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nitiation nu Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Théosophie “1 bbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 4<-v_w 3M VOLUME. — 2m ANNÉE SOMMAIRE DU N? 7 (Avril 1889) _,.. ___ PARTIE INITIATIQUE.... Les Sociétés d’Initiation en 1889 . . . . . . . . . . . .. Papus. (p. I à 18.) Les IlIumine's : Jugement de Cagotte . . . . . . . . . . . .
St. de Guaita. (P- I9 à 48.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SC|ENTIFIQUE Un Rêve sur le Divin... ' Ch. Barlet. (p. 49 à 62-) Hypnotisme . . . . . . . . . . . .. Dr Foveau. (p. 62 à 64.) PARTIE LITTÉRAIRE... A Brûler (suite) ....... .. Jules Lermina. (p. 65 à 88.) . Les Étoiles (poésie) . . . .. J. de Marthold. Bibliographie. — Nouvelles diverses. — Bulletin. — Livres et Périodiques reçus à l’Initiation.
R É D ACT 1 o N : Administration, Abonnements : 14 rue de Strasbourg, 14 58, rue St—André—des—A rts, 58 P A RI S P A RI S Le Numéro : UN FRANC. -— Un An: .IA Ul\‘l\ElîSlïl Ll;lïAtî“
A ' '/)/7.2/J.5 ' 123 v / . ' BUT 11. 57 _ _ .3. * v. Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri ( mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Eflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. La Renaissance spiritualiste s’affirme cependant de toutes parts en dehors des Académies et des Cléricalismes. Des phénomènes étranges ramènent à considérer de nouveau cette vieille Science Occulte, apanage de quelques rares chercheurs.
L’étude raisonnée de ses principes conduit à la connaissance de la Religion unique d’où dérivent tous les cultes, de la Science Universelle d'où dérivent toutes les Philosophies. Des Écoles diverses s’occupent de chacune des parties de cette Science Occulte. La Théosophie, la Kabbale, le Spiritisme, ont leurs organes spéciaux, souvent ennemis. L’Initiation étudie comparativement toutes les écoles sans appar tenir exclusivement à aucune.
L’1nitiaiion n’est pas exclusivement théosophique, mais elle compte parmi ses rédacteurs les plus instruits des théosophes français. L’Initiati0n n’est pas exclusi vement kabbaliste, mais elle publie les travaux des kabbalistes les plus estimés que nous possédions.
Il en est de même pour toutes les autres branches de la Science Occulte : la Franc-Maçonnerie, le Spiritisme, l’Hypnotisme, etc., etc. La Partie initiatique de la Revue résume et condense toutes ces données diverses en un enseignement progressif et méthodique.
La Partie philosophique et scientifique expose les opinions de toutes les écoles sans distinction ; enfin la Partie littéraire déve loppe ces idées dans la forme attrayante que savent leur donner le poète et le romancier. Plus de quarante rédacteurs, pour la plupart déjà connus, concourent à la rédaction de l'Initiali0n.
Tous ces avantages unis à l’extrême bon marché de la Revue en font une des plus attrayantes et des plus originales de toutes les publications mensuelles. JJ3MEGS ,Ttcazvuw /ç=,/.EçlJ
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Inz‘fiation 10 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Philosophie. . . Théosophie . . . . . . . . Franc—Maçonnerie. . . . Hypnotisme . . . . . . . Sociologie (dans ses rap ports avec la‘Science Occulte) . . . . . . . . Musique . . . . . . . . . Etudepratique de l’I—Iom me (Physiognomonie Psychologique) . . . . PhysiologieîLes excitants appliquee. nerveux. Le végétarisme Magnétisme . . . . . . .
Spiritualisme . . . . . . . Astronomie (dans ses r_ap ports avec l‘astrologie). | ‘\ 2 3 5 t 3 3 A. — Théorie. CH. BARLET (auteur de l’Initiation). STANISLAS DE GUAITA (auteur de Au Seuil du Mystère). JOSÉPHIN PÉLADAN (auteur de la Dé cadence Latine). , RENÉ CAILLÉ (directeur de 1EtoiIe). EUGÈNE Nus (auteur de les Grands Mystères}. GEORGE MONTIÈRE (rédacteur en chef de l’1nitiation). ALEPH (de la Revue du Mouvement social).
BARLET (membre de la Société Théo sophzque). Le F.'. BERTRAND VÉr}.'. PAPUS (auteur du Traue élementaire de Science Occulte). Dr Fovguu DE COURMELLES (licencié ès:scxences physrques, licenc1e ès— sc1enees naturelles). J. LEJAY (licencié en droit). . Rouxex. (du Journal des Economzstes) HENRI L‘ASVIGNES (ex-secréta1re de la rédacuon du Constitutionnel). HENRI WELSCH (critique musical de la Cravache). B. —— Pratique 2 3 Pour et GARY.
JULES GIRAUD (auteur du_DPSelectin. D*‘ GOYARD (ancie_n presxdent de la Société Végétarienne). Le Magnétiseur A. ROBERT. Le Magnétiseur RAYMOND. G. DELANNE. FABRE nus ESSARTS. 2 ELY STAR (auteur des Mystères de l'Horoscope). 'A
20 PARTIE LITTÉRAIRE VILLIERS DE L’Isr.E ADAM. CATULLE MENDÈS. E. GOUDEAU. MANOEL DE GRANDFORD. ’ Nouvelles diverses sur JULES LERMINA (publie A Bruler la Science Occulte . . dans la Revue) A. MATTHEY. CH. DE SIVRY. EM1LE MICHELET. GEORGE MONTIÈRE. MAURICE BEAUBOURG. ROBERT DE LA VILLEHERVÈ RODOLPHE DARZENS. PAUL MARROT. - - ED. BAZXRE. poeSles de ' ' ' ' ' ' ' ' ‘ CHARLES DUBOURG. MARNÈS. A. MORIN. P. GIRALDON. Comptes rendus divers .
FABIUS DE CHAMPVILLE.
Le 8° Numéro de L’INITIATION Paraîtront dans ce numéro: L’ANTHROPOMORPHISME EN RELIGION par PAPUS; LE MAGNÉTISME PRATIQUE par ROUXEL; LE BANQUET DE PLATON ET LES DOCTRINES D’ENFANTIN par FABRE DES ESSARTS; L’ASTROLOGIE par ELY STAR ; LES INITIATIONS, par le Dr FERRAN, etc., etc. ARTICLES REÇUS A LA RÉDACTION. — Le Banquet de Platon, par Fabre des Essarts. — La Franc-Maçonnerie, par Oswald Wirth. — Conférence théosophique, par Rouxel. — L’Astrologie, par E{y Star. —- Magnétisme, par Raymond. — Les Initiations, les Emblèmes Maçonniques et 1’Emblême de la Croix depuis l'anti quité indo-égyptienne jusqu‘à nos jours, par le Dr Ferran, cheva lier de la Légion d’honneur.
PARTIE INITIATIQUE fi®ŒlÊTÊS n*îwumm EN ma Franc-Maçonnerie. — Société Théosophique et ses dérivées. H. B. of. L. -— Martinistes. — Rose Croix. -— Spirites. 'Ëc mot d’initié ne désigne pas le moins du monde un homme doué de pouvoirs extraordinaires; mais bien un étudiant en occultisme parvenu à la connaissance des principes élémentaires de 1’Esoté risme (1).
On peut devenir un initié par le travail per— sonnel ou par l’enseignement progressif des sociétés d’initiation. Ce sont ces dernières qui'vont nous occuper aujourd’hui. Les sociétés d’initiation sont plus nombreuses qu’on ne le pense généralement ; aussi n’avons—nous pas la prétention de les énumérer toutes.
Après une enquête assez longue mais surtout difficile, nous sommes parvenus à posséder des renseignements fort intéressants sur l’existence et l’organisation de sociétés peu connues, si non totalement igno rées, malgré le nombre de leurs membres. Ce sont ces renseignements que nous livrons à nos lecteurs, } (1)1 Inéitâum veutd dire commencement, ce qui prouve péremptoirement a verit e notre ire.
2 L’lNITIATION . sous les plus grandes réserves toutefois. Nous avons été aux sources les plus sûres, informant de notre but les intéressés et les priant de nous,donner tout ce qu’on pouvait sans crainte livrer au public. Nous avons été bien accueillis presque toujours.
Quant aux sociétés plus connues comme la Franc-Maçonnerie et la Société Théosophique, nos travaux antérieurs nous permettent depuis longtemps d’en posséder l’organi sation générale, qui n’est du reste jamais cachée.
Le public sera mis à même, par cette étude som-y maire, de juger de l’importance du mouvement pro voqué par la science occulte en 1889, mouvement qui chaque jour prend une plus grande extension et qui aura bientôt raison, dans le monde entier, des pré— jugés des générations qui s’écroulent: le Césarisme en politique et le Matérialisme en science.
Malgré les efforts désespérés des Universités officielles dans tous les pays, le Magnétisme animal a conquis droit de cité dans la Science, le Spiritualisme compte ses adhérents par millions et la société Théosophique répand son enseignement dans les deux hémisphères, par une multitude de branches dont le nombre va sans cesse croissant.
C’est là un mouvement irrésistible dont il nous faut établir l’importance possible dans chacune de ses divisions. La F ranc—Maçonnerie, la Société Théosophique et ses dérivés, l’H. B. of L, les Marti nistes, la Rose—Croix et les Spirites vont être successi vement étudiés à ce point de vue. FRANC-MAÇONNER!E La Franc—Maçonnerie est la plus connue des sociétés ———.. _.__-lli
SOCIÉTÉS D’INITIATION 3 d’initiation. Elle n’est plus aujourd’hui centre initia tique que de nom. Cependant, comme d’un jour à l’autre, elle peut reprendre toute sa vigueur, il nous faut en parler tout d’abord. L’organisation franc-maçonnique varie suivant chacun des nombreux rites entre lesquels est divisée cette grande association. En général chaque rite comprend un nombre déterminé de grades ou degrés divisés en plusieurs séries.
Le rite écossais est un des plus importants, sinon le plus important, au point de vue international; il est divisés en trois séries: ' Maçonnerie bleue pratiquée dans les Loges et com prenant trois grades: I", 2°, et 3e.
Maçonnerie rouge pratiquée dans les Chapitres et comprenant quinze grades, du troisième au dix— .huitième inclusivement ; Maçonnerie noire pratiquée dans les Are’opages et comprenant douze grades du dix—huitième au tren tième inclusivement. _ Enfin une quatrième série, la maçonnerie blanche, synthétise les trois précédentes dans une même direc— tion. Elle comprend trois grades les trente—et-unième, trente-deuxième et trente—troisième.
Le rite écossais ancien accepté est celui qui possède les données symboliques et traditionnelles les plus complètes, naturellement à l’insu de ses membres_ Nous n’avons pas à faire une étude détaillée de chacun des nombreux rites maçonniques; voici un tableau résumant très approximativement le nombre des membres et les principaux rites. On trouvera des Il
4 L’INITIATION détails complémentaires dans l’Ort/zodoxz‘e maçon nique de Ragon: Rite d’York ou de Royale arche. 767.170 membres Rite écossais ancien et accepté. 160.145 — Rite d’Hérodom. . . . . . 92.760 — Rite Français. . . . . . . 18.000 (1) -— Rite de Zinnendorf. . . . . 8.120 Rite Eclectique. . . . . . . 4.200 —— Rite écossais philosophique. . 3.700 — Rite écossais ancien réformé. . 3.200 —— Rite de Swedenborg. . . . .
2.700 — Rites de Misraïrp et de Memphis. 2.500 — 1.062.495 membres Total : Un million, soixante—deux mille quatre cent quatre-vingt—quinze maçons actifs sans compter les rites divers et assez nombreux qui comptent moins de deux mille membres. Il est facile de concevoir l’influence qu’on pourrait tirer de cette force si elle était drainée et utilisée avec intelligence.
Malheureusement l’entente est loin d’exister entre les divers rites, ce qui divise les effets: à l’infini sans réelle utilité pratique. L’entrée dans la Frame—Maçonnerie est des plus faciles ., surtout en France. On se fait présenter dans une loge qui, après une enquête sommaire sur la me ralité et les opinions du candidat, procède à son initia tion. L’enseignement donné dans cette initiation est des plus grotesques.
Le sens des symboles étant (1) On v_oit que le rite qui contient presque tous les matérialistes n'a, comparativement, qu’un nombre infime de membres.
SOCIÉTÉS D’INITIATION 5 perdu, le vénérable (président de la loge) remplace le symbolisme par des commentaires de son crû. Il en est de même du f.'. orateur. La politique etla philosophie primaires se partagent également cet enseignement où aucune donnée vraiment transcendante ou initiatique n’est fournie au candidat.
Tous frais compris une ini— tiation de ce genre revient environ à 100 francs pour un profane aisé, à 60 francs pour un profane ordinaire. Si le nouveau frère ne retire guère d’avantage intel— lectuel de son entrée dans l’Ordre, les avantages ma tériels comblent agréablement cette lacune. La F ranc— Maçonnerie est devenue en effet une vaste société de secours mutuels, doublée en France d’une association politique militante.
Si elle a perdu son importance initiatique, du moins possède-t-elle encore toute sa valeur sociale et c’est à ce titre qu’elle a droit à toute notre admiration et à tout notre respect. Ainsi que nous l’avons déjà dit, la portée pratique de cette société peut devenir fort grande le jour où ses membres éclairés comprendront la nécessité de sacri— fier impitoyablement les personnalités à l’ordre tout entier. Ce jour viendra-t-il jamais ?
De nombreux défauts viennent donc détruire les incontestables qualités de la Franc—Maçonnerie. Un des plus graves, c’estl’imitation constante de l’ennemi commun, le cléricalisme, dans l’exploitation pécu niaire des membres. Le tronc de la veuve circule trop souvent et l’organisation financière, trop prépondé— rante, nuira toujours à la considération de l’ordre, par les initiés sérieux. A ce défaut s’ajoute l’indiffé rence de la plupart des membres pour la société.
6 L’INITIATION Désabusés sur ce qu’ils croyaient apprendre ou ayant tiré tout le profit possible de leur initiation, matériel lement parlant, ils se désintéressent peu à peu du mouvement, sauf quelques rares travailleurs.
Une preuve assez piquante de ce fait nous est fournie par le récent déboire d’une revue franc-maçonnique: la Truelle qui malgré ses appels désespérés aux loges et aux frères de tous les rites n’avait pu recruter plus de soixante-neuf abonnés. Aussi il faut voir avec quelle colère le numéro testament de cette revue fiétrit la coupable indifférence des frères.
Ceux-ci du reste n’avaient pas si mal fait, vu la médiocrité marquante de la Truelle au point de vue initiatique. En résumé la Franc-Maçonnerie, telle qu’elle nous apparaît aujoud’hui, nous montre une organisation excellente en tous points, n’ayant pas produit les résul tats qu’on pourrait attendre d’elle à cause du manque de cohésion des rîtes et des frères entre-eux.
Espérons que_bientôt cet ordre magnifique reprendra la place qui lui est due grâce à l’unification des grades et des rites. Puisse le ternaire ésotériquede la Maçonnerie, deve— nir le symbole universel de l’ésotérisme tout entier ! Kadosch 30° A n 1 m _ Maure Rose—Cr01x 3° 18° LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE Fondée en 1875, la Société Théosophique compte
SOCIÉTÉS D’INITIATION 7 aujourd’hui cent soixante-treize branches ainsi répar ties : Inde et Ceylan . . . . . . 129 branches Angleterre . . . 4 — Irlande 1 — Écosse. 2 —-— EUROPE: I3. < Fran?e' ' ' ' ' 2 _ Russœ. I -— Corfou. . I -— Hollande. 1 —— \ Autriche . I —-— Amérique . . . . . . . . 25 — Afrique . . . . . . . . . I — Australie . . . . . . . . 2 — Inde occidentale . . . . . . 2 —— Japon . . . . . . . . .
I — Îbranches Chaque branche de la Société Théosophique équi— vaut à une loge franc—maçonnique. Les branches jouis— sent de la plus grande autonomie possible, elles s’admi nistrent elles-mémés, fixent leurs cotisations et élisent leurs officiers. Elles sont toutes rattachées à un centre commun qui està Adyar—Madras, dans l’Inde. On peut évaluer très approximativement le nombre des membres de la Société Théosophique à cent mille.
Il y a plusieurs catégories de ces membres dans la société, ilya les membres des branches qui ne sont pas toujours membres de la Société mère, et il y a les membres de la Société Théosophique mère pourvus d’un diplôme spécial. Le droit d’entrée dans la Société Théosophique, primitivement fixé à 25 francs,
8 L’INITIATION m‘en! d’être aboli par le dernier conseil général ainsi que les cotisations annuelles de la Société mère. Féli citons le conseil de cette mesure qui ne peut qu’aider à la diffusion de la Théosophie. L’enseignement donné aux membres a le grave défaut de n’être pas méthodique et gradué.
On recom mande des livres pour la plupart en Anglais et l’ini ‘ tiation se fait un peu à la diable quoiqueles doctrines enseignées soient vraiment intéressantes et dignes de la plus haute attention. C’est grâce à la Société Théo sophique que la science ésotérique conservée dans l’Inde, commence à nous être dévoilée peu à peu et à éclaircir d’un jour tout nouveau les traditions occiden tales qu’elle confirme sur presque tous les points.
L’initiation des membres dépend beaucoup de l’ac— tivité des branches locales et nous devons mentionner à ce propos les branches de Paris qui se sont toujours montrées parmi les plus actives de la Société Théoso phique.
L’Isz's dans les deux années qu’ellea vécu a produit de nombreux travaux, la Société Théoso phz'que Hermês qui a succédé à cette branche est en pleine prospérité et s’occupe fort activement de l’ini tiation progressive de ses membres. Une nouvelle revue exclusivement théosophique: la ReyueT/1e’osœ _phz‘que vient d’être fondée sous la direction de la comtesse d’Adhemar et ne peut que servir fort effica cement ce mouvement.
Outre cette revue la, France compte encore l’Aurore ‘ par M“" la duchesse de Pomar, dans le même ordre d’idées. A 1’Etranger, le Lucz_'fer dirigé par M" Bla vatsky à Londres, le Sphinx dirigé par Hubbe Schlei
SOCIÉTÉS D’INITIATION 9 den à Leipsig, le Pat/1 dirigé par K. Judge à New York défendent et propagent la Théosophie. Mais la revue la plus intéressante sans contredit c’est celle publiée au siège central : The Theosophz‘st dirigé par H. Olcott àAdyar—Madras pleine de documents orien taux fort importants.
Comme on le voit par ces faits le mouvement théo— sophique est en pleine prospérité et, à moins d’un cataclysme, promet de durer encore longtemps. On pourrait reprocher à la Société ThéOsophique son manque de cohésion dans les rapports qui exis— tent entre les branches et la Société mère.
L’avenir de la Société dépend du centre indou; c’est d’Adyar que doit partir la direction sous peine de voir perdre à jamais le'caractère vraiment original de la Théoso— phie, l’Orientalisme et ses enseignements. Les ennemis de la Société Théosophique sont les mêmes que ceux de la Franc-Maçonnerie; les cléricaux et surtout les R. P. Jésuites.
Les revues de ces derniers ful— minent contre le mouvement, et tous les moyens ont été mis en œuvre pour l’arrêter; mais inutilement. Ainsi la Société Théosophique nous apparaît comme une véritable franc-maçonnerie orientale et nous conseillons vivement aux francs—maçons éclai rés d’étudier très sérieusement l’alliance des deux mouvements.
Ce serait un pas immense fait pour la paix universelle et la destruction de tous les césa rismes cléricaux passés, présents et futurs. SECTION ESOTÉRIQUE DE LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE A la Société Théosophique 'se‘rattachent quelques
10 L’INITIATION mouvements de minime importance. Parmi eux, nous devons citer la Section esote’rz‘que de la Société Théo sophique complètement indépendante de la Société elle—même et fondée tout récemment avec M"'° H.-P. Blavatsky comme présidente. D‘après les serments et les statuts publiés dans le Lucifer les membres s’en gagent à obéir passivement aux ordres de la direction.
En échange ils doivent recevoir un enseignement théosophique et des réponses aux questions qu’ils pourront poser. Le défaut capital de ces sortes de sociétés c’est l’accaparement du libre arbitre des membres. L’ésotérisme élémentaire enseigne cepen— dant que la liberté humaine est inviolable et que per sonne, surtout un initié, n’a le droit d’y porter atteinte.
Du reste, le succès de cette tentative n’a pas été extraordinaire, surtout en France où l’on aime sa liberté. La portée pratique de cette société ne peut résulter que d’actions secrètes sentant de bien près les procé— dés de l’ennemi de la Société Théosophique et de la Franc-Maçonnerie.
Espérons toutefois pour l’hon neur de la Théosophie que cela ne se produira . jamais et que cette Société ne constituera pas une petite chapelle élevée à côté de la grande fraternité Théosophique. THE ESOTERIC The Esoteric de Boston est aussi un rejeton de la Société d’Adyar. Une revue fort bien faite: The Esoteric et_ de nom breuses publications théosophiques signalent cette
SOCIÉTÉS D’INITIATION 1 I Société surtout commerciale. Nous n’en parlerons pas autrement. H. B. OF L. Cette formule mystérieuse résume le nom d’une des Sociétés occultes les plus fermées qui soient. Nous avons eu la plus grande peine à nous procurer des renseignements à son sujet. D’un côté nous avons entendu des attaques d’une violence extrême contre elle, de l’autre des sous-entendus pleins d’enthou siasme.
Comme on n’attaque jamais ce qui n’en vaut pas la peine, nous avons mené notre enquête avec la plus grande impartialité possible. Voici textuelle ment les renseignements qui nous ont été fournis par un des membres les plus autorisés de cette Société: Se prétendant cercle extérieur nouvellement ouvert d’un centre fort ancien d’initiation, I’H.
B. ofL. se propose de développer la théorie occulte sous le point de vue de l’intellectualité et des traditions propres à I’Occident et à enseigner une pratique qui, contrai rement à ce qui en a été affirmé par ceux qui ne la connaissent pas, est affranchie de tout élément infé rieur, ne tendant qu’au développement des facultés spirituelles.
Pour arriver à son but elle fait travailler les associés en leur fournissant des instructions ma nuscrites et les aidant dans leurs études et leurs exer— cices, chacun personnellement. Il est complètement faux que ces instructions soient jamais payées si nom— breuses ou si abondantes qu’elles soient. Il n’y a d’au tres frais qu’un droit d’entrée d’environ 30 fr. et une cotisation annuelle de15 fr.'_‘comme dans toute Société.
I 2 L’INITIATION L’origine de la légende des manuscrits payés vient d’un membre du cercle le plus extérieur qui, trahis sant son serment, se mit à vendre à qui voulait l’acheter le premier manuscrit qu’il avait reçu. Ce manuscrit est, paraît—i1, incompréhensible sans un autre et ne peut que dérouter la curiosité des pro fanes.
Telle est la source de ces histoires de manus crits vendus à prix d’argent pour l’initiation, dont le Lucz‘fer s’est fait l’écho. D’après des renseignements que nous avons raison de croire exacts cette Société aurait des membres nombreux répartis en Egypte, dans l’Inde, en Écosse, en France et en Amérique. L’entrée y est très difficile et soumise sans appel aux tendances occultes du postulant, déterminées par l’examen ésotérique de ses aptitudes.
En résumé, il est difficile de nous prononcer sur cette Société, vu l’obscurité dont elle s’entoure. Si jamais nous avons des éclaircissements complémen taires qui puissent être utiles au public nous les donnerons. LES MARTINISTES Sous les initiales de S.'. 1.-. se cache un groupe ini tiatique tort curieux, que nous avons toutes les raisons de croire d’origine martiniste.
La base de l’organisation de ce groupe, c’est la liberté absolue laissée à chacun des membres. Le développement est essentiellement individuel et se fait en trois degrés. Les attaches maçonniques de cette société sont du reste nombreuses.
SOCIÉTÉS D’INITIATION I 3 Aucune somme, quelque minime qu’elle soit, ne doit être réclamée pour l’initiation. Le profane ne con naît qu’un initiateur et doit cesser toute relation ini tiatique avec lui quand il devient initiateur à son tour.
La Conscience est le seul juge des actes de l’initié ou de l’initiateur, et aucun membre n’a d’ordres à recevoir de qui que ce soit: L’enseignement porte sur les principes élémentaires de l’occultisme, et les doctrines de saint Martin, le théosophe, apparaissent assez souvent. L’initié con naît un petit nombre de principes ; mais il les connaît parfaitement, et l’instruction d’un membre du premier degré des S.'.
I.'. dépasse de beaucoup, au point de vue traditionnel, celle d’un trente—troisième tranc— maçon. Ce groupe est susceptible d’une portée prati que fort grande, grâce à la rapide diffusion qu’il peut acquérir. Chaque initiateur instruit une foule de membres qui, devenant initiateurs à leur tour, don nent au mouvement une importance réelle.
Le défaut de l’organisation des Martinistes provient, à notre avis, de la liberté absolue que possède chacun des membres de l’Ordre. Il en résulte une série de groupes séparés qui sont individuellement très fortement constitués; mais qui doivent, à un mo ment donné, être susceptibles de se réunir. C’est du reste ce qui se fait en ce moment.
Ajoutons à cette réforme celle de la création de grades d’application avec cahiers spéciaux, et bientôt nous pourrons espé rer voir augmenter dans des proportions notables les groupes martinistes déjà fort nombreux. La Franc-Ma— çonnerie trouvera là une base très utile d’unité future. \
I 4 L’INITIATION LA ROSE-CROIX L’ancienne fraternité occulte de la Rose-Croix est représentée par une société très intéressante. L’orga nisation nous montre à la tête un conseil de douze membres, dont six sont connus et dont six autres restent inconnus, prêts à releverl’ordre si une circons tance quelconque venait à le détruire.
Le signe dis tinctif des membres de ce degré est le suivant Outre ce degré, exclusivement pratique, il en existe deux autres, subsidiaires et théoriques, où est donnée l’initiation. Chaque membre fait le serment d’obéissance aux ordres du conseil directeur; mais sa liberté est absolument sauvegardée, en ce qu’il peut quitterla société dès qu’il lui plaît,sous la seule condi-y tion de garder secrets les ordres ou les enseignements reçus.
La Kabbale dans toutes ses branches et l’Occul tisme en général, sont enseignés dans les deux pre—. miers degrés. La portée pratique de cette association peut être considérable, à cause de l’union fraternelle et étroite qui existe entre tous les membres. Cet ordre est assez répandu, surtout en France. LES SPIRITES On aurait le plus grand tort de ne pas classer les Spirites dans les Sociétés d’lnitiation.
Le Spiritisme demande un enseignement et surtout une pratique progressifs qui ne s’obtiennent que par des efforts constants soit personnels, soit sous l’influence d’un
SOCIÉTÉS D’INITIATION 1 5 F'""’r _ groupe; tous ces caractères indiquent une initiation dont il nous faut étudier la portée. Si nous considérons le développement d’un spirite, que voyons-nous P Un individu quelconque, souvent sceptique, est conduit par un ami dans une séance.
Là, il est témoin de phénomènes qui le frappent vivement. .Malgré toutes les objections, il constate qu’il existe quelque chose de vrai dans ces manifestations, il retourne plusieurs fois à son groupe, étudie chez lui, et finalement est convaincu de l’existence de cette force inconnue sur l’essence de laquelle tant de théo ries sont échafaudées. C’est alors que commence pour lui un véritable apostolat.
Il est traité de fou et d’halluciné par tous ses amis. Son entourage le regarde avec pitié, se demandant ce qui peut bien le pousser à se moquer ainsi des gens avec ses histoires de revenants. Il persévère toutefois dans sa conviction en l’existence des phénomènes et, quand il est vraiment intelligent, constate que la théorie n’explique pas toutes les manifestations de.la pratique.
C’est alors qu’il cherche et que quelquefois il trouve un apport immense dans la Science occulte, représentée soit par la Kabbale, soit par la Théoso phie. Beaucoup de théosopheä fort instruits sont d‘an ciens spirites qui ont compris la nécessité de déve-. lopper davantage les théories généralement admises du Spiritisme. .
La querelle entre théosophes et spirites n’est au fond qu’une question de mots,et je suis persuadé que les doctrines des deux parts sont complémentaires,
1 6 L’INITIATION mais non pas ennemies, comme voudraient le faire croire ceux qui n’ont qu’une connaissance fort super ficielle de la Théosophie. Ainsi l’initiation au Spiritisme n’est qu’un des côtés de l’initiation générale. Le Spiritisme est fort répandu dans le monde entier, et étudié dans un nombre con sidérable de groupes malheureusement séparés, et souvent ennemis les uns des autres.
Nous donnerons une idée de l’importance de ce mouvement en disant que le Communion Sou! réunit chaque mois, le 27 à la même heure, mx MILLIONS D’INDIVIDUS dans une seule pensée. A Paris, le nombre des spirites peut être évalué à vingt-cinq mille.
Dans ces dernières années, le savant anglais Croc/ces, président de la Société royale de Londres (l’équivalent de notre Institut) a étudié scientifiquement les manifestations spirites. (Voyez à ce sujet le beau livre de M. Yveling Rambaud : Force Psychique.) Son livre a fait une telle impression, que les savants évitent d’en parler et insinuent doucement que leur cher collègue pourrait bien être fou.
Et ses instruments, ses balances, ses enregistreurs, ses appareils de photographie sont—ils fous aussi i“ En France, le D” Gibier a fait des études dans ce genre, et 'une disgrâce mal déguisée est venue rapide ment le récompenser.
Le mouvement spirite est cependant formidable; ce n’est pas par milliers, mais bien par millions qu’il faut compter ses membres, et sur dix revues s’occu— pant d’occultisme, il y en a sept environ traitant par; ticulièrement le spiritisme.
SOCIÉTÉS D’INITIATION 17 w Nous espérons donc que tous les spirites éclairés comprendront la nécessité impérieuse de connaître, sinon d’admettre, toutes les théories de la Science occulte, et bientôt le groupement ne tardera pas à se former sur des bases vraiment sérieuses. CONCLUSION Le manque de place nous a obligés de traiter d’une façon très générale chacune des branches du grand mouvement de la Science Occulte.
Il faudrait un volume pour développer suffisamment ces données. Telles qu’elles nous apparaissent, cependant, elles suffisent à montrer l’importance du courant qui nous entraîne vers le Spiritualisme, balayant partout victo rieusement les fausses données du Matérialisme. Les. ' prêtres de ce dernier, endormis dans l’inaction, viennent de sentir tout à coup le danger.
Les Univer— sités se lèvent, les Académies fulminent, les Savants s’agitent et pérorent ; mais il est trop tard. Les faits sont là, indéniables. La Société Théosophique mul tiplie ses branches, le Spiritisme se répand avec une rapidité inconcevable, le Magnétisme Animal triomphe à son tour sur le terrain même de l’hypnotisme, sa vulgaire copie à l’usage des Instituts.
Plus que toutes les théories, les chiffres sont là et vont nous donner la puissance du mouvement d’après le nombre des Revues traitant la Science Occulte sous l’une quelconque de ses faces : . Théosophie— Spiritisme — Kabbale — Magnétisme —- Symbolisme maçonnique, etc., etc.
I8 L’INITIATION REVUES Pays. Nombre. France . . . . . . . . . . 21 Revues ' Belgique . . . . . . . . . 4. — Angleterre . . . . . . . . . I 0 — Italie . . . . . . . . . . 3 —— Allemagne. . . . . . . . . 3 — Russie . . . . . . . . . . I —. Hollande . . ._ . . . . . . I — Espagne . . . . . '. . . . I4. -- Portugal . . . . . . . . . 2 — Amérique du Sud . . . . . . 31 —-— Amérique du Nord. . . . . . I4. -— ‘ Inde. . . . . . . . . . .
I — Australie . . . . . . . . . I — Japon . . . . . . . . . . I — Total. . . I07 Revues Cent sept revues mensuelles traitent donc de ces questions et ces revues sont répandues dans le monde entier. Le groupement de tous ces organes devrait être le prélude du groupement de toutes les sociétés vers un but commun, mais qui pourra réaliser cette union? Il appartient à la Providence de le décider (I).
PAPUS. (I) Un pas immense vient d‘être réalisé our ce groupement. Après une entente entre tous les roupes spirituaistes, tl a_été décidé qu'un comité exécutif formé d‘un élégué au moins et de trois au plu} de tout Éroupe spiritualiste (théosophique, kabbaliste, spirite, etç.), sergnt formé. e comité exécutif préparera le grand congrès spirituallste qui sera tenu à Paris le 1" septembre.
La réunion du comité aura lieu, 1, rue de habanais, le mercredi 24 avril. S'adresser pour tous renseignements, à M. Leymarie, à cette adresse.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 19 äA äENGEANEE ms Mamans ET LE PROCÈS DE JACQUES CAZOTTE Ëous avons annoncé déjà dans l’Inz‘tiatz’on le pro— chain volume de notre collaborateur Stanislas de. Guaita : LE SERPENT DE LA GENÈSE. Les pages que voici closent le chapitre IV, intitulé : la Justice des hommes.
Après avoir brièvement retracé le procès fameux et le supplice des chevaliers du Temple, l’auteur fait voir les héritiers occultes de Jacques Molay tramant dans l’ombre, six siècles durant, le complot vengeur dont l’explosion, plus terrible encore que tardive, ne fut rien moins que la Révolution Française] ’ (N. D. L. R.) 6 - . . . . . . . . . .
En effet, dès la seconde moitié du xvm° siècle, les sociétés secrètes se multiplient d’une manière surpre— nante; elles bourdonnent de tous côtés : c’est comme une multitude d’essaims qu’on verrait sortir de terre, vibrant au soleil dans l’effervescence d’un labeur inaccoutumé. L’heure sinistre a sonné -— le midi du châtiment —— et les abeilles industrieuses de la vengeance préparent leur aiguillon pour le grand combat.
Déjà le siècle a goûté de leur miel capiteux, dont l’arome monte au cerveau, aveugle et fait délirer... Écoutez, un moment
20 L’INITIATION encore, et ce que vous avez pris pour un bourdonne ment d’insectes, c’est le grondement d’un orage loin tain, mais qui se rapproche; c’est la confuse et crois sante rumeur de millions de voies humaines, criant Vengeance et Liberté 1 L’Allemagne surtout paraît la pépinière des illumi nés, le point de ralliement des sectes.
De puissants seigneurs, avides des révélations d’outre-t0mbe, comblent de bienfaits quelques mys— tiques de bonne foi qui leur disent : « mon fils; » — et surtout de nombreux charlatans qui les bernent et les exploitent. Puis de mystérieuses sociétés se forment et se recrutent de toutes parts : Weishaupt, professeur à l’université d’lngolstadt, fonde ses Aréopagites; la curiosité publique s’en mêle et la vogue leur est acquise pour un temps.
Swedemborg dogmatise en Suède; Schrœpp/er évo— que à Leipsig; Yung—Stz‘lling divague d’un autre côté. D’Ecltarthausen enseigne à Münich les plus hautes spéculations de la magie numérale de Pythagore; Layater, le théosophe Zurichois, fait le voyage de Copenhague pour participer aux mystères de l’ « Ecale du Nord ». Il ne s’agit de rien moins que des « mani— festations physiques de la Cause actine et intelligente » (le Verbe!).
Par intervalles, pour se faire la main. les théurgistes danois évoquent saint Jean, Moïse, Elie, sans relater de moindres personnages de l’un et l’autre Testament. Enfin les adeptes abondent et ce serait folie que de prétendre à les énumérer au complet. De tous ces illuminés, il en est peu de bons, beaucoup de
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 2I médiocres et plus encore de détestables. Il s’en faut que les meilleurs semblent eux—mêmes exempts de tares ou de ridicules. Cette École de Théurgz‘e, où l’on accomplit de si séduisantes merveilles, compte un peu partout ses analogues. Chose inouïe!
Une lettre du baron de Liebisdorf à Saint—Martin (en date de décembre 1793), nous appprend qu’une cour du Nord, autre que celle de Copenhague, gouverne dès longtemps d’après des inspirations spirites. Son cabinet des ministres « ne az'tpas un pas » (textuel) sans consulter les fantômes!
Le lecteur curieux d’un dénombrement systématique des sociétés secrètes en Allemagne et ailleurs, se reportera aux nombreux ouvrages parus depuis cent ans pour les dénoncer ou les défendre; il pourra s’ins truire ainsi du pour et du contre.
Qu’il prenne garde néanmoins de se prononcer sur des pièces insuffisantes, dans un procès aussi complexe qu’exceptionnel, et dont il ne saurait être le juge qu’en première instance : car l’heure n’a pas encore sonné du verdict définitif que l’impartiale histoire rendra quelque jour, dans le silence tardif et solennel des passions apaisées...
Pour nous, notre but est de faire voir la fille du Temple proscrit, cette Maçonnerie Occulte, insaissis— sable et multiforme, se déguisant derrière les mille sectes d’Hluminés qu’elle a su grouper autour d’elle, et préparant dans l’ombre —— per fas et nefas, elle aussi — la réplique vengeresse et souveraine aux bulles de Clément V comme aux ordonnances de Philippe le Bel. Nous avons sous les yeux l’édition originale d’un
2 2 L’INITIATION livre paru en 1789, sous ce titre : Essai sur la secte des illuminés.
Le marquis de Luchet, auteur anonyme de ce libelle prophétique, décrit tout au long les œuvres des Illuminés, les travaux de leurs cercles, les épreuves et les serments de leurs adeptes ; il dévoile les « nocturnales de Berlin », énumère les différentes sectes mystiques dont nous avons touché un mot, depuis l’ordre des Chevaliers de l’Apocalypse, fondé vers 1690 par Gabrino, cet aventurier qui avait pris le titre de Prince du Septénaz‘re (pp. 129-130), jusqu’à l’ordre des Chevaliers et Frères Initiés de l’Asie et la secte de Saint-Joachim qui en dérive.
Mais après avoir intitulé deux de ses chapitres : -— « que la Secte des Illuminés doit nécessairement détruire le Royaumé où elle sera protégée (pp. 80—04)... que les Rois sont les plus intéressés à détruire la nouuelle secte » (pp. 95-107) ; M. de Luchet n’a garde de méconnaître le nœud central de tant de fils ramifiés par toute l’Europe : —- « Je ne balancerai pas, dit-il, à présenter pour remède une grande réforme de la maçonnerie. » (p. 163.) Puis, prévoyant le bouleversement de l’ancien monde avec une lucidité qui paraîtrait suspecte, si son livre, publié en 1 789, n’avait pas été signalé par la cri tiquelors même de son apparition, il précise les travaux des'loges et les aspirations des af’fidés, dans le style dé— clamatoire de l’époque: —- « Tous se croient appelés à faire une Révolution, tous la préparent...
La Terre souffre; un nouveau fléau la tourmente; la nature gémit, la Société se décompose... Ainsi finira elle— même la secte des llluminés. Que de maux prévien
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 23 drait celui qui l’étoufferait au berceau, et quz'justi— fierait un moment de violence par les lois que lui impose le passé. » (pp- 137-138, passim.) C’est bien un partisan du vieux monde qui s’effare ainsi, n’est-ce pas, lecteur P...
Sent-il assez nettement le sol se dérober sous lui P Hélas! quand on évoque en un miroir rétrospectif toutes les horreurs d’une révolution juste et généreuse dans son principe; lorsqu’on Calcule ce qu’a coûté de sang et de larmes à la France et au monde la revanche des templiers, a—t-on bien le droit de repro cher au marquis de Luchet ses terreurs sybillines, — et peut-on du moins lui refuser ce témoignage, que, debout sur l’Atlantide prête à s’engloutir, il a su prévoir et prédire la marée montante des flots qui devaient la submerger? — « 0 mes concitoyens, s’écrie—t—il dans sa préface, ne croyez pas que nous répandions de fausses alarmes; nous avons écrit avec un grand courage et nous sommes loin d’avoir tout dit... —- Il s’agit bien d’égards, de ménagements et de politesse, avec des hommes de fer, qui, le poignard à la main, marquent leurs victimes! » (p. xv).
Plus loin, après avoir dévoilé le mystère des initia tions et transcrit in extenso la formule du serment affreux imposé aux affidés, quel que soit leur rang, il ajoute (pp. 156) : — « Les mystères se célèbrent aujourd’hui dans des lieux retirés et presque inconnus; dans vingt ans ils se célébreront dans des temples ». -— Quatre années, à dater de cette prédiction, n’étaient {pas révolues, que les amis d’Hébert inauguraient le
24 L’INITIATION culte de la déesse Raison sur l’autel métropolitain de Notre—Dame !. . . Étrange rencontre! L’homme dont l’intuition surai gué a su prévoir tant d’événements prochains, semble encore, à la dernière page de son livre, entrevoir Napoléon et son despotisme dans les ombres d’un avenir plus éloigné. — « 0 toi qui remplis la terre de hauts faits et de grandes vertus, ô Renommée, porte ailleurs ta trompette harmonieuse...
Ne publie jamazs qu’un capitaine, encore plus emporté que valeureux, compte pour rien les victimes immoléesà son ambition, pourvu que leur sangfasse croître les lauriers]... (I).
Etends un voile épais sur les odieuses intrigues filées par des hommes qui ont conspiré la honte des souve— rains; manœuvres indignes qui laissent les services sans récompense, la vertu sans honneur, le talent sans protection, la vérité sans hommage, la patrie sans gloire, le trône sans appui, le génie sans emploi, la société sans harmonie... le malheureux sans asile, le sage sans espoir et les rois même sans sûreté. » (pp. 174 et seq., passim.) Mais, indépendamment du grand mouvement théosophique dont l’Allemagne était le centre, nombre de personnages extraordinaires, revêtus de missions spéciales, parcouraient l’Europe entière dont ils étonnaient les capitales; puis transféraient Presque tous à Paris leur magnifiCence énigmatique et leur popularité.
Le comte de Saint-Germain et (I) M. de Luchet songe sans doute à La Fayette. mais qu'importe? Les plus lucn‘les se tram en! Souvent d'obiet; leur prophetie nen est pas moms surprenante. C est ici le cas sans nul doute. 'i
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 25 Joseph Balsamo (plus tard comte de Cagliostro) valent d’être cités en première ligne. Tous deux, ambassadeurs, suivant Cadet de Gassicourt, ou, si l’on veut, missionnaires internationaux, étaient spéciale ment chargés d’établir une correspondance efficace entre les divers chapitres : Saint-Germain était l’en voyé de Paris, Cagliostro celui de Naples (I).
Chacun sait la vogue dont jouirent ces personnages et les enthousiasmes qu’ils eurent Fadresse ou la science de soulever avec la poussière de leurs équipages splendides.
Qu’ils fussent acclamés d’un peuple illettré, naïf admirateur de tous les hommes et prestige — depuis les dentistes panachés en foire jusqu’aux géné taux galonnés à la parade -— il n’est rien là qui nous puisse surprendre; mais qu’en plein xvm° siècle le monde sceptique et malicieux dont Voltaire, d’Argens et Diderot faisaientles délices quotidiennes, ait accueilli, choyé, adulé des hommes évidemment supérieurs, mais qui ne marchaient qu’environnés de prodiges équivoques et dont les manières —— si belles et si galantes qu’elles fussent — gardaient comme une arrière-senteur de charlatanisme et de singulière audace, c’est là ce.qui semble inouï.
Rien n’est plus vrai cependant. Saint-Germain, racontant d’une voix mélodieuse et toujours égale ses conversations avec Pythagore, Virgile et Jésus—Christ, n’était assurément pas pour déplaire; et quand ses doigts chargés de bagues, courant sur les touches d’un clavecin, éveillaient comme au cœur de l’instru (_I) Tombeau de Jacques Molay, p. 34. a,
2 6 L’INITIATION ment des accords d’un archaïsme étrange et poignant, si à l’interrogation tacite de quelque belle duchesse, émue ou fascinée, il jetait du ton le plus naturel cette réponse à tout le moins bizarre : — « C’est là, Madame, un air que je notai en l’an 2008 avant Jésus Christ dans la ville d’Erech, pour faire ma cour à une jeune princesse de Chaldée » — chacun s’émerveillait, mais nul n’avait le mauvais goût de mettre en doute la véracité du conteur.
Que dire des fameux soupers de Cagliostro, dont les plus illustres seigneurs de la cour se disputaient les invitations? De ces fantastiques soupers, où la voix du grand Cophte peuplait la salle, à l’instant du dessert, d’âmes visibles aux ailes frissonnantes, et faisait asseoir, à droite et à gauche du duc de Richelieu, Sémiramis et Cléopâtre, ressuscitées dans toute la magie de leur légendaire beauté !
Enchantement, prestige, nécromancie, que sais je P...—Ah l pardon, j’oubliais que vous saviez, vous, cher lecteur : Suggestion, n’est-ce pas? C’est cela même : Merci l —— Donc la société la plus sceptique, la plus hautaine et la plus polie du monde était docile aux suggestions ' des Cagliostro et des Saint-Ger— main.
Or, tandis qu’enivrée, bercée au charme de ces grands seigneurs de l’occultisme, la haute société parisienne s’abandonnait en leurs bras, du geste vaincu de la femme qui se donne : Saint-Germain, le premier, organisait en silence les clubs tapageurs du lendemain, et fécondait de son or intarissable la future émeute, -— propre à ébranler le pouvoir d’un
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 27 roi, par la violence; d’autre part et ensuite, l’infernale prévoyance du divin Cagliostro ourdissait l’intrigue du Collier, préparant à petits soins le scandale, — propre à ruiner l’honneur et le prestige d’une reine, par le soupçon.
Le grand Cophte n’eut pas de peine à s’insinuer dans le monde de la cour : il créait à cette époque sa Maçonnerie Egyptienne, dont la petite princesse de Lamballe agréait sa maîtrise, par ordre exprès de Marie—Ant0inette. Pauvre reine l... Sa confidente, son intime amie était d’ores et déjà marquée, stigmatisée du signe secret de Cagliostro : L. P.
D. — initiales dont l’interprétation, comme s’il se fût agi d’un hié roglyphe de la Kabbale, présentait trois sens. A l’en contre de la plupart des symboles ésotériques, l’Hié rophante livrait volontiers ses deux significations su périeures : la superlative— Liberté de penser— c’est l’affirmation de l’initiative indépendante dans l’ordre philosophique ; la comparative — Liberté. Pouvoir. Devoir -— c’est le ternaire dans l’ordre moral.
Mais il dissimulait avec soin jusqu’à l’existence du sens inférieur, positif : — c’était là le secret même de l’ordre, l’Arcane politique et social des néo-templiers, la sentence prOnonce’e depuis six siècles contre les héritiers de Philippe le Bel : Lilia pedz‘bus destrue : Foule aux pieds les lys !...
Rapport0ns, au sujet de cette devise régicide et à l’appui de son ancienneté, une anecdote historique réellement probante : — « Le député GrégOire a pré senté à la Convention une médaille curieuse frappée en 1642 : elle offre d’un côté un bras sortant des
28 L’INITIATION nues, mmssonnaht trois lys avec une épée tran chante. La légende est: Talem dabz't ultz'o messem (telle est la moisson que donnera la vengeance). Au revers, un autre bras lance la foudre sur une cou ronne et un sceptre brisés, avec ces mots : Flamma metuenda tyrannis; (à l’aspect de ces feux, les tyrans trembleront) (I). » Cette médaille peut se voirà la Bibliothèque Natio nale, où on l’a conservée.
Voici, encore, d’après Cadet de Gassicourt (2), la traduction d’un avis maçonnique en chiffres, répandu avec profusion par Cagliostro en Angleterre comme en France. — « A tous les maçons véritables, au nom de Iéhovah! — Le temps est venu où l’on doit com mencer la construction du nouveau temple de Je’ru— salem.
Cet avertissement est pour inviter tous les véritables maçons, à Londres, de se réunir au nom de Iéhovah, le seul dans lequel est une divine Tri nité; de se trouver demain soir, le 3 du présent 1786, sur les 9 heures, à la taverne de Reilly, great queen street (grande rue de la Reine), pour y former un plan, et poser la première pierre fondamentale du véritable temple dans ce monde visible... * CAGLIOSTRO...
Pour ceux qui connaissent les symboles maçon niques du temple de Salomon, de la mort d’Adon hiram et de sa résurrection future, j’estime que cet avis est clair. (I) Tombeau de Jacques Molay. Paris, au V, in-n, p. 3. (a) Tombeau de Jacque: Molay. pp. 36-37.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 29 Assez de Cagliostro et des adeptes voyageurs : les anecdotes et les commentaires que leur histoire né cessiterait, rempliraient la moitié de ce volume. —— Or, si j’entre dans tous ces détails, en un chapitre où il ne devrait être question, semble—t—il, que des procès de sorcellerie, c’est que je tiens, en multipliant les documents, à faire luire l’évidence d’une lutte de titans entre adeptes de deux initiations difiérentes, lutte dont les préliminaires mystérieux ont été sym bolisés par Saint-Martin, suivant toutes les règles de l’art ésotérique, le plus exquis, dans un « poème épico—magique » peu connu, en 102 chants: « LE CROCODILE, ou la Guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis X V ; œuvre posthume d’un amateur de choses cachées.
Paris, an VII de la Répu blique, 1 vol. in-8 de 450 pages. » , Cette guerre formidable rentre à des titres divers dans l’objet d’un chapitre intitulé : la Justice des Hommes, et des lecteurs superficiels pourraient seuls y voir une digression non justifiée : symbole vivant de nos humaines revendications, la Révolution Fran— çaise, doublement juste dans son principe, s’est révé lée doublement inique dans son application, et c’est en quoi la justice des hommes diffère de celle de Dieu.
Faire le mal en vertu d’une loi juste, c’est plus ré—v voltant pour une conscience droite que faire le mal en partant d’un principe d’iniquité. Tout arbre doit donner son fruit, selon sa race; l’arbre mauvais donne un fruit mauvais, c’est dans l’ordre des choses: un jour viendra où l’arbre mauvais sera déraciné, scié et jeté au feu. Mais l’arbre bon ne peut donner de
30 L’INITIATION mauvais fruits que s’il dégénère, s’il s’abâtardit, et le spectacle est toujours navrant d’une pareille transfor mation : elle ne se peut opérer qu’au laboratoire de Satan, et par la Loi du Binaire, c’est-à-dire de l’irré— médiable antagonisme. Nous l’allons voir. Le régime de la Terreur est le fruit du Binaire impur.
Vraiment énigmatique et stupéfiant, ce long délire du plus noble et du plus civilisé des peuples, a dérouté la sagacité de tous les historiens.
Qui ne s’épuiserait en conjectures impuissantes, à l’aspect de ces marées périodiques du sang national épandu, où la France, métamorphosée en bacchante, prend plaisir à se vautrer avec ces cris frénétiques et sublimes tout ensemble, qui semblent empreints d’un fiévreux lyrisme de joie farouche et de désespoir?
Pour faire une brusque lumière sur cette époque étrange si fertile en cataclysmes, quelques lignes de l’abbé Constant (Eliphas Lévi) vont suffire : — « On se souvient de l’étrange allocution qu’adressa à Gazette lui-même en le condamnant à mort, le prési dent du tribunal révolutionnaire, son confrère et co-initié.
Le nœud terrible de 93 est encore caché dans le sanctuaire le plus obscur des sociétés secrètes‘: aux adeptes de bonne foi qui voulaient émanciper les peuples (I), d’autres adeptes, d’une secte opposée et qui se rattachait à des traditions plus anciennes, firent une opposition terrible par des moyens analo gues à ceux de leurs adversaires : ils rendirent la pra (x) Constant parle ici des néo-templiers.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 31 tique du Grand Arcane impossible en démasquant la théorie. La foule ne comprit rien, mais elle se défia de tous et retomba par découragement plus bas qu’on avait voulu l’élever.
Le Grand Arcane resta plus znconnu que jamais; seulement les adeptes, neutra lisés les uns par les autres, ne purent exercer la puis sance ni pour dominer les autres, ni pour se délivrer eux-mêmes : ils se condamnêrent donc mutuellement comme traîtres et se vouèrent les uns les autres à l’exil, 'au suicide, au,poignard et à l’échafaud (I). » Laissons pour l’instant Cazotte et son procès; nous rendrons tout à l’heure à cet épisode toute l’attention qu’il mérite : heureux de pouvoir fournir aux curieux des détails d’une inattaquable authenticité et qui, pour être de la plus étrange importance, n’en semblent pas moins généralement ignorés.
Réservant donc, sans la perdre de vue, cette scène si révélatrice du grand drame révolutionnaire, con sultons l’auteur d’un intéressant et consciencieux tra— vail, paru en 1819 sous ce titre : « DES SOCIÉTÉS SECRÈTES EN ALLEMAGNE, de la secte des illuminés, du tribunal secret, etc. — Paris, Gide fils, 1819, 1 vol. in 8 ».
Ne pouvant avoir en matière d’illuminisme la compétence de l’abbé Constant, cet essayiste enve— loppe tous les adeptes dans une même réprobation : entre les deux traditions toute distinction lui est inconnue. Il est toutefois surprenant de lui voir écrire, quarante ans avant les publications du célèbre occul tist‘e, des phrases de ce goût: —- « Pour trouver la clef (I) Eliphas Lévi: Dogme de la haute Magie, p. 324—325.
32 L’INITIATION des révolutions depuisle supplice de Charles Ier jusqu’à celui de Louis XVI, il faut toujours en revenir à cette secte intraitable... Le bonnet rouge que nous avons vu, en I793, devenir l’emblème des jacobins, fut I’ornement des indépendants britanniques, lorsque Cromwel s’éleva au pouvoir.
Sans aller plus loin, n’est-il pas bien singulier. qu’au plus fort de notre révolution, les premiers rôles fussent remplis par les Pache, les Marat, les Clootg, les Lagouski, les Bao— narotti, les Miranda, tous illuminés suisses, alle mands, polonais, italiens et espagnols ?... (p. 179.) « Nous avons déjà vu qu’il y a trois degrés dans l’ordre des illuminés.
Le rang le plus élevé était celui du Grand-Maître ; le duc d’0rléans en était revêtu en France peu d’années avant la Révolution... (p. 226.) « Les empereurs Joseph II et Léopold, qui avaient pénétré les secrets des illuminés, furent victimes de l’Aqua Tofiana.
Le mouvement insurrectionnel du 5 octobre, ceux du 20 juin et du 10 août furent arrêtés dans des réunions d’adeptes et d’initiés à la loge du Contrat Social, rue Coq-Héron : je le tiens d’un témoin oculaire. Robespierre ajoué un rôle; maisil ne fut point initié; (1) c’est pourquoi ila été renversé. Il voulait s’isoler de la secte dont il était l’instrument: sa tête tomba sur l’échafaud...
« Jamais les illuminés ne s’étaient vus si puissants; ils disposaient, en I793, de la hache du bourreau... Le génie, la valeur, les talents, les vertus, l’opulence, tout passa sous le fatal niveau de la guillotine : on (I) Le publiciste fait erreur ici. Robespierre était parfaitement initié : il figurait même parmi les chefs du 2° degré.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 33 vit dans le même tombereau Bailly et Custine, Males— herbe et Delaborde, Lavoisier et ,Westermann, Elisa beth et Vergniaud. Rien ne fut épargné... On vit disparaître sous la faux des illuminés triomphants tout ce qu’il y avait de majestueux et de sublime: il ne resta plus que la bande noire...
«( On me demandera, dans cette hypothèse, pour— quoi le Grand—Maître du chapitre de Paris (I) et ses acolytes, après avoir renversé le trône, ont péri eux mèmes sur l’échafaud ? Je répondrai par unfait avéré:après leur triomphe, les illuminés se divisé rent, une partie se retira aux Jacobins et l’autreà la Conuention.
Les Jacobinsfdominèrentjusqu’au g Ther— midor : c’est alors que Camz‘lle Desmoulz‘ns, Hébert, Chaumette, C100t{ et le Grand—Maître du chapitre furent traînés au supplice. Ce dernier eut beau renier son père à la tribune de la Convention et pro tester que sa mère avait prostitué son lit.
On savait Où tendaient ses vœux ; c’était trahir la secte : il fut livré au bourreau... (p. 181‘182-183.) « La terre ne présenterait qu’un vaste amas de décombres et de ruines, si la Providence n’eût suscité tout à coup un homme... que la fortune appela aux plus hautes destinées et dont la chute, toute désirée qu’elle devait l’être, a replongé l’Europe dans une suite incalcutable de révolutions.
La fameuse journée du 18 brumaire porta un terrible coup àla secte des Illuminés ; elle vit l’ouvrage de cinquante ans détruit en un jour par le pouvoir d’un soldat... (p. 184.) « La chute de Buonaparte, due en grande partie (1) Philippc-Egalité.
34 L’INITIATION aux Illuminés, ressuscite leur influence sur tous les points ; elle nous conduisit en peu d’années à cette situation fausse que nous prenons pour le repos... (p. 203.) _ « Cette ligue d’Illuminés, de uoyants invisibles, menace plus que jamais nos propriétés et nos vies ; le liure de sang est ouvert, on y inscrit des noms, et cent mille assassins qui ont juré de n’épargner ni leurs parents, ni leurs amis, sont en mouvement.
« Le malheureux Fualdès a succombé sous leurs coups. » (p. 256.) Nous pardonnera-t—on ces longues citations P Elles étaient nécessaires. L’opinion qu’y émet le publiciste de 1819 est une singulière garantie de véracité pour les allégations d’Eliphas Levi en 1855. Et quand on. y joint les révélations de'Cadet de Gassicourt en date de{r796 (Tombeau de Jacques Molay, an V),le doute n’est plus guère permis.
D’ailleurs les faits mêmes de la Révolution portent leur estampille templière, et viennent plaider en faveur de notre thèse, Le nom de Jacobins vient de Jacobus Molay et non, comme on le croit communément, de l’Eglise des religieux Jacobins -— lieu de réunion que la secte occulte de la Maçonnerie dut, à raison de la coïncidence même des noms, choisir de préférence à tout autre.
Ces conspirateurs avaient antérieurement fondé, rue Platrière, une loge Jeau-Jacques Rousseau, dans la maison du publiciste fameux dont le parti de Robespierre devait réaliser les théories.Lors de l’inau guration de cette loge fameuse, le Jacobz‘nz‘sme était
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 35 déjà nommé de longue date. Mais la connaissance de cette dénomination trop significative était réservée aux seuls maîtres.
Écoutons Cadet de Gassicourt : « Pour n’admettre à leur vaste projet que des hommes sûrs, ils (les néo-templiers) inventèrent les loges ordinaires de la maçonnerie, sous le nom de Saint-Jean, de Saint—André..Ce sont celles qu’on connaissait en France, en Allemagne, en Angleterre, sociétés sans secrets, dont les pratiques ne servent qu’à donner le change, et à faire connaître aux vrais maçons les hommes qu’ils peuvent associer à leurs grande conspiration.
Ces loges, que je pourrais appeler préparatoires, ont un but d’utilité réelle; elles sont consacrées à la bienfaisance, et elles ont établi entre différents peuples des liens de fraternité infini ment estimables ; aussi vit—on les hommes les plus vertueux rechercher avec empressement de telles sociétés. Les vrais TEMPLIERS ou JACOBINS ne tiennent pas loges; leurs assemblées s’appellent CHAPITRES.
Il y a quatre chapitres, un dans chaque ville désignée par Jacques Molay, et composés chacun de vingt— sept membres.
Leur mot d’ordre est Jalrz‘n-Boog—Mac— Benac—Adonai‘ 1314, dont les lettres initiales sont celles de Jacobus Burgundus Molay beat anno 1314. » (Tombeau de Jacques Molay, pp. 21-22.) Cadet de Gassicourt ajoute "à ces détails d’autres révélations sur leurs mots et leurs signes de reconnais sance,leur doctrine philosophique et leurs emblèmes.
Force m’est de renvoyer le lecteur à son curieux ouvrage: Je n’en puis tout transcrire, et tout cepen dant y a sa valeur.
36 L’INITIATION Il est des coïncidences bien éloquentes et dont la constatation prête singulièrement àréfléchir !
Ainsi les héritiers de Jacobus ou de Jacques Molay, les descen dants et continuateurs de ces bandits que le moyen âge a nommé les Jacques, après avoir fixé leur pre mière résidence dans la maison même de Jean-Jac ques, le philosophe par excellence de la Révolution, finissent par s’établir aux Jacobins, et c’est sous le nom de Jacobinz’sme qu’ils exaltent et propagent leurs doctrines incendiaires.
A ceux que de pareils rapprochements (déjà notés par Eliphas) font sourire de compassion, comment insinuer qu’il y a peut-être quelque chose d’étrange et de significatif dans le choix du local désigné par les Jacobins pour recevoir le pauvre roi déchu P C’est le Luxembourg que l’Assemblée nationale, — vu les réparations d’urgence nécessitées aux Tuileries, — avait attribué comme résidence à Louis XVI, après la journée du 10 août.
Mais les Jacobins ne sauraient tolérer que l’héritier de Philippe le Bel trouve dans ce palais un asile décent à sa majesté méconnue; au Luxembourg, le roi captif garderait encore l’appa rence de la liberté; peut—être l’assemblée serait-elle tentée de lui rendre le fantôme du pouvoir... C’est une prison qu’il faut à leur vengeance; et quelle pri— son? le Temple ! Ironie d’un inexorable destin!
C’est à la Bastille que Jacques Molay et les siens furent jetés, sur l’ordre inique d’un roi de France,—- quand le roi de France était le plus fort 1.. A la Bastille, alors simple porte de: ville, flanquée de deux tours. Et voilà qu’après cinq
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS Siècles et demi de patientes et ténébreuses menées, le roi de France est à son tour vaincu, proscrit, humilié, déchu... et les héritiers de Jacques Molay, tout puis_ sants à cette heure, le relèguent dans l’ombre humide de leur ancienne commanderie, lieu sinistre, jadis à la fois caserne et couvent, aujourd’hui simple prison ..; Et nunc, Reges, intelligite : erudimz’ni, qui judi— catz‘s terram!
La monarchie profanée, terrassée et mise à néant, les Jacobins se tournent contre le Catholicisme : Chaumette et Anacharsis Clootz ouvrent la persécw tion. La haine des néo—templiers ne s’était pas assouvie, au spectacle de Philippe le Bel puni dans la personne de Louis XVI ; il fallait que le pauvre Pie VII payât à son tour la dette terrible contractée par ClémentV.
Les églises fermées et dévastées; la déesse Raison trônant, sous l’emblème vivant d’une prostituée, sur l’autel de Notre-Dame ; tous les biens ecclésiaux mis sous séquestre ou dénaturés; toutes ces choses et mille autres encore ne furent que les premiers effets de la haine jacobine, et quand Bonaparte insultait, seize ans plus tard, à la majesté du pape captif à Fon— tainebleau, et, blanc de rage, poussait (dit-on) la vio lence jusqu’à fendre du haut en bas la blanche robe du pontife d’un coup de son éperon d’acier, cet ennemi de toutes les sectes se faisait, s’en sans douter assu rément, l’exécuteur tardif de la vengeance des Tema pliers.
Que de rapprochements pareils seraient à faire, si notre cadre s’y prêtait! Empruntons à Eliphas Lévi, qui les narre si bien, l’une encore de ces anecdotes _ . 4-. .., .. ,v__._..__
38 L’INITIATION terriblement éloquentes de la Révolution Française. —- Nous sommes en septembre 1792. « Le roi était au Temple et l’élite du clergé fran çais en exil ou à l’Abbaye. Le canon tonnait sur le Pont-Neuf et des écriteaux menaçants proclamaient la patrie en danger. Alors des hommes inconnus orga— nisèrent le massacre.
Un personnage hideux, gigan tesque, à longue barbe, était partout où il y avait des prêtres à égorger. —— Tiens, leur disait-il avec un rica nement sauvage, voilà pour les Albigeois et les Vau dois ! Voilà pour les Templiers ! Voilà pour la Saint— Barthélemy! Voilà pour les proscrits des Cévennes... Et il frappait avec rage, et il frappait toujours, avec le sabre, avec le couperet, avec la massue.
Les armes se brisaient et se renouvelaient en ses mains; il était rouge de sang de la tête aux pieds ; sa barbe en était toute collée et il jurait avec des blasphèmes épouvan tables qu’il ne la laverait qu’avec du sang. « Ce fut lui qui proposa un toast à la nation à l’angélique M"° de Sombreuil...
« Après la mort de Louis XVI, au moment où il venait d’expirer sous la hache de la révolution, l’homme à la longue barbe, — ce juif-errant du meurtre et de la vengeance, — monta sur l’échafaud devant la foule épouvantée ; il prit du sang royal plein ses deux mains, et le secouant sur la tête du peuple, il dit d’une voix terrible : Peuple français, je te baptise AU NOM DE JACQUES et de la liberté! (I) Une autre citation du savant Eliphas va nous rame— ner à la personne et au procès de l’initié Jacques (I\Histoire de la Magie, pp. 443-444.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS Cazotte, dont nous avons réservé l’étrange aventure pour servir de conclusion à ce chapitre. On sait dans quelles conditions le kabbaliste Pasqualis-Martinez vint offrir l’initiation à l’auteur du Diable Amoureux; c’est toute une mystérieuse légende sur quoi nous aurons sans doute à revenir ailleurs.
Quoi qu’il en soit, l’abbé Constant, après en avoir esquissé l’his— toire, fait suivre son récit des réflexions suivantes : « L’initiation de Cazotte devait en faire un partisan dévoué de l’ordre et un ennemi dangereux pour les anarchistes; et en effet nous avons vu qu’il est ques— tion d’une montagne sur laquelle on s’élève pour se régénérer, suivant les symboles de Cagliostro ; mais cette montagne est blanche de lumière comme le Thabor, ou rouge de sang comme le Sinai et le Cal— vaire. — Il y a deux synthèses chromatiques, dit le Sohar : la Blanche, qui est celle de l’harmonie et de la vie morale, et la Rouge, qui est celle de la guerre et de la vie matérielle; la couleur du jour et celle du sang.
Les Jacobins voulaient arborer l’étendard du sang et leur autel s’élevait déjà sur la montagne rouge. Cazotte s’était rangé sous l’étendard de la lumière, et son tabernacle mystique était posé sur la montagne blanche. La montagne sanglante triompha un moment, et Cazotte fut proscrit... Cazotte avait prophétisé sa propre mort, parce que sa conscience l’engageait à lutter jusqu’à la mort contre l’anarchie.
Il continua donc d’obéir à sa conscience, fut arrêté de nouveau (I) et parut devant le tribunal révolution— (l) il avait été arrêté une première fois, et sauvé par sa fille comme Sombrcuil, lors des massacres de septembre.
40 L’INITIATION maire : il était condamné d’avance. Le président, après avoir prononcé son arrêt, lui fit une allocution étrange, pleine d’estime et de regret : il l’engageait à être jus qu’au bout digne de lui-même et à mourir en homme de cœur, comme il avait vécu (I). » Cette page d’Eliphas piqua au vif notre curiosité, si bien que nous résolûmes d’en apprendre plus long sur les derniers jours de Cazotte.
Le hasard nous servit à souhaît en faisant tomber sous notre main une brochure peu recherchée sans doute et peu connue, mais qui nous fut une précieuse révélation. C’est le procès in—extenso de Cazotte, publié sous le Directoire — probablement par ordre — et dont voici le titre : CORRESPONDANCE MYSTIQUE DE J.
CAZO'I‘1‘E avec Laporte et Pouteau, intendant et secrétaire de la liste civile, pendant les années 1790-1791-1792... suivi de son interrogatoire et de son jugement. Paris, Lerouge, Deroy et Maret, an VI de la République. — I vol. in-12 de 182 pages avec portrait. Le titre est un peu trompeur, du moins dans la forme.
A part huit pages de notice et une page d’épi logue, c’est comme nous l’avons dit, la minute du procès qui a rempli l’audience du 24 septembre 1792 : le tribunal révolutionnaire condamne Cazotte à la peine de mort pour crimes de haute trahison et de complot contre les autorités constituées.
Seulement, l’audience presque tout entière est consacrée à la lec— ture des lettres que Cazotte avait écrites à Laporte et à Pouteau, pour être par leurs soins mises sous les yeux du roi. (t) Hist. de la Magie, pp. 439-440.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS 4.1 De temps à autre, quelques bribes d’interrogatoire se glissent entre deux épîtres : on questionne l’accusé avec égards et modération; il répond avec calme, douceur et fermeté : D. — Vous êtes peut—être fatigué : le Tribunal est prêt à vous accorder le temps que vous croirez néces-' saire, pour prendre nourriture, rafraîchissement ou repos ?
R. — Je suis très sensible à l’attention du Tribunal. —— La fièvre qui me tient en ce moment me met dans le cas de soutenir le débat; d’ailleurs, plus tôt mon procès sera terminé, et plus tôt j’en serai quitte, ainsi que messieurs les juges et les jurés. Quand l’inculpé refuse de répondre, le Président passe sans insister. Pas un mot de reproche ou de blâme. Quel procès courtois!
Pour réveiller le lecteur vraiment charmé de cette discussion polie, où l’on sent l’estime réciproque per cer sous chaque parole, il suffit qu’une phrase terrible d’Eliphas lui revienne en mémoire : Carotte était condamné d’avance.
Alors, au milieu des passions politiques déchaînées, des grandes haines en ébullition, cette douceur détonne douloureusement ; cette courtoisie semble affectée; enfin, — pour user d’une expression vulgaire, — ce procès donne froid dans le dos. Condamné d’avance! Mot effroyable... et rigoureu sement vrai.
Si vrai, que le Tribunal repousse sans considérants une déclinaison de compétence soulevée à sa barre par le défenseur Julienne : or, si jamais compétence fut justement déclinée, ce fut ce jour là.
42 L’INITIATION « L’accusé fondait sa protestation sur ce que, ayant été jugé le 2 septembre par le peuple souverain et par des officiers municipaux revêtus de leurs écharpes qui l’avaient remis en liberté, on ne pouvait, sans porter atteinte à la souveraineté de ce même peuple, procéder à un jugement contre lui, sur des faits pour lesquels il a été arrêté et ensuite élargi (I). » Non bis in idem. -—- L’axiome est bien connu, par tout incontesté, et domine toutes les législations...
Que fait le tribunal? « Le tribunal, sans s’arrêter ni avoir égard à la pro— testation présentée par le sieur Gazette, ordonne qu'il sera passé outre... » (2).
Il ajoute bien que « copies de la dite protestation et expédition dudit jugement seront, à la diligence du commissaire national, adressées au ministre de la jus— I-ice, pourêtrepar lui communiquées à la Convention Nationale, s’ily a lieu !...(3). » Mais commel’arrêt de mort, prononcé dans la journée, fut exécuté le soir même, vers les 7 heures, cette restriction servait à grand’chose! Quelle barbare ironie!
Au demeurant,“ le faut avouer, la correspondance de Cazotte était aussi compromettante que possible. ——. Comme Saint—Martin, disciple d’abord du même Martinez, puis élève posthume de Jacob Boëhme; comme Dutoz't—Mambrz‘nz‘, le théosophe de Genève. qui a publié en 1793, Sous le pseudonyme de Keleph (I) Correspondance de Cazotte, p. I7. (z) Correspondance de Carotte, p. I7. (3) Idem, ibid.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS ben-Nuthan un ouvrage admirable (I) malgré queL ques erreurs; comme d’autres encore, Cazotte rele— vait de la plus ancienne tradition ; il appartenait à l’initiation orthodoxe dont il a été question plus haut. Mais, moins prudent que Dutoit et que Saint—Martin, il fut de ceux qui travaillaient activement, sur les trois plans astral, moral et intellectuel, à la contre révolution.
Adepte, il fut une des premières victimes de la gent jacobine ou néo-templière. Il faut voir comme les juges de Cazotte veulent le faire parler, sur le chapitre de son initiation. Écoutez l’insidieuse question qui lui est posée : D. — Quelle est la secte dans laquelle vous êtes entré ? Est—ce celle des IlluminésP R. —— Toutes les sectes sont illuminées ; mais celle dont jeparle dans ma lettre est celle des Martinz‘stes.
J’y suis resté attaché l’espace de trois ans : difl”érentes causes m’ont forcé à donner ma démission ; néan— moins j‘en suis toujours resté l’ami. . Cazotte répond là avec une rare présence d’esprit. Lui—même avait senti, au moment où la lutte allait s’engager entre les deux initiations rivales, combien dangereux serait le choc : tout porte à croire qu’il avait voulu d’abord l’éviter.
Reportons-nous à la lettre cataloguée N, en date du 4 avril 1792 : «Les piques se tournerontcontre les piques,mon cher ami ; encore un peu de patience..... Vous n’êtes pas initié? Applaudz’ssæ-vous-enl Rappelezwous le mot: (1) La philosophie divine S. L. 1793. — 3 vol. in-8°.
44 L’INITIATION Et scientz‘a eorum perdet cas. Si je ne suis pas sans danger, moi que la grâce divine a retiré du piège, jugez du risque de ceux qui y restent. « Il y a longtemps qu'on afait l’éloge de la sûreté du plancher des vaches. LA CONNAISSANCE DES CHOSES OCCULTES EST UNE MER ORAGEUSE D'où L‘ON N’APERÇOIT PAS LE RIVAGE... (I) » Et cependant il se ravise. Si inévitable est la ter rible lutte, qu’il s’y jette.
Il sent qu’il y va tellement pour tous d’une question de vie ou de mort que lui, cet homme excellent, ce théosophe orthodoxe, lui, ce doux vieillard, après avoir appelé à grands cris l’étranger en France pour rendre au roi le pouvoir absolu, s’écrie encore : —- « Le roi doit être en garde contre un de ses penchants; c’est la clémence.....
Qu’il se garde bien d’arrêter le glaive ; qu’il réfléchisse aux châtiments qu’ont éprouvés les princes et les chefs des Israélites qui ont ménagé les victimes dési gnées par le Seigneur. L'homme ne sait pas ce qu'il fait, lorsqu’il veut épargner ce sang; sa compassion dégénère en cruauté...
Le plus grand bonheur qui puisse arriver à un criminel, c’est d’être supplz‘cie’ sur la terre, PARCE QU’ON NE PAIE ms DEUX rors (2), et qu’il est terrible de tomber coupable et impuni dans les mains ou sous la justice du Dieu vi vant... (3) ». Ah! que d’enseignements à tirer de ce livre! Que (I) Correspondance, pp. 94—95. (2) Non bis infliJem .’ Pauvre Gazette!
Ce princi e incontestable sera une fons conteste, lors de son procès, et Il lui en ce tera la vie. (3) Correspondance, pp. 94-95.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS - 45 de détails instructifs et inédits sur les hommes, les événements, les causes occultes de la Grande Révolu tion... Hélas! il faut Qnous borner: déjà trop dense, ce chapitre sort de son cadre normal. Passons donc au dénoûment; écoutons la fin du réquisitoire de Réal, accusateur public : « Et vous, dit-il à l’accusé, pourquoi faut—il que j’aie à vous trouver coupable après soixante—douze années de vertu ?
Pourquoi faut-il que les deux qui les ont suivies aient été employées à méditer des pro jets d’autant plus criminels qu’ils tendaient à rétablir le despotisme et la tyrannie? Pourquoi faut-il que vous ayez conspiré contre la liberté de votre pays ?
Il ne suffit pas d’être bon fils, bon époux et bon père, il faut, sur toute chose, être bon citoyen... » Et plus loin: « Il ne pouvait s’excuser par défaut d’igno rance, lui philosophe et INITIÉ, lui qui, dans les glaces de la vieillesse, a conservé les feux d’une jeu nesse bouillante et éclairée... (I). » , A la suite du plaidoyer de Julienne, Lavau, prési dent du tribunal révolutionnaire, assisté des citoyens Dubail, Jalllant et Naulin, juges, lit la sentence de mort.
« Après le prononcé du susdit jugement, le prési dent a adressé au condamné le discours suivant (2) : Faible jouet de la vieillesse, victime infortunée des préjugés d’une vie passée dans l’esclavage! Toi dont le cœur ne fut pas assez grand pour sentir le prix (I),Correspaudance, pp. 173-174. (2) Cette allocution est de telle nature et de telle portée._qup je ne me crois pas le dront d’en supprimer un seul mot. Je la transcns xn extenm. , ‘ '
46 L’INITIATION d’une liberté sainte, mais qui as prouvé, par ta sécu— rité dans les débats, que tu savais sacrifier jusqu’à ton existence pour le soutien de ton opinion : écoute les dernières paroles de tes juges !
Puissent—elles verser dans ton âme le baume précieux des consola tionsl Puissent—elles, en te déterminant A PLAINDRE LE SORT DE CEUX QUI VIENNENT DE TE CONDAMNER, t’inspirer cette stoïcité qui doit présider à tes derniers moments, et tepénétrer du respect que la loi nous a inspiré à nous-mêmes!
TES PAIRS T'0NT ENTENDU ; TES PAIRS T’ONT CONDAMNÉ; mais au moins leur juge mentfutpur comme leur conscience; au moins au cun intérêt personnel ne vint troubler leur décision par le souvenir déchirant du remords. Va, reprends ton courage, rassemble tes forces ; envisage sans crainte le trépas; SONGE QU’IL N’A PAS LE DROIT DE T’ÉTONNER : CE N’EST PAS UN INSTANT QUI DOIVE EFFRAYER UN HOMME TEL QUE r01 !
« Mais avant de te séparer de la vie, avant de payer à la loi le tribut de tes conspirations, regarde l’atti tude imposante de la France, dans le sein de laquelle tu ne craignais pas d’appelerà grands cris l’ennemi, que dis-je ?... l’esclave salarié! Vois ton ancienne patrie opposer à ses vils détracteurs autant de courage que tu lui as supposé de lâcheté.
Si la Loi eût pu prévoir qu’elle aurait à prononcer sur un coupable tel que toi, par considération pour tes vieux ans, elle ne fait pas imposé d’autre peine ; mais rassure toi, si elle est sévère quand elle poursuit, quand elle a prononcé, le glaive tombe de ses mains. Elle gémit sur la perte même de ceux qui voulaient la déchirer.
LA VENGEANCE DES TEMPLIERS Ce qu’elle fait pour les coupables en général, elle le fait tout particulièrement pour toi.
Regarde la verser des larmes sur ces cheveux blancs 'qu’elle a cru devoir respecter jusqu’au moment de ta condam nation; que ce spectable porte en toi le repentir ; qu’il t’engage, vieillard malheureux, à profiter du moment qui te sépare encore de la mort, pour effacer jusqu’aux moindres traces de tes complots, par un regret juste— ment senti ! « Encore un mot.
Tu fus homme, chrétien, philo sophe, INITIE: sache mourir en homme; sache mourir en chrétien : c’est tout ce que ton pays peut éncore attendre de toi! » L’auteur de la brochure poursuit: « Ce discours, qui frappa de stupeur une partie de l’auditoire, ne fit aucune impression sur Jacques Cazotte.
A ces mots : Va, reprends ton courage; ras semble tes forces ; envisage sans crainte le trépas; songe qu’il n’a pas le droit de t’étonner ; ce n’est pas un moment qui doive efl'rayer un homme tel que toi, —— il leva les mains et secoua la tête en levant les yeux au ciel, avec un visage serein et décidé. Conduit au cabinet criminel, il dit à ceux qui l’entouraient qu’il ne regrettait que sa fille.....
L’exécution du jugement a eu lieu sur la place du Carrousel, vers sept heurgs du soir : le condamné a montré le long de la route et, jusque sur l’échafaud une présence d’esprit et un sang—froid admirables (I). » J’ignore quelle impression est restée au lecteur de (I) Correspondance de Carotte, pages |78-182, passim.
48 L’INITIATION ce procès et de cette sentence ; mais je lui proteste qu’il vient d’assister à un drame solennel et formi dable : il a senti sans nul doute ce qu’i1y a là de plus qu’un simple procès criminel...
Je craindrais de déna turer son émotion en y mêlant l’expression de la mienne. — Je terminerai par quelques nobles paroles d’Eliphas : « La Révolution, même au Tribunal, était une guerre civile, et les frères se saluaient avant de se don ner la mort. C’est que, des deux côtés, il yavait des convictions sincères et par conséquent respectables.
Celui qui meurt pour ce qu’il croit la vérité est un héros, même lorsqu’il se trompe et les anarchistes de la montagne sanglante ne furent pas seulement hardis pour envoyer les autres à l’échafaud : ils y montèrent eux—mêmes sans pâlir. — Que Dieu et la postérité soient leurs juges(1). » STANISLAS DE GUAITA. (I) Histoire de la Magie, page 4.40. w‘-—fiw—_‘w'- ..-f .ww
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE îESPIRAI‘IÜN fiYBIEIIEE' un RÊVE sua LÈ nmvm PAR M“’° JULIETTE ADAM N charmant petit volume enveloppé de fin papier Manse ; soixante—seize pages sur papier velin, teinté, finement Iiserées de bleu; titre sémi-bleu orné d’un gracieux frontispice de même teinte, le tout délicat, riant, gracieux comme un présent de baptême.
C’est en effet, le sourire d’une âme qui s’épanouit à la vie nouvelle, saluée avec amour par celles qui l’y atten dent. C’est le chant qu’elle exhale en ouvrant pour la première fois ses ailes diapr‘ées. repliées jusqu’alors dans la Chrysalide d’une existence toute artistique.
Fiction ou non (et je me plais à croire qu’elle est vécue plus encore et mieux que ne l’avoue l’introduc tion), nous avons ici une œuvre de haute inspiration, essentiellement féminine. Nous n’y trouverons point la piété érudite que le symbolisme occulte prête à
50 L’lNITIATION Jupiter, ni la science raffinée de Mercure; c’est le chant de la Vénus céleste; c’est l’hymme de Psyché ravie dans le royaume de son divin époux; mieux encore qu’une poésie, un Rêve, et le rêve d’une âme féminine pour qui la poésie terrestre n’a plus de secrets.
Instruction précieuse encore autant que charmante pour l’étudiant en occultisme; il va trouver ici dans sa liberté comme dans son éclat, mais dans son iso— lement aussi, l’une des facultés principales du Mage; l’Intuition! Il pourra mesurer en même temps ce qu’il y manque encore de science mâle et sévère pour compléter ces beautés par l’union trinitaire sublime qui est le but de l’Initiation.
La forme du discours nous en révèle immédiate— ment la nature; on est frappé de ces versets qui ne s’enchaînent que par courtes séries; ce sont bien là les ondes flottantes d’un rêve, les pensées d’une âme qui plane heureuse mais étonnée dans des régions inexplorées encore, et qui mélange au ravissement de ces nouveautés les souvenirs confus de ses impressions habituelles.
Rêve superbe, d’ailleurs, où s’ouvrent par instant des éclaircies merveilleuses sur d’im— menses horizons, au travers d’ombres restées opaques et d’obstacles invaincus. Rêve qui prouve encore sa grandeur par sa suite, par l’ensemble qu’il conserve à travers toutes ses fluc tuations. Car, vous le remarquerez à la lecture, les révélations y alternent comme des coups d’ailes. Après chaque envolée l’âme semble redescendre de hauteurs qui l’étonnent ; de deux en deux chapitres
UN RÊVE SUR LE DIVIN 5I « une grande amie » prend la parole comme pour reposer de pensées trop vastes, semblant dire au rebours du poète : « paulo minora canamus l » Or en cette grande amie qui« a été ce qu’on appelle sur terre une femme supérieure » et qui nous donne une histoire si gracieuse de ses pensées, vous aurez bien de la peine à ne pas saluer l’âme ravie elle—même qui paraît, ainsi qu’il nous arrive dans le sommeil, ne pas se reconnaître dans l’image de son rêve.
Et par là vous vous expliquerez les faiblesses de ce livre superbe en apprenant aussi à quelles illusions se trouve exposée l’inspiration la plus délicate quand elle est abandonnée à elle-même. Par là vous com prendrez le rôle des prophétesses et celui des prêtres dans les temples antiques; vous apercevrez toutes les nécessités de l’lnitiation pour les unes comme pour les autres.
Que M'“° Adam nous pardonne donc de disséquer l’œuvre intime de son âme; c’est surtout dans la pen sée de faire mesurer jusqu’à quelles hauteurs elle a su s’élever immédiatement par la spiritualisation de son panthéisme antérieur. asas La révélation de ce beau Rêve a pour objet le Divin, la connaissance de la spiritualité dans son but et dans ses moyens.
C’est à ce sujet que sont consacrés plus particulièrement les chapitres impairs, comme il était naturel, car l’adage numero Deus impare gau« det est essentiellement mystique.
52 L’INITIATION Le premier de ces chapitres nous retrace à grands traits la physiologie du Cosmos et les limites du Divin; le troisième nous apprend comment l’homme s’arrache à la nature pour s’élever vers les régions divines; le cinquième nous parle de la vie Uranz’que elle-même; le septième, enfin, résume les doctrines précédentes en les appliquant à quelques adages variés qui ne sont pas toujours sans mélange terrestre, mais qui, par contre, renferment aussi les révélations les plus profondes.
Insistons un peu sur ces grands enseignements. Avant de savoir comment atteindre le Divin il faut s’en faire une idée; c’est par quoi le Rêve sur le Divin va commencer. C’est la cosmologie qui va donner cette notion, car la visionnaire était pan théiste : « Le Dieu Pan qui n’a pas cessé de paraître jouer de la flûte sur son socle de rocaille oscille, il s’effondre; il est réduit en poussière!
Le socle sur lequel tout à l’heure il était debout se soulève, se meut, s’écarte... et voici que, sous une pluie ruisse— lante de rayons, des êtres de lumière apparaissent. » Alors une voix intérieure décrit l’Univers : Il est triple : matière, esprit et âme (i).
« L’âme est la semence divine consciente de la mis sion supérieure, qui lutte pour dégager des corrup— tions de la vie la croissance et la multiplication du bien. » « C’est par le véhicule de l’esprit ou vie organisée, (Ù Le lecteur remarquera ‘que dans cp_Rèye. le mot _timp est pris pour esprit et inversement ; c'est—à-dirf: qu‘1cr l’urne est le prtnctpe supé rieur et l'esprit le principe intermédiaire.
UN RÊVE SUR LE DlVIN 53 que l’âme triomphe de la matière désorganisatrice qui est le mal. » Deux forces s’opposent'ainsi dans une lutte d’at— traction et de répulsion réciproques: le Divin, ou puissance uranique (le bien),et la matière (la corrup tion, le mal). Entre elles est l’esprit, agent du bien sur le mal, principe moteur et régulateur dont la Nature est le champ d’action.
Ces trois principes sont dépeints par des expres sions d’une vérité, d’une vigueur et d’une finesse souvent admirables qui sont un des caractères de cette œuvre charmante, aussi ne peut—on se refuser à la citer à chaque instant : « La puissance uranienne et immatérielle impose à la nature la terreur du vide, du rien,... l’oblige à rouler toujours précipitée dans l’espace, livrée au jeu de ses forces, qui toujours et sans cesse s’entre-divi sent et se reconstituent pour se diviser à nouveau. » « Tous les états de la matière sont soumis à la double loi des mouvements de répulsion et d’attrac— tion. » ' « L’homme—esprit poursuit aveuglément les fins de la nature, qui sont la lutte contre la puissance uranienne et immatérielle. » « La nature n’est qu’une terre que la puissance uranienne ensemence.
Dieu jette à la volée dans les champs planétaires rebelles ou fertiles les âmes qui s’élèvent, grandissent, mûrissent et transforment la corruption de la nature en récolte que le Divin mois sonne. » De là le sort de ces âmes individuelles :
54 L’INITIATION « Lorsque l’âme a récolté dans la vie assez d’é preuves, de douleurs, d’expériences terrestres, qu’elle les aéchangées contre des valeurs célestes, qu’elle a gagné sa rançon uranique, elle échappe aisément à sa prison matérielle. » L’âme est donc incarnée pour triompher des résis— tances, des ruses de la matière par une lutte persévé‘ rame qui constitue l’évolution.
Voilà indiqués le but et la cause de la vie humaine, la raison d’être de la spiritualisation ; il reste à voir ses moyens; mais auparavant, il faut nous étendre un peu sur ces importants préliminaires.
Remarquons d’abord qu’il n'est rien dit de l’origine de cet antagonisme, source de l’évolution ; la chute n’est pas mentionnée ; négligeons—1a aussi comme un accessoire inutile à notre sujet: il est du moins deux autres questions essentielles qui méritent notre atten tion ; ce sont celles de la définition de Dieu, et du libre arbitre de l’homme. Comment sont—elles traitées ici ?
« La grande voix sonore qui retentit dans les pro fondeurs de la pensée » a sur Dieu_ des versets bien remarquables: Elle distingue d’abord : D’une part le Dieu Uranz‘en, celui qui sème les âmes sur le champ de la Nature, celui qui s’oppose à la matière, et la combat ; Dieu en partie intelligible à notre entende— ment : Au-dessus de lui, le Dieu « essence, causalité des deux principes du bien et du mal (page 65)».
Celui—ci, c’est l’incogniscible ; n’essayons point de nous le représenter : « La philosophie matérialiste ou spiritualiste se pose ces questions depuis des siècles, ety répond:
UN RÊVE SUR LE DIVIN 55 -r«_w«: —-, Dieu est—il la vie universelle elle-même ou la vie uni verselle est—elle un grand tout sans Dieu ?
Dieu est— il partie intégrantede la Nature, substance comme elle, ou dirige-t—il seulement ses états par la création '1’ Dieu est—il à la fois le sol, la semence et le semeur i’ » « La foi purement psychique ne cherche aucun rapport entre Dieu et la matière, entre Dieu et l’es prit de l’homme, entre Dieu et ce qu’on appelle la création, car elle conçoit le Divin dans l’immatéria1ité pure. . .
Au-dessus de la Trinité plane Ensoph, Parabrahm, mm, l’Ineffable. Tel est l’enseignement des cha— pitres impairs ; la voix familière de « la grande amie », bien moins réservée, obscurcissant ces prin— cipes en voulant les commenter, nous offre un Dieu qui, dédaigneux de la matière, se laisse aller aux pré— férences pour ses élus (pages 42 et 43), un Dieu anthro pormophe en un mot.
Et elle le confond si bien avec l’lncogniscib1e qu’incapable de reconnaître celui-ci dans ses profondes sentences de Spinosa « Dieu est la substance étendue. » « Dieu est la substance—connaissance. » « Il s’incarne suivantla forme. » Elle se perd à leur propos dans les contradictions dualistiques d’une métaphysique banale. Poursuivons sans nous étonner de ces contradic— tions inhérentes au rêve, à l’inspiration passive.
« La grande voie sonore » n’a pas moins de déli catesse et de profondeur sur le difficile sujet du libre arbitre, mais il serait trop long de commenter ici ses remarquables paroles ; contentons-nous de les citer :
56 L’INITIATION « L’homme poursuit aveuglément» a-t-il été dit tout à l’heure, c les fins de la nature ».
Est-il donc l’instrument impuissant d'un déterminisme invin— cible P Lisons quelques lignes de plus : « Dans l’homme-esprit, c’est-à-dire dans l’animalité perfectionnée on trouve une appropriation si exacte du mécanisme organique au milieu, une arène si large pour l’action obligatoire, une poussée de mou vements si entrecroisés,que l’homme peut croire qu'il est conduit par ses propres impulsions, par le jeu des forces qui le constituent, par sa propre volonté indé pendante. » Voici maintenant, plus loin, le commentaire de ces paroles mystérieuses: « L’être physique est soumis aux lois absolues des organismes, son libre arbitre est nul.
Il est gouverné par ses facultés, par ses passions, par ses besoins, et ne peut y échapper. L’homme psychique est libre de se laisser dominer par la ma tière ou de se perfectionner ur niquement. Il dispose en lui—même et en maître d ien et du mal. Il est responsable de son choix et punissable en raison de sa responsabilité. Le bien est en Dieu, la recherche du bien est dans l’âme.
A mesure que l’âme découvre une part d’idéal, l’idéal recule et grandit, car il est à la fois accessible et infini. » Nous avons là une réponse à nos deux questions, avec une vue claire du but de la vie, la recherche progressive de l’idéal. Revenons à ce sujet principal du rêve : Voyons comment l’homme peut s’uraniser. 'l’ «v-v
UN RÊVE SUR LE mvm 57 Quelle est d’abord sa constitution i> La réponse est indiquée par tout ce qui précède : l’homme est nécessairement triple comme le Cosmos: corps ou matière, esprit et âme.
Et pourquoi est-il une âme incarnée ?* , Afin que, par lui, le Divin puisse triompher des résistances de la matière, à travers les luttes de la vie, ou plutôt des vies terrestres, car cet enseignement est très expressément réincarnationiste : « Les âmes dont le perfectionnement reste station naire sont indéfiniment réincarnées dans des corps jusqu’à ce qu’enfin la nature domptée (matière et esprit), serve malgré ses résistances, au but final de l’âme, qui est pour elle la production multipliée du bien uranique. » Il y a bien des moyens de soulager la captivité de l’âme en la lançant brusquement dans l’Uranique; mais gardons-nous de ces afl‘ranchissements illusoires et passagers : « Ce n’est qu’à l’état mystique conquis au prix d’excitation maladive que l’âme enchaînée au corps arrive à entrevoir le divin.
Mais Dieu con damne la recherche de l’excitation maladive comme il condamne le suicide. » L’ai‘lranchissement véritable, « la claire vision de l’infini uranique », demande une série d’efforts pro gressifs, plus moraux que matériels. « Le dépouillement graduel, l’élimination de la matière » qui procurent les communications sûres et saines avec l’invisible, ne s’obtiennent pas sans le triomphe sur la passion, sans le progrès moral. Car « lorsqu’on fait le mal, on est agité, irritable, on subit
58 L’INITIATION davantage l’influence de la matière, dont la loi fatale... est le mouvement aveugle qui tue, qui écrase. La ma tière c’est le mal. Sa manifestation est la pesanteur qui l’oblige à retomber sans cesse sur elle—même et à se broyer ».
« Quand on fait le bien on se sent plus léger, plus calme... toute âme qui s’élève moralement s’éclaire, reflète à son tour un peu de lumière divine, rayonne, s’uranise enfin; » Intellectuel ou moral, le développement doit atteindre le degré transcendant. L’intelligence doit s’élever au-dessus de la science et de l’art ordinaires.
« La science et l’art faits d’observation et de rendu de la nature, ne peuvent outrepasser ni ses phéno mènes ni ses images... s’ils essayent de franchir les barrières de la nature, ils sefaussent; l’irréel est pour eux l’incompréhensible...
La croyance en la seule nature ou en Dieu substance, inspire l’idée de force, de mouvement, de variation; la fin en l’âme immor telle inspire seule l’idée d’absolu, d’éternité. » « L’homme psychique n’entrevoit la connaissance divine qu’à travers sa juste appréciation des relations de la science humaine. » De même la morale a deux degrés qu’il faut fran chir : le renoncement et le sacrifice.
Le premier est passif; sa forme est la soufirance, la douleur, l’expia— tion qui dégage l’âme des séductions de la matière. ' Il ne faut donc ni dédaigner ni fuir la vie matérielle ou les souffrances: «La souffrance humaine et la vieillesse aident_surtout l’homme psychique à réduire la vie du corps au profit de la vie de l’âme. » —
UN RÊVE sur.
LE DIVIN 59 « La matière est le tremplin, d’où elle s’élance vers Dieu. » « Le corps est pour l’âme initiée non une enveloppe étroite qui l’emprisonne et l’aveugle, mais la carapace d’un scaphandre avec laquelle l’âme plonge dans la mer humaine pour y trouver des perles. » L’âme ne pourrait vaincre sans subir les séductions inférieures :« Les idées psychiques de renoncement sont hautes, elles élèvent l’homme au—dessus de lui, elles tracent par des envolées préparatoires le chemin de l’ascension finale de l’âme ».
Envolées préparatoires seulement; car ce n’est pas assez des inspirations intellectuelles,de la souffrance, du renoncement, il faut le degré suprême du sacrifice : « L’initiation uranique, lorsqu’elle ne sert pas au bien d’autrui, est le terme inférieur de l’initiation ; se perfectionner en soi et pour soi est une sainteté néga tive. Dieu aime la sainteté active ».
C’est là surtout qu’est la force psychique : « L’hé roïsme est l’affirmation la plus indéniable du divin dans l’homme. » Aussi peut-on par lui, en un moment, assurer l’avenir uranique : « Faire par la mort humaine acte de vie psychique, c’est pour une âme fixer en un moment la vie uranienne éternelle. » Un dernier conseil termine ces enseignements avec le chapitre VII par cette sentence particulièrement suggestive dont la portée, exceptionnellement Si gnalée par les italiques, est lai53ée à l’intuition du lecteur: « Dieu ne se manifeste qu’à l’âme qui s’applique à
60 L’INITIATION établir par des couples successifs, une pile à colonnes. Il faut deux pôles et unfil conducteur pour établir un courant électrique entre l’âme et Dieu. » û'‘J Voilà dans ses traits essentiels la doctrine révélée dans ce rêve magnifique.
Il a fallu pour la dégager laisser de côté bien d’autres sujets fort importants traités avec plus ou moins d’étendue et dont les prin cipaux sont: la Réincarnation, l’état d’après la mort, ' avec les pratiques spirites fort bien jugées ici; le rôle des Messies sur la terre, la signification de la Parole, et enfin, la sociologie. C’est à propos de ces sujets surtout qu’apparaît la faiblesse relative des voix moindres qui ont parlé dans le Rêve.
En effet, sauf quelques passages remarquables (particulièrement chapitre VI), cette partie produit rarement l’impression de haute envolée qui ravit partout ailleurs. Je n’en veux pour exemple que la sociologie. Le chapitre Il tout entier, qui la traite au point de vue historique, n’est qu‘une rapide esquisse du système si contestable de Comte; la fin seule en est trans formée; c’est peut—ètre plutôt encore la « confession d’une enfant du siècle ».
Il paraîtra bien pâle à ceux qui se sont accoutumés à considérer l’histoire mys tique de l’humanité et à sonder les profondeurs de la mythologie, du sabéisme, du fétichisme même! Le chapitre VIII est consacré à la sociologie pra tique, « à la moralité sociale ». Qu’y trouvons-nous ? Avec quelques mots des plus vagues sur « la distri
UN RÊVE SUR LE DIVIN 61 ..‘.a....——- .- «— vs>‘ -* ‘." bution équitable des forces de l’individu au profit de de tous », la théorie du bienfait qui semble élevé à la hauteur d’une institution sociale, et qui est faite pour égarer sur la véritable portée de cette sentence, bien réellement sociale cependant en l’un des sens que laisse voir son ambiguité : « L’âme de l’homme psychique dédaigne la lourde possession des biens terrestres et ne les accepte que pour les distribuer avec sagesse; il méprise l’épaisse satisfaction des besoins de son enveloppe matérielle. » Puis, ce qui est fait surtout pour surprendre au plus haut point parmi les conclusions d’un pareil livre, c’est cette négation absolue de tout progrès humain : « L’homme, matière et esprit, s’agite sur sa boule ronde; celle-ci matière et nature se meut dans l’espace arrondi, mais homme et globe gravitent fatalementet mathématiquement dans un cercle fermé, toujours et éternellement le même. » Mais ces ombres, répétons—le, sont pour faire res— sortir les beautés qui abondent dans ces pages si suggestives; elles font mesurer avec joie à quelles hauteurs peut s’élancer dès son premier bond une âme qui s'uranise; elles prouvent en même temps aVec quelle réserve l’initié doit accepter les révéla tions de l’intuition passive la plus belle tant qu’il ne les a pas dominées encore par le développement des qualités mâles de l’âme,tant qu’il n’a pas complété ces « couples successifs » dont nous a parlé « la grande VOIX sonore ». Ce superbe Rêve sur le Divin semble appeler comme un écho complémentaire, comme une réponse
62 L’INITIATION harmonique à sa note fondamentale, les mâles et profonds accents de la Lumière sur le Sentier; ils réveillent particulièrement le souvenir de ce passage : « Tant que tu n’es qu’un homme il ne parvient à ton oreille que des fragments du chant magnifique; mais si tu l’écoutes, garde-1e fidèlement dans ta mé moire, de manière à ne rien perdre de ce qui est par venu jusqu’à toi et tâche d’en apprendre la significa— tion du mystère qui t’environne.
Avec le temps tu arriveras à te passer d’instructeur. » F. CH. BARLE‘I‘. firr1rensms FOLIE DU DOUTE GUÉRIE 'Ëe 7 février dernier, il m’est présenté une jeune n‘ fille de vingt ans née d’un père alcoolique et qui, ignorant toujours ce qu’elle doit faire, ne se lève pas ou à peu près. Elle ne sort plus de sa chambre,. depuis six mois, malgré toutes les objurgations de sa famille, désolée de cet état de choses.
Un de mes amis parle à la famille du traitement hypnotique et de la suggestion. Bien que la mère et la jeune fille habitent la campagne et n’aient que peu ou point entendu parler de ce nouvel agent thérapeutique ils se décident à venir me consulter. ‘ - A l’examen, la jeune fille paraît peu nerveuse. elle est généralement morose et désolée d’avoir perdu ses
HYPNOTISME 63 cheveux par la pelade. J’essaie pendant une demi— heure de l’end0rmir, par le regard d’abord, puis par la pression des globes oculaires, je n’obtiens aucun résultat. Pour la forme, je lui donne, tout en pressant sur les yeux, la suggestion pour le lendemain de se lever et de descendre de sa chambre pour déjeuner.
Je n’avais aucune confiance dans le résultat de cette suggestion et je fus tout étonné le surlendemain d’en apprendre l’effet. La jeune fille. bien qu’à l’état de veille, était dans cet état de demi-passivité que le commandant de Rochas appelle dans ses Forces non définies l’état de crédulité et que mon maître le docteur Luys, membre de l’Académie de médecine, appelle crédz‘vz‘te’; c’est la seule interprétation qui semble possible, même pro— bable.
Quoi qu’il en soit, ce fut la tante qui ramenant sa nièce le surlendemain m’apprit l’excellent résultat. Le 9 février j’essayai de provoquer le sommeil par la fixation d’un objet brillant, du miroir aux alouettes introduit dans la pratique hypnotique par le docteur Luys et qui lui réussit admirablement dans son service à l’hôpital de la Charité. Je ne donnai ainsi à la jeune fille ni sommeil, ni somnolence mais simplement un léger désir de dormir.
Nouvelle suggestion pendant la pression des globes oculaires que j’avais fait suivre la contemplation du miroir aux alouettes. Résultat excellent. Le 1 I février, fixation du même objet brillant et pression sur les yeux, un peu d’assoupissement. Nou velle suggestion et résultat identique aux précédents. Le 14 février, j’opère de même, assoupissement un
64 L’INITIATION a———.——--'_ peu plus complet, nouvelle suggestion : se lever, des— cendre de bonne heure et avoir des idées gaies. Le surlendemain et les quatre ou cinq jours qui suivirent, la jeune fille eut une crise violente de lypé manie. Mélancolique et debout devant le mur de sa chambre, elle ne voulait pas bouger. Je pensai tout d’abord, devant la production de ce fait étrange, anormal, à une simple coïncidence.
La jeune fille m’ayant été, pensai-je, amenée trop tard, le traitement n’avait pas été assez actif pour empêcher ce dénouement fatal et n’avait pu empêcher la raison de sombrer.
D’ailleurs, je faisais, dans ce cas particulier, un essai de la suggestion, car il est avéré qu’il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de fixer l’attention des fous pendant plus de quelques secondes sur le même objet, ce qui sera pour eux le plus grand écueil du traitement hypnotique. Je pensais que je ne pouvais, .à défaut d’amélioration, ne produire aucun mal sur tout étant donné le peu de nervosité du sujet.
Il a été constaté maintes fois que des crises nerveuses, parfois même de l’hystérie latente, ont été déterminées par les pratiques hypnotiques, aussi en suisq‘e aujourd’hui, et penchant vers l’affirmative, à me demander si je n’ai pas déterminé une crise salutaire; car la jeune fille est, depuis près de deux mois, guérie et normale.
Ne s’est—il pas produit là ce qui se produit dans les cas patholo— giques aigus: une exaspération de la maladie avant sa décroissance. Tout est possible dans cet ordre d’idées, mais il importe, avant de se prononcer, de multiplier les‘observations. D' FOVEAU DE COURMELLES.
LI PARTIE LLTTÉRAIRE HISTOIRES INCROYABLES A BRULER (Suite.) 'ÆA force vitale s’accumulait en moi, sous la pro duction surchauffée de mes pensées. Je ne parlais, pas je ne criais pas. Toute ma vie était dans mon cerveau dont mes lobes fonctionnaient avec une activité extraordinaire. Immobile, comme faradisé, je ne réfléchissais pas : - car refiéxion implique emploi mental des formes du langage des mots.
Je subissais une suite d’impressions non formulées, et qui étaient comme la représentation imaginée de mes sensations. Je voyais Sitâ là debout devant moi et sans penser même les mots: « Je vous aime! » je l’enveloppais de mon amour. Sa colère, son mépris — car c’était là ce que j’obtenais d’elle — pesait sur moi, m’écrasait, me brisait. Un moment vint où dans une hallucination folle, je crus sentir qu’elle me tuait. Et le sursaut de terreur, de douleur 3
66 L’INITIATION fut tel que je fis un effort violent pour lui échapper, ou plutôt pour la dominer, pour la vaincre. Dans cet élan de tout mon être pour aller à elle, j’é prouvai comme une déchirure à la région du cœur, et soudain, il me sembla que ma vie s’en allait par là, comme par une blessure.
Subitement mon cerveau était devenu froid, comme à demi-vide, en même temps qu’une sensation de souffle — qui ne m’était pas inconnue — mais qui cette fois allait du dedans au dehors, de l’intérieur de ma poitrine à l’air ambiant -—— me causait une sorte de suffocation. Ainsi souffrirait la cloche de la machine pneumatique, si elle était un corps organisé, au coup de piston qui lui enlève l’air.
D’ailleurs loin de résister, je me prêtais, j’aidais de toute ma volonté à cet essor de ma force vitale: j’y trouvais la jouissance d’un engourdissement exquis, d’une ivresse singulière, comme celle qui précède la syncope définitive. Mais je n’allai pas jusque—là! Mes sens n’étaient pas abolis, mon intelligence fonc— tionnait encore, mes yeux voyaient... et voyaientceci.
A deux pas de moi, une forme blanchâtre, mais d’une teinte si faible que je la percevais à peine, se dressait, silhouette nuageuse, sidérale, de mon être propre. Bien qu’elle n’eut ni traits ni physionomie, je la reconnaissais. C’était bien moi que j’avais devant moi, c’était l’essence même de ma vie matérialisée : et / je me souvins tout à coup des médiums qui ainsi se dédoublaient.
J usque—là, j’avais ri comme tant d’autres des expériences de William Crookes, étudiant ces apparitions au moyen d’instruments de précision,
A BRULER 67 notant minutieusement leur influence matérielle, les photographiant même, doutant de ses sens et les contrôlant par des vérificateurs automatiques. Mais chose, qui me paraissait alors singulière, à mesure que je raisonnai5, la forme s’eflaçait, comme si la force vitale qui la constituait fut rentrée en moi : si au contraire je parvenais à ne plus penser, elle s’accentuait et ses contours s’atfirmaient.
Un moment, elle devint même si nette que je me sentis épouvanté comme devant une manifestation fantastique; ma peur se traduisit en un effort violent du cerveau, je tombai en arrière, inanimé. Quand je revins à moi , trois heures s’étaient passées. J’étais extraordinairement las,mais mes idées avaient repris leur netteté. Je raisontiai. Un point était pour moi hors de doute: J’avais senti, j’avais vu.
Je n’étais pas fou, je n’avais pas été le jouet d’une hallucination. _ Et m’aidant des premières connaissances acquises déjà pendant cette année de travail, je posai ainsi les termes du problème.
Me rappelant les accidents de ma jeunesse, les pro jections de volonté —- ou de fluide vital — dont plusieurs fois j’avais eu la preuve indiscutable —— je concluais que, grâce à mon organisation exception nelle, j’avais le pouvoir de lancer hors de moi tout ou partie de ce qui constitue mon individualité, mon énergie, ma vie.
Ce quelque chose, pour être impal pable, dilué, n’en avait pas moins son entité propre: et je me souvins alors de cette expression des occul
68 L’INITIATION tistes de l’Inde: le corps astral, qui est au corps ce que la vapeur est à la machine qu’elle remplit, ce que l’électricité est à l’appareil qu’elle fait agir. Les enseignements reçus s'éclairaient tout à coup. Le ternaire humain m’apparaissait composé de corps physique, de corps astral ou force vitale qui le fait agir physiquement, et de volonté ou conscience qui. exerce son action sur les deux éléments.
Donc maître par ma volonté de mon corps phy-y sique, je l’étais également de mon corps astral — que les Hindous appellent linga Sharira. Chose cu— rieuse, c’était là un des premiers mots sanscrits qui m’avaient frappé et qui m’avaient donné le désir de l’étude. N’y avait-il pas là comme une prédestina tion?
Et je trouvais en cette conception l’explication du fluide des magnétiseurs comme des prétendus mi racles accomplis par les médiums, Je devinais que ma volonté pourrait diriger cette force issue de moi, lui imposer certains actes; et je me sentais déjà pos— sédé d’un immense orgueil, en songeant à cette puis— sance merveilleuse et secrète que j’entendais bien ne pas gaspiller inutilement à la façon des jongleurs, mais employer tout entière à la réalisation de mes désirs.
Dès ce moment, un calme profond se répandit en moi. J’étais sûr de ma force, j’étais en possession complète de moi-même. J’aurais raison de toutes les. résistances quelles qu’elles fussent. Et Sitâ, Sitâ pourrait-elle se refuser à l’admiration, quand elle constaterait que j’avais conquis, par moi-même, par ma seule énergie, cette puissance
A BRULER 69 qu’elle attribuait aux Adeptes qui se cachent là-bas dans les solitudes de 1’Hima1ayal Ne serais—je pas enfin son maître, son époux, son roi? Ne l’enten drais-je pas un jour me dire, comme la Sitâ du Ramayana, dont elle avait emprunté le nom : — J’irai partout où tu iras. Séparée de toi, je ne voudrais pas habiter le ciel même, je te le jure, par ton amour, par ta vie l...
Le paradis sans toi me serait un séjour odieux; l’enfer, si nous le partagions ensemble, vaudrait pour moi le ciel l... Joies inefiables ! Espérances triomphantes! Hélas! de tout cela, que restera-t—i! tout à l’heure? X Dès le lendemain, je fis ma soumission. J’implorai mon pardon. N’étais—je pas excusable, après tout, d’avoir en trop d’ambition ? J’étais jeune, ardent. enthousiaste.
Dans l’aridité du travail auquel je m’étais rivé, était—i1 cri— minel de rêver l’approche de la source suprême! Oui, je n’étais qu’un élève, un enfant, un catéchumène. Je me courbais. Georges, tout heureux, m’embrassa. Sitâ me répon dit par son sourire énigmatique. Et le labeur recom mença, mais cette fois, ma voie était mieux tracée. Je savais où je tendais.
La bibliothèque orientale de mes amis étant à ma disposition, je pus choisir les livres qui offraient pour moi un intérêt spécial, et ce fut alors que je compris de quelle utilité il avait été pour moi d’apprendre la
7o L’INITIATION lan e au laise, avec la ersévérance ui m’avait été €11 S P imposée. Je me remis d’ailleurs au sanscrit avec une ardeur nouvelle : et à la lumière de mon expérience person nelle, je perçai rapidement toutes les obscurités dont jusqu’alors les textes m’avaient paru enveloppés. Les Upanz‘shads, le Bhagavat Gita me devinrent d’une lecture facile. D’ailleurs je m’exerçais peu à peu au jeu de ma volonté.
Je savais à certains moments la concentrer, la mettre en action, décupler pendant un temps, encore très court, mais que je prolon geais peu à peu, l’acuité de mes facultés de compré— hension. Bien entendu, mes amis ne soupçonnaient rien du travail intense que j’opérais sur moi—même. J’avais compris d’ailleurs que, sous peine de la vie, je devais développer progressivement , par degrés presque insensibles, l’exercice de ma force psychique.
Qu’était-ce qu’une, deux années d’efforts continus et soigneusement mesurés, quand j’avais la certitude de la victoire. . Sitâ était dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté. La sympathie que m’attireraient de sa part mon assiduité et ma docilité faciliteraient singulière ment ma tâche. J’étais patient, parce que je ne redoutais rien.
Jamais un homme ne franchissait le seuil de la maison : aucun rival n’était à craindre : puis j’esti mais trop hautement l’intelligence de Sitâ pour sup— poser qu’elle put s’abandonner à quelque vulgaire affection pour un homme indigne d’elle. La clef qui
A BRULER 7 I ouvrirait ce cœur devait être d’or; et cet or, ce serait ma science, à moi, et ma puissance. J’éprouvais je ne sais quelle jouissance délicate et aiguë à la fois à constater la réserve avec laquelle elle ne cessait pas de me traiter, depuis le jour de notre discussion. Elle m’avait pris en défiance, c’était évi dent: elle eut voulu trouver en moi plus d’abnéga— tien, plus de renoncement à toute ambition humaine.
Que m’importait? j’étais certain, le moment venu, de l’envelopper si bien de ma force, de la pénétrer si intimement de mon influence, de la soumettre si passivement à ma volonté, en un mot de la conquérir si complètement qu’elle n’aurait même plus la notion de la résistance... Et alors, par moi, elle serait emportée dans la sphère des dominations, au-dessus de toutes les créa tures terrestres.
Quel rêve pouvait être à ses yeux supérieur à ce rêve ! A cette question, il devait m’être répondu par un coup de foudre... ' La deuxième année de mon stage apparent venait de s’achever, et lentement, mais sûrement, j’avan çais dans ma voie. J’avais su, par un examen attentif de mes paroles et de mes actes, atténuer les préventions de Sitâ : peu à peu, du moins je le croyais, je pénétrais dans son cœur et gagnais sa sympathie.
Certaine de ma docilité, elle se livrait de plus en plus, m’ouvrant les trésors de son intelligence, dont la profondeur m’eut épouvanté, si je n’avais su que bientôt ma force lui serait égale.
72 L’INITIATION Mon amour se transformait en adoration : depuis quelque temps surtout, sa physionomie s’était éclairée de lueurs nouvelles. Son visage était une âme, son regard était une pensée, son sourire une clarté. Était—ce la femme qui s’éveillait en cette vierge?
Parfois il me semblait surprendre en elle les signes d’un alanguissement qui m’inquiétait; mais si timi dement je lui adressais une question, alors elle sem blait s’éveiller tout à coup : « Jamais je ne me suis sentie aussi forte ni aussi heureuse » me répondait— elle, en même temps qu’un éclair jaillissait de ses yeux.
J’en arrivais parfois à m’imaginer qu’elle avait deviné la passion qui me brûlait le cœur : j’attribuais à ses résistances, à un amour naissant ces pâleurs, ces oppressions que je remarquais. J’aurais voulu qu’elle parlât, qu’elle m’encourageât. Et pourquoi ne pou vais—je pas l’y contraindre. Ma force de volonté, par suite de l’entraînement raisonné auquel je me livrais, commençait à prendre un développement normal.
J’en avais déjà fait plusieurs fois l’expérience dans la rue, au théâtre. Si je fixais mon regard sur un pas— sant, je le voyais, à mon ordre mental, ralentir le pas, puis s’arrêter. L’effet que produisait mon effort m’é tait connu, ma force psychique projetée hors de moi saisissait l’individu et le contraignait à m’obéir.
Aussi dans une salle de spectacle, je forçais l’auditeur le plus attentif à détourner les yeux de la scène pour les porter vers moi. J’étais allé plus loin. Un jour, comme je passais devant un magasin, je vis un attroupement devant la porte : on venait d’arrêter un
A BRULER 73 homme qui avait volé un objet à l’étalage. Mais comme il avait eu le temps de se débarrasser du pro— duit de son larcin, il niait avec énergie, si bien que le doute commençait à entrer dans l’esprit des assistants. Je m’avançai, et constatai , à la pâleur de cet homme, à certain tic du visage dont il ne paraissait pas avoir conscience, que j’étais en face d’un alcoo— lique et d’un névrosé.
Sans lui adresser une parole, je le regardai fixement, non en plein visage, mais à la nuque, et, par un effort mental, je lui ordonnai d’avouer son méfait et de dire toute la vérité. Et instantanément, il fut secoué d’un tremblement convulsif, se mit à pleurer, sous l’influence indéniable d’un ébranlement nerveux, s’avoua coupable et dési gna le_-complice auquel il avait remis l’objet volé.
Ainsi je ne pouvais plus douter: mon pouvoir existait, mais encore -— je le reconnaissais moi-même — dans des proportions très modérées. Quand j’avais accompli un efiort semblable, il se passait plusieurs jours sans que je pusse le renouveler. L’influx ner veux que j’avais dépensé en quelques secondes ne se reconstituait que lentement. J’avais tenté aussi d’autres expériences, celles-ci sur des objets matériels.
Il est bien entendu que, par le toucher, j’étais bien vite parvenu à produire dans des choses inanimées, comme une table, le dossier d’une chaise, des craquements, des chocs que je pouvais même, jusqu’à un certain point, diriger au gré de ma volonté, en les rhytmant, en limitant leur nombre. Mais c’étaient là des jeux d’enfant qui ne me suffit saient pas.
74 L’INITIATION Depuis quelque temps, j’employai5, chaque nuit, une heure à tenter d’exercer cette influence à distance: je parvenais à projeter hors de moi une quantité de fluide psychique —- une parcelle de mon corps astral, de ma force vitale -— et à la diriger sur un objet, un meuble, un porte—plume, une feuille de papier. Mais jusqu’ici l’efiet produit était presque nul.
Comme ma volonté ne s’exerçait que dans des conditions de calme absolu , elle n’avait point l'impulsion que j’aurais obtenue, en la projetant à l’état de colère ou de passion. A peine l’objet le plus petit se déplaçait—i1 de quelques millimètres. Même j’avais douté de moi et avais établi un instrument de précision, qui, par une méthode graphique, enregistrait ces mouvements.
Ils étaient réels, donc augmentab1es, et cette constatation me suffisait, puisqu’elle prouvait la réalité des phéno mènes et en même temps les effets progressifs obte— nus par mes études. J’avais, en tous cas, franchi le premier stade de l’incrédulité et de la défiance. Et dans ce que j’avais appris des pouvoirs des adeptes de l’Hind0ustan, rien ne me paraissait plus impossible.
Pourquoi ne pas admettre , en effet , que des hommes, relégués depuis de longs siècles dans des solitudes mystérieuses, eussent acquis et conservé, en se les transmettant sous le sceau du mystère, une science qui serait à celle de l’électricité ce que l’élec— tricité elle—même est aux notions de force que nous connaissions il y a un siècle.
Celui qui, à la cour de Henri [Il eut parlé de communiquer la .parole en quelques secondes de Paris à Bruxelles eut passé pour
A BRULER 75 un fou. Pourquoi dans un siècle la transmission de la pensée, de la volonté, d’homme à homme, par un véhicule éthérique encore inconnu, ne serait—elle pas devenue chose banale? Pourquoi cette force vitale, jusqu’ici non étudiée, non développée, ne produirait elle pas des effets, qui aujourd’hui semblent œuvres de magie, et qui ne seraient, une fois dirigés et cana lisés pour ainsi dire, que des moyens de civilisation et de bien-être?
D’ailleurs à quoi bon raisonner? les faits étaient pour moi patents, indiscutables. Que m’importait l’avenir? Que m’importait l’humanité de demain?
Pour moi, un seul but existait, l’amour de Sitâ: et à ce but je sacrifirais tout, jusqu’à ma vie. ’ Déjà je songeais à la soumettre: il me semblait que j’étais assez fort; et il m’arrivait, lorsque je la voyais pensive, à quelques pas de moi, les yeux à demi fermés, de tenter de lire dans sa pensée ou de la con traindre à s’imprégner de la mienne.
Oh ! que n’eussé-je fait pour pouvoir déchiffrer l’énigme qui se cachait sous ce front blanc, derrière ces yeux purs ! Mais en vain je concentrais, comme en un faisceau, toutes les énergies de ma volonté, il me semblait qu’elle fut entourée d’un cercle infranchissable, d’une armure sur laquelle ma force se repliait, comme ferait une tige de roseau sur une plaque d’acier.
Elle était avertie cependant de ma tentative, et elle tour— nait vers moi ses yeux surpris, rougissant comme si ma main eut efleuré la sienne: et moi, je pâlissais ayant honte de moi, vaincu par cette expression muette de reproche innocent. *
76 L’INITIATION Alors elle était protégée contre moi. Le sera-t—elle toujours? Non, non! car maintenant j’ai acquis toute la puissance ! , Oh ! si j’hésitais encore, si je reculais devant la lutte suprême, il me suffirait, pour vaincre mes scru pules, de me rappeler ce qui s’est passé en un jour maudit! Tous les trois, Sitâ, Georges et moi, nous étions réunis dans la bibliothèque.
Je lisais, comme le héros du Corbeau d’Edgar Poë —— quelques vieux livres de légendes oubliées. Georges écrivait. Sitâ, assise, son geait, la tète appuyée en arrière au dossier de son fauteuil, ses mains fines et blanches étendues sur ses genoux. Tout à coup — et ceci ne paraît un prodige qu’aux yeux des ignorants — de l’air qui était au-dessus de nous — et non même du plafond —des pétales de rose tombèrent en pluie sur elle.
Elle poussa un cri de surprise et se dressa. Déjà j’avais été témoin de phénomènes semblables, et je savais qu’ils ne se produisaient que lorsque un des Mahatmas de l’Inde — celui que Sitâ appelait son maître — l’avertissait de quelque communication prochaine. J’étais devenu livide, sentant au cœur une étreinte insupportable. Lentement, Sitâ s’était dirigée vers sa chambre et y était entrée. — Georges, m’écriai-je, que se passe-t—il? Je veux le savoir... j’ai peur... — Est—ce ce prétendu miracle qui t’inquiète? me
A BRULER 77 . _. . _,_._.. . . ,,,. ,_ répondit-il.Tes études ne t’ont—elles pas fait supérieur à la surprise.
Si par la télégraphie psychique les Mahatmas peuvent adresser, à travers l’espace, des paroles ou des messages à leurs disciples, pourquoi ne pourraient—ils pas leur envoyer des fleurs... — Mais je ne discute pas, je ne doute pas l... ——Ce qui te trouble, reprit Georges qui paraissait ne pas remarquer mon agitation, c’est que les Adeptes aient le pouvoir de faire passer la matière à travers la matière, des pétales de rose à travers des murailles.
Ne sais-tu pas que tout ce qui existe n’est qu’un agrégat de molécules infinitésimales dont la disso ciation momentanée est possible. Ce ne sont point les roses dans leur intégralité, qui_ont passé à tra vers les matériaux de cettemaison, mais les élé ments dissociés des fleurs que la volonté du Mahat ma a ensuite reconstitués...
Eh ! que m’importait tout cela I ce qui m’épouvan tait, c’était cette science même, le pouvoir que je sen tais suspendu autour de Sitâ, l’enveloppant, la péné— trant, la conquérant. Qu’était ma force à moi auprès de celle—là l Et j’avais la peur de la défaite, j’avais la haine de l’adversaire, de l’ennemi... Soudain Sitâ reparut. Jamais — non, jamais en vérité — elle n’avait été aussi idéalement belle.
Son vêtement lui-même me parut imprégné de lumière. En ces cheveux noirs, tordus sur son front, il y avait comme une-poussière de diamant... j’avais reculé, haletant, comme devant une apparition.
78 L’INITIATION Cette transfiguration sublime me terrifiait et me ravissait à la fois. Elle fit un pas vers moi et me tendit les mains... Et elle me dit: (Comment ne suis—je pas mort de l’entendre !) —— Réjouissez-vous, ami, car voici enfin que se réalise la grande joie si longtemps attendue. si pas sio‘nnément espérée.
Vous pouvez me rendre ce témoignage que je n’ai rien négligé de ce qui pouvait me rendre mes Maîtres favorables; mon frère et moi, dociles aux enseignements, nous nous sommes effor cés de conquérir le droit à la Science supérieure — non encore à l’initiation suprême, hélas! qui est donnée à si peu — mais du moins à l’accès du por tique du Temple de Vérité... et nos Maîtres, tant de fois sollicités, ont enfin répondu favorablement à nos respectueuses requêtes...
Je la regardais hagard, stupide comme un enfant auquel on parlerait une langue inconnue.
Elle continua, doucement, comme emportée dans un ravissement extatique : —— Je vais donc pouvoir, avec Georges, me dévouer tout entière à l’œuvre sublime qui doit établir la chaîne d’union entre le passé et l’avenir, entre l’Orient et l’Occident, entre notre civilisation incomplète et les sociétés futures, tenter d’atteindre le plan supé— rieur de la conscience, de la spiritualité; de m’élever jusqu’à Pranal... ô mon ami, mon frère, je vous ouvrirai la voie grande et large de la suprême vertu et qui sait si, un jour, vous-même ne serez pas appelé à nous rejoindre...
A BRULER 79 — Vous partez! m’écriai-je, ne trouvant que ce seul moyen qui se concentrait tout mon désespoir. — Demain, fit-elle simplement. — Vous partez ! répétai-je... pour quel pays P pour combien de temps 2’... , -—Dans deux jours, répliqua—t-elle, nous nous embar querons sur le paquebot qui nous transportera à Ma dras. Il ne m’est pas permis d’en dire davantage.
Le temps de notre absence? ajouta-t—elle avec un inef— fable sourire, que puis—je conjecturer? là-bas, dans les solitudes, où la Science pure règne en maîtresse, où il me sera donné peut-être de comprendre le sublime Secret de la Nature, de l’Unité, principe et but, point initial et final de l’être, où peut-être je verrai se ressouder, dans la magnifique synthèse du Tout, les Forces Èparses et Purifiées, obtiendrai-je de revenir, au milieu de mes Frères d’Occident, leur apporter un rayon de cette lumière.
Là est encore le doute, là est l’ultime angoisse. Mais j’obéirai à mes Maîtres l... Je ne dis rien encore, ayant à la gorge la poignante constriction de l’étouffement. Sitâ était debout, une main appuyée à la cheminée, grandie, divinisée, sublime. Elle adressa un signe à Georges qui sortit...
J’étais seul avec elle. ‘ " Alors, en un paroxysme de désespoir et de colère, tout mon être surexcité frissonna : je sentis une for midable poussée de sang monter de mon cœur, à tra vers ma poitrine, jusqu’à mon cerveau, et je criai : — Misér_ableüfemmel Ainsi vous osez me dire, à moi, que vous partez, que vous m’abandonnez, que l
80 L’INITIATION vous me délaissez! Mais, avec toute votre science fausse, avec toutes vos illusions démoniaques, vous n’avez donc rien compris, rien deviné !... Votre Science, l’Avenir de l’Humanité, l’Unité éternelle... est-ce que je sais rien de tout cela, moi l... Ma science, à moi, mon avenir, mon but... sur vous, vous seule! L’Alpha et l’Oméga de ma vie, c’est un mot, l’A mour !... Elle releva légèrement la tête, mais sans cesser de sourire.
Alors ma fureur s’accrut encore : — Oui, je vous aime! Je n’ai de pensées, je n’ai d’énergies, je n’ai de volonté que parce que je vous aime l... Et je ne sais quels sorciers hindous, charla tans ou escrocs, vous arracheraient à moi ! Ah! il y a donc là—bas aussi des captateurs de fortunes... Car vous êtes riche, parbleu ! et les monastères de l’Hi malaya ont désir de cette aubaine l... et vous croyez que je permettrai cela...
Puis, tout à coup, baissant la voix, je continuai d’un accent concentré, mes dents serrées laissant à peine filtrer ma voix sifilante : _ -—— Prenez garde. Sitâ, Sitâ, vous ne savez donc pas que, moi aussi, je suis fort, moi aussi je suis puis— sant... et si je le voulais l... Et disant cela, je mentais.
Car, encore une fois, au début de cet accès de rage, j’avais tenté de la sou mettre, et toute ma violence s’était brisée contre une enveloppe de marbre l... —- Eh bien, non, je ne menace pas, je suppliel... Sitâ, je vous donne ma vie, prenez-la... ehl que vous
A BRULER 81 importe la Science suprême !... il n’en est d’autre que d’aimer, que d’être aimé... il n’est pas vrai que vous aspiriez à 1’Eternel Nirvâna... Union de l’âme indi viduelle à l’âme universelle, qu’est cela au prix de l’union vraie, présente, active de deux âmes hu— mainesl... qu’est—ce que le Soi impersonnel auprès du Toi et du Moi, vivants et pensants!
Sitâ, je t’aime! je t’aime! ne me quitte pas, ne me chasse pas l... tu ne me réponds pas... tu veux partir! Eh bien l emmène-moi... je serai ton esclave, est—ce trop encore P ton chien ! Il me sembla qu’elle était ébranlée.
Alors, plus ardent encore, je repris : -— Aie pitié de moi, Sitâ !... reste, reste l... et d’aiL leurs, à ton intelligence si sûre et si fière, de pareilles jongleries ont-elles pû s’imposer!’ Que disent ces gens, qu’ils sont les gardiens de Sciences perdues? Quelles Sciences P De quelles sources émanent—elles P 115 sont doués de facultés qui nous semblent surpre— nantes... mais elles n’ont rien de surnaturel.
Ici même, par le travail, nous les conquierrons... oui, Sitâ, je le sais bien, moi qui déjà suis maître de la plupart de leurs secrets... laisse-là ces thaumaturges, évadés des anciens temples d’Eleusis, jongleurs qui n’en imposent qu’à l’ignorance... et cette puissance, en ce qu’elle a de réel, de pratique, nous la possède rons si complètement que par elle nous nous élève« rons au-dessus des foules stupides... nous serons maî tres des volontés, nous briserons toutes les résistances, aucun obstacle n’arrêtera notre essor... et nous agi rons comme ces hommes, que tu prétends si passion
82 L'INITIATION nés pour l’humanité et qui ne sont après tout que d’infâmes égoïstes... oui, égoïstes! Car, s’il est vrai qu’ils possèdent ces puissances, pourquoi la conser vent-ils pour eux seuls? Pourquoi s’ils trouvent en leur main la Vérité, cette main reste-t-elle obstiné ment fermée?
Orgueilleux et misanthropes, voilà ce qu’ils sont !... et ce sont ces êtres, affublés de noms sonores et grotesques, qui t’arracheraient à moi, qui me tueraient !... Sitâ, tu ne partiras pas! Elle était restée immobile, ne m’interrompant même pas d’un geste. Je m’étais arrêté, comme si, à la signification de ma volonté dernière, toute résistance eut été impos— sible.
Mais, en ce silence, sa voix s’éleva tout à coup, cette voix qui était sa plus grande force à elle, qui me Vainquait et me brisait : — Ami, dit—elle, je te pardonne... Vis et cherche la bonté. _ Et, sans ajouter un mot, elle se dirigea vers sa chambre. D’un bond je m’élançai devant elle, prêt à toutes les violences, les bras tendus pour l’arrêter, pour la sai sir, pour l’emporter peut—être...
Mais, sans que sa main me touchât, sans que sa robe même m’eut effleuré, je me sentis contraint de, reculer, et je la vis passer devant moi, attristée, jus-, qu’à la porte qui s’ouvrit et se referma sur elle. J Et je me ruai sur cette porte, la martelant de mes poings, follement, rageusement, criant, appelant, râlant!
A BRULER 83 Mais soudain, je sentis une main se poser sur mon épaule. Je me retournai brusquement. Un homme était devant moi que je ne connaissais pas, grand, le teint brun, dans la force de l’âge. Je devinai — instantanément — que c’était là le ravisseur de Sitâ! Cqmment était—i1 entré ? Par quelle issue? Je n’avais rien vu, rien entendu!
Que m’im portait d’ailleurs! c’était l’ennemi, c’était le Mage maudit dont la puissance infernale brisait ma vie... Au paroxysme de la fureur, je fis un mouvement pour bondir sur lui: —- Mon frère, dit—i1...
Et à ce mot, et au son de cette voix, à je ne sa13 quelle vibration qui se produisit dans mon cerveau, je sentis, avec une soudaineté stupéfiante, mes nerfs se détendre, ma colère s’apaiser, mes surexcitations s’émietter en quelque sorte, et, tout le temps qu’il parla, je restai debout, immobile, respectueux,vaincu, Sans combattre, engourdi dans une soum_isson accep‘ tée: — Mon frère, me dit—i1 de nouveau, vous êtes au seuil du Mal. Ecoutez—moi.
Je veux, en quelque mots, vous initier à la vérité. Vous êtes l’outil courbé que je veux redresser et tenter d’utiliser pour l’œuvre du Bien. En nous vous ne voyez que la science. Vous vous trompez. En nous, vous voyez des magi« ciens. Vous vous trompez. Vous nous accusez d’égoïsme. Vous vous trompez. ' « En des temps dont l’éloignement dans le passé vous paraîtrait invraisemblable, il exista une autre
84 L’INITIATION civilisation que celle-ci. Vos poètes l’ont devinée, vos philosophes en ont retrouvé le souvenir. Platon et Hérodote ont nommé l’Atlantide. Récemment encore vos savants retrouvaient sur votre sol même les preuves indéniables de l’existence d’un continent qui reliait l’Europe à l’Amérique...
Supposez un instant que ce continent —— Atlantide ou de quelque nom qu’on le nomme — ait existé, que là des êtres, des hommes aient vécu pendant une période de siècles auprès de laquelle ce que vous appelez les temps historiques valent à peine une heure...
Supposez en core que ces hommes aient joui d’une civilisation supérieure à celle dont vous vous enorgueillissez, égale par exemple à celle dont jouiront vos succes seurs sur cette terre dans dix ou vingt mille annése...
Car pourquoi limiteriez vous le Futur P... supposez toujours que ces forces que vous connaissez, chaleur, électricité, lumière aient été étudiées, analysées jusqu’à la découverte de la Force première qui estleur essence. . que ces autres manifestations phénçmènales que vous groupez sous le nom d’hypnotisme, de magnétisme, d’action suggestive, aient été reconnues dans leur principe... que toutes ces puissances, dont les unes sont physiques, au sens actuel du mot, et dont les autres sont immatérielles — toujours selon votre langue moderne — soient résumées en une force unique, pareille à celle que Bulwer a désignée sous le nom fantastique de Vril, dans son livre la ‘Race future. -— Supposez enfin que tout à coup un épou vantable cataclysme cosmique engloutisse les terres habitées, bouleverse les continents, détruise la race
A BRULER 85 humaine... alors que resterait-il de votre‘civilisation, si parfaite qu’elle fût ! Rien que le silence et l’oubli... « Mais alors, supposez de nouveau que quelques hommes aient échappé à ce cataclysme et soient seuls par conséquent, en possession des secrets de cette civilisation perfectionnée? Autour d’eux l’évolution recommencerait, lente, mesurée, cherchant sa voie.
Viendraient—ils mettre au service de cette race nouvelle, enfantine, ignorante, peureuse, la science, terrible alors et efi‘royablement dangereuse, dont ils seraient restés les uniques détenteurs. Ne concevriez-‘ vous pas comme un crime odieux de mettre une cartouche de mélinite aux mains d’un enfant? « Non, ces hommes ne livreraient aucun secret.
Patiemment, à travers les siècles, dans le silence et la méditation, ils conserveraient et se transmettraient le mystère de la force psychique, du Vril, si cette expresSion sans signification précise vous paraît plus acceptable.
De descendants en descendants, de disci ples à maîtres, d’élèves à initiés, de sages à Mahatmas, il s’imposeraient la tâche aride et vraiment humaine, d’attendre l’heure où il sera possible de remettre aux mains de l’Humanité, l’héritage de ses pères, intact « Pourquoi, demandiez-vous tout à l’heure à celle que nous avons jugée digne d’être une des héritières et des gardiennes de secrets du passé, pourquoi ne les livrons-nous pas hardiment, franchement, à tous, en plein soleil!
Par orgueil? N ’aurions—nous pas au contraire, dans l’étalage vaniteux de nos connais sances, mille occasions de provoquer l’étonnement et de conquérir la gloire l...
86 L’INITIATION .-z-___— « Par misanthropie ! c’est le contraire qui est vrai... - « Car nous refusons de vous livrer la puissance, à vous qui n’en feriez usage que pour la satisfaction de passions égoïstes... osez dire le contraire, vous qui sacrifieriez l’humanitéà un de vos caprices... qui s’en emparerait? les exploiteurs qui y trouveraient un moyen nouveau d’écraser les petits et d’opprimer les faibles !
' « Est-ce à dire que nous prétendions à jamais les garder? Non point, car nous ne sommes que des dépositaires, mais dépositaires fidèles. Dès que la civilisation, répudiant ses traditions de violence et d’oppression, sera entrée dans la Voie de l’Humanité vraie , de l’accession de tous au bien—être, de l’altruisme raisonné, nous n’attendrons pas une heure pour remettre aux hommes le dépôt que nous aurons fidèlement conservé!
« Et alors même, ce ne sera pas sans quelque eflroi: car c’est par l’exercice excessif de ces forces même, dont nous révélerons tout le secret, que l’ancienne civilisation a péri. Mais nous espérons en la Justice Eternelle qui est l’Equilibre. « Encore un mot; les temps de la révélation, pour n’être pas immédiats, se rapprochent néanmoins ; c’est pourquoi depuis quelques années, nous consen tons à ce que quelques disciples viennent à nous.
Mais avec quelles précautions! Celui que nous appe— lons Chéla — l’élève — doit successivement renoncer à toutes passions égoïstes, éteindre en lui jusqu’au désir même de la gloire, de la fortune, du bonheur
A BRULER 87 matériel. Le renoncement n’est rien, si le regret peut subsister. Alors seulement, quand nous avons acquis la preuve, que des forces révélées, l’initié ne fera usage que pour le bien de l’humanité tout entière, nous entr’ouvrons la porte du temple. ' « M’avez—vous bien compris, mon frère ?
Si parfois nous permettons qu’une manifestation surprenante— en l’état de vos connaissances —— vienne attirer l’at— tention des hommes, nous ne le faisons qu’avec une extrême prudence et en faveur de ceux en qui nous espérons trouver plus tard des collaborateurs ' dévoués, et imprégnés du seul amour de l’Humanité.
« Certains hommes, comme vous, sont doués de facultés qui leur rendraient plus facile, plus com— 'préhensible, l’étude de nos mystères. Mais le plus souvent, ils s’enorgueillissent de ce qu’ils appellent leur force — infiniment petite émanation de la Force Vraie —— et n’ont ni la Bonté ni la Patience. Ils restent ce qu’ils sont, de simples étrangetés pas— sagères.
Vous même. mon frère, prenez-y garde, vous êtes arrivé à la connaissance du second degré du septenaire humain —— à ce que vous appelez le corps astral. Certes il y a lieu d’estimer en vous la persévérance et la méthode de l’effort. Si vous per sistez, vous parviendrez à développer en votre corps astral des facultés de motilité, d’action même, que vous considérerez comme une puissance.
Mais à quoi l’emploierez vous, sinon à satisfaire votre Tanha, votre désir inassouvi de vivre en votre égoïsme... Prenez garde que cette force, inhabilement maniée, se retourne contre vous et ne fasse votre perte.
88 L’INITIATION «J’ai dit. Votre soumissron même à m'entendre prouve — à vos yeux —— que nous avons le pouvoir du bien, et aussi la volonté, Adieu, mon frère. Sitâ et son frère viennent avec moi vers les régions de Science. J’ai l’espoir qu’ils reviendront un jour_porter dans le monde la parole d’universelle Charité. Nous serons heureux que vous soyez digne de les suivre...
« Et maintenant, allez et dormez l » XI Trois ans se sont écoulés, trois ans pendant les quels j’ai souffert toutes les tortures. Je ne suis pas un sage. Je suis un être vivant et vibrant en qui la passion prend des intensités effrayantes. J’étais revenu à moi trois jours après que l’être mystérieux avait prononcé ses dernières paroles qui étaient un ordre.
Ah! il était plus fort que moi, initié à toutes les actions psychiques et il avait eu raison de mes résistances plus facilement que si j’eusse été un enfant. JULES LERMINA. (Lafin au prochain numéro.) LES ÉT@lLES &YANT pris en sa droite auguste et redoutable .3 On ne sait quel douxfeu quiparaissait vivant,
BIBLIOGRAPHIE 89' Iehova, radieux, plongeant dans l’insondable, Anima le chaos de son souffle, le vent. Parcourant l’infim, le néant formidable, Il allait, Lui, l’auteur des avenirs, rêvant A ce qui guiderait le roi mage à l’étable Quand viendrait Celui—là devant naître au Levant.
Afin que le grand Tout soit l’âme de son âme, Afin que ciel et cœurs s’embrasent à sa flamme, Sa main s‘ouvre et répand des trésors inouïs ; L’ombre s’émeut, sentant se déchirer ses voiles Et les anges, muets, regardent, éblouis, Dieu traverser l’espace en semant les étoiles. JULES DE MARTHOLD. ramocaaeama Baleni (Eclairs) di ALFREDO PIoDA F. T. S. -— Fireuze, tipogr. Barbera, 1889.
Ce charmant petit volume de vers est précédé d’une préface qui résume les idées théosophiques de l’ordre le plus élevé. Quoiqu’il ne soit pas facile de tronquer cet exposé d’une si grande concision sans le défigurer, nous allons tâcher d’en donner un aperçu, afin de montrer à mes lecteurs comment on entend la théosophie à Flo rence, et de les engager à lire l’ouvrage même.
La théosophie enseigne qu’il n’y a qu’une réalité, dont le monde sensible est une manifestation passagère, réalité appelée l'absolue, l’inconnaissable, parce qu’elle
go L'INITIATION estindépendante des conditions de notre connaissance. L’absolu a deux mouvements. inconnus en eux-mêmes, mais démontrés par leurs eflets, mouvements de flux et de reflux. Cet absolu (le moteur immobile d’Aristote), est le vivificateur de toute chose ;tous les êtres de l’Univers en possèdent une étincelle.
De son flux et reflux résultent la vie et la mort, la veille et le sommeil, l'inspiration et l’expiration, la diastole et la systole, etc. Il y a trois principes constitutifs de l’Univers et de l’homme: le corps, l’âme et l’esprit; à ces trois prin cipes correspondent trois mondes : le matériel, l’astral et le spirituel.
Les sens proprement dits ne perçoivent que le premier ; mais les sens correspondant aux deux autres sont latents en nous ; latents plus ou moins, de sorte que certaines personnes, les médiums, naturelle ment ou artificiellement, peuvent percevoir des éclairs du monde occulte et nous en faire part.
De la le titre : Eclairs du présent recueil de poésies qui nous font entrevoir les horizons du monde astral et du monde spirituel et dans lesquelles l'auteur a esquissé les principaux traits de la doctrine théosophique, qui est la clef des mondes invisibles. Ces gracieuses poésies perdraient-elles en passant de la langue de Pétrarque dans la nôtre ?
Quoi qu'il en soit, nous gagnerions, nous, à ce qu’elles soient traduites en français, et nous ne saurions trop engager nos poètesà s’inspirer de ces éclairs. En attendant, nous félicitons M. Alfredo Pioda de nous avoir décrit si délicatement et si délicieusement l’espace, la vie, l’amour et l’espé =rance. . ROUXEL. N©UVEJLLËS DIVERSES DEUX NOUVELLES REVUES Deux revues fort importantes au point de vue de
NOUVELLES DIVERSES 9 I I’Etude de la Science occulte ont fait leur apparition en mars : ce sont la Revue Théosophique et l’Etoile. LA REVUE THÉOSOPHIQUE Depuis que le Lotus a cessé d'être une revue théoso phique par suite de certains incidents qu’il est inutile pour nous de discuter pour le moment, il n’y avait plus en France de revue s’occupant exclusivement de ce genre d’idées.
L’Initiation ouvrait ses colonnes aux comptes rendus de la Société Théosophique ; mais au même titre qu’à ceux de toute autre société s’occupant d’occulti5me, car l'Initiation est avant tout indépendante et représente la synthèse de toutes les écoles sans vou loir être spécialement inféodée à aucune.
Aussi c’est avec une joie véritable que nous avons vu paraître la Revue Thé050phique dirigée par Mm la comtesse d’A dhémar et ayant comme rédacteur en chefMe H. P. Bla— vatsky. Ces noms et surtout le dernier indiquent assez l’intérêt que ne peut manquer de présenter cette publi cation qui vient combler une lacune véritable.
Désor mais 1a Théosophie possède un organe officiel et ceux de nos lecteurs qui s’intéressent à ces doctrines spéciales ne peuvent manquer de lui faire bon accueil. Le premier numéro est très bien fait. Il se distingue particulièrement par des articles fort beaux annonçant la tolérance absolue que compte pratiquer cette Revue.
Grâce à la comtesse d’Adhémar, nous allons enfin pou voir voir la Théosophie sous un autre jour que des polé miques violentes et des discussions stériles. Voici le sommaire de ce numéro : Avant-propos, Comtesse G. d'Adhémar (M. S. T.) Le Cycle nouveau, H. P. Blavatsky (M. S. T.) Le Bouddhisme ésotérique d’après Sinnett, Herme‘s (M. S. T.) Le sens du cachet de la Société théosophi— * que, Papus (M. S.
T.) L’art divinatoire chez les Chal déens, Adar. Résumé de la doctrine secrète, Fawcet (M. S. T.) La doctrine secrète, H. P. Blavatsky. Bibliographie: Les Origines et les Fins. Nouvelles diverses.
92 L’INITIATION "‘“——-—-‘w—-——- v«"‘r -:-— 4 4 —-* L’É TOILE Plus modeste comme aspect que la Revue Théoso phique, l’Etoile n’en promet pas moins d’être fort inté ressante. Le nom de son fondateur A. Jhouney, de son directeur René Caillie’ et de ses rédacteurs Stanislas de Guaita et l’abbé Roca indiquent assez l’école spéciale que représente cette revue.
C’est la Kabbale considérée dans ses relations avec l’ésotérisme chrétien qu’expe sera surtout l’Etoile. Son premier numéro annonce déjà, par une petite note placée dans le corps d’un article d’Alb. Jhouney (1) que les doctrines théosophiques pour raient bien avoir maille à partir avec la rédaction de l’Etoile.
La Revue Théosophique arrive donc bien à propos et il sera fort intéressant de voir les deux écoles exposer leur manière particulière de concevoir l'unique vérité. Le premier numéro de l’Etoile contient : Un article préface de René Caillie’. Une étude de l’abbé Roca à propos de ses démêlés avec l’évêque de Perpignan. Un article de Jhouney sur le Pentagramme, un autre sur la philosophie ésotérique.
Une poésie d’un souffle très élevé de Stanislas de Guaita. Un dessin représentant le Pentagramme, et tiré d’Eliphas Le’vi plus une adjonction de l’Oupoôopoa, orne la première page de cette nouvelle publication. * 21-4 Dans son article de la Revue Théosophigue M° H. P. Blavatsky parle en termes mystérieux des rela tions de l’année 1889 avec certain nom divin révélé aux occultistes contemporains récemment.
Voici l’explication de ce mystère : La somme des chiffres de 1889 r + 8 + 8 + 9 = 26; (r) Celte note est ainsi conçue :Erreur du Neo-Boudhiæme. .,-u;, "‘13
‘59;r.. . "\. ‘ ‘ NOUVELLES DIVERSES 93 26 correspond à la somme du nombre des lettres du nom sacré IEVE (mm) ; iod (I) : IO he (F!) = 5 van (1) : 6 hé (n) : 5 Total: 26 Le cartomancien Etteila a fait des rapprochements intéressants de ce nombre et des applications multiples auxquelles il peut donner lieu.
Le Tarot des Bohémiens donnant la clef absolue de la Science occulte est du reste basé sur le nom sacré IEVE (I). * «V-’l C’est par suite d’une erreur que le nom de notre col. laborateur G.
Polti se trouve au bas du compte rendu bibliographique de l’ouvrage : les Dualités de l’espace. * ’A* C’est aussi par erreur que le dernier numéro de l’Inù tiation ne contenait aucune note àpropos de la Nouvelle ésotérique de Jules Lermina que nous terminerons dans le prochain numéro.
'*« Nous tenons à remercier publiquement le célèbre romancier, au nom de l’Initiation et de beaucoup de ses lecteurs, de l’honneur qu’il a bien voulu nous faire en choisissant notre Revue pour faire connaître un de ses plus intéressants travaux sur la Science occulte, A Brûler renferme plus de données ésotériques dans sa forme attrayante que beaucoup de gros et indigestes volumes.
Cette Nouvelle paraîtra du reste prochaine— ment en brochure. (1) Ce volume sur le Tarot de près de 300 gages grand in-8 avec nom. breuses planches hors_texte est sous presse. 1 paraîtra dans un mois et demi environ chez l‘éditeur Carré. '
94 ' L’INITIATION LIVRES BEÇUS A L’INITIATION Nous conseillons vivement à tous les occultistes de lire Un Caractère, par LOUIS HENNIQUE, qui vient de paraître (3 fr. 50, chez Tresse, Palais-Royal). Nous don nerons du reste bientôt un compte rendu détaillé de ce livre vraiment remarquable. PÉRIODIQUES REÇUS A L’INITIATION PHILOSOPHIE L'Etoile. Fondateur Alb. Jhouney. Directeur RENÉ CAIL LIÉ. Mensuel. — Abonnement: 7 fr. à Avignon.
La Religion Laïque. 3, rue Mercœur, Nantes.—Abon nement: 3 francs par an. Philosophie 'générale des étudiants Swédenhorgiens libres. Trimestrielle. M. LECOMTE, à Noisy-le-Sec. — Abonnement : 4 francs. Le Devoir. Revue des questions sociales, à Guise Aisne). — Abonnement: 10 francs. (Recommandée.) Les Sciences mystérieuses, [7, rue des Fabriques. Bruxelles. Le Lotus, 22, r. de la Tour-d’Auvergne. Mensuel. »—Abon.: 12 fr. Le Magicien.
Directrice: Mm LOUIS MOND, I4, rue Terme, Lyon. Revue théurgique, dirigée par le zouave JACOB. THÉOSOPHIE La Revue Théosophique.Directricez COMTESSE D’ADHÉ MAR. Rédacteur en chef: H. P. BLAVATSKY, 73, Bd Haussmann, Paris. Mensuelle. — Abonnement : 12 fr. L’Aurore. Sous la direction de LADY CAITHNESS, duchesse de Pomar, présidente de la Société Théo
PÉRIODIQUES 95 sophique d’0rient et d’0ccident. Mensuel, 58, rue Saint—André-des-Art5. — Abonnement: 15 fr. Le Lucifer. Dirigé par Mme BLAVATSKY et MABEL COLLINS. Texte anglais. Mensuel. Londres, 15, Duke Street Ade1phi. The Theosophist. La plus ancienne et la plus im—. _portante des Revues théosophiques. Texte anglais. Adyar (Madras). Indes Anglaises. — Abonnement: 25 francs. Le Sphinx. à Leipsig (Allemagne). Texte allemand.
Directeur: HÜBBE SCHLEIDEN. FRANC - MAÇONNERIE La Chaîne d’Union de Paris. Journal de la Maçonnerie universelle. 24° année, novembre 1888. ( Recom. mandée.) \ Bulletin Maçonnique de la Grande Loge symbolique Boom saise. Paris, rue Mange, 29. — France : un an: 6 fr. Le Monde Maçonnique, 32, rue Perronnet (Neuilly). — Abonnement : 12 francs par an. MAGNÈT18ME Journal du Magnétisme, Directeur: H. DURVILLE, 23 rue St—Merri, Paris.
Le Magnétisme, revue générale par DONATO. La Chaîne Magnétique. Directeur: L. AUFF1NGER, 15’, rue du Four—St—Germain, Paris. SPIRITISME La Revue Spirite, journal d’études psychologiques (hi-mensuel), I, rue Chabanais. -— Abonnement: 10 fr. Le Spiritisme (bi-mensuel), 39, passage Choiseul. — Abonnement: 5 francs. La Lumière. Directrice: Mme Lucie GRANGE, 35, bou-. levard Montmorency, Paris—Auteui1.— Abonnement: 7 francs.
96 L’INITIATION La Vie posthume, 27, rue Thiers (Marseille).— Abon nement : 6 francs. Moniteur Spirite et Magnétique (mensuel), 71, rue Bosquet-Saint-Gilles, Bruxelles. — 2 fr. 50 par an. Lu, 142, casilla Postale, Roma. —— I5 fr. par au. La Illustracion Espirita. Directeurs : Rnrucro I Gou. ZALEZ, 4, Caile-de-Leandro—Valle, Madrid. Mensuel. — 0 fr. 50 le numéro. LITTÉRATURE La Revue de Famille, publication bi-mensuelle.
Direc teur :JULES SIMON. —— Administrateur: TONY BOREL. — Abonnement :_ 40 fr. par an. Editée par E. TESTARD ET C“, 10,.rue de Condé, Paris. — Superbe publication grand in-8. (Recommandée) La Tribune Populaire. 57, rue Lepic, Paris. — Abon nements: un an, 8 fr. La Revue Française, organe mensuel des concours poétiques du Midi. AgenI 6, rue Puits-du-Saumon. — Abonnement : 10 fr. Le Mirliton.
Directeur : ARISTIDE BRUANT, 84, boule vard Rochechouart, Paris. — Hebdomadaire, 10 francs par an. Le Panthéon du Mérite. 9, rue Guy-de-la-Brosse. Paris. Bi-Mensuel. Directeur: H. lssanchou. L'Année dans un fauteuil. Revue mensuelle de grand format illustrée, le numéro 2 fr. 50. —- Maurice Magnier, éditeur. II, rue des Pyramides, Paris. — Directeur: JULES DE MARTHOLD. - Abonnement: 28 fr. par an. (Recommandée.) "' Le Gérant : ENCAUSSE. Touts, 131?. !- ARRAULT 31‘ cu:, RUE: DE LA PRÉFECTURE, 6
AVIS A NOS LECTEURS Nous avons fait subir à la Revue queques légères modi fications dans la disposition de la couverture. Ces modifications commencent avec le troisième volume de l’Initiati0n. Nous pouvons maintenant donner le Sommaire en tête de la Revue, ce qui facilitera beaucoup les recherches.
Nous ajoutons, en outre, quelques renseignements fort utiles qui nous sont demandés depuis longtemps par nos abonnés et nos lecteurs, sur les livres à consulter pour étudier la Science Occulte, sur: le but et l'organisation de la Revue, etc., etc. ' Nous prions tous ceux qui auraient des observations à nous faire, ou des idées à nous exposer, de vouloir bien écrire au directeur de la Revue.
Les avis des abonnés et des lecteurs sont toujours pris en sérieuse considération par la Direction. AVIS IMPORTANT Nous allons bientôt commencer (peubêtre dans le prochain numéro), une analyse de la Doctrine Secrète, de H.-P. Blavatsky, par notre éminent rédacteur F.-CH. BARLET PRIME Par suite d’un accident arrivé pendant le tirage de la der nière prime de l’Initiation (le Tarot), nous ne pouvons la donner à nos abonnés que dans ce numéro. Nous les prions d’excuser ce retard.
LECTURES UTILES POUR L’INITIATION Beaucoup de nos lecteurs nous demandent les ouvrages qu’il faut lire pour acquérir une connaissance générale de la Science Occulte. Il est très difficile de répondre à cette demande d’une manière absolue; nous allons toutefois donner quelques rensei gnements à ce sujet.
Les personnes qui ne veulent qu'avoir une teinte générale de cette question sans avoir le temps de beaucoup lire suivront avec fruit la progression suivante dans leur lecture: I. Zanoni, par Bulwer Lytton (traduction française.) — 2. Traité élémentaire de Science Occulte, par Papus. — La Science Occulte, par Dramard. -— 4. Crookes, Recherches sur la Force psychique. -— A Brûler, par Jules Lermina.
Les lecteurs qui veulent approfondir davantage ces questions peuvent ajouter à ces ouvrages les suivants: La Science du Vrai, par Delaage. — Au seuil du Mystère (2° édition), par Stanislas de Guaita. — Le Tarot des Bohémiens, par Papus. — Histoire de la Magie, d’Eliphas Lévi. —— Mission des Juifs, de Saint-Yves d’Alveydre. —- Collection de l’Initiati0n et du Lotus. — La Messe et ses Mystères, par Ragon.
Enfin les travailleurs consciencieux qui voudront pousser leur étude encore plus loin, choisiront dans le tableau suivant divisé en trois degrés. Les ouvrages sont d’autant plus techniques que le degré est plus élevé. Nous n’avons cité que les livres qu’on peut se procurer en librairie et qui sont écrits en français. Sans quoi un volume ne serait pas de trop pour tous les ouvrages utiles: PREMIER DEGRÉ, -—— (Littéraire).
Spirite, par Théophile Gau— thier. — Louis Lambert. Seraphitus Seraphita, par Balzac. — Le Vice Suprême, par Joséphin Péladan. DEUXIÈME DEGRÉ. — Eurêka, par Edgard Poë. — Fragments de Théosophie Occulte, par Lady Caithness. — Les Grands Mystères, par Eugène Nus. — Voyages dans l’Inde, de Jacolliot. -— Le Spi ritisme, par le Docteur Gibier. — Force psychique, par Yveling Rambaud.
TROISIÈME DEGRÉ. — Clef des Grands Mystères, par Eliphas Lévi. — Dogme et Rituel de Haute Magie (du même). —- La Science des Esprits (du même). — Le Sep/ter Jésirah, par Papus. -— La Théorie des Tempéraments, par Polti et Gary. — La Chimie Nouvelle, par Louis Lucas, etc., etc. On trouvera des listes complémentaires dans ces mêmes ouvrages et surtout à la fin du traité de Papus. \"rr\æxI.’éditeur CARRÉ Se charge de procurer tous ces ouvrages franco, au prix marqué de chacun d‘eux.
WI-q-a-â__ ......—. —- ..., w vr: M n _ - , - . _ . L’I N I TIAT I O N (””%’l’iiä"”’) RÉDACTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . c A. R. R É DIRECTEUR: PAPUS 58, rue Saint—A ndré—des-A rts Rédacteur en chef: ‘ George MONTIERE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 ‘1’ CH. BARLET. — J. LEJAY ÉTRANGER, —' 12 fr.
RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. —- Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires Sera sûrement annoncé et analysé s’il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. -—- Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement. AVANTAGES DES ABONNÉS. — Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l’Initiation. Chacune de ces primes représente a elle seule la valeur du numéro.
L’Initintion paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d’un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 8° page).
PRINCIPALES MAISONS VENDANT L’INITIATION AU NUMÉRO LIBRAIRIES C. MARPON ET E. FLAMMARION 14, rue Auber LEL1É G E 015 Rue de Marengo de l'Odéon des Italiens gérant Galeries 12, Boulevard I Remise de 15 à 20 010 sur les prix des éditeurs C O L I N S 6 , rue de la Sorbonne. Cabinet de Lecture S E V I N <oulevard des Italiens.
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