliné son front vers le tombeau du prophète. Resté seul, le kawadji ferme ses volets et revient s’étendre usqu’au jour sur la natte de sa boutique, bien enveloppé dans son burnous.
Tout rentre dans le silence des nuits africaines qui n’est plus troublé que par le bruit des patrouilles d’agents de police ou de soldats...;. Il Les soirées ne se terminent pas toujours ainsi. Quand la nuit est avancée; quand l’auditoire compbsé de bons musulmans est sûr de lui : à l’heure fixée par les règlements de police les volets se ferment encore, mais les assistants ne se séparent pas. On s’enhardit.
Chacun échange “à voix basse les paroles sacrées (le deker). Les Khouan (frères) se rapprochent encore pour écouter les ordres que leur apporte le conteur, mystérieux envoyé du fond du Maroc ; de Djerboub, la Rome musulmane, sise en Haute-Tripolitaine,
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 121 séjour du Mâhdi des Semoussi ; du Sénégal, parfois même de l’Arabie... La mission véritable de l’amu— seur public est de prêcher en secret la guerre sainte contre les infidèles (le Djehad) et d’annoncer la venue prochaine du Mouley-Sââ (le maître de l’Heure). Il jettera à la mer les chrétiens dont le règne prédit par les prophéties a accompli sa durée.
Il délivrera le Maghreb de la souillure immonde des giaours. Chacun des auditeurs reçoit des instructions particulières et des ordres du Khalzfa (chef spi— rituel) pour les communiquer aux gens de son Çof ou de sa tribu. Puis on se sépare et le conteur poursuit sa route, allant plus loin continuer son œuvre.
Quelques semaines, quelques mois plus tard une insurrection soudaine éclate sur un point quel— conque du territoire; un nouveau sc/zérzf surgit, arborant l’étendard vert du Prophète... Tout d’abord le motifréel de ce soulèvement dont le plus souvent le prétexte est futile, échappe aux autorités.
Mais bientôt elles acquièrent la certitude que cette nou— velle levée de fusils est l’œuvre des confréries reli— gieuses, des sociétés secrètes de l’Islam qui,toutes \ animées d’une même ardeur fanatique; mêlées a toutes les agitations e: à toutes les intrigues, sont d’autant plus dangereuses qu’elles agissent en secret et dans l'ombre.
Les confréries musulmanes formées originairement dans des vues exclusivement religieuses sont deve— nues plus tard, aux mains de chefs habiles, d’admi tables moyens de propagande, des instruments poli
122 L’INITIATION tiques de premier ordre. La France, intéressée plus que toute autre puissance à les bien connaître, a fait surveiller autant qu’elle a pu les Khouan de notre Algérie, du‘littoral tellien jusqu’à l’extrême sud.
Nos officiers du service des renseignements ou des affaires indigènes, nos administrateurs civils ont surpris plus d’une fois la main du Khouan dans les sourdes agitations, l’effervescence, les soulèvements, les insurrections partielles ou générales en pays musulman. Le mort d’ordre venait du dehors. Il émanait des confréries du Maroc ou de la Tripoli taine. Plusieurs travaux remarquables ont,été publiés à ce sujet (1).
Mais on comprend les difficultés que nos fonctionnaires ou nos officiers ont rencontrées dans l’accomplissement de leur mission. Sans parler de la langue même, difficulté vaincue par les interprètes et tous ceux qui parlent l’arabe, il fallait compter encore avec la défiance d’une race domptée, mais non soumise; avec un fanatisme surexcité par un enseignement et des prptiques ardentes.
Il y avait surtout la difficulté pour les commissaires enquêteurs de saisir la trace d’un enseignement presque toujours oral. Toutefois, la moisson des renseignements recueillis par nos officiers n’a pas été sans intérêt.
Pour moi, mêlé par suite de circonstances particu lières au mouvement religieux de l’Islam pendant un séjour de plusieurs années en Algérie et en Tunisie (1) Nous renvoyons en particulier les pçrson_nes curieuses de con— naître c_ertams détails_au tome II de la _s1tuatlon_ des Etabltssement: français en Algérie, imprime par les soms du ministère de la guerre.
a' LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 123 et plus tard à Constantinople et en Asie; ayant été lié d’amitié avec quelques—uns des grands chefs reli gieux dont l’influence était favorable à la France; ayant connu les rares Européens initiés aux secrets des confréries musulmanes, il m’est possible de four nir à leur sujet une série de faits nouveaux qui pour ront ne pas’être sans intérêt au point de vue de la doctrine et dont les lecteurs de l’1nitiation auront la primeur.
Ils nous pardonneront de garder le silence sur certains points importants où la discrétion nous est imposée. Il y a là une question de loyauté que nos lecteurs sauront comprendre. III (1) Les confréries musulmanes qui comptent tant d’affiliés en Algérie étaient, il y a quelques années, au nombre de douze. Ce nombre s’est accru depuis cette époque.
Le nombre actuel des sociétés religieuses répandues dans tout l’Islam est, à notre connaissance, de quatre—vingt-dix-hnit, se rattachant à l’un des quatre rites de la religion musulmane, qui sont : 1° Le rite Maléki, spécial à l’Afrique; 2° Le rite Hane_’fi, spécial aux Ottomans ; 3° Le rite Chaféite, spécial à l’Égypte et à l’Iémen ; 4° Le rite Hanébalite, répandu surtout aux Indes et dans l’extrême Orient. (I) Dans cette. étude d'ensemble, nous ne parleronsd'aucnne société en art1cnlier, s1 intéressante que plusse être la quesuon. Nous dirons sen ement quelques mots des Senoussytâ, à la fin de notre travail.
124 L’INITIATION Chacune des congrégations religieuses de ces diffé rents rites a ses saints, comme nous l’avons dit plus haut, qui forment la Chaîne (Selselat). Les musul— mans qui la composent constituent le Ahl—es-Selselat (le clan de la Chaîne). ’ Ces chaînes de saints commencent presque toutes par l’ange Gabriel, qui a transmis au prophète Mohammed « la science de vérité ».
Ne pourrait-on pas comparer très exactement la chaîne religieuse musulmane à la Sira Hermiki (Esrpat Hpp.arm;), la chaîne hermétique de l’école néo-platonicienne, avec laquelle les Khouan ont plus d’un rapport par leur mélange de morale, de mysticisme et de pratiques rappelant aussi bien les gnostiques que les sociétés occultes.
« La chaîne d’or » se continue par le fondateur de l'ordre jusqu’aux chefs actuels en conservant les noms de tous leurs prédécesseurs. Certaines congrégations attribuent même la connaissance de la chaîne à la révélation directe. Le plus souvent elle 'a lieu par l’entremise de Sidi—El—Khadir (le prophète Élie) qui. comme le prophète Idris (Hénoch) a bu à la source de vie et fut ainsi exempté de la mort.
Son corps astral est séparé de sa dépouille inerte. Ils ne se réunissent qu’une fois par an pour apporter aux Khouan « la parole » et conférer les dons de Baraka et surtout celui de Tessarouf, le plus précieux de tous dont nous parlerons tout à l’heure. La sainteté est une « échelle » dont il n’est pas donné à tous d’atteindre les degrés les plus élevés. En haut-se tient le R’outs (le refuge, le sauveur), dont ' mi?"
LES SOCIÉTÉS SECRÊTES MUSULMANES 125 _ __ ____ v__ .._.__...___ . , ,_|_,|._ .. _ ._ . I ' - Asl-j les mérites sont tels auprès de Dieu qu’il peut prendre à sa charge une partie des péchés des fidèles... N’est ce pas encore ici le Sôter (Eôtep) du Gnosticisme? " L’ensemble des saints du plus haut degré prend le nom de R’outs—El—Aben (le refuge du monde).
Au—dessus du R'outs se tient le Kotb (le pôle), puis l’Aoutad (le piquet... de tente), puis le Khz'ar (le meilleur), puis l’A bdal (le changeant), puis le Nedjib (le distingué), enfin le Na/tib (le chef... d’un groupe).
Voilà quels sont, par degrés descendants, les états successifs qui conduisent jusqu’à l’état d’oualz‘, c’est à—dire d’ami de Dieu, de saint, d’être privilégié, ayant le don des miracles, la connaissance des secrets de la nature, que possède l’initié du plus haut ran0. Le but défini des sociétés secrètes musulmanes est « la plus grande gloire de Dieu et l'exaltation de la vraz’efoi (I) ».
C’est précisément la devise — tout au moins dans sa première partie — d’une Compagnie religieuse chrétienne, bien connue par son esprit dominateur etses tendances de suprématie politique. Ici encore nous trouvons une curieuse coïncidence! Les fidèles doivent s’efforcer de suivre la « bonne voie » qui, par des étapes successives les amène à un état moral de plus en plus voisin de la perfection.
La voie (in/ta) ou l’arrivée, l’initiation (ouera’) indiquent les règles, pratiques, formules, signes spé— ciaux à chaque ordre religieux. Une similitude d’as— sonances et d’écriture entre les deux mots : ouerd (arrivée) ; ourz‘d (rose), établit longtemps une confu (1) Je cite textuellement.
1 26 L’INITIATION sion entre les affiliés. Beaucoup de musulmans appellent encore la cérémonie de l’afliliation : « Pren dre la rose. » Ainsi lorsqu’on se fait recevoir frère de l’ordre de Mouley—Taieb « on prend la rose de Mouley-Taieb ». Pour se reconnaître deux musulmans s’adressent la même question: « Quelle rose portes-tu P » Cette phrase est le qui—vive de l’association.
Si celui qu’on interroge n’appartient à aucune congrégation il ré pond : « Je ne porte aucune rose. Je suis simplement serviteur de Dieu. ) Rien de plus naturel après ce qui précède que de rapprocher la « rose » des sociétés secrètes musul manes de la « rose mystique » ou de la rose—croix maçonnique. En réalité l’ouerd est « la doctrine et la règle qui . constitue la voie ».
Elle donne la véritable initiation et confère le deher, c’est-à-dire l’accès au premier degré. ' IV Les ordres religieux admettent en général sept degrés successifs pour arriver àl’état parfait. Selon son état d’avancement dans la voie; suivant « son in— troduction àla vie dévote » le fidèle prend tour à tour différents noms.
Il est d’abord Talamz‘d (disciple ou assistant): exactement le néophyte, puis Mourid (aspirant) : Il devient initié; — puis Fakir (pauvre, dans le sens
LES SOCIÉTÉS sacaÈras MUSULMANES 127 mystique du mot) ; puis Soufi (voyant) Salek (mar— chant... dans la voie) ; enfin Medjedoub (le ravi, l’attiré... à Dieu). Chacun de ces degrés ne se gagne qu’après des épreuves successives. Restent encore les deux degrés supérieurs auxquels parviennent bien peu de fidèles : le Mohammedi (plein de l’esprit du Prophète) et Tou/zidi (état de béa titude suprême: anéantissement dans la Divinité).
C’est le Nirwanâ hindou. . Les sociétés religieuses musulmanes sont très vi— goureusement constituées au point de vue adminis— tratif. En haut le cheikh, supérieur général, grand maître de l’ordre dont la résidence est la plupart du temps à la {aouïa mère, voisine du tombeau du saint fondateur de la congrégation...
Au-dessous du cheikh sont un certain nombre de mokaddem, véritables lieutenants ou prieurs, ayant qualité pour conférer l’« ouerd » aux fidèles de leurs districts que nous pourrions aussi bien appeler leur province ou leur diocèse. Ils confèrent aussi souvent par faveur spé ciale l’ouerd de la Confrérie aux étrangers ; aux passants « qui recherchent la lumière ».
Pour assister les mokaddem, les informer, les maintenir en rapport permanent avec le chef suprême de l’Ordre ou entre les Provinciaux des agents subal ternes existent dont le rôle est fort important. Ils prennent, selon les cas, le titre modeste de Chaouch (serviteur), de rekabh (courrier à pied) ou de nakib (envoyé). Ils sont chargés de transmettre de province à province les instructions on les ordres des chefs ; ordres toujours verbaux. Leur caractère est ignoré.
128 L’INITIATION 'e .--1 Ils doivent passer inaperçus et pouvoir franchir de longues distances sans attirer l’attention. Le rékab accomplit sa mission le plus rapidement possible afin de devancer les ennemis de la société et échapper à leur poursuite éventuelle. Les supérieurs religieux, dans les cérémonies ini tiatiques, désignent ordinairement leur khouan sous le nom affectueux d’Ashab (les amis).
Ainsi s’expli quent les noms mystiques Ashab-el—trzka ( les com pagnons de la voie) ; Ashab-el—echedd (les compa gnons du zèle; Ashab-el—begat (les compagnons du tapis); etc. Le kreddam (serviteur religieux) est un néophyte en instance d’initiation dont le stage est souvent fort long et qui remplit dans les zaouîas le rôle des frères lais des ordres religieux chrétiens.
C’est à cette catégorie qu’appartiennent les serviteurs auprès de la zaouîa de Djerboub (Tripolitaine) que Sidi Mahdi el Senoûsi a fait venir du royaume de VVada’i, sur les bords du lac Tchad.
Le Grand-Maître des Senoûsi a fait de ces kreddam noirs, envoyés ensuite par lui dans l’intérieur de l’Afrique, le séminaire de ses missionnaires musulmans, que les Pères Blancs du cardinalLavigerie ont déjà souvent rencontré sur leur chemin comme autant de concurrents redoutables.
L’ouerd est conféré aux frères deux fois par an dans les zaou‘ias par le mokaddem (qui prend alors le nom de Mouley-Trz‘ka (maître de la voie), dans les Djel— lalas (affaire!graves) suivies du {erda (repas religieux) qu1 réunit en agapes fraternelles tous les Khouan, quel que soit leur rang social.
LES SOCIÉTÉS SECRÊTES MUSULMANES 129 .-- rf*‘ i“""‘Ë“"-‘"Æ:-_ Les gerda se tiennent à la suite des hadra (assem blée générale bi-annuelle des mokaddem auprès du cheikh) véritables chapitres où se traitent les affaires générales intéressant la société et les questions se rat— tachant à son rôle politique ou religieux qui reste toujours occulte.
L’état actuel de la religion justifie aux yeux des fidèles une réserve, une prudence, un secret expliqués par la situation des musulmans obligés de subir une autorité détestée; de vivre en contact permanent avec les chrétiens et les puissances infidèles. Au temps de la splendeur de l’Islàm, sous les pre miers califes « la voie de Dieu » était l’état de gloire.
Plus tard, à l’époque des luttes intestines entre sectes rivales est arrivé l’état de résistance. Aujourd’hui, sous lejoug abhorré des Roûmis; à présent que la résis tance à ciel ouvert n’est plus possible, c’est à l'état de secret que se trouvent les musulmans. C’est cet état que pratiquent les confréries vis-à-vis dela domination chrétienne en quelque point d’Afrique ou d’Asie qu’elle s’exerce.
V L‘agitation religieuse embrasse toute l’étendue des pays mahométans. Son véhicule le plus puissant est le pèlerinage annuel de la Mecque. On comprend facilement de quelle importance peut être pour les intérêts musulmans des puissances européennes cette nombreuse procession de pèlerins qui s’en vont chaque . 5
I 30 L’INITIATION année retremper leur ferveur religieuse au foyer du fanatisme musulman. Il en vient de Bokhara de Samarkand et de Saint—Louis du Sénégal ou des bords l du lac Tchad. Le khédive d’Égypte envoie réguliè rement des présents au grand schérif.
Les cent vingt mille voyageurs réunis chaque année dans la caravane du Raheb n’échangent pas seulement, on le pense bien, des chapelets et Ldes marchandises, mais aussi des nouvelles et des idées. La présence des chrétiens dans le Maghreb (le couchant) est le fait qui intéresse le plus les fanatiques. Le rakeb donne donc lieu à une véritable enquête périodique sur l’ensemble de nos ,actes politiques et administratifs.
En quelques mois les résultats de cette enquête sont connus dans tout l’Orient, où ils déterminent la hausse ou la baisse du crédit moral des puissances européennes sur les esprits islamiques. Nous ne nous faisons aucune idée en Europe des ramifications qui unissent entre elles les parties les plus éloignées du monde mahométan uniquement par _ la puissance très inattendue de la.. presse.
Aujourd’hui le journal est partout, il circule chez les musulmans comme chez les chrétiens, excellent instrument de propagande. Au moment du conflit tunisien un journal arabe hostile à notre intervention, le Mastahel, s’imprimait en Sardaigne, à Cagliari, pour être ensuite répandu à nombreux exemplaires jusqu’aux points les plus méridionaux de la régence.
Un réfugié politique égyptien, le cheikh Abou—Na« dara, publie depuis plusieurs années à Paris, un journal arabe qui combat à la fois la politique de —W—” w :u....“*«..g_% ' f"ï' _ .. .r,=.;.,;. ..1 -. .. -n. 333”
LES SOCIÉTÉS SECRETES MUSULMANES 131 Tewfick-Pacha et l’occupation anglaise de l’Égypte. Enfin nous avons appris récemment que des carica tures offensantes pour notredomination ont étésaisies dans l’extrême-sud algérien. Mais c’est pendant mon séjour à Constantinople que j’ai eu la confirmation la plus frappante de ce que je viens d’affirmer.
A diverses reprises j’ai vu, dans Stamboul où il habite, un Arabe, Syrien d’origine, qui a résidé à Paris et à Londres pendant quelque temps. Je tairai son nom. Frotté d’Occidental, mais demeuré musulman dans l’âme, il s’est déclaré le champion du Panislamisme —— un mot barbare auquel il faut cependant habituer vos oreilles. — Il rédige avec beaucoup de talent un journal en arabe et en turc.
Le tirage de sa petite feuille dépasse cent mille exemplaires. Elle est expédiée par ballots de Samar— ,kand à Mogador. Un de mes amis l’a trouvé au fond du golfe Persique, à' Bender-Abossi, à Téhéran et Bagdad. Ce journal a des correspondants partout.
Son rédacteur m’a montré une lettre du cheikh El Bakkay, celui-là même qui a si bien accueilli, en juillet I880, le docteur Lenz dans son voyage à travers le Sahara, à Timbouktou où la famille El Bakkai‘ domine.
Ce journaliste est en correspondance suivie avec le Maroc, l’Algérie, Tunis, la Tripolitaine, l’Égypte, l’Arabie, la Syrie, la Perse, l’Inde, etc. J’ai vu sur sa table des lettres portant le cachet des pro .vinces les plus lointaines de l’Inde anglaise: Bengale et Cachemire, et des possessions rus’ses du Turkestan .où plus tard, moi-même (l’année dernière), j’ai retrouvé sa trace.
t 32 L’INITIATION Je laisse nos lecteurs juges de l’influence que peut avoir à un moment donné dans le monde maho métan un tel moyen de propagande... sans parler des moyens occultes l C’est ainsi que les chefs religieux de l’Islàm ont, non sans succès, resserré les liens spirituels qui unis sent tous les disciples du Prophète. Ces efforts, timides d’abord, se sont peu à peu organisés et déve— loppés dans tous les pays musulmans.
Aujourd’hui ils ont réussi à déterminer un mouvement secret qui s’étendant des îles de la Sonde à l’Atlantique constitue un véritable danger pour tous les peuples européens ayants des intérêts en Afrique et en Asie. Si nous ne nous étions limités à dessein le champ du présent travail, nous montrerions aux lecteurs de l’Inz‘tz‘az‘z‘on quelles éventualités redoutables menacent l’Europe chrétienne au courant du vingtième siècle.
Il est à craindre qu’elle ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d’Afri— que et la marche en avant vers l’ouest des musul mans d’Asie.
Nous ne parlons pas de la réserve innom brable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l’œuvre destructive et dévastatrice sibien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devait unir les nations ennemies. Sans nous attarder à un avenir aussi sombre, revenons au présent. Il est assez réel et assez inquié« tant pour préoccuper nos esprits.
Les associations secrètes musulmanes ont pris un immense déve— loppement sur tous les points du monde mahométan .iEi"-‘I‘
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 133 et exercent une immense influence sur les fidèles. Sous prétexte d’apostolat, de charité, de pèlerinage et de discipline monacale les agents des congréga tions sillonnent l’Asie et l’Afrique, mettent en com munication directe La Mecque, Djerbooub,Stamboul, Bagdad, Fez, Timbouktou, Alger, Samarkand, Bokhara, le Caire, Khartoum, Zanzibar, Calcutta et Java...
Ils revêtent les formes les plus diverses: négo ciants, étudiants, médecins, ouvriers, mendiants, charmeurs d’oiseaux ou de serpents, saltimbanques, fous simulés ou illuminés inconscients. Ils sont par tout bien accueillis et portent la bonne nouvelle et les instructions des cheiks.
C’est le foyer toujours latent où couvent les insurrections, où s’avive sans trêve la haine ardente du roûmi quelle que soit sa religion ou sa nationalité. > Nous aurons terminé l’étude rapide que nous avons tentée ici après avoir parlé avec quelques détails du deker, la plus importante des pratiques des Sociétés secrètes musulmanes. Car elle constitue essentielle— ment l’affiliation proprement dite.
Deker (la mention, la prière) est la formule de ral lement qui permet aux frères de se reconnaître entre eux. Chaque société a un deker particulier. Il se com pose ordinairement d’un certain nombre de versets du « Livre » placés dans un ordre particulier et don nant lieu à une récitation spéciale. Deux musulmans se rencontrent. Le premier après avoir observé la disposition et la couleur des vête—,
l 34 L’INITIATION ments de son compagnon récite avec l’intonation pres— crite les premiers mots d’un verset du Coran. Si le second achève la phrase et commence, en se mettant à« l’Ordre » le verset suivant continué par le pre— mier et repris avec les formules, la reconnaissance est faite entre eux et se termine par l’enlacement des doigts. Ils appartiennentà la même société...
Comme le deker de chaque congrégation est tenu très secret, la supercherie est difficile, d’autant que des signes extérieurs imperceptibles du vêtement et de la coif fure servent encore à renseigner les fidèles... Celui qui n’est pas affilié répond humblement: « Je suis un simple serviteur de Dieu! » Et son plus cher désir est de devenir initié à son tour. Le deker du premier degré est presque toujours une invocation très courte.
Car le Prophète a écrit: « La Foi est d’autant plus pure que la prière est plus simple », excellent moyen pour attirer les illettrés et les ignorants, qui composent la masse des croyants. Le dekçr leur suffit d’ailleurs pour obtenir l’aide et la, protection de tous les frères quels que soient leur rang et le pays qu’ils habitent.
Il est vrai que leur obéis— sance aux statuts de l’ordre est absolue: « Tu seras entre les mains de ton cheikh comme le cadavre entre les mains du laveur des morts. C’est Dieu même qui commande par sa voix », dit en termes exprès un des kanouns de l’ordre de Sidi—Abd-El-Kadel—El-Djilani. N’est—ce pas explicitement le perinde ac cadayer de la célèbre compagnie de Jésus? Le deker du premier degré doit se répéter plusieurs milliers de fois de suite, tout comme le rosaire des
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 135 chrétiens. On voit aussi chez les bons musulmans les grains du chapelet dont ne se sépare jamais tout pieux fidèle, courir entre ses doigts lorsque se succè« dent par dizaines, par centaines, les invocations, les oraisons continues.
Au bout d’un certain temps, il arrive que ces exercices répétés amènent une excita tion cérébrale, une véritable stupeur, une sorte d’hyp notisme intime et de monomanie fixe, devant les quelles disparaît la faculté de réfléchir et de vouloir; qui fait des adeptes autant d’instruments dociles et \ inconscients. _ ‘ Comme exemple de deker du premier degré, voici celui des disciples de Sidi-Mohammed-ben-Aïssa(les Aïssaouas) , pour chacune des cinq .prières du Kamaz.
DEKER DU MATIN (au lever du soleil) Réciter cent fois . Au nom du Dieu puissant et misé— ricordieüxl Cent fois: Il n’y a de Dieu qu’Allah l 1 Cent fois : J’implore le pardon de Dieu et je proclame la louange de mon maître. Centfois: Il n’y a de Dieu qu’Allahl le redoutable, le fort, l'irrésistible! 0 mon Dieul répands tes béné dictions sur N. S.
Mohammed en nombre aussi étendu que ta création, aussi grandes que le poids de ton trône, aussi abondantes que l’encre qui sert à transcrire ta parole; aussi étendues que ta science et tes prodiges. DEKER DU DOHA (vers neuf heures du:matin) _ Réciter cent fois: Au nom du Dieu puissant et misé— ricordieux !
" Millefois.‘ Il n’y a de Dieu que Dieul Mille fois: La seqrate: Dis! il est le Dieu unique! etc. apr-w “'-;-‘w:»«»æ s.n: ». :;....:« -\\ —w—..V—N—.Û u -——-cw,-__w._ax,..u.
1 36 L’INITIATION Mille fois : 0 mon Dieu ! répands tes bénédictions sur N. S. Mohammed, sur sa famille, sur ses compagnons. Donne-leur le salut. DEKER nu Donon (deux heures après-midi} Réciter millefois : Au nom du Dieu, etc. Millefois: Il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu, le grand, le sublime. Millefois: 0 mon Dieu! répands tes bénédictions, CIC.
DEKER DE L’ACIER (quatre heures du soir} Réciter millefois : Au nom du Dieu, etc. ÀIillefois: Il n’y a de Dieu qu’Allah, l’être adorable, le Saint, le maître des anges et de l’âme. Millefois: Il n'y a de force et de puissance qu’en Dieu, le grand et le sublime. Millefois: 0 mon Dieu ! répands tes bénédictions, etc. DEKER DU MAGHREB (coucher du soleil) Réciter millefois : Au nom du Dieu, etc. Millefois: La seurate « Fathâa n tout entière.
Mille/bis : Dis! Il est le Dieu unique! etc. Millefois: 0 mon Dieu! répands tes bénédictions, etc. t DEKER DE L’ACHA (soir) Réciter mille fois : Au nom du Dieu, etc: Millefois : Que ta louange soit proclamée! Tu es Dieu ! Que ta louange et ta grandeur soient proclamées! Tu_es Dieu! Tu es,l’être infini; que ta louange soit pro clamée! Tu es Dieu !
Millefois: 0 mon Dieu! répands tes bénédictions, etc. Après chaque centaine, le fidèle dit: 0 Protecteurl Toi qui vois tout! 0 toi qui es notre secours 1 protège— moi. Etre clément, miséricordieux, bienfaisant. Tu es mon apdui, 6 Dieu! 6 Dieu! 6 Dieu!
LES SOCIÉTÉS SECRÊTES MUSULMANES 137 Mais ce n’est là qu’une initiation grossière. Chezles Kaderya , par exemple l’initiation est facile; les épreuves sont courtes(r). Mais dans d’autres sociétésil faut pour « recevoir la rose >2 un noviciat de mille et un jours pendant lesquels l’impêtrant est condamné aux plus basses fonctions de la domesticité et subit des épreuves à la fois basses et pénibles avant de rece— voir le Tel/{in (l’Initiation).
L’initiation est progressive. Elle s’étend à l’affilié (Mourz’d—el—Hassey) qui forme le plus grand nombre, à l’élite (Mourz’d—Khiar) et enfin à l’élite de l’élite (Mourid—el—Khz’ar-el—Khaour). Le degré/suprême atteint par très peu de fidèles attribue à ceux qui y touchent le don précieux de Tessarouf.
Il dévoile les mystères de la nature et per met aux saints de disposer de toutes les forces de la création et d‘en changer à leur volonté l’ordre établi et la marche régulière. C’est à proprement parler le don des prodiges. Nous voici arrivé à un des points de notre travail que nous ne pouvons dépasser:« aux questions réser vées ».
Nous allons, toutefois, donner pour le com—. parer au deker des simples affiliés et sans entrer dans le détail des signes visibles, des mots mystiques ou les clés des attitudes et des secrets des Ordres un passage de ‘l’enseignement ésotériquedonné dans les zaoui‘as de la confrérie de Sidi—Abd—El—Kader-El—Djilani. . (I) La manière dont les Kaderya se mettent à l'Ordre est la suivante: S'asseoir les jambes croisées, toucher avec la ma1n droite l'extrémité du pied droit. puis le bas—ventre.
Placer la.maIn ouverte sur le gen,ou., les doigts écartés, en prononçant le nom de DIcu d‘une vont grave et prolongée, en allongeant la dernière syllabe.
1 27. .5. —«.... Mme L _ _"_f! r: I 38 L’INITIATION Le cheikh rase la tête du frère et reçoit de lui l’acte de contrition et l’engagement hahed). Il le coiffe ensuite du diadème et le revêt du manteau. Il le lie à un autre frère par des liens solides, lui ceint les reins de la ceinture de l’initié... Puis il le fait asseoir sur le tapis, lui prépare le repas en commun auquel prennent part tous les frères.
Après les invocations et les prières d’usage, il répond à une série de questions dont nous citerons quelques-unes : U . Qui, le premier, a reçu la ceinture ? R. Gabriel. D. Où l’a-t-il reçue? R. Au ciel. D. Qui l’en a ceint? R. Les anges du ciel, par l’ordre de la Vérité. Qué’ sa gloire soit proclamée! D. Qui, le second, a reçu la ceinture? R. N. S. Mohammed. D. Qui l’en a ceint? ‘ R. Gabriel, par l’ordre du Maître de l’Univers. D.
Qui, le troisième, a reçu la ceinture? R. Ali, fils d’Abou—Thaleb. D. Qui l’en a ceint? R. N. S. Mohammed. g.. . . . . v o - o . . o . . o . . o a . D. A qui appartient la ceinture (fermeté) et la main (puissance) ? R. La ceinture est à Ali, fils d’Abou-Thaleb, et la main à Mohammed. ' D. Combien y a—t-il de ceintures? < R. Deux: la ceinture supérieure est à Gabriel. Elle est dans le ciel. La ceinture inférieure est à Ali, fils d’Abou-Thaleb. Elle est sur la terre. C’est la confrérie. D. Qu’est-ce que la voie (tri/ra) ?
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 139 R. C’est la science, la continence, la sagesse, la patience et l’excellence de succession. D. 'Quel est ton ouerd et que t’impose-t—il ? R. La recherche du salut et de la résurrection divine; la douceur des paroles ;’ la confraternité et la sincérité .du langage et des œuvres. D. Qu’est-ce que le tapis de la voie? - R.'C’est41a»purification par les«œuvres et lesmystères. D. Combien le tapis a-t—il de couleurs?
Et quelles sont-elles ? R. Le tapis a quatre couleurs qui sont: la loi divine ; la vérité suprême; la voie droite; la connaissance du Dieu très haut. D. Combien le tapis a-t-il de mots symboliques? _ R. Quatre, qui sont: Gabriel, Michel, El-Haçap et El-Hoçein. D. Combien le tapis a-t-il de lettres ? R. Quatre, qui sont: le ta, le mim, le hâ et le noun. D. Que signifient-elles? R.
Le ta veut dire que le compagnon du tapis doit être la poussière des gens de la voie; le mim, l’eau cou— rante et pure qui rafraîchit la soif; le hâ, le vent frais qui souffle dans les arbres et répand sur les gens de la voie la perfection et le repos ; le noun indique le feu qui ébranle la maison du méchant. ,; u - o - . o . - n . . \ D. Combien de ponts a passer pour arriver à la place d’Ali et qui, près de vous, est assis sur le tapis? ,_. R.
Il y a trois ponts à passer. A ma droite est Gabriel; à ma gauche Michel; derrière moi est Azraël et devant moi Assafil. Au—dessus de moi est le Souverain Glorieux et sous mes pieds la Mort qui est plus proche de nous que la veine jugulaire ne l’est de la gorge... D. Quels sont VOS témoins? R. Ma main droite et ma main gauche.
Elles porteront témoignage le .jour de la comparution suprême, par devant le Maître de l’Univers et les deux anges écrivant par son ordre... . . . . o . n . . . . . . . . . . l - . o
140 L’INITIATION D. Quelle est la maison sans portes, la mosquée sans mihrab et le prédicateur sans livre? R. La maison sans porte c’est la terre, région d’illu» siens trompeuses; la mosquée sans mihrab, c’est la Kabâ, que Dieu très haut la protège! Et le prédicateur sans livre, c’est Mohammed, car il prêchait sans livre. Et on écrivait, au contraire, ses paroles sur un livre. . o . . . n n o o . . . . n - - . - n - o . D.
Si la viande se gâte, on y met du sel. Que signi fient ces paroles ? R. La viande représente les gens de la voie; le sel est le cheikh. Si les membres de notre sainte confrérie se gâtent, le cheikh les guérit. Si le cheikh se gâte on le remplace dans l’assemblée. VII 3 Nous pourrions prolonger outre mesure ces exem ples de l’enseignement initiatique des zaouïas. Nous pensons que le fragment qui précède suffira à en donner un aperçu suffisant.
Nos lecteurs auront été frappés sans doute du mys— tièisine qui préside aux leçons des Mokaddems et qui semble absorber les forces musulmanes dans une sorte de contemplation exclusivement religieuse. Ce serait là une erreur profonde.
Et s’il est vrai que toutes les confréries musulmanes ne paraissent pas aussi militantes les unes que les autres, il ne faut pas pérdre de vue'qùe‘l’lslàm, aujourd’hui à l’état de secret, traverse en ce moment une dangereuse époque de fermentation. Une agitation inaccoutumée se con state depuis plusieurs années en pays mahométans. Il ., y,a quatre ans,elle apparaissait au sud du Maroc et
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 141 de l’Algérie; nous lavoyonsencoreà l’heure actuelle en Egypte, en Arabie, dans l’Asie Centrale. Le fanatisme religieux est partout. C’est que le monde musulman est dans l’attente d’un grand événement...
Une ancienne prophétie avait annoncé pour le premier jour de Moharrem I 300 de l’Hégire (qui correspondait au 12 novembre 1882) la manifestation éclatante du Mahdi, c’est-à—dire du ré formateur des derniers jours, sauveur providentiel qui doit régénérer l’Islàm et soumettre la terre aux vrais croyants.
Or, toute prophétie musulmane embrassant une semaine d’années, il en résulte que c’est seulement au commencement de l’année chrétienne 1890 que s’é— teindra cette effervescence qui peut être comparée aux inquiétudes dont fut saisie l’Europe au moyen âge, a l’approche de l’an mille. L’époque venue, un Mahdi a surgi tout à coup du fond de la Haute-Egypte, entraînant avec lui les tribus révoltées du Kordofan et de la N ubie.
Bientôt le Soudan oriental tout entier était soulevé.
Moham med-Achmet, le Mahdi de Dongola, a pris soin de caractériser lui-même sa mission dans une réponse au sultan du Wadii, qui lui envoyait des munitions et des armes: « Après avoir relevé mon trône à Kahira (le Caire), je porterai en Arabie le glaive de la foi que le prophète a mis à ma droite, pour la défense de ses doctrines, afin de prier à la Mecque sur le tom beau du Prophète pour la conversion des infidèles. ' Et je prendrai dans cette ville une résidence, comme gardien du saint tombeau... » _vÀ._.__—_.,.__—._ ,,,, , _,, ,
142 L’INITIATION Les progrès du Mahdi de Dongola au Soudan, la chute du général Gordon dans Khartoum ; la marche en avant des Derviches, la mort de Mohammed-Ach met, remplacé par son fils sur le Haut-Nil, où les troupes anglo-égyptiennes du général Grenfell oppo— sent une frêle digue au flot envahisseur tout prêt à se précipiter sur l’Egypte, sont des faits connus.
Ajoutons seulement que Mohammed - Achmet après avoir étudié depuis 1864 dans les zaoui‘as de Berber et de Khartoum s’était fait affilier depuis 1870 à la société de Sidi—Abd-El-Kader—El-Djilani. C’est au mois d’avril 1881 qu’il sortit de son ermi tage sur un ordre venu d’en haut.
Il proclama l’éga lité universelle, la communauté des biens et son des— sein « d’exterminer les musulmans, chrétiens, païens qui ne reconnaîtraient pas sa mission divine en qua— lité de Mahdi ».
VIII Tandis que grandissait, dans la Haute—Égypte, dans le Soudan Oriental et dans la Nubie le renom du Mahdi de Dongola, des pèlerins partis d’une oasis éloignée de la Tripolitaine atteignirent El-Obéid, la capitale du Mahdi égyptien, après trois mois d’un pénible voyage. Ils étaient porteurs d’un message de leur maître, signé : Mohammed-el-Mahdi. La puis— sance de ce nom devait être grande.
Car, loin de maltraiter des envoyés dont la présence semblait l’accuser d’imposture, le Mahdi de Dongola les ren voya vers leur maître, chargés de présents.
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 143 Qu’était ce pouvoir assez redoutable pour imposer au Mahdi lui-même le respect dû à un pouvoir égal ? Quel était ce nouveau Mahdi ? Le Mahdi de Tripolitaine est le fils de Sidi-Moham med-ben-Ali-es—Senoûsi, Algérien exilé qui a fondé, il y a quarante—six ans, la confrérie religieuse qui porte son nom et dont l’extension a été vraiment prodigieuse.
Sur son lit de mort, Sidi-es-Senoûsi a pris soin de désigner son fils comme le Mahdi attendu. Il avait passé plusieurs années dans la retraite; le nom de son père était Mohammed, celui de sa mère Fatma. Il remplissait les conditions requises par le texte des anciennes prophéties, et il prit le titre de Mahdi, réformateur de l’Islâm. Sidi-Mohammed-el-Mahdi commande aujourd’hui à- la moitié du monde musulman.
Son pouvoir s’étend sur toute l’Afrique du Nord, du Maroc à l’Égypte. Il .a son principal centre d’action et sa zaouïa métropo— litaine en territoire turc, dans le vilayet de Tripoli, au sud—ouest et à deux jours de marche de l’oasis de Syouah. Et, fait bien curieux: à travers les siècles le foyer du fanatisme musulman se retrouve aujour d’hui précisément à la même place.
L’endroit même où s’élève la ville sainte des Senoûsites, la récente Jehrboub, est exactement celui d’où Mohammed-el Çabbah, « le Vieux de la Montagne », envoya, pour tuer le roi de France Louis IX, alors devant Tunis, ses fidèles « Assâsin », dont l’histoire des croisades nous a appris le rôle et dont le nom est passé dans notre langue. A l’intérieur du continent l’influence du Mahdi
144 L’INITIATION I'"‘?‘ v s’étend souveraine : à l’est, au delà de l’oasis d’Am mou et des pays qui entourent le lac Tsad (Wadaï, Bornou, etc.) ; à l’ouest, jusqu’au Sénégal par le cha pelet des oasis, en englobant le pays des Touaregs, Azgueurs et Ahaggars. La confrérie ne compte pas moins de cent vingt couvents ou centres d’action toujours en activité... comme un volcan !
Le nombre des affiliés répartis en Afrique et en Asie dépasse trois millions. Jusqu’à ces derniers temps, l’organisation tout oc culte de l’ordre de Sidi-el-Senoûsi était restée igno— rée. Grâce aux immenses recherches, à la patience toujours en éveil d’un de nos éminents collègues à la Société de géographie, voyageur et savant distingué, M. Henri Duveyrier, cette organisation est aujour— d’hui étudiée dans tous ses détails.
Nous les complé—, tons ici : . Comme les autres confréries religieuses de l’Islàm, les serviteurs du Mahdi des Senoûsites maintiennent leur association à l’état de société secrète. Ils évitent soigneusement tout signe extérieur de ralliement qui pourrait les trahir. Leur chapelet sur lequel ils récitent leurs oraisons ne diffère en rien de celui de la confrérie de Moulay-Taïeb.
Et ils communiquent à leurs affiliés seuls les formules de la prière supplé— mentaire que ceux—ci doivent réciter après la prière réglementaire du matin. Le Mahdi de Tripolitaine est l’ennemi irréconci liable de la domination française dans le nord de l’Afrique. On a trouvé la main de la confrérie dans tous les assassinats de voyageurs pendant ces der—
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES' 145 -‘, Î’ nières années: MM. Dournaux—Duperré et Joubert, sur le chemin de Ghadamès à Chat, en I874; les Pères du Soudan à Ghadamès, en I880; la deuxième mission du 'colonel Flatters sur la route de Laghouat aux Etats Haoussas, en 188I.
Il fit attaquer en 1882 la mission topographique du Chott-Tigri, qui n’é chappa à' une ruine totale que grâce au sang—froid, à l’énergie et à l’intrépidité de nos camarades, MM. le capitaine de Castries et le lieutenant Delcroix. Le dernier soulèvement des Ouled—Sidi-Cheik, puissante tribu religieuse du sud de la province d’Oran en 1879, a été provoqué par des émissaires senoûsites.
L’agitateur Bou—Amàma, avant de lever l’étendard de la révolte, était mokhadem (prieur) d’un couvent senoûsite. En I882 nous avons eu personnel— lement la preuve d’intrigues de la secte dans l’entou— rage du bey de Tunis, et à Tripoli, pour empêcher la rentrée des dissidents tunisiens réfugiés en territoire turc.
Le Cheik-el-Mahdi, qui a succédé à son père, mort ’en185’9, s’efforce par tous les moyens de conserver son prestige aux yeux des vrais croyants. A la fin de sa vie, Senoûsi ne sortait jamais sans un voile noir sur le visage afin d’épargner le rayonnement de sa face auguste aux yeux de ses fidèles. Le fils, sans aller aussi loin, se montre très peu en public. Son aspect est froid.
Et lorsqu’il donne audience, il tient sa montre à la main pour n’accorder au visiteur que le temps qu’il lui a fixé d’avance. C’est un homme de haute taille, à l’aspect imposant, à la parole facile et éloquente quand il rompt le silence rigoureux où il
146 L’INITIATION ‘ _ '-'_"i'_”" | afiècte de se renfermer d’ordinaire. El—Mahdi a tout ce qu’il faut pour fanatiser les masses dont il est le chef, autant par la puissante organisation de la con frérie que par la discipline sévère imposéeàses adeptes. Le Mahdi de Tripoli, pape musulman de trois millions d’âmes, correspond avec les points les plus éloignés de sa domination.
Ses ordres sont transmis par des courriers spéciaux qui portent au couvent de la confrérie les ordres du grand Maître. Les missives, soigneusement cachetées, sont cousues dans la dou blure des vêtements. La manière seule dont elles sont pliées indique à première vue au destinataire si elle font partie de la correspondance officielle de la con frérie. La rapidité avec laquelle les nouvelles se trans— mettent en pays arabe est merveilleuse.
Voici un exemple frappant dont nous avons été témoin. En mars 1883, M. Ferdinand de Lesseps, lors de son exploration des chotts du sud de la Tunisie pour la Mer Intérieure, débarqua le matin à Sfax. Je le condui sis à la mosquée et lui présentai les notables musul mans. Nous fimes ensemble la prière. Puis M. de Les— seps leur annonça qu’il était porteur d’une lettre d’Ab—‘ del-Kader recommandant le projet du colonel Rou— daire.
Il en donna lecture. Le soir il se rembarqua, et le lendemain à la prémièrelheure débarquait à Gabès. Or, de Sfax à Gabès, il y a sept jours de marche par terre... Pourtant, quand le soir même de son arrivée à Gabès M. de Lesseps visita le village de Menzel où l’attendait la djemmâa, le chef des anciens le félicita sur la lettre de l’émir. La bonne nouvelle, ' dit-il, leur était parvenue de Sfax dans la journée.
/ LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES ' 147 ‘ Outre l’organisation occulte de son ordre, le Mahdi de Tripoli dispose de force militaires importantes qu’il pourrait utiliser dans une guerre véritable. Jerh boub (1), la zaouïa métropolitaine, a été fondée en 1861 par le Mahdi. Elle est située dans une des v oasis du désert de Tripoli. C’est un grand couvent fortifié, bâti sur le versant sud et dans les cata combes que borde au nord le lac de Faredja.
Jerh— boub était un lieu désert avant la fondation de la zaouïa. Le Mahdi commença par y faire creuser des puits, construire de grandes citernes et créer des plantations. En 1874, le couvent ne contenait encore que quelques étudiants et des esclaves. Deux ans plus tard on trouvait à Jerhboub des ateliers d’armu rerie où l’on montait des fusils venant d’Égypte.
La confrérie possédait déjà quinze canons achetés à Alexandrie et débarqués à Tabrouk, plusieurs mil liers de fusils et de kilogrammes de poudre de fabri cation anglaise. Les écuries de la zaouïa contenaient de nombreux chevaux. En 1880, la garde du corps de Sidi—Mohammed-el-Mahdi se composait de quatre mille Algériens, refugiés politiques. On voit quelle rapide extension a prise la capitale du Mahdi.
En 1882, il tenait sa cour à Jerhboub au milieu de ses deux mille esclaves, d’Algériens compromis dans les dernières insurrections, de Marocains et d’étu diants de toute provenance, beaucoup venus de l’A frique centrale. Tous ces étudiants, ces cultivateurs, ces esclaves se transformeraient en temps de guerre (1) Position géographique : latitude nord, 29° 47’ :, longitude . est,2zo°. .
148 L’INITIATION en autant de combattants. Les autres zaouïas ont un contingent plus ou moins nombreux d’esclaves. Zitoûn, au nord de Siwa, en emploie plusieurs cen— taines.
M. Duveyrier nous a appris (r) qu’à la zaouïa d’Aziat dont la position exacte en Cyrénaïque est encore inconnue, il y a cinq cents chameaux de bât avec leurs harnais et leurs outres en bon état, entre— tenus constamment, avec un nombre égal de convoyeurs nègres, prêts à se mettre en route sur un signe du mahdi pour un long voyage.
A la zaouïa de Nedjila, deux cents chameaux et des nègres pour les conduire sont entretenus sur le même pied, etc. C’est au moyen des missionnaires nègres formés à la zaouïa de Djerboûb, que le Mahdi a réussi à étendre sa domination sur les Wadaï et la plus grande partie du Soudan central.
Aux deux grandes fêtes de l’A gneau, Aïd-Srir—el-Aîd-el-Kébir se réunit à Djerberif le grand conseil de l’Ordre, l’Hadra, que préside le Mahdi, assisté de son frère et des mokaddems des provinces. Un système régulier de courriers, à mehari ou à cheval, est organisé autour de Djerboub vers l’Égypte, la Tripolitaine, la Tunisie, l’Algérie, leMa roc, le Fezzan Wadaï, le Darfour, le Soudan central et occidental et le Sénégal.
Nul ne peut arriverà Djerboub ' sans être signalé longtemps à l’avance et nul n’at— teindra la zaouïa métropolitaine sans l’autorisation du prophète, secrètement donnée à l’insu du voyageur, de le laisser passer. On peut comparer les difficultés (1) Les Forteresses et l’Arme’e de la Confrérie religieuse de Sidi-El Senoûssi, par HENRI DUVEYRIER (juillet 1883) Paris;
LES SOCIÉTÉS SECRÈTES MUSULMANES 149 d’accès de Djerboub aux difficultés pour pénétrer dans Bokhara la Sainte, en Asie centrale, il y a une dizaine d’années seulement. Ainsi que nous l’avons dit plus haut pour les confréries en général, chacune des zaou‘ias senoussites a son mokaddem, son oukil, ses rezzahs, ses tobbas, ses serviteurs.
L’instruction du premier degré, s’y donne selon les règles de la plus pure doctrine de l’Islàm telle que l’a instituée Sidi-el—Senoûssi, pour aller ensuite se répandre au loin. Nous croyons devoir arrêter ici cette étude déjà trop longue peut-être.
Il nous a paru toutefois inté ressant de soulever, pour les lecteurs de l’Inz‘tz’az‘z‘on, un coin du voile qui cache à nos regards profanes l’Orient musulman, mystérieux creuset où s’élabore peut—être pour le vingtième siècle une force expansive, dont le mondejoccidental sentira tout à coup_la redou— table puissance de destruction. L’heure n’est pas venue encore, mais les temps sont proches. Déjà nous sommes menacée.
Depuis trente ans, dansle renouveau de la foi islamique fermentent sous l'apparence des formules et des doctrines religieuses des échanges d’idées, des tendances, des groupements, une con centration musulmane qui à un instant donné seront devenues formidables. Notre curiosité, notre intérêt, l’esprit de solidarité européen, notre sécurité même nous font un devoir d’étudier autant qu’il nous sera possible ce monde fermé et obscur.
Nous devons y pénétrer très profondément afin de le mieux connaître et de déjouer le moment venu ses trames et combattre ' ' en état de légitime défense. NAPOLÉON NEY.
I 50 L’INITIATION ' ' ".'f äe Eamgrès Maçonnique international 193 ’.l 8 8 @ Ë’ANNÊE I889 marquera dans les fastes de la F.'. Ms.
" la date d’un Congrès international organisé par le Grand Orient de France, dans le but d’amener un rapprochement entre cette obédience et certaines puis— sances maçx. étrangères, qui crurent devoir rompre toutes relations officielles avec la Maçx. française, lorsque celle—ci en 1877 retrancha de son symbolisme la formule: A la gloire du grand Architecte de l'Uni— vers, traditionnellement représentée en tête de tous les documents maç.‘. par les initiales: « A‘.'.L.'.
G3... D.-. G.'. A.-. de l’U.'. ». Bien que le point délicat de la question n’ait pas été abordé, le Congrès du Centenaire de I789, n’en a pas moins abouti à un résultat d’une incalculable portée.
Car, avant de se séparer, l’Assemblée, d’un accord unanime, a confié au Grand Orient de France le soin d’entrer en négociation avec toutes les puis sances maçs. du monde entier, pour les engager à se faire représenter, dans le courant de l’année prochaine, à un Congrès nouveau, sorte de concile œcuménique de la Maçonnerie Universelle, où celle—ci recevrait sa consécration effective et définitive. Une ère nouvelle de grandeur prospère s’ouvre donc pour la F.'. M.'., et ce ne ser_g pas le moindre
LE CONGRÈS MAÇONNIQUE INTERNATIONAL 151 titre de gloire des maçons français, que de l’avoir inaugurée par leur généreuse initiative. * >wæ Un'des délégués au Congrès maç.°. des 16 et 17 juillet dernier, devait y donner connaissance de la déclaration ci-dessous reproduite, que, vu les circons— tances, il dut se contenter de résumer très briève ment. VÉN.'. M.'. ET TT.'. CC.'. FF.'. Au nom de la R.'. L.'.
Travail et'Vrais amis fidèles, dépendant de la G.-. L.-. 8.-. ainsi que de la;part du groupe maç.‘. d’Etudes Initiatiques, dont j’ai la faveur de faire partie, je suis chargé de vous exposer les vues qui ont prévalu auprès d’un grand nombre de nos 3.-. Il s’agit du Congrès actuel, dont l’objet doit être de régulariser la situation de la Maç.'. française au sein de la Maç.‘. universelle. Il nous a paru hors de con texte à ce sujet, que la F.'.
M.'. ne trouve sa raisor’1‘ d’être que dans son universalité. De toute nécessité, les maçons doivent se trouver unis d’une extrémité de la terre à l’autre. Pour consolider cette union aucun sacrifice ne doit être épargné, car elle seule fait la grandeur et la force de notre Institution, dont la perte est imminente, lorsque des schismes la divi-’ sent, et que, suivant un exemple qui n’est pas à imiter, les obédiences maç.‘. s’excommunient au sujet
I 52 L’INITIATION de mal-entendus déplorables à la plus grande satis faction des ennemis de notre Ordre. C’est pourquoi, mes FF.'., il est indispensable de ne pas nous séparer sans nous être entendus sur les bases d’un accord entre les maçons français et leurs fl".'. de toutes les nations du globe.
Ce sera chose d’autant plus facile que les maçons français ne demandent qu’à revenir d’un certain entraînement qui les afait dévier momentanément des saines traditions maçonniques. Ils comprennent l’ur gence d’études plus approfondies sur tout ce qui con« . cerne la F.'.
M.'., et reviennent surtout de la tendance fâcheuse, les portant à s’occuper de la politique intérieure de leur pays, plutôt que de rester dans le domaine général des pures questions humanitaires. Une récente circulaire du G.'. O.'. de F.'. aux LL.'. de son obédience vient de donner à ce sujet le signal d’un retour à l’observation stricte des principes fon damentaux de la M.'.
Mais afin que ces principes puissent être appliqués avec efficacité, certaines réformes s’imposent à la Maç.-. française, dont le premier soin doit être de réorganiser la Maçs. dite « symbolique ». — celle—ci se base sur les trois grades d’App.n, de Comps. et de Maître. — Or dans l’état actuel des choses, ces trois grades n’ont aucune existence effective, puisqu’ils se fondent en un seul, celui d’Apprenti, attendu que ceux de Comp.-. et de Maître se réduisent en nos LL.'. à de simples formalités, sans établir parmi les maçons aucune sélection intellectuelle et morale. — On a dès lors tenté de constituer celle-ci au moyen .A. . ‘—.A... ....u -s., .
LE CONGRÈS MAÇONNIQUE INTERNATIONAL 153 de grades nouveaux, venant à la suite de la Maîtrise. Ce qui a donné lieu à des complications absolument regrettables, car les hauts grades deviennent parfaite ment inutiles lorsque les grades symboliques sont sérieusement mis en pratique. C’est ce qui par malheur n’a jamais été fait, en sorte que ce qu’on appelle la Maç.-. bleue, s’est pro gressivement transformé en une pseudo-Maçs. blanche.
C’est-à-dire que le niveau intellectuel y a tellement baissé, qu’elle n’est plus apte aujourd’hui à se livrer au travail philosophique qui est le propre de la F.'. M.'. —- On en arrive ainsi à s’occuper de tout en nos LL.'., sauf de Maçonnerie. Les questions qui s’y discutent le plus souvent pourraient l’être tout aussi bien, sinon mieux, devant un public « profane ».
On laisse, au reste, tomber en désuétude nos usages traditionnels, en sorte que nos travs. conviennent moins à des temples initiatiques qu’à de simples salles de conférences. Par suite de ce relâchement de la discipline maç.‘. et de cet abaissement dans la nature de ses préoccu pations, la Maç.'. française se trouve dans une situa— tion équivoque et fausse, dont elle doit se hâter de sortir.
Dans ce but, il faut qu’elle opère en elle—même une puissante régénération qui ne saurait s’inaugurer sous des auspices plus favorables que celles du cen tenaire de 1789. , Cette régénération doit s’appuyer sur les bases sui— vantes: ' A 'I° Ouverture de relations frat.-. entre la Maç.'. française et toutes les obédiences étrangères au moyen
. . .|.- '. 1 54 L’INITIATION de conèessions mutuelles sur les points en litige, avec recours au besoin à un arbitrage spécial.
2° Réorgahisation de la Maç.-. française par la pra— rique sérieuse de l’initiation maç.‘. dans les trois grades symboliques, rendus à leur destination sélec— tive,'et ouverts dans leurs trav.’. aux seules ques— tions générales intéressant l’ensemble de l’Huma mité; tandis qu’ils resteraient fermés aux discussions passionnantes touchant les intérêts particuliers de la nation française.
3° Constitution régulière d’une Maç.‘. blanche dé pourvue de symbolisme initiatique et destinée à servir d’intermédiaire entre la Maç.‘. proprement dite et le monde profane. Ce qui permettrait aux maçons fran— çais de remplir leurs devoirs envers la famille natio— nale aussi bien qu’envers la patrie humanitaire, — et cela en favorisant activement l’émancipation démo— cratique de leur pays.
Quelques mots d’explication suffiront, mes FF.'., pour vous faire apprécier toute la portée d’un pareil programme.
Car il s’agit en somme de donner satis faction à toutes les aspirations, en rendant d’un côté à la Macs. symbolique le caractère universaliste qui convient; puis en greflant d’autre part sur son orga nisation une association nouvelle, propre à se prêter à l’étude des questions économiques et sociales, dont la solution rapide s’impose à la civilisation actuelle.
La Ms. se partagerait ainsi dans son ensemble en deux subdivisio‘ns comparables aux Grands et aux Petits Mystères de l’Antiquité, dont les premiers n’é "" .1;r""fî :""*r-‘«' r-w"æM'*-e*«-«»“
LE CONGRÈS MAÇONNIQUE INTERNATIONAL 155 \_ taient accessibles qu’à un nombre fort restreint de penseurs aux idées élevées, tandis que les seconds faisaient appel à la partie _ la plus éclairée du peuple.
Mais je n’abuserai pas, mes FF.°., de votre bien— veillante attention.— Au nom d’un groupe notable de maçons zélés et dévoués aux intérêts de notre ordre, je crois vous avoir indiqué suffisamment le remède propre à sauver la F M.'. d’une dégénérescence menaçante.
A vous maintenant de savoir si vous voulez rendre la M.-. à sa véritable mission, qui est de travailler à l’unification de l’Humanité, par la propagation de la Lumière, et la pratique de la Fraternité.
A vous de décider si, en présence de son impuis sance à amener les peuples à se considérer comme frères, le rôle de notre Institution est terminé, ou si au contraire notre ordre n’a pas pour tâche d’éviter l’effondrement de notre civilisation dans la barbarie d’un militarisme exécrable, qui ruine l’Europe et occasionne tous les maux de notre époque.
De toutes les façons, quoi que nous puissions faire, soyons assurés que si la Maçx. officielle ne devait plus être en état de suivre les saines traditions de notre Ordre, il existe toujours dans son sein des ff.-. décidés à reprendre, en dehors d’elle, le programme qu’elle aurait abandonné. Car la F.'. M.'. est immor telle. Elle renaît sous une forme nouvelle lorsque l’ancienne ne répond plus à sa destination. Ce n’est même, comme nous l’enseigne notre grade de maître, qu’au sein de la putréfaction que se développe l’être ...
1 56 L’INITIATION | --_-- -.æ-- nouveau, destiné à remplacer celui qui n’est plus qu’un cadavre en‘voie de décomposition. Sans doute la Maçs. française est loin d’en être la; mais qu’elle prenne garde: elle a perdu en partie conscience d’elle-même, ce qui indique que son esprit vivifiant tend à l’abandonner.
Il s’agit donc de rappe ler au plus vite notre Institution à l’intelligence de son fonctionnement normal, afin que le lien animique qui la fait vivre ne soit pas dissout, et qu’on puisse soustraire son merveilleux organisme à la destruction fatale de la mort.
C’est donc, mes FF.-., un apppel au réveil de la résurrection qui vient de vous être adressé avec la conviction que vous saurez l’entendre pour opérer dans la M.'., et par elle dans le monde entier, une rénovation digne de nos pères d’il y a cent ans. 0. WIRTH.
Essor ’ SOIR LA SJIÏI‘ÜA'IÏ‘IIlN ËIIL©S©ËIIUE III ]ÎL y a un fait qui inquiète tous les penseurs plus ou moins dévoués à cet ensemble de croyances que l’humanité :1 développées en même temps qu’elle et qu’on retrouve au fond de toutes les religions et de
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 157 tous les systèmes, c’est que la science positive, à l’étroit dans le champ d’étude, pourtant si vaste, du monde physique, se répand insensiblement dans les autres domaines de l’esprit, dans la littérature, dans les arts, dans la politique, dans la morale même, y apportant, avec ses méthodes, son absolutisrpe, ses exigences et son objectivité.
Cette tendance S’est naturellement fait sentir en philosophie; des écoles se sont créées pour la justifier et la propager et leur fortune a été si étonnante qu’on se demande ce qu’il restera des anciennes doctrines dans quelques années si rien ne vient mettre un terme à_ cette absorption de la penSée par le savoir.
Nombreuses sont ces écoles et profondes au pre mier abord les différences qui les distinguent; les unes, déjà surannées, ont fait place à de nouvelles mieux appropriées à l’état actuel de nos connais— sances, plus judicieuses, peut-être aussi plus timides, mais, en dépit de ces changements, leur formule essentielle n’a pas varié et elles ne visent rien moins qu’à transformer l’être pensant et l’être moral par un déplacement du point de vue et par une mutation des motifs de la vie (I).
Il importe de les étudier ici, car leur influence s’accentue chaque jour davantage, et on ne voit pas clairement où s’arrêteront leurs ravages. (r) «L'ancien positivisme n'existe plus; il a perdu par degrés cette forme d0ctrinale que M. Comte lux avait d’abord imposée et qu’avait acceptée en partie M. Littré. Mais s'il est mort comme système, Il est plus vivant et plus puissant que jamais comme tendance. » E. Caro, le Prix de la vie humaine et la question du bonheur dans le positivisme. . a.x
1 58 L’INITIATION Substituer aux notions vagues que la majorité des hommes possède sur l’univers et sur l’existence des connaissances précises qui les fixent sur leur valeur propre et sur leur avenir, aux tâtonnements aveugles une méthode invariable qui les empêche désormais de s’égarer dans l’illusion et dans la fantaisie, en chaîner pour toujours la folle du logis, tel est l’objet du positivisme.
Le programme tracé, voyons com— ment on l’a rempli.
Mais auparavant nous avons à cœur de justifier les positivistes, dont la sincérité n’est pas discutable, d’une accusation lancée à la légère et qui fausse le jugement du public : ils ne sont ni matérialistes ni athées comme on l’a mainte fois répété; ils ne nient pas Dieu,car ils ne s’en préoccupent pas; ils ne croient pas non plus à la matière, car ils savent que ce mot n’est qu’une étiquette, un signe algébrique dont nous nous servons pour exprimer certains termes des rap ports que seuls nous pouvons arriver à connaître.
Ils parlent d’idées exactes et de méthodes rigou reuses. En existe—t-il? Assurément; les mathémati ciens, les physiciens et les naturalistes n’ont pas d’autres instruments et c’est ce qui fait leur force.
Ils fabriquent des définitions qui puissent se prêter aux diverses conditions du problème et, une fois qu’ils les ont obtenues, ils emploient l’expérience et le syllo— gisme, l’induction et la déduction qui ne peuvent pas induire en erreur, si ce n’est pas la propre faute de celui qui les manie. Aussi parviennent—ils à des résul tats certains, _à des conclusions inattaquables qui excitent l’admiration quand on les expose seuls,
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I59 mais qui perdent un peu de leur prestige dès qu’on indique le procédé d’investigation et la marche qui y ont conduit. —— Voilà donc une méthode précieuse, seulement elle n’est si féconde et ne conduit à de si merveil— leuses découvertes qu’à condition qu’on ne s’attache point à vouloir pénétrer la nature ultime des objets qu’on considère, qu’on ne‘ s’arrête pas au pourquoi -final, qu’on n’envisage que les causes secondes et qu’on laisse de côté les causes premières. _Peut-on l’appliquer à l’étude d’autres manifesta— tions que les phénomènes mécaniques et physiolo giques?
Les positivistes l’aflirment, leurs adversaires le nient, il est bon de s’arrêter à cette discussion car, si elle était tranchée, la victoire des uns, la défaite des autres seraient irrémédiablement fixées.
Lorsqu’un géomètre à propos d’un théorème ou d’une suite de théorèmes qui constituent une théorie sur un sujet parfaitement déterminé et limité est amené de la conclusion à l’hypothèse au moyen d’un enchaînement de syllogismes intimement liés, il ne faut pas songer à mettre en doute la seconde une fois qu’on aadmis la première.Le tout est d’accepter celle-ci, car on peut dire avec Condillac qu’à proprement parler le syllogisme ne découvre rien et qu’on ne fait que mettre en lumière dans la conclusion une des pro— priétés contenues primitivement dans l’hypothèse, on n’en a rien fait sortir qui ne s’y trouvait déjà, de même qu’en déroulant un écriteau roulé on fait uni quement apparaître les caractères qui auparavanty avaient été imprimés. Les mathématiques doivent c
rush—avr .., ._ . I 60 L’INITIATION leur rigueur à ce caractère spécial de la déduction; de fait, on ne pourrait pas, avec leur seul concours, arracher le moindre de ses secrets à la nature visible, les êtres sur lesquels elles opèrent sont de pures abstractions, des entités au même titre que les entités métaphysiques que les philosophes de l’école rejettent avec tant de dédain.
Le fond même de la géométrie est entièrement conventionnel, sa base dernière est constituée par une série de définitions que l’on a choi sies parce que leur généralité et en même temps leur simplicité et leur précision satisfont à toutes les cir constances où on les emploie , mais dont l’existence est aussi peu démontrable que l’existence de Dieu ou l’immortalité de l’âme.
On ne doit donc pas oublier que le point de départ de toute théorie en mathéma tique est une ou plusieurs conventions, les mathéma ticiens le font remarquer avec insistance car il arrive maintes fois que, faute d’avoir bien compris la valeur des définitions on se laisse entraîner à donner_aux résultats une portée qu’ils n’ont point.
Le calcul des séries, celui des quantités imaginaires, l’analyse infi nitésimale, par exemple, renferment une foule de pièges dans lesquels on ne manque pas de tomber dès qu’on oublie les restrictions et les arrangements qu’on s’est imposés à l’origine.
Malgré ses imperfections la géométrie est encore la plus certaine des sciences, car son objet est le plus simple, le moins complexe, partant le moins sujet à varier, le plus stable et le plus constant. Auguste Comte lui assigne le premier rang dans sa classifica tion. En second lieu viennent la mécanique et l’as
une *,-r ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE IÔI tronomie, avec elles la difficulté augmente, on n’a plus la liberté comme en géométrie et en arithmé tique de façonner à son gré les définitions, il leur faut une plus grande conformité avec les faits, de là une dépendance dont on ne parvient a s’affranchir que par des concessions à la réalité, de véritables tours de force dans lesquels on perd en rigueur ce que l’on gagne à grand’peine en vraisemblance.
Toutefois, il n’y a pas, dans les sciences, que la méthode déductive; l’expérimgttale,qui nous a donné l’empire sur les forces naturelles, ne repose que sur l’induction, et celle-ci, à condition de s’en servir avec précaution, est aussi sûre que la déduction. On va voir que cette sûreté ne s’obtient qu’au prix de l’abandon de la partie la plus intéressante du pro blême.
Prenons comme exemple l’expérience célèbre d’Oerstedt : il observa qu’un fil métallique, lorsqu’il se trouve en cet état particulier où on dit qu’un cou rant électrique le traverse, fait dévier l’aiguille aiman tée de sa position d’équilibre et que cette dernière tend à se mettre en croix avec lui.
Après avoir obtenu le même effet en faisant varier les circonstances, l’in tensité du courant, l’aimantation de l’aiguille, la na ture du fil et leurs situations respectives, il en conclut que les courants agissent sur les aimants et les dépla cent; Ampère montra ensuite quelles étaient les lois suivies par ces déplacements;il fonda l’électro-magné tisme et en découvrit une des plus belles applications, le télégraphe. On ne s’en tint pas là : par une suite d’expériences et d’inductions habilement combinées, 6
.a . _fln'.
162 L’INITIATION on trouva qu’un courant joue par rapport à un autre courant le même rôle qu’un aimant; l’électrodyna mique prit place àcôté de l’électro-magnétisme; enfin Faraday aperçut, dans le même phénomène, un nou veau genre d’actions qui, par la manière dont il les interpréta, transformèrent l’électricité et la portèrent au rang qu’elle occupe aujourd’hui dans l’enseigne— ment et dans l’industrie, dans la théorie et dans la pratique.
Au point de vue de l’étude du phénomène exclusi— vement considéré dans ses rapports prochains avec d’autres analogues, on avait sans contredit accompli un progrès considérable, et l’utilité indirecte des résultats obtenus contribuait à en rehausser l’impor— tance; mais, si on envisage la question d’une autre manière, si on demande aux savants ce qu’est un courant et ce qu’est un aimant, ils répondront qu’ils n’en savent rien, que de longtemps on n’en saura rien et que, sans aucun doute, on ne parviendra jamais à en connaître la nature ultime, car pour cela, il fau— drait connaître la matière elle—même.
Ils ne sont guère plus avancés aujourd’hui qu’au temps d’Oers— tedt, le mystère de l’électricité reste aussi insondable, ils ont appris seulement qu’il existe entre ces phéno mènes et les phénomènes mécaniques, calorifiques et lumineux une connexion qu’ils espèrent bientôt dé terminer complètement.
On nous accusera peut-être d’avoir mal choisi notre exemple, on dira que l’optique présente non seule— ment des lois particulières, mais une hypothèse d’ensemble, un essai de synthèse générale, qu’en . r. ,.. . . ._......hæ.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 163 optique on ne procède désormais qu’à l’aide du cal cul, ce qui permet de prévoir les expériences non encore réalisées et d’expliquer les anciennes.
Mais le calcul lui-même repose sur une véritable définition de la lumière, de là l’illusion: on oublie encore une fois que la définition, base nécessaire pour établir des équations, n’est qu’une convention et qu’à ce titre elle ne peut nous renseigner qu’approximativement sur l’objet qu’elle définit. _ Inutile d’ailleurs de continuefcette analyse qui a tout l’air d’un réquisitoire, nous n’avons nullement l’intention de déprécier la valeur de la science, tenta tive absurde que rien ne justifierait.
Nous avons voulu seulement montrer dans quel cercle relativement res— treint se meut forcément l’investigation tant expéri mentale que mathématique, les bornes qu’elle ne peut franchir, en un mot le caractère de superficialité et d’extériorité qui la distingue; nous renvoyons ceux qui désireront de plus amples détails sur la question au remarquable travail de M. Barlet intitulé Initia tion.
Qu’on retienne donc ceci : que la précision des méthodes dont nous venons de parler tient surtout à leur mode d’emploi et il n’est pas prouvé que ce der nier s’applique également bien à tout autre sujet qu’à l’observation des faits naturels.
Aussitôt deux solu— tions apparaissent : si l’infaillibilité du procédé scien tifique ne se dément pas quelles que soient les cir— constances, on devra s’en servir exclusivement; s’il perd son efficacité dès qu’on le transplante hors de son terrain d’origine, et si d’autre part il est prouvé
164 L’INITIATION qu’il est le seul sur lequel on puisse compter, on devra se renfermer dans la physique et ses annexes et n’en plus sortir.
' Or, quoiqu’on fasse, il y aura toujours des poètes et des artistes qui ne se conduiront jamais d’après une équation et qui refuseront toujours de s’en tenir à l’expérience ; «les sentiments n’abdiqueront jamais», ils ont et auront toujours leur place à côté de la raison, car ils font partie intégrante de notre individu, autant que celle-ci. .
Afin d’échapper à ce dilemme, Auguste Comte, les sensualistes et les évolutionnistes de l’école anglaise ont proposé une solution mixte.
Les efforts de l’esprit pour pénétrer au cœur des choses, ses tentatives pour expliquer l’homme et l’univers n’ont pas abouti :’au delà de l’enchaînement des effets on n’a rien pu déchiffrer, l’inconnu nous enveloppe et nous opprime, nous ne nous en débarrasserons pas parce que dans cet inconnu il y a un inconnaissable.
Nous avons cherché avec les religions à calmer notre inquiétude, mais nous n’avons réussi qu’à nous tromper nous— mêmes, par l’exagération du sentiment et par l’illu— sion de l’imagination.
Cette sorte d’hyperesthésie de la sensibilité, de la partie passive du moi, jointe à la faculté d’abstraction que nous possédons à un haut degré et qui a présidé à la création du langage lui même a aussi donné naissance à la métaphysique qui n’est qu’une forme épurée de la religion.
La méta physique ne correspond à rien de réel en dehors de nous, elle ne repose que sur des mots, sur des entités que nous fabriquons d’instinct, aussi involontaire— «lu—«2‘
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 165 ment, aussi inconsciemment que l’abeille qui secrète son miel.
Puisqu’on ne peut pas absolument interdire à l’homme de se livrer à ce jeu puéril, et qu’on ne l’en déshabituera pas de sitôt, l’hérédité et le milieu s’y opposant, il faut essayer de lui montrer l’inanité de ses croyances et de ses préjugés et leur inutilité dans la vie des individus comme dans celle des sociétés et l’amener ainsi peu à peu à rechercher les seuls biens sur lesquels il puisse vraiment compter, à en jouir et à s’en contenter.
Examinéçs de près toutes les doctrines positivistes sont utilitaires; autant elles brillent dans la polé mique par la fécondité des arguments, autant elles se font remarquer par la pauvreté des motifs quand il s’agit d’instituer une nouvelle morale, un nouveau credo humain.
On s’aperçoit que la science d’où elles découlent est impuissante dès qu’elle veut em piéter sur une contrée qui n’est pas la sienne, et qu’il est impossible de se passer entièrement des principes métaphysiques.
Il importe par conséquent de séparer dans les systèmes contemporains deux classes de théories : les unes, de combat, réfutent les idées qui jusqu’alors avaient prévalu et généralisentla méthode usitée dans les sciences; les autres, de rénovation, ont pour but d’établir les règles à suivre lorsqu’on aura ,rompu avec la tradition et de prévoir les conséquences qui en résulteront pour le développement futur de l’humanité. Le vieil axiome « qu’il n’y a rien dans l’entende Lment qui n’ait été auparavant dans les sens » pour—
I 66 L'INITIATION rait servir d’épigraphe à la plupart des ouvrages de l’école, tous ses partisans l’ont accepté sans hésiter et c’est sur lui qu’ils ont basé leur psychologie.
Les progrès de la biologie ont conduit à reconnaître qu’il n’y a pas de différences sensibles entre l’orga nisme humain et celui des mammifères supérieurs, plus de délicatesse et plus de complexité dans les organes, une augmentation de la matière nerveuse aux dépens du muscle, voilà tout.
On sait aujour— d’hui que nos ancêtres se rapprochaient singulière ment de la brute et que leur civilisation était si rudi— mentaire qu’on ne sait trop ce qui distinguait les con temporains de la pierre taillée de ces anthropo— morphes qui se servent d’un bâton pour se défendre. On ne peut nier l’évolution graduelle de l’humanité et il y a sans doute moins de ressemblance entre un Pascal et un de ces premiers hommes qu’entre celui—ci et un singe.
De même que l’embryon humain, dans les phases successives de sa formation oflre les carac— tères principaux des divers types de l’échelle animale, depuis la cellule vivante jusqu’aux mammifères, de même l’esprit, suivant une progression analogue, se perfectionne en passant par les degrés correspondants, d’abord agglomérat informe d’états de conscience simples et à la fin mécanisme merveilleùx de sensa— tions, d’images et de volitions que nous nommons âme.
Par suite d’une illusion qu’il est aisé de com— prendre, disent les psychologues anglais, l’homme a pris l’habitude de se considérer, en tant qu’esprit. comme une unité indivisible, comme une monade indissoluble et indépendante ; pour étudier cet être
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 167 surnaturel il fallait une méthodeà part et on a inventé la méthode psychologique; on se gardait bien de dis— séquer et de*décomposer en parties élémentaires ce qui semblait former un tout, et on a créé des entités et des noms pour les désigner : volonté, intelligence, sentiment, sensibilité qui n’expliquent rien et ne nous servent qu’à déguiser notre ignorance.
Pendant des siècles on a cru la terre immobile au centre du monde et on a imaginé des mécanismes compliqués afin de se rendre compte du mouvement des astres, l’astro nomie moderne a fait justice de ces erreurs et, nous remettant à notre vraie place,a prouvé que notre petit globe suivait la loi commune; il convient d’opérer une révolution également nécessaire en psychologie et de montrer au roi des animaux que spirituellement ’ aussi bien que matériellement il ne se différencie de ses humbles sujets par aucune propriété nouvelle.
Dans la multitude des composés organiques et inorganiques qu’on envisageait autrefois comme autant de matières distinctes, le chimiste ne voit que des combinaisons d’un petit nombre de corps simples qui ne sont eux-mêmes probablement que des agré gats divers d’une matière unique; dans l’apparente variété des forces naturelles, le physicien reconnaît le même principe dynamique qui se manifeste à nous sous divers aspects.
L’analyse et l’expérimentation nous ont conduits à ces résultats, par elles on prétend aujourd’hui transformer la science de l’esprit. Her bert Spencer, Bain, Taine, Ribot, Wundt, pour ne citer que les plus célèbres, ont entrepris la réforme et l’ont accomplie. Ils ont trouvé, dans la sensation
168 L’INITIATION r-.-....—rI ‘ infiniment petite, dans ce qu’ils appellent le choc ner veux, l’élément primordial de la conscience d’abord, de la pensée ensuite et finalement de la connaissance. Ecoutons parler M. Taine : « Notre connaissance se compose de jugements généraux qui sont des couples d’idées générales.
Les idées générales elles—mêmes sont des signes présents dans l’esprit, en d’autres termes des images mentales ayant la propriété de n’être évoquées que par une certaine classe d’expé riences, et de n’évoquer qu’une certaine classe de souvenirs. Une image mentale est une sensation spontanément renaissante.
Une sensation est un com posé de Sensations élémentaires plus petites, celles—ci de même, et ainsi de suite, tant qu’enfin, au terme de l’analyse, on est autorisé à admettre des sensations infinitésimales, toutes semblables,lesquelles par leurs divers arrangements produisent les diversités de la sensation totale. » Telle est la conclusion du Traité de l’Intellz‘gence, et par ce motl’auteur n’entend pas seulement, comme on en avait coutume avant lui, la partie raisonnante de l’âme, mais bien l’ensemble des facultés mentales ; or on n’y trouve pas une ligne sur ces notions abstraites, sur ces sentiments vagues et cependant si profonds et si tenaces que tout homme porte en lui, sur l’idée de Dieu, le sentiment du devoir, le sentiment de l’idéal et de la perfection.
On a le droit de s’en étonner, car on n’a jamais résolu ' une difficulté en la passant sous silence, surtout lors— qu’elle est aussi considérable que celle—là qui a déses péré maints philosophes et dont la résolution fait l’objet de la métaphysique. '- na...-, v_. ’_ __ ' . ‘k._‘,', _h' ‘ë.,ÿ, ).N. ,...,ép
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE D’ailleurs cette abstention prudente n’est pas parti culière à M. Taine, les positivistes ne s’avancent qu’avec beaucoup de réserve quand il s’agit des con— ceptions générales; « ils ressemblent à ces commen tateurs qui accumulent des notes sur les passages relativement faciles de leurs auteurs et qui n’en ont aucune sur les passages vraiment difficiles (1)». Nous nous garderons toutefois d’insister.
Sans sortir des limites de l’ouvrage on peut voir que la base manque de solidité. Y-a—t-il des sensations infi‘ aiment petites qui composent la sensation propre— ment dite. et d’abord que signifie le terme : sensation infiniment petite?
Comme le remarque M. Alfred Feuillée, en dehors de la sensation consciente, on ne trouve que la sensation inconsciente; or la sensation infiniment petite doit être inconsciente,sans quoi elle ne différerait pas de celles que nous avons coutume d’envisager et serait par suite finie, mais un nombre quelque grand qu’on l’imagine d’états inconscients ne produira jamais qu’un état résultant également in— conscient, une infinité de zéro équivaut à zéros, et on a bien soin, dans le calcul différentiel, d’échapper au cercle vicieux en définissant l’infiniment petit une quantité qui tend vers zéro mais qui ne devient jamais nulle ; nos psychologues n’y prennent pas garde, et donnent prise ainsi à une critique aisée et à des objections sérieuses.
A un ébranlement extérieur faible correspond. une sensation faible, il y a un mo ment où l’ébranlement n’a pas assez de force pour ' (i) E. Beaussire, la Personnalité humaine. -x
I 70 L’INITIATION produire un état de conscience appréciable; nous ne percevons un son que lorsqu’il possède une intensité déterminée, variable avec la hauteur, de même il faut une certaine quantité de lumière pour que notre nerf optique en ressente l’effet; quand la force vive du mouvement sonore ou lumineux a dépassé ces limites, nous ne nous apercevons plus de Çrien, mais l’action initiale n’en a pas moins lieu, elle se perd seulement pendant le trajet de l’extrémité du filet nerveux aux centres sensitifs supérieurs; or le son, produit par une corde de violon par exemple, résulte de la j uxtaposi tion de vibrations simples, dont chacune d’elles, prise à part, ne suffit pas pour impressionner l’ouïe, mais qui, réunies, l’afl'ectent parfaitement.
Faut—il en conclure, avec M. Taine, que la sensation sonore se compose d’une multitude de sensations élémentaires causées par les dites vibrations ?
Ne peut-on pas dire aussi bien, comme M. Feuillée, que l’impulsion répé— tée parvient à faire naître un état mental que l’impul— sion unique était impuissante à susciter, par le seul effet de la répétition P Cette explication présente beaucoup d’analogie avec celle qu’on donne en phy sique de l’expérience bien connue du disque blanc portant un secteur rouge, qui, en tournant avec rapi dité, paraît entièrement rouge, et dans ce cas, on n’a jamais songé à la contester; inutile par conséquent d’invoquer l’inconscience qui ne simplifie pas la question et l’embrouille au contraire.
Mais si l’on accepte les prémisses, tout le système s’enchaîne si logiquement, les conséquences se pré parent les unes les autres et se succèdent si ingénieu t
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE 171 . .... .. in... I ; . .. 1,, : 1 7 r sement qu’on n’en peut repousser aucune et on arrive finalement au déterminisme, que l’on ne prévoyait pas au commencement, et contre lequel on ne se sent plus capable de protester.
En effet, toute sensation provient d’une excitation, ' elle est donc accompagnée d’une agitation molécu laire de la substance nerveuse; tout acte mental naît d’une combinaison d’images, partant de sensations, et se traduit extérieurement.par un ébranlement mé— canique ; nous devons regarder toute pensée comme la face subjective d’un événement qui, objective— ment, se réduit à un phénomène de mouvement.
Or, on sait aujourd’hui, de science certaine, que le mou— vement ne se crée pas plus que la matière, qu’il n’y a que des transformations de forces, “et que la somme totale d’énergie renfermée dans l’univers reste con— stante.
D’autre part, ces transformations s’effectuent d’après des lois fixes qui ne laissent rien au hasard ni à une initiative individuelle; par suite, notre exis— tence se trouve aussi exactement déterminée que celle d’un cristal ou d’une plante et lorsque nous nous imaginons agir sous l’influence de sentiments que nous croyons nôtres, nous nous bornons à transfor— mer du mouvement venu de l’extérieur, comme des machines motrices qui dépensent en travaux divers la puissance emmagasinée dans le charbon qu’elles absorbent.
Nous nous croyons libres parce que nous vivons dans l’ignorance des vrais motifs qui nous font agir. Il n’y a donc pas de volonté, pas de principe abstrait qui dirige les actes, il n’y a que des volitions et la volition n’est que l’apparence produite en nous
i 72 L’INITIATION ‘ par l’antagonisme de plusieurs images concomitantes dont chacune tend à envahir le domaine intérieur et dont une seule réussit à devenir prépondérante, aux dépens des autres qui s’effacent et disparaissent dans le fond inconscient du moi.
Les péripéties de la lutte sont d’autant plus nombreuses et plus variées, le triomphe définitif d’autant plus accusé que l’individu jouit d’une organisation mentale plus complexe et occupe une place plus élevée dans la série animale.
Au lieu d’assister au conflit en spectateurs impas— sibles, nous nous assimilons aux acteurs, de même que nous nous revêtons de nos sensations et voilà d’où découle l’illusion de la volonté, illusion sem blable à celle du voyageur qui, voyant de la portière du wagon les arbres et les maisons défiler devant lui, transporte en eux son déplacement et s’attribue leur immobilité.
LOUIS WEBER. (A suivre.) äA ÿammr DE ,iwvnwr ÏÊA science vieille, froide, correcte, abstraite..., essaye de se rajeunir et de se revêtir des charmes de la jeunesse. Elle essaye de se débarrasser, physi quement au moins, du lourd manteau de vieillesse qui l’accable. Nous, les partisans du passé, nous
LA FONTAINE DE JOUVENCE 173 .F -pr_-‘p_ I sommes plus vieux et plus jeunes tout à la fois. Notre science ne date pas de ce siècle, nous évoquons les ombres des temps écoulés pour les faire revivre et nous inspirer de leurs travaux.
Nous, les jeunes et les convaincus, nous sortons des langes des tom beaux les secrets des alchimistes si longtemps dédai gnés; nous semons leur poussière fécondante qui maintiendra vivace l’adolescent, notre esprit ouvert à toutes les innovations et à tous les progrès. Loin de marcher en arrière, nous devançons l’avenir, mais un avenir qui est la résurrection d’un passé supérieur à notre modernisme.
Nous nous vieillissons par les connaissances ac— quises, mais nous restons jeunes et refusons — ou tout au moins dédaignons— les inoculations de verdeu’r préconisées à l’Institut. Le physiologiste Brown Séquard, du Collège de France et de l’Aca démie des sciences, a retrouvé, parait-il, un regain de vigueur qui l’étonne, par l’injection hypodermique d’un amalgame hétérogène formé de glandes viriles de cobayes.
Les vulgaires cochons d’lnde vont donc désormais remettre à neuf toutes les vieilles gens de notre terre, plus vieille encore ! Une nouvelle pierre philosophale —— la jeunesse — est à l’ordre du jour. La jeunesse, encore la jeunesse, et toujours la jeunesse, voilà le nouveau but de la science. Il n’est certes pas à dédaigner, car c’est le temps de l’action et non des discussions vaines et stériles.
Nous n’en sommes pas encore à l’admiration mutuelle, à la négation de ce qui n’est pas nous, et si quelques uns de nous ont le corps avancé en âge, leur esprit est
I 74 L’INITIATION plus jeune et plus actif quejamais. Il n’est nul besoin pour nous de nous faire inoculer la science acadé mique, non, je veux dire la jeunesse. Les expériences de M. Brown-Séquard sont con cluantes et vérifiées.
En effet, le Dr Variot communi quait dernièrement à la société de Biologie (29 juin), les résultats d’injections de liqueur fortifiante faites par lui à trois vieillards décrépits et qui leur avaient rendu les forces et la puissance virile. Le vent scien« tifique est donc à l’inoculation sous toutes ses formes. Voilà quatre faits en faveur de la nouvelle méthode et elle est admise.
Nous, nous multiplions et contrô lons des milliers de fois nos expériences et elles sont déclarées fausses. N’insistons pas... Les interprétations de cette jeunesse brevetée 5. g. d. g. sont nombreuses. Il y a probablement sug— gestion, réaction de l’imagination du sujet sur lui— même.
En outre, l’injection d’un corps étranger sous la peau détermine une irritation, un afflux sanguin une suractivité de l’organisme qui expliqueraient jusqu’à un certain point l’augmentation de circulation cérébrale due à une hypérhémie propagée de proche en proche.
A notre tour, Messieurs les savants, de vous dire de multiplier les expériences pour que nous, les gens du gros bon sens, nous croyions, et au besoin recou rions à vos méthodesparfois dangereuses. Il est né— cessaire de faire l’étude microscopique des tissus des inoculés — quand il en mourra -— et de ceux qui ne l’ont pas été. Il en faudra voir les modifications intimes, non avec les yeux de la foi, mais avec ceux .. _ - . L . .. ...-.À.Ï.À,—ufl.
LA FONTAINE DE JOUVENCE 175 1 du doute éclairé qui exige la vive lumière pour se dissiper (i). Si ces modifications existent réellement dans la grande majorité d’un nombre considérable de faits, nous n’imiterons pas votre négation à outrance, et nous nous inclinerons devant la vérité! Dr FOVEAU DE GOURMELLES. Œaa ll‘%mur a êËownr. ou LA SCXENCE DE L’AME ET DES ÉTOILES EN 2 PARTIES PAR *** Londres, Redway. Prix: 3 dollars = 18 fr. 75.
PRÉFACE (2) ÊES motifs qui ont déterminé l’auteur à assumer la responsabilité d’un traité purement occulte ofiert au public sont, en quelques mots, les suivants : Durant près de vingt ans, l’auteur s’est consacré avec ardeurà l’investigation des royaumes cachés de la force occulte ; les fruits de ces travaux mystiques ayant été jugés par quelques-uns de ses amis personnels comme d’une grande valeur et d’une importance réelle, il a (1) A repos d'études histologiques ou des tissus, signalons l'appui tion de la 3* édition du Manuel de mx’croxcopie clinique des rofesseurs B12zozr:no. de Turin et FIRKET, de Liège (Manceaux, éditeur, Bru xelles.
1 vol. in 8° de 550 pages avec planches. 18 fr.) Mis au courant des derniers progrès dela science. c‘est un traité indispensable aux médecins et aux microbiologistes, surtout par le temps de bacilles où nous vivons. . (2) Cette préface a été traduite pour l’Im‘tiation par F.-Ch. Barlet.
1 76 L’INITIATION été finalement conduit à condenser, autant que cela était possible, les résultats généraux de ses recherches en une série de leçons destinées à l’étude privée de l’occultisme.
Cette idée fut enfin réalisée et prit une forme extérieure; une fois complète, elle offrait dans son ensemble les deux aspects de la doctrine occulte telle qu’elle est vue et réalisée dans l’âme et dans les étoiles, correspondant au microcosme et au-macro cosme de l’Égypte et de la Chaldée anciennes; don nant ainsi un rapide abrégé de la philosophie hermé tique. I.e terme hermétique est employé dans son sens véritable de scellé et secret.
Après que ces leçons eurent rempli leur but origi nal, des circonstances extérieures nécessitèrent leur adaptation à un cercle plus étendu d’intelligences.
La raison principale qui obligea à cette détermina tion nouvelle a été dans les énormes efforts actuelle ment développés systématiquement dans le but d’em— poisonner la spiritualité de l’esprit occidental qui commence à s’épanouir, d’enchaîner sa mentalite médiumistiqué dans les dogmes subtils et illusoires du Karma et de la Réincarnation, tels qu’ils sont enseignés par les sacerdoces de l‘Orient en déca dence.
Ces quelques mots font voir que le présent ouvrage est publié dans un but bien défini, celui d’expliquer la véritable communication spirituelle entre Dieu et l’homme, l’âme et les étoiles, et de révéler les vérités réelles du Karma et de la réincarnation tels qu’ils existent vraiment dans la nature, dépouillés de toute
THE LIGHT OF EGYPT. 177 interprétation sacerdotale. Les (enseignements véri tables donnés sur ces sujets sont des faits absolus autant que l’homme incarné peut les comprendreà travers le symbolisme du langage humain, et l’au— teur défie la contradiction de toute autorité vivante qui possède le droit spirituel de dire « Je sais ».
Dans ces vingt années de commerce personnel avec les intelligences sublimes de ceux qui constituent la fraternité de lumière, un fait s’est révélé: c’est que, depuis des siècles, l’Orient a perdu l’usage véritable de la boussole spirituelle de l’âme, aussi bien que les secrets de sa propre philosophie.
En tant que peuple, les Orientaux étaient et sont encore sur l’arc descen dant du cycle de leur race, tandis que la race occi dentale suivait lentement à travers la matière sa voie vers la région supérieure de son arc ascendant. La voici déjà à l’équateur de son développement mental et spirituel.
L’auteur ne craint donc pas le résultat final des révélations occultes offertes dans le présent ouvrage, à cette époque de grande crise mentale de la race. Après avoir expliqué les causes véritables qui ont déterminé l’auteur à assumer cette responsabilité, il est encore nécessaire de déclarer hautement que son intention n’est nullement"d’imprimer dans la pensée du lecteur l’idée que l’Orient soit dénué de toute vérité’spirituelle.
Bien au contraire, il n’est pas de véritable étudiant de la doctrine occulte qui ne soit justement fier des sommets neigeux du _vieil Hindous— tan, qui n’apprécie complètement les masses prodi gieuses de connaissances mystiques cachées dans les
I 78 L’INITIATION sommets astraux de la branche Hindoue de la race Aryenne. C’est en Inde, probablement, plus que dans toute autre contrée que les forces latentes et les mys tères de la nature servent le plus de sujet à la pensée et à l’étude. Mais, malheureusement ce n’est pas une étude progressive!
L’arc descendant de cette force spirituelle les retient enchaînés aux dogmes, aux tra ditions, à l’exterminalisme d’un passé déchu, dont ils ne savent plus pénétrer les secrets réels. Les vérités vivantes toujours cachées derrière les symboles, dans la lumière astrale, sont masquées à leurs vues par les rayons du soleil couchant de leur cycle spirituel.
Ainsi donc le seul fait que l’auteur désire graver dans l’âme sincère de son lecteur est que ses plus sérieux efforts tendent à dénoncer cette section particulière de la Théosophie Bouddhique (prétendue ésotérique) qui aurait pour effet de river les fers des dogmes théologiques sur le génie de la race occidentale qui s’éveille.
C’est contre les illusions des systèmes orientaux que ses efforts sont dirigés, non pas contre larace ni contre les individualités médianimiques qui endossent et défendent ces systèmes. Car omnz’a rin— cit yeritàs ; telle est la devise adoptée pour la vie par: L’AUTEUR. 1*! TABLE DES MATIÈRES PREMIÈRE PARTIE. — SCIENCE DE L’AMI: Introduction. Section I. GENÈSE DE LA VIE. — I. Le Royaume de l’Esprit (Involution de l’idée divine). —— 2. Le Royaume
THE LIGHT OF EGYPT. 179 de la Matière (Évolution et cristallisation de la force).— 3. Origine de la vie physique (expressions progressives . de polarité). — 4.. Mystères des Sexes (différentiation de l’esprit bi-un). Section II: TRANSITION DE LA VIE. — I. Incarnation et Réincarnation (ses vérités; ses vérités apparentes; ses illusions). —2. Constitution hermétique de l’homme (les principes en face des résultats; contradictions aplanies.) — 3. Karma (Sa nature et son influence réelles). — 4. Médiumnité (sa nature universelle, ses lois, ses mystères). Section III: RÉALITÉS DE LA VIE. — I. L’Ame (Sa nature et ses attributs). — 2. Mortalité et immortalité (processus de la Nature; l’apparence et la réalité). —-y 3. Le Satellite obscur (la sphère de la chute et du Dieu‘ non développé). —— 4. Triomphe de l’âme humaine (adeptat; sa nature ; comment il peut être atteint). DEUXIÈME PARTIE. -- SCIENCE DES ÉTOILES Introduction. 1. Principes fondamentau’x de la science du Ciel. — a. Réfraction et distribution de la Force Solaire. — 3. Influence de la force stellaire sur le cerveau humain. — 4. Actions des étoiles sur l’homme. —— 5. Conclusion des principes fondamentaux; l’Alchimie et les Etoiles; Nature alchimique de l’homme. — 6. Les pouvoirs et les potentialités des douze signes. — 7. Les pouvoirs et les potentialités des douze signes (Suite). —- 8. Les pouvoirs et les potentialités des planètes. — 9. Les pou voirs et les potentialités des planètes {Suite}. —— IO. Ap plication pratique de la science des Étoiles. CONCLUSION La chaîne mystique, ou l’Union de l’âme et des Étoiles
I 80 L’INITIATION DÉDICACE A la spiritualité épanouissante de l’Occident et au Génie, qui s’éveille, de la race Occidentale Cet ouvrage est respectueusement dédié PAR L’AUTEUR _ , ‘M’4 ’."
PARTIE LITTÉRAIRE EN ÈRAGMENT äur était—il? Un magnifique pasteur de races ou un sanguinaire halluciné? Un Ram mystérieux capable de donner à l’évolution humaine un souverain coup d’épaule ou bien un Attila d’aspirations? Que seraibil devenu S’il avait pu vivre? Aurait-il donné la forme à son rêve, devant les yeux stupéfaits du . monde ?
Était-ce un-faible rêveur fasciné, comme le ' fut toute une génération, comme le fut même Balzac, par le destin de Napoléon? Énigmes que la Mort a marquées au sceau de l’lnconnaissable! C’était un jeune homme doux et frêle, avec des yeux candides. J’ai trouvé, dans ses papiers, des notes — rêveries écrites —— dont je détache le fragment qui suit: « Mon rêve d’action, je ne l’aurai pas vécu...
« Devrai—je pas subir le dédain même du tombeau qui recevra mon corps d’impuissant méditateur, pareil aux femmes stériles, aux hommes superflus, vaines ombres rivées au néant par la futilité de leur désir et de leur verbe? Car je n’ai pas, adolescent encore, suivi l’héroïque conseil des voix mystérieuses enten
1 82 L’INITIATION dues avec les augustes frissons de l'enthousiasme. .\Ia chair n’a pas connu le baiser de l'épée. Et par delà, la mort dénégatrice d’absolution me consumera le regret de l’œuvre que je n’aurai pas su créer. « Vers l’Orient, d’où descendent les races, je serais parti, les reins ceints de cuir, l’âme éprouvée à l’indé— fectible mépris de la défaillance.
Là, dressant leur immortelle virginité vers les étoiles, les cimes liliales de l’Himalaya s’indignent de voir l’impudeur de l’oppression s’étaler jusqu’à leurs pieds immenses. Une vile nation de marchands installa ses comptoirs au bord du Gange sacré. Le bruit de leur commerce ne craint pas d’insulter à la méditation des saints, et leur joug pèse impitoyablement sur les peuples.
Où Teppoo-Saheb—Behadour échoua, combattant préma turé, j’aurais triomphé, car l’heure est venue. Réunis— sant pour l’élan suprême de la révolte les occultes volontés qui frémissent dans l’attente du signal, j’aurais brisé les fers anglais.
« Autour de mes étendards cabrés dans le vent de la délivrance accourraient, des quatre points de l’horizon, tous les aventuriers, tous les héros latents, tous les obscurs qui souhaitent la mort de Byron à Missolonghi. Qu’ils soient là pour la gloire _ des sublimes dévouements ou pourles pillages entrevus par leur cupidité, qu’importe! Ils y sont, instruments d’un plus haut vouloir inconnu.
« Mes armées exaltées de l’ivresse subséquente à la définitive victoire, je les entrainerais, d’une ruée unanime, vers le Nord, et j’occuperais les plateaux asiatiques, ayant, à trente ans7 comme Alexandre, .. 'ÜIM‘)’L’1
UN FRAGMENT 183 conquis le tiers du monde. Bientôt, les hordes de Mogols et de Tartares, toujours prêtes à suivre l’épée d’un Gengis-Khan, secouées de leur actuelle hébétude par la rude main de mes lieutenants, armées des engins de l’Occident moderne, marcheraient, arrière garde colossale, sous mes drapeaux d’envahisseur.
Puis, dirigeant vers l’isthme de Suez, vers les sables endormis de Mizra'im, la monstrueuse avalanche humaine quotidiennement accrue au passage, nous traverserions l’Afrique, enrégimentant les peuplades noires et les maigres Arabes pour le formidable effort . projeté. Alors il me faudrait fouler en dompteur ta terre, 6 vieille Europe!
« Ah! bien souvent, quand sur le campement vaste comme une contrée s’abattait le calme sommeil du soir après le sac des villes, tandis que dans la solennité du silence étoilé veillaient autour de ma tente les jeunes guerriers de ma garde, habiles à faire voler une tête d’un seul coup de cimeterre, ah ! bien souvent j’interrogeai mon âme: « Les houles barbares que je déchaîne ont abîmé des bonheurs et des roses.
Le désert et le malheur ont surgi de leurs traces. Où roula leur flux néfaste, des clameurs de douleur et de haine ont maléficié l’atmosphère; des innocents ont tordu dans l’agonie leurs muscles tranchés, des enfants furent égorgés sur la mamelle des mères hurlantes, et les femmes ont saigné sous les voluptés horribles. La tempête a passé sur des nids de colombes. Ah! Seigneur, est-elle juste, l’œuvre de désastre et de sang? « Oui, les faibles sont ceux qui doutent: Je suis
1 84 L’INITIATION celui qui sais. Que pour les vulgaires épouvantés mon nom soit exécrable autant que celui d’Attila ou de Tamerlan, que m’importe le bégaiement de ces pauvres êtres? Les aigles seuls ont contemplé les cimes. Les hiérarques futurs et les poètes compren dront le magnanime tueur d’hommes.
« Car, si j’ai ceint le glaive exterminateur; si, pendant ma dure jeunesse, je n’ai reposé que sur la terre des plaines mon encolure inaccessible aux étreintes d’amour; si j’ai fait que mon image traverse les Songes des vierges, farouche comme la noire en volée d’Azraël, c’est qu’un vaste dessein me gonflait la poitrine.
Je me souviens, quand j’entrais dans les villes délivrées, au pas rythmé de mon coursier de guerre, des femmes sont venues baiser mes étriers sanglants. Mais la Mort seule possédera son dur fiancé... . o . a a - . . . . . . . - . . . o ÉMILE MICHELET. nennouaaeam Poésie: Toute la Comédie, par ROBERT DE LA VILLEHERVE. -— Un vol. 3 fr. 50, Léon Vanier, éditeur. Tout l’univers est là dans 1103 bagages.
Ainsi s’eXprime par la lyre de notre collaborateur M. Robert de la Villehervé, le régisseur du théâtre annonçant l’exhibition des décors. ’ Ainsi pourrait dire le poète lui-même de son nouvel et excellent ouvrage intitulé Toute la Comédie. Car, sous ce titre symbolique et à l’aide d’un cadre } ,
BIBLIOGRAPHIE 18 5 plus symbolique encore, c’est la comédie humaine dont il nous offre d’un bout à l’autre un spectacle plein d’ironie et de bons mots, toujours original et intéressant. C’est là l’œuvre d’un véritable artiste et surtout d’un profond penseur. Plaisant ou sévère, railleur ou grave, idéal ou réel, allégorique ou descriptif, jamais le philo sophe ne quitte le poète; Oreste et Pylade étaient moins amis.
Que de réflexions originales et plaisantes, que de mélancolies charmantes et vraies, que de pensées déli cates et sublimes, M. de la Villehervé trouve pour nous parler de Pierrot le paresseux, d’Arlequin toujours jeune, du Gendarme, . . . .
Une paire de moustaches Sous un chapeau de cuir bouilli ou pour décrire un repaire de bandits, une prison, un palais de roi, le rivage de la mer, Cette charmeresse à la robe entr'ouverte Qui datis des lits de nacre endort les naufragés. Incroyable est la variété du style comme du sujet. Presque toutes les formes de verstfication, presque tous les mètres connus sont employés tout à tour avec un égal bonheur.
La ballade après les sonnets, la strophe légère, sautillante et ingénieuse après l’alexandrin, tantôt incisif, toujours indépendant. Ce livre est fait pour tous et chacun y trouve ce qu’il aime. Tous les goûts y sont satisfaits.
Rieurs et saty riques, lisez Le Pédant, apprenez par cœur Le Gendarme; esprits indépendants qui dédaignez la mode et les banalités conventionnelles , écoutez ce qu’on dit de Polichinelle : . . . . . .. moi, comme il est drôle, Je l‘aime jusqu'au mot final. Parce que, fidèle à son rôle, En lui du moins rien n’est banal, ‘ Qu‘il ne fait pas pour les boutiques Des poèmes patriotiques. N'a pas de vertus domestiques Et n'écrit dans aucun journal. Dons Juans vous avez votre mot; poètes de tous genres ne laissez pas échapper un seul vers; rêveurs arrêtez—
I 86 L’INITIATION vous surtout à La Fée; amants et amoureux la part vous est belle (et ce n’est que justice, vous, les éternels prati ciens de la vraie poésie), en outre des pages consacrées à vous seuls,je vous recommande la délicieuse compa— raison de la duegne et de la soubrette et la comédie charmante de Pile Enchantée où sont si spirituellement raillées les fadaises langoureuses de l’amour; mais je vous recommande surtout le Pantoum des Baisers.
Il n’est pas jusqu’à l’Occultiste qui n’ait un sonnet sur le sanctuaire de la Magie. Quant aux physiognomonistes disciples de plus en plus nombreux de nos amis Polti et Gary (I), ils verront avec plaisir dans le Matamore un vers décrivant la courbe du nez du héros.
Enfin, pour résumer par un vers du poète, amateurs de poésie, connaisseurs ou même gourmets, lisez le livre de M. Robert de la Villehervé et je vous promets que Des festins sans pareil éblouiront vos yeux. Lucien MAUCIIEL. * :I<4 Quelques essais’dc Médiumnité hypnotique, par MM. F. ROSSI PAGNONI et D“ L. MORONI. La traduction de ce livre d’études intéressantes et impartiales vient de paraître.
Toute notre reconnaissance à Mme FRANCESCA VIGNÉ qui a traduit en français cette œuvre italienne si utile, cela malgré ses occupations si nombreuses, et l’attention de chaque instant que lui imposent l'instruction etl’édu cation pratiques de sa nombreuse et si intéressante famille.
M. et Mme Vigné sont des spirites convaincus et éclai rés, complètement dévoués à l’œuvre de propagande; leurs enfants destinés au professorat sont élevés en conséquence. Apprendre toujours et connaître la vérité, tel est la loi. de cette famille modèle. a: 4:!» (I)Auteurs de la Théorie des Tempéraments; Paris, I889, Carré, éditent.
L’ORIENT A L’EXPOSITION UNIVERSELLE 187 La Vague (2‘39 année), revue mensuelle de 96 pages in-Iô jésus parait depuis le I5 juillet rédigée par MM. GUSTAVE KAHN, rédacteur en chef, Paul Adam, Jean Ajalbert, Félix Fénéon, Maurice de Fleury, Francis Vielé-Griffin, Ch. Henry, Francis Poictevin, Henri de Régnier, Jean E. Schmitt, Stuart-Merrill, Jean Thorel, Georges Vanor, etc. Secrétaire de la rédaction : Adolphe Retté.
Avec le concours de MM. Camille Pissarro, Paul Signac, Lucien Pissarro, Georges Seurat, Dubois-Pillet, Maximilien Luce, Gausson, Émile Laforgue, Émile H. Meyer, Hayet, etc. Le numéro: I franc. — Abonnements; Paris, 10 fr.; Départements: 12 fr. -— Rédaction et administration: 9, place des Vosges.
Èl’riettt à l’Èxpsi-‘tian îÏlaiverselle Ce n’est certes pas un des côtés des moins étranges de l’Exposition que ce mélange en plein Paris, dans l’an tique Bateau d’Isis (Bar-Isis), de ces deux civilisations si différentes comme tendance intellectuelle: l’Orientale et l’Occidentale. , Nous avons une tendance à considérer l’Orient comme dépourvu de toute civilisation; c’est, à mon avis, une grave erreur.
L’Oriental est aussi civilisé que l’Euro— péen mais d’une manière toute différente. Il porte tous ses efforts vers le plan intellectuel et spirituel tandis que nous portons les nôtres vers le plan matériel. Telle est la raison pour laquelle, si les applications pratiques des sciences viennent d’0ccident, les plus hautes spécula tions philosophiques et religieuses viennent et sont toujours venues d’0rient.
Un des grands buts des occultistes modernes est l’alliance de ces deux tendances. Parcourez en observant quelque peu la Place des Invalides et vous ne tarderez pas à être frappé de tout cela. D’un côté l’architecture orientale lance dans les
I88 L’INITIATION airs ses curieux monuments, incitant I’Esprit à grimper avec eux vers le ciel qu’ils semblent vouloir escalader, Les gracieux croissants de l’initiation féminine de l’Islam luttent avec les sphères de l’initiation dorienne de l’Inde, dans cette course folle vers le Rêve de Là— Haut. Le Rêve, toujours recommencé et jamais achevé, telle est bien la sensation qui s’échappe de ces formes et de ces couleurs étranges pour nous.
Tournez-vous et de suite toutes ces belles idées de calme et de paix s’évanouissent. Le grand monument carré, tassé sur lui-même dans toute l’expression de sa brutale force, vous ramène tout à coup en plein Occi« dent. C’est le Palais de la Guerre, hérissé de mitrail— leuses, de canons et de boulets, seule église que l’Occident, soi-disant civilisé, ait pu élever en face de la Pagode indoue.
Aussi êtes-vous de suite à même de comprendre le sourire énigmatique qui éclaire la figure de l’Oriental debout en face du monument, impassiblement drapé dans ses blanches étoffes et regardant, avec cet œil qui semble ne jamais voir, ce que la civilisation du xrxe siècle a produit de plus magnifique pour le plus grand mal de l’I-Iumanité.
Pour cette fois nous ne parlerons que d’un des aspects les jplus curieux sous lesquels l’0rient nous apparaît dans l’Exposition : les Aïssaouahs. Trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi, tout à côté du gracieux petit chemin de fer à voie étroite de l’Exposition, ce coin de la place des Invalides s’éclaire d’une lueur rouge, annonçant que ce soir là les Aissouahs vont donner une représentation.
Entrons, si vous le voulez bien, dans le théâtre algérien. Le prix d’entrée relativement élevé (5 fr.), permet seulement à la foule élégante la vue de ce spectacle ; aussi ne vous étonnez pas trop des jolies toi lettes qui se pressent à cet endroit. A neuf heures précises, six grands diables d'Arabes font leur entrée, ils ont parmi eux deux chefs qu’on peut reconnaître à leur turban jaune. Une annonce de la direcrion apprend au public que ces hommes_ont,
L’ORIENT A L’EXPOSITION UNINERSELLE 189 , J ,, v» .w . .— .J<w c ;>r r rvtw g comme descendants d’Ai’ssa, le pouvoir de se faire des blessures horribles, sans le moindre inconvénient. La représentation commence aussitôt et nous pouvons assister au plus bel entraînement d’hypnotisation que nous ayons jamais vu. Un des frères se lève et se place au-dessus d’un four neau à peine allumé le dos tourné au public et vis-à-vis des deux chefs.
Une musique sourde, progressivement accélérée, se fait entendre et le patient commence à danser en secouant sa tête d’avant en arrière assez fortement pour s’étourdir et être hypnotisé en quelques minutes. De temps en temps une vieille négresse jette une note absolument discordante au milieu des sons du tambour, et cela ne contribue pas peu à déséquilibrer psychiquement le sujet.
A un moment donné, celui-ci se jette par terre aux pieds des chefs qui lui donnent la suggestion d’une voix trainante et en chantant. C’est alors que l’Aissaouah se livre à divers exercices intéres sants; mais tous facilement explicables par l’insen sibilité hypnotique.
L’un se traverse les joues, les oreilles et le nez, au moyen de longues aiguilles; l’autre danse sur un sabre nu et y appuie son ventre nu, pendant qu’un des chefs pèse de tout son poids; un autre se traverse de part en part la langue avec un long stylet; un autre mange une vipère, un dernier se fait sortir l’œil de l'orbite au moyen d’un stylet.
Quand le sujet a fini ses exercices, il se remet à danser rythmiquement devant les chefs et se réveille. Pour achever toute hypnotisation il embrasse les deux turbans de ses chefs l'un après l’autre, il regagne ensuite sa place et sans le moindre inconvénient se remet à jouer du tambour. . En résumé nous trouvons là, pris sur le vif, les procédés d’hypnotisation par le chant et la musique, procédés presque totalement inconnus en Occident.
Au point de vue scientifique, ce spectacle est un des plus intéressants que nous puissions voir. Une prochaine fois nous décrirons d’autres points curieux de la civilisation orientale de l'Exposition. P.
1 90 L’mrrurflou .1-‘2' Î’I©UVELLËS DIVERSES Signalons un article fort intéressant d’ÉMILE Gounmu sur les .Mages paru dans le Figaro du 18 juillet dernier.
'A' ‘\K 4 Le Bulletin maçonnique de la Grande loge symbolique écossaise a reproduit in extenso l'article de Papus sur le Symbolisme dans la Franc-.Maçonnerie. * -V--‘ L’œuvre intéressante de Jules Lermina, A Brûler, parait en librairie formant un élégant petit volume relié avec une préface de Papus (Prix : 3 fr.). ' * 45 4 Le Lucifer n’est pas content.
Il consacre une page à démontrer que je suis d’une ignorance crasse (sic) tou chant les principes de la Philosophie Indoue. Et tout cela savez—vous pourquoi? Parce que j’ai copié honnê tement à la page 18 de la Matlzèse du D‘ Malfati de Mon tereggio (ouvrage paru en 1849), les noms des principes indous avec l’orthographe del’auteur.ll est bien regrettable qu’en 1849 Oum ne soit pas écrit Aum comme en [889; mais je n’y puis rien.
Si les correspondants du Lucifer lisaient quelquefois les ouvrages occidentaux cités dans nos articles cela leur éviterait la peine de commettre d’aussi joyeuses balourdises. Quand une revue dite « théosophique » publie d‘aussi jolies choses, le mieux est de hausser les épaules et de continuer son travail. Le public jugera en dernier ressort et l’Initiation se gardera bien de jamais entamer une polémique avec de o pareils adversaires.
Si je suis un ignorant, ce que je crois du reste, mes ouvrages et tous mes travaux s’en ressen tiront, sinon mes lecteurs sauront le faire voir. A quoi bon dans tous les cas se disputer? . ’ P. __ ,x......._a- . .- A...-.’www«w-wav 4»4—wr'*mmœhäcdi
LES CONGRES DE 1889 191 Les ©onnaès E tees CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE INTERNATIONAL Un Congrès international auquel 60 journaux et une foule de sociétés et de groupes donnent leur adhésion et leur appui moral et matériel, réunira les délégués des écoles spirites et spiritualistes, les 9, 10, 11, 12, 13, 14., 15 et 16 septembre prochain, à Paris, de 9 h. à midi, de 3 à 6 heures, au Grand-Orient, 16, rue Cadet.
Les séances des 15 et 16 septembre seront consacrées à la lecture d’un rapport qui synthétisera les travaux des commissions diverses pendant les premiers six jours du Congrès et aux discours qui devront y être prononcés. De nombreuses invitations seront faites pour ces deux séances qui s’ouvriront à 2 heures de l’après-midi.
Les orateurs qui parleront le 15 et le 16 traiterontEdes deux points fondamentaux suivants sur lesquels tous les congressistes sont d’accord : 1° la persistance du Moi conscient après la mort autrement dit l’immortalité de l’âme ; 2° les rapports entre les vivants et les morts. Il est convenu que pendant ces deux jours de séances, et devant les invités non initiés, les questions sur les quelles l’entente commune n’est point faite seront écartées.
Les adhérents au Congrès sont conviés à envoyer, avant le 15 août prochain, au bureau de la Commission exécutive, 1, rue Chabanais (chez M. Leymarie), des mémoires sur les sujets dont ils voudront saisir le Congrès , la Commission les classera dans la section à laquelle seront attribués les travaux similaires; chacun sera libre d'en discuter largement dans ces sections.
En conséquence, les Spirites,.les Spiritualistes, les Swedenborgiens, les Théosophes, les Occultistes, les partisans de la Théorie Psychique, les Magnétistes, les Théophilanthropes, les Kabbalistes doivent s’empresser de nous adresser leurs études que, pendant six jours, ils pourront défendre librement dans les séances des 9, 10, 11I 12., 13 et 14 septembre. rsw v
192 L’INITIATION \ Les mémoires et les lettres explicatives peuvent seules fixer la Commission sur le nombre de sections à ins— tituer pour l’ordre des travaux du Congrès. Une souscription est ouverte pour couvrir les frais du Congrès. La réunion de tous les délégués, le gseptembre,nom— mera le bureau du Congrès. Pour les membres de la Commission exécutive: MM. le D’Chazarain, Arnould, Caminade, G. Delanne, Papus, C.
Chaigneau, Baissac,Warchawsky, Smyth, H. Lacroix. Le vice—président de la Commission, , P.-G. LEYMARIE. * I»«V CONGRÈS INTERNATIONAL DES ŒUVRES ET INSTITUTIONS FÉMININES Ce congrès a tenu ses séances le mois dernier. Disons de suite qu’il a été un grand succès et que toutes les réunions ont été des plus intéressantes. Il faut féliciter à ce propos l’organisatrice, Mme Emilie de Morsier, d’avoir mené à bien si rude tâche.
A l'issue du Congrès une soirée a été offerte aux membres par M. Yves Guyot dans les salons et les jar dins du ministère des travaux publics. Cette soirée a été de tous points charmante. Signalons parmi les artistes qui y prêtaient leur gracieux concours, M“° Dubost dont la merveilleuse Voix a été fort applaudie et M"° Alexan— drine de Swiatlowsl<y de I’Opéra impérial de Moscou venue de Londres exprès pour ce concert.
En somme, très belle clôture en tous points digne du succès légitime du Congrès international des œuvres et institutions féminines. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, me. E. ARRAULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6 Lu . .
VIENT DE PARAITRE ,..ngn .-r"‘ PAPUS CLEF ABSOLUE DE LA SCIENCE OCCULTE L E T A R O T DES BOHEMIENS Le plus ancien Livre du Monde (A l’usage exclusif des Initiés) Magnifique volume in-8° de 370 pages avec huit planches phototypiques hors texte et plus de deux cents figures et tableaux explicatifs. —- Carré, éditeur, 58, rue Saint—André des-Arts..........ç......gfr.
Tous les lecteurs d’ELIPHAS LEVI et de CHRISTIAN et tous ceux qui s’intéressent à la Science Occulte trouveront de précieuses indications, absolument inédites jusqu’ici, dans cet ouvrage. PRIME Avec ce numéro parvient aux abonnés le portrait de ELIpHAS LÉVI qui, par suite d'un retard, n’a pu partir avec le numéro IO.
,. d""L"-‘.. LECTURES UTILES POUR L’INITIATÏON Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu‘avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture : I. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) — 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. — A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du A{ystère (2e édition), par Stanislas de Guaita. —- Le Tarot des Bolze’miens, par Papus. — Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. -— Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. — Collection de l’Initialion et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. -— Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. — Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennique.
DEUXIÈME DEGRÉ. —— Eurêka, par Edgard Poë. — Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. -— Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. — Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. —- Force psychique, par Yveling Rambaud. ’ TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). — La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. — Le Sep/1er Jésirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. on trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. «--»—--« .e. Âäa L’éditeur CARRÉ se çharge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d’eux.
L’INITIATI 0 N RÉDACTION j ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ; ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . c A R R É: DIRECTEUR: PAPUS 50’, rue Saint—André—des—A rts Rédacteur en chef: ) George MONT 1È RE Secrétaires de la Rédaction : 5 FRANCE; un a“- “3 Il" CH. BARLET. — a. LEJAY j ÉTRANGER, —— 12 fr. RÉDACTION : I4, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administrarion par mandat, bon de poste ou autrement.
AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l’Initiati0n, Chacune de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro. L’Initiation paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES MAISONS VENDANT L’INITIATION AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARPON ET E. FLAMMARION 14, rue Aubér LEL[Ë GE 01’s Rue de Marengo de l'Odéon des !!a!iens gérant Galeries 1 2, Boulevard Remise de 15 à 20 0/0 sur les prix des éditeurs LIBRAIRIE E.
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