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L’I t t. Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes >44 3M VOLUME. — 2m ANNÉE SOMMAIRE DU N° 9 (Juin 1889) w...— PARTIE INITIATIQUE.... La Kabbale........ Papus. (p. 193 à 225.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE . . ., Les Initiations et les emblèmes maçon niques. . . . . . . . . . . . D" Perran. (p. 226 à 251.) LeBanquetdePlaton.
Fabre des Essarts. (p. 25I à 262.) Hypnotisme . . . . . . . . D“ Pov. de Gourmelles. (p. 262 à 267.) PARTIE LITTÉRAIRE . . . . En Asie Centrale (de Napoléon Ney) . . . Joséphin Pé1adan. ( . 26 à 2 I.) Cânte7de 7l’Autre Alonde . . . . . . . . . .. Ch. de Sivry. (p271 à 277.) Suggestion (poésie). . Paul Marrot. (P' 277 a 279:) . Nzrvana (poe51e).... Jules Dome1. (p. 280.) Bibliographie . . . . . . . G.
Fahius de Champville (p. 281 à 289.) RÉDACTION : Administration, Abonnemenls: 14 rue de Strasbourg, 14 .58, rue St-André—des-A rts, 58 PARI S PARIS Le Numéro: UN FRANC. —— Un An: DIX FRANCS
BU’I‘ Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismes. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science Universelle d’où dérivent toutes les Philosophies. Des Écoles diverses s’occupent de chacune des parties de cette Science Occulte. La TIze’osophie, la Kabbale, le Spiritisme, ont leurs organes spéciaux,souvent ennemis. L’Initiation étudie comparativement toutes les écoles sans appar tenir exclusivement à aucune.
L’1nitiation n’est pas exclusivement théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plus instruits des théosophes français. L’Initiation n’est pas erclusi— vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes les plus estimés que nous possédions.
Il en est de même pour toutes les autres branches de la Science Occulte : la Franc-Maçonnerie, le Spiritisme, l’Hypnotisme, etc., etc. La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique.
La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donner le poète et le romancier. Plus de quarante rédacteurs, pour la plupart déjà connus, concourent à la rédaction de l’Initiali0n.
Tous ces avantages unis à l’extrême bon marché de la Revue en font une des plus attrayantes et des plus originales de toutes les publications mensuelles.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS _ _ __m,, m... . DE l’1nifiat‘ion 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET (auteur de l’Initiation). M. S.T. —— STANISLAS DE GUAITA (auteur de Au Seuil du Mystère) ÿ). — GEORGE MONTIÈRE (rédacteur en chef de l’Initiation %l%). — PAPUS (auteur du Traité élémentaire de Science Occulte). S I -— JOSÉPHIN PËLADAN + (auteur de la Décadence Latine).
20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH (de la Revue du Mouvement; social). — Le F.'. BERTRAND VÉN.'. RENÉ CAILLIÉ (directeur de l’Etoile). G.
DELANNE (rédacteur en chef du Spiritisme). — ELY STAR (auteur des Mystères de l'Horoscope). — FABRE DES ESSARTS. —— FABIUS DE CHAMPVILLE. —-— D”-Fovmu DE COURMELLES (licencié ès-sciences physiqu‘es, licen cié ès-sciences naturelles).— JULES GIRAUD (auteur du D'Selectin.— Dr GOYARD (ancien président dela Société Végétarienne). — E.
GARY (auteur de la Théorie des Tempéraments. — HENRI LASV[GNES (ex-se crétaire de la rédaction du Constitutionnel). — J. LEJAY (licencié en droit). -—- MARCUS DE VÈZE. — EUGÈNE NUS (auteur de les Grands M stères). -— G. POLTI (auteur de la Théorie des Tem péraments . —' Le Magnétiseur RAYMONp. -— Le Magnétiseur A. ROBERT. — ROUxEL (du Journal des Eccnomistes). —- HENRI WELSCH. ‘ ' J. 0 [13 PARTIE LITTÉRAIRE 1 MAURICE BEAUBOURG. — E.
GOUDEAU.Η MANOËL DE GRANDFORB. — VILLIERS DE L’ISLE—ADAM.— JULES LERMINA. —— L. HENNIQUE.— A. MATTHEY. —— LUCIEN MAUCI—IEL. -— CATULLE MENDÈS. -— EMILE MICHELET. r-— GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SIVRY. 40 POESI_E En. BAZIRE. — CH. DUBOURG. — RODOLPHE DAR2ENS. — P. GIRALDON. —— PAUL MARROT. — MARNES. — A. MORIN. — ROBERT DE LA VILLEHERVE. 'k
et Le 10° Numéro de L'INITIATION Ce numéro contiendra une étude complète sur le Système Théosophique, par EUGÈNE Nus; la suite du Cours méthodique de Science Occulte, par BARLET ; une étude sur l‘Alchimic et sur la Croix—Ansée, par MARCUS DE Vi:zc; la suite du travail sur le Magnétisme, par ROUXEL, etc., etc. RÉDACTION La Rédaction de l'Initiation vient de s’augmenter de trots nouveaux membres 2 \ M. L.
HENNIQUE, le littérateur si estimé et si connu, auteur de Un Caractère ; M. J. MARCUS DE VÈZE, occultiste dont les travaux ont déjà fait sensation dans le égyptologue éminent et savant public; Le poète LUCIEN MAUCHEL, qui s'occupera particulièrement de la bibliographie des ouvrages en vers.
Le Comité de Rédaction a l’honneur de prévenir tous les rédacteurs et les collaborateurs que la copie reçue dépasse déjà les trois numéros qui terminent le 4° volume de l’Initiation. Il lui est, par suite, presque impossible de rien recevoir pour ces numéros. ———çwoæ .»Çà
PARTIE INITIATIQUE 3.Ï.A ËABBALE ET LE NOUVEAU LIVRE DE M. An. FRANCK (de l'Institut) des premières questions sur lesquelles doit être éclairé celui qui commence l’étude de la Science Occulte, c’est sans contredit celle de la Kabbale. Ce mot revient souvent dans le cours: des articles publiés dans les revues d’occultisme et il est de toute importance de s’entendre parfaitement sur son accep tion dès le début de ce genre de recherches.
La tâche nous est du reste rendue facile par l’appa rition ou plutôt la réapparition du livre d’un savant éminent, M. Ad. Franck de l’Institut, sur ce sujet(1)._ M. Franck a fait de la Kabbale une étude tm"î sérieuse et très approfondie mais au point de vue par ticulier des philosophes contemporains et de la cri tique universitaire. Il nous faudra donc résumer de (il Ad. Franck. la Kabbale, nouvelle édition Hachette, 1889. fl’m: 7 fr. 7
194 L’INITIATION notre mieux ses opinions à ce sujet; mais en mettant à côté celles des kabbalistes contemporains connais sant plus ou moins 1’Esotérisme. Ces deux points de vue quelque peu différents ne peuvent qu’éclairer d’un jour tout nouveau une question si importante en Science Occulte. Ces considérations indiquent par elles-mêmes le plan que nous suivrons dans cette étude.
Nous résu merons successivement les opinions de M. Franck sur la Kabbale elle-même, sur son antiquité et sur ses enseignements en discutant chaque fois les con clusions de cet auteur comparativement à celles des occultistes contemporains.
Nous devrons toutefois nous borner aux questions les plus générales, vu le cadre restreint dans lequel doit se développer notre article. * )s‘V> Voyons d’abord le plan sur lequel est construit le livre de M. Franck. La méthode suivie dans sa disposition est remar quable par la clarté avec laquelle des sujets si diffi ciles se présentent au lecteur. Trois parties, une introduction et un appendice forment la charpente de l’ouvrage.
L’introduction et la préface donnent une idée générale de la Kabbale et de son histoire. La première partie traite de l’antiquité de la Kab— bale d’après ses deux livres fondamentaux, le Sepher Jesirah et le Zohar dont l’authenticité est admirable ment discutée.
LA KABBALE 195 La seconde partie, la plus importante sans contre dit, analyse les doctrines contenues dans ces livres, base des études kabbalistiques. Enfin la troisièmepartie étudie les rapprochements du système philosophique de la Kabbale avec les écoles diverses qui peuvent présenter avec elle quelque analogie. L’appena’z’ce est consacré à deux sectes de Kabba— listes.
En résumé, toutes ces matières peuvent se renfer mer dans les questions suivantes : 1° Qu’est—ce que la Kabbale et quelle est son anti— quité P 2° Quels sont les enseignements de la Kabbale : Sur Dzeu ; Sur l’Homme; Sur l’Unz’versP , 3° Quelle est l’influence de la Kabbale sur laphi losophie à travers les âges P Il nous faudrait un volume pour traiter comme il le mérite un _tel sujet; mais nous devons nous con tenter de ce que nous avons et nous borner aux indi cations strictement nécessaires à cet effet.
I > ,. QU’EST-CE QUE LA KABBALE ET QUELLE EST SON ANTIQUJTÉ ? Se plaçant sur le terrain strict des faits établis sur une solide érudition, M. Franck définit ainsi la Kabbale : , , « Une doctrine qui a plus d’un point de ressem
196 L’INITIATION blance avec celles de Platon et de Spinoza ; qui, par sa forme, s’élève quelquefois jusqu’au ton majestueux. de la poésie religieuse; qui a pris naissancelsur la. même terre et à peu près dans le même temps que le christianisme ; qui, pendant une période de douze siècles, sans autre preuve que l’hypothèse d’une an tique traditiOn, sans autre mobile apparent que le. désir de pénétrer plus intimement dans le sens des livres saints, s’est développée et propagée à l’ombre du plus profond mystère : voilà ce que l’on trouve, après qu’on les a épurés de tout alliage, dans les monuments originaux et dans les plus anciens débris de la Kabbale. » ' Sur la première partie de cette définition tous les occultistes sont d’accord : la Kabbale constitue bien en effet une doctrine traditionnelle, ainsi que l’in— dique son nom même (I).
Mais nous difiérons entièrement d’avis avec M. Franck sur la question de l’origine de cette tram dition. _ Le critique universitaire ne peut s’écarter dans ses travaux de certaines règles établies dont la principale consiste à n’appuyer l’origine des doctrines qu’il; étudie que sur des documents bien authentiques pour (1) a Il parait, au dire des plus fameux rabbins, que Moyae lui-mè_me, prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interprétat10n3_ qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une 101. orale. qu‘il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprou_vé la fid6hté. et qu'il chargea de transmettre dans le secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'â e en âge, la tissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée.
Cette oi orale q]ne les Juifs modernes se flatte!!! encore de posséder se nomme Kabb e. d‘un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleursl ce' qui se passe de main en main. Il . (Fuma D'0uvn. Langue hébraïque restituée, p. 29.)
198 L’INITIATION une flore et une faune couronnées par une race humaine. Les continents sont nés successivement de telle sorte que celui qui contenait la race humaine qui devait succéder à celle existante, naissait au moment Où cette dernière était en pleine civilisa tion.
Plusieurs grandes civilisations se sont ainsi succédé sur notre planète dans l’ordre suivant : t” La civilisation colossale de l’Atlantide, civilisa tion créée par la Race Rouge, évoluée d’un continent aujourd’hui disparu, qui s’étendait à la place de l’océan Pacifique, suivant les uns, à la place de l’océan Atlantique suivant les autres; 2° Au moment où la Race Rouge était en pleine civilisation. naissait un continent nouveau qui con stitue l’Afrique d’aujourd’hui, générant, comme terme ultime d’évolution, la Race Noire.
Quand le cataclysme qui engloutit l’Atlantide se produisit, cataclysme désigné par toutes les religions sous le nom de Déluge universel, la civilisation passa rapidement aux mains de la Race Noire, à qui les quelques survivants de la Race Rouge trans— mirent leurs principaux secrets.
3° Enfin, alors que les Noirs furent eux-mêmes arrivés à l’apogée de leur civilisation, naquit avec un nouveau continent (Europe—Asie) la Race Blanche, à qui devait passer' postérieurement la suprématie sur la planète. * 1-4 Les données que nous venons de résumer la ne sont pas nouvelles. Ceux qui savent lire ésotérique—
LA KABBALE 199 w . .. .. ,— >.æ_—.:Wwmm ment le Sepher de Moïse en trouveront la clef dans les premiers mots du livre, ainsi que nous l’a montré Saint-Yves d’Alveydre ; mais Sans aller‘si loin, Fabre d’Olivet, dès 1820, dévoilait cette doctrine dans l’His foire philosophique du Genre Humain. D’autre part, l’auteur de la Mission des Juifs nous fait voir l’appli cation de cette doctrine dans le Ramayana lui-même.
La Géologie est venue prouver de concert avec l’Ar— chéologie et l’Anthropologie la réalité de plusieurs points de cette tradition. De plus, certains problèmes encore obscurs de la théorie de l’évolution, entre autres celui de la diversité des couleurs de la Race Humaine, trouvent là de .‘précieuses données encore inconnues de nos jours de: la Science officielle.
C’est donc de la Race Rouge que vient originaire ment la tradition et, si l’on veut bien se souvenir qu’Adam veut dire terre rouge, on comprendra pourquoi, les Kabbalistes font venir leur science d’Adam lui-même. Cette tradition eut donc comme sièges principaux de transmission : L’Atlantz‘de, l’Afrique, l’Asie et enfin l’Europe. L’Océanie et l’Amérique sont des vestiges de l’Atlantide.
Beaucoup de ces affirmations dogmatiques étant encore pour le savant contemporain des porismes (problèmes à démontrer), nous nous contentons de les poser, sans discussion, et nous allons maintenant partir du point où en est arrivée la science officielle comme origine de l’Humanité : l’Asie.
200 L'INITIATION * :44 Toutes les traditions, celles des Bohémiens (1), des Francs-Maçons (2), des Egyptiens et des Kab— balistes (3), corroborées par la Science officielle elle« même, sont d’accord pour considérer l’lnde comme l’origine de nos connaissances philosophiques et religieuses. ‘ Le mythe d’Abraham indique, ainsi que l’a mon tré Saint-Yves d’Alveydre, le passage de la tradition indoue ou orientale en Occident; et comme la Kab— bale que nous possédons aujourd’hui n’est autre chose que cette tradition adaptée à l’esprit occiden tal, on comprend pourquoi le plus vieux livre kab balistique connu, le Sep/1er Jesz'rah porte en tête la notice suivante : LE LIVRE KABBALISTIQUE DE LA CRÉATION EN HÉBREU, SEPHER JESIRAH Par ABRAHAM Transmis successivement oralement à ses fils; uis, vu le mauvais état des affaires d'lsraël, confié ar les sages de érusalem à des arcanes et à des lettres du sens le p us caché (4).
Pour prouver la vérité de cette affirmation, il nous faudra donc montrer les principes fondamentaux de la Kabbale et particulièrement les Sephz‘roth dans l’ésotérisme indou. Ce point, qui a échappé à M. Franck, nous permettra de poser l’origine de la (z) Voy. la Kabbale des Bohémiens. n' 2 de l'Inür‘ation. (2) Voy. Ragon. Orthodoxie Maçonnique. (3) Voy. Saint-Yves d'Alveydre, Mission des Juifs. (4) Papus, le Sepher Jesirah, p. 5.
LA KABBALE 2 0 I .a.. filiation bien au delà du I" siècle de notre ère. C’est Ce que nous ferons tout à l’heure. . Pour le moment, contentons—nous de dire quelques mots de l’existence de cette tradition ésotérique dans l’antiquité, tradition qui existe réellement malgré l’avis de Littré (1), avis partagé en partie par un des auteurs du dictionnaire philosophique de Ad. Franck (2). .
Chaque réformateur religieux ou philosophique de l’antiquité divisait sa doctrine en deux parties: l’une voilée à l’usage de la foule ou exotérz‘sme, l’autre claire. à l’usage des initiés ou ésotérisme.
' Sans vouloir parler des Orientaux, Bouddha, Con— fucius ou Zoroastre, l’histoire nous montre Orphée dévoilant l’ésotérisme aux initiés par la création des mystères, Moise sélectant une tribu de prêtres ou initiés, celle de Lévi, parmi lesquels il choisit ceux à qui peut être confiée la tradition.
Mais la transmis sion ésotérique de cette tradition devient indiscu table vers l’an 550 avant notre ère, avec Pythagore initié aux mêmes sources qu’Orphée et Moïse, en Egypte.
Pythagore avait un enseignement secret basé principalement sur les nombres, et les quelques bribes de cet enseignement que nous ont transmises les alchimistes (3), nous montrent son identité abso— lue avec la Kabbale dont il n’est qu’une traduction_ Cette tradition se perd d’autant moins parmi les (I) Préface à la 3° édit. de Salverte (Sciences occultes). (2) Article Ésotérisme. (3) Voy. Jean Déc, Monas hieroglyphica in (Theatrum Chemicum).
202 L’INITIATION disciples du grand philosophe qu’ils vont se retremper à sa source originelle, en Égypte, ou dans les mystères grecs. Tel est le cas de Socrate, de Platon et d’Aris— tote.
La lettre d’Alexandre le Grand adressée à son maître et l'accusant d’avoir dévoilé l’enseignement ésoté rique, prouve que cet enseignement traditionnel et oral subsistait toujours à cette époque. , Nous en retrouverons encore mention dans Plu tarqué quand il dit que les serments scèlent ses lèvres et qu’il ne peut parler; enfin il est inutile d’allonger notre travail de toutes les citations que nous pour rions encore faire, ces détails sont assez connus des occultistes pour qu’il soit nécessaire d’insister davan— tage.
Signalons en dernier lieu l’existence de cette tradi tion orale dansle christianisme alors que Jésus dé voile à ses disciples seuls le véritable sens des para boles dans le discours sur la montagne et qu’il confie le secret total de la tradition ésotérique à son disciple favori, saint Jean.
' L’Apocalypse est entièrement Kabbalistiqùe et re— présente le véritable ésotérisme chrétien. , L’antiquité de cette tradition ne peut donc faire au cun doute et la Kabbale est bien plus ancienne que l’époque que lui assigne M. Franck, du moins pour nous autres, occultistes occidentaux. En outre, elle a pris naissance sur une terre très éloignée de celle où est né le christianisme ainsi que nous le montreront les Sephz’roth indous. Mais il est temps d’arrêter là le développement de » \
LA KABBALE 203 -,c- ..‘-‘..,_ >«‘Nue—y; notre première question et de dire quelques mots des enseignements de la Kabbale. Il ENSEIGNEMENTS DE LA KABBALE On peut faire à M. Franck quelques critiques au sujet de la manière dont il présente les enseignements de la Kabbale.
En efiet, si les données kabbalistiques sur chaque sujet particulier sont analysées avec une science merveilleuse, aucun renseignement n’est four ni sur l’ensemble du système considéré synthétique ment.
Par exemple, après avoir lu le chapitre IV, in titulé : Opinions des Kabbalistes sur le Monde, le lecteur connaît certains points de la tradition concer nant les Anges, l’Astrologie, l’unité de Dieu et de l’U— nivers; mais il est impossible de se faire, d’après ces données, une idée générale de la constitution du Cosmos.
Nous allons nous efl'orcer de présenter à nos lec teurs un résumé aussi clair que possible de ces tradi tions kabbalistiques, si bien analysées d’ailleurs par notre auteur. Pour être compréhensible dans des su jets aussi ardus, nous partirons dans notre analyse de l’étude de 1’Homme, plus facilement appréciable pour la généralité des intelligences et nous n’aborderons qu’en dernier lieu les données métaphysiques sur Dieu.
I° Enseignements de la Kabbale sur l’Homme. La Kabbale enseigne tout d’abord que l’homme représente exactement en lui la constitution de l’Uni
204 " L’INITIATION vers tout entier. De là le nom de Microcosme ou Petit Monde donné à l’homme en opposition au nom de Macrocosme ou Grand Monde donné à l’Univers. Quand on dit que l’Homme est l’image de l’Uni vers, cela ne veut pas dire que l’Univers soit un ani mal vertébré. C’est des principes constitutifs, ana_ logues et non semblables, qu’on veut parler.
Ainsi des cellules de formes et de constitution très variées se groupent chez l’Homme pour former des organes. comme l’estomac, le foie, le cœur, le cer— veau, etc...
Ces organes se groupent également entre eux pour former des appareils qui donnent nais sanc'e à des fonctions. (Groupement des poumons, du cœur, des artères et des veines pourformer l’appareil de la circulation, groupement des lobes cérébraux, de la moelle, des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs pour former l’appareil de l’innervation, etc.) Eh bien, d’après la méthode de la Science Occulte: l’analogie, les objets qui suivront la même 102 dans l’Univers seront analogues aux organes et aux appa reils dans l’Homme.
La Nature nous montre des êtres, de formes et de constitution très variées (êtres miné— raux, êtres végétaux, êtres animaux, etc.,). se grouper pour former des planètes. Ces planètes se groupent entre elles pour former des systèmes solaires. Le jeu des Planètes et de leurs satellites donne naissance à la Vie de l’Univers comme le jeu des organes donne naissance à la Vie de l’Homme.
L’organe et les Pla nètes sont donc deux êtres analogues, c’est-à-dire agis sant d’après la même loi; cependant Dieu sait'si le Cœur et le Soleil sont des formes difiérentes! Ces
LA KABBALE 205 exemples nous montrent l’application des données kabbalistiques à nos sciences exactes, ils font partie d’un travail d’ensemble en cours d’exécution depuis bientôt cinq ans et qui n’est pas prêt d’être terminé. Aussi bornons-là ces développements sur l’analogie et revenons à la constitution du Microcosme, main tenant que nous savons pourquoi l’Homme est appelé ainsi.
La Kabbale considère la Matière comme une ad jonction créée postérieurement à tous les êtres, à cause de la chute adamique. Jacob Boehm et Saint Martin ont suffisamment développé cette idée parmi les philosophes contemporains pour qu’il soit inutile de s’y attarder trop longtemps.
Cependant il fallait établir ce fait pour expliquer pourquoi dans la con stitution de l’Homme aucun des trois principes énon .cés ne représente la matière de ’notre corps.
L’Homme, d’après les Kabbalistes, est composé de trois éléments essentiels: 1° Un élément inférieur, qui n’est pas le corps ma tériel puisque essentiellement la matière n'existait pas, mais qui est le principe déterminant la forme ma térielle: NEPHESCH 2° Un élément supérieur, étincelle divine, l’âme de tous les idéalistes, l’esprit des occultistes: NESCHAMAH Ces deux éléments sont entre eux comme l’huile et l’eau. Ils sont d’essence tellement diflérente qu’ils ne r
206 L’INI'flATION pourraient jamais entrer en rapports l’un avec l’autre, sans un troisième terme, participant de leurs deux natures et les unissant (I).
3° Ce troisième élément, médiateur entre les deux précédents, c’est la vie des savants, l’esprit des philo— sophes, l’âme des occultistes: RUAH Nephesch, Ruah et Neschamah sont les trois prin« cipes essentiels, les termes ultimes auxquels aboutit l’analyse, mais chacun de ces éléments est lui-même composé de plusieurs parties. Ils correspondent à. peu près àce que les savants modernes désignent par: Le Corps, la Vie, la Volonté.
Ces trois éléments se synthétisent cependant dans l’unité de l’être, si bien qu’on peut représenter l’homme schématiquement par trois points (les trois. éléments ci—dessus) enveloppés dans un cercle ainsi : Maintenant que nous connaissons l’opinion des Kabbalistes sur la constitution de l’Homme, disons (I) Comme en chimie les carbonates alcalins unissent l'huile et l‘eau par la sapomficanon.
LA KABBALE 207 quelques mots de ce qu’ils pensent des deux points suivants : D’où vient—il ? Où va-t-il ? ' * :»xæ< M . Franck développe très bien ces deux points importants. L’Homme vient de Dieu et y retourne. Il nous faut donc considérer trois phases principales dans cette évolution': 1° Le point de Départ; 2° Le point d’Arrivée; 3° Ce qui se passe entre le Départ et l’Arrivée.
1° Départ. -— La Kabbale enseigne toujours la doc— trine de l’Émanation. L’homme est donc émane’ pri— mitivement de Dieu à l’état d’Esprit pur. A l’image de Dieu constitué en Force et Intelligence (Chocmah et Binah) c’est—à-dire en positif et négatif, il est consti tué en mâle et femelle, Adam—Ève, forment à l’ori gine un seul être. Sous l’influence de la chute (1) deux phénomènes se produisent.
1° La division de l’être unique en une série d’êtres androgynes Adams—Eves ; 2° La matérialisation et la subdivision de chacun de ces êtres androgynes en deux êtres matériels et de sexes séparés, un homme et une femme. C’est l’état terrestre.
Il faut cependant remarquer, ainsi que nous l’en seigne le Tarot, que chaque homme et chaque femme contiennent en eux une image de leur unité primi (12 Le cadre trop restreint de notre étude ne nous p'ermet pas d'ap ro ondir ces données méta hysiques et de les analyser scientifiquement. oy. pour plus de détails, e Gain de Fabre d‘Olivet.
208 L’INITIATION tive. Le cerveau est Adam, le cœur est Ève en cha cun de nous. 2° Transition du Départ à l’A rrive’e. — L’homme matérialisé et soumis à l’influence des passions doit polontairement et librement retrouver son état pri mitif ; il doit recréer son immortalité perdue. Pour cela il se réz'ncarnera autant de fois qu’il le faudra jusqu’à ce qu’il ait su se racheter par la force univer selle et toute puissante entre toutes : L’Amour.
La Kabbale, à l’image des centres indous d’où. nous vient le mouvement néo-bouddiste enseigne donc la réincarnation et par suite la préexz‘stence, ainsi que le remarque M. Franck; mais elle s’écarte. totalement des conclusions théosophiques indoues sur le moyen du rachat et nous ne pouvons ici que repro— duire l’avis d’un des occultistes les plus instruits que possède la France: F. Ch. Barlet.
« S’il m’est permis de hasarder ici une opinion per sonnelle, je dirai que les doctrines hindoues me semblent plus vraies au point de vue métaphysique, abstrait, les doctrines chrétiennes au point de vue, moral, sentimental, concret: le Christianisme, le Zohar, la Kabbale, dans leur admirable symbolisme laissent plus d’incertitude, de vague dans l’intelli gence philosophique (par exemple, quand ils repré— sentent la chute comme source du mal, sans définir ni l’un ni l’autre, car cette définition donnerait un tout autre tour intellectuel à la question).
« Mais ce Panthéisme indien, qu’il soit matérialiste comme dans l’école du Sud, ou idéaliste comme dans celle du Nord, arrive à négliger, à méconnaître, à -...3 si
LA KABBALE ‘ 209 , _ j _ v.-. . _.. . . v . -;. :Œlä=atwatâ*w -- repousser même tout sentiment et spécialement l’Amour avec toute son immense portée mystique, occulte. « L’un ne parle qu’à l’intelligence, l’autre ne parle qu’à l’âme. . « On ne peut donc posséder complètement la doc— trine Théosophique qu’en interprétant le symbolisme de l’un par la métaphysique de l’autre.
Alors et alors seulement les deux pôles ainsi animés l’un par l’autre font résplendir, par les splendeurs du monde divin, l’incroyable richesse du langage symbolique, seul capable de rendre pour l’homme les palpitations de la Vie absolue! » 3° Arrivée . —- L’homme doit donc constituer d’abord son androgynat primitif pour réformer syn thétiquement l’être premier provenant de la division du grand Adam—Ève.
Ces êtres androgynes reconstitués doivent, à leur tour, se synthétiser entre eux jusqu’à s’identifier à. leur origine première: Dieu. La Kabbale enseigne donc, aussi bien que l’Inde, la théorie de l’involution et de l’évolution et le retour final au Nirvana.
Malgré mon désir de ne pas allonger ce résumé par des citations, je ne puis résister ici au plaisir de citer d’après M. Franck (p. 189) un passage très explicatif: « Parmi les différents degrés de l’existence (qu’on appelle aussi les sept tabernacles), il y en a un, dési gné sous le_ titre de saint des saints, où toutes les. âmes vont se réunir à l’âme suprême et se compléter les unes par les autres. Là tout rentre dans l’unité et dans la perfection : tout se confond dans une seule
'2 I o L’INITIATION pensée qui s’étend sur l’univers et le remplit entière— ment; mais le fond de cette pensée, la lumière qui se .. cache en elle ne peut jamais être ni saisie, ni connue, on ne saisit que la pensée qui en émane.
Enfin, dans cet état, la créature ne peut plus se distinguer du créateur ; la même pensée les éclaire, la même volonté les anime; l’âme aussi bien que Dieu com mande à l’Univers, et ce qu’elle ordonne, Dieu l’exé cute. » En résumé, toutes ces données métaphysiques sur la chute et la réhabilitation se réduisent exactement à des lois que nous voyons chaque jour en action expé— rimentalement, lois qui peuvent s’énoncer à trois ///\ \t I.
Unité. .\->* H. Départdel’Unitë.Multiplicité. Edgard Poë dans son Eure/ta a fait une applica tion de ces lois à l’Astronomie. Si nous avions la place nécessaire nous pourrions les appliquer aussi bien à la Physique et à la Chimie expérimentale, mais notre étude est déjà fort longue et il est grand temps d’en venir à l’opinion des Kabbalistes sur l’Univers. 111. Retour à l’Unité.
LA KABBALE 2 I I "In-:1. au _.- . 2° Enseignements de la Kabbale sur l’Univers. Nous avons vu que les Planètes formaient les or ganes de l’Univers et que de leur jeu résultait la vie de cet Univers. Chez l’homme la vie s’entretient par le courant sanguin qui baigne tous les organes, répare leur perte et entraîne les éléments inutiles.
Dans l’Univers la vie s’entretient par les courants de lumière qui baignent toutes les planètes et y répan dent à flots les principes de génération. ' Mais, dans l’homme, chacun des globules sanguins, récepteur et transmetteur de la vie, est un être véri« table, constitué à l’image de l’homme lui-même. Le courant vital humain contient donc des êtres en nombre infini.
Il en est de même des courants de lumière et telle est l’origine des anges, des forces personnz‘fie’es de la Kabbale et aussi de toute une partie de la tradition que M. Franck n’a pas abordée} dans son livre : la Kabbale pratique. La Kabbale pratique comprend l’étude de ces êtres invisibles, récepteurs et transmetteurs de la Vie de l’Univers, contenus dans les courants de lumière.
Ses Kabbalistes s’efforcent d’agir sur ces êtres et de con naître leurs pouvoirs respectifs; de là toutes les don nées, d’Astrologie, de Démonologie, de Magie conte— nues dans la Kabbale. Mais dans I’Homme la force vitale transmise parle sang et ses canaux n’est pas la seule qui existe. Au‘
2 1 2 L’INITIATION dessus de cette force et la dirigeant dans sa marche, il en existe une autre : c’est la force nerveuse. Le fluide nerveux, qu’il agisse à l’insu de la con— science de l’individu dans le système de la Vie Orga nique (Grand-Sympathique, Corps Astral des Occul tistes) ou qu'il agisse consciemment par la Volonté (cerveau et nerfs rachidie'ns), domine toujours les phénomènes vitaux. .
Ce fluide nerveux n’est pas porté, comme la Vie, par des êtres particuliers (globules sanguins). Il part d’un être situé dans une retraite mystérieuse (la cellule nerveuse) et aboutit à un centre de réception. Entre celui qui ordonne et celui qui reçoit il n’y a rien qu’un canal conducteur. 1 Dans l’Univers il en est de même d’après la Kab bale.
Au-dessus ou plutôt au dedans de ces courants de lumière, il existe un fluide mystérieux indépen dant des êtres créateurs de la Nature comme la force nerveuse est indépendante des globules sanguins. Ce fluide est directement émané de Dieu, bien plus, il est le corps même de Dieu. C’est l’esprit de l’Unz‘vers. L’Univers nous apparaît donc constitué comme l’Homme : 1° D’un Corps. Les Astres et ce qu’ils contiennent; 2° D’une Vie.
Les courants de lumière baignant les astres et contenant les Forces actives de la Nature, les Anges ; - 3° D’une Volonté directrice se transmettant partout au moyen du fluide invisible aux sens matériels, appelé par les Occultistes : Magnétisme Universel, et par les Kabbalistes Aour '1'1N, c’est l’Or dès Alchi
A _LA KABBALE 2 I 3 mistes, la cause de l’Attraction universelle ou Amour des Astres. Disons de plus que l’Univers, comme l’Homme, est soumis à une involution et à une évolution pério diques et qu’il doit finalement être réintégré dans son origine : Dieu, comme I’Homme.
' Pour terminer ce résumé sur l’Univers, montrons "comment Barlet arrive par d’autres voies aux con clusions de la Kabbale à ce sujet : ‘ Nos sciences positives donnent pour dernière for— mule du monde sensible : Pas de matière sans force ; pas de force sans ma— tière. : Formule incontestable, mais incomplète, si l’on n’y ajoute le commentaire suivant: 1° La combinaison de ce.que nous nommons Force -etMatie‘re se présente en toutes proportions depuis ce que l’on pourrait appeler la Force matérialisée (la roche, le minéral, le corps chimique simple) jusqu’à la Matière subtilz‘se’e ou Matière Force (le grain de pollen, le spermatozoïde, l’atome électrique) ; la Matière et la Force bien que nous ne puissions les isoler s’oflrent donc comme les limites mathéma tiques extrêmes et opposées (ou de signes contraires) d’une série dont nous ne voyons que quelques termes moyens; limites abstraites mais indubitables; 2° Les termes de cette série, c’est-à-dire les indivi dus de la nature, ne sont jamais stables; la Force, dont la mobilité infinie est le caractère, entraîne comme à travers un courant continuel d’un pôle à l’autre la matière essentiellement inerte qui s’accuse
2 14 L’INITIATION -.a par un contre-courant de retour. C’est ainsi, par exemple, qu’un atome de phosphore emprunté par le végétal aux phosphates minéraux deviendra l’élément d’une cellule cérébrale humaine (matière subtilisée) pour retomber par désintégration dans le règne mi néral inerte.
3° Le mouvement, résultat de cet équilibre instable, n’est pas désordonné; il offre une série d’harmonies enchaînées que nous appelons Lois et qui se synthé tisent à nos yeux dans la loi suprême de l’Evolution. La conclusion s’impose : Cette synthèse harmo— nieuse de phénomènes est la manifestation évidente de ce que nous nommons une Volonté.
Donc, d’après la science positive, le monde sen sible est l’expression d’une volonté qui se manifeste par l’équilibre instable, mais progressif de la Force et de la Matière. Il se traduit par ce quaternaire : I. VOLONTÉ (source simple) 111. FORCE (Éléments de la Volonté polarisés) — Il. MATIÈRE — IV. LE MONDE SENSIBLE (Résultat de leur équilibre instable, dynamique) (1). * 14 3° Enseignement de la Kabbale sur Dieu.
L’Homme est fait à l’image de l’Univers, mais l’Homme et l’Univers sont faits à l’image de Dieu. Dieu en lui-même est inconnaissable pour l’Homme, c’est ce que proclament aussi bien les Kabbalistes par (r) F.-Ch. Barlet. Initiation (n° 1 de notre Revue). ..ä
LA KABBALE 2 I 5’ !’.‘ï. Ir‘ a Il". "' ' ' ' ' leurs Ain-Soph que les Indous par leur Parabrahm. Mais il est susceptible d’être compris dans ses mani festations. ' ' La première manifestation Divine, celle par laquelle Dieu créant le principe de la Réalité crée par là même éternellement sa propre immortalité :c’est la Trinité (I).
Cette Trinité première, prototype de toutes les lois naturelles, formule scientifique absolue autant que principe religieux fondamental, se retrouve chez tous les peuples et dans tous les cultes plus ou moins altérée. Que ce soit le Soleil, la Lune et la Terre; Brahma, Viclmou,Siva; Osiris—Isis, Horus ou Osiris,Ammon, Phta; Jupiter, Junon, Vulcain; le Père, le Fils, le ' Saint—Esprit; toujours elle apparaît identiquement constituée.
La Kabbale la désigne par les trois noms suivants : CHOCMAH, BINAH, KETHER. Ces trois noms forment la première trinité des Dix Sephiroth ou Numérations. Ces dix Sephiroth expriment les attributs de Dieu. Nous allons voir leur constitution. Si nous nous rappelons que l’Univers et l’Homme sont chacun composés essentiellement d’un Corps, d’une Ame ou Médiateur, et d’un Esprit nous serons (I) Voy. Wronski, Apodic_tique Menianique: ou Papus, le Tarot où le passage de Wronski est Cité in-extenso. '..ls'._æü,,, ÏL
216 L’INITIATION amenés à rechercher la source de ces principes en Dieu même. Or les trois éléments ci—dessus énoncés :Kether, Chocmah et Bz’nah représentent bien Dieu ; mais comme la conscience représente à elle seule l’homme tout entier, en un mot ces trois principes constituent. l’analyse de l’esprit de Dieu.
Quelle est donc la Vie de Dieu P La Vie de Dieu c’est le ternaire que nous avons. étudié tout d’abord, le ternaire constituant l’Huma mité, dans ses deux pôles, Adam et Eve. Enfin le Corps de Dieu est constitué par cet Uni vers dans sa triple manifestation. En somme, si nous réunissons tous ces éléments nous obtiendrons la définition suivante de Dieu : Dieu est inconnazssable dans son essence, mais il est connaz‘ssable dans ses manifestations.
L’Univers constitue SON CORPS, Adam—Eve constitue SON AME, et Dieu lui—même dans sa double polarisa tion constitue SON ESPRIT, ceci est indiqué par la figure suivante : I __ œ + . ev,.ë‘ Esprit de KETHER :«_;g_ Dieu Binah Chocmah Ë'àl'gç ‘ - < ’ 5 a. ‘ < 3 Ame de Eve Adam __ sa, , ‘ O 0 Dieu ADAM-EVE :3333. Humanité g«"5 w D - -: .‘h .. i!" un;
LA KABBALE 217 se 0 Corps de La Nature La Nature u,â ' . . U’l‘ " D1eu Naturee Naturante 5&12 h 3 't’ D L UNIVERS (I) z_.{ë ‘ n Ces trois ternaires, tonalisés dans l’Unité, forment les Dix Sephiroth. ‘ Ou plutôt ils sont l’image des Dix Sephiroth qui représentent le développement des trois principes premiers de la Divinité dans tous ses attributs.
Ainsi Dieu, l’Homme et l’Univers sont bien con stitués en dernière analyse par trois termes; mais dans le développement de tous leurs attributs ils sont com posés chacun de Dix termes ou d’Un ternaire ayant acquis son parfait développement dans le Septenazre (3 + 7 = I0). - Les Dix Sephiroth de la Kabbale peuvent donc être prises dans plusieurs acceptions : I° Elles peuvent être considérées comme représen tant Dieu, l’Homme et l’Univers c’est—à-dire l’Esprit, l’Ame et le Corps de Dieu ; 2° Elles peuvent être considérées comme exprimant le développement de l’un quelconque de ces trois grands principes.
C’est de la confusion entre ces diverses acceptions que naissent les obscurités apparentes et les préten dues contradictions des Kabba1istes au sujet des Sé phiroth. Un peu d’attention suffit pour discerner la vérité de l’erreur. (1) Cette figure _est tirée du Tarot des Bohémien, par Papus, où l‘on trouvera des explications complémentaires.
218 L’INITIATION On trouvera des détails nombreux sur ces Séphi roth dans le livre de M. Franck (chap. 111), mais sur,— tout dans le remarquable travail kabbalistique publié par Stanislas de Guaita dans le n° 6 de l’Inztiatz‘on (p. 210-217). Le manque de place nous oblige à ren voyer le lecteur à ces sources importantes.
Il ne faudrait pas croire cependant que cette con ception d’un ternaire se développant dans un septe naire fût particulière à la Kabbale.
Nous retrouvons la même idée dans l’Inde dès la plus haute antiquité, ce qui est une preuve importante de l’ancienneté de la tradition kabbalistique. i' 42‘ Pour étudier ces Sep/ziroth zndous, il ne faut pas s’en tenir uniquement aux enseignements transmis“ dans ces dernières années par la Société Théoso— phique.
Ces enseignements manquent en effet presque toujours de méthode et, s’ils sont lumineux sur cer tains points de détail, ils sont en échange fort obs curs dès qu’il s’agit de présenter une synthèse bien assise dans toutes ses parties.
Les auteurs qui ont essayé d’introduire de la méthode dans la doctrine Théosophique, Soubba-Rao, Sinnet et le D“ Hartt— mann n’ont pu aborder que des questions fort géné— tales quoique très intéressantes et leurs œuvres, pas plus que celles de M“‘° H.’ P. Blauaz‘sky, ne fournis sent des éléments suffisants pour établir les rapports entre les Sephiroth de la Kabbale et les doctrines 'in doues. Le meilleur travail, à notre avis, sur la Théogonie
LA KABBALE 2 I 9 occulte de l’Inde a été fait en Allemagne vers 1840 par le Dr Jean Malfatti de Montereggz‘o. Cet auteur est parvenu à retrouver l’Organon mystique des anciens Indiens et par là-même à' tenir la clef du Py thagorisme et de la Kabbale elle-même. Il arrive ainsi à reconstituer une synthèse véritable, alliance de la Science et de la Foi, qu’il désigne sous le nom de MA THÈSE.
Or voici, d’après cet auteur, la constitution de la décace divine (p. 18): « Le premier acte (encore en soi) de révélation de Brahm fut celui de la Trimurti, trinité métaphysique des forces divines (procédant à l’acte créateur) de la création, de la conservation, et de la destruction (du changement) qui sous le nom de Brahma, Wishnou et Schiwa ont été personnifiées et regardées comme étant dans un accouplement intérieur mystique (e circulo triadz’cus Deus egreditur).
« Cette première Trimurti divine passe alors dans une révélation extérieure, et dans celle des sept puis— sances précréatrices, ou dans celle du premier déve— loppement métaphysique septuple personnifié par les allégories de Maïa, Outn, Haranguerbehah, Porsh, Pradz’apat, Prakrat et Pran. » Chacun de ces dix principes est analysé dans ses acceptions et dans ses rapports avec les nombres pythagoriciens.
De plus, l’auteur examiné et analyse dix statues symboliques indiennes qui représentent chacune un de ces principes. L’antiquité de ces sym boles prouve assez l’antiquité de la tradition elle— même. '
2 20 L’INITIATION .. . . .,..,,._.,_. Nous ne pouvons que résumer pour aujourd’hui les rapports des Sephiroth indous et kabbalistiques avec les nombrès. Peut-être ferons-nous bientôt une étude spéciale sur un sujet si important. SEPHIROTH SEPHIROTH KABBALISTIQUES INDOUS Kether . . . . . 1 Brahma. Chocmah . . . . . . 2 Vichnou. Binah. . . . . . . . 3 Siva. Chesed . . . . . . . 4 Maïa. Geburah. . . . . . . 5 Oum. Tiphereth . . . . . .
6 Haranguerbehah. Hod. . . . . . . . . 7 Porsch. Netzah . . . . . . . 8 Pradiapat. Iesod . . . . . . . . 9 Prakrat. Malchut. . . . . . 10 Pran. Un rapprochement bien intéressant peut encore être fait entre la trinité alphabétique du Sepher Jesirah EMeS (wmz) et la trinité alphabétique indoue AUM. Mais ces sujets demandent un trop grand développe— ment pour être traités dans ce résumé.
Une dernière considération qu’on peutfaire est tirée de cette définition de Dieu donnée ci-dessus, défini— tion corroborée par les enseignements du Tarot qu représente la Kabbale égyptienne. La philosophie matérialiste étudie le corps de Dieu , ou l’Univers et adoreà son insu la manifestation infé- ' rieure de la divinité dans le. Cosmos: le Destin.
LA KABBALE 22 I C’est en effet au Hasard que le matérialisme attri. bue le groupement primitif des atomes, proclamant ainsi quoique athée, un principe créateur. La philosophie Panthéiste étudie la vie de Dieu ou cet être collectif appelé par la Kabbale Adam-Eve (I) (mm). C’est l’humanité qui s’adore 'elle-même dans un de ses membres constituants. Les Théistes et les Religions étudient surtout I’Es prit de Dieu.
De là leurs discussions subtiles sur les. trois personnes et leurs manifestations. Mais la Kabbale est au-dessus de chacune de ces croyances philosophiques ou religieuses. Elle synthé— tise le Matérialisme, le Panthéisme et le Théisme dans. un même total dont elle analyse les parties sans. cependant pouvoir définir cet ensemble autrement que par la formule mystérieuse de Wronski : X. Il I INFLUENCE DE LA KABBALE sua LA PHILOSOPHIE.
Cette partie du livre de M. Franck est forcément très remarquable. La profonde érudition de l’auteur ne pouvait manquer de lui fournir de précieuses sources et des rapprochements instructifs et nom breux au sujet de l’influence de la Kabbale dans les systèmes philosophiques postérieurs. La doctrine de Pluton est d’abord envisagée à ce (l) Voy. à ce sujet le travail de Stanislas de Guaita dans le Lotus et Leurs Lucas, Chimie nouÿelle. Introduction.
‘22 2 L’INITIATION _,M L —s —,. point de vue. Après quelques points de contact, M. Franck conclut à l’impossibilité de la création de la Kabbale par des disciples de Platon. Mais le con traire ne serait-il pas possible ?
Si, ainsi que nous l’avons dit à propos de l’anti quité de la tradition, la Kabbale n’est que la traduc— tion hébraïque de ces vérités traditionnelles enseignées dans tous les temples et surtout en Egypte, qu’y a-t-il ‘ d’impossible à ce que Platon ne se soit fortement inspiré non pas de la Kabbale elle—même, telle que nous le connaissons aujourd’hui, mais de cette philosophie primordiale origine de la Kabbale ?
Qu’allaient donc faire tous ces philosophes grecs en Egypte et qu’apprenaient—ils dans l’Initiation aux mystères d’lsis ? C’est là un point que la critique uni versitaire devrait bien éclaircir. lmbu de son idée de l’origine de la Kabbale au commencement de l’ère chrétienne, M. Franck com pare avec la tradition laphilosophie néo—platonicienne d’Alexandrz‘e, et conclut que ces doctrines sont sœurs et émanées d’une même origine.
' L’étude de la doctrine de Philon, dans ses rapports avec la Kabbale, ne montre pas non plus l’origine de la tradition (chap. 111.) Le Gnosticisme, analysé dans le chapitre suivant, présente de remarquables similitudes avec la Kabbale, mais n’en peut être non plus l’origine.
C’est la religion des Perses qui est pour M. Franck le rara anis tant cherché, le point de départ de la doctrine Kabbalistique, Or, il suffit de parcourir le Chapitre 1x d’un livre I!_‘:*
LA KABBALE 2 2 3 trop peu connu de nos savants : la Mission des Juifs de Saint-Yves d’Alveydre pour y trouver résumée au mieux l’application de la tradition ésotérique aux divers cultes antiques, y compris celui de Zoroastre. Mais ce sont là des points d’histoire qui ne seront ' universitairement connus que dans quelque vingt ans, aussi attendons—nous avec patience cette époque.
Nous avons dit déjà l’opinion des occultistes con— temporains sur l’origine de la Kabbale. Inutile donc d’y revenir.
Rappelons seulement l’influence de la tradition ésotérique sur Orphée, Pythagore, Platon, Aristote et toute la philosophie grecque d’une part, sur Moïse, Ezechiel et les prophètes hébreux de l’autre, sans compter l’école d’Alexandrie, les sectes gnostiques et le christianisme ésotérique dévoilé dans l’Apocalypse de Saint—Jean ; rappelons tout cela, et disons rapidement quelques mots de l’influence qu’a pu exercer la tradition sur la philosophie moderne.
Les Alchz’mz‘stes, les Rose-Croix et les Templiers sont trop connus comme kabbalistes pour en parler autrement. Il suffit à ce propos de signaler la grande réforme philosophique produite par l’Ars Magna de Raymond Lulle. Spz’noga a beaucoup étudié la Kabbale, et son sys— tème se ressent au plus haut point de cette étude, ainsi que du reste l’a fort bien vu M. Franck.
Un point d’histoire moins connu, c’est que Lez’b nitg a été initié aux traditions ésotériques par Mer cure Van Helmont, le fils du célèbre occultiste, savant remarquable lui-même. L’auteur de la Mona« ,l-anl‘ue.-—-' , i
224 _ L’INITIATION dologie a été aussi en rapports très suivis avec les Rose—Croix. La philosophie allemande touche du reste par bien des points à la Science Occulte, c’est un fait connu de tous les critiques. .
Signalons en dernier lieu la Franc—Maçonnerie qui possède encore de nombreuses données kabbalistiques. a: *4 CONCLUSION Nous avons voulu, tout en analysant l’œuvre re marquable et désormais indispensable de M. Franck, résumer chemin faisant l’opinion des Kabba1istes contemporains sur cette importante question. | Nous ne difl'érons d’opinion avec M. Franck que sur l’origine de cette tradition.
Les savants contempo rains ont une tendance à placer au second siècle de notre ère le point de départ de la Science Occulte dans toutes ses branches. C’est l’avis de notre auteur au sujet de la Kabbale, c’est aussi l’avis d’un autre savant éminent, M. Berthelot, au sujet de l’alchimie (I). Ces opinions viennent de la difficulté qu’éprouvent les critiques autorisés à consulter les sources véri tables de l’Occultisme.
Un symbole n’est pas consi déré comme une preuve de la valeur d’un manuscrit; mais prenons patience et l’une des plus intéressantes branches de la Science, l’Archéologie, fournira bientôt de précieuses indications dans cette voie aux cher cheurs sérieux. (x) Berthelot, Des Origine: de l’Alchimie, 1886. in-8.
LA KABBALE 2 2 5 Quoi qu’on en dise, l’Occultisme a bien besoin d’être un peu étudié par nos savants; ceux-ci ap portent dans cette étude leurs préjugés, leurs convic— tions toutes faites; mais ils apportent aussi des qua— lités bien rares et bien précieuses: leur érudition et leur amour de la méthode.
Il est désolant pour les chercheurs consciencieux de constater l’ignorance étrange que beaucoup de parti sans de la Science Occulte ont de nos sciences exactes. Il faut cependant mettre hors de cause à ce sujet les Kabbalistes contemporains com me Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan,Alber J houney.
La Science Occulte ne forme que le degré synthétique, métaphysique de notre science positive et ne peut vivre sans son appui, ainsi que l’a montré dans le n° 8 de l’Inz'tz‘a— Jion (t), un savant doublé d’un remarquable occul .tiste, M. F. Ch. Barlet.
La réédition du livre de M. Franck constitue donc un véritable événement pour la révélation des doc— trines qui nous sont chères à tous, et nous ne pouvons que remercier bien vivement l’auteur du courage et de la patience qu’il a déployés dans l’étude de si arides sujets, tout en conseillant fortement à tous nos lecteurs de réserver une place dans leur biblio thèque à la Kabbale de Ad. Franck, qui est un des livres fondamentaux de la Science Occulte. PAPUS. .(1) Cours méthodique de Science Occulte.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LIES INITIATIIINS Les Emblèmes Maçonniques et l’imbIéme de la tiroir DEPUIS L’ANTIQUITE INDO-ÉGYPTIENNE JUSQU’À Nos JOURS Par M. le Dr FERRAN, ex-médecin-maior de 1" classe. ancien collabo rateur à la Franc: Médicale, au Lyon Scientifique et au Progrès (de Lyon), Chevalier de la Légion d’honneur, Membre de plusieurs Sociétés savantes.
ÉË;r pratique des initiatibns, infiniment plus an— cienne qu’on ne l’avait cru jusqu’à ce jour, ne s’arrête pas à l’époque des Pharaons et de Moïse. Elle remonte à plusieurs mille ans en arrière, jusqu’à la période historique la plus reculée, celle des Védas et de la constitution du Brahmanisme dans l’Inde.
Grâce à la connaissance du sanscrit, grâce aux tra— vaux persévérants de nos Indianistes, nous savons aujourd’hui que ces initiations constituaient la base elle—même de l’organisation théocratique des Brahmes. De l’Inde, ces initiations furent apportées en Egypte— en même temps quele théocratisme parManou- Vana, environ sept mille ans avant notre ère, lorsque ce— —-* ’W‘M WWË:
LES INITIATIONS 2 2 7 Brahme révolté fut obligé de s’expatrier de l’Inde à la tête d’une colonie immense. Chose bien étrange ! C’est dans la Pratique des ini— tiations Brahmanx‘ques que nous trouvons le plus ancien et le plus connu de nos emblèmes maçonniques. Voici le sceau du Brahmatma (le Pape des Brahmes). C’est absolument notre triangle isocèle formant .l’équerre.
Au sommet sont figurés les rayons de la lumière, et au-dessous se trouve le mot consacré dont aucun linguiste n’a pu jusqu’ici trouver la traduction. Suivant les Brahmes, ce mot sacré résumait en lui seul toute la science divine et humaine, et rendait celui qui le possédait presque égal à Brahma! Ce mot consacré était gravé dans un triangle d’or, et con servé dans un sanctuaire du temple d’Agartha dont le Brahmatma seul avait les clés.
Aussi le Brahmatma porte—t-il sur sa tiare deux clés croisées (absolument «comme celles des successeurs de,saint Pierre) suppor tées par deux prêtres agenouillés, signe du précieux dépôt dont il a la garde. Ce triangle avec ses rayons et le mot consacré figure éga— lement sur le chaton d’une bague en or que porte toujours le Brahmatma en signe de sa puissance suprême (I).
M. Jacolliot,à qui nous devons ces renseignements ' a rendu un très grand service à la science et au pro grès par ses remarquables ouvrages tels que la Bible dans l’Inde, les Fils de Dieu, Chrz‘stna et le Christ ’ (i) Le: Fils de Dieu, p. 272.
228 L’INITIATION l’Histoire des Vierges, le Spiritisme dans le monde, et bien d’autres encore. En effet, en nous faisant con naître l’histoire et la constitution du culte Brahma nique, il a dévoilé du même coup les origines de tous les mystères et de toutes les particularités du culte__ - catholique.
Pas une cérémonie, pas un sacrement de ce culte, qui ne se trouve dans le rituel indou : Bap— tême, communion, confirmation, confession, huile consacrée, tonsure, chapelets, scapulaires, mendicité érigée en vertu, rien n’y manque.
Et ce culte des. lndous quoique en décadence est toujours bien vivant : « Encore de nos jours, dit M. Jacolliot, une popu lation de quinze mille brahmes, parlant encore le sanscrit, se meut et vit dans une seule pagode,celle de Chellambrum ou Trichinopolz‘. » LES INITIATIONS Dans l’lnde comme en Egypte, les initiations: n’avaient qu’un seul but, celui d’assurer à la caste sacerdotale une domination absolue sur tout le reste.» de la population; et c’est dans le même but qu’avait été établi le régime des castes.
« Avec ce régime, dit. M. Jacolliot, commencèrent quinze mille ans d’oppres—y sien basée sur l’esclavage, la corruption, lemensonge, la superstition et l’ignorance populaire. Souviens-toi, disait le papeBrahmanique à l’initié, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais souviens-toi aussi que ce mystère ne— doit pas être révélé au stupide vulgaire. » La caste sacerdotale seule avait la clé des grand.
LES INITIATIONS 229 mystères, elle seule connaissait la signification de la Sainte Syllabe primitive A. U. M. disposée elle aussi en triangle dont A formait le sommet et A ayant la signification suivante : A, créa— tion ; U, conservation ; M, transfor— UAM mation. . Toute divulgation des secrets de l’initiation était punie de mort, ou de châtiments pires que la mort.
EMBLÈMES DE LA CROIX Après les deux emblèmes en triangle dont nous venons de parler;7 le seau du Brahmatma, et le trian gle de la Sainte Syllabe, l’emblème maçonnique le plus ancien que nous ait légué le sacerdoce antique est celui de la Rose—Croix.
Ce dernier attribué à Hermès Thot nous est venu des temples de l’Egypte en passant par la Chaldée, et par l’intermédiaire des mages; intermédiaire forcé, ‘ attendu que c’est parmi eux, sur les confins du Tigre et de l’Euphrate, que Cambyse, après la conquête de l’Egypte, transporta tous les prêtres de ce pays sans aucune exception et sans retour.
« La Rose-Croix personnifiait pour les initiés l’idée divine de lamanifestation de la vie par lesdeux termes qui composentcet emblème. Le premier, la rose avait paru le symbole le plus parfait de l’unité vivante; d’abord parce que cette fleur multiple dans s‘en unité présente la forme sphérique symbole de l’infini; en second lieu parce que le parfum qu’elle exhale est comme une révélation de la vie,
2 30 L’INITIATION « Cette rose fut placée au centre d’une croix, parce que cette dernière exprimait pour èux l’idée de la rec— titude et de l’infini: de la rectitude par l’intersection de ses lignes à angle droit; et de l’infini parce que ces lignes peuvent être prolongées à l’infini et que par une rotation faite par la pensée autour de la ligne ver— ticale, elles représentent le triple sens de hauteur, lar geur et profondeur.
« Cet emblème eut pour matière l’or qui en langage occulte signifiait lumière et pureté; et entre les quatre branches de la croix, Hermès Thot avait inscrit les quatre lettres 1. N. R. I. dont chacune exprimait un mystère. » Cette inscription, qui figure au sommet de la croix du Christ de Galilée, existait donc depuis plus de quatre mille ans, lorsque les premiers chrétiens ju gèrent à propos de se l’approprier. En connaissaient ils le sens ?
Cette connaissance existe—t-elle parmi les hauts dignitaires du clergé actuel? C’est ce que nous n’avons pu éclaircir. Voici d’après les livres hermétiques la signification de ces quatre lettres : I (Ioi‘ti) symbolisait le principe créateur actif et la manifestation du principe divin qui féconde la sub stance. ' N (Nain) symbolisait la substance passive moule de toutes les formes.
' R (Rasz’t) symbolisait l’union des deux principes et la perpétuelle transformation des choses créées. I (Ioi‘ti) symbolisait à nouveau le principe créateur divin, pour signifier que la forme créatrice qui en est
LES INITIATIONS 23 I :.- --æ «.:. .; émanée y remonte sans cesse pour en rejai11ir tou jours. « La rose-croix, formant ainsi un bijou précieux, était l’attribut des anciens mages qui le portaient sus pendu au cou par une chaîne d’or.
Mais pour ne pas laisser livré aux profanes le mot sacré i, n, r, i, il remplaçaient ces quatre lettres par les quatre figures qui s’unissent dans le Sphinx, la tête humaine, le taureau, le lion et l’aigle(1). » Ainsi, le symbolisme et la vénération qui s’atta chent àla croix sont tout à fait antérieurs à la venue du Christ de Judée. Bien plus.
Ils sont antérieurs de plusieurs mille ans au magisme et à Moïse. et remontent aux origines du Brabman’isme. En eflet, « chaque matin, dit M. Jacolliot, les initiés du 3° degré, après avoir terminé leurs ablutions, devaient se tracer sur le front le signe d’autre part, symbole de l’initiation supérieure.
Or, ce signe, qui correspond absolument à notre signe de la croix lorsqu’il est fait sur le front, ainsi que le pratiquent beaucoup des prêtres chrétiens, ce signe, dis—je, était celui d’une croix contenue dans un cercle bordé de triangles.
« Le cercle était le symbole de l’infini et la bordure de triangles indiquait que tout dans la nature est soumis à la loi de la triade : (Brahma, Wichnou, Siva); (le germe, la matrice, le produit); (la graine, la terre, la plante) ; (le père, la mère, l’enfant) (2). » La seule difl’érence entre la croix des mages et la (I) Revue de: Hautes Études, 188, n° 5, p. ISO. '(2)Jacolliot, le Spiritisme darfi7e Monde, p. III. . et}: P.’z..:.1.\ I» <
232 ‘ L’INITIATION croix Brahmanique c’est que cette dernière était formée par le croisement perpendiculaire d’un serpent et d'un bâton à sept nœuds. Le serpent symbolisait la Sagesse, la Prudence, la Persévérance. Le bâton à sept nœuds représentait les sept degrés de puissance que parcouraient les initiés.
Ainsi, c’est des bords du Gange d’où étaient sortis d’abord les légendes de la génèse d’Adam et Ève (Adima et Eva), de même que celle de Christna et de la Vierge mère, qu’est ven_ue aussi la vénération tra ditionnelle de la croix. EMBLÈME ou SPHINX Dans les initzations de la Primitive Egypte, il y avait un troisième emblème d’une importance majeure, et que nous a légué l’antiquité : c’est le Sphinx. C’est
LES INITIATIONS 2 3 3 ‘Wÿ'rætsz lui qui gardait l’entrée du monde hermétique et pour être admis à recevoir la lumière,le néophytecommen çait par descendre entre les griffes du Sphinx dans le souterrain qui conduisait au sanctuaire. — Mais il n’y parvenait qu’après une série d’épreuves, image des épreuves de la vie et des progrès moraux qu’il devait accomplir.
La tête humaine du Sphinx, foyer de l’intelligence, disait à l’initié : « Acquiers d’abord la Science qui montre le but et éclaire le chemin ». Ses flancs de taureau, image du labeur rude et persévérant de la culture, lui disaient : « Sois fort et patient dans le travail ». Ses pattes de lion lui disaient : « Il faut oser et te défendre contre toute force inférieure ».
Ses ailes d’aigle lui disaient : « Il faut vouloir t’éle— ver vers les régions transcendantes où ton âme touche déjà ». Nul doute que dans l’initiation antique l’énigme du Sphinx ne fût dévoilée aux yeux du néophyte. Qui ne connaît aujourd’hui cette énigme du Sphinx?
Qui ne sait que c’est l’homme lui—même qui est l’animal qui le matin (c’est—à-dire dans l’enfance de l’humanité) marche sur quatre pieds (le nombre 4 étant celui qui exprimait la réalisation, c’est-à-dire la matière et ses instincts).
C’est également lui qui, à midi, c’est-à-dire dans l’âge viril de son humanité, marche sur deux pieds, le nombre 2 étant celui de l’action représentée par les deux forces primordiales de la nature. ‘ Enfin c’est lui qui le soir, c’est-à-dire au déclin de
234 L’INITIATION la vie, marche sur trois pieds, le nombre 3 étant le nombre divin; celui de la sainte trinité; celui qui donne la solution de tous les problèmes par l’interpo— sition d’un troisième terme supérieur qui vient réali ser la synthèse organique des deux termes contraires. L’initiation ne se bornait pas là.
Elle comprenait entre autres connaissances secrètes le symbolisme des nombres; de sorte qu’il n’était donné qu’aux seuls initiés de comprendre le sens de certaines inscriptions telles que la suivante, relevée dans le Rhaméséum de Thèbes : « Tout est contenu et se conserve dans un, « Tout se modifie et se transforme par trois, « La monade a créé la dyade, « La dyade a engendré la triade, « C’est la triade qui brille dans la nature entière. » HAUTES INITIATIONS Le but des initiations, en Égypte comme dans l’Inde, était par-dessus tout de concentrer tout le savoir humain, source de puissance et de richesse, entre les mains de la caste sacerdotale.
C’est pour cela que tandis que dans les sanctuaires, l’intelligence humaine s’élevait dans les sphères de la philosophie la plus pure, le reste du peuple était livré à l’ignorance et aux plus abjectes superstitions.
Ces initiations sacerdotales égyptiennes que nous connaissons d’après celles de Pythagore, avaient lieu, la nuit, de préférence lors des fêtes calendaires du printemps; et elles montrent l’étroite filiation qui r,,--A r .tx.‘__... ., .>K.n......À M ..:....4,__,, . ..f ; 35-.
LES INITIATIONS 235 jusqu’à ce jour a relié entre elles toutes les organisa tions sacerdotales. Les futurs initiés, soumis pendant plusieurs jours à un régime frugal, à des méditations spéciales et à un mutisme absolu, étaient invités à se vêtir de blanc avec des tuniques de lin. On leur mettait aux pieds des chaussures de lin, et on leur rasait le sommet de la tête.
Après l’initiation, réunis aux prêtres dans un ban quet austère, ils célébraient le sacrifice d’0siris. A cet effet, ils partageaient entre eux un gâteau fait de farine symbolisant la victime, et se versaient du vin pour - figurer le sang du Dieu immolé (1). C’est pourquoi le philosophe Porphyre qui nous a transmis ces détails, raillait-il ironiquement les chrétiens de s’attribuer comme une nouveauté, une vieillerie Pythagori— cienne.
L’Initiation sacerdotale égyptienne était à peu près inabordable pour les étrangers, et Pythagore, le seul Grec qui l’ait obtenue, n’y parvint-i1 que par suite de conditions exceptionnelles de protection royale, de savoir, de fortune et de jeunesse. Encore ne l’obtint-il après quinze ans de stage, qu’après s’être soumis à la circoncision.
Sept ans après son initiation, Pythagore se trouvait encore en Égypte, lorsque Psamméticus fut détrôné et le pays conquis par Cambyse, qui, en politique consommé, ne laissa debout aucun vestige de la puis— sance sacerdotale. Tous les prêtres sans exception (1) On sait qu'Osirisl de même que Brahma 9e sacrifiait tous les ans pendant la période d‘hiver, pour renaître plus radieux dans la période u printemps. A“-.. _...f _ _ ,
236 L’INITIATION furent déportés par milliers dans les diverses provinces de l’Asie, et Pythagore, partageant le sort commun, fut amené dans la Babylonie où pendant douze ans que dura sa captivité il eut tout le loisir de s’instruire dans la science des Mages et des Chaldéens.
Notons'en passant qu’à cette époque déjà, dans les petites républiques grecques, un désaccord politique complet s’était creusé entre l’élément sacerdotal et la démocratie; car, lorsque Pythagore eut recouvré sa liberté, grâce à la protection de son compatriote Dé< mocètes, médecin de Darius, il ' ne put obtenir de fonder un institut sacerdotal dans aucune des répu— bliques grecques, bien qu’il eût été reçu partout avec les plus grands honneurs Pour parvenir à son but, il fut forcé d’émigrer au sud de l’Italie où les colonies grecques de Sybaris, de Crotone et d’Agrigente étaient devenues de grands foyers de civilisation.
Mais son institut sacerdotal n’eut qu’une existence éphémère. Au bout de vingt cinq ans, l’établissement fut incendié et le personnel anéanti ou dispersé dans une émeute populaire, et Pythagore ne dut d’être épargné et d’y survivre qu’à cause de son grand âge.
BASSES INITIATIONS Cependant l’on se tromperait étrangement si l’on croyait que toutes les initiations et tous les mystères antiques fussent d’un genre aussi élevé que ceux dont nous venons de parler. Dans l’Inde comme en Egypte, comme dans l’Asie Mineure, comme en Chaldée , 'r.=;p-,
w--. .. .. ., LES INITIATIONS 237 «comme en Grèce, à côté du culte Iératique sacerdotal soigneusement caché, il y avait le culte populaire et public. Celui-ci, le même au fond dans tous ces pays, se célébrait en l’honneur du principe divin de la créa tion et de la reproduction, et n’avait d’autres mystères que ceux de la prostitution.
C’étaient ce que les auteurs ont appelé les mystères «de la Prostitution sacrée, qui, par l’efl’émination et l’abrutissement des masses populaires, avait pour effet de mieux assurer leur obéissance à la suprématie sacerdotale. Sous le nom de Lingham chez les Indous, ide Phallou chez les Assyriens, de Béa!
Péor chez les Chaldéens, de Moloch chez les Chananéens, d’Athis et d’Adonz‘s chez les Phéniciens; c’était toujours le culte du dieu Priape qu’on retrouvait avec quelques variantes chez tous ces peuples. - « Phallou, dit le Dr Dupouy, dans son Histoire de la prostitution sacrée, était particulièrement honoré .à Hiéropolis, sur les bords de l’Euphrate.
Là existait 2un temple immense, d’une richesse inouïe devant le portique duquel s’élevaient deux phallou de cent soixante—dix pieds de hauteur. Mais c’est‘surtout en Egypte que la prostitution sacrée avait atteint ses plus hautes splendeurs. Il était d’usage, au dire de Strabon, que les jeunes filles offrissent les prémices de leur virginité au dieu Osiris qui ne pouvait l’accepter, bien entendu, que par l’intermédiaire des prêtres.
On les mariait de suite après. D’autre part, Hérodote ra conte que tous les,ans, pendant les fêtes d’lsis, plus de sept cent mille pèlerins des deuxSexes venaient à il ÿl
238 L’INITIATION Bubasfis se faire initier aux secrets du libertinage le plus excessif, et cette prostitution sacrée était pour les prêtres une source de revenus immense. » La corruption des mœurs qui résulta de ces pra tiques religieuses rendit la prostitution égyptienne à ce point banale que, au dire d’Hérodote, on vit deux rois égyptiens, Rhamsès et Che’ops, prostituer leur propre fille et en tirer des revenus à peine croyables.
LES INITIATIONS JUSQU’A L’ÈRE CHRÉTIENNE Les conquêtes d’Alexandre le Grand eurent pour effet de reporter en Egypte et à Alexandrie toutes les tradi tions hermétiques du sacerdoce chaldéen et égyptien.
Plus tard, les cultes et rites religieux de presque" toutes les nations ayant été successivement transpor tés à Rome au fur et à mesure de la conquête, il arriva tout naturellement qu’à l’époque impériale toutes les lithurgies et cérémonies les plus étranges, les plus disparates et les plus immondes, s’y trouvaient réu— nies pèle—mêle. Il en était de même pour les sectes philosophiques, telles que celles des Stoî'ciens, des Kabbalistes, des.
Esse’nz‘ens, des Galiléens, des Gnostiques, etc., qui, toutes, avaient leur signe de ralliement, leur initiation. Parmi ces sectes philosophiques, il en était même une, celle des Gnostiques, qui se disait l’héritière de la science occulte de l‘Egypte et de la Chaldée. Quelle était cette science occulte, objet des initia— tions sacerdotales et, plus tard, de celles des philo-v sophes gnostiques ? _.... I|Æ
LES INITIATIONS 239 Quelle était la nature de ce secret transmis avec tant de mystère ?
« Quiconque, dit le Talmud, a été instruit de ce Secret et le garde dans un cœur pur, peut compter sur l’amour de Dieu et la faveur des hommes; son nom inspire le respect, sa science ne craint pas l’oubli et il se trouve l’héritier des deux mondes, celui où nous nous trouvons maintenant et le monde à venir. » Comment, dit M. Jacolliot, pouvait—on connaître les secrets du monde à venir (I) si l’on ne recevait pas les communications de ceux qui l’habitent déjà.
Voici, d’autre part, ce que nous dit Hérodote: « Le bonheur des Initiés ne s’arrêtait pas à cette vie, il se continuait au—delà de la mort ». Et Pindare, au sujet de ces initiations mystérieuses, écrit ceci: « Heureux celui qui descend sous terre après avoir vu ces choses, il connaît les fins de la vie, il connaît la loi divine ».
Et son hymne homérique à Déméter ajoute: « Le sort des initiés et celui des profanes sont différents jusque dans la mort ».
Nous devons donc conclure tout comme M. Jacolliot que dans l’antiquité, l’initiation ne fut pas la connaissance des grands ouvrages religieux de l’époque, Védas, Zend—Auesta, Bible, mais bien l’accession d’un petit nombre à une science occulte qui avait sa genèse, sa théologie, sa philosophie et ses pratiques particulières, dont la ré vélation était interdite au vulgaire. En quoi consistait donc cette science P (r) Jacolliot, le Spiritisme dans le monde, p. I9.
24o_ L’INITIATION Nous le savons aujourd’hui d’une façon pertinente, et M. Jacolliot, en nous dévoilant les phénomènes prodigieux qu’accomplissent encore de nos jours les. Fakirs de l’Inde, a fortement contribué à cette élu cidation. Cette science consistait dans le maniement des. forces occultes nervosædynamz’ques-humaines.
C’était l’ensemble de ces phénomènes que nous appelons aujourd’hui le magnétisme et îl’hypnotzsme, savoir: l’insensibilisation, le somnambulisme, la cata- - Iepsie et la léthargie provoquées ; les phénomènes de suggestion, de communication et de pénétration des pensées, les phénomènes de lévitation, et enfin le se— cret le plus important de tous, la connaissance des moyens de communication entre les vivants et les morts, c’est—à—dire entre ceux qui vivent sur la terre et ceux qui vivent dans l’espace. ‘ Je n’ai pas besoin de faire ressortir combien la réalité ou non réalité de ce dernier fait a une importance immense, non seulement au point de vue philoso phique et religieux, mais encore au point de vue juri dique et sociologique !
Jusqu’ici la science officielle s’est refusée à en faire l’objet de ses investigations, tout comme elle l’avait fait longtemps pour tous les phénomènes du magné— tisme qu’elle niait de parti pris imperturbablement, montrant ainsi l’infime degré de confiance qu’on doit avoir en ses dénégations. Ici, je ne veux examiner cette question que par son côté historique et pour montrer que le maniement des forces occultes et les moyens de communication ultra—
LES INITIATIONS 241 Wfl. .,, _.-. . .-. terrestre existaient à Rome dès les premiers temps du christianisme. Tertulien, entre autres, en parle comme d’une chose connue et avérée. L’on s’en servait pour connaître les événements à venir, et ces pratiques, lorsqu’elles s’appliquaient à la politique, n’étaient pas toujours sans danger.
Témoin l’évocation dont Am mien Marcellin nous a laissé le récit et dans laquelle il s’agissait de savoir quel serait le successeur de l’empereur Valens contre lequel une conspiration redoutable avait été ourdie.
Or, voici le discours que prononça, dit-il, devant les juges Hilarius, l’un des conjurés, disciple du philosophe gnostique Jamblique; « Magnifiques juges, nous avons construit à l’ins tar du trépied de Delphes avec des baguettes de lau rier sous les auspices des esprits, cette malheureuse table..., et après l’avoir soumise dans toutes les règles à l’action des formules mystérieuses et des conjura tions avec tous les accompagnements pendant de longues heures, nous sommes parvenus enfin à la mettre en mouvement.
Or, lorsqu’on voulait la con sulter sur des choses secrètes, le procédé pour la faire mouvoir était celui—ci : On la plaçait au milieu d’une maison soigneusement purifiée partout avec des par-. fums d’Arabie; on posait dessus un plateau rond avec rien dedans, lequel était fait de divers métaux. Sur les bords du plateau étaient placées les vingt-quatre lettres de l’alphabet séparées exactement par des inter— valles égaux.
« Debout, au—dessus, un des membres de l’assem blée, instruit des cérémonies magiques, vêtu d’étoffe de lin, ayant des chaussures de lin, la tête ceinte
242 L’INITIATION . '.“i“I“? .. .| ' d’une torsade et portant à la main un feuillage d’arbre heureux, après s’être concilié par certaines prières la protection du Dieu qui inspire les prophé ties, fait balancer un anneau suspendu au dais, lequel anneau est consacré suivant des procédés mys— térieux.
Cet anneau sautant et tombant dans les inter— valles des lettres suivant qu’elles l’arrêtent successi vement, compose des vers héroïques répondant aux questions posées, et parfaitement réguliers comme ceux de la pythie. \ « Nous demandâmes quel serait le successeur du prince actuellement régnant; et comme on disait que ce serait serait un homme d’une éducation par— faite , l’anneau ayant touché dans ses bonds deux syllabes 650 avec l’addition d’une dernière lettre, quelqu’un de l’assistance s’écria que le destin désignait Théodose.
« La consultation n’alla pas plus loin, car nous étions convaincus que c’était lui, en effet, que le sort désignait. » Ajoutons que les accusés furent mis à mort, s’il faut en croire l’historien Zonoras, ce qui n’empêcha pas l’oracle de s’accomplir, car Théodose succéda à Valens.
Déjà dans l’antiquité grecque l’on avait attribué à Pythagore le pouvoir de ressusciter les morts, et de converser avec des êtres invisibles dont on entendait distinctement les réponses. Les prodiges, attribués aux deux grands apôtres du Gnosticisme, Appollonius et Simon le mage, accom plis à Rome sous le règne de Néron, seraient bien ,_.,,__._ A,_,_. . . . J. .‘..uq“‘ i
LES INITIATIONS 243 plus grands encore, si l’on en croit les récits de Phi— lostrate et de Bias de Babylone. Ainsi Simon le mage « commandait à une faux de fonctionner toute seule, et celle—ci abattait autant d’ouvrage que le plus habile faucheur.
Bien mieux, il créait des statues douées de mouvement, et qui marchaient aux yeux de la foule consternée d’admiration et d’effroi. — Il avait changé les pierres en pain ; — il était demeuré sain et sauf au milieu des flammes d’un bûcher; — enfin il s’était soulevé et maintenu en l’air à la vue de tout un public immense ». Ainsi voilà bien des Miracles qui pour être moins connus que ceux de la Galilée, n’en ont pas moins d’authenticité.
« Ce grand thaumaturge, dit L. Figuier, avait su tellement imposer aux païens et aux chrétiens que ni les uns ni les autres ne songèrent à contester la réalité de ses prodiges; mais songèrent seulement à les faire toUrnerà leur profit.Pour les païens le magicien Simon est un envoyé des divinités antiques qui vient manifes ter et défendre leur puissance mise en péril.
Aux yeux des Chrétiens, au contraire, Simon opère grâce à l’appui secret du démon, mais en vertu d’une conces sion de leur Dieu même, du vrai Dieu. « Les partisans de Simon, dit—il, que le peuple et le Sénat Romain avaient adoré comme un Dieu lui firent élever dans l’Ile' du Tibre une statue avec cette ins cription: Simoni Deo Sancto, à Simon Dieu Saint.
« Plusieurs pères de l’Église, saint Justin entre autres, qui parlent de cette inscription, reconnaissent toute l’authenticité des miracles de Simon; ils ne pro— testent que contre la qualification de sainteté attribuée
244 L’INITIATION à sa divinité (1). Les prodiges attribués à Appollo nius ne sont pas moindres. LES INITIATIONS APRÈS L’ERE CHRÉTIENNE En outre de Simon le mage et d’Appollonz’us de Thiane, la secte des Gnostiques compta parmi ses Chefs un grand nombre d’hommes illustres tels que Basilz’des, Marczon,Jamblz’que, Plotin, Porphyreetc. « Tous ces philosophes, dit L.
Figuier, faisaient pro fession d’évoquer les esprits ; et le but suprême de leur philosophie était l’union de l’homme au grand Dieu qui remplit l’univers (2). » Les Gnostiques dont les écoles et le berceau étaient à Alexandrie qui avaient concentré dans leur enseigne ment toutes les hautes traditions de l’Inde, de l’Egypte, de l’Asie et de la Grèce, les Gnostiques, dis—je, étaient très fiers de leur science, et regardaient avec une sorte de pitié les humbles partisans de la doctrine Gali léenne.
Eux seuls avaient hérité du secret des antiques Inztiations. ' Malheureusement,après qu’ils eurent contribué pour leur plus large part à la dissolution des croyances polythéistes, la libre pensée amena parmi eux la formation de systèmes fauteurs de discordes, et ils eurent la douleur de subir le triomphe des Gali léens. ‘ Ces derniers, infiniment moins savants, se mêlaient (1) Louis Figuier, Histoire du Merveilleux, t. I, p. n. (2)Id., ibid.
I|'.n.‘| .-:-: i _. ... II_ - _ LES INIT1ATIONS 245 beaucoup plus au petit peuple, et puisaient une force irrésistible aussi bien dans leur unité doctrinale que dans l’immense esprit de charité que leur avait in culqué le Christ. A l’inverse des Chrétiens d’aujour d’hui, ceux de la primitive Église formaient une vraie société d’Égalité et de secours mutuels où l’on ne songeait qu’à relever les malheureux et les déshérités de la fortune.
Ceux—là pourraient encore aujourd’hui réclamer la paternité des trois grands principes inscrits au frontis pice de nos monuments : Liberté, égalité, fraternité; car ils eurent la gloire de les remplanter dans le monde. Bien que leur auréole se soit ternie prompte— ment, lorsque parvenus au pouvoir, ils passèrent de l’état persécutésà celui de persécuteurs, cela ne dimi nue en rien la beauté de leurs sentiments primitifs.
Si je m’appesantis aussi en détail sur cette période du Gnosticisme, aujourd’hui si peu connue, c’est qu’elle a marqué dans la fin du monde païen une période très remarquable. C’est que dans leurs enseignements . et dans leurs initiations, les Gnostiques avaient réuni toute la tradition de l’hermétisme Egyptz‘en et du magisme _: et qu’en réalité ils ont été, historiquement parlant, les vrais ancêtres de la maçonnerie.
En eflet, de même que cinq siècles avant notre ère, les Prêtres Égyptiens transportés en Babylonie avaient apporté aux mages chaldéens ainsi qu’aux prêtres juifs déportés comme eux, les secrets de la philosophie et de la Théosophie Indo—Égyptienne ; de même au VI° siècle de notre ère, les Sectateurs de la Gnose et de la Kabbale eurent à subir un sort semblable. Ruinés .È‘-.’: ‘ , ,,m,_- M.
246 L’INITIATION à Rome et en Italie par les invasions barbares ; opprimés par le Christianisme triomphant ; chassés aussi d’Alexandrie, leur berceau, par la grande inva sion arabe, ils n’eurent d’autre alternative que de retourner en Orient à l’ombre du trône de Byzance, ou de se réfugier en occulte avec tous les persécutés du Paganisme, du Druidisme et de la Kabbale.
Plus tard, toute cette grande classe d’opprimés s’étant grossie des débris de l’ordre des templiers, et de tous ceux qu’avait rejetés en Occident la prise de Cons tantinople par les Turcs, on put les voir, en maintes occasions, essayer de donner signe de vie. Mais l’in quisition qui avait déjà étendu sur toute l’Europe ses tentacules redoutables, sut vite y mettre bon ordre.
Les uns étaient condamnés comme hérétiques, les autres comme sorciers et leur compte était réglé. L’on est trop enclin à oublier qu’il a existé au moyen âge une période effroyable où il n’existait d’au tres lueurs que celles des cierges et des bûchers, et où les condamnés pour crime de sorcellerie se comptaient tous les ans, tantôt par centaines, tantôt par milliers.
Tous ces rebelles de la libre conscience n’étaient pas des hommes de médiocre valeur. Parmi eux nous en comptons un très grand nombre d’illustres. Que dis— je? C’étaient les seuls hommes de science de l’époque.
C’étaient : le kabbaliste Sédécias sous Pépin le Bref; le rabbin Yechelié sous Louis IX; puis Albert le Grand, puis Raymond-Lulle, Arnaud de Villeneuve, Nicolas Flamel, Cornelius Agrippa, Paracelse, Kunraht, Gé rôme Cerdan, Oswal-Croll, Rosenroht, et bien d’au tres encore.
LES INITIATIONS 247 "fi‘Ït,‘f”.ï?”' -7.'.‘_- - Force leur fut à tous de rester dans l’ombre. Mais leur activité ne se ralentit pas pour cela.
La phalange occulte sut si bien se multiplier qu’à l’aurore du xvm" siècle elle avait formé des légions, de sorte qu’aux premières lueurs de l’ère nouvelle et bien avant I789, on vit I’Hermétisme et la Maçonnerie surgir l’une et l’autre toutes armées des profondeurs de l’occulte, comme Minerve était sortie tout armée du cerveau de Jupiter.
L’Hermétisme se révéla par deux hommes devenus légendaires : d’abord le richissime comte de Saint— Germain, le commensal de Louis XV, en second lieu par le célèbre Cagliostro, le_ fondateur des loges égyp tiennes de Paris. La Maçonnerie rallia comme adeptes tous les grands hommes de la Révolution et de la Convention et presque tous les généraux des armées républi caines.
Aussi, ces armées bien différentes de ce qu’elles devaient, hélas! devenir plus tard, étaient—elles sous ces chefs républicains des modèles de discipline et d’humanité. Mais la tourmente des guerres civiles, de même que le fracas des batailles, n’a jamais été favorable aux idées philosophiques et sociologiques. Aussi l’hermétisme complètement délaissé devint il l’apanage de quelques adeptes. Pour la maçonnerie, il en fut à peu près de même.
Mise à l’index sous la Restauration, elle eut à soute— nir de nouvelles luttes en faveur de la libre conscience et de la libre-pensée; et depuis cette époque, sauf ' W-wW
248 L’INITIATION quelques intermittences, le même état de choses se continue toujours. C’est qu’en effet les hautes puissances sacerdotales qui éclairaient le moyen âge à la lueur des autodafés, n’ont rien changé à leurs principes. Loin de s’amen-y der, elles se sont insolemment placées en dehors des lois de tolérance qui régissent les sociétés modernes, et ont déclaré de par le syllabus que la liberté de conscience était une chose criminelle.
Le conclave romain n’a plus, il est vrai à son ser vice, le bras séculier ; mais il lui reste encore trois armes bien puissantes : l’argent, la calomnie et l’ubi— quite’.
Contre un adversaire aussi redoutable, la maçon nerie, pour pouvoir continuer son rôle libérateur plu—7 sieurs fois séculaire, s’est-elle placée sur son meilleur terrain i“ Hélas ! nous ne le croyons pas; et ceci nous amène à formuler en quelque sorte les conclusions de ce tra—y . vail.
CONCLUSIONS Nous estimons qu’en répudiant ses origines spiritua listes pour prendre les stériles sentiers du matérialisme moderne, la maçonnerie s’est très imprudemment privée ‘de ses meilleures armes. Je dis plus. je crois qu’elle ne sera complètement en état de remplir sa grande mission que du jour où elle reviendra à ses origines traditionnelles. L’Hermétisme, en effet, qui représente en quelque
LES INITIATIONS 2 Wi‘ÿt?‘ ' *7 sorte le spiritualisme scientifique, loin d’être affaibli depuis un siècle, n’a fait au contraire que grandir. Il a trouvé des auxiliaires sans nombre parmi les philologues, les indianistes, les égyptologues et enfin parmi tous les chercheurs scientifiques que le maté— rialisme n’a pas fourvoyés. Il a ses sociétés consti tuées en très grand nombre, ses tribunes et ses jour naux.
Et ce n’est pas seulement en France que ce grand mouvement intellectuel s’est produit. Il existe dans l’Inde Anglaise en Amérique, en Australie, aussi bien qu’en Europe. Dans tous ces pays il s’est formé de nombreuses sociétés libre—penseuses et scientifiques de psychologie et de théosophie dont l’action ne saurait rester stérile (r).
Le jour n’est pas éloigné où nos savants officiels s’apercevront qu’à côté d’eux il existe une multitude d’autres chercheurs et libres penseurs parmi les plus instruits, aux yeux desquels la perennité de l’âme humaine, seule base de toute justice, repose sur des faits absolument positifs et absolument démon— Irables.
Ils verront alors qu’à côté de leurimmobilisme physiocratique il s’est formé un immense courant d’idées infiniment plus claires et plus bienfaisantes que celles du matérialisme, attendu qu’elles offrent de meilleurs horizons à la désespérance humaine. .
Dans la lutte toujours instante de la libre pensée scientifique contre les théocratismes, il est évident que (1)L'InstitutThéosophique libre de Calcutta com te à lui seul plus de 150 sociétés ré andues dans le monde entier. La ociété l'hi: formée à Paris ily a peu 'années formait la [52° branche. Œ-.æ.;-..;. ». -
2 50 L’INITIATION ..,,. Il! les psychologues et les théosophes orientalistes peuvent apporter un appoint irrésistible.
Eux seuls, en eflet, connaissant les Sources de l’Iératisme où ont puisé tous les Thaumaz‘urges et tous les Hiérophantes de l’antiquité, peuvent percer à jour l’édifice commer cial du cléricalisme moderne et démontrer sans réplique que la prétendue révélation Christo-Mosaïque, n’est autre chose qu’un pastiche de la Théosophie Indoue. ' D’autre part, cette démonstration faite par eux ne saurait affaiblir les fondements de la morale.
Bien au contraire car elle apporte à tous les peuples, une philo sophie et une théosophie plus rationnelles et plus satis— faisante que celles de la religion soi-disant révélée. Bien plus, eux seuls possèdent les arguments et l’autorité nécessaires pour faire entrer, à bref délai, les vérités historiques et esthétiques nouvelles dans le domaine de l’enseignement universitaire.
N’est—il pas absurde, en effet, de voir nos professeurs d’histoire (les uns matérialistes, les autres cléricaux) continuer à enseigner que l’origine du monde et les premières lueurs de la civilisation ont commencé quelques siècles seulement avant l’époque où Josué arrêta le soleil; alors qu’ils savent très bien qu’il faut la faire remonter beaucoup plus haut; et que la civilisation Indo—Brahmanique attestée par les Védas et les livres S anscrits est antérieure de plusieurs mille ans à la Genèse Mosaïque.
Quant aux Initiations modernes, il est à peine besoin d’indiquer ce qu’elles seront inévitablement de plus en plus. Elles aussi auront à faire leur profit des
; ‘. n \.,' LE BANQUET DE PLATON 251 . lueurs nouvelles de l’histoire, ainsi que des décou vertes en psychologie, pour que les initiés puissent de mieux en mieux former dans le monde entier une vaste confraternité intellectuelle basée sur un corps de doctrines supérieur.
Ce n’est qu’à cette condition que les initiés pour ront mieux que les autres déchiffrer l’énigme du Sphynx antique, car il ne s’agit aujourd’hui de rien moins que de l’organisation des sociétés suivant leurs affinités et suivant la justice. D‘ FERRAN.
E«E ÉAN@UET DE ÿlÏA'l‘ûll ET LA VIE ÉTERNELLE D’ENFANTIN A madame Juliette Adam l %ous avez, un soir, que le philosophe Stanislas A Meunier et moi, nous devisions,assis à vos côtés surle même triclinium, prononcé cette sombre parole: « Platon n’était qu’un rhéteur ! » Jamais, certes, plus terrible sentence n’était tombée de lèvres plus char— mantes. Je vous quittai, navré. Vous veniez de jeter à terre la statue de l’un de mes derniers dieux.
La réflexion survenant, je me dis que ce n’était peut-être là qu’un de ces paradoxes où se plaît l’éter nel féminin, une de ces étranges audaces, où s’aven turent parfois les reines les plus fêtées de la pensée,
2 52 L’INITIATION renversant d’un coup d’ongle une gloire que vingt. siècles ont édifiée, qu’au fond vous partagiez peut—être mon culte pour l’Apôtre de la doctrine socratique, qu’en somme un jugement pareil, quelle que fût la compétence du juge, n’était pas sans appel. Et je me mis à relire Platon, éperdûment.
Je ne puis dire au juste combien de temps mon étude a duré, mais je sais que je me suis plongé en cet abîme, que j’ai longuement entendu vibrer à mes oreilles ces ondes chantantes et berceuses, que j’y ai bu à pleine coupe, à plein cratère, à pleine âme et à plein cœur, et que j’en arrive à présent lubréfié, saturé, ivre ! Dans ce flot, j’ai trouvé une algue merveilleuse; dans cet océan j’ai cueilli une perle.
Et je surgis, le Banquet à la main, et je vous demande si, en cons cience, ce n’est pas là une des œuvres les plus éblouis santes et les plus profondes qui soient jamais sorties d’un cerveau humain ! Foin ici d’une analyse stérile et sèche, qui ne serait qu’une odieuse profanation ! On n’analyse pas plus Platon qu’on ne condense Homère. Ces choses là se sont faites aux époques barbares.
Mais aujour d’hui que le Progrès a marché, qu’il estpermis d’aller même à la messe , qu’il soit permis aussi de lire dans le sublime! Plaignons les anciens fabricants d’édi-' tions ad usum DeIphini et vouons aux dieux inter naux ceux qui seraient tentés de les imiter. Il Bien des traductions existent du Banquet. Rappe
LE BANQUET DE PLATON 253 Ions celle de Louis le Roy de 1559, naïvement dédiée à Marie Smart par l’auteur, en somme assez exacte, et celle de M“ de Rochechouart, abbesse de Fonte vrault, d’assez agréable style, mais d’une chasteté piteuse : c’est le triomphe de la feuille de vigne et du fichu. Le Banquet a été également traduit Par Racine et par l’abbé Geflroy.
Dans l’œuvre du premier bril lent tous les raffinements phraséologiques d’un siècle où rien ne s’appelait par son nom; dans l’œuvre du second, la traduction faite trahison éclate dans toute son horreur. Je glisse sur la légion des annotateurs, commentæ teurs et scholiastes, dont les efforts se sont concen trés sur cet incomparable chef-d’œuvre.
Aucun n’a, d’ailleurs, que je sache, brisé l’os méduL laire ni essayé d’en extraire la substantifique essence qui s’y trouve enclose. Une chose m’a particulièrement frappé, en relisant, ce maître livre. C’est le lien d’étroite analogie qui unit ce traité de l’amour à un autre beau livre, la Vie éter— nelle, du Père Enfantin.
Ici et là, mêmes envolées fougueuses dans les splendeurs de l’idéal, même culte pieux pour la vraie Beauté, même conception de l’im mortalité impersonnelle, — la seule réelle peut—être la seule indiscutable en tout cas, — et surtout même connaissance profonde des ’ divins Arcanes. Tous deux sont de puissants initiés.
Cousin prétend que Platon s’était nourri de traditions orphiques et qu’il avait fait de nombreux emprunts à la doctrine pytha goricienne. Enfantin, par voie d’intuition, s'est certai— nement assimilé les même éléments psychurgîques.
2 54 L’INITIATION . ...r .I._.. Ce sera surtout en étudiant le merveilleux discours de Diotime, que nous aurons l’occasion d’établir cette filiation entre le disciple de Saint-Simon {et le disci ple de Socrate. Arrêtons-nous auparavant aux théories des divers convives d’Agathon. C’est en effet chez ce riche dilet— tante, on le sait, qu’a lieu le mémorable banquet.
Le discours de Phèdre, qui ouvre la séance, n’est qu’une brillante amplification sur ce thème: « L’A— mour est un des plus anciens et des plus grands dieux ».
Il y a là toutefois une géniale pensée, qui est comme l’axiome liminaire, sur lequel reposent les dif férentes théories, qui vont suivre: « Celui qui aime est quelque chose de plus divin que celui qui est aimé, car il est possédé d’un Dieu ! » Avec Pausanias, qui prend ensuite la parole, nous entrons de plein pied dans cet ordre d’idées socra tiques, qui ont si souvent excité les colères des péda gogues et qui nous ontvalutant d’ineptes paraphrases.
C’est faire fausse route que de juger de ces choses, «avec notre étroite morale d’école. Certes, l’amour uni— sexuel, en tant que passion charnelle, est une mons truosité qu’on ne saurait jamais assez flétrir, que les moralistes anciens ont eux-mêmes sévèrement jugée à plus d’une reprise.
La question est de savoir s’il n’y a pas, s’il ne peut pas y avoir, en dehors des appé— tences de la chair, dans une pure zone idéale, où n’arrivent plus nos âmes alourdies par le poids des Vices contemporains, une passion sainte, céleste, quasi divine, capable d’amoureusement unir deux cœurs d’homme. .'uL,.adu
L'E BANQUET DE PLATON 255 \. '.“ L’Evangile ne répond-il pas affirmativement, en nous décrivant les tendresses dont Jésus brûlait pour Jean, le disciple bien-aimé ?
Écoutons ce que dit Platon, ce précurseur du Christ, par la bouche de Pausanias : « J’appelle homme vicieux cet amant , populaire, qui aime le corps plutôt que l’âme, car son amour ne saurait être de durée, puisqu’il aime une chose, qui ne dure point ; dès que la fleur de la beauté qu’il aimait est passée, vous le voyez qui s’en vole ailleurs, sans se souvenir de ses beaux discours et de toutes ses belles promesses.
Il n’en est pas ainsi de l’amant d’une belle âme : il reste fidèle toute la vie, car ce qu’il aime ne change point. » Ailleurs, le même Pausanias place à un rang d’hon— neur ceux qu’il appelle les sectateurs de la Vénus Uranie, c’est—à-dire ceux qui ne s’attachent qu’au sexe le plus généreux.
Peut-être trouverions-nous la justi fication de cette théorie dans quelques personnages historiques, tels que Shakespeare, Bonaparte, Wagner, ' Robespierre, pour ne citer que les modernes. Les fai-. blesses de ce dernier pour Saint—Just, le radieux éphèbe, nous permettent cette insinuation. Mais n’in« sistons pas. Un aveugle est toujours malavisé de dis—. cuter des couleurs.
III Eryximaque qui succède à Pausanias nous laisse supposer l’existence en son temps d’une médecine dont nous cherchons vainement aujourd’hui les con-. tinuateurs. Où est-il en effet cet incomparable guéris« seur, capable de changer à sa fantaisie les inclinations
256 L’INITIATION du corps et d’établir la concorde entre les éléments les plus ennemis, en leur inspirant un amour mutuel? Aristophane, dans un récit moitié sérieux, moitié plaisant, enferme tout un système sur l’origine des «êtres. Mais qui pourra soulever le voile ésotérique sous lequel il le présente ?
Comme Pausanias, d’ail leurs, il donne la préférence à l’amour unisexuel, mais comme lui il idéalise cet amour : « C’est bien à tort qu’on reproche à ces hommes de manquer de pudeur, car ce n’est pas faute de pudeur qu’ils se conduisent ainsi, c’est au contraire par grandeur d’âme, par générosité de nature et par mo— ralité qu’ils recherchent leurs semblables ; la preuve en est qu’avec le temps, ils se montrent plus propres que les autres à servir la chose publique. » L’éloge d’Eros, que Platon place dans la bouche d’Agathon, est un délicieux poème, en prose ryth— mique: ' « Jamais l’amour ne se fixe dans rien de flétri, corps ou âme, mais où il trouve des fleurs et des par fums, c’est là qu’il se plaît et qu’il s’arrête. » Mais plus encore que cette gracieuse description de l’amour individuel, nous aimons cette lyrique apologie de l’amour universel : ‘ « C’est l’amour qui écarte les barrières, qui rendent l’homme étranger à l’homme ; c’est lui qui les rap— proche et les réunit en société.
Il préside aux fêtes, aux chœurs, aux sacrifices. Il enseigne la douceur, bannit la rudesse, excite la bienveillance, arrête la haine. » Les différents discours, j’allais dire les différents ‘
LE BANQUET DE PLATON 257 "5"5 hymnes, qui viennent de se faire entendre, ne sont par rapport à l’auguste cérémonie, qui va s’accomplir que de mélodieux proœmia, — véritables assauts d’harmonie, où le tibicen répond au fidicen, où la flûte qui se rit raille la chélus qui soupire, où le char meur Eryximaque donne la réplique au virtuose Pausanias. Socrate se lève.
Avec lui s’inaugure la grande ini tiation, ou, pour parler plus exactement, c’est lui qui communique à ses auditeurs l’Initiation que Diotime, la voyante de Mantinée, lui a conférée. Dans son récit, nous retrouvons les trois degrés de la théurgie maçonnique :. Apprentissage, compagnonnage, maî— trise. [V I. Apprentissage. -—— Diotime enlace Socrate de questions captieuses sur la nature de l’amour, dont le profane ne triomphe qu’à grand’peine.
Puis, elle lui enseigne que l’amour est un grand Démon, c’est—à-dire un des liens vivants, qui unis— sent l’homme à la suprême Entité. La naissance de -l’Amour est ensuite présentée sous une forme symbo lique, dont l’explication a donné de la tablature à plus d’un commentateur, depuis Maxime de Tyr jusqu’à Sydenham.
Eros est le fils de Ponos et de Péuia, c’est—à-dire de l’idée et de la matière, car il faut à l’amour ces deux éléments pour accomplir le mystère de la création, l’amour n’étant, ainsi que Diotime l’affirme plus loin, que« la production dans la beauté selon le corps et selon l’esprit ! »
258 L’INITIATION Il. Compagnonnage. — Jusqu’ici Socrate n’a fait que franchirle seuil du temple. Voici que le voile du sanctuaire va s’écarter devant ses pas : « Arrivée à un certain âge, lui dit l’lnitiatrice, notre nature— demande à produire. Or elle ne peut produire dans la laideur, mais dans la beauté. L’union de l’homme et de la femme est production et cette production est œuvre divine : fécondation, génération.
Voilà ce qui fait l’immortalité de l’animal mortel. » « Qu’est—ce que la Genèse universelle, s’écrie Enfan tin, dans le temps et dans l’espace, dans le monde des idées et dans celui des corps, si ce n’est le fruit de la Communion d’amour, d’affinité, d’attraction, entre deux êtres, deux idées, deux corps de sexe différent, qui s’embrassent, se pénètrent, s’électrisent et déga—y gent de leur double vie l’étincelle de vie‘nouvelle, qui apparaît pour donner à son tour la vie P » Diotime revient avec insistance sur cette conception de l’immortalité, qui va se dégageant de plus en plus de l’égoïste individualisme : « Ce qui nous rend im -périssables, ce qui donne toute l’immortalité que comporte notre mortelle nature, c’est la génération ».
Enfantin, lui, étudie d’une façon plus approfondie peut—être cette transmission du flambeau vital,cette mystérieuse transfusion du moi. Ecoutons-le : « Chez l’enfant, la vie n’est pas encore en lui ; il la pompe, il la prend, il la reçoit de toutes parts. Chez. le vieillard, il en a tant donné, on lui en a tant pris, qu’il n’en reste plus...
Ahl sans doute jusqu’à sa, dernière heure, et au delà, il est vénéré, respecté par tous ceux qui l’ont aimé, qui chérissent ce pauvre".
LE BANQUET DE PLATON 259 »être usé, épuisé, fini, et qui le bénissent dans ses infirmités, dans ses maladies, comme ils bénissent -déjâ d’avance son impérissable mémoire. Mais qu’est— ' ce àdire ? Ne serait-ce pas dans ceux—ci que goutte à goutte il a versé paternellement sa vie ?
C’est par lui-même qu’ils ont grandi, c’est sa propre substance qui a été leur nourriture. » Diotime trace ensuite le tableau de l’homme cher «chant à travers le monde la beauté dans laquelle il pourra exercer sa fécondité. La Beauté ! Oui, c’est elle «qu’il lui faut, c’est elle dont il a soif, c’est elle seule qui peut calmer ses inextinguibles ardeurs.
On sait‘ quel fiévreux appel Enfantin adressait, lui aussi, sur les hauteurs de Ménilmontant, à l’idéale Beauté, qui devait constituer avec lui le couple-prêtre. On sait également quelle était son instinctive répulsion pour la laideur aussi bien physique que morale. III.
Maîtrise. — Nous entrons dans les grands mystères, —— -réÀsoz Xou Ë1tércrtxu . — Jusqu’ici le néophyte .a pu croire que le but suprême de l’Amour était la possession d’une âme d’élection, d’une beauté entre toutes. L’lnitiatrice déchire le dernier voile du mystère,I ' « La beauté qui réside dans un corps est sœur de la beauté qui réside dans les autres.
Et s’il est justel de rechercher ce qui est beau en général, l’homme serait bien peu sensé de ne point envisager la beauté «de tous les corps comme une seule et même chose. Une fois pénétré de cette pensée, il doit faire protes ;sion d’aimer tous les beaux corps, et dépouiller toute passion exclusive, qu’il doit dédaigner et regarder, comme une petitesse. » ” -A4\.-M.æuw. ‘ ‘vw i ,.\y.,u.=r : - . ..rä ..—s,‘. ‘ A»sz .
260 L’INITIATION Enfantin ne veut pas non plus que l’homme borne son culte à une beauté unique. Il va même jusqu’à. confier à son prêtre une mission aussi active qu’é tendue: « Tantôt il calmera les ardeurs inconsi dérées de l’intelligence ou modèrera les appétits déréglés des sens; tantôt au contraire il réacillera l’intelligence apatht‘que ou réchaufiera les sens en gourd1‘s ».
Mais, chez Platon, l’idée de cet amour épandu en même temps sur plusieurs objets ne s’arrête point à. une réglementation sociale ; c’est comme une perspective magnifique, qui s’ouvre non seulement sur l’universalité des êtres physiques, mais qui comprend dans sa sphère le Beau, sous toutes ses formes, depuis les éblouissantes vérités de la science, jusqu’aux splendeurs sublimes de la philosophie.
Ainsi l’initié s’élèvera jusqu’à la Beauté souve-' raine : « Beauté qui n’a point de forme"Sensible, un visage, des mains, rien de corporel ; qui n’est pas non plus telle pensée, ni telle science ;qui ne réside dans aucun être différent d’avec elle—même, comme un animal, ou la terre ou le ciel, ou toute autre chose ; qui est absolument identique et invariable par elle—même ; de laquelle toutes les autres beautés par ticipent, de manière cependant que leur naissance ou leur destruction ne lui apporte ni diminution, ni accroissement, ni le moindre changement. »' * Il est à propos de faire observer ici que la concep— tion platonicienne de la Divinité diffère essentielle— ment de la théorie d’Enfantin.
Pour le disciple de Socrate l’absolu se dégage du relatif et constitue une. .s. .. .--. _.;.-«..-—.«....... ..... . -...———..—..-uwiî‘c‘fi—WWT‘fl—Mwn— î__'M _:-,:A A
LE BANQUET DE PLATON 261 personnalité réelle et vivante; pour le disciple de Saint-Simon, le nécessaire résume toutes les contin gences; les êtres ne sont, à tout prendre, que des ma nifestations partielles de son unité et de sa beauté : «Il est la vie éternelle et universelle; donc toute existence est une manifestation de la sienne et ne sort pas plus du néant par la naissance qu’elle n’y retourne par la mort ; car elle participe de l’éternité et de l’universalité, qui est Dieu. » Voilà donc l’lnitiation achevée.
Diotime a conféré à Socrate la glorieuse maîtrise, qui ouvre le sanc— tuaire du Beau. Il sait maintenant qu’au-dessus de toutes les beautés mortelles il y a l’éternelle splen deur, qu’il est une union possible entre la partie im— périssable de nous—mêmes et cette resplendissante Entité, et que c’est cette sublime copulation qui donne naissance à ces œuvres de l’esprit en qui nous revi vons tout entiers. V Le Banquet se termine dans une apothéose.
Alci biade, symbolisant ici le public profane, pénètreà moitié ivre, dans la salle du festin. Il n’a rien vu, rien entendu, trop impur encore pour recevoir l’initiation, ' mais il a, comme la foule, ce vague instinct des choses sacrées. Il sent, à travers les vapeurs du vin, que ces lieux viennent d’être témoins d’augustes mystères, et loin d’en sourire il se met à célébrer les louanges de l’Initiateur et dépose une couronne sur son front. ' * D’ailleurs n’est-il pas, lui, Alcibiade, malgré son
262 L’INITIATION un.r4rI_—n v _. _.. indignité, une sorte de disciple bien-aimé? N’a-t-il pas, en d’autres circonstances, bu et mangé le verbe du maître ? N’a—t-il pas reposé sur son sein? Non, ce n’est pas lui qui rira jamais de ses enseignements; ce n’est pas lui surtout qui le trahira.
Quelqu’un est là, qui a pris partà cette mémorable Cène, qui a chanté comme les autres les gloires de l’Amour, et qui demain ne craindra pas de livrer son maître en pâture aux mépris de la foule, en attendant que les Onze le livrent à la mort! FABRE DES ESSARTS. 'ÈYPNÛTISMI‘. LA LUTTE ENTRE LE MAGNETISME ET L’HYPNOTISME Ëns médecins réclament aujourd’hui, à cors et a cris, le monopole de l’hypnotisme et du magnétisme.
Leur diplôme, disent—ils, leur a coûté assez cher en travail et en argent. Dans ces temps de liberté à ou trance, ils se montrent parfois d’une intolérance scien tifique ou d’une routine extrême.
Et cependant mê lés aux misères et aux turpitudes humaines dont ils sont les confidents forcés, ils sont généralement d’une, tolérance parfaite ; d’ailleurs, si cette vertu disparais; sait du cœur des hommes, on devrait la retrouver dans l’âme des médecins. L’hypnotisme — ou la science du sommeil provm qué par les agents physiques — est dû à un médecin
HYPNOTISME 2’63 anglais, sir James Braid, de Manchester. Le magné— tisme qui serait dû à une action du fluide humain — 'nié par la science — est dû au D' Mesmer, au mar quis de Puységur, au baron du Potet, au Dr Champi 'gnon, au magnétiseur Lafontaine, etc. Les travaux ‘ont été nombreux sur ces questions.
Aujourd’hui, ’ bien que rien ne semble menacer les médecins dans ' l’exercice de leurs fonctions ou dans la rémunération de celles—ci, quelques-uns poussent des cris de paons contre les magnétiseurs : façon Gillyesque de se faire de la réclame! Qu’on empêche certains marchands ‘d’orviétan, les gens qui massent une fracture croyant avoir affaire à une entorse..., c’est de toute justice.
Mais de là à proscrire une chose qui ne fait aucun ' mal et qui, même pour la science officielle, n’existe 'pas, il y a loin. Il ne s’agit même plus des convul— sions du baquet de Mesmer, ni de l’arbre magnétisé de 5Puy_ségur, mais de simples passes faites en regard d’organes malades. De quoi les magnétiseurs sont—ils coupables, en général ?
D’études souvent consciencieuses, parfois mal dirigées, vu le manque de connaissances scien tifiques suffisantes. Ce sont eux qui ont préparé la 'voie à l’hypnotisme en attirant l’attention du monde savant sur leurs phénomènes troublants; c’est ainsi que Braid, pour les vérifier, découvrit le sommeil 'prOvoqué par le regard, un objet brillant...; c’est " ainsi que Charcot, Bernheim, Luys, ont doté la science ‘ d’un nouvel agent‘thérapeutique.
Soy0ns justes, ren dons à César ce qui appartient à César: les magnéti ’seurs, — qui dénient à tort toute découverte scienti
264 L’INITIATION fique en la matière aux savants -— n’auraient-ils que forcé ceux-ci à isoler de leurs fatras obscurs ce qu’il y avait de bon et d’utile, qu’il faudrait encore leur en être reconnaissant. Le métier de magnétiseur, si c’en est un, n’a jamais conduit à la fortune, pourquoi l’en— vier? Qu’on défende les séances publiques d’hypno« tisme, soit! C’est même un devoir.
Nombre de gens ont été détraqués pour s’être prêtés aux manifesta tions de cette branche nouvelle de la science ou même pour les avoir vus. Le bilan de l’hypnotisme tend à se débarrasser du lourd passif qui le grevait et à être, bien manié actuellement, efficace et utile.
Il ne faut cependant pas abdiquer sa volonté, ni exhiber en public des troubles_ d’une folie expérimentale créée par les divers états d’une névrose momentanée, la quelle souvent ne demande pas mieux que de s’éta blir définitivement chez le sujet. La loi, qui peut au moins agir pour les endroits publics doit le faire: l’Italie, . la Belgique, Bordeaux, Poitiers ont' déjà chassé les exhibitionnistes de ce genre.
Quant à proscrire le magnétisme vrai, c’est une plaisanterie de mauvais goût! On appelle magnétisme — dans le sens exact du mot — le bien, l’améliora tion dans leur état qu’accusent certains sujets sous l’action des passes, sans sommeil et sans manifesta tions. extraordinaires. Les magnétiseurs affirment que concentrer sa volonté sur un effet à produire et pas— ser les mains à distance devant les organes malades suffisent pour amener du mieux.
Est—ce imagination du sujet ou réalité, voire tous les deux? Qu’importe, si l’amélioration existe réellement. Et c’est cela que . : l " ,... . A . ...L...... «- n-»—w,>»'>-:-&â A’ÂAÈ;*" ,
HYPN OTISME 265 l’On veut défendre, même fait gratuitement par ces charlatans, ces décriés, ces pelés, ces galeux, — que sais—je, car on ne leur ménage pas les appellations outrageantes!
Et remarquez 'que parmi ces expéri mentateurs il se trouve des membres de l’Institut, des ingénieurs du plus grand mérite, des officiers d’élite, tous, non médecins et ne se souciant que de l’intérêt d’une science dont le médecin, voué à la pratique or dinaire, ne peut s’occuper faute de temps.
Faut-il pour complaire à quelques médecins, -— dont les cris n’ont d’autre but, nous le répétons, que de leur faire de la réclame — leur défendre l’étude du magnétisme ? A côté de ces favorisés de la fortune qui étudient, non par dévouement à proprement parler, mais pour l’é— tude, il y a des gens à qui il plaît de mourir de faim, ainsi victimes d’un dévouement réel ou imaginaire, pourquoi le leur défendre ?
D’ailleurs pour y voir là un exercice illégal de la médecine, il faut admettre le mieux, il faut reconnaître l’existence du fluide hu main, sinon c’est poursuivre un délit... inventé par l’esprit fécond des partisans à outrance de leur mono pole.
Que diraient-ils donc de l’exercice libre des pro fessions libérales déjà réclamé P Un diplôme ne confère pas forcément la science comme l’abstention de diplôme ne l’exclut pas forcé ment, c’est ce qu’il est bon d’affirmer et de crier sur les toits. Les médecins ont parfois prêté un appui moral et désintéressé aux magnétiseurs ; il faut désormais, si l’on croit certains de leurs confrères et au nom de la liberté, les poursuivre! Abdiquant le culte trop exclu
266 L’INITIATION -*-:vm:mwv_n . , sif de... leur budget, ils ont pensé que, pour soulager les misères humaines, il n’était pas trop de tous les dévouements, d’où qu’ils viennent! Eh bien, on leur reproche de prêter les mains à un délit, de couvrir des gens quelconques, et par conséquent d’être pas sibles d’amende, voire de la prison!
Si on veut leur donner l’auréole de la persécution qui réussit si bien en France, il faut faire condamner ces gens désinté— ressés: ce‘sera leur assurer la fortune dans le plus bref délai.
Heureusement pour eux que sont morts, Pythagore qui faisait de la suggestion sur ses disciples en affir mant que malgré eux les bons passeraient à droite et les mauvais à gauche, — tous prenant ce dernier che« min; — Jésus-Christ qui guérissait par l’imposition des mains; de même Mahomet et Bouddha qui ont des miracles à leur actif; sinon on les poursuivrait devant nos tribunaux correctionnels!
Décidément il sera bientôt fatal de faire du dévouement sans di plôme! Au nom de la liberté, toujours, il faudra, pour être conséquent avec soi-même si l’on entre dans cette voie, poursuivre Pasteur pour ses travaux; interdire toutes les séances de salon, toutes les réunions in times où l’on cause même hypnotisme ou magné tisme; il faut défendre le massage, l’électricité, les bains même pour les réserver aux seuls médecins.
Comme il est bien difficile de dire où commence et où finit la médecine dans les soins à donner aux ma- . lades, — il est vrai d’ailleurs que le nombre des doc t_eurs va tellement en augmentant dans les villes que A V ...—4Æu-gn. x... . .——— .- ‘.,‘. - ü .j. ' x
HYPNOTISME 267 -.:......*.. .n.<. .5...r.'- ' “J". . ....r. h--rsflFM ce sera bientôt possible — on prendra désormais les représentants de la science médicale moderne comme gardes—malades ! La cuisine touche à la médecine par l’hygiène, les ingénieurs exécutent des travaux pour cette branche de la santé publique..., ils empiètent donc sur la compétence médicale.
On voit à quelle série de conclusions absurdes et impraticables on ar— rive avec des réclamations exagérées 1 Et si la Faculté de Médecine tient à réclamer quelque chose, qu’elle demande donc et surtout obtienne les cadavres de ces vulgaires criminels Prado, Géomay..., qu’une sensi— bilité de mauvais aloi retient loin de l’amphithéâtre'de dissection où ces êtres nuisibles pendant leur vie serviraient, après leur mort, aux progrès de l’étude pour le plus grand bien des vivants. D' V. FOVEAU DE GOURMELLES.
PARTIE LITTÉRAIRE EN 53115 CENTRALE A LA VAPEUR Paris, Samarkand, Paris en 43 jours, chemin de efer tmnsca ien, par NAPOLÉON NEY. magnifique in-8' de 466 p., illustr par Dick e Lonlay. - Garnier, 3 fr. 50. ÆONSIEUR Napoléon Ney qui, il y a deux ans, était en Amérique, l’année dernière en Afrique,,nous rapporte aujourd’hui d’Asie le plus curieux volume.
Ce cosmopolite intrépide est connu de tout Paris, dont il fait partie, au titre de mondain comme à celui d’intellectuel. Résolvant le problème d’ubiquité, il se devait à lui-même d’assister à l’inauguration du chemin de fer transcapien. La relation de ce voyage, vertigineux de vitesse, contient tout un côté auquel je suis parfaitement indif férent n’appartenant ni au présent, ni à la cohue des nationalités.
Ce côté que je signale tout d’abord pour n’en parler plus, est celuide l’attaché militaire. Toutes questions comparatives d’armement et de militarisme étranger me semblent supérieurement traitées etM. N a poléon Ney, à la seule façon de décrire une revue, se
EN ASIE CENTRALE 269 montre aussi Ney que possible. D’autres s’intéresse-‘ ront aux qùalités d’officier d’état-major, apparentes à toute page; je ne vois en ce livre que la notation d’un moderne assez sceptique pour ne pas affirmer que c’est la civilisation qui envahit Samarkand, pas assez initié pour penser qu’il a escorté un acte d’invasion barbare.
La domestication de l’Orient, que le Russe commence à l’imitation de l’Anglais, relève, à mes yeux, du brigandage à forme chrétienne, de cette barbarie scientifique, que l’Europe n’a pas connu -et qui avance plantant ses faisceaux ridicules au Champ de Mars, sous la forme hideuse d’un puits de Grenelle démesuré.
M. Napoléon Ney est un agissant à l’œil très aigu, beaucoup plus qu’un méditatif; il s’assimile et suit au premier rang l’évolution sans la juger; mais il la décrit avec une clarté qui fait de ses notes de voyage de très précieux documents.
Le livre s’ouvre en fait sur Odessa à l’aspect moitié oriental et moitié américain, de ces cités de l’extrême Europe qui n’ont pas encore cent ans d’existence, et après cinq jours de navigation on arrive à Batoum. M. Ney, en décrivant les escales de la mer Noire, donne la physionomie insensée de ce siège de Sébas— topol, si françaisement ridicule.
Pendant les armis tices, officiers russes et français s’offraient des punchs -et organisaient des sauteries: si ce n’est pas exquis cela pourrait être jugé un cas d’aliénation. Seulement l’occultiSte considère que l’instinct guerrier, comme l’instinct érotique, se satisfait sur des étiquettes d’uti— lisation nationale ou morale, et que les œuvres de ce
270 L’INITIATION ""Ï_ΑIfl triste monde, doivent être œuvrées par des incon scients, restés un peu barbares. Sortant de Crimée pour entrer dans l’isthme Cau casien, large de 900 kilomètres, le voyageur nous remémore l’identification de la Colchilde des Argo nautes avec l’lmérétie actuelle. La voie ferrée qui part de Batoum met en communication la Mer Noire et la Caspienne par Tyles et Bakou.
Très curieux les croquis de mœurs caucasiennes un peu naïves. Le recrutement à Tyles date de 1887 seulement. M. Ney assure que les conscrits vinrent joyeux aux mairies et que le clergé, lâchement assermenté, lut les convoca— tions militaires dans toutes les églises, après la messe..
Il y a la citation d’un ordre du jour du général prince Doudoukow, singulièrement instructif pour.la psychologie du sentiment serf et homicide à la fois, de l’humanité inférieure. A côté de ces déplorabilités, un fait bien touchant que M. Ney a recueilli, à Bala— kham, le temple guèbœ délaissé. En 1856, la léga tion française de Téhéran vit deux guèbres qui cher-a chaient depuis trois ans le temple du feu éternel situé près du grand lac Caspien.
Ils venaient de Bombay,. s’étaient perdus dans le Thour; ces hommes ne prirent que quelques heures de repos auprès des sceptiques français et ils continuèrent leur recherche du temple de Bakou. Ces deux pieux pèlerins me sont frères infiniment plus'que le général Amenkow, le réalisateur du railway transcapien.
Une partie dissertative sur l’Asie Centrale et le Turkoman nous mène à une longue dissertation très savamment faite sur la progression de la puissance .-æ
CONTE DE L’AUTRE MONDE 271 æÎÏäÎ_,‘m—ËVm.- (w m russe en Asie. Digne d’un ingénieur le chapitre des chemins de fer sibériens et asiatiques; enfin par l'A mou Daria (Oxus) nous voici à Samarkand. Le détail de l’inauguration est d’un charmant reportage, vif, parisien et cependant substantiel, mais pour. moi quelle lamentable ironie que ce récit d’un bal au pied du Pamir, d’un bal avec quadrille de Metra.
La mélancolie de l’Orient profané se dégage de ces impressions si enthousiastes cependant: et c’est l’honneur littéraire de M. Napoléon Ney d’avoir rendu cette double coloration, par le respect de sa phrase quand elle touche au Grand Passé. Ce Memorandum, dont le succès a été vif, gardera longtemps un intérêt véritable pour l’érudit: on sent à chaque détail une scrupuleuse bonne foi.
Avec les ouvrages de Daumas, de Pittié, du comte de Ponteves Sabran, le Paris à Samarkana’ est un des meilleurs ouvrages parus en ce temps, parmi ceux qui se dévivent « ense et calamo ». J OSÉPHIN PÉLADAN. flmur DE l’AUTRE MONDE ceux qui, vivants, ne voient pas le Seigneur, morts, ne le verront jamais.
Fo-HI. ’ 8‘ Apetite servante peureuse m’avait conduit jusqu’à la chambre où je devais passer la nuit et, comme je le prévoyais, elle n’y pénétra qu’en tremblant - «IF!
272 L’INITIATION comme la feuille,afin de vaquer aux derniers apprêts Elle s’empressa de déposer auprès de la vaste chemi née les bûches qu’elle portait dans son tablier, fit la couverture en deux temps et s’enfuit en me jetant un « Bonsoir, monsieur, bonne nuit! » plein de terreur et de compassion. J’entendis claquer ses sabots dans la sonorité du viel escalier et, resté seul, je me mis à considérer en détail la fameuse chambre hantée.
Il y régnait cette odeur légère et pénétrante de. mucre particulière aux vieilles boiseries. Cependant les murs n’accusaient aucune trace d’humidité.
L’a meublement, quelque peu vermoulu, portait la date du siècle dernier; le lit, très vaste, dont la peinture blanche avait pris des tons jaunâtres de vieil ivoire, était orné de rideaux de cretonne imprimée à larges dessins rouges, et, près de la cheminée où brûlait avec des crachements, des pétarades et des siffle ments, un feu de bois vert, deux grands fauteuils tendaient leurs bras.
La fenêtre, à l’unique vantail, était garnie de petits carreaux dont quelques-uns, anciens, étaient verdâtres et boursouflés, mais dont les autres devaient avoir été tout récemment posés, le mastic qui les assujettissait était encore tout blanc-neuf. Ce détail me fit souvenir des contes fantastiques autant qu’invraisemblables qui couraient le pays au sujet de la maison.
Pendant plusieurs nuits, paraît-il, des projectiles de toute nature, pierres, morceaux de bois, débris de fers à cheval, etc., avaient été lancés contre la mai son où ils avaient produit quelques dégâts et brisé - , ’ ...-" .3! c’
CONTE DE L’AUTRE MONDE 273 pas mal de vitres. On avait aposté des gens, mis sur pied la gendarmerie et le clergé sans pouvoir ni mettre la main sur les auteurs de ces désagréables plaisanteries ni exorciser les démons qui ont bon dos et sur lesquels on rejetait naïvement la responsa bilité de ces bizarres projections. le ne sais pas au juste si je crois plus au diable qu’à la gendarmerie et je m’apprêtais à me coucher.
Les vieilles légendes de revenants, les contes de nourrices me passaient par l’esprit. Je me rappelais l’histoire de ce houzard auquel un spectre affreux, traînant des chaînes et vomissant des flammes, appa rut une nuit dans un vieux château. Ce houzard était brave et, n’étant pas mort de peur, fut conduit par le fantôme jusqu’à certaine dalle d’une salle basse.
Le lendemain, il descella la dalle et trouva un tré— sor dont il s’empara et des ossements auxquels il fit pieusement donner la sépulture. Or, comme les détails de cette histoire à dormir debout me hantaient, j’entendis —— positivement — un lourd fracas de chaînes traînées dans la sonorité de l’escalier. Ce ne pouvait être une fantaisie de mon imagina tion. Le bruit était réel et formidable.
Mes hôtes, paysans honnêtes, fermiers de ma famille depuis tan tôt vingt ans, étaient incapables de me faire une farce, une fumisterie, comme on dit maintenant. Était-ce donc quelque gredin, quelque vagabond abu< saut de la crédulité superstitieuse de ces braves gens pour-se loger gratis ? I! ÆÇÆCÏH
‘274 L’INITIATION . Je ne savais que penser lorsque, le bruit de fer railles s’étant arrêté sur mon palier, j’entendis le claquement sec du loquet de ma porte et je vis celle— ci s’ouvrir très lentement. Instinctivement, je reculai vers le lit et pris mon revolver dans la poche de mon pardessus.
Lorsque je me retournai, je me trouvai vis—à-vis d’une figure de haute taille, entièrement voilée d’un linceul et soigneusement ligotée avec des chaînes énormes.
J’allais parler, lorsque l’apparition me dit d’une voix lointaine très douce : « Vous plairait-il, mon— sieur, de me débarrasser de tout cet attirail de chaînes et de suaires où votreimaginatiorî me tient empêtré, et voulez-vous me permettre de me chauffer à ce foyer? » Devant cette courtoise façon de s’exprimer, ma ter reur disparut soudain et, bien que je ne pusse encore deviner à qui j’avais affaire, je m’avançai bravement vers la cheminée et montrai du geste un des fauteuils comme pour inviter à s’asseoir mon étrange visiteur.
Dans le mouvement qu’il fit pour gagner la place queje lui désignais, son appareil funèbre disparut et je vis un grand vieillard 'sec et droit, la figure sympa tique, vêtu d’un habit bleu pâle à longues basques, d’un gilet à fleurs, d’une éulotte de satin pareille à l’habit comme npahCe et de bas chinés.
Une chose me frappa, c’était le ton exagérément fané, passé, de ces vêtements, et puis l’ensemble de mon hôte qui semblait si peu matériel que je croyais voir au travers de son corps les objets placés derrière lui, comme s’il eût été de corne ou de verre dépoli.
CONTE DE L’AUTRE MONDE 275 — Excusez, je vous prie, ma nocturne visite, mais je m’ennuie tellement que je suis fort heureux de causer avec un vivant. Tous mes amis d’autrefois sont morts comme moi, parfois même ils viennent me visiter; mais pas assez souvent à mon gré. — Mais, hasardai—je, à qui ai-je l’honneur de par— ler ?
' —— J’étais le chevalier de Grêges et j’habitais le châ teau dont cette ferme était une dépendance et qui fut démoli, quelques années après ma mort, par la Ré volution. Tenez, ajouta-t-il, regardez là, à côté du lit, derrière le rideau qui le masque, voici mon portrait, un joli pastel, d’ailleurs. J’allai regarder.
Le portrait était frappant, et je re— marquai que la nuance des étoffes était exactement la même que celle des vêtements de mon singulier interlocuteur : —— Je m’ennuie afl'reusemènt, voyez-VOUS, mon sieur, et puis, j’ai toujours froid depuis que je suis dans cet état bizarre qu’on appelle la mort. N’atten dez pas de moi des révélations sur les choses de ce que vous appelez l’autre vie; il n’y a rien du tout.
On s’ennuie, on ne fait rien et on a froid.Vous voyez, c’est cela, rien de plus. Je mis immédiatement deux bûches au foyer, et la grande flamme qui jaillit parut dessiner un pâle sou rire sur les lèvres décolorées du chevalier. — Vos allures, continua-t-il, indiquent un homme de condition. Dites-moi, que fait-on à Versailles ? Comment s’appelle le roi de France? Quel est le divertissement de mode à la cour?
‘276 L’INITIATION — Mais, lui répondis-je, il n’y a plus de cour, l’herbe pousse entre les pavés désertés de Versailles dont on a fait un musée, et il n’y a plus de roi de France. ' —— Ah! dit-il simplement, alors, ainsi, il n’y a plus, rien! — on doit bien s’ennuyer. — Ah ! vous regar— dez la fenêtre, ajouta-t-il en souriant ; oui, c’est nous qui avons cassé les carreaux, dernièrement. Romé— camp des Saulaies et de Rieux étaient venus me voir.
Nous ne savions que faire de notre temps et nous avons imaginé ce jeu de lancer contre cette fenêtre des pierres et d’autres menus objets que nous trou vions sur la route.
On jouait à qui casserait le plus de carreaux, c’est de Rieux qui a gagné. —— Je regrette d’avoir causé du dommage à ces pauvres gens, d’autant que je serais fort embarrassé de les indemniser en quelque façon ; mais, que voulez-vous monsieur, je m’ennuie tant, et j’ai si froid ! Je rajoutai encore une bûche au foyer.
Je me trou vais pris d’une véritable compassion pour ce pauvre gentilhomme défunt et frileux. — —— Vous semblez une âme en peine, chevalier, lui dis—je, et si quelques messes dites en votre honneur pouvaient vous être de soulagement, il est bien en tendu que je suis tout à votre service. — Oh ! répondit—il en hochant la tête, je vous remercie bien de l’intention galante, mais je suis très voltairien, et, faut-il vous l’avouer, je ne crois pas à Dieu. Comme il disait cela, le petit jour bleuissait les
succasrron 277 carreaux neufs de la fenêtre; et mon hôte, qui ne disait plus rien et se chauffait les mains, diminua soudain d’intensité. Il disparut graduellement, s’éva— nouissant dans la clarté de l’aube matinale, si bien qu’à un moment je ne vis plus que l’angle que faisait son habit bleu fané, dont la couleur disparut à son tour, se confondant avec le ciel pâle de l'aurore d’automne. Et le coq chanta par trois fois. CH.
DE SIVRY. fiscarsrms Ëa jour-là, sous le ciel lourdement empâte’, Quelqu'un mourutpour la très humble humanité; Les flancs béaient, la face était orde et blessée; Le sang jaillz'ssait vif du trou profond des mains Et des lambeaux levés par lefouet des Romains; Et la pauvre ossature appendaitfracasse’e.
Telfut le Christ Jésus, roi des Stz'gmatz'se’s; Tel, audessus des fronts penchants, des reins brisés, Par leurs moutonnements aux pieds des luminaires, Ilplane ,' et sur ses pas, depuis dix-huit cents ans, Lafoule tend l’épaule aux faix les plus pesants Et traîne au fond du cœur des croix imaginazres. _..
2 78 L’INITIATION Mais depuis trop de jours ce gibet obsédant Développe ses bras sous le ciel d’0ccident; _ Nous lefaisons porter aux peuplades lippues; Nous les magnétz’sons aux passes de la croix, Afin de façonner ces bêtes de charrois Quifont toujours besoin aux Nations repués. , Et le signe, —passant de peuple à nation, De race en race, ainsiqu'une ondulation Meurt en élargissant un cercle au front des vagues,— Le Signe de la croix, transmis et répété, Pendant des jours qu’on prendpour une éternité, S'éteindra comme un autre au sein des tribus vagues. .
Naguêré, il entraîna sur notre vœux pavé, Jusqu’aux charniers bénis, tout un peuple énervé; Dans la procession rythmée et saltatoire Les verges dech iraient la peau des Flagellants, A l’imitation des flancs, des divins flancs, Ressuscités aux chants du rite évocatoz‘re.
Or, que ce soit le Christ, cloué sur le poteau, Ou le bleu Robespierre, au profil de couteau, Tout idéal s’incarne en gestes de théâtres; Et la foule béante, avec ses nerfs tirés, S’élance aveuglément vers les sommets sacrés Où s’écroule au chaos des paniques rougeâtres. La foule monte aux cieux ou descend lesfaubourgs Tumultuaz‘rement, aux abois des tambours; Et l’homme que la fait mouvoir après lui tire
SUGGESTION 2 Des générations d’esclaves qui s’en vont, Sans choix délibérés, à l’inconnu profond, A la mort, au travail, à la vie, au martyre. Hélas! de quel accord de nos soumissions Nerveuses est donc fait lefond des actions? Un mouvement provoque un acte parallèle ; Et tel homme qui vit osciller un pendu Sent tressaillz’r au creux de son cerveau tordu Une oscillation de corde qui l’appelle. Une contagion est dans le mouvement; Il prend, unit, retient en un frémissement Les êtres, comme on voit se lier des limaz’lles; Un frisson redoublé qui palpite à travers Les siècles et l’espace, enchaîne l’univers; Des carcans aimantés nous tiennent les entrazlles. Les êtres passeront, l’un par l’autre emporté, Dans une intarissable excitabih’té; Et depuis le gibet mz’mé du dieu passible, Tout est suggestion, jusqu’à ton bâz’llement Quifait que ton chien bâille irrésistiblement. O crozx du Christ! Folie! 0 bâillement risible! Paul MARROT.
2 80 L’INITIATION i}llRVANA A PAPUS. Ëuu bruit s’élève? Le Monde est un rêve; La vie un éclair .’ —- Quel bruit retombe:3 La Paix de la Tombe. L’obscur devient clair. Le plaisir passe. La volupté lasse. L’Étre aimé s’en va. -— Le vrai demeure. Lafuite de l’heure Mêne au Nirvanâ .’ Boudha révèle Une loi nouvelle. Le cœur est calmé! -— L’Être est un songe. Fayons son mensonge. ' . ou! MANI PADMÉ ! , Jules DOINEL. H .-E-..a. .4.... .- .xAAL ..’ g..— .. V... 4‘ —
BIBLIOGRAPHIE 28 t s. ramoeaaeuna La Théorie des Tempéraments, par MM. Pour et Gant. Brochure in-18 de 42 pages. Carré, éditeur. Prix: 1 fr. 0’ .15 travail important publié par parties dans l’Inz Et:aiz’on, vient de paraître en une élégante brochure de 42 pages.
Le but poursuivi par les auteurs de la Théorie des Tempéraments est si élevé, que nous croyons néces< saire de revenir sur leur étude maintenant qu’elle est achevée, et d’en analyser les principales données. Nos lecteurs n’ignorent pas que la Science Occulte n’est connue du gros public que par ses applications à la divination.
Des gens peu instruits se figurent généralement que toute la science de l’initié consisté à donner le caractère d’une personne par l’inspec« tion de sa figure ou de ses mains. Les gens peu ins« truits sont dans le vrai, mais à condition de faire une importante distinction.
Il y a deux manières de con< naître ces sciences de divination : l’une toute arbi< traire, toute empirique, consiste à apprendre parcœur certaines traditions, certains signes déterminés par les savants anciens, età réciter sa leçon tant bien que mal; l’autre, toute différente, consiste à connaître la raison d’être et l’origine intime de ces signes que présente la main, de ces formes générales que pré— sente l’être tout entier. La première manière est fort répandue et pratiquée en général par des charlatans éhontés qui nuisent,
1’2‘82 L’INITIATION par leur ignorance profonde des premiers principes de nos sciences exactes, à la Science Occulte tout entière. La seconde manière était à créer. C’est une véri table science qu’il s’agissait de rénover; Science d’autant plus profonde qu’elle devient indispensable au Iittérateur et au poète autant qu’au savadtlui 'Imême.
C’est là ce qu’ont voulu créer MM. Polti et Gary. . -’ ’Leur travail, résumé des efforts de cinq années d’applications constantes, condense dans un cadre ltrès étroit une masse d’idées telles, qu’il est nécesL saire pour le lecteur de le lire la plume à la main sous peine de le trouver fort obscur. . à Nous allons analyser'rapidement cette brochure Zen indiquant les principales conclusions pOsées par tses auteurs. * La Théorie des Tempéraments débute, après une -dédicace « aux amis », par un coup d’œil rapide su'r :la nécessité d’une claSsification humaine, qui s’im pose à tout observateur.
L’examen des classifications existantes montré l’impossibilité dans lesquelles elles sont d’établir un système véritablement général ‘etsynthétique, un code raisonné des sciences d’obser— Wation. . ‘ La vérité de l’analyse apprOfondie d’une science apparaît d’autant mieux qu’on détermine des élé‘» sments en moins grand nombre et moins composés.
C’est ainsi que les milliers deæoùleurs existantes se ïrédùisent en dernière-analyse à" trois cOuleurs irré— ductibles, les innombrables productions de la vie
BIBLIOGRAPHIE , 283 _organique se réduisent aux diverses combinaisons de quatre corps simples. C’est aussi àquatre éléments simples que MM. Polti _et Gary réduisent la classification humaine. Ils dési gnent ces éléments par des lettres N. B. S. L. Nous regrettons qu’ils n’aient pas mis de noms à la place de ces lettres, cela eut facilité beaucoup la lecture du travail.
Quoi qu’il en soit, ces éléments correspon— dent chacun à une forme spéciale qui se retrouve dans toutes les parties de l’Individu. Il suffit de con sidérer l’une d’elles pour en déduire toutes les autres. C’est le Nez comme étant le plus facile à étudier qu’ont choisi nos auteurs.
Le Tempéramènt de l’Individu une fois déterminé par ce moyen, ceux qui sont familiarisés avec l’em ploi de ce procédé connaissent ipso facto, l’être moral et l’être psychologique que traduit l’être physiqUe. Cette connaissance dépend en grande partie des coma. binaisons étudiées dans le chapitre 111 de la Théorie des Tempéraments. ' Dans le chapitre IV, les Lois, les auteurs abordent des sujets de la plus haute importance.
Il ne s’agit de rien moins que de poser les premières bases d’un véritable traité de psychologie expérimentale basé sur la.connaissance des lois qui dirigent l’être humain’ dans ses évolutions. Ce traité, s'il pouvait se réaliser; jamais, donnerait au littérateur,à l’artiste le moyen de se diriger consciemment vers tel ou tel état psyw chologique suivant l’œuvre qu’il compte exécuter. Tel qu’il est on peut y voir l’origine des lois lentre«_ ' ‘,; —‘MLMAÀ— .—.‘ xo ñWfiWW’
284 L’INITIATION vues et décrites dans les œuvres de MM. Zola (héré« dité) et Alexandre Dumas fils (planétisme). Le seul défaut qu’on peut reprocher à ce travail, c’est de mettre trop d’idées dans un cadre relative ment petit. Il s’ensuit que les auteurs sont dans la nécessité d’imposer un véritable labeur au lecteur qui veut connaître parfaitement leurs données.
De toutes façons, c’est là un livre indispensable, aussi figure— t-il dans le 3° degré des ouvrages nécessaires à l’étude sérieuse de l’Occultisme. P. * 4V'4V> Cipnani. —- Misêre. — Gapiane CIPRIANI Par M‘ Émurz DE MORSE}! (1) Il sied peu aux vivants de célébrer les vivants, car l’histoire un jour ou l’autre peut changer les éloges en accusation.
Bien des intègres du xrx' siècle seront certes con vaincus de n’avoir été que de vulgaires aventuriers quand ce xx° siècle les jugera, grâce aux documents réunis par le temps. Quoi qu’il en soit, certaines personnalités par leur vie tout à jour échappent à cette règle et ne redoutent point le jugement de la postérité.
Cipriani, « cet apôtre de toutes les causes justes, ce vaillant de toutes les guerres libératrices que seize es et le peuple Italien, par (1% Amicare Cipriani : Les Rama Me Benoit Melon. Dentu, 1889. milie de Morsier. Lettre-préface
BIBLIOGRAPHIE 285 années de déportation et de bagne politique faisant suite à dix ans d’exil et à cinq campagnes militaires n’ont pu entraîner ni dans sa foi, ni dans sa force, ni dans son dévouement à la cause des opprimés et des. exploités; Cipriani le patriote italien, le collaborateur de Garibaldi, cette grande figure que nous tous, Français nous admirons; Cipriani est du nombre de; ces personnalités.
Oui, c’est avec joie qu’à côté des appréhensions que nous causait certain premier ministre italien par ses. alliances avec notre ennemie héréditaire, nous avons. vu des patriotes italiens tels que Cipriani et Cavalloti prêcher ouvertement l’alliance française, la réunion des nations sœurs et faire parvenir au chef de l’Etat français les marques nombreuses de sympathie des. populations transalpines.
De pareilles manifestations ne sont-elles pas le pré“. lude d’une union durable: celle des races latines ? Cipriani, dont Mme Emilie de Morsier dans un style large, correct, enthousiaste et ému tour à tour, nous trace la vie toute de souffrances, de lutte, toute. de dévouement et de prosélytisme, Cipriani a jeté dans le peuple italien le germe du socialisme bien compris. Il a fait entendre les revendications des tra vailleurs.
Il a combattu pour la liberté, il a souffert pour la justice et a été jeté dans les cachots avec l’hy-. pocrite appareil de la justice. v Il s’est donné corps et âme à l’humanité et des: humains l’ont meurtri dans son corps et dans son âme. ‘ Oui, mais quelle magnifique récompense lui réser« __;;‘.‘:‘;äAWWWW‘
286 L’INITIATION vait le peuple qui juge avec son cœur et son bon sens. Le peuple italien a montré à Cipriani qu’il n’ou bliait pas ceux qui se dévouent pour lui. A son tour, il a lutté et il a vaincu. Son bulletin de vote a brisé les portes de la prison qui retenaient Cipriani et l’accueil qu’il a fait à son défenseur sont les plus brillantes apothéoses.
M‘“ de Morsier a eu raison — et nous l’en remer cions ici —— a eu raison_ de nous montrer en Cipriani que les hommes pouvaient être encore, de modestes héros et que le peuple savait prouver sa reconnais sance aux défenseurs désintéressés_ des causes justes et du prolétariat.
C’est un bon livre, c’est une étude biographique dont la haute portée morale n’échappera à personne , dans les temps troublés où nous vivons, oùjouir semble être pour la majorité, le programme de la vie et le but de l’existence. MXSÈRE Tous les jours, les journaux ont à enregistrer dans les faits divers des notes navrantes qui rappellent aux ventrusy indifférents que la misère n’est pas un vain; mot.
Un écrivain de talent doublé d’un observateur très fin, M. Etienne Mansuy, vient de publier chez Ghio, un livre dans lequel il nous met le doigt sur cette:_ plaie sociale et nous en montre la profondeur. . , _ Malesuada fam_es, s’écrit—il, et il_a raison : la faim
BIBLIOGRAPHIE 287— est mauvaise conseillère. La misère est la cause domi— nante des délits et des crimes. ' Pauvreté, pauvreté, c‘est toi la courtisane ! peut—on dire en voyant ces pauvres fillettes à peine formées, transformées en marchandes de sourires. Dans son volume, la Misère en France à [afin du xrx° siècle M. Mansuy étudie justement ces questions poignantes.
Par instant, indigné, hors de lui, à la vue du drame humain, où les uns périssent sous le poids du labeur et des privations et où les autres dépensent en une nuit, au cabaret, avec des filles, de quoi nourrir toute une famille des mois entiers, l’auteur cingle, comme ’ils le méritent, tous ces viveurs, tous les enrichis des ’èî1eurs du peuple.
' Mais il faudrait consacrer un autre volume à la bibliographie du livre de M. Mansuy et ici la place nous manque. _ Il démontre par des statistiques fort bien comprises que sur un budget parisien de 2.000 francs, un ménage ouvrier de ' quatre personnes paie 429 fr. 24 d’impôts, tant à l’octroi qu’aux impôts indirects du budget d’Etat.
Ce sont'des comparaisons d’où ressortv absolument la difficulté de vie pour le travailleur, surtout celui chargé de famille. C’est, en un mot, l’histoire de-la misère dans cette fin de siècle, avec des aperçus sur les autres pays; aperçus qui ne sont pas plus rassurants et qui malheureusement laissent prévoir un avenir tout sombre de guerres civiles et de révolutions. ’
288 L’INITIATION Espérons que la juste répartition des richesses, que la juste rétribution accordée au travail, que l’harmonie du labeur et du capital, viendront empêcher de sem blables conflagrations, où trônes, empires, royaumes et gouvernements sombreraient pour ne plus se relever.
Restons dans le socialisme, non pas le socialisme d’Etat comme celui de Bismarck, socialisme tout d’hypocrisie, mais dans le socialisme indépendant, humain, fraternel, qui a pour but d’aplanir les voies entre les individualités et de saper les frontières entre les nations.
Occupons-nous, en dépit des Crispi et autres poten tats ministériels étrangers, de cette grande union des races latines, qui, à la fois, est un des plus beaux rêves de notre siècle, comparable à la république européenne d’Henri IV, — ce qui lui valut du reste le coup de poignard de Ravaillac — et aussi serait un des plus grands obstacles aux guerres futures.
GAPXANÈ Terminons à la hâte en disant deux mots d’un ravissant volume sur lequel nous espérons revenir: Gapiane, œuvre d’un écrivain qu’un pseudonyme masculin cherche à voiler. On sent dans cette étude psychologique d’un intérieur honnête la main douce et caressante d’un littérateur féminin. Aussi quel cœur, quelle pénétration des sentiments de l’amante, de l’épouse, de la mère, dans ces trois cents pages trop vite lues. Ce volume 'qui ne veut pas devoir sa renommée aux détails crus, ni au naturalisme, se n..—
4,. .x:- :::‘_ - ._' ...___—.— LE PRÊTRE JEAN DE CRONSTADT 289 recommande à tous et surtout à toutes. Les jeunes femmes y trouveront d’excellents conseils en ceci: c’est que c’est avant tout à son mari qu’il faut savoir plaire. Mais je m’arrête et c’est avec une pointe d’admira— tion, une grande sympathie qu’on voue à Augustin Léon, le charmant auteur de Gapiane, que Charpen tier vient d’éditer. G.
FABIUS DE CHAMPVILLE. fie prêtre Jean cle firenstadt Nous extrayons d’une lettre de Russie adressée au Parti National l'intéressante communication suivante: Le prêtre Jean est un modeste ecclésiastique attaché au clergé séculier de Croustadt, à deux heures de Saint Pétersbourg. Il jouit en Pussie d’u‘n prestige qui laisse bien loin derrière lui l’engcuement éprouvé en France pour le curé d‘Ars ou le zouave Jacob.
A toute heure, son humble retraite est envahie par la foule des souffrants qui viennent demander à ses prières —- car c’est la seule panacée dont il fasse usage — un soulagement aussi bien aux maux physiques qu’aux an goisses morales. Cet homme, et surtout l’influence énorme qu’il pos— sède sur les masses, est un phénomène curieux qui demanderait une longue étude.
Toutes les fois qu’un cas désespéré se produit, aussi bien dans la famille impériale que chez le plus humble particulier, ce dernier, fût-il catholique, orthodoxe, protestant ou juif, le prêtre Jean est appelé. Celui-ci, d'après des témoignages unanimes, *
290 L’INITIATION fil.“ a le don de divination ; il sait qu’on l’appelle pour un ' moribond dont il prédit la guérison ou_la fin, que le consultant cherche un remède à ses maux physiques ou à ceux plus cuisants souvent de l'existence familiale ou civile. Il exhorte alors son solliciteur à prier de son côté tandis que lui. du sien, entre en oraison. C’est alors qu’il se transfigure et semble en proie à tous les phéno-. mènes de l'hypnotisme.
Sa parole devient oracle et il est rare que l’événement ne justifie pas le pronostic qu’il a tiré. v Il convient d’ajouter que ce prêtre vit comme un ermite de la primitive église. Il n’accepte aucun des dons”qui lui sont offerts; un tronc est placé à sa porte; ce qui y tombe est pour les pauvres.
Il n’a même pas de quoi se faire cuire ses aliments, et mourrait de faim si ses voisins ne s‘entendaient pour lui préparer le strict nécessaire à ses frugals repas. D’ailleurs, pauvres ou riches peuvent invoquer son assistance; il suffit qu’on pourvoie à son voyage en 3' classe et à son retour, pour qu’il se rende immédiatement où on l’appelle. * «1»!
Ce pouvoir extraordinaire exercé par un simple prêtre sur l’esprit des masses est un signe des temps. Dans ce siècle qui vit naître le triomphe de la néga— tion, l’humanité se trouve en quelque sorte obsédée et écœurée de l’impuissance où ont abouti la plupart des doctrines rationalistes. Un réveil analogue à celui qui se produisit en France de 1800 à 1820, se manifeste dans toutes les classes de la société russe.
On est las du_dé vergondage d’uthéisme dont le souffle dessèche et stéri— lise les âmes et les institutions, on revient insensiblè—' ment à ces vieilles et salutaires doctrines canoniques et dogmatiques qui furent la consolation et peut-être le secret de la grandeur des générations éteintes. ” L’Église romaine peut tirer parti de Ce revirement profond des eSprits.
Son plus grand ennemi en Russiè n’a pas été le schisme byzantin,mais la conjuration oeculte et persistante du rationalisme et dé la libre pensée, d’origine allemande. * - -æ- -*mx‘- &. ’.g. ' < m.«-M
COMMUNICATIONS 291 J’ai déjà' eu plusieurs fois l’occasion de parler ici au nom du .parti national russe; j’ai plaidé, bien peu élo queniment sans doute, la càuse sacrée de l’alliance franco-russe basée, non sur le sentiment, mais sur le terrain des interêts positifs.
C’est dans _cet ordre d’idées que je n’hésite pas à affirmer que le parti national russe déjà prêt, quoique foncièrement attaché à l’idée du tsa— risme à s’allier à la France démocratique, est le seul qui sépare le polonisme du catholicisme, et qui ne rougirait pas de s’entendre avec ce dernier pour trouver, sur le terrain politique, une base à une loyale entente qui sous traii-ait pour toujours la nation russe à l’action dissol vante et démoralisatrice des théories 'protestantes et pseudo-libérales du jésuitisme allemand. ©MMUIËII©&TI©IËIS Le Journal du .Magne’tisme, fondé en 1845, par M. le baron DU POTET, parait tous les mois, sous la direction du professeur H.
DURVILLE.
Il publie les principaux travaux de la Société magné tique de France, dont il est l’organe, ainsi que le compte rendu de ses séances; des travaux originaux sur la théorie du Magnétisme et sur la polarité des cures ma gnétiques, une revue des livres nouveaux, un article nécrologique, des actualités, des informations, etc., etc. Ayant toujours été dirigé par les maîtres de la science magnétique; il forme aujourd’hui une collection de vingt-trois volumes qui est, sans contredit, le ‘répertoire le plus complet des connaissances magnétiques.
Les vingt premiers volumes furent publiés par M. le baron Du Potet, depuis 1845; le 21° volume est le premier d’une 2° série, publiée d’abord sous le titre de Revue magnétique internationale, par son directeur actuel. Prix de la collection complète, 325 fr., y compris
292 L’INITIATION l’abonnement à l’année courante. Chaque volume sé paré: 15 francs. . Prix de l’abonnement pour 12 numéros; 6 francs pour la France; 7 francs pour l'étranger. Le numéro 50 centimes. On s’abonne à la Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint—Merri, à Paris. * s-It L’abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro la liste des ouvrages et pémodiques reçus à l’Initialion. := Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. Il. ARRAULT ET CIE., RUE DE LA PRÉFECTURE, 6
AVIS A NOS LECTEURS '——""""" Ce numéro est plus gros qu’à l‘ordinaire. L’abondance des matières que nous devons publier jus— qu’au 4° volume de l'Initiation inclusivement, nous oblige à ce sacrifice que nos lecteurs sauront apprééier, nous n'en doutons pas. Les couvertures et les tables des matières des trois pre miers volumes de l’Initiation seront prêtes avant la fin du mois. Les abonnés les recevront sans doute avec le prochain numéro. PRIME Les abonnés recevront avec ce numéro une prime re présentant les Cachets symboliques de plusieurs Alchimistes. N0us devons la communication de l’original à M. C. VILLEMER, de Marseille, que nous remercions bien sincèrement à ce propos.
LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu‘avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: 1. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) —— 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. — 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. -— A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: ' La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du Mystère (2e édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des BOhe’miens, par Papus. — Histoire de la Magie, d'Eliphas Lévi. — Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. — Collection de l’Initiation et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se proeurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ. — (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau thier. — Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. — Le Vice Suprêine, par Joséphin Péladan. — Un Caractère, par L. Hennique.
DEUXIÈME DEGRÉ. — Eure’ka, par Edgard Poë. — Fragments de Théos0phie Occulte, par Lady Caithness. — Le Monde Nouveau, par l’abbé Roca. — Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde,de Jacolliot. -— Le Spiritisme,par le Docteur Gibier. —— Force psychique, par Yveling Rambaud. . TROISIÈME DEGRÉ. — La Kabbale, par Ad.
Franck. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). —- La Science des Esprits (du même). — Le Royaume de Dieu, par Alb. Jhouney. — Le Sep/ter Jésirah, par Papus.— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrager et surtout à la fin du traité de Papus. L’éditeur CARRÉ se charge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d’eux. . -.-—.agç
L’I N I TI AT I 0 N (“EN’li’i’IËËÈ’EN”) RÉDACTION ADMINISTRATION 14., rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . cAR R É: D‘RECTEUR’ PAPUS 56’, rue Saz'nt—André—des—Arts Rédacteur en chef: George MONTIÈRE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 l" CH. BARLET. — J. LEJAV ÉTRANGER, — I2 fr. RÉDACTION : I4, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
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