The text
P A R T IE I N I T I A T I Q U E Déclaration a ms lecteurs e t a ms A3ùmms 'id ée qui a présidé à la fondation de l'Initiation est la Tolérance absolue pour toutes les écoles s’occupant plus ou moins des sujets de Haute Philo sophie et d’Occultisme. Devant le sectarisme sans cesse grandissant, qui menaçait de transformer en ennemis les écrivains et les penseurs poursuivant un même but, nous avons voulu faire œuvre de conciliation et de synthèse.
Nous avons voulu montrer aux membres de la Société Théosophique, aux Labbalislcs occidentaux, aux fervents du Spiritisme, du Magnétisme ou des autres branches de l’Occultisme, qu’une doctrine iden tique par beaucoup de points les rassemblait tous dans un même but.
Les questions de personnes ont malheureusement trop souvent le pas sur les ques tions de doctrines et c’est là qu'il faut chercher la cause véritable des dissensions qui partagent en sectes 4
L INITIATION 98 souvent irréconciliables, toutes les petites chapelles passées, présentes et à venir. Voilà pourquoi nous avons fait appel à toutes les écoles en fondant l’Initiation, et nous sommes heu reux de constater l’empressement avec lequel écrivains et public ont répondu à notre attente.
L’indépendance absolue garantie à tous les rédac teurs a permis de grouper dans un même organe des Théosophes et des Spirites, des Philosophes et des Magnétiseurs en compagnie de littérateurs et de poètes tous déjà connus et beaucoup déjà célèbres. C’est qu'il s’agissait d’idées et non de Personnes, de Doctrines et non de Dogmes.
L’indépendance a quelquefois ses désagréments et chaque éccle n’a pas manqué de protester contre une Revue qui laissait place aux autres idées. La Société Théosophiquc nous a dit que nous n’étions pas assez exclusivement théosophe, les Spirites nous ont accusé de l’être trop, les Catholiques nous ont soupçonné de trop de Franc-Maçonnerie et les Francs-Maçons de trop de Catholicisme.
Nous sommes indépendants, voilà tout, c’est là notre seule raison d’être et nous pouvons être fiers d’avoir atteint notre but. Mais, une conséquence plus grave de l’indépendance, c’est l’hésitation du Public à se faire une opinion devant les déclarations, identiques sur le fond quoique différentes dans la forme, des diverses écoles.
L’Initiation consiste cependant à fournir des éléments de travail que l’initié développe ensuite d’après scs seules forces et suivant ses désirs; mais le Public, sauf de rares exceptions, n’aime guère travailler et
DKCLARATION 99 cherche à acquérir de nouvelles connaissances le plus agréablement qu'il peut. Nous tenons à honneur de le contenter et pour cela deux moyens nous sont offerts.
D’abord de réunir le comité de rédaction de l'Ini tiation, composé d’écrivains français connus et appré ciés par le public, et de transformer ce comité en petit tribunal dogmatique qui ajouterait des notes dans le texte des auteurs dont l’opinion serait diffé rente de celle du comité.
Ce procédé est déplorable au premier chef; d’abord parce qu’il supprime du coup la raison d’ètre de la Revue : l’Indépendance ; ensuite parce qu’il crée un inconvénient encore plus grave. Celui qui met les notes, n’a, le plus souvent, jamais lu les ouvrages sur lesquels s'appuie l’auteur dans scs déductions, ce qui le porte à commettre des erreurs dont est coutumière certaine Revue dont c’est là le procédé.
Outre l'indélicatesse de l’action, cela crée des froisse ments entre l’auteur et la Revue d’où résultent des polémiques, prenant de la place et fatiguant le public qui achète un journal pour s’instruire et non pour assister à une scène de pugilat épistolaire. Voilà pourquoi nous éviterons toujours les polé miques et, si nous sommes obligés d’en venir là, nous les reléguerons dans le petit texte, tout au bout de la Revue.
Le procédé des notes dans le texte est donc impra ticable et force nous est d’en chercher un autre. Après réflexion, nous avons écarté de même l’idée de faire suivre d’articles rectificatifs les travaux de
ÎOO l' initiation nos rédacteurs qui ne cadreraient pas avec nos idées personnelles, ce système enlevant aussi toute indé pendance à la Revue.
Nous croyons avoir résolu toutes les difficultés du problème par la création d’une nouvelle partie de la Revue, intitulée PARTIE INITIATIQUE La partie initiatique, placée en tète de la Revue, traitera de Y Initiation sous toutes scs formes, histoire, traditions, enseignements, etc., mais au point de vue des idées spéciales des rédacteurs unis par une même doctrine.
Ainsi sera réalisée la promesse que nous avons faite d’ouvrir un cours de science o c c u lte aussi clair que possible. Cette partie seule de la Revue sera réservée aux développements doctrinaires et la Partie Philosophique et Scientifique constituera comme avant une véritable tribune libre où toute indépendance sera assurée aux rédacteurs. Ainsi se trouvent conciliés les intérêts du public et la liberté des écrivains.
Nous demandons pardon à nos lecteurs et à nos abonnés de les avoir entretenus de nos questions d’ordre intérieur; mais ils comprendront sans doute la nécessité où nous étions de le faire. Nous ne pouvons terminer sans remercier tous ceux qui s’intéressent à notre œuvre du chaleureux accueil qu’ils ont tien voulu lui faire. Grâce à eux nous avons fait beaucoup; mais avec leur concours nous pouvons encore mieux faire. Que chaque lecteur, que chaque abonné, prenne à cœur de répandre Y Initiation
DECLARATION IOI de son mieux. Il s’agit ici d’idées et non d'argenl, car on comprend facilement que ces sortes de publica tions coûtent presque toujours beaucoup plus quelles ne rapportent et notre intention n’est pas de faire une affaire commerciale. Nous désirons avant tout ren forcer l'armée nombreuse de tous ceux qui luttent contre les fausses conclusions du Matérialisme déjà bien ébranlé.
C’est une couvre de synthèse que nous avons entreprise, et dans ce groupement de tous les penseurs contre l’ennemi commun, il ne doit plus y avoir ni Kabbalistes, ni Théosophes, ni Spirites, ni Magnétiseurs, il ne doit exister qu'une seule et même armée d’écrivains, résolus à combattre de toutes leurs forces les conséquences sectaires et démoralisantes du Matérialisme sous toutes ses formes!
C’est à cette renaissance des idées philosophiques que nous con vions tous ceux qui s’intéressent à notre entreprise. Nous avons montré le chemin ; quelle que soit maintenant la longueur de notre carrière nous aurons du moins la certitude d'avoir poursuivi sans faillir la réalisation de notre but.
Nous avons confiance dans les nombreuses sympathies qui nous entourent et nous sommes persuadés que tous ceux qui com prennent l’importance de ce mouvement, qui s’accroît chaque jour davantage, ne manqueront pas de le répandre de leur mieux. Que chacun prenne confiance et s’unisse de cœur et d’action avec nous tous et nous sommes sûrs d’at teindre au but sans tarder. Détruisons la haine religieuse en dévoilant I'lnité de tous les cultes dans une seule Religion; détruisons
l’initiation la haine philosophique en proclamant I’unité de toutes les doctrines dans une même Science. Groupons-nous, écrivains et lecteurs, dans la pour suite de la Vérité et puissions-nous un jour inscrire au fronton de notre œuvre cette belle parole de Morin : A CEUX QUI, FATIGUÉS D'APPRENDRE, DÉSIRENT ENFIN SAVOIR ! La Direction : K.-Ch. B a r le t (M. S. T.) S ta n isla s de G iia ita (.Cj) G. M oNTIÈRE (i|r) pAPUS (S.’. I.*.).
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE $ a $ iyinatiûn Artificielle jl^vE concert avec Cicéron et avec toute l’antiquité (g ÿ nous avons distingué deux espèces de divination: l'une qui tient de l'art et l’autre qui en est dépour vue. Dans celle-ci. l’âme est passive, du moins rclativcvement au monde extérieur : si elle agit c'est par le moyen d'une faculté qui lui est propre, mais qui dif fère essentiellement des facultés qu'elle emploie pour acquérir la connaissance des choses qui tombent sous les sens. Dans la divination artificielle, qui va faire l’objet de la présente étude, l’esprit est actif: il use de ses facultés naturelles, qui se réduisent, comme on sait, à la ratiotination.' Toutefois, quoique dans le cas présent l'art inter vienne, la nature y prend encore une certaine part, et même la meilleure. L'interprétation des inspirations et des révélations n'est pas uniquement du resso
l’initiation 10 4 la raison ; s’il en était ainsi, tout le monde pourrait devenir devin. Or, l’expérience prouve le contraire.
Nous avons à considérer dans la divination artifi cielle : i° les moyens et procédés que l'artiste emploie pour obtenir des inspirations; 2° l'interprétation des révélations naturelles (quand elles sont sujettes à in terprétation), et celles des révélations obtenues artifi ciellement: 3° la prévision ou l’artde conjecturer, en se basant sur des données tirées des diverses sciences.
N'ayant pas la prétention de faire ici un traité com plet, nous nous bornerons aux lignes générales des trois objets que nous venons d'indiquer: nous exa minerons le degré de croyance — raisonné et non aveugle, — que mérite la divination artificielle, nous exposerons et discuterons sommairement les diverses hypothèses proposées pour expliquer les phénomènes de l’ordre divinatoire;enfin nous répondrons à quel ques-unes des principales objections qui ont été sou levées de tout temps contre la divination, tant natu relle qu’artificielle.
II. — Plutarque dit que le vol des oiseaux est le plus ancien procédé de divination artificielle ; c’est pourquoi Euripide appelle les oiseaux hérauts et mes sagers des dieux.
« Dans la Lycie, dit le même auteur, les habitants dcSura s'essayent à contempler les poissons nageants en l'eau, comme ailleurs on contemple les oiseaux volants en l'air, considérant les tournoiements de leurs aguets et embûches, leurs fuites et leurs pour suites, et en prédisant, par je ne sais quel art, les choses à advenir. »
LA DIVINATION ARTIFICIELLE I o 5 Les femmes des Germains devinaient par les tour noiements et les tourbillons que produisent les cou rants dans les fleuves,et les bruits différents que font les eaux. On devine par les quatre éléments, et chaque sujet en a un qui lui réussit mieux suivant la correspon dance de son tempérament avec ces éléments, mais surtout d'après ce que l’expérience lui enseigne.
Il y a une foule d’autres moyens et instruments ar tificiels de divination : sorts des dés, des saints, des évangiles, des lettres, sorts homériques et virgiliens et même d’autres livres : mais il est à remarquer que tous les livres n'y conviennent pas également. D’après les expériences assez nombreuses que j’en ai faites, VOdyssée est préférable à \'Iliade, l'Enéide donne aussi de bons résultats.
J’ai eu souvent à me louer du petit traité de I'ême de Cassiodore : mais la Bible est encore ce qu’il y a de meilleur. Au surplus, c’est à chacun se guider sur sa propre expérience. Il semble que les livres spirituels sont les meilleurs, mais c’est peut-être, du moins en partie, question de personnes.
Les anciens devinaient encore par les éclairs et les tonnerres, par les étoiles filantes, par les vents, les météores, etc., sans parler de la divination par les entrailles des victimes, par la manière de manger des poulets sacrés, etc., etc. Nous n’entrerons pas dans une plus longue énumé ration des procédés artificiels de divination. On en trouve un certain nombre décrits dans Rabelais: un plus grand nombre encore dans le livre de Laurent
io6 l’initiation Bordelon que nous avons cité dans notre précédente étude, et dans tous les auteurs anciens et modernes qui ont écrit sur la matière. 11 est cependant un moyen de l’art que nous ne pou vons passer sous silence en raison de son importance : c’est le magnétisme, qu'il faut qualifier humain et non animal, car c’est la partie humaine de l’homme et non l’animale qui produit les effets les plus merveil leux, ceux d’ordre divinatoire.
Mais en raison de son importance, cette partie de l’art demande à être traitée avec une certaine am pleur, c’est pourquoi nous ne nous y arrêterons pas, nous proposant d’en faire l’objet d’une étude spéciale. Ces divers instruments de divination ont-ilsquelquc vertu qui soit propre à chacun d’eux, ou ne sont-ils, comme l’estime Eliphas Lévi, que des moyens de se magnétiser?
11 serait téméraire de trancher cette question avant d’avoir fait un nombre très considérable d’expériences comparatives. Autant que mes observations me permettent d’en juger, tous ces moyens de se magnétiser ne produisent pas les mêmes effets sur tous les sujets et sur chacun d’eux. Le même sujet se trouve dans des dispositions différentes suivant le moyen qui a été employé.
Tel de ces moyens qui convient à une personne ne réussit pas aussi bien sur une autre. 11 y a donc lieu de croire que le choix des moyens n’est pas indifférent; mais c’est à des expériences nombreuses et variées qu’il appartient de décider ce point. i
LA DIVINATION ARTIFICIELLE IO7 Tous ccs moyensayant pour but final d'obtenir des inspirations,c’cst-à-dire des connaissances intérieures, des songes, ce que nous allons dire des songes s’appli quera a priori à tous les autres genres de divination.
III. — Homère dit que le temple du sommeil est placé dans une cité où il y a deux portes : l’une de corne, par où passent les songes véritables ; l’autre d'ivoire par laquelle entrent les songes vains et illu soires. Cette allégorie nous indique clairement qu’il y a deux sortes de songes, les uns qui nous viennent d’en haut, du monde invisible; les autres, d’en bas, du monde extérieur visible.
L’esprit, en cllct, danslesommeil comme d’ailleurs dans la veille, ne peut exercer son action que sur les impressions qu’il a reçues. Mais il peut en recevoir du monde invisible aussi bien que du monde visible; du monde intérieur comme du monde extérieur; du supérieur, de même que de l’inférieur. C’est dans ce même sens qu'il faut entendre Hippo crate et tous les anciens lorsqu'ils divisent les songes en divins et naturels.
Cratippe (dans Cicéron) expose aüssi une opinion analogue à celle d’Homère ; pour expliquer la divina tion il admet dans les âmes deux parties : l’une di vine et l’autre humaine. Mais existe-t-il un monde invisible? Là est la pierre d’achoppement du matérialisme. Il est assez singulier qu’une pareille question puisse encore être posée en un temps où le microscope joue un si grand rôle.
ioS l’initiation On comprend qu’un esprit fort et présomptueux. — plus on est ignorant plus on est présomptueux. — fasse de ses sens et des instruments qui leur servent d'auxiliaires la mesure de son esprit : mais un savant qui est accoutumé à voir reproduire dans la nature des changements, des transformations, dont il ne voit et ne perçoit les causes par aucun de scs organes, comment peut-il douter de l'existence du monde invi sible?
Comment ne s’aperçoit-il pas que l'invisible est le principe du visible et de ses modifications ; que tout changement implique une force, c’est-à-dire quelqué chose qui n’est pas visible.
Nous n'insistons pas sur cette question, car cela nous éloignerait trop de notre sujet, mais cette simple observation, impartialement méditée, suffira pour faire sentir que l'homme étant double, peut recevoir deux sortes d'impressions diamétralement opposées, et. par conséquent, faire deux sortes de songes ou de rêves.
Les physiologistes, qui s’efforcent de prouver que les rêves dépendent des dispositions physiques cl morales dans lesquelles nous nous trouvons, ont donc raison, et les métaphysiciens sont d’accord avec eux, comme nous le verrons tout à l’heure ; mais l'erreur des sensualistes est de n'envisager qu'un côté de la question, de croire ou de soutenir que tous les songes nous viennent du monde extérieur et de lui seul.
La vérité est qu'on peut recevoir des impressions des deux mondes, clics peuvent entrer dans notre esprit par la porte de corne ou par la porte d’ivoire ; mais la nature de ces impressions dépend, nous ne
LA DIVINATION ARTIFICIELLE 10q saurions trop le répéter, des dispositions physiques et morales, naturelles ou acquises, dans lesquelles nous nous trouvons ou dans lesquelles nous nous mettons. IV. — Les dispositions requises pour recevoir des songes divins, des impressions venant du monde invisible, des songes vrais, ont été indiquées par tous les philosophes, meme par les moins spiritualistes.
Aristote observe que les gens de bien font des songes agréables, et que pour les méchants, c’est le contraire. Pline nous apprend que les Atlantes ne mangeaient rien qui ait eu vie; c’est pour cela, ajoute-t-il, qu’ils ne faisaient jamais de mauvais rêves. « 11 faut être épuré d'âme et de corps pour recevoir les révélations divines. » (Dupleix.
Corps de philo sophie.) C’est pour cela que les songes du matin sont moins confus et plus véritables que ceux du premier sommeil « les visières sont plus libres », dit Dupleix dans son vieux langage. L’atmosphère humaine est moins obscurcie par les fumées de la matière, et les songes vrais peuvent pénétrer plus facilement dans l’esprit par la porte de corne.
II n’est donc pas étonnant que les gens qui se tien nent habituellement dans des dispositions diamétra lement opposées ne fassent pas de songes véritables et ne croient pas à leur possibilité. C'est le contraire qui nous surprendrait. Il serait vraiment contraire aux lois de la nature, que les hommes qui se plongent, se vautrent dans la matière, dont les pensées sont comme ensevelies dans
] 10 l'initiation leur ventre, selon l’expression de Clément d’Alexan drie, il serait même injuste que ces hommes fussent encore gratifiés de songes agréables et véritables pendant leur sommeil. U t »i* noetc levis, S ll tibi «jenu brevis. {Ecole Je Saterne.) jMais les gens qui mènent une vie réglée, sobre, « quiète et tranquille » dit encore Dupleix, ont un sommeil et des rêves bien différents.
C’est ainsi que Galien assure qu’il avait d’ordinaire des songes véri tables. Et tous ceux qui observent un régime de vie frugal, humain et non bestial, sont plus ou moins dans le môme cas. Il y a, en outre, des moyens accessoires de se placer dans les conditions convenables pour recevoir des songes par la porte de corne. I lérodote, Nicandrc, Tcrtullien, Cardan, etc., disent que lorsqu’on dort près des tombeaux on a des songes véritables.
Cardan attribue la même vertu aux livres saints. Toute l'antiquité (et la tradition s’en est conservée parmi le peuple), a cru, d’apres l’expérience, que le même résultat était obtenu lorsqu’on dormait dans des temples et autres lieux sacrés. C’est de la superstition, disent les plus fortes tètes de la science, soit; mais que m’importe? Si, dormant dans le temple d’Esculapc, j’apprends en rêve quel remède convient à un mal que, vous, tout cndoctoriscs
LA DIVINATION- ARTIFICIELLE 1 I I que vous ôtes, vous ôtes incapable de guérir, faudrat-il que je renonce à la santé, à la vie peut-être, et seul je soufTrc ou meure selon votre formule ? La fin justifie les moyens. Esculapc me sauve, ses prétendus prêtres me condamnent, je me réfugie dans le temple. Mais, dit-on, les songes sont quelquefois trompeurs, et encore plus souvent obscurs et sujets à interpré tation.
D’accord ; les songes sont trompeurs et obscurs, nous venons d’en donner une des raisons, lorsque notre esprit obscurci par la sensualité ne sait pas dis tinguer la porte de corne de la porte d’ivoire. .Mais il ne faut pas conclure de là, a priori, qu’il n’y a aucune possibilité de distinguer les uns des autres et de lever le voile qui les obscurcit.
V. — La faculté d’interpréter les songes et les autres genres de divination, l’art de distinguer les inspira tions divines des naturelles, et de résoudre l’obscurité qui peut environner môme les inspirations divines tient à la fois de la nature et de l’art. Tout le monde n’est pas également apte à l’inter prétation.
Tel individu qui a de grandes dispositions pour recevoir des inspirations, n’a pas celles qui sont nécessaires pour les interpréter et réciproquement. Et la faculté de les interpréter, comme celle de les rece voir, est susceptible de perfectionnement par le moyen d’exercices appropriés.
Nous n'inventons par ces assertions; toute l’anti quité a constaté ce fait, Dupleix, déjà cité, et qui n’est point un fanatique de la divination, il s’en faut de
I 12 l’initiation beaucoup, observe que tout le monde n’est pas apte à avoir des songes véritables, ni à les interpréter; et que, « en outre de la grâce divine, il y a des préceptes pour interpréter les songes ». Et il ajoute : « La science d’interpréter les songes se peut encore remarquer spécialcmeut en ceux qui vivent saintement. » Vous me direz : l'autorité des anciens ne prouve rien.
Tout ce qu’ils ont dit n’est pas mot d'Evangile: s’il fallait croire sur parole toutes les absurdités qu’ils nous content, où en serions-nous? C'est à l’expérience qu’il faut s’en rapporter. .Mais que dis-je autre chose ? Ce n’est pas parce que les anciens l’ont dit que je le crois, c’est parce que mes observations se trouvent conformes à leurs asser tions.
Les vôtres ne sont pas dans le même cas. parce que vous n’en faites pas, ou que vous ne vous placez pas dans les conditions convenables. Eh bien ! ce que je me propose, c'est précisément de vous donner un aperçu des règles à observer pour constater les phénomènes de cet ordre. Je ne vous demande pas de croire avant d’avoir vu, je vous engage même à ne pas croire après. Ne croyez, qu’après avoir expérimenté vous-même.
Mais expéri mentez. au lieu de nier sans examen ce que vous ne connaissez pas. Pour comprendre et interpréter les songes, — et ceque nous disons ici s'applique aussi bien aux inspi rations de la veille qu’à celles du sommeil, et à celles qu’on obtient par les procédés artificiels, — il faut i# s’accoutumer à distinguer les inspirations divines
LA DIVINATION- ARTIFICIELLE I l3 des naturelles, celles qui entrent dans l'esprit par la porte de corne de celles qui y pénètrent par la porte d’ivoire. Cette distinction est plus facile à sentir qu’à expli quer; elle s’acquiert par l'observation sur soi-mème, par la comparaison de scs divers songes entre eux, en tenant compte des dispositions physiques et mo rales dans lesquelles on se trouvait lorsqu’on les a faits.
L’impression produite par les songes divins est bien plus vive que celle des songes naturels; on sent en soi une sorte de conviction de leur réalité. On dis tingue très bien le songe naturel des pensées de la veille ; il est plus difficile de faire cette distinction pour les songes divins. On trouve une moindre diffé rence du songe divin à la veille qu’au songe naturel.
Je n’ignore pas que ceci passera pour extravagant auprès des sceptiques, tant que l’expérience ne leur en aura pas démontré l’exactitude, c’est pourquoi je n’entre pas dans plus de détails, qui seraient superflus pour ceux qui croient, puisqu’ils en ont l’expérience, et encore plus pour ceux qui ne croient pas. La seconde considération dont il faut tenir compte" pour l’interprétation des songes, c’est qu’il y en a de trois sortes.
Il y a des songes sentis, d’autres vus. d’autres ouïs. Autrement dit. il y a des sensations divines, des visions et des oracles, qui nous viennent par les trois sens intérieurs : tact, vue et ouïe. Il est inutile d’insister sur ces distinctions, les mots indiquent bien les choses ; mais il ne faut pas perdre de vue que les songes sont sentis, vus ou ouïs par les
i «4 l ’in itia tio n sens internes qui nous mettent en communication avec le monde invisible, le monde des causes, et non par les sens externes qui servent à établir nos rela tions avec le monde des effets. Il y a des sujets qui n’ont d’inspirations que par sensation, d’autres que par vision, d'autres que par audition : on en voit qui les obtiennent de deux manières et même des trois.
VI. — Parmi les songes divins, il en est qui sont clairs, qui annoncent précisément la chose songée et qui, conséquemment, n’ont pas besoin d être inter prétés. Il n’est pas rare, par exemple, de rêver la mort d’une personne chère, parente ou amie, dans la nuit et à l’heure même où elle a lieu. D’autres songes, quoique divins, sont obscurs et sujets interprétation.
Vous rêvez, par exemple, à cette personne, mais de toute autre chose que de sa mort. Vous apprenez ensuite que cette personne a rendu l'Ame le jour même où vous avez rêvé d’cllc. Il est très facile et très commun de se tromper dans l’interprétation des songes, car cette interprétation repose sur le principe d’analogie, si aléatoire, que certains psychologues le regardent comme un abus de l’induction. Cette opinion est exagérée.
On peut abuser de l’ana logie comme de tout autre procédé de logique ; mais ce n’est pas une raison pour en condamner absolument l’usage. De ce que beaucoup de songes ont reçu des interpré tations fausses et même contradictoires lorsqu’on les a proposés à divers interprètes, on en conclut, quand
I.A DIVINATION ARTIFICIELLE 1 l 5 on ne cherche que prétexte à négation, que c’est un pur hasard quand on rencontre juste et que la faculté d'interpréter n’existe pas. Mais pour l’observateur impartial, c’est là une erreur. La diversité des interprétations prouve seule ment que cette opération est du domaine de l'intuition plus encore que du ressort du raisonnement.
Elle prouve que celui qui interprète bien est mieux doué par la nature, qu’il se trouvait dans des dispositions, plus convenables que celui qui s’est trompé, ou qu’il a mieux exercé, et ainsi plus perfectionné sa faculté divinatrice. On comprend, en effet, qu'il suffit d’un bien petit dérangement dans l'équilibre physique et surtout moral de l’interprète, pour qu’il se trompe dans une opération si délicate.
Mais, comme le dit Cicéron : « Quoique beaucoup de circonstances trompent ceux qui prédisent au moyen de l’art des conjectures, la divination n’en existe pas moins. Les hommes sont susceptibles d'errer dans cette science, comme dans les autres. 11 peut arriver que l’on prenne pour certain un signe douteux.
Une partie du présage a pu rester cachée, on a pu ne pas apercevoir ce qui en détruisait l’efTct. » On n'est donc pas plus fondé à nier la divination et l’interprétation parce qu’on est susceptible de s’y tromper, qu’à nier les mathématiques parce qu’on peut faire des erreurs de calcul ; ce qui arrive d’autan plus fréquemment qu’on est moins exercé. De même que le comptable fait d’autant mieux ses
I/INITIATION I 16 additions qu'il y est plus exercé, de même le devin peut d'autant mieux interpréter qu’il a acquis plus d’expérience. Les moyens de développer la faculté interprétative et de l’entretenir en bon état sont à peu près les mêmes que ceux que nous avons déjà indiqués pour le développement de la faculté divinatrice naturelle.
Celui qui veut obtenir des songes agréables et véri tables ou parvenir à les bien interpréter, doit : i° Observer dans le boire et le manger un régime sobre et frugal, afin que son esprit ne soit pas obscurci par les vapeurs qui s’élèvent de l’estomac au cerveau : 20 Modérer ses passions, ce qui ne veut pas dire qu'il soit nécessaire de les étouffer absolument ; 3" Se tenir dans de bonnes dispositions d’esprit et de corps ; bien portant et en joie ; 4“ Vivre vertueusement; 5° Se livrer à des entretiens joyeux et plaisants un peu avant de se mettre au lit ; 6* Saint Bernard ajoute : se coucher avec quelque belle et sainte méditation.
Cicéron avait déjà dit avant saint Bernard : « Celui qui se livre au repos avec un esprit bien dis posé par de sages méditations et par un régime con venable à la tranquillité, voit dans ses songes des présages vrais et d’un clfct certain ; de même, dans l’homme qui veille, une âme chaste et pure est plus susceptible de trouver la vérité, soit par les astres, soit par les oiseaux, soit enfin par les autres signes. » C’est par l’observation de ces préceptes que les sens intérieurs conservent toute leur délicatesse et restent
LA DIVINATION ARTIFICIELLE I I 7 susceptibles de vibrer sous l'action des objets qui agissent sur eux.
Les songes naturels, c’cst-à-dire. ceux qui dérivent de nos rapports avec le monde extérieur, de notre alimentation, de nos sensations, de nos actions, peuvent, comme les songes divins, être plus ou moins clairs, prêter à l’interprétation et donner lieu à des indications sur I état de la santé du songeur et sur d’autres objets de l’ordre naturel, mais si l’inter prétation des songes divins est sujette a erreur, celle des songes naturels ne l'est pas moins.
Il ne faut donc pas trop s'y fier.
VII. — Relativement à leur objet, les divinateurs distinguent : i° Les songes propres, qui regardent la personne qui les fait; 20 Les songes d’autrui, qui se rapportent à d’autres personnes ; 3° Les songes communs, concernant le songeur et d’autres personnes ; 4“ Les songes publics, portant sur les affaires publiques (locales au statalcs) : 5“ Les songes généraux ou universels, qui repré sentent quelque changement dans l’état de l’univers, ou dans quelques-unes de scs principales parties, telles que la terre, le soleil, la lune, etc. La véracité de ces diverses sortes de songes est d’autant plus douteuse qu’ils s'éloignent davantage des songes du premier genre, où le sujet et l’objet sont la même personne. Néanmoins, on voit des exemples assei nombreux
1 1 8 l’initiation de prédictions plus ou moins exactes et précises de grands événements publics, qui tiennent à la fois de la divination et de prévision. Encore ici l’intuition joue le principal rôle.
On voit, en effet, une foule de philosophes, d'historiens et d’hommes politiques, surtout de nos jours, qui sont incapables de prévoir les événements les plus simples, qui ne voient pas, comme on dit, plus loin que le bout de leur nez ; tandis que d’autres prédisent longtemps d’avance et avec assez d’exactitude, les conséquences qui découleront fatalement d’un ordre donné de choses.
Pour ne pas étendre cette étude outre mesure, nous ne citerons qu’un exemple qui nous intéresse particulièrement : c’est la prédiction, par plusieurs penseurs du siècle dernier, de la Révolution fran- ’ çaisc. Dès 1764. J.-J. Rousseau écrivait dans Y Emile: « Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions. » Il en prévoyait donc plusieurs.
« Je tiens pour impossible, ajoute-t-il ensuite, que les grandes monarchies de l’Europe aient encore longtemps à durer: toutes ont brillé, et tout État qui brille est sur son déclin.
J’ai de mon opinion des rai sons plus particulières de cette maxime; mais il n’est pas à propos de les dire, et chacun ne les sait que trop. » La prédiction suivante de Montesquieu est sans doute antérieure, mais elle n’a été imprimée qu’en 1770, dans le Portefeuille d'un philosophe, par l’abbé du Laurcns:
LA DIVINATION- ARTIFICIELLE l l 9 « La France, dit Montesquieu, tombe dans l’avi lissement et la misùre : ce siècle l’anéantira, ou elle sera la proie du premier conquérant. » Le comte du Buat-Nançay. diplomate distingue et auteur de plusieurs ouvrages qui ont passé inaper çus en France, — ils ne sont pas écrits dans la forme académique, — mais qui ont eu beaucoup de succès à l'étranger, et qui sont encore consultés aujourd’hui en Allemagne, le comte du Buatdisait souvent: « La monarchie française finira avec Louis-Auguste, comme l'empire romain avec Augustulc. » En 1775, le chevalier de Lisle publiait une chanson où les événementsde la Révolution sont si fidèlement décrits que, si elle n’était pas imprimée et datée, on la croirait faite après coup.
A titre d’échantillons, en voici deux couplets : On verra toui Ici Etat» Entre eux te confondre! Le* pauvre» »ur leur» grabat» Ne plu» »e morfondre: De» bien» on fera de» lot» Qui le» rendront tout égaux : I.e bel a* jf h pondre, oli ! gué 1 Le bel œuf J pondre.
Du même pa» marcheront Noblette et roture ; Le» Frsnçal» retourneront Au droit de nature; Adieu, parlement» et loi», Le* prince», le» ducs, le»roi»; La bonne aventure, oh ! gué t La bonne aventure. A la veille de la Révolution, en 1787, le cardinal de Bernis disait : « Un gouvernement faible qui sc déshonore est perdu... La monarchie française touche
l'initiation il sa lin : il est plus facile de prévoir sa dissolution que d’imaginer comment elle renaîtra.» (T urlot, Théorie de l'avenir, ii, 243.) Mais de toutes ces prédictions, la plus typique, celle où la vraie divination se trouve mieux unie la prévision, est celle de Cazotte qui, comme on sait, prédit, non seulement les événements généraux, niais le genre de mort de Chamfort, de Vicq-d’Azir, de Nicolaï, de Bailly, de Malcslierbes, de Boucher, de la duchesse de Grammont, de la lamille royale, etc. Si l’on rentrait plus souvent et plus profondé ment en soi-mème, si l’on méditait davantage sur l’enchaînement des causes et des effets, on ferait cer tainement beaucoup d'autres prophéties.
Si Cazotte était encore de ce monde, il prédirait sans doute que l’ordre de choses actuel touche à sa fin, que le fiasco de l’Exposition du centenaire va être le prélude du bouleversement, et les élections, l’entrée en scène des nouveaux acteurs; peut-être même annoncerait-il le sort qui attend les initiateurs de la politique coloniale, les fabricants de chemins de fer électoraux et d’écoles non moins électorales.
En effet, il n'est pas nécessaire d’être doué de hautes facultés divinatrices, il suffit du raisonnement le plus simple, pour comprendre que ne peut durer indéfiniment un régime qui, sous prétexte de ne pas laisser la lumière sous le boisseau, la place sur les tréteaux; qui, par l’instruction obligatoire et soidisant gratuite, coule toutes les intelligences dans le même moule et n’aboutit qu’à faire des déclassés.
11 est aisé de prévoir que le moindre incident, la preU DIVINATION ARTIFICIELLE 12 I mière chiquenaude suffira pour renverser le colosse gouvernemental.
Si cela n’est pas encore tait, c’est parce que, instinctivement, on a ajourné la catas trophe par les fameuses épurations. Mais on n’a fait que reculer pour mieux sauter.La Révolution est donc inévitable, et le rôle du devin se bornerait à dire par qui. quand et comment elle sera faite.
VIII. — Il existe un grand nombre de prophéties universelles (de la 5' espèce) sur la fin du monde et son renouvellement : l’apocalypse et ses nombreuses interprétations ; le liber mirabilis, etc. Le cardinal Cuza, au xve siècle, avait prédit que la fin du monde devait arriver entre les années 1700 et 1734. T rithème avait aussi annoncé un grand bouleversement pour l’année 1879.
La prédiction ne s’est pas accomplie, mais on peut bien se tromper de dix ans en pareille matière. Si les données sur lesquelles opèrent ces prophètes paraissent quelquefois un peu extravagantes, il ne faut pas croire qu’il en soit de même de toutes. C’est sur des bases scientifiques, discutables mais raison, nablcs, que, par exemple, Dclormcl, dans la Grande Période, Langlet dans Y Introduction à !
Histoire, etc., et beaucoup d’autres, établissent leurs conjectures sur les révolutions passées et futures du globe; cl il n’y a rien d’invraisemblable à ce que, en partie par intuition et en partie par prévision, on arrive à plus d’exactitude. IX. — Il a été proposé diverses hypothèses pour expliquer les faits de l’ordre divinatoire.
C’est même parce que la théorie-ne leur convient pas, que beaul’initiation coup de personnes nient les faits, comme si la réalité des faits pouvait dépendre des explications qu’on en donne, et qui ne peuvent être basées précisément que sur ces faits.
Le grand sujet de dissidence consiste en ce qu’on a voulu faire intervenir Dieu directement, personnel lement dans la production de ces phénomènes. • « La faculté de prédire, dit Jamblique, ne vient ni de l’art, ni de la nature, mais delà divinité. 11 en est de même des songes, de ceux du moins qui annoncent l'avenir et des aspirations qu’on éprouve pendant la veille. Ceux qui sont agités par le souffle divin ne vivent plus d'une vie animale.
Qu’on les expose au feu, ils ne brûlent point ; le Dieu qui souffle intérieu rement repousse loin d’eux le feu extérieur. » « S’il y a des dieux, disaient les stoïciens (Chrysippe, Diogène et Antipater, dans Cicéron), et qu'ils ne fassent pas connaître l’avenir aux hommes, ou ils n’aiment pas les hommes, ou ils ignorent ce qui arri vera, ou ils pensent qu’il n'importe pas aux hommes de connaître les choses futures, ou ils ne croient pas digne de leur majesté de les leur indiquer, ou, enfin, les dieux eux-mèmes ne peuvent pas les leur faire connaître. » Partant de là, les uns tirent la conclusion suivante : s’il y a des dieux, il y a une divination ; or il y a des dieux, donc, etc. Les autres disent : s’il n’y a point de divination, il n’y a pas de dieux, or... donc...
Voilà comment chacun abonde en son sens. La vérité est que Dieu ne peut être mis en cause dans ce qui concerne la divination.
LA DIVINATION ARTIFICIELLE 123 Il est certain que les inspirations, que nous appe lons divines, parce qu’elles nous viennent du monde des causes, aussi réel et même plus que celui des effets, il est certain, dis-je, que ces inspirations dé rivent de la cause première, au même titre que tous les effets ; mais c’est tout.
La faculté de deviner l’avenir est autant, mais pas plus merveilleuse, pas plus incompréhensible, que celle de nous souvenir du passé, comme l'a remarqué Plutarque, et même que celle de connaître le présent.
Elle est donc aussi naturelle, quoique d’une nature et d’une origine différentes, puisque, l’avenir n’exis tant que dans le monde des causes, sa connaissance ne peut être puisée que dans le monde des causes, et n’entre dans notre entendement que par les sens internes, par la porte de corne.
Quoique nous ne comprenions pas comment de ces sensations externes résultent des idées et comment nos idées se conservent dans notre souvenir en l’absence des objets, nous ne nions pas le fait parce qu’il est trop fréquent et trop sensible, parce que c’est un fait.
Les sensations internes sont plus rares, il est vrai ; mais c’est en grande partie notre faute, et, d’ailleurs, ce ne peut être sur la fréquence des sensations que se règle leur réalité. La faculté divinatrice nous est donc naturelle, et c’est avec raison que Quintus Cicéron a dit : « La nature pourrait nous manifester l’avenir sans qu’il y eût pour cela de divinité, et, rien n’empê cherait d’admettre l’existence des dieux sans qu’ils
l’initiation aient donné au genre humain la faculté de la divi nation. » Ne voulant pas, pour le moment, faire de théorie, nous nous bornerons à donner l'opinion, assez vrai semblable. de Posidonius sur la source des songes que nous appelons divins.
« Posidonius, dit Cicéron, croit qu’il y a trois ma nières de rêver (et conséquemment de deviner) par l'influence des dieux : d’abord l’âme, par une sorte de parenté avec les dieux, voit par elle-même ; en second lieu, l’atmosphère est pleine d’âmes im mortelles dans lesquelles apparaissent comme des traits, des empreintes de vérité: enfin, il croit que les dieux mêmes conversent avec les hommes en dormis. » X. — L’intervention de Dieu comme cause directe des songes étant considérée comme possible, ce qu’on ne peut contester, mais non comme nécessaire, la divination devient plus acceptable ù la raison hu maine, et se réduit à une question de fait.
Mais la divination est en butte à beaucoup d’autres objections de la part de la science. Examinons donc rapidement ce qu’il y a de fondé dans les principales de ces objections. Pourquoi, dit-on, y a-t-il des révélations obscures, qu’on est obligé d’interpréter, et sur l’interprétation desquelles on est si sujet à se tromper qu’il est rare de voir deux interprètes tomber d’accord ?
Si Dieu juge à propos de révéler l’avenir aux hommes, il doit le faire clairement, il ne doit pas leur envoyer des songes trompeurs ou ambigus.
LA DIVINATION ARTIFICIELLE 125 Nous pourrions rétorquer cet argument en nous appuyant sur nos autres facultés intellectuelles. Pourquoi, par exemple, si Dieu a voulu que nous connussions le présent, nous a-t-il doué du raisonne ment, moyen indirect d’arriver à la connaissance des choses, au lieu de nous donner seulement l’intuition, la connaissance directe?
Probablement parce qu’il a voulu qu'une partie de nos connaissances lût notre œuvre propre. Si nous voyions directement, si nous comprenions intuitivement que le carré de l’hypothénusc égale la somme des carrés des deux autres côtés d’un triangle rectangle, nous n’aurions point à exercer notre raison pour découvrir et démontrer aux autres cette vérité.
De même, on peut supposer que, si des révélations sont obscures et équivoques, — même en admettant qu’elles viennent de Dieu, — c’est pour que nous exer cions et perfectionnions notre faculté interprétative. Mais il y a d’autres raisons pour que nos inspira tions soient sujettes à interprétation.
D’abord, nous l’avons déjà dit. il est essentiel, pour sauvegarder notre libre arbitre, qu’elles ne soient pas d’une évidence qui nous entraîne; il faut tout au plus qu’elles nous inclinent, et non qu’elles nous néces sitent.
Ensuite, il faut observer que, si nos songes sont vagues et incertains, c’est en grande partie parce que nous ne nous tenons pas habituellement dans les dis positions requises, et que nous avons indiquées, pour en obtenir de plus positifs ; c’est, enfin, parce que nous ne nous accoutumons pas à les comprendre, à
I2Û l’initiation les comparer entre eux, à les étudier, en un mot, dans leurs causes, dans leurs rapports, sous toutes leurs faces. XI. — Pourquoi, demande-t-on encore, les inspira tions viennent-elles pendant le sommeil plutôt que dans l’état de veille?
Si l’on a bien saisi ce que nous avons dit dans cette • étude, on comprendra facilement que l’état de som meil et les états analogues sont préférables par la même raison quifait qu’on voit mieux une image dans une eau calme que dans une eau troublée et agitée.
Pour que les sens intérieurs perçoivent les sensa tions qui sont de leur compétence, il faut que les sens extérieurs soient dans le calme et le repos, de môme que pour entendre un pianissitno, il faut se tenir en silence près de l’orchestre et non au milieu du roule ment des voitures. Nous pouvons avoir des songes, des inspirations, dans la veille aussi bien que dans le sommeil.
Je connais beaucoup de personnes qui sont dans ce cas: mais il est plus diflîcile de les distinguer de nos propres pensées, cela se comprend.
XII. — On n’a jamais fait d’observations assez nom breuses et assez suivies pour tirer des songes des interprétations, je ne dirai pas certaines, mais seule ment probables : encore moins pour tirer des divers moyens artificiels de divination : éclairs et tonnerres, vol des oiseaux, entrailles des victincs, positions des astres, etc., des conjectures vraisemblables. Telle est •encore une objection que l’on entend souvent répéter contre la divination:
I.A DIVINATION ARTIFICIELLE I 2 7 Qui sait si les Koldécns qui ont recueilli des obser vations de ce genre pendant trois cents, suivant d’autres quatre cents et même sept cent soixante-dix mille ans, n’étaient pas arrivés à un degré de proba bilité touchant de près la certitude?
Les Kcltcs, les Ktrusques, les Égyptiens, tous les peuples de l’antiquité ont fait, de l’aveu de tous les historiens, de longues études sur ces matières ; et il n’est guère probable que les Romains, si pratiques, et même si avares, auraient envoyé la fleur de leur jeunesse chez les Étrusques pour y apprendre la divi nation, si les connaissances acquises par ces peuples eussent été absolument vaines et dépourvues de toute solidité.
Cicéron nous apprend que Xénophon avait consi gné dans ses écrits tous les songes qu’il avait eus pen dant son expédition avec le jeune Cyrus, et les évé nements, ajoute-t-il, les ont admirablement vérifiés. Il suit de là et de bien d’autres faits semblables, que Xénophon avait des songes vrais, et qu’il était arrivé à les distinguer des faux et à les interpréter. Pourquoi donc d’autres ne parviendraient-ils pas au même résultat?
Parce qu’ils n’essaient pas, ou qu’ils n’en prennent pas les moyens. XIII.— Si les anciens avaient fait ces observations et s’ils étaient arrivés à des connaissances positives, ces connaissances auraient été transmises de génération en génération, et ne seraient pas tombées dans l’oubli et le mépris. Cette objection paraît plus forte, au premier abord, que les précédentes.
l'initiation Cependant, quand on y regarde de près, on ne tarde pas à reconnaître qu’elle a bien peu de valeur. Combien d'autres connaissances acquises par les anciens, qui ont été perdues et que l’on redécouvre de nos jours !
Pour nous borner à celles qui nous occupent, rap pelons-nous, ce que nous avons déjà dit précédem ment, que «le sage Caton se plaignait de ce que beau coup d’augures, beaucoup d’aruspices ont été entière ment perdus, abandonnés par la négligence du collège. » (C icéron, De la divination.) Parla négligence du collège. Notez bien ceci.
Les corps officiellement constitués pour l’avance ment des sciences, ou tout au moins pour leur con servation, n’ont jamais été que des obstacles à leur avancement, cela est archi-connu ; mais ce qui l’est moins, c'est qu’ils n’ont aussi jamais rien conservé.
XIV. — Concluons donc de ces considérations que la faculté divinatrice existe bien réellement (ce qui ne veut pas dire qu’elle soit infaillible), et qu'elle est digne de toute l’attention du vrai philosophe. Les meilleurs esprits de toutes les époques ont cru à la divination, l’ont étudiée et l’ont enseignée.
Cela a duré jusqu'au xvu* siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’inau guration des académies, de la demi-science, qui n'a qu’une jambe et qu'un œil, qui ne croit qu’à ce qu’elle voit, — pourvu encore que ce qu'elle voit soit d'accord avec son système préétabli, — et qui, natu rellement, ne voit que ce qui est visible, le monde extérieur. En clîet, encore au xvi* siècle, en 1537, Servct, qui
LA DIVINATION ARTIFICIELLE I29 fut un des premiers à connaître la théorie moderne de la circulation du sang, enseignait à la faculté de médecine de Paris, dans les écoles de la rue de la Bûcherie, l’astrologie judiciaire et la divination, et il en publia une apologie. Sur la plainte du doyen Tagault, Servet fut, pour ce fait, traduit devant le Parlement et exclu pour tou jours de la faculté.
Le célèbre et savant Fervel avait aussi commencé par s’occuper d’astrologie, de qualités occultes et de démonomanie. (V. la Revue des Deux Mondes du t"r août 1884, p. 648.) Un grand nombre de savants philosophes, en dépit de la science officielle, ont persisté à croire au monde invisible et à ses manifestations, nous en avons cité quelques-uns, nous pourrions en invoquer beaucoup d'autres ; mais il faut savoir se limiter ; nous termine rons donc en rapportant l’opinion de l’un des hommes les plus éclairés, les plus honnêtes et les plus impar tiaux du siècle dernier, de Bernardin de SaintPierre.
« Les communications de lame avec un ordre de choses invisibles sont rejetées par nos savants mo dernes parce qu’elles ne sont pas du ressort de leurs systèmes et de leurs almanachs. iMais que de choses existent, qui ne sont pas dans les convenances de notre raison, et qui n’en ont pas même été aper çues ! » On voit par là que, si un peu de science éloigne de la divination, — surtout la science vénale, qui n’a pour fin que les diplômes, les honneurs et les profits,— 5
i3o L INITIATION beaucoup de science y ramène ; car Bernardin de Saint-Pierre était certainement l’un des hommes les plus savants de son temps. wFj$N toute autre place qu’en cette Revue, où l’on (^ tra ite spécialement de l’Occulte, nous eussions dù sans doute périphraser avant de présenter à nos lecteurs le titre de cet article; puis éveiller leur atten tion sur la pente actuelle des esprits; parler grosso modo des expériences tentées récemment dans le domaine du magnétisme ; rappeler le nom des célé brités anciennes et contemporaines qui se sont occupées de l’occulte ; évoquer les époques plus de vingt fois séculaires où ces sciences étaient en hon neur; fournir des preuves à l’appui de nos assertions; chercher à étayer ces preuves sur le terrain plus connu des sciences exactes ; en un mot, préparer de longue main l’éclosion du sujet;... ici, ces fastidieux préliminaires deviennent inutiles, nous parlons à des adeptes, et c’est grand plaisir pour nous.
Sans plus tarder, entrons donc dans le vif de la matière, et posons résolument celte question capitale : Est-il possible de prédire l'avenir ? Si oui quels en sont les moyens? Et, parmi ces Rouxel.
l ’a s tro lo g ie 1 3 I moyens quels sont les plus rationnels et lesplus sûrs ? C’est ce que nous allons examiner. Les sciences de divination sont communes à tous les peuples, et leurs premiers essais se perdent dans la brume des siècles. iU. A.
Vaillant, entre autres auteurs, prouve, dans son ouvrage intitulé : Les liâmes, ou Histoire vraie des Bohémiens, que les Romanichels, les Gitanos, les Gypsies, les Zingari et les Tziganes sont un seul et même peuple probablement exilé, il y a quelques cent ans, de la Chaldée ou de l’Egypte ; que ces Nomades qui font profession de « dire la bonne aven ture» excellent dans la Science Chiromantique ; et qu’ils se servent aussi, pour rendre leurs oracles, de ta blettes ornées d’I Iiéroglyphes, lesquelles ne sont autres que le T arot, cette « Bible en Images » ; l’auteur précité admire — avec juste raison — l'harmonieux arrangement de ces lames, leurs mystérieuses allégo ries, le génie qui a présidé à leur création, et les révé lations étonnantes que leurs diverses combinaisons présentent à l'esprit.
Il explique enfin leur significa tion propre, où figurent en première ligne les sept' planètes et les douze signes du zodiaque.
Ce n’est point incidemment que nous parlons du tarot dans cette causerie, car c’est lui qui forme la partie essentielle de notre méthode divinatoire, qui devrait s’appeler Astrologie Onomantique, et que nous nous proposons de dévoiler dans VInitiation. ** * Avant de présenter notre méthode, peut-être seraiti 3î l’initiation il seyant de nous présenter nous-mème, non pas que nous voulussions faire notre propre biographie, ce qui serait immodeste, mais bien pour donner des garanties suffisantes à ceux de nos lecteurs qui nous feraient l'honneur de nous croire sur parole.
Après avoir lu, comme tout le monde, les livres de Dcsbarrolles. nous fûmes incité, il y a quelque dix ans, à étudier les savants ouvrages d’Eliphas Lévi ; puis, prenant goût à.l'occulte, et nous passionnant même pour ces attrayantes lectures qui répondent si bien à notre nature intime altérée de merveilleux, il nous fut donné de lire successivement: la Mystique de Gorrcs et les élucubrations de MM. Mireille et Des Mousseaux; puis les ouvrages de P.
Christian, sur l’Astrologie; nous publiâmes enfin l’an dernier un ouvrage intitulé Les Mystères de l'Horoscope (i) dans le but de scinder les deux méthodes Astrolo giques: la Judiciaire et la Kabbalistiqucou Onomantique, que Christian avait confondues.
Puis nous dûmesà M. Papus de connaître les œuvres puissantes de Lacuria (2), et la Langue Hébraïque restituée, de Fabre d’Olivet, ce maître en linguistique : ces deux derniers ouvrages nous ont permis de parfaire notre méthode, incomplète jusqu’alors.
Depuis longtemps déjà, nous avions délaissé la Cranioscopie pour la Chiromancie plus exacte; puis, cette dernière science pour étudier la Graphologie ; dans ces études, peut-être diverses quant à la forme I) II) Chez Dentu. (1) Le» H arm onies de l'E tre.
l’astrologie i 33 mais absolument identiques au fond, nous voulions trouver une base commune, un point central qui les rattachât, car, dans notre manière de voir, et sans vouloir aucunement l’imposer, nous serions portés à croire que la science ontologique est une, et qu’il est non seulement possible, mais encore très rationnel de chercher à grouper et à synthétiser ses diverses branches (t).
Nous n’avons point ici à nous occuper de l’Astro logie judiciaire que nous ne pratiquons pas. mais bien de l’Astrologie-onomantique ; Astrologie, car nous employons les douze constellations, et les sept planètes : Saturne, Jupiter. Mars, Soleil, Vénus, Mercure et Lune; Onomantique. parce que le nom de famille du Consultant, qui le classe dans la société, et son prénom qui le classe dans la famille, nous servent également.
Notre méthode est Kabbalistique, puisqu’elle découle de la tradition Chaldéenne. L’on voit que ses titres sont à la fois d’ancienneté et de noblesse.
La Chiromancie, ou plutôt la Chirognomonie — cette physionomie de la main — permet certainement de connaître le caractère, le tempérament, le genre d’esprit et les aptitudes du sujet; la Graphologie et la Physiognomonie renseignent également sur ces il) tians «on ourrafie Mtr la Graphologie, l'abbé Miction ne fulminet-il pa* contre l)c»barrollc» qui cherchait à allier celte ecience à la Chiromancie? I.c diRne l’n'lrc ne voulait point admettre qu'entre l'ccriture et la main qui la trace, il y ait homogénéité !
l’initiation points ; mais aucune de ces sciences ne dévoile le futur, si tant est qu’il puisse-être dévoile; on est toujours obligé, lorsqu’on veut plonger dans l’avenir, de recourir à l’instrument de divination par excel lence : LL TAROT.
Nous renvoyons ceux de nos lecteurs désireux d’étu dier ces lames merveilleuses, aux savants articles de M. Barlet ( 1 ) ; notre rôle, dans cette revue, se bornant à l’exposé de notre m éthode Astro-onomantique. Avant d’exposer notre système divinatoire, qu’il nous soit permis d'examiner les bases sur lesquelles il repose tout entier ; ces bases sont le ternaire-quaternaire qui se retrouvent partout, dans les êtres comme dans les choses.
« Toute harmonie, dit Lacuria, est la résultante d’un agent positif et d’un agent négalii ». voilà le ter naire ; sachant, de plus, que tout négatif est double, se subdivisant lui-même en négatif-positif, et en négatifnégatif, nous aurons le quaternaire, base et réalisa tion de tout ce qui est. Ainsi, tout ce qui tombe sous nos sens est, ou solide, ou liquide, ou gazeux, ou radiant.
Dans les fluides, nous avons : le fluide lumineux, le fluide calorique, et le double lluide électrique. Dans la nature, les quatre éléments : feu, air, terre, eau. Dans la vie humaine, les quatre âges de l’homme, comme dans l'année les quatre saisons représentées symboliquement par les quatre signes Zodiacaux: 1 (1) Voir le n> 1 i t Y Initiation.
l ’a s tro lo g ie i 35 Bélier. Taureau, Gémeaux, Cancer, répétés trois fois, line fois dans chaque monde. La grande synthèse philosophique de l’occultisme, a pour emblème le Sphinx quadriforme.
Chacun connaît les quatre opérations de l’esprit humain : observation, imitation, réflexion, repro duction, qui sont la forme spirituelle de la pensée; enfin, les quatre points cardinaux : les quatre cou leurs fondamentales(i) ; les quatre figures de la géo métrie : le cercle, la parabole, l’hyperbole et l’ellipse ; dans l'homme, les quatre tempéraments correspon dant chacun à l’un des quatre viscères, le cerveau, les reins, les poumons, le cœur.
Il serait fastidieux d’étendre davantage cette nomenclature, que nous n’avons rappelée que pour laisser entrevoir le lien de parenté qui unit entre eux tous les positifs, les négatifs, et les harmoniques ce cette série.
C’est avec un véritable plaisir que nous voyons dans cette Revue, MM. Polti et Gary baser leur sys tème des tempéraments sur le quaternaire; les lecteurs de Y Initiation pourront même comparer avec fruit nos articles à ceux de ces Messieurs, car il y aura forcément entre eux une connexité réelle. Ainsi, au tempérament bilieux, nous rattachons l’élément F eu, et, conséquemment les signes du Bélier, du Lion et du Sagittaire.
Au tempérament sanguin l’élément Air, et ses signes inhérents, Gémeaux, Balance, Verseau. ( 0 En tenant com pte de U double nature du bleu.
L INITIATION Au tempérament nerveux, l'élément T erre, c lic s signes du Taureau, de la Vierge et du Capricorne. Au tempérament lymphatique, l’élément Eau, et les signes Cancer, Scorpion, Poissons. Est-ce à dire que tous les sujets nés sous l'influence de l’un de ces éléments seront exclusivement ou bilieux, ou sanguins, ou nerveux, ou lymphatiques?
Non, pas absolument, parce que chaque signe zodia cal est régi par trois planètes différentes, ou décatis, lesquelles viennent modifier l'influence principale de la Constellation zodiacale qui préside à la Naissance. Voyons donc, avant d'aller plus loin, à quel tempé rament se rattache chacune des sept planètes. Saturne est Bilioso-Nerveux. Jupiter est Sanguin-Bilieux. Mars est Bilieux. Le Soleil est Sanguin-Nerveux.
Vénus est Sanguin-lymphatique. Mercure est Sanguin. La Lune est Lymphatique. A l'aide des sept cercles fatidiques (i), il est aisé de calculer qu'un sujet né, par exemple, sous le deuxième décan du Sagittaire (nature du feu), et en une année régie par Vénus (ce qui donne la planète Jupiter pour le décan cherché) aura comme tempérament: BilieuxSanguin-Bilicux.
L’Etude et la Connaissance des tempéraments joue un trop grand rôle en physiologie, en thérapeutique et même en psychologie, pour que nous les passions (i) V oir les Mystùrcs de l'H oroscope.
l’ASTROLOGIE J 37 sous silence, aussi avons-nous cru devoir leur consa crer ces quelques lignes.
S’il est vrai que la constitution d’un sujet peut, par déduction, laisser entrevoir ses forces cl scs faiblesses, scs sympathies et ses antipathies, ce qui est déjà beau coup, il reste toujours, comme divination, à évoquer l’image des événements qui ne dépendent point du libre arbitre — puissant chez certains individus riche ment doués, absolument nul chez d’autres — com ment déterminer alors cette part d’inconnu, cette Fatalité, bonne ou mauvaise, indépendante de la Volonté ?
Ici, nous entrons en plein dans l’occulte. Devons-nous croire que l'homme, en naissant, ne fasse qu’obéir à la grande loi d'harmonie qui régit l’Univers ? Qui dit Harmonie dit Amour, et qui dit Amour dit Attraction. L’Apparition de l’homme ou plutôt la naissance de l'enfant, s’opère-t-elle par un acte volontaire, person nel de l’individualité spirituelle, ou faut-il seulement dans ce cas reconnaître tmc mystérieuse affinité?
Si l’esprit, avant son incarnation, est libre de choi sir son berceau et partant sa destinée, il faut avouer que bon nombre n’ont pas la main heureuse! Si, au contraire, l’inéluctable loi préside à la nais sance des êtres, faut-il prononcer le mot: injustice? Nous sentons de suite que ce serait blasphémer. Entre ce libre arbitre absolu et cette fatalité non moins absolue, n’y aurait-il pas un moyen terme plus com patible avec notre jugement? Et le T a r o t lu ésotéri quement ne peut-il pas trancher ce terrible dilemme?
138 l ’initiation Tous les inities le savent bien. Ou'il faut admettre que l’âme, après son retour à la vie spirituelle, a la perception intime-dû but auquel elle tend et se fait justice elle-même par une ultérieure incarnation ad hoc: où- Invinciblement attirée par le vide qu'elle s'est créé elle-même dans son incarnation précédente, elle vienne, de par la grande loi de com pensation, payer fatalement l’arriéré de son bilan.
Quoi qu'il en soit, l'enfant naît, et de par cette nais sance même, son chemin dans la vie est tracé.
Com parable à une locomotive sur ses rails il pourra, son libre arbitre cclos, avancer ou reculer, marcher plus ou moins vite ou stationner absolument, dérailler ou faire éclater sa chaudière, c’est là toute la part laissée à son libre arbitre: ce qu’il ne pourra point changer, ce sont les rails qui doivent fatalement le mener, à l’ouest ou à l’est, au nord brumeux ou au midi rayonnant 1 L’Etude des tempéraments nous fera connaître jusqu’à un certain point la part de liberté dévolue au sujet; mais la science divinatoire pourra nous faire entrevoir les événements fatals inhérents à sa destinée.
L’observateur des lois de la Nature a trop souvent l’occasion de s’extasier sur l’harmonieux arrangement qui préside aux plus petites choses, pour accorder la moindre place à ce mot vide de sens qu'on nomme le hasard ; si, dans un décimètre cube de terre où se trouveraient plantés un cep de vigne, un pied d’oli vier et un rosier de Bengale, une force intelligente donne à chaque plante la sève qui lui convient pour produire l’une du vin, l'autre de l’huile et la troisième
l’astrologie i 39 un suave parfum, comment admettre qu'une force intelligente supérieure ne préside pas à la naissance de l’homme, cette synthèse sublime de la Nature 1 Partant de ce principe, nous sommes autorisés à sup poser que le Nom familial que revêt l’enfant au ber ceau, de par sa naissance même, et que le prénom choisi par les parents pour distinguer le sujet de ses frères et soeurs, influeront sur sa destinée future; de là la science onomantique.
D’autre part, vouloir nier la puissante influence des saisons, ou plutôt de l’influx solaire sur les nati vités, ce serait vouloir nier l’influence des climats et ne point reconnaître la fougue de nos Méridionaux d’avec le flegme des habitants du Nord. Et les signes zodiacaux, nous l'avons dit déjà, ne sont que les signatures trinaires de chaque saison. Examinons chacun de ces groupes.
Le Bélier, le Taureau et les Gémeaux symbolisent le Printemps avec ses trois phases : le réveil de la sève, la floraison des arbres fruitiers et des plantes, et enfin l’époque des Amours chez les Animaux. Le Cancer, le Lion et la Vierge s’appliquant à l’été indiqueront: le premier l’époque des bains froids, question hygiénique et, en effet, le Cancer ou l'Ecre visse préside à la santé, comme aussi aux submer sions.
Le Lion, ce « roi de la Création. >► symbolise la force, la plénitude, la maturité, la production, le trop plein qui déborde, la vie exubérante, le sein gonflé de la mère Nature et le cœur de l’homme. La Vierge, avec sa gerbe d’épis, symbolise les moissons quelles qu’elles soient, les gains, les rapports, les accroissel’initiation irients de fortune ou de famille (la Vierge préside aux naissances) ci l’élévation dans la position.
La Balance, le Scorpion et le Sagittaire représen tent l’Automne; ici, la récolte est faite, la moisson terminée, mais ce n’est pas tout que d’acquérir, il faut savoir garder et défendre son bien contre les envieux, les voleurs, les rongeurs de toutes espèces, et puis chacun ne consomme pas tout ce qu’il récolte, il y a nécessairement échange; donc la Balance présidera au commerce, aux transactions et partant aux concur rences, aux adversaires, aux inimitiés déclarées ; de plus, elle préside aux mariages, cette grande balance de la vie.
Le Scorpion sera l’emblème des fatalités de l’exis tence, des maladies, des chagrins, des troubles de cœur, des séparations, des deuils.
Le Sagittaire ou Centaure est un emblème de grande force ou de grande faiblesse; le monstre est moitié homme, moitié cheval : les sujets nés sous cette constellation déccmbraie sont tout bons ou tout mauvais, hommes ou bûtes : car, après avoir défendu scs biens, l'homme est appelé à jouir de la part qui lui est allouée, et alors ou il garde tout pour lui, comme la bêle qui symbolise l’égoïsme, ou il par tage avec ses frères, et alors, de par le rayonnant altruisme, il est homme, il est fort, il est armé comme la moitié antérieure du Sagittaire.
Le Capricorne, le Verseau et les Poissons symbo lisent l’hiver ou la vieillesse, car nous savons déjà que les saisons annuelles sont similaires aux quatre âges de la vie humaine.
l’astrologie 141 Le Capricorne, moitié bouc et moitié poisson, est l’emblème des grands mouvements passionnels, des élévations ou des chutes ; de par ce signe, l'homme atteint aux sommets comme la chèvre aime à brouter le cytise aux hauteurs escarpées, ou il plonge audessous du niveau normal de la Société comme l’in dique l’autre moitié de ce signe, terminée en queue de Sirène.
Le Verseau ou le llcuve indique assez que l’homme comme le fleuve doit vivre de la vie de relation, être le trait d'union entre la source et les Océans. Après avoir collecté sur son parcours le tribut des rivières qui se déversent dans son sein, il doit, lui aussi, déborder comme le Nil généreux, et fertiliser ce qui l’entoure; aussi, le Verseau est-il l'emblème de la pédagogie, des rapports sociaux, de l’utilité, des forces sympathiques.
Les Poissons, dernier signe zodiacal, représentent la Mer, le grand Tout, le but final, la dispersion de l’individualité, la décrépitude, la Mort. Quel langage puissant que cette symbolique des Emblèmes! et comme en les étudiant, on reconnaît la haute sagesse et la science profonde des Mages qui nous les ont transmis!
Serait-ceun signe des temps, une conséquence har monique de l’émancipation des esprits et de la diffu sion de la lumière spirituelle ? Tandis que, sur la nuit du matérialisme actuel, l’œil du voyant saisit déjà une aube naissante, précurseur de l’éclatante aurore qui, sous peu. inondera la terre de ses clartés ; tandis que sur chaque point du globe, les esprits, semblant sortir
l’initiation d’une léthargie profonde, gazouillent un hymne prin tanier, où l’espoir d’une ère nouvelle fait entendre sa note joyeuse, au moment précis où le Sphinx de Gisch. attentif aux bruits venant de l'Occident, sourit avec amour à ce grand réveil psychique qui s’an nonce, une société franco-anglaise va, m’a-t-on dit, désensabler le socle de granit du Sphinx, forcer sa porte d’airain et, pénétrant dans les flancs du monstre, chercher, le pic en main, les trésors matériels qu’on y croit renfermés, alors que les trésors spirituels dont il est l’emblème se préparent également à un épa nouissement formidable qui, de contrées en contrées, se répercutera jusque dans les souterrains mystérieux où les premiers Mages enseignaient secrètement la Science ésotérique, cette divine connaissance hu maine!.,.
CACHEXIE NICOTIQUE GUÉRIE PAR I.’llYPNOTISME ET iM.Dcssannc.ûgédc vingt-six ans,bien constitué,an cien artilleur, a commencé à faire usage de la cigarette vers l’ûge de quinze ans; il a fini par fumer pour 5o centimes de tabac par jour. Il a reconnu lui-même que c’était un abus qui portait atteinte à sa bourse et surtout à sa santé. Il est un peu maigre et son teint est E ly S ta r. (A suivre.) LA SUGGESTION
HYPNOTISME 143 pâle, jaunâtre ; le matin, il a des aigreurs et des crampes d’estomac ; il a peu d’appétit et ses digestonssont languissantes. Il voudrait bien renoncer au tabac, mais, comme il arrive ordinairement dans les luttes contre les passions, la volonté est plus faible que la bonne intention. Au mois d’août 1887, il entra comme concierge au service de M. Perriau, directeur de l'établissement de « la Mère de Famille».
Dans ses nouvelles fonctions, il lui fut absolument interdit de fumer pendant qu’il était au magasin ; mais il s’empressait de réparer le temps perdu, c’est-à-dire gagné, aussitôt qu’il avait repris sa liberté. Alors, les cigarettes succédaient aux cigarettes avec une dangereuse persistance; le matin notamment, l’air de l’escalier était imprégné de l’o deur du tabac.
Après lui avoir fait observer plusieurs fois qu'il abusait du tabac, que tôt ou tard il serait victime de sa passion, après avoir reçu cette réponse : « Je sais que vous avez raison ; mais c’est plus fort que moi ; je ne puis renoncer au tabac ! » il y a une dizaine de jours, je lui ai dit que si réellement il dési rait se corriger, je pourrais le guérir, sans effort, sans douleur, sans médicaments intérieurs et sans qu’il ait à modifier son service.
Il accueillit ma proposition. Donc, j’arrive au fait, sans autre préambule. Le 2 décembre 1888, à 3 h. 1/2, je commence la pratique de l'hypnotisme d’après les indications qui in’ont été données par M. le Dr Chazarain (1). A 3 h. 5o, le sommeil hypnotique est obtenu. La respi- 1 (1) Chaque praticien hypnotiseur a sa méthode ordinaire, qu'il varie selon la plus ou moins grande sensibilité de ses sujets.
144 l’initiation ration et la circulation sont normales, comme dans le sommeil ordinaire. Je fais alors la suggestion, qui consiste à dire sur un ton affectueux et impérieux tout à la fois : « Le tabac est coûteux... Le tabac est dangereux pour la santé... Vous trouvez le tabac mauvais... Vous ne fumez plus... » Je répétai ces paroles deux fois, à trois ou quatre minutes d'intervalle, puis je provoquai le réveil.
L’ayant interrogé alors, j’ai constaté que M. Dessanne avait un vague souvenir de ce que je lui avais dit ; mais ce qui est l’irqjiortant à signaler ici, ce sont les résultats obtenus î Le soir, il n'eut plus envie de fumer : toutefois, par habitude sans doute, il fît machinalement une ciga rette et l’alluma. Il fut étonné de lui trouver un goût désagréable : « C’est comme si j’avais fumé des feuilles mortes », me dit-il.
Il jeta cette cigarette, après en en avoir fumé la moitié" environ, tandis qu’il était habitué à en consommer dix quinze dans la soirée. Le 3 décembre au matin, il ne fuma pas du tout. Les habitants de la maison purent remarquer, en effet, que l’on ne sentait pas dans l’escalier l’odeur de ta bac comme de coutume.
Dans la journée, M. Dessanne essaya de fumer, mais le tabac lui parut encore mauvais, sans attrait; il ne put finir aucune des trois cigarettes qu’il avait allumées. Ce qui est très bon à noter, c’est que les aigreurs et les crampes d'estomac ont disparu, et que l’appétit est revenu, au point que le sujet en traitement a dû manger un morceau de pain avant l'heure du dîner.
HYPNOTISME I45 Le 4, il ne fume pas du tout dans la matinée. A midi, après son déjeuner, nouvelle hypnotisation, qui s'obtient en 16 minutes. Nouvelle suggestion, en pro cédant comme la première fois. Depuis lors, Dessanne n’a plus essayé une seule fois de fumer et il « ne pense même plus au tabac ». Le 6, je lui demande comment il se trouve. « Je me sens mieux, me répond-il. Je mange avec plus d’appétit. Mes crampes d'eslomac ont disparu.
Je n’ai plus aucune envie de fumer. » « Puisqu’il en est ainsi, lui dis-je, donnez-moi ce qui vous reste de tabac. » Il s’est empressé de me le donner, déclarant de nou veau que la cigarette n’avait plus aucun attrait pour lui. M. Dessanne me raconte que, la veille, il a dû passer un moment au café avec un ami qui fumait; et que non seulement il n’a pas eu le désir de l’imiter, mais encore que l’odeur de la fumée lui était désa gréable.
Afin de bien confirmer cette guérison, je lui propo sai de renouveler une dernière fois la suggestion. Il s’en rapporta complètement à moi. En conséquence : Le 8 décembre, à 1 h. 25, étant renfermé seul avec lui dans ma chambre, comme les deux premières fois, je procède à l’hypnotisation. A t h. 3o, les yeux se ferment spontanément. A 1 h. 43, je fais une suggestion, répétant les paroles ci-dessus rapportées. A t h.
46, M " Des sanne vient dire que l’on appelle son mari. Le bruit de la sonnette n'a pas réveillé ce dernier. A 1 h. 4 8 dernière suggestion.
L INITIATION I4 6 A i h. 5a, il fait quelques mouvements, prélude, je pense, du réveil spontané. Alors je provoque le réveil instantané. A ce moment, la femme vient de nouveau sonner et réclamer son mari !...
Je dis à M. Dessanne, au moment de son départ: « Vous êtes guéri maintenant pour toujours de la passion du tabac ! » Le soir j'ai appris qu'au moment de l'hypnotisme, quelque commère avait dit à M““ Dessanne que ce que je faisais à son mari était très dangereux, et qu’il ne fallait pas me laisser continuer. Heureusement, il était trop tard ; le bien était fait. P.
S . — Aujourd'hui, 22 janvier 1889, Dessanne est bien guéri de la tabacomanie, ainsi que de ses aigreurs et de scs douloureuses crampes d’estomac. Il a bon appétit et son teint devient plus vermeil. E. D ecroix. {La Science pour tous.) p n i Suit la Situation Phîlosdspïïiiîüs h |n^E tout temps la philosophie et la littérature d’une part, les mœurs de l’autre ont été intimement liées. On explique volontiers celles-ci par celles-là et on
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I 4 7 ne nie pas la réaction des secondes sur les premières.
Mais l’influence de la philosophie n’est ni directe ni immédiate, il lui faut un intermédiaire et c’est la litté rature courante qui en remplit les fonctions : le ro man, le théâtre et les ouvrages de vulgarisation scien tifique répandent dans les masses les doctrines régnantes simplifiées, débarrassées de leur attirail logique et métaphysique, ils n’en laissent subsister que les idées apparemment saillantes et les altèrent même quelquefois.
Ainsi déshabillés, qu’on nous passe l'expression, les systèmes sont souvent défigu rés, tel point important est laissé de côté, tel autre si développé qu’on dépasse la pensée de l’auteur en l’exa gérant et en la faussant ; les systèmes, aussi bien que les dogmes, perdent leur saveur d’origine dès qu’ils prennent possession de la foule sous la forme d’ana lyses plus ou moins exactes, d’exposés plus ou moins fidèles, à l’usage des gens du monde, de critiques plus ou moins justes.
C’est ainsi que les meilleures litho graphies n’arrivent qu’à donner une idée imparfaite des tableaux d’un maître.
Socrate et Jésus n’ont rien écrit, ils savaient que l’enseignement parlé, en pa reille matière, est préférable à celui des livres ; le vul gaire ne lira pas de traités métaphysiques ou moraux, tandis qu’il écoutera volontiers la parole vivante de celui qui s'impose par l’ascendant du génie et qui l’élèvcàsa hauteur en paraissant s’abaisser jusqu’à lui. Il faut aussi préciser l’action inverse, celle des mœurs sur la philosophie.
L’homme est toujours plus ou moins subordonné à son milieu, on prétend même que les héros reflètent le mieux le siècle dans lequel
l'initiation 148 ils vivent. Nous empruntons de préférence nos argu ments, nos preuves et nos exemples au milieu envi ronnant, c’est une tendance caractéristique qui nous pousse à nous appuyer plutôt sur le présent que sur le passé. Nous sommes ainsi plus sûrs de convaincre nos contemporains après nous être convaincus nous mêmes.
Les événements de l'histoire, guerres et révo lutions, et les découvertes scientifiques offraient à la philosophie un vaste champ d’étude et lui ouvraient de larges horizons; elle en a profité et a été ainsi aussi passive qu’active.
11 y a enfin à considérer la question d’origine: chaque race a son mode de penser, sa manière explicative propres ; là où fleurit la métaphysique, l’empirisme ne saurait porter tous ses fruits ; chaque peuple ap porte sa méthode et ses inclinations particulières dans la recherche du vrai que l’humanité poursuit depuis quelle a conscience d’clle-rr.ème.
D'ailleurs l’héritage légué par nos devanciers, les institutions, les cou tumes, les livres et les croyances tracent en partie sa route à chaque génération, et l’origine des mouve ments politiques comme désœuvrés de l’esprit les plus hardies et les plus indépendantes serait facile à dé couvrir si on s’était astreint comme on le fait depuis longtemps pour les phénomènes naturels, à employer dans les recherches historiques la méthode rigoureuse des sciences.
L’Allemagne, la France et l’Angleterre ont vu naître et se développer les écoles qui prédominent aujour d’hui et qui ont profondément modifié la vie spiri tuelle chez ces trois peuples.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I49 Sous Napoléon, la Prusse tombée plus bas que Rome apres Cannes, avait eu les chants sublimes de Koerner pour la conduire au combat, les exhortations enthousiastes de Fichte et de Schieiermacher pour la consoler dans les revers et soutenir le peu qui lui res tait d’espoir.
Dès 1815. après que la chute de l’empe reur lui eût permis de panser ses blessures et de se ressaisir dans la paix et dans le travail, un philo sophe se trouva qui la servit à l’égal de scs hommes politiques en sanctionnant par la raison les principes de gouvernement qui devaient lui assurer dans la suite une si prodigieuse fortune.
Hégei, en ctïct, éta blissait que l’Etat est le but de la société, qu’il est la substance générale dont les individus ne sont que des accidents, que des modes; il donnait une forme mé taphysique à l'idée qui a toujours guidé les Hohcnzollern dans la conduite de leur royaume, à savoir que le roi est le premier serviteur de l’Etat et que les sujets ne sont que des outils entre les mains de ce ser viteur; plus les outils sont maniables, plus le ser viteur remplit sa tâche avec facilité et plus l’Etat pros père; celui-ci n’est plus seulement l'ensemble des citoyens (le mot citoyen est presque une hérésie en PrusseJ, c’est une entité abstraite, je dirai même une divinité redoutable et exigeante.
Le professeur d'Iéna était très écouté, la foule des étudiants se pressait autour de sa chaire, il n’eut pas de peine à leur inculquer avec ses théories politiques ses vigoureux sentiments d’abnégation, de dévoue ment à la cause commune, empreints du plus sincère patriotisme, du plus pur civisme, comme on disait
i5o l’initiation sous la Convention, qui devaient faire la grandeur de la patrie allcmandcconimcils avaient fait la grandeur de la nôtre en quatre-vingt-treize. On peut dire sans exagération qu’l légel a préparé Bismarck et qu’il lui a facilité ses réformes et son œuvre.
L’allure majes tueuse de sa logique â priori séduisit tous ceux qui crurent le comprendre, le reste admira de confiance; cette espèce de mysticisme de la raison, cette phraséo logie qui semble par l’indétermination et par la géné ralité de ses termes vouloir embrasser l'infini et l’ab solu convenait bien aux esprits qui commençaient à ne plus se contenter ni du luthéranisme orthodoxe ni même du rationalisme.
Ln effet, la noblesse seule était à peu près restée fidèle à l’orthodoxie; la théologie, dans les Universités, était traitée comme une branche de l’enseignement philosophique général : le principe du libre examen avait porté scs fruits, et les dogmes n’étaient plusque des doctrines.
Le retouràla foi pri mitive, le Réveil, ainsi qu’on l’a nommé, ne devait se produireque plus tard, etceteflort des pictistes,s’il aeu quelque action sur le peuple des campagnes, n’a nulle ment provoqué une évolution tant soit peu marquée dans le processus idéologique des classes éclairées. Depuis longtemps le rationalisme régnait, il n’avait pas attendu, comme ailleurs, pour se développer, le progrès des sciences.
Luther en avait semé les germes, car le fond même de sa réforme, le serf arbitre et les idées augustiniennes n’excluent pas la liberté individuelle de l’esprit, la liberté pour chacun de se préparer comme il l’entend au salut et â la grâce. Les peuples de race germanique en sont restés à
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I 5 I des institutions qui paraissent arriérées, si on se place au point de vue anglais ou français; cela tient en partie au régime impérial sous lequel ils vécurent pendant le moyen âge et à la décadence et à l’anar chie sous laquelle ils tombèrent ensuite, pendant que l'Angleterre et la France parcoururent la série inverse de transformations.
Mais il n'en fut pas de même dans l’ordre spirituel; l’Allemagne en théologie et en méta physique dépassa rapidement ses sœurs européennes et la Renaissance, qui fut le signal partout ailleurs de l’avènement de la méthode expérimentale d’une part et de l’autre, du retour à l’art et à la littérature an tiques, détermina dans ce pays l’affranchissement de la pensée pure et de la pensée morale.
Ainsi Luther est un libérateur, un révolutionnaire, Calvin et Loyola sont tout le contraire. On comprend alors que le panthéisme moderne ait fait là son apparition. Spinoza, partout conspué, y avait eu ses premiers disciples, Gœthc s'était nourri de l’Ethique dans sa jeunesse et, comme il le dit luimème, revint à cette source inépuisable vers la fin de sa vie.
Ce n’est donc pas s’exagérer l'importance de l’Hégélianismc que d’affirmer qu’il a contribué pour une grande part à la fondation de l’unité allemande, unité abstraite comme la philosophie dont elle dérive, longtemps caressée en esprit avant d’avoir eu sa réa lisation matérielle, établie on pourrait dire à priori par la force, sans autre raison d'ètre que son excellenccévidente,indiscutablc,de même que lesaxiomes de la Grande Logique s’imposent sans explication. Faut-il ajouter qu’en même temps la science dans
l’initiation I 52 le haut enseignement et dans les ouvrages de vulgari sation achevait la conquête panthéiste? Il suffit de citer Moleschott, Buchner et Haeckel : le livre du premier sur la Circulation de la Vie, le traité du se cond sur le Soleil, l’âme du monde, VEssai de psy chologie cellulaire du dernier ont des titres assez significatifs qui dispensent de tout commentaire.
Le domaine de la morale était bientôt aussi envahi par le même courant : les règles de conduite, les con seils pratiques esquissés par Spinoza ne convenaient qu’à quelques âmes d’élite, spécialement organisées, le vulgaire ne s’en contentait point, les ignorait même sans doute. Schopenhauer vint à propos combler la lacune.
Longtemps inconnu, on sait comment il fut accueilli lorsque scs œuvres commencèrent à se ré pandre : les disciples affluent, il reçoit des lettres où on lui donne le titre de sauveur du genre humain, des désespérés lui rendent grâce de ce qu'il leur a montré la voie du salut ; chaque année à son anni versaire, les fleurs et les adresses encombrent son modeste salon, et lorsqu’il meurt, au milieu des ap plaudissements et des chants de louange, le rêve de toute sa vie s’était réalisé, ses compatriotes se con vertissaient en foule à la nouvelle religion, car c’est presque une religion qu’il avait la prétention de fon der.
Quelques années plus tard, Edouard de Hart mann fait paraître sa Philosophie de l'Inconscient ; le public, depuis longtemps préparé, voyant en lui un descendant en ligne directe de Schopenhauer, l’ac cueille avec enthousiasme, sa renommée monte rapi dement, son nom est bientôt dans toutes les bouches.
ESSAI SUR I.A SITUATION PHILOSOPHIQUE I 53 et il n'est pas de bourg dont le pasteur ou le curé ne iise son livre; on le discute en chaire, dans les salons et dans les brasseries.
L’Inconscient, que ce mot vague allait bien à la né buleuse Allemagne I Comme elle se sentait à l’aise avec cet indéterminé qui satisfait à tout, avec ce Deus ex machina de la métaphysique et de la cosmogonie pessimistes, elle dont l’histoire depuis l’époque où Rome perdait ses légions dans la sombre Hercynie, jusqu'à nos jours où une formidable armée paralyse l'Europe et nous fait l’effet d’un non-sens, d’un défi jeté à la civilisa tion dont nous sommes si fiers, se déroule sans cause et sans but comme par une série de coups de hasard, dans un embrouillement et une indécision qui cachent à l’historien la loi maîtresse du développe ment de cette étrange et grande nation, de cette officina gentium, presque aussi mystérieuse aujourd’hui qu’au temps de Tacite!
Car elle est un tissu de con tradictions; si vous letudicz au point de vue politique, qu’y trouvez-vous? l’hégémonie militaire de la Prusse se dessinant au xviu* siècle, un instant compromise par Napoléon, mais reprenant bientôt ses avantages et s’affirmant victorieusement à Sadowa, puis à Se dan ; au point de vue scientifique ? des Universités glorieuses, indépendantes et riches, d’où jaillit à Ilots la lumière.
Heidelberg, Munich, Leipsig, Berlin, où trônent les plus illustres professeurs, où accourent des étudiants de tous les pays, où se fabriquent avec une étonnante fécondité les théories et les hypothèses; beaucoup de travail et d’érudition, peu de génie ; au
l'initiation Ô4 point de vue artistique? la patrie de la musique, de la musique pure, de la sonate et de la symphonie, la patrie de Beethoven, de Mendelssohn, de Weber, de Schumann et de Wagner; vous avez là une manifes tation bien à part de l’esprit germanique, il a pris des ailes, il a dépouillé la lourdeur et l’inflexibilité, il les a délaissées pour la grâce et la fantaisie, il a si mer veilleusement parlé cette langue suprême de toute l’humanité qu'il semble qu’on ne pourra jamais dé passer les maîtres allemands, de même qu’avec les Grecs, la sculpture paraît avoir atteint la limite même de la perfection, et ce sera peut-être un jour le plus beau titre de gloire et la caractéristique de la race; au point de vue philosophique et religieux ? tous les systèmes et tous les dogmes, un mélange bizarre et disparate, des matérialistes, des spiritualistes à côté de piétistes et de mystiques, et de l’ensemble se dégage une tendance générale, le panthéisme.
Celui-ci règne sans conteste depuis plus de cinq uante ans; de ses adeptes il a lait des sujets soumis, il leur a inspiré la résignation consciente à l'assujétissement, il leur a donné la raison d’être de l’Etat et les a aidés à en supporter les charges.
D'ailleurs, il affranchissait et émancipait les cons ciences, débarrassait les plus timorées d’un christia nisme étriqué en leur fournissant les éléments d’une nouvelle morale et préservait les autres de la gangrène d'un matérialisme brutal. 11 s'emparait des faits ac quis par la science positive et lui imprimait un pro digieux élan en affirmant la parfaite stabilité, la divi nité même, si l’on peut dire,de ses lois, manifestations
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I 55 objectives de l’éternelle et immuable volonté du Dieu Univers.
Son action a été profonde et forte, il a péné tré toutes les classes et toutes les sectes : grâce à lui le peuple a pu s’éclairer et s’instruire sans tourner, comme chez nous, à l’athéisme ; grâce à lui les étu diants et les Universités sont plus patriotes (i) que partout ailleurs, et les socialistes aussi plus sincères travaillent à l’amélioration du sort de l’ouvrier sans chercher à l’éblouir par des promesses révolution naires ou anarchistes: grâce à lui toute la nation.
Ba varois, Wurtembergeois, Hanovricns, Saxons et Prus siens sont unis par la même confiance en leur avenir prédestiné, en leur rôle déterminé à l’avance, et se considèrent dans leur totalité comme un facteur que nulle puissance ne saurait rayer de l’évolution cy clique du monde. Le déterminisme, loin de les émou voir, les affermit dans leur foi.
Quel spectacle pour nous, Français, et combien profonde nous apparaît la différence qui existe entre ce peuple et nous lorsque nous examinons ce qui se passait en France à la même époque !
Comme alors semblent chimériques les utopies de 1848, quand nous croyions l’Allemagne mûre pour une révolution analogue à la nôtre et quand nous prenions pour un mouvement de la na tion tout entière les coups de tète de quelques étu diants mécontents du joug prussien et les timides récriminations de quelques bourgeois outrés du sans- 1 (1) a II «st évident que, du point de vue de notre doctrine plus que des autres, 1 absolu dévouement de la personne au tout est possible, s Von H a rtk sss, Philosophie de l'Inconscient. — Voyez aussi les pages 190, 191 du Fondement Je la M orale de ScnorzxiuuER.
i56 L INITIATION gène de leurs petits princes. De l'autre côté du Rhin la philosophie n’a pas cessé d’ètre conservatrice: chez nous, elle a peu à peu sapé et miné les institutions et les croyances, elle a été progressiste et radicale. L’éclectisme n’avait pas abouti, son fondateur espé rait le répandre et l’ériger en doctrine nationale ; en réalité, il n’est pas sorti de l’Université, il n’a pas laissé de traces dans la littérature.
Or c’est par la litté rature qu’on peut le plus certainement juger de la force de pénétration d’une doctrine ou d'un système.
Il faut, pour qu’une philosophie obtienne les suffrages et soit consacrée par le succès dans notre pays, qui a produit Descartes et la logique de Port-Poyal, qu’elle présente des déductions claires basées sur des axiomes évidents et des inductions rigoureuses appuyées sur des faits certains : le spiritualisme de Cousin, la psy chologie éclectique, qui reposait beaucoup sur des mots, nullement sur l’expérience, ne remplissait pas les conditions voulues; la méthode scientifique,au contraire, qui, dans le domaine de la pratique, avait conduit à des résultats surprenants, à des découvertes dont l’éclat et la valeur frappaient les plus indiffé rents, s’imposait de plus en plus.
Ce ne sont plus comme en Allemagne des préoc cupations théologiques, morales ou politiques qui déterminent la victoire de telle ou telle doctrine, ce qu’on réclame avant tout c’est la rigueur, la précision et la clarté des raisonnements, ctla simplicité des dé finitions, qualités qui conviennent à la tournure posi tive que prirent les esprits au sortir de la crise roman tique.
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I 5 J La religion tombait en désuétude, l’Eglise n’avait pas su reconquérir son ancien prestigeque la Révolu tion lui avait enlevé; un Montalembert et un Lamen nais prêchaient dans le vide, la très riche bourgeoisie et l’aristocratie catholique les écoutaient à peine, la jeunesse portait ailleurs ses vues, ses espérances et ses ambitions, la science captivait et accaparait les intelligences les mieux douées, la politique devenait le refuge des ambitieux médiocres, la majeure partie, j’entends parmi les classes éclairées, de la nation, lassée par les bouleversements qui s’étaient succédé depuis 1789, se laissait gagner par le scepticisme et l’indifférence pour tout ce qui touchait à l’Etat, à sa vie présente ou à venir, et il ne lui restait que la foi au travail, une foi aveugle.
Elle avait fait du savant moderne son idéal et était toute disposée à recevoir de la bouche d’un savant les vérités nouvelles auxquelles elle aspirait.
Auguste Comte, mathématicien, ingénieur, fut l’homme de la situation; ainsi que Schopenhauer, il reste longtemps dans l’obscurité, mais son disciple Littré s’empare de ses idées, les divulgue dans ses écrits sous une forme simple et concise et bientôt la théorie positiviste compte ses adhérents par milliers. Quel fut l’effet produit ? (A suivre.)
PA R TIE LITTÉRAIRE I l I akir St^omme la Ilaine avait mis son poing sur les races, ifeiQuc les Omrahs pour quijleur isscnl ces splendeurs Sc détournaient de leurs rosiers sur les terrasses Et couraient vers le sang comme des chiens rôdeurs, Que partout. du Kounda, du Kouttar angulaire Et de l’épieu que sur le tigre il essaya, L'homme chassait à l’homme et que dans sa colère Parmi les Pouranas hurlait Cartikéia, Loin des cruels galops du cavalier mahratle.
Pour oublier les deuils de ce qui fu t Kachmir, Et les sanglots du Tadj cl ceux du Goudjcrate, Le fakir misérable et nu voulut dormir. Il Il choisit donc près du palais, sous les varangues, Une dalle au hasard dans le chemin par où Les éléphants vont boire au Jleuve, et sans harangues La déplaça, puis de ses mains creusa le trou.
LE FAKIR i5g Et quand sa tombe fu t assez longue et profonde Et qu’on eut apporté le coffre qu'il fallait : — O soleil ! que la nuit tous les deux nous confonde. Cria-t-il, se tournant vers le mont violet. A près quoi, dédaigneux de la crainte imbécile lionne pour les Çudrâs qu'on voit au bord des puits, Il replia sa langue en sa gorge, et docile.
Se fil boucher l’oreille et la narine ; puis Ses deux yeux s’étant clos à la clarté vivante, Avant même qu’un pli de sa face frémit, Tel un enfant que rien encore n’épouvante, Comme il avait voulu dormir, il s'endormit. Or, quand on referma sur lui la tombe vile, Qu’on replaça la dalle, à ce même moment Tout sous le ciel, tout au palais, tout dans la ville S ’empourpra, fu t lumière et gloire et flamboiement.
E t rêvant sur sa tour où le soir il respire, Le fier Djahir-el-din Mohammed, en habits De plaisance, sourit de se voir un empire Qui n’était que saphirs, diamants et rubis ! Et des mois, puis des mois furent sans que la pierre Fût levée et qu’on eût marqué même l'endroit Où le fakir donnait, la paix sous sa paupière Et la terre pesant, lourde au cercueil étroit. Mais un jour, comme l’œuvre effroyable étaitfaite E t qu’après le triomphe éphémère et les chants,
iGo l’initiation La mort avait repris la plaine et jusqu’au faîte Renversé le palais sur d'autres murs penchants. Voici que des bandits riant en leurs pensées Troublèrent son sommeil d'une vague rumeur Et que du ciel entra sous les dalles brisées. Ils cherchaient les Trésors, ils curent le Dormeur.
Et longtemps ce dormeur qu'un rêve encore égare Autour de lui chercha la ville et les Omrahs Et les chariots blancs que les bœufs de Nagare Traînent sous l'œil distrait des Çaïs au poil ras.
Puis un éclair, soudain, passa dans ses prunelles ; Il comprit, et hagard d’avoir tout embrassé, La désolation des guerres fraternelles Et l’avenir sanglant et le sanglant passé Il rentra dans sa fosse où pour des ans sans nombre S'étant enveloppé la tète d'un lambeau Et reployé, les mains aux genoux, dans son ombre: — Fils, leur commanda-t-il, referme$ le tombeau. R o iiert de la V illeiiervé.
HISTOIRES INCROYABLES A BRÛLER (Suite.) Vivre dans son atmosphère, me baigner dans les ondes dosa voix, dans les fluidités exquises de son
ESSAI SUR LA SITUATION PHILOSOPHIQUE I 57 La religion tombait en désuétude, l’Eglise n’avait pas su reconquérir son ancien prestige que la Révolu tion lui avait enlevé; un Montalcmbert et un Lamen nais prêchaient dans le vide, la très riche bourgeoisie et l’aristocratie catholique les écoutaient à peine, la jeunesse portait ailleurs ses vues, scs espérances et scs ambitions, la science captivait et accaparait les intelligences les mieux douées, la politique devenait le refuge des ambitieux médiocres, la majeure partie, j’entends parmi les classes éclairées, de la nation, lassée par les bouleversements qui s'étaient succédé depuis 1789, se laissait gagner par le scepticisme et l’indifférence pour tout ce qui touchait à l’Etat, à sa vie présente ou à venir, et il ne lui restait que la foi au travail, une foi aveugle.
Elle avait fait du savant moderne son idéal et était toute disposée à recevoir de la bouche d’un savant les vérités nouvelles auxquelles elle aspirait.
Auguste Comte, mathématicien, ingénieur, fut l’homme de la situation; ainsi que Schopcnhaucr, il reste longtemps dans l’obscurité, mais son disciple Littré s’empare de ses idées, les divulgue dans ses écrits sous une forme simple et concise et bientôt la théorie positiviste compte scs adhérents par milliers. Quel lut l’effet produit? W**\ (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE P $ À K I R SFjomme la Haine avait mis son poing sur les races, Que les Omrahspour quifleurissent ces splendeurs Se détournaient de leurs rosiers sur les terrasses Et couraient vers le sang comme des chiens rôdeurs. Que partout, du Kounda, du Kouttar angulaire Et de l'épieu que sur le tigre il essaya.
L ’homme chassait à l'homme et que dans sa colère Parmi les Pour a nas hurlait Cartikéia, Loin des cruels galops du cavalier mahratte, Pour oublier les deuils de ce qui fu t Kachmir, Et les sanglots du Tadj et ceux du Goudjerate, Le fakir misérable et nu voulut dormir. Il choisit donc près du palais, sous les varangues.
Une dalle au hasard dans le chemin par où Les éléphants vont boire au fleuve, et sans harangues La déplaça, puis de ses mains creusa le trou.
LE l'AKIH i59 Et quand sa tombefut asscÿ longue et profonde Et qu’on eut apporté le coffre qu'il fallait : — O soleil ! que la nuit tous les deux nous confonde. Cria-t-il, se tournant vers le mont violet. Après quoi, dédaigneux de la crainte imbécile Bonne pour les Çudrâs qu’on voit au bord des puitst Jl replia sa langue en sa gorge, et docile.
Se fit boucher l'oreille et la narine ; puis Ses deux yeux s'étant clos à la clarté vivante, Avant même qu'un pli de sa face frém it, Tel un enfant que rien encore n'épouvante, Comme il avait voulu dormir, il s'endormit. Or, quand on referma sur lui la tombe vile, Qu'on replaça la dalle, à ce meme moment Tout sous le ciel, tout au palais, tout dans la ville S ’empourpra, fu t lumière et gloire et flamboiement.
Et rêvant sur sa tour où le soir il respire, Le fier Djahir-el-din Mohammed, en habits De plaisance, sourit de se voir un empire Qui n'était que saphirs, diamants et rubis ! E t des mots, puis des mois furent sans que la pierre Fût levée et qu'on eût marqué même l'endroit Où le fakir dormait, la paix sous sa paupière El la terre pesant, lourde au cercueil étroit. Mais un Jour, comme l’œuvre effroyable était faite E t qu'après le triomphe éphémère et les chants,
i6o l’initiation La mort avait repris la plaine et jusqu’au faite Renversé le palais sur d’autres murs penchants. Voici que des bandits riant en leurs pensées Troublèrent son sommeil d'une vague rumeur Et que du ciel entra sous les dalles brisées. Ils cherchaient les Trésors, ils eurent le Dormeur.
Et longtemps ce dormeur qu’un rêve encore égare Autour de lui chercha la ville et les Omrahs E t les chariots blancs que les bœufs de Nagare Traînent sous l’œil distrait des Çaïs au poil ras.
Puis un éclair, soudain, passa dans ses prunelles ; Il comprit, et hagard d’avoir tout embrassé, La désolation des guerres fraternelles Et l'avenir sanglant et le sanglant passé Il rentra dans sa fosse où pour des ans sans nombre S'étant enveloppé la tête d'un lambeau Et reployé, les mains aux genoux, dans son ombre: — Fils, leur commanda-t-il, referme{ le tombeau. Robert de la Villehervé.
HISTOIRES INCROYABLES À BRULER (Suite.) Vivre dans son atmosphère, me baigner dans les ondes de sa voix, dans les fluidités exquises de son
A BRULER 16 I regard, voilà ce que je rêvais... et elle m’eût refusé ce bonheur. Pourquoi donc ? VII Je ne la vis que vingt-quatre heures plus tard. J’étais complètement rétabli : même jamais je ne m’étais senti si fort, si ardent. Je sentais circuler en moi la force vitale, chaude, vibrante.
Georges vient me chercher dans ma chambre pour me conduire à la salle à manger où Sitû nous atten dait. — As-tu parlé de moi à ta sœur ? lui demandai-je avec la désinvolture d’un homme sur d’avance du succès. 11 secoua la tète et ne me répondit pas : mon cœur se serra et je pâlis.
J’eus alors la notion d’un danger inconnu, contre lequel je serais impuissant à lutter; ce fut comme une jalousie dont l’objet réel m’échap pait, mais qui me causait une intolérable souffrance. J’entrai. Sità était debout, et alors, mieux encore que dans le premier trouble du réveil, je vis l'adorable perfection de cette créature, qui peut seule caractériser le mot prononcé par son frère — la prêtresse.
Dans l’élancement de sa taille souple, dans la ligne de ses épaules, de son cou, de son corsage, dans la rectitude adoucie des plis de sa robe, il y avait je ne sais quelle placidité religieuse qui troublait et attirait à la fois. Ses cheveux noirs, par un arrangement non cherché, faisaient à son front un bandeau mystique, et dans ses yeux profonds et doux, le regard se perdait, ainsi qu’il arrive, lorsque le soir, par fan6 w
1Ô2 l’injtiation taisic, étendu sur le dos, on plonge dans les gouffres de l’immensité nocturne. Elle ne me tendit pas la main, je ne lui ofiris pas la mienne : je ne me sentais pas le courage des bana lités.
Lorsque nous fumes assis, j'attendis qu'elle parlât, certain de retrouver au premier mot prononcé la note dont en moi j'avais conservé l'écho. — Monsieur, me dit-elle, mon frère, qui vous aime beaucoup, a bien voulu me consulter à votre sujet. Est-il bien vrai que vous soyez décidé à par tager nos travaux et nos études?... J’hésitai à répondre. Je venais de mire une remarque nouvelle.
Sa voix — cette voix qui dut être celle du Sphynx parlant à Œdipe — s'accordait, comme en une sorte de tierce, à celle de son frère : et je sentis tout à coup que In mienne, intervenant, allait sonner faux ; et cette conviction, qui était exacte, s’imposa si fort ;\ moi que je m'inclinai, sans prononcer un mot : — Voulez-vous me permettre, reprit-elle, de vous faire connaître mon impression, en toute franchise : j’espère que vous ne vous en blesserez pas, puisqu'on réalité mes objections s’adressent moins à vous per sonnellement qu’à la race française à laquelle vous appartenez... — Mais n’es-tu pas Français comme moi ? m’écriai-je étourdiment en m’adressant à Georges.
11 sourit et, me touchant doucement le bras : — Ecoute ma sœur, fit-il. — Nous sommes Français en effet, reprit Sità. Mais
A BRULER I 63 qui sait exactement quelle est sa descendance ? En ce moment, il s’agit non de nous, mais de vous seul. Eh bien, je crois que vos qualités même, inhérentes à votre origine toute gauloise, toute parisienne, sont un grand obstacle à vos désirs.
En l’étude qui vous attire, vous voyez surtout le côté philologique... et même si j’en crois certains mots qui vous sont échap pés pendant votre léthargie, vous êtes surtout entraî né par la curiosité innée en tout homme, curiosité du mystère, de l’occulte...
Répondcz-moi franchement, ne vous imaginez-vous pas, d’aventure, que la con naissance profonde de langues orientales peut donner, aux adeptes, accès dans un monde surnaturel, où s’acquièrcntdes pouvoirs... magiques. Et ne serait-ce pas là, dites-lc moi, la raison vraie de votre ardeur de néophyte ?...
A ce moment, ses yeux étaient fixés sur moi, et, chose singulière, il me semblait que je sentais sur mon front, sur mes tempes, les effluves réels, maté riels, tangibles et touchants de ce regard : et mon émotion fut telle que je répondis vivement : — Vous lisez donc dans ma pensée ? Puis je m'arrêtai brusquement,ennuyé de la vibra tion inharmonique de ma propre voix.
Ses paupières se baissèrent, et elle reprit doucement: — Vous voyez bien que déjà vous m'attribuez, je ne sais pourquoi, un pouvoir surnaturel. Quoi qu’il en soit, mon observation a louché juste... — Est-ce donc un crime, m’écriai-je, que de rêver l’élargissement des facultés dont vous a doué la na ture ?
164 • l’initiation — Non, certes, dit Sitâ. Le devoir de l’homme est de devenir meilleur, et tout ce qui est bon est puis sant. iMais si cette puissance peut être acquise — ce que je n’afFirme ni ne nie, bien entendu, consciente que je suis de mon ignorance — elle n’a de valeur qu'en raison du résultat cherché !
Supposez un instant que vous soyez doue d’un pouvoir supérieur, en de certaines proportions qui vous permettent de changer plus ou moins l'ordre de la nature — supposez que vous puissiez... tenez... vous transpor ter instantanément d’un lieu à un autre, pénétrer à travers les corps matériels, ou bien encore découvrir les trésors cachés... que sais-je?
Je cherche dans les actes légendaires des magiciens ce qui pourrait con venir à ma thèse... je vous demande de dire quel usage vous feriez de ce pouvoir... Je balbutiai, ne trouvant pas la réponse topique : —Vous emploieriez votre force, reprit Sitâ, à con quérir la gloire... vous voudriez être puissant parmi les puissants... je ne vous parle même pas de richesses, de luxe, de satisfactions matérielles.
Vous pouvez être assez généreux pour les mépriser...
Mais n’éprouveriezvous pas un infini bonheur à devenir l’idole de vos contemporains, à les dominer de toute la hauteur de votre énergie, à vous entendre saluer Maître, Roi... ne concevez-vous pas dans votre cerveau les joies im menses du pouvoir accepté, respecté... de l’universelle acclamation, vous saluant au passage, du salut de tout un peuple enthousiaste... dites... est-ce que vous repousseriez ce rêve ?... — Fallût-il ma vie pour en obtenir la réalisation,
A BRULER 165 m’écriai-jc dans un transport dont je ne fus pas maître, je suis prit à la donner... Et, frémissant, emporté par l’illusion splendide et dominatrice, je regardai Sitâ, hardiment, comme pour lui ofTrir de partager avec moi cette puis sance... — La science que vous cherche/, reprit-elle plus froidement, impose à l’homme l’abnégation la plus absolue le renoncement complet, irrémissible, à toute ambition et tout égoïsme.
Son acquisition a pour condition première la conception de la charité, de l’amour d’autrui, du sacrifice, en leurs acceptions les plus profondes. Toute science donne puissance, ceci est un axiome. La nôtre ne donne puissance que pour le bien... le bien de l'humanité tout entière.
S'il pouvait arriver —ce qui est impossible — qu’un de ceux qui la possèdent conservât une pensée d'in térêt personnel, par ce seul fait, il ne serait plus qu’un ignorant et il retomberait plus bas que le plus bas des parias et des esclaves...
Voilà ce que vous ne saviez pas, monsieur, lorsque vous avez demandé à mon frère de partager nos travaux, voilà ce qui m’en gage à lui donner le conseil de vous mieux avertir que je ne le puis faire moi même. Réfléchissez donc, et encore une lois, pardonnez-moi... — Réfléchir I m’écriai-je. Mais vous ne m’avez donc pas compris ! Sais-je seulement ce que je veux? A mon tour, ne vous blessez pas si je vous dis que vous m’avez tendu un piège...
Quel homme eut entrevu, sans frissonner de passion, le tableau que tout à l’heure vous traciez devant moi... alors que vous me
l'initiation jetiez en des horizons de gloire et de puissance où l:âme sent le vertige. Et de cette puissance, qui vous dit que je ne rêvais pas. dès lors, dans une vision ra pide, de n’en user que pour le bien d’autrui... niais je ne veux pas discuter. Je m’étais mépris, j'ai butté contre l’obstacle que vous-même placiez devant mes premiers pas... je reconnais mon erreur, je la con fesse, je la maudis.
La voie où je me veux engager est autre, je l'accepte,avec ses souffrances, avec ses renon cements. avec son martyre, s’il le faut... Vous l’avez dit, je suis un néophyte, un apprenti, un enfant... mais puisque tous deux vous apprenez la charité, l’essentielle bonté, pourquoi repousseriez-vous mon bon vouloir et ma sincère résolution? Je vous en supplie... Georges le sait, je n’ai point de but dans ma vie.
Je me sens attiré vers ces travaux par une attrac tion puissante... Quel que soit votre chemin, je veux le suivre... et si je n’y rencontre que souffrance et désillu sion.eh bien ! vous m'abandonnerez, et sans un soupir, sans un reproche, je vous verrai partir seuls pour les régions lumineuses où je n’aurai pu vous suivre ! — Poète ! fit Georges en riant.
Poète, peut-être, mais surtout... dirai-je amoureux! non. le mot ne rend pas l’exquis et poignant sentiment qui m’envahissait de plus en plus.
Je ne m’apparte nais plus : je me sentais devant elle humble comme le valet qui tremble d’ètre chassé 1 Ah! je l'aimais, je l’adorais... comme je l’aime et je l’adore à cette heure où n’ayant pris de son trésor de science que la parcelle maudite, je m’en vais affronter la mort pour me rap procher d’elle !
A BRULER 1 6 7 A cette tirade romantique, Sitâ n'avait rien répon du : mais j’avais vu se répandre sur son visage un voile d'indicible tristesse. Craignant de l’avoir blessée par quelque expression trop vive — que je m’essayais d’ailleurs en vain à retrouver dans ma mémoire — je me lus à mon tour.
Mais Georges, devinant mes préocupations. mit la conversation sur un autre sujet, et nous causâmes du passé de mon enfance, tandis que Sitâ. toujours silen cieuse, semblait absorbée en une méditation intime.
Tout à coup, à cûté, au-dessus de nous,—je n’aurais pu dire alors d'où cela venait — jaillit le son clair, mais extrêmement doux, d’une clochette ; c’était comme si on eut frappé légèrement d’une lame de couteau un verre d'une exceptionnelle finesse, cela et autre chose cependant, un son plus pur, plus éolien. Sitâ et son lrêre tournèrent brusquement la tête et se regardèrent. La jeune fille était un peu pâle.
Elle semblait interroger Georges des yeux. 11 dit seule ment : — Oui, oui... va! Sitâ se leva : comme par un mouvement instinctif, ses deux mains se croisèrent sur sa poitrine, et de son pas lent, mais ferme, elle sortit de la pièce. Georges l'avait suivie du regard, et je lisais sur son front une sorte d'inquiétude : — Qu’était-ce donc que ce coup de clochette ? lui demandai-je. Un appel ? Il me considéra, comme si tout d’abord il n’cùt pas compris ma question. Puis il répondit : — Oui, un appel...
l’initiation — J’aurais juré, repris-je, que cette clochette avait tinté ici même, dans.l’air qui nous environne... Georges me prit la main et, d’un ton plus sérieux qu’à l’ordinaire, me dit : — C’est un appel. Je ne puis rien te dire de plus. Et entre nous le silence s’établit de nouveau, lui jetant les yeux vers la porte par laquelle Sità était sortie, moi, immobile et oppressé, comme si tout à coup je m’étais trouvé sur le seuil de l’inconnu.
Un quart d’heure s'écoula qui me parut un jour. Puis du dehors, à travers la porte, Sità appela son frère qui se leva aussitôt et disparut à son tour. Resté seul, je laissai tomber ma tète dans mes mains. Que disait Sità à son frère ? Avait-elle deviné mon secret, et allait-elle prononcer l’ordre de mon exil? Et à cette pensée, j’éprouvais une telle douleur que je me sentis mourir. M’étais-jc donc si vite si niaisement trahi?
Quelle jeune fille ne se fût pas trouvée blessée d'un aveu aussi brusque, aussi brutal pour mieux dire? Mêlas 1 je ne la connaissais pas encore, et j’igno rais de combien de vanité stupide était faite ma crainte. Georges revint bientôt et me dit: — Sità restera dans sa chambre toute la journée.
Si vous le voulez, nous irons prendre l’air, comme jadis, quand mon père vivait... — Soit, lui dis-je, mais m'excuserez-vous de vous adresser une question ? — Laquelle? — Ma requête est-clic définitivement rejetée?
A BRULER 1 6 9 Il fixa sur moi son regard doux et bon: — Demain, dit-il, vous pourrez commencer vos études. Je poussai un cri de joie en le remerciant avec effusion. — Ne vous hAtez pas de vous réjouir, reprit-il ; qui sait si toute votre vie vous ne regretterez pas d'avoir obtenu ce consentement. Oh ! je ne l’écoutais pas, je ne l’entendais pas. Elle m’accueillait, elle ne me chassait pas; j’allais, A chaque heure, vivre de sa vie !
Et maintenant je sais que Georges disait vrai.. Je ne regrette rien, mais je suis perdu 1... VIII Mon installation s’effectua rapidement. Un appar tement sc trouvait libre sur le même palier. Je l’occu pai immédiatement. II fut convenu, à ma grande joie, que nous prendrions nos repas en commun. Les études devaient occuper tout notre temps. En somme, j’étais l’hôte de Georges et ne rentrais chez moi qui le soir.
Alors commença pour moi une année qui fut toute de délices: j'avais accepté dans sa réalité ce rôle d’élève que j’avais sollicité! Elève A la fois de Georges et de SitA, celle-ci sc chargeant plus spécialement de la haute surveillance de mes études. Certes, le Pari sien qui eut pénétré à l’improviste dans cet apparte ment, où deux jeunes gens et une jeune fille passaient presque en totalité leurs journées,eut été bien surpris. Auprès de la bibliothèque où se tenait le plus souvent
170 l' initiation Sità, étudiant des manuscrits, prenant des notes, creusant jusqu'au tuf la science des anciens aryens, Georges, dans un cabinet où se trouvaient seulement deux bureaux et quelques chaises, me faisait la leçon comme à un écolier. Tout d’abord, il m’avait été imposé d’apprendre l'anglais, non seulement dans son vocabulaire cou rant, mais surtout dans sa terminologie scienti fique et métaphysique.
Malgré l'effrayante aridité de cette tâche,je l’accomplissais avec une ardeur joyeuse. Les Hindous modernes, m’avait expliqué Sità, com mentent en la langue de leurs dominateurs les an tiques écrits dont les originaux, cachés dans les Temples de l’Inde du Sud, ne sont pas encore livrés au public.
11 importe donc, pour pénétrer plus avant dans les arcanes de la science sacrée, de comprendre par quelles expressions des langues occidentales, ils traduisent les idiotismes philosophiques dont, à priori, le sens peut nous échapper.
Et, de fait, quoique en six mois je fusse parvenu — tant était grande ma persévérance — à lire couramment n’im porte quel texte anglais, dès que j’ouvrais une-œuvre due à un Hindou et traitant des théories bouddhiques, il me semblait pénétrer dans un monde inconnu où tout n’était que nuages.
Je compris alors la parole de Sità, alors qu’elle avait opposé à mon désir ma qualité de Français : il y a en nous une netteté de déduction, une mathéma tique de bon sens, si je puis dire, qui s’accom mode mal de la ténuité des argumentations métaphy siques, de la délicatesse du fil qui unit une idée à
A BRULE» *7J une autre: ayant le génie de l'assimilation, il nous manque par cela mime la patience des lentes argu mentations. A tout instant, il me semblait avoir compris, dans son ensemble, le système cosmogonique et historique des Hindous et je l’exposais, victorieux, dans un flux de paroles qui s'enchaînaient, croyais-je, selon les règles d’une logique inflexible. Alors intervenait SUA.
C’était le soir, alors que le travail actif avait cessé, et que tous trois nous deman dions à la conversation un délassement à nos silences du jour. Je parlais : fier de moi, j'entendais prouver que j’avais posé le pied sur le seuil du temple où — dans ma pensée — j'entrerais en triomphateur, avec Elle ! Et voici que d'un mot, Sitû me rejetait dans les profondeurs de mon ignorance.
Je l’écoutais, ravi même de ses critiques, savourant cette voix qui était ma vie. L'avoucrai-je ? J’entendais la mélodie, notant une à une ses finesses, ses rythmes, scs arabesques musicales qui me charmaient et m’enivraient.....et de l’autre science je percevais bien peu de chose.
Cependant peu à peu la lumière se faisait en moi : j’avais franchi un premier pas, car j'avais perdu cette conviction que la science moderne — j'entends celle des Occidentaux — science purement matérielle, posi tiviste et qui se tient à l'écart de toute spéculation métaphysique — fût le dernier mot de la connaissance humaine.
Mon horizon s’était subitement élargi et j'avais admis la possibilité d’une science plus haute, touchant à la destinée des Êtres: j’avais entrevu — non sans quelque effroi — le cycle sublime dans lequel se
172 l ’initiation meut la vie — de la Matière à l’Esprit — depuis les manifestations les plus grossières jusqu’à la dilatation la plus infinitésimale, jusqu'à l’Unité! Cette science était-elle encore en son enfance et ne se développerait-elle que lorsque la science purement matérielle aurait résolu sa dernière équation?
Je per cevais maintenant, en me pénétrant des écrits hin dous. l'cxistencede personnalités mystérieuses, adeptes de la science pure et doués de pouvoirs qui, sans excéder les facultés de l’humanité, en constituent au contraire le développement, mais poussé jusqu'à des limites qu'il ne nous est pas encore donné d’atteindre, en l’état de civilisation toute matérielle où nous vivons.
Je fus frappé alors de la lumière, jetée tout à coup sur le monde des forces spirituelles, par les phéno mènes d’hypnotisme, de suggestion, d’influence des médicaments à distance, que nos professeurs étudient aujourd’hui dans les hôpitaux: il y avait là pour moi la démonstration éclatante d’une puissance psychique, dont les effets, soumis à l’expérimentation exacte, pouvaient et devaient être formidables.
Les adeptes Hindous — ceux qu'on désigne sous le nom de Mahatmas — sont-ils en possession de la totalité de ces Forces, où n'en ont-ils acquis encore que quelques parcelles? Quoi qu’il en soit, j'avais la conviction qu’il leur était permis d’accomplir tels actes qui, à mes yeux, semblaient des miracles, et qui cependant pouvaient s’expliquer par le développe ment supérieur de la puissance fluidique ou psy chique.
A BRULER I73 Quand je soumis ces idées à Sitâ, elle s'efforça de m’en détourner, — non qu'elle en niât la justesse, du moins sous certaines réserves, mais elle me dit : — Mon ami, si vous travaillez avec nous pour acquérir la puissance, vous faites fausse route. — Quel est donc votre but ? m’écriai-je. — Le bien de tous, répliqua-t-elle en fixant sur moi scs grands yeux noirs. — Mais ne sais-je pas moi-môme que vous possé dez déjà des facultés supérieures, conquises par votre persévérance...
Ne sais-je pas que vous ôtes en rela tion, par une sorte de télégraphie psychique avec les Adeptes de l’Inde, ne sais-je pas que, si quelque communication vous doit être faite, vous ôtes avertie par le son d’une clochette aérienne?... ne sais je pas enfin que certaines lettres, adressées par vous aux Indes, reçoivent leur réponse sans que les délais — réguliers, matériels, humains — soient écoulés — et n’est-il pas naturel que je désire, moi aussi, obtenir cette multiplication de facultés... — C’est-à-dire, reprit Sità en souriant, que vous me prenez pour une magicienne et que vous voulez devenir vous aussi un magicien... — Pourquoi non ?
En vous rien ne peut ôtre cri minel... c’est vertu que de vous imiter et de vous suivre... Et en lui parlant, je m’efforçais de mettre toute mon àmc sur mes lèvres. Comprenait-elle l’amour profond que je lui avais voué ? Comprenait-elle pourquoi je me soumettais à cette claustration, pourquoi je me rapetissais à ce rôle de disciple auquel on mesure la
l’initiation • 7 4 science, comme s’il n’était pas capable de la suppor ter, pourquoi enfin je voulais — oui, je voulais main tenant — posséder cette puissance que je devinais... et qui me ferait son égal, sinon son maître. Ah ! que j’eusse donné ma vie pour la voir à son tour, attentive à mes leçons, témoigner par son atten tion de son admiration attendrie !
Quelle torture c’é tait pour moi, quand je m’épandais en théories qui me paraissaient sublimes, que de surprendre au coin de sa bouche un sourire amicalement ironique. Ce soir-là. profitant de la familiarité qui peu à peu s'était glissée entre nous, j’insistai. Je lui reprochai son orgueil. Pourquoi ne me croyait-elle pas digne de m’élancer, comme elle, comme son frère, jusqu’aux plus hautes sphères de la métaphysique?
Est-ce que je niais, est-ce que je discutais seulement les principes que j’avais acquis d’elle? Est-ce que je n’admettais pas comme une vérité l’existence d’une force spiri tuelle indépendante de la forme physique et pouvant, par la méditation, par l’étude, par la volonté, s’épurer de plus en plus?
Est ce qu’au dessus de ccttc form e physique et de cette force vitale, je n’acceptais pas l’existence de la conscience, expression suprême, quant à la créature humaine organisée, de la force psychique liée au corps? Est-ce que je me refusais à concevoir l’existence de races supérieures à la nôtre, purement spirituelles, et s’élevant par une évolution admirable à la fusion de l’Esprit individuel dans l’Es prit Universel et non différencié? Je disais tout cela, passionnément, comme si chaque mot n’avait eu qu’une seule signification :
A"BRULER 175 Amour!— Comme si, en déifiant sa science, je l’eusse déifiée elle-même. lit elle ne me répondait pas, s’absorbant dans une méditation qui mcttaità son front un pli douloureux. Je lui faisais pitié, sans doute ! Je m’irritai alors, je m’emportai, je l’accusai d’cgoïsmc et d’insensibilité. Je n’étais plus, après tout un enfant auquel on fît la leçon, un gamin dont on di rigeât les lectures.
J’cn savais assez maintenant pour avoir droit à la science totale... et je la réclamais... et je l'exigeais... Sitâ me dit : — Pas encore 1 — Mais pourquoi ? pourquoi ? Elle se leva, me regarda en face et me répondit : — Parce que vous n’ètcs pas bon ! Je reculai, foudroyé non pas seulement par ce mot horrible, mais par l’irradiation de son regard qui glaça mon cerveau.
Je crispai mes deux mains sur mon visage pour me soustraire à cet effet ; et après quelques secondes, pendant lesquelles il me sembla que j’endurais les affres de la mort, je regardai de nouveau. Elle avait disparu. Georges me prit les mains, s’efforçant de me ra mener au calme. Son.intervention ne fit que m’exas pérer davantage. Je m’exhalai contre lui en reproches furieux. C'était à son influence que je devais la haine de sa soeur.
D’ailleurs n’était-ce pas un crime que de condamner une jeune fille à ces études arides et sans but? Etait-ce là le rôle d’une femme dans la vie? S’il était, lui, sous l’inllucncc de charlatans que
l’initiation 176 je ne connaissais ni ne voulais connaître, avait-il le droit de leur livrer l’âme et l’intelligence de Sitâ ? Fallait-il que j’en vinsse à lui attribuer je ne sais quelles ambitions égoïstes, pour la satisfaction des quelles sa sœur n était qu’un instrument?... Georges m’arrêta d’un geste: — Écoute, me dit-il. Je ne te répéterai pas les der nières paroles de ma-sœur. Je veux espérer qu'elle sc trompe.
Ne me force pas à la croire. Lorsque tu as demandéâ étudier avec nous, tu asélésoigneusement, sincèrement averti. La science est une arme à double usage, selon les mains qui la tiennent, épée de l’ar change ou poignard de l’assassin. Songes-y.
Le mythe d’Hcrculc hésitant au carrefour, est profondément humain : deux routes s’ouvrent devant toi, l’une, la nôtre, mène à la Bonté suprême, au Bien... l’autre, je te laisse â comprendre où elle conduit... Seulement souviens-toi que, selon la route choisie, tu devras ou nous suivre ou... te séparer de nous... IX Oh ! combien fut atroce cette nuit, où je m’interro geai, face à face avec moi-même.
Et ce que j’écris ici n’est pas une vaine métaphore. Oui, cette nuit-là, j’eus la notion positive, indiscu table du phénomène que j’ai tant étudié depuis, et dont tout à l'heure je vais poursuivre la réalisation jusqu’à la limite suprême, ou la Vie et la Mort ne sont séparées l’uncde l’autre que par un point mathé matique. ' Donc j’étais rentré dans mon appartement, énervé,
LA VICTOIRE *77 fiévreux, sentant dans ma poitrine un foyer de colère qui ne se répandait pas au dehors, mais dont au con traire je sentais la flamme me briller toutentier, la cha leur courir le long de toutes mes fibres, pénétrer dans les replis de mon organisme, J’étais en ce moment comme une chaudière qui porterait son foyer en ellemême et qui n’aurait point de soupape d’échappe ment.
Tout mon être physique était en quelque sorte dis tendu par une pression trop forte. J ules Lermina. (A suivre.) LA YICTQIRE ^e Mage d’aujourd'hui, penché sur le Mystère, {Dérobe aux Sphinx muets les Arcanes des choses : Les lèvres de la Nuit par son baiser décloses Laissent le Jour immense illuminer la Terre.
Cabbalistes, sursum ! il n'est plus temps de taire A ux peuples moribonds la Merveille des Gnoses : Voyeç à l’Orient ces feux d'apothéoses, Nimbes promis au front du rêveur solitaire ! Sohar, Apocalypse, 6 Lumières, sans trêve Rayonnerayonneç sur notre Crépuscule ! Après quatre-vingts ans, le Siècle enfin sc lève.
L INITIATION I78 Le sinistre Sat/ian qui ricanait recule Les Prêtres d'Alohtm triomphent, et l'Aurore, Grand aigle éclaboussant les Ténèbres, s'essore. E dm ond F a z y . LA CAUSE tout temps subsistait une essence première, <4fÿ Deux Jluides unis, la vie et la lumière, L’une ayant fécondé l'autre de ses rayons La matière surgit.
Le globe oit nous Juyons Fut lancé dans les airs en vivante étincelle Déchet de ceJbyer lumineux qui ruisselle Et par la loi des corps tendant à s’épurer Rejette tout ce dont il se voit saturer. Ainsi furent créés ces millions de mondes Qui balancent dans l'air leurs rochers et leurs ondes Epaves du soleil, fru it de l'enchantement De io/i insatiable et long enfantement. Mra* R o g e r d e N e s l e .
Trois Nouvelles, par Manobu nr G iuhofort. — Librairie de l'Art. 39, Ciléd'Anlin. La semaine dernière, flânant « ia Librairie de l'Art, j’avise les exemplaires Trais éclos d'un volume à la cou verture galamment illustrée par H. Gray. — Ce sont les envois de l’auteur, me dit l’Editeur,
1I1M.I0 GRAPIIIE '79 de lu cité d'Antin, un hcrmite qui vaut bien celui de la Chaussée. Je prends un volume et je lis: Jacques Saur cl. — Pre mière aventure. — Mariage d'amour. Trois Nouvelles signées Manuel de Grandlort. Indiscret, comme il convient, j’ouvre et vois cette dédicace, écrite d'un trait solide, mais fin : A mon ami X... son ami, Manoel de Grand/ord. Son ami ? Eh 1 non I — Non, non, non 1 Son amie. J1 manque un e en ceci.
Car Manoel de Grandfort a le bonheur de n’avoir pas l’honneur d'appartenir au sexe a qui les Lettres doivent l'affaire Colombine, Manoel de Grandfort est une femme, l’auteur très délicatement féminin d'Octave et de Ryno, de VAutre monde et de la Cousine d'André, romans romanesques en leur vérité simple, pages émues où la femme éclate à chaque ligne, où forme et pensée prouvent la femme, la femme qui se dénonce par sa ponctuation meme.
En ellct, où nous mettrions une virgule, la femme met un point d’exclamation. Et, entre parenthèses, comme elle le place bien 1 Tu auras beau te cacher, violette, ton parfum te trahira toujouis, trahison qui est ta gloire et notre bon heur. Jamais Sévigné ne se fera prendre pour CorneilleDonc il s’agit ici d’un bouquet d'Eternel féminin. Respircz-lc, car il embaume ! La plus belle qualité de la femme est de ce pas être homme, a dit Gautier.
Et l’auteur de Mademoiselle de Maupin s'y connaissait. Jacques Saurel est un peintre dont Mm* d’Armally fait tressaillir la palette... et le cœur. Et, tout en produi sant son chef-d'œuvre, le portrait de la femme au man teau de velours, l’artiste devient fou d'amour. Pygmalion, « qui n’est qu’un enfant •, il veut briser sa statue le jour où il s’aperçoit qu’il ost loin d’avoir été le premier amant de sa maîtresse.
Et le jour où la maîtresse apprend que son amant sait la vérité, elle cesse de l’ai mer, cette créature si véritablement féminine < ù qui l’on
i So L INITIATION ne plaît qu'autant qu'on la croit d'uno angélique pureté > observation profonde et vraie car toutes, au fond, sont ainsi ; toutes, elles regrettent l'ange I Et l’analyse des combats déchirant ces deux êtres en proie à la dévorante passion, à la véritable passion, ccllc-là qui ne va pas sans contenir un dixième de haine, fait de Jacques Scturel une page littéraire des plus cap tivantes, un chapitre de la douleur humain: des plus cruellement réels.
Au reste, le portrait du peintre aussi bien que celui de son modèle sont figurines ce ce temps et l’écrivain les a graphiées d’un trait si ne: que, pour ne les point reconnaître, il faudrait être aussi étranger au Salon qu’aux Salons. Première aventure est le poème d'une âme toute neuve férue d'une pantoufle rose, caligucccndrillonnienne chaussée par certaine Rosine on ne peut plus moderne.
Bcdinage, fantaisie, caprice, cela n'est rien et cela est exquis, plein d'agrément et de charme. Un petit pied monte si vite à la tête 1 Et vous danse si cruellement sur le coeur ! Mais le fin bijou, la perle rare est la troisième Nou velle, Mariage d'amour, qui pourrait s’appeler Grandmcrc et que nul ne lira sans en être profondément remué de la plus noble et de la plus saine émotion.
Simplicité 1 tu es le grand secret I Alice, son mari Georges Brunières et son fils Francis, la tante Sarah et l’oncle Harry sont dessinés avec la plus spirituelle délicatesse. Mm” de Varbes, lagrand’mamen dont le cruel orgueil est à la fin vaincu par la ten dresse de nature, est gravée de main d'artiste. En somme, trois fleurs de couleur et de parfum dif férents, mais toutes trois diaprées et du plus doux par fum.
Et, qualité moins fréquente qu’on ne saurait ima giner, ce livre est écrit en français, l’auteur se servant simplement de notre belle langue claire pour dire ce qu elle a à dire et se gardant bien de jamais demander des sièges dans le pathos de Madelon. J ules de Marthold.
UNE IMPORTANTE DECOUVERTE 181 üîi3 îîaïraTÀïiTS D icouvaR T a ( Communication de AI.
CHARLES HENRY, h l'Académie M. Charles Henry a présenté îi l'Academie des BeauxArts, dans sa séance du 22 décembre, trois instruments nouveaux : un Cercle chromatique, un Rapporteur et un Triple décimètre esthétiques et il a résume lu théorie qui doit prochainement être publiée en même temps que ces appareils : M. Charles Henry lait observer que la science n'a point fourni jusqu'ici au peintre, des ressources tech niques aussi complètes qu’au musicien.
Les peintres ont très souvent besoin de la teinte complémentaire, c’està-dire de la lumière coloree qui, mélangée avec une autre, donne la sensation de blanc : ils doivent à chaque instant résoudre rapidement des problèmes de pouvoir éclairant, d'harmonies, de mélanges de lumières colo rées et de pigments.
Leurs solutions, parfois laborieuses, sont toujours empiriques, car elles dépendent, dans une certaine mesure, de l'individualité de l’artiste. Il était essentiel de pouvoir fixer les lois normales des complé ments, des mélanges, des harmonies de lumières colorées et de pigments. C’est l'objet du Cercle Chromatique. L'auteur pose le problème esthétique sous une forme nouvelle.
Nos sensations et nos idées n’oll'rant aucune prise au calcul.il était urgent de les rattacher à des phé nomènes susceptibles de mesure. Or, s’il est un fait bien établi par l'observation psychologique, c’est qu'il n’y a pas de sensation d'idée sans mouvement du sujet.
Si on empêche les mouvements des organes des sens, on empêche la sensation qui correspond à un arrêt de ces mouvements; si on impose uu sujet une attitude, on lui suggère l’idée corrélative. On peut donc considérer les fonctions pyschiques comme des mouvements vir tuels de l'être vivant.
Par des considérations évidentes et une esquisse sché matique de notre mécanique naturelle, l’auteur prouve que l'être vivant, ne pouvant décrire que des cycles (circonférences décrites dans un sens) de rayon defini.
| 8 2 l'initiation exprime ses diverses excitations, au moyen de change ments de direction, virtuels ou réels, de sa force, le sens de ces directions (en haut ou en bas, à droite ou à gauche), marquant la nature agréable ou non des excitations. La direction est donc l'élément représentatif commun à toutes les sensations.
Les directions diffèrent plus ou moins, au maximum ou au minimum, successivement ou simultanément : c’est la fonction de contraste. Lorsque les directions diffèrent de certains angles réa lisables continûment par notre mécanique naturelle, qui est celle du compas, il y a rythme.
Lorsque les directions appartiennent à des cycles de rayon trop grand pour être décrits continûment, et que les nombre» d'unités de mesure de ces directions consi dérés comme des dénominateurs de fractions de cycle sont réalisables continûment pour notre organisation, il y a mesure.
Les procédés généraux de réaction de l’ctre vivant une fois établis et mathématiquement étudiés, M. Charles Henry peut aborder scientifiquement les problèmes de couleurs, fixer les trois couleurs-lumières fondamentales, les quatre pigments fondamentaux, construire son cercle chromatique d’apres les principes rigoureux et non d'a près des conventions, comme les dispositifs adoptés jus qu'à ce jour, exposer les principes d’une polychromie rationnelle, déduire les phénomènes d’irradiation et les moyens de les empêcher, déterminer le pouvoir éclairant des différentes parties du spectre, lixer l'ordre dans loquel il faut ranger les couleurs au point de vue de la fatigue.
Il énonce ensuite les lois du contraste des lu mières et des couleurs, les relations de ces lois avec la vision binoculaire et la théorie du relief; il déduit les oscillations de la fonction de complémentaire observées pour les couleurs-lumières parM-. de Hclmholtz et pour les intensités de pigments par M. Rood.
Il explique les apparences colorées et la sensibilité ditlércnticlle de la lumière blanche, l'influence réciproque des couleurs les unes sur les autres et leurs apparences rentrantes ou saillantes dans les vitraux. 11 donne une règle qui permet de retrouver les différences des mélanges de pigments et
UNE IMPORTANTE DÉCOUVERTE 183 de lumières : ce qu'aucun point de vue théorique n'avait permis de faire jusqu’ici; enfin, après des développe ments sur le problème de l’éclairage et les lois des mou vements des yeux, il énonce les formules différentes auxquelles sont soumises les harmonies de lumièrescouleurs et les harmonies de pigments.
La nécessité de trouver l'entière généralité des prin cipes de dynamique vivante que l'auteur avait appliqués à la sensation visuelle lui faisait un devoir d'étendre ces principes à la solution de quelques problèmes acces soires.
M. Charles Henry n donc consacré un chapitre à la sensation auditive; traitant de l’origine du tempéra ment, de l’origine des gammes (la gamme mineure n’a jamais été expliquée), déduisant les variations des va leurs des intervalles musicaux suivant la mélodie, l'har monie, la nature de l’accord, exposant un procédé rigou reux d'analyse rythmique des phrases mélodique et harmonique, énonçant la formule générale des accords possibles, et quelques considérations nouvelles sur le timbre.
D’autre part, le problème esthétique sous sa forme nouvelle se confond avec le problème du mécanisme de ces excitations appelées par les physiologistes dynamo gènes on inhibitoires, qui, en exagérant ou en empêchant les fonctions, jouent un rôle si considérable dans la pnthogdnic.
M. Charles Henry explique clairement ces phénomènes paradoxaux, déduit en particulier et com plète en dehors des limites de l’expérience la courbe d’accroissement de vitesse de locomotion en fonction des nombres de pas à la minute, explique l’origine de la droiterie et de la gaucherie, les perturbations bien con nues à la loi de Fechner.
Il précise une loi d’évolution qui lui permet d’expliquer le mécanisme mystérieux de la mort et de caractériser la forme des fonctions du temps; il rapproche les phénomènes de dynamogénic des déga gements d'électricité, positive et négative, les phéno mènes d’inhibition des dégagements de chaleur, dédui sant réciproquement des nouvelles fonctions subjectives ou des lois de nos represent nions de chaque ordre d’ac tions, les mesures d'électriques absolues, l’expression des températures vraies, le théorème de Carnot qu’il
l' initiation 184 démontre ne points’appliquer à la matière vivante, enfin le principe de vitesses virtuelles. Cette œuvre est le premier pas du calcul dans le monde delà vie. Par des déductions directes d’un fait fon damental de l’organisation, l’auteur a pu préciser le normal (ce qu’aucune méthode observationnelle ou expérimentale ne pouvait faire connaître).
Par la preuve d’une corrélation profonde entre trois ordres de phéno mènes jusqu’ici sans liaison : phénomènes physiques, électricité et chaleur; phénomènes mécaniques, mouve ments virtuels continus et discontinus de l’être vivant; phénomènes subjectifs, plaisir et douleur : il est parvenu à fonder sur les lois de nos représentations une méthode qui offre aux hypothèses fondamentales de la science, toute la certitude dont elles sont susceptibles et nous permet de pénétrer dans la physique et dans les mathé matiques par des déductions de points de vue supé rieurs.
L’auteur publiera prochainement des échelles dynamométriques permettant de doser rigoureusement les forces des sujets, d’après la nature de leurs illusions d’optique et leur préférence pour telle combinaison de lignes, avec une introduction sur la théorie de la pathogénie; il fait construire des haltères dynamogènes, des thermomètres et manomètres normaux, applicables au traitement des névroses. ♦ » ¥ Le nouveau rapporteur, dit Rapporteur Esthétique, au moyen de tables et d’une notice explicative, très facile h comprendre, permet de réaliser à volonté des formes agréables pour les sujets normaux.
Les spécimens pro duits it l’aide de cet instrument, ont toujours, sous des formes diverses, été jugés d’accord avec la théorie, et ne laissent aucun doute sur la solution pratique du pro blème.
Ces résultats n’intéressent pas seulement l’art indus triel : en précisant cc qu’il faut entendre par le normal, la nouvelle théorie imprime à la biologie et à la méde cine une direction rationnelle : en dosant le caractère normal ou pathologique des réactions vivantes enregisEXPÉRIENCES DE FORCE PSYCHIQUE I 85 trées par la méthode graphique, le Rapporteur Esthé tique devient un instrument indispensable au clinicien.
L'auteur présente plusieurs exemples de cette importante application. D’après la théorie, le caractère agréable ou non d’une forme est lié au nombre qui la caractérise. C’est ce nombre que l’oeil précise inconsciemment en parcourant un contour. Le Rapporteur Esthétique servant à conver tir les nombres en formes et les formes en nombres, habitue l’œil à une exactitude rigoureuse.
Son emploi est donc en lui-même une méthode scientifique de dessin industriel; cette méthode a produit déjà d’excellents résultats. Le nouvel instrument peut également servir à améliorer l’écriture et par là le rythme des actions ner veuses ; il peut modifier rationnellement la forme des caractères typographiques et par là favoriser l’exercice normal de la vue.
Indispensable dans la technique de la nouvelle polychromie et pour l’interprétation de la mé thode graphique, te nouveau Rapporteur est, en un mot, l’instrument scientifique de la morphologie, considérée dans son sens subjectif le plus abstrait, qu’il s'agisse de formes inorganiques ou organisées, mortes ou vivantes, naturelles ou artificielles, historiques ou actuelles.
Le Triple-Décimctre Esthétique permet, sans recourir aux tables, de trouver dans les limites usuelles toutes les mesures convenables.
Nous nous proposons de revenir sur ces instruments et sur cette théorie. lEiilPiSKHïïîlGSS S U R L A F O R C E P S Y C H I Q U E Par M. II.
PELLETIER Nous extrayons des Sciences Mystérieuses l’étude sui vante : Grâce à la force psychique, force évidemment intelli gente qui émane du corps de mes sujets, je suis arrivé à pouvoir commander à des objets inanimés comme à des l’initiation êtres vivants, et ces objets obéissent avec une remar quable docilité. Mes sensitifs sont assis autour du gué ridon, les mains dans les poches ou les bras croisés.
Je place sur le plateau un porte-plume en palissandre, et prenant un ton impératif, je lui dis: * Marche! » Aussi tôt sortant de son immobilité, le porte-plume se met à aller et venir d’un bout ù l'autre du plateau comme un bon bourgeois qui se promène pour se dégourdir les jambes. Je répète l’expérience plusieurs fois, toujours avec succès.
Je remplace le porte-plume par une plume de paon, je dis h la plume de paon : « Retourne-toi ! * Elle fait un tour sur elle-même, je lui dis succes sivement:* Marche! Elle court sur le plateau. « Vu « vers P ..., va vers Mlle Louise B ..., va vers Jean..., « va vers Marie. » Elle se dirige ù tour de rôle vers chacune des personnes que j’ai désignées.
Je lui dis : o Va-t-en, je ne veux plus te voir. » Elle s’éloigne vive ment jusqu'au bout du plateau, alors )C lui ordonne de sauter par-dessus le bord du guéridon, et elle saute. A la plume je fais succéder deux bouchons de liège.
Us sont posés sur le milieu du plateau, à une certaine dis tance l’un de l'autre, je leur dis : < Binez-vous (embras sez-vous). » Ils vont l’un vers l’autre et se touchent comme deux personnes qui s’embrassent : « Séparezvous, allez chacun de votre côté. • Us obéissent ponc tuellement et se séparent, et comme la plume de paon, ils sautèrent par-dessus les bords à mon commande ment.
Voilà trois semaines que tous les jours je recom mence ces expériences avec un succès qui ne se dément jamais.
La conclusion naturelle quej’ai tirée de ces effets merveilleux que j’ai obtenus sur des objets inanimés dont le volume et le poids sont en rapport avec la force psychique de mes sujets, c'est que le fluide qui par mo ment et d'une façon intermittente émane de notre corps, n’est pas un fluide exclusivement matériel, il est surtout et essentiellement intelligent.
Il ne sait le français ni aucune langue, il n’est nulle ment polyglotte, mais il pénètre notre pensée. J’éteins aussi quoique avec plus de peine une bou gie allumée par la seule parole, toujours en présence de mes sensitifs. Seul ou avec des personnes non sensiEXPERIENCES SUR LA FORCE PSYCHIQUE 187 tives, je ne réussis pas. L’eau se meut et s'arrête égale ment quand je le lui ordonne.
Je fais de l'hypnotisme, du magnétisme et du spiritisme (ces dernières expériences relèvent du spiritisme), non en homme qui fonde làdessus su gloire et sa fortune, mais pour l’amour désin téressé de la science et en esprit curieux et qui ne s’en rapporte pas au témoignuge d’autrui et qui tout au con traire veut se rendre compte par lui-même. Je ne vous cache pas que je suis profondément remué, étonné, aba sourdi. Le monde invisible presse et enserre de toutes parts le monde visible.
Celui-ci ne repose que sur des apparences et des illusions, c’est certain; le monde in visible que notre regard ne peut percevoir est seul vrai, a seul de la réalité, lui seul Est véritablement. H orace P k u .etiku. Nous compléterons cette lettre intéressante par les lignes suivantes que nous découpons dans la Revue Spi rite. Voici une autre expérience que j’ai faite et qui est du domaine de la pure physique.
Je place sur mon guéridon une pendule électrique. Je dis à un de mes sensitifs d’approcher sa main de la balle de sureau suspendue à un lil de soie et cette balle est attirée absolument comme si on approchait d’elle un bilton de gomme laque préa lablement frotté avec une peau de chat.
J’ai ordonné à tous mes sensitifs d’approcher à tour de rôle une de leurs mains de la balle de sureau et l’attraction a toujours été en raison directe du degré de sensitivité de chacun d’eux.
Cette expérience tendrait à prouver que le fluide ma gnétique et ce que l’on appelle suivant l’ancienne théorie fluide électrique ne se seraient produits que par une seule et même cause. * ♦ •» L’année i858, dans le Shorapoor, eut lieu une appa rition, qui laissa une profonde impression dans l’esprit de ceux qui en ourent connaissance.
188 l'initiation Dans cette localité des possessions anglaises des Indes orientales, étaient logées, avec les milices du major Hugues,deux com pagniesd’Highlandcrs du -q'régiment Une de ces dernières avait son quartier dans un vieil édifice situé sur le sommet de la montagne; l’autre était campée en bas dans la plaine, hors la ville, car elle attendait son rappel à Bellary.
Une après-midi, le capitaine O . s o n commandant, était assis sous la tente, occupé à écrire des lettres qui devaient partir pour l’Angleterre, vit entrer subitement un jeune soldat de sa compagnie, en tenue d'infirmerie et tête nue, lequel sans faire le salut réglementaire, lui dit d’une manière très nette : — Capitaine, je vous prie d’envoyer à ma mère ma paie échue ; ayez l'obligeance de prendre note de son adresse; elle demeure à A.., Le capitaine écrivit l’adresse sans délai, et répondit : — C’est entendu, mon enfant, vous pouvez y compter.
Le soldat s’éloigna comme il était venu, sans saluer. Quelques moments après, le capitaine se prit à réflé chir que, soit l’aspect, soit la tenue, soit l’allure de cet homme étaient tout à fait étranges ; c’est pourquoi il fit appeler le sergent de service, auquel il adressa la de mande suivante : — Pourquoi avez-vous permis au soldat M... de se pré senter ici avec une tenue et des manières contraires au règlement ?
Le sergent fi cette demande, demeura comme anéanti, et finit par répondre : — Capitaine, vous avez donc oublié que le soldat M... est mort hier et que nous l’avons enterré ce matin?
Croyez-vous que c’était lui? — J’en suis tout il fait sûr, répondit le capitaine; voici l’adresse de sa mère, qu’il m’a dictée lui-même afin de faire tenir à celle-ci le montant de la paie échue. — C'est vraiment étonnant, reprit le sous-oflicicr : on a aujourd'hui même vendu ses effets à l’enchère, et je me trouvais très embarrassé, ne sachant pas où en en voyer la valeur, car les registres de la compagnie n’en indiquent pas les provenances. Mais nous pouvous con trôler cette adresse dans les registres matriculaires du régiment auquel nous appartenons.
COMMUNICATIONS 189 Ces recherches, faites dans le bureau du régiment, ont eu l’assurarce que l’adresse fournie par le soldat apparu était exactement la même. (Annales du Spiritisme en Italie, juin 1888.) * A n g le te rre . — Une vive agitation régne h Glascow et aux environs. Une foule de malades assiègent le couvent de Ualbcith, où un jeune prêtre catholique, nommé Larkin, opère, dit-on, des miracles parla prière et l'imposition des mains.
Des infirmes, des paralytiques, des gens perclus, après avoir été admis en sa présence, s’en retournent guéris ?l? COMMUNICATIONS SOCIÉTÉ THÉOSOI’KIQUE HERMÈS Le i" mars sera définitivement organisée la Biblio thèque roulante de la Société théosophique Hermès. Un grand nombre de volumes sur la Théosophie, les Sciences Occultes, l'Hypnotisme et la Kranc-Maçonnerie seront alternativement misa la disposition de tous les membres de la société.
Une circulaire fera connaître cette organisation en détail. La séance générale de la Société s'est tenue le mois dernier. Des ctudes sur la Théosophie, la Société théoso phique et IEsotérisme ont été faites devant les nouveaux membres de l'Hermès convoqués à cette séance. SOCIÉTÉ MAGNÉTIQUE DE FRANCE 23, rue Saint-Mer ri.
La Société Magnétique de France vient d’organisé une Clinique où le Magnétisme est appliqué au traite ment du plus grand nombre des maladies. Cette Clinique est dirigée par les spécialistes de la Société les plus familiarisés avec la pratique du Magné tisme et plus particulièrement parles docteursR e i g n i k r ,
l’initiation ancien Médecin des hôpitaux militaires, officier de la Légion d'honneur, Il.\Vir.ouRoux, rédacteur scientifique à la Paine, F oykau 11c Coukmklles, du Voltaire, de Nauckiioff, D e.niau, Anoerville, les magne'tiseurs H. Durville, directeur du Journal du Magnétisme, Cazaijs, Conard. Les malades sont reçus gratuitement au siège de la Société, î 3, rue Saint-Mcrri, le Jeudi et le Dimanche, à 9 heures du matin.
PÉRIODIQUES REÇUS A L ’I N I T I A T I O N PHILOSOPHIE La Religion Laïque. 3, rue .Mercosur, Nantes. — Abon nement : 3 francs par an. Philosophie générale des étudiants Swédenborgiens li bres. Trimestrielle. M. L ecomte, à Noisy-le-Sec. — Abonnement : 4 francs. Le Devoir. Revue des questions sociales, ù Guise (Aisne). — Abonnement : 10 francs. SOMMAIRE. Manuscrits de J.-B.-A.
Godin. — Credo. — De In sanction morale et sociale. — 1789- 1 8 8 9. — Chi mique parlementaire. — Faits politiques et sociaux. — La question de la Paix. — Société de Paix et d’arbi trage international du Familistère. — Le mouvement féminin. — Le Point de vue scientifique de l'Etat après la mort. Avatar. — Bibliographie. Les Sciences mystériousos, 17, rue des Fabrique». Bruxelles. Le Lotus, 2 2, r. de la Tour-d'Auvergne. Mensuel. Abon.: 12 fr. Lo Magicien, Directrice : M“* Louis M ond, 1 4, rue Terme, Lyon. Revue théurgique, dirigée par le zouave J acoo.
PÉRIODIQUES THÈOSOPHIE 191 L'Aurore. Sous la direction de L ady Caithness, duchesse de Pomar, présidente de la Société Théosophique d’Orient et d’Occident. Mensuel, 58, rue Saint-Ancré-des-Arts.— Abonnement: 15 fr. Lo Lucifer. Dirigé par M "1 Blavatsky et M abel C ollins. Texte anglais. Mensuel. Londres, t5, Duke Street Adelphi. The Theosophist. La plus ancienne et la plus im portante des Revues théosophïqucs. Texte anglais. Adyar (Madras).
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J 9 2 l'initiation SPIRITISME La Revuo Spiiito, journal d'études psychologiques (bi-mensucl), i,ruo Chabanais. — Abonnement: 10 fr. Lo Spiritisme (bi-mcnsuel), 3 9, passage Choiseul. — Abonnement : 5 francs. La Lumière. Directrice: Mrae L u c ie G r a n g e, 35, bou levard Montmorency, Paris-Auteuil. — Abonnement : 7 francs. La Vio posthume, 2 7 , rue Thiers (Marseille).— Abon nement : 0 troncs.
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