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Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS. Revue philosophique indépendante des Hautes Etudes Hypnotisme > Tliéosopliie Franc-Maçonnerie, Sciences Occultes SOMMAIRE : Philosophie : Initiation............................................. Ch. Barlet. Eranc-AIaçonnerie : Le Symbolisme dans la F.’. M.'. Papus. Physiognomonie: La Théorie des Tempéraments.. Polti et Gar\ . Sociologie: Claude de Saint-Martin........................ Julien Lejay.
Physiologie appliquée : Le Haschisch....................... Jules Giraud. Istar : La Légende de l'inceste.................................. Joséphin Péladan. Nouvelle ésotérique : A Brûler.................................. Jules Lermina. Poésie: Absolu!......................................................... Alcide Morin. Poésie : La Nuit.......................................................... Charles Dubourg.
Bulletins Franc-Maçonnique, Théosophique, Magnétique, Spiritualiste. Revue de la Presse : Nouvelles diverses. ’ N° 1 OCTOBRE 1888 v Rédaction : ¡4, rue de Strasbourg, 14 PARIS Administration : 58, rue St-André-des-Arts, 58 PARIS
AVIS DIVERS, RENSEIGNEMENTS RÉDACTION PARIS, 14, rue de Strasbourg, 14, PARIS Chaque rédacteur de l'initiation publie scs articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Les manuscrits devront être adressés à la rédaction de la Revue. Ceux qui ne pourront être insérés seront renvoyés dans les deux mois.
ABRÉVIATIONS Nous croyons devoir donner la liste des principales abréviations employées. F.*, signifie frère. Ven.'. Vénérable. L.'. Loge. M. S. T. Membre de la Société Théosophique. S. T. Société Théosophique. T. S. indique la même chose en anglais (Theosophical Society). LIVRES, REVUES ET JOURNAUX Tout livre ou brochure dont la Rédaction recevra deux exem plaires sera sûrement annoncé et analysé s’il y a lieu.
Les Revues qui publieront le sommaire de V Initiation jouiront du même privilège dans notre revue. Celles qui désirent faire l’échange sont priées de s'adresser à la rédaction. ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO On peut demander Y Initiation chez tous les libraires sérieux de Paris. Voir la liste des principaux sur la couverture.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Initiation Dans l’antiquité les savants étaient aussi des sages, témoins Pythagore, Platon. Aristote ; de nos temps, au contraire, la science et la sagesse se cherchent sans réussir à se rencontrer, ou se heurtent en un conflit mortel : la question religieuse.
On peut voir cepen dant combien une telle séparation est contre nature par l’étude de ces philosophes positivistes à qui leur science étendue et leurs admirables efforts pour édifier une synthèse de sagesse scientifique méritent avec raison le premier rang dans le monde intellectuel moderne.
Tandis que leur aphorisme fondamental est que rien n est abordable à l'homme au delà du monde des phénomènes, leurs ouvrages témoignent de tendances toujours croissantes à franchir en dépit d’eux-mêmes les limites qu’ils voudraient s'imposer; entraînés qu’ils sont par cette Nature qu'ils aiment et qu’ils connaissent mieux que qui que ce soit dans ses manifestations ultimes. On peut les comparer à des insectes enfermés derrière la vitre d’une fenêtre ; ils
2 l'initiation s’y heurtent en désespérés, distinguant clairement le rayon qui doit les conduire à la source de toute lumière sans pouvoir le suivre au delà de leur prison. Les spiritualistes, au contraire, libres au dehors et comme perdus dans l'océan lumineux, y voguent sans boussole, incapables de trouver ce rayon con ducteur, désespoir des positivistes.
11 est cependant une école qui promet de guider les uns, de délivrer les autres, de diriger chacun vers le foyer si désiré de la Vérité: école méconnue, peu fréquentée, comme tout degré transcendant, mais dont les maîtres ont toujours fait preuve d’une science considérable : c’est celle de la Théosophie, spiri tualisme positif conservé longtemps dans les mys tères antiques, transmis avec plus ou moins de pu reté par les Cabalistes, les Mystiques, les Templiers, les Rose-Croix et les Francs-Maçons, dégénéré sou vent comme toute doctrine qui se divulgue prématu rément, mais caché toujours au fond de toute religion et soigneusement entretenu en tous temps dans quelques sanctuaires généralement ignorés dont l’Inde est encore le foyer principal.
Le secret de la Théosophie, pour concilier la science avec la métaphysique, est dans un certain développe ment pratique des facultés humaines propre à étendre les limites de la certitude. Essayons d’en comprendre d’abord la possibilité : L’examen attentif de toute méthode scientifique, si positive quelle soit, prouve qu'il n'y a d'évidence, de certitude que dans les axiomes, et que l’échafau dage fragile et changeant de nos sciences édifié sur
INITIATION 3 cette base inébranlable est dû tout entier à l'intuition dont l'observation et lcxpérience ne sont que les ins truments.
D’un autre côté, le champ de la perception directe où l’intuition s’exerce est susceptible d’extension; c'est ce que démontrent particulièrement les phéno mènes d’hypnotisme ou de magnétisme, tourment de nos sciences modernes, où les limites de la matière opaque, de l’espace et du temps sont supprimées dans une mesure variable mais incontestable.
Enfin, dans ce champ des facultés transcendantes, la perception ne se rapproche pas toujours également de cette certitude invincible qui caractérise l’axiome, car, parmi les sujets hypnotisables ou magnétisables, la lucidité matérielle offre une foule de nuances qui se repètent, dans l'ordre intellectuel, entre les fantai sies d'une imagination déréglée et les révélations sublimes du génie sainement inspiré.
On ne sort donc pas des données positives de l'ob servation et de l’expérience en affirmant que la per ception physique ou intellectuelle de l’être humain est capable de s’étendre au delà des sensations et des jugements ordinaires, et que, dans les régions trans cendantes qu’elle peut atteindre, elle est susceptible de plus ou moins de certitude.
Cette affirmation offre à la connaissance humaine des horizons nouveaux, une hiérarchie de nouvelles causes immédiates, et la perspective d’une progression indéfinie dans la science.
Or, la Théosophie enseigne à l’homme l'entraîne ment qui lui permet d'aborder ces régions transcenl'initiation 4 dantes de la perception, en le préservant de l’illusion à travers les forces et les êtres nouveaux qu'il y ren contrera, et c’est cet enseignement qui constitue Y Ini tiation.
La légère esquisse qui va en être donnée et dont le lecteur ne devra attribuer la grossièreté qu’à l’im péritie de l'étudiant qui l'entreprend, pourra du moins donner une idée des principes par lesquels la Religion et la Philosophie, la Sagesse et la Science se trouvent unies dans la Théosophie. ★ * * L'Initiation comprend deux parties differentes mais solidaires : la Théorie des ressources et des nécessités de son entreprise, que le néophyte reçoit toujours sous bénéfice d'inventaire, avec la réserve absolue de sa liberté de pensée — et la pratique, où il s'exerce, sous la direction de ses maîtres, à l’entraînement physique, intellectuel et moral qui doit faire de lui un Initié.
La Théorie, enseignement primaire de la Théo sophie, en est comme la définition préalable; c’est elle qui fournit à peu près exclusivement la matière des publications théosophiques : il faut donc se garder de se croire initié parce que l'on possède ces ouvrages publics; leur connaissance est une préparation excel lente, mais rien de plus.
Cette théorie se trouve disséminée dans une foule d'ouvrages plus ou moins connus, d’accès plus ou moins facile aussi; mais il en est bien peu qui l’expo sent assez simplement et assez méthodiquement dans
INITIATION 5 son ensemble pour satisfaire tout débutant. Cette première difficulté due surtout à l'état actuel des esprits qui ne permet pas d’enseignement régulier, correspond aussi à la diversité des intelligences.
Les unes, tout ouvertes d'avance aux doctrines théosophiques, en abordent avec un égal profit quelque détail que ce soit; d'autres, au contraire, qui ne pour raient les accepter a priori dans leur ensemble, y pénètrent volontiers par quelque porte secondaire qui leur convient spécialement, mais qui souvent les oblige à d’énormes détours à travers nos sciences et nos philosophies.
Ainsi les débuts doivent être fort variables et demandent à être dirigés par quelque confrère déjà plus avancé, capable de discerner l'état intellectuel et moral de l’aspirant. C’est pourquoi aucun ouvrage ne pourrait être spécialement recommandé ici sans inconvénient. On trouvera une excellente bibliographie des ouvrages théosophiques dans le Traité ¡élémentaire de science occulte, par Papus.
Voici en outre indiquée dans son ensemble, une suite d’études, longue mais sure, pou vant former une transition ménagée du positivisme à la Théosophie : Les faits: Etudiez .-Richet, D'Assier, — Liébault,— Philipps, — Dupotet, — Rcichenbach, — Mesmer,etc...
Les hypothèses d'ensemble : Comte, — Stuart Mill, — Bain, — Ribot, — Spencer, — l’aine, etc. Les philosophes : Du Prel, — I larlmann, — Schopenhauer, — Hegel. — On trouvera alors grand profit dans les plus anciens : Spin osa, — Leibnitz, et jusqu'à l'antiquité, Aristote. — Platon. — les Néopla
6 l'initiation toniciens, — les Pythagoriciens, — puis les savants modernes mystiques : Wronsky, — Fabre d'Olivet, — Lucas, etc. On est alors en pleine Théosophie. Cette série demande cependant encore bien des modifications selon le caractère, les aptitudes scienti fiques de l'étudiant.
Il faut cependant indiquer quelques traits de cette théorie nécessaire à l'intelli gence de notre sujet principal ; le lecteur voudra bien se souvenir seulement que le procédé de leur expo sition est tout personnel à Fauteur de cet article, et n’en imputera pas les erreurs à la Théosophie ellemême. ★* * Nos sciences positives donnent pour dernière for mule du monde sensible : Pas de matière sans force: pas de force sans ma tière.
Formule incontestable, mais incomplète si l’on ajoute le commentaire suivant : 1° La combinaison de ce que nous nommons Force et Matière se présente en toutes proportions depuis ce que l’on pourrait appeler la Force matérialisée (la roche, le minerai, le corps chimique simple) jusqu'à la Matière subtilisée ou Force (le grain de pollen, le spermatozoïde, Matière l’atome électrique); la Matière et la Force bien que nous ne puissions les isoler s’offrent donc comme les limites mathématiques extrêmes et opposées (ou de signes contraires) d'une série dont nous ne voyons que
INITIATION 7 quelques termes moyens; limites abstraites mais indubitables. 2° Les termes de cette série, c'est-à-dire les indi vidus delà nature, ne sont jamais stables; la Force, dont la mobilité infinie est le caractère, entraîne comme à travers un courant continuel d’un pôle à l’autre, la matière essentiellement inerte qui s’accuse par un contre-courant de retour.
C’est ainsi, par exemple, qu'un atome de phosphore emprunté par le végétal aux phosphates minéraux deviendra l'élément d'une cellule cérébrale humaine (matière subtilisée) pour retomber par désintégration dans le règne mi néral inerte. 3° Le mouvement, résultat de cet équilibre instable, n'est pas désordonné; il offre une série d'harmonies enchaînées que nous appelons l.oia et qui se synthé tisent à nos yeux dans la loi suprême de Y Evolution.
La conclusion s'impose: Cette synthèse harmo nieuse de phénomènes est la manifestation évidente de ce que nous nommons une Volonté. Donc, d’après la science positive, le monde sen sible est l'expression d'une volonté qui se manifeste par l'équilibre instable, mais progressif de la b'orce et de la Matière. 11 se traduit par ce quaternaire : I. Volonté (source simple) III. F orce (Eléments de la Volonté polarisés) —11. Matière IV.
Le Monde Sensible (Résultat de leur équilibre instable, dynamique) La méthode positive ne nous permet pas de nous arrêter là : il faut analyser la Volonté à son tour.
8 l’initiation Abrégeons ici cette analyse que le lecteur fera sans peine avec tous les traités de psychologie : elle conduit, à travers les deux termes opposés de V affirmation et de lanegafcoæ, à une nouvelle cause supérieure, d’ap parence simple, Vidée que l’analyse décomposera encore en conscience et inconscience pour remonter sans pouvoir aller plus loin à ce terme absolu VUn à la fois conscient et insconscient, affirmatif et négatif, force et matière, innommable, incompréhensible pour l'homme.
Désignons ce terme suprême par A, et l’atome matériel par D, nous aurons, d’après notre ana lyse, pour représentation de l’Uni vers, la série suivante de quaternaires hiérarchisés : + Conscience (O A (2) Inconscience Monde Divin (Le Transcendant) (4) Idée 6) Affirmation (5) Négation (7) Volonté (9) Force (8) Matière (10) le Cosmos Monde Intelligible (La Logique) Monde Sensible (La Science positive) Les termes extrêmes, a et m, Esprit et Matière, également inaccessibles à l’intelligence humaine dans leur infinie grandeur et leur petitesse infinie (1), ne sont pas seulement reliés par des chaînons intermé- (1) Le premier a Un et infiniment grand; intégration d’12 — Le second u> ; multiple composé d’un nombre infini d'éléments infiniment petits ; analyse d’a.
INITIATION 9 diaires invariables ; il sc fait aussi de Fun à l’autre un mouvement incessant de descente dans lequel l’Esprit devient Matière par les désintégrations successives qu’expriment l’idée, la Volonté et le Cosmos. C’est ce qui constitue la création.
Mais, puisque le Cosmos lui meme est en mouve ment évolutif comme nous le prouvent nos sciences et puisque, d’après elles, ce mouvement s'accuse claire ment vers une synthèse progressive qui spiritualise l’être vivant en le composant de plus en plus, le schéma précédent n’exprime que la moitié de FUnivers, celle descendante, il y faut joindre une autre moitié qui ramène l’atome, w, à son principe opposé a à travers les synthèses progressives des vies indivi duelles.
C’est le Progrès, suite de la Création.
Ainsi FUnivers nous apparaît comme un courant circulaire dont le sens est nécessairement inverse dans les deux arcs opposés : du pôle positif a, au pôle négatif co, le courant descend : c’est F Involution, la descente de l’Esprit dans la matière: du pôle négatif w, au pôle positif a, le courant remonte ; c’est YEvolution, la spiritualisation de la matière : nous arriverons tout à l’heure à sa description : * * ¥ Concluons pour l’homme : Nos sciences nous le montrent avec évidence sur l’arc ascendant et loin déjà du pôle négatif, puisqu’il est à la tète des troisrègnes du monde terrestre. Il appar tient ainsi au monde sensiblere FUnivers; le monu ment imposant de la science témoigne de la place
10 l’initiation qu’il occupe encore dans le monde intellectuel ; mais en même temps, scs erreurs, ses incertitudes, les lacunes énormes de son savoir, ses passions aussi, montrent assez qu’ici il n’est plus maître comme dans le monde inférieur. — Quant au monde divin, il le conçoit, il le pressent, mais c’est à peine s'il peut l'at teindre, par la foi plutôt que par la science.
L’homme est donc un être qui, dans sa réascension est parvenu à la région moyenne et vers le centre de cette région : sa place est au milieu de l’arc ascendant entre les êtres supérieurs et ceux inférieurs de la créa tion dominant les uns, dominé par les autres, entre l’Ange et la Bête.
Situation nécessairement pénible à cause de l’égalité des deux forces contraires qui y ralentissent l'ascension, véritable point mort qu'il faut vaincre par un effort spécial. L’Initiation est l’enseignement qui facilite à ce moment l’éclosion du papillon humain.
Nous allons pouvoir comprendre maintenant en quoi elle consiste. ★ ¥ ¥ LesAnciens,aveclapuissanccordinairc de leur génie synthétique, avaient symbolisé l’ensemble de l'Invor lution et de l'Evolution par une suite de vingt-deux figures pleines de significations, qui constituent ce que les occultistes nomment les vingt-deux Grands Arcanes.
En prenant les dix premiers comme description de l’Involution, on trouve dans les autres les phases suc cessives de l’initiation, telles que les décrivent les 12 heures (ou Sentences) qui constituent le NuctemeINITIATION I I von attribué à Apollonius de Tyane. et que nous allons énumérer.
11 faut d’abord, et pour plus de clarté, revenir un instant encore sur l’évolution : En fait, son analyse n’est pas complète avec les dix termes qui nous ont conduits au Cosmos, équi libre dynamique de la Force et de la Matière.
Ce Cos mos peut s’analyser à son tour en deux principes que toutes nos sciences montrent en conflit dans tout mouvement de la matière, savoir: l'.4c///'ct le Passif (mâle et femelle des organismes, acide et base de la chimie, pôles opposés de l'électricité, etc...). C'est seulement dans leur équilibre absolu que réside la matière complètement inerte, le pôle insaisissable exactement opposé à l’a ; l’o» de l’IJnivers.
Les occultistes ont représenté cette 4' tétrakis, dont le Cosmos est le premier ternie (la tétrakis du monde inférieur, inféra, les enfers), par les onzième, dou zième et treizième arcanes. Le dernier, celui qui porte le chiffre 13, si généralement redouté, mérite d’être signalé.
Il se nomme la Mort et la Résurrection: c’est là, en effet, qu’est l’inertie absolue, mais c’est là aussi que l’Involution s’arrête, et que l'Évolution commence, car l’équilibre des deux principes actif et passif ne persiste jamais. Cela semble en contradiction avec la remarque précédente que la description de l’initiation, c’est-àdire de la réascension, débute par l’arcane 10 et non par le quatorzième.
Il n'en est rien, cependant, et voici pourquoi: dans l’Evolution, l’être doit reprendre en sens inverse, pour en faire la synthèse, tous les
I 2 i/initiation étages à travers lesquels l’a s’est désintégré dans le cours de l’Involution.
L’homme est le résultat actuel d’un travail de ce genre antérieur à son état présent. tage de la Volonté, il n'en a pas conscience ; il l'a subi seulement sous la pression fatale de la Force pure d’abord, puis de l’instinct, des désirs, des pas sions; il ne connaît donc pas son évolution antérieure, et cependant comment pourra-t-il se rendre maître de quelqu’un de ces mondes solidaires sans les con naître tous ?
Sa première opération dans l’initiation doit donc être de redescendre jusqu'à scs débuts dans l’Evolution, de prendre connaissance de tous ses degrés, de toutes les forces, de tous les êtres qu'il y a traversés, de plonger, pour ainsi dire, jusqu’aux ra cines de la vie. jusqu’à la Mort, et d'apprendre à la dominer.
Ce n’est point là, comme on va le voir, une figure; le Néophyte ne peut arriver à l’exercice certain, volon taire, des facultés transcendantes sans se rendre maître des forces qui y produisent l'illusion, qui menaceraient sa vie même; sans atteindre l'Inertie et la vaincre.
Il faut que, co mue le Christ, modèle de l’homme régénéré, il expire sur la croix et ressus cite le irozsièftze jour, c'est-à-dire apres cire descendu à travers les trois derniers degrés représentés par les arcanes 11, 12, 13, jusqu'au fond des enfers pour y trouver la Mort et la dominer. Cela compris, décrivons les douze heures ou phases de VInitiation. * ¥ ¥
INITIATION 13 L'arcane io, première heure de la série, correspond à l'étage où l’homme se trouve dans son état actuel. Le symbole de cet arcane est ce Sphynx qui gardait l’en trée du monde égyptien : le Néophyte descendait entre ses pattes dans le souterrain qui devait le conduire au sanctuaire, à travers une série d’épreuves, image et noviciat de la descente dont nous venons de parler.
Cette heure est donc celle des préparations; elle sépare la vie commune de la vie transcendante; on y apprend quels travaux doivent être entrepris et l'on s'y dispose. Voyons comment : La tête humaine du Sphynx. loyer de l'intelligence, dit au Néophyte :« Acquiers d'abord la Science qui « montre le but et éclaire le chemin. » — C’est l'en seignement théorique indiqué plus haut.
Ses flancs de taureau, image du labeur rude et per sévérant de la culture, lui disent: « Sois fort et patient « dans le travail. » Ses pattes de lion lui disent: « Il faut oser et te défendre contre toute force inférieure. » Ses ailes d’aigle lui disent: « Et vouloir t'élever « vers les régions transcendantes où ton âme touche « déjà. » La question attribuée au Sphynx grec et la réponse qu’il y fallait faire offrent une image non moins expressive de V homme et de son but. — C'est lui l'a nimal qui le maton (c’est-à-dire à l'enfance de l'hu manité) marche sur 4 pieds (4 étant le nombre de la réalisation exprime la matière et ses instincts), le monde sensible à midi (c’est-à-dire dans l'âge viril de son humanité) marche sur 2 pieds (2 nombre
l'initiation H d'opposition, image de la science, de scs contradic tions, de ses doutes, du monde intelligible) — et le soir (quand sa journée s’achève) marche sur 3 pieds (3, nombre du monde divin, ou la Trinité donne la solution de toutes les oppositions, de toutes les anti nomies par le terme supérieur, synthèse harmonique des deux termes contraires).
Apollonius décrit cette même heure par ces mots: « Ici le Néophyte loue Dieu,'ne profère pas d’injures, « n’inflige plus de souffrances » autrement dit, apprend à connaître la Création théoriquement et s’exerce à dominer ses passions. Arrêtons-nous un instant à la concordance de ces prescriptions diverses.
Nous avons vu l’homme arrivé sur l'arc ascendant, disputé entre les forces d’inertie, inférieures, qu’il vient de traverser sous l'impulsion de l'instinct, et celles actives qui l’attirent vers le haut : nous avons remar qué qu'il faut maintenant décider de la lutte par l’intervention delà Volonté, développée suffisamment 9 par l’EvoIution, et suffisamment libre pour se ranger d’une ou d’autre part: Il peut donc se décider ou pour les forces inférieures, de désintégration, ou pour celles supérieures, de synthèse; c'est ce qu'il nomme le Mal et le Bien : Mal en effet pour lui parce qu'en redescendant il retrouvera les affres de la décompo sition, de la Mort. — Bien, au contraire, s’il remonte, parce qu’il jouira de la réalisation de ses aspirations naturelles, la connaissance et la domination de la Création. Or, où est dans l’organisation humaine l’indice des forces d’inertie? — Dans l’instinct, les passions. Où
INITIATION I 5 €St, au contraire, l’indice des forces actives ? — Dans l’énergie morale, la Vertu. Où est dans l’organisation humaine l’indice des forces de désintégration, qui ramènent à l’inertie? — Dans la tendance à l’isolement, dans l’égoïsme. Où est au contraire, l’indice des forces intégrantes? — Dans la tendance à la solidarité, à l'altruisme, dans la Fraternité.
Donc, le monde transcendant est ouvert à quicon que aura la Volonté (ou même l’impulsion artificielle) suffisante pour triompher des forces qui le gardent, mais malheur à qui l’abordera avec un cœur passionné et égoïste: celui-là se replongera tête baissée dans le courant de décomposition pour s'y dissoudre : La Nature détruit le Mal ; c'est la loi de sélection !
Celui-là seul dont le cœur sera plein de charité pourra s’élever selon la destination véritable de l’être humain dans la région des Principes. C’est pourquoi le Sphynx prescrit avec la volonté persévérante du Taureau, le courage du Lion contre les forces passionnelles; c’est pourquoi Apollonius prescrit la réserve et la fraternité, avec l’Evangile qui y met la source de la Loi.
Telle est donc, avec la science, la préparation à l’initiation : nous verrons bientôt la sanction de ces préceptes. Le Néophyte suffisamment exercé à ces prélimi naires de la première heure descend les trois degrés inférieurs comme voici :
i6 l’initiation Arcane XI : La Force. Deuxième heure d'Apollonius : « Les abîmes di> « feu, — les vertus des astres se ferment en couronne « à travers les dragons et le feu » (la chaîne magné tique). Le Néophyte apprend à connaître dans son propre organisme la Force universelle et son double courant positif et négatif. Cette connaissance va trouver son application dans les deux heures suivantes : Arcane XII : Le Grand ouvre.
Troisième heure d'Apollonius : « Les serpents, les « chiens Première manipulation de la force appliquée exté rieurement à la matière inerte pour y opérer les trans mutations : c’est Y Alchimie. Arrivé à ce degré pra tique, le Néophyte doit, au moral, cire prêt au sacrifice complet de sa personnalité; il doit, en langage alchi mique, avoir détruit par le feu sa nature fixe pour la volatiliser. Arcane XIII : La Mort.
Quatrième heure d’Apollonius : « Le Néophyte « erre dans les sépulcres et il lui sera nui: il « éprouvera l'horreur et la crainte des visions; « il devra se livrer à la magie et à toute pratique de « goétie. » C’est la Nécromanie, application de la Force à la domination des êtres vivants inférieurs : Élément aux.
INITIATION !7 ou organismes prêts à sc synthétiser, et Élémentaires, restes des défunts, en voie de désorganisation. Au moral, le Néophyte doit mourir à la vie ordi naire pour entrer dans la vie spirituelle; l’homme céleste va naître du cadavre de l’homme terrestre.
Les bas-fonds de l’univers sont atteints; le néophyte touche à l’extrémité de l'aura terrestre, atmosphère sublunaire qui entoure toute planète, comme le ré servoir des éléments de sa vie; le voici au moment redoutable où il faut perdre terre pour se lancer dans l’océan des espaces ; crise redoutable à laquelle deux périodes sont consacrées. La première est transitoire. Arcane XIV : Les deux Urnes (les fluides terrestres et célestes).
Cinquième heure d’Apollonius : « Les eaux supé- « rieur es du ciel. » On y prend connaissance de l’aiflux des courants astraux dans l’aura planétaire, comme dans la deuxième heure, on a pris une connaissance prélimi naire de la Force avant de s’y exposer dans l'heure suivante. * Arcane XV : Typhon (l’ouragan électrique).
Sixième heure d’Apollonius : « Ce qu'il faut ici est « de se tenir coi. immobile, à cause de la crainte. » Le Néophyte s’expose à découvert au double et for midable courant fluidique des espaces célestes, qui emporte sans merci l’ignorant ou l’imprudent, mais
18 l’initiation élève le fort suffisamment purifié. Silence, prudence, courage ! Selon vos mérites, vous serez ravi comme saint Paul, ou vous vous exposerez soit à la folie, soit même à la spiritualisation du mal, à la sorcellerie. C’est ie Sabat ou F Extase !
L’attention du lecteur ne peut trop s'arrêter sur ce moment solennel de l’occultisme pratique si bien figuré dans le roman de Lytton (Zanoni) sous le nom de Dragon du seuil', c’est l’écueil redoutable qui néces site tant de secrets ; on y arrive, à ce seuil, par bien des voies artificielles : le haschich, les narcotiques, les hypnotisants de tous genres, les pratiques de la médiumnité spirite; mais malheur à qui s’y présente sans avoir triomphé dans la longue et laborieuse pré paration préliminaire !
Son sort nous est dépeint par l’arcane suivant : Arcane XVI : La tour foudroyée.
Septième heure d’Apollonius : « (Lefeu) récon- « forte tous les êtres vivants, et si quelque prêtre, « homme pur, le dérobe et le projette, s'il le mêle à « i Huile sainte et quil la consacre, et qu’il en enduise « quelque partie malade, elle sera délivrée de la « maladie. » Le courant irrésistible a touché celui qui s’expose à son tourbillon sur les sommets terrestres : si l’au dacieux est impur, la désorganisation le menace plus ou moins complète selon son indignité intellectuelle ou morale et son énergie (mysticisme incohérent, folie,
INITIATION I(J mort ou désintégration complète figurée par le génie du mal, le Diable) ! Est-il digne, au contraire, des régions supérieures, ce baptême du feu le fait Mage ; les sources de la vie terrestre sont à sa disposition; il devient Théra peute.
Arrivé à ce point, il va apprendre à connaître pro gressivement les espaces célestes comme il connaît la sphère terrestre, et à y dominer : trois heures sont consacrées à cette exploration : Arcane XVII : L'Étoile des Mages.
Huitième heure d’Apollonius : « Les vertus astrales « des éléments des semences de toute sorte. » C'est la région des principes du système solaire : la vie y devient claire; sa distribution du centre solaire à toutes les planètes et leurs influences réciproques sont compris dans tous leurs détails, dans ce que les occultistes nomment les Correspondances. L'Initié possède alors V Astrologie prise dans toute l’étendue de son acception.
Arcane XVIII ; Le Crépuscule. Neuvième heure d’Apollonius. « Ici rien de fini. » L’Initié étend maintenant sa perception au delà de notre système solaire, « au delà du Zodiaque »; il arrive en vue de l’infini ; il touche aux limites ¿Zu inonde intelligible ; la lumière divine commence à se montrer, objet de terreurs et de dangers nouveaux.
20 l’initiation Arcane XIX : La lumière resplendissante. Dixième heure d'Apollonius : « Les portes du ciel « sont ouvertes et l'homme renaît docile, dans le som- « meil léthargique. » L’Idée apparaît à l’âme régénérée de l’initié, ou, dans le langage de l'occultiste : le soleil spirituel va se lever pour lui ; il va, par une naissance nouvelle, entrer dans le Monde Divin, où l’on ne meurt plus.
Deux pas y restent à faire pour accomplir les plus hautes destinées humaines : Arcane XX : Le réveil des morts. Onzième heure d'Apollonius : « Les Anges, les « Chérubins, les Séraphins volent avec des bruisse- « ments d'ailes; il y a de la joie dans le ciel, et la terre « se lève, et le soleil qui sort d'Adam. » C’est la hiérarchie du monde Divin qui apparaîtsur des terres et dans des cieux nouveaux.
L’Initié n'aura plus à traverser la mort; il vivra désormais sans inter ruptions. Arcane XXII: La couronne des Mages. Douzième heure d’Apollonius : « Les cohortes du « feu se reposent. » Nirvana ! Le retour complet à l’a. ♦ « * Résumons en un tableau ces douze heures de l’ini tiation :
INITIATION 2 I O.— Etudes et Epreuves préliminaires. I. — Etude transcendante du Monde Sensible. Manifestations inférieures : Arcane X ire heure r Etude préliminairede laForce 2® Application au monde inerte . 3° Application au monde animé élémentaire. Phase transitoire : Ie Aperçu des for ces supérieures.
2’ Entrée dans le monde ultra terrestre. (Magnétisme) (Alchimie) (Nécromancie) (Magic) (Extase) Arcane XI Arcane XII 2* heure 3« heure Arcane Kill 4« heure (La Mort) Arcane XIV 5* heure Arcane XV 6» heure (Typhon) Le Dragon du Seuil ! Régions supérieures : r Application des forces supé rieures à la vie terrestre. 2* Les forces dans le système so laire.
3° Les forces de l'Univers entier (Thérapeutique) (Astrologie) II. — Etude du Monde Intelligible : Au bord de l'infini. III. — Etude du Monde Divin '. Hiérarchies divines. Nirvana !
Arcane XVI 7* heure Arcane XVll 8’ heure Arcane XVIII 9e heureArcane XIX io» heure Arcane XX Arcane XXII 1 Ie heure 12« heure Est-il nécessaire d’ajouter combien chacune de ces heures exige d’efforts et de temps (d’années, déviés, de siècles souvent), combien sont rares ceux qui fran chissent même les premiers degrés !
Ce que nous pouvons attendre de leur connaissance, c’est, avec l’espoir d’un progrès indéfini vers la réali sation de nos plus radieuses espérances, le désir d’at teindre au moins aux premières réalisations pour y puiser l’assurance des autres ; c’est la confiance dans
22 L INITIATION les enseignements de ceux que nous pouvons recon naître comme des maîtres avancés déjà, c'est, enfin, la certitude que, dans ces enseignements féconds, nous pouvons trouver le salut de nos sociétés en souf france aussi bien que les joies individuelles les plus désirées. Et ces désirs, cette confiance on les ressent dès les premières études préliminaires.
Pour y réussir, nous n’avons tout d’abord qu’un travail à entreprendre, celui que nous dépeint le sphynx: Les préparations intellectuelles et morales. Mais celui-là seul qui les a sérieusement entreprises sait quels efforts considérables et persévérants elles exigent! Puisse ce grossier aperçu inspirer au lecteur le désir et le courage de s’y livrer avec toute l’ardeur de l’Espérance ! F. -C ii. Barlet.
LE SYMBOLISME DANS LA FRANC-MAÇONNERIE La question du symbolisme est une de celles qui doivent le plus préoccuper l’observateur qui s’inté resse à la grandeur et à l’avenir de la Maçonnerie. Partout le symbole accompagne lin ¡lié dans sa carrière et, depuis la plus simple augmentation de salaire, jusqu’aux plus imposantes cérémonies de l’ordre, cette langue mystérieuse étale ces différents enseignements.
Et cependant combien y a-t-il aujourd'hui de VenéLE SYMBOLISME 23 râbles comprenant exactement la valeur du symbo lisme?
Les hommes les plus éminents, les orateurs les plus estimés occupent le plus souvent ces déli cates fonctions d'initiateur vis-à-vis du profane, nous ne saurions le contester ; mais encore faut-il étudier tout particulièrement ces questions sous peine de siéger entre des signes ridicules, faute de les com prendre, et de ne pouvoir rien enseigner à l’apprenti qu’il ne puisse apprendre facilement lui-même dans les livres d'instruction courante.
Cette ignorance des fondements même de l’ordre est la cause des attaques journalières dont sont l’objet les hauts grades de l lècossisme, réputés inutiles.
Comment comprendre en effet qu'un homme raison nable, vivant dans ce siècle de progrès, dans ce siècle producteur des chemins de fer, du télégraphe et du téléphone, aille sérieusement s'installer entre un soleil et une lune en papier, pour traiter de morale et de philosophie devant un profane qui attend avec con fiance la lumière promise?
Il est bien évident que, dès l’instant ou une langue devient incompréhensible il est on ne peut plus désa gréable d’en voir apparaître à chaque pas les signes qui semblent narguer les connaissances positives du moderne hiérophante. Telle est la raison de toutes les tentatives qui s’efforcent de faire oublier à jamais la partie du symbolisme la plus belle et la plus instruc tive : celle qui contient les grades capitulaires et philosophiques. Le cadre de notre étude ne peut nous permettre d’aborder actuellement un sujet aussi important dans
24 l’initiation tous ses développements ; aussi ne traiterons-nous aujourd'hui du symbolisme dans la franc-maçonnerie qu’à un point de vue tout à fait général, quitte à revenir plus tard sur les considérations de détail. Faut-il fixer une époque à la naissance de ce mode d'expression ?
La tâche est au moins téméraire car, au plus loin que puisse remonter l’archéologue dans ses travaux, apparaît la pierre brute dressée en sou venir d'un haut fait quelconque, muet symbole d'une civilisation disparue. La Chine vénérable, l’antique Inde et la sage Egypte sont pleines du symbolisme traduisant aux yeux du vulgaire les découvertes de plusieurs générations de savants.
C’est au sein de l’initiation égyptienne, dans ces mystères dont les rites se retrouvent encore en Maçonnerie (i) que cette langue sublime acquiert ses plus complets développements. Les méthodes d'exposition antiques différaient sur beaucoup de points des méthodes modernes (2); ainsi l’historien moderne cherche avant tout dans ses récits, l’exposition exacte des faits pour aussi nom breux qu'ils soient.
Pas un nom d'homme ayant joué quelque rôle à son époque, pas une action politique ne doit échapper à l’attention de l'écrivain contemporain. L'ancien, bien au contraire, l’initié égyptien ou grec, cherchait dans l’évolution des faits la loi morale qui pouvait en découler sans s’occuper des individus ni de leurs actes particuliers (3). Il (1) Dr Vassal, Cours complet de Maçonnerie. (2) Fabre d’OIivet. V. Dorés de Pylhagore. (3) Fabre d’OIivet, Discours sur l'essence et la forme de la Poésie.
LE SYMBOLISME 25 synthétisait dans un seul nom symbolisant la force brutale toutes les actions de plusieurs générations d'hommes qui s'étaient laissé guider par elle, et le nom générique de Nimrod venait apprendre à la postérité la loi d'évolution de cette force dans l'hu manité (i). En science de même, les phénomènes importaient peu, les lois qui les produisaient étaient tout.
De là l'amour de toute l’antiquité pour la philosophie spé culative, pour l'étude des généralités, de la synthèse, et son profond mépris pour les travaux de détail et l’analyse. La conséquence de celte méthode se retrouve dans la manière même d’exposer les sciences et c'est la loi, c’est-à-dire le principe général, universel, identique dans des phénomènes divers, que l’initié ou savant de l’antiquité va représenter par un symbole.
Ainsi l’étude d’une foule de faits dans la nature avait conduit les chercheurs à constater partout l’existence de deux forces opposées en apparence et dérivantde la même source ; l’une agglutinative, com pressive, rassemblant les êtres ou les objets séparés, l’autre dispersive, dilatatrice, répulsive. La première de ces forces, active par excellence, était symbolisée par l'image du soleil, laseconde parcelle de la lune (2).
Nos savants modernes ont retrouvé ces forces sous les noms deforce centripète et force centrifuge, ou d’attraction et de répulsion. (1) Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs. (2) Moïse appelle ces forces Caïn et Abel et la lutte des deux frères symbolise l’action éternelle de ces forces dans la nature. Voyez Fabre d’Olivet, Caïn; et Papus, J'abre d'Olivel et St-Yves d'Alveydre.
2Ô l’initiation Un symbole de l’antiquité représentait donc une loi de la nature et, comme les lois n’ont jamais changé, ce symbole doit s’appliquer encore aujourd'hui aux enseignements à nous fournis par les sciences expé rimentales.
Une des erreurs modernes est justement de n’avoir pas bien compris V universalité du symbolisme et de croire que toutes ces figures ne peuvent qu'exprimer exclusivement les idées des anciens sur la physique et la chimie et par là même de ne s’appliquer qu’à l’enfance des connaissances humaines.
Cette opinion serait juste si les anciens, suivant les errements des expérimentalistes à outrance, avaient représenté les phénomènes physiques ou chimiques, qu’ils produi saient; mais ils se sont bien gardés de tomber dans cette erreur.
11 est sûr que l’image représentant l’expérience de M. X... sur la patte de grenouille ne peut s'appliquer qu'à cela et sera d’une inutilité parfaite quand M. Y... dix ans après, aura perfectionne l’expérience d'après les derniers progrès accomplis et fixé sa découverte dans une nouvelle image.
Pour bien montrer que le symbolisme, ne traitant que les lois générales, est encore vrai de nos jours comme représentation de ces lois, appüquons-le à nos sciences contemporaines. Prenons pour exemple une des plus fécondes d'entre elles : la physique. Que nous considérions ses diverses parties, l’acous tique, la chaleur, la lumière, l'électricité, le magné tisme ou que nous portions notre attention sur son
LE SYMBOLISME 27 ensemble, partout la même loi générale se dégage de ses enseignements. Ne voyons-nous pas en effet cette force active, posi tive. apparaître dans le chaud, le lumineux, le positif, l’attraction et cette force passive, négative dans le froid, l'obscur, le négatif, la répulsion?
Ce sont là les deux pôles extrêmes d’une série de transitions qui se synthétise dans les deux éternels opposés em brassant toute la physique: la force, pôle positif, et la Matière, pôle négatif de l’évolution naturelle. Ce sont bien là les extrêmes d’une chaîne transi toire et il faudrait bien se garder de vouloir ne voir dans la nature que cette dualité.
C'est en effet de cette fausse conception qui dérivent les plus grandes erreurs d'analyse dans lesquelles soient tombés les physiciens modernes. Une considération même superficielle nous permet de constater qu'entre chacun de ses opposés existe un terme médian formant, au point de vue général, transition entre ces deux forces.
Un effet le chaud et le froid se fondent dans le tempéré : la lumière et l'ombre dans la pénombre, le positif et le négatif dans le neutre, l’attraction et la répulsion dans l’équilibre ; la force et la matière dans l’être. Voilà pourquoi, si le soleil représente la force active, la lune la foi£e passive, entre les deux se trou vera un signe intermédiaire, un triangle, représentant le terme médian et la loi universelle tout à la fois.
Cette idée de la Trinité se retrouvant partout en physique, en chimie, aussi bien qu'en métaphysique, était à tel point honorée des anciens que, dans une
28 l’initiation image de la vérité qu’on retrouve dans les anciens rituels du 26° grade écossais (prince de Mercy), cette déesse est représentée la tête surmontée d'une llamme. la main gauche armée d’un miroir et la main droite appliquée sur le cœur et tenant un triangle.
De tout cela se dégage une conclusion nette; c'est que le symbolisme représente des lois toujours vraies et peut s’appliquer aussi bien à nos sciences contem poraines qu’aux conceptions philosophiques des anciens.
La connaissance de cette donnée détruit une des grandes difficultés que rencontre l’initiateur maçon nique : celle d’être obligé d'expliquer au profane le symbolisme d’après les idées des anciens, ce qui établit un anachronisme bizarre dans le cerveau de l’apprenti et le porte à faire un usage ridicule des symboles qu’il ne comprend plus, comme tel mar chand de vins parisien qui, au sortir de son initiation n’eut rien de plus pressé que de faire peindre à sa devanture un triangle symbolique où l’œil, indice de l’intelligence, était remplacé par une bouteille et dont les trois côtés se nommaient quantité, qualité, bon marché.
Tel est l’exemple du résultat auquel conduit l’en seignement du symbolisme par ceux qui n’y com prennent rien. Mais le symbole ne représente pas uniquement l’idée d'une loi scientifique ou morale, et quelques développements complémentaires sont encore indis pensables pour établir les bases positives de son étude.
LE SYMBOLISME 2 9 Chaque fois que le pouvoir despotique croit écraser sous ses persécutions les protestations de la liberté et de la pensée, l’intelligence de l'homme de cœur sait déjouer ses complots. Les sciences semblent perdues à jamais; elles sont plus vivantes qu’autrefois au fond des temples. Une censure rigoureuse fausse à dessein l’histoire, l’initiation rétablit dans ses rites la vérité des faits.
Plusieurs des cérémonies en usage dans la transmission des hauts grades relatent un fait important que le despote, impérialat ou inquisition, tenait à cacher à la postérité, et ce nouvel aspect du symbolisme ne peut que nous inspirer le plus grand respect pour ces vénérables traditions. r Alors quel’Eglise, devenue puissance temporelle, a perdu de ce fait même la clef de tous ses mystères, alors que l’ésotérisme primitif, transmis par les esséniens à ceux qui devinrent les premiers chrétiens (i), semble à jamais introuvable, le Kose-Croix maçon nique pratique encore, à son insu, les rites secrets des r catacombes.
C’est dans le i 8° degré de l’Ecossisme que l’archéologue peut aller avec confiance chercher à sa source la chrétienté; que l'occultiste instruit peut étudier l’ésotérisme chrétien dans toute sa pureté.
L’espace nous manque pour énoncer tous les faits importants, touchant soit à l’histoire d’Égypte soit à celle des Juifs ou même à notre histoire nationale, que nous transmettent pieusement les cahiers des hauts grades, et vouloir en abolir la teneur, ce serait (i) Voy. J. A. Vaillant, Les Rômes, histoire vraie des Bohémiens.
3o l'initiation faire œuvre non seulement d'ignorance; mais encore de vandalisme. Ce second aspect du Symbolisme nous représente donc une des plus ingénieuses façons qu’ait trouvée l'esprit humain pour rétablir la vérité historique. L’initié devenait acteur d'un fait important ou des tendances d’une époque que le littérateur racontait symboliquement pour échapper aux yeu x vigilants du pouvoirdespotique.
Tel Cervantes figurant la bravoure (Don Quichotte), enfourchant Rossinante et le bon sens (Sancho Pança) conduit par la Bêtise (i). On conçoit tout l'intérêt que présenterait une étude complète du symbolisme maçonnique sous tous ses aspects.
C’est là l'idée qu'ont caressée tous les réfor mateurs de la Maçonneriedepuis Asmhole etTshoudy, jusqu'à Marconis et Ragon ; mais qui se sentira assez sûr de lui pour entreprendre une œuvre d’une telle importance et d’une telle difficulté ?
Et cependant la réforme du symbolisme s’impose, tous les maçons instruits le sentent, s'ils n'osent le dire. — C’est par là seulement que cet ordre vénérable peut reconquérir son ancienne gloire en se différen ciant deé sociétés de secours mutuels ou des réunions politiques avec lesquelles il se confond trop souvent.
C’est par ce moyen qu’on peut espérer apprendre vrai ment quelque chose d'intéressant et de nouveau au néophyte qui cesse de fréquenter la loge où il voit les mêmes questions s'agiter que dans ses journaux, avec cette différence qu’il paye très cher un plaisir ou un (i) Victor Hugo, William Shakespeare. J
LA THÉORIE DES TEMPERAMENTS 3l riniiii que peuvent lui débitera meilleur compte les tenancières des kiosques, sur le boulevard.
Nous avons une idée si haute de l'avenir de la Maçon nerie et une confiance si grande dans le savoir et I activité de ses membres que nous n'hésitons pas un •.cul instant à lui prédire la carrière la plus belle <•1 la plus féconde qu’ait jamais parcourue société humaine, du jour où elle sentira les beautés cachées dans les profondeurs de son merveilleux symbolisme. Papus.
LA THÉORIE DES TEMPÉRAMENTS ET LEUR PRATIQUE A LEURS AMIS Sur leur demande, deux amis viennent apporter ce résumé d’une œuvre commune, d’une œuvre patiente et très sincère. * ¥ ¥ Depuis quatre ans et meme plus, cette méthode est parmi nous tous d'un usage constant; la simple énu mération de quelques lettres dans un ordre particu lier nous est un signalement physique plus clair que ceux dont on se sert habituellement, et de plus un signalement moral très précis.
L’expérience et le temps n’ont fait que consolider cette théorie et rendre sa pratique plus étendue.
C'est que si, partis d’obser32 l'initiation varions consciencieuses, nous avons été ensuite talon nés par le désir d’un absolu, nous n’avons pourtant rien précipité : nous avons cherché, essayé, rejeté bien des fois, recommencé avec bonne volonté; et ce n'a été que d’une manière presque insensible que, devant nos yeux, les ressemblances humaines se sont réduites à des éléments abstraits, aux principes mathématiques des formes.
Nous croyons qu’il n’est pas inconvenant d’attirer aujourd'hui sur ce résultat l’attention du public; car nous avons appris par votre exemple que quiconque le regardera d'un regard sympathique en recevra pour récompense une vue plus claire, plus aiguë des hommes dans leur présent., dans ce qu’ils cachent d'eux, et même, jusqu’assez loin, dans ce qu’ils en ignorent et dans leur avenir.
D’ailleurs, à la veille des dispersions qui nous entraînent déjà, il était bon de dresser cette pierre en souvenir de notre longue union. ★ ¥ ¥ Quant au rédacteur du présent résumé, qu’il lui soit permis de prier qu'on fasse retomber sur lui seul, sur sa faiblesse d’écrivain, les obscurités dont il défigure malgré lui cette doctrine, qui n’est pas sa propriété particulière. CHAPITRE I LES CLASSIFICATIONS HUMAINES. Leur utilité. — Elle est au moins égale à celle de toute autre classification. Le philosophe qui cherche
LA THÉORIE DES TEMPERAMENTS 33 encore un terrain fécond à la psychologie individuelle et à qui manque totalement la psychologie comparée, le savant physiologiste que déroute au contraire l’in dividualité, le naturaliste qui ne peut subdiviser audessous de la tribu et à qui manque un lien pour rattacher l'hérédité particulière à l'évolution générale, l'artiste avide de connaître, grouper et combiner les formes, les couleurs, les intonations, les sentiments et les générations de pensées, l'homme politique qui s’efforce de voir dans le présent comme l'historien dans le passé et de pouvoir classer rapidement les êtres qui l’approchent, quiconque veut connaître au juste les fonds sur lesquels il dirige sa barque, ou tout simplement voudrait ne pas avoir traversé en aveugle cette humanité, comprend l'utilité d une telle classification, et en saurait tirer parti.
Est-elle possible? Pour ceux qui doutent de la possi bilité d'une science physiognomonique, je ne m’amu serais pas à les prendre en flagrant délit de contradic tion, lorsqu’ils disent d'un inconnu: « 11 a Uair sournois », ou « bien bon enfant ». 11 n’y a pas d'homme qui ne se serve d’une physiognomonie à lui, mais hasardeuse, empirique et d’ailleurs d’autant plus tranchée dans ses jugements. Chacun regarde son interlocuteur. Pourquoi ?
Chacun désire voir, entendre, — ne serait-ce qu’une minute et en causant de la pluie et du beau temps,— f homme à qui il doit avoir affaire. Pourquoi? .le ne renverrai pas non plus nos sceptiques aux excellentes raisons de Lavater, cet auteur est beaucoup plus long à comprendre qu’on ne s’imagine; il faut 2
l’initiation 34 auparavant presque savoir par cœur ses ouvrages. C’est de mauvaise foi ou à tort qu’on veut en faire des extraits et tirer des préceptes indépendants du tout ; la Physiognomonie, comme les autres écrits de Lavater, est d'un caractère suggestif et n’a de sens que par son ensemble.
Elle est composée d’observations particulières et ne manque justement que d’un centre, d’une méthode générale, d’une classification, comme nous en cherchons une. Notons encore l'esprit moraliste de cet ouvrage, qui se trouvait déjà dans les productions du moyen âge et de l’époque chrétienne de l'Europe.
Les conti nuateurs et les imitateurs de Lavater ont commis la même faute; dès les premières observations on les voit qui veulent juger, favorablement ou défavorable ment, chaque physionomie. Ce n’aura pas été un mince honneur au détermi nisme en philosophie et au naturalisme en art que d’avoir commencé la cure de cette manie puérile. Nolite judicare, avait pourtant dit Jésus.
Qu'on ne se hâte donc pas de demander, dès les premières lignes de nos classifications, quelle classe est celle des honnêtes gens, quelle est celle des pick pockets. Ce n’est qu’en arrivant aux derniers résultats que nous pourrons dire, de chaque tempérament, les instincts qui dominent en lui et se développeront, indifféremment en bien ou en mal, selon les circons tances et le milieu.
Notre œuvre est de classer les hommes intérieuI rement aux classifications des naturalistes et de rattacher par là les grandes lois naturelles aux phéno
LA THÉORIE DES TEMPERAMENTS 35 mènes plus restreints et spéciaux de chaque indivi dualité. Or, cette classification est-elle possible?— Oui, dirons-nous, puisqu’il existe entre les hommes des runces pour les distinguer et des ressemblances pour les grouper.
EXAMEN DES DIVERSES CLASSIFICATIONS Système Hippocratique, (/est celui dont se .vivent encore, sans trop y attacher d'importance, les physiologistes, et le même qu’on retrouve, chez I avater et d’autres, à quelques modifications près, qui concernent le nombre des tempéraments et les répartitions des signes entre eux.
Mais à tout ce qui .e rattache à ce système, même critique peut être faite, qui l’empêche d’être la classification que nous cher- < lions ici : il n’y a point de caractéristique immuable, centrale. Par une maladie, le tempérament médi cal change ; or l’homme reste presque tout entier. Ce qu’il faudra donc à notre méthode c’est quelque chose de plus stable que les bases des tempéraments hip pocratiques. Or, qu’est-ce qui change?
Ce sont les couleurs (sang, pigment, etc.), les chairs. Et c’est sur ce fond mouvant que se tient le diagnostic des médecins. Au contraire, qu’est-ce qui reste, de manière à ce qu’on reconnaisse l’individu après un long intervalle de temps, ou du moins qu’est-ce qui évolue de façon si certaine qu’on puisse prévoir dans l’enfant l’homme qu’il sera ? C’est la forme des parties solides ou plu tôt même son germe.
Cela se cache derrière des apparences ; port de barbe pour les sots, couleurs pour les médecins, forme superficielle pour les débutants, etc, 2° Planétisme. — Il y aurait justice à réhabiliter cette vieille théorie contre le peu d'attention de Lavater et les moqueries des autres.
En effet, laissant de côté la donnée astrologique, nous n’avons pas moins ici des types plus durables que le flegmatique, le colé rique, etc. Cependant eux aussi sont capables de chan gements déconcertants : la vie des philosophes et des saints abonde en Vénériens subitement transformés en Saturniens.
De plus les sept types offerts par le plané tisme sont tout au plus susceptibles d’être mélangés, mais ne le sont point d’être combinés, de manière à produire des individualités sans nombre et chacune douée de caractères et d’un aspect déterminables à priori.
Enfin cette méthode ne repose pas plus que la précédente sur des signes certains, rigoureux, géomé triques, et, comme elle, nécessite beaucoup d’expé rience, ou pour mieux dire une interprétation toute personnelle et absolument empirique.
3° Animalisme, etc. — L’animalisme qui cherche dans les hommes leurs ressemblances aux diverses races animales, l’animalisme auquel Aristote s’appli qua et vers lequel revient l’attention des modernes chercheurs reçoit de la grande hypothèse darwinienne une profondeur de signification qui s’étendra bientôt à la fable, puis à tout le symbolisme ; les animaux d’Esope feront comprendre les monstres orientaux d’une manière que le seul Goethe (parti d’ailleurs de son épopée du Renard) semble avoir pressentie dans
LA THÉORIE DES TEMPERAMENTS 37 le h'aust ; et, comme l’antiquité, il se peut que nous m rivions de la fable à la Fable en passant par les ani maux dieux d’Egypte, aux Olympiens d'Homère, à l.mili ropomorphisme.
On peut rattacher à Vanimalisme tous les autres systèmes encore très incertains et tout aussi dépourvus de classification pratique ; systèmes où nous note rons la divination des sentiments d’autrui par la copie des traits qu’en essayait sur son visage Edgard Poë : procédé évidemment très arbitraire, très personnel, mais qui n’en est pas moins le rudiment de toute ana lyse psychologique : c’est d’après nous-mêmes que nous devinons les autres, comme c’est d’après eux que nous pouvons ensuite nous juger.
En résumé, tout cela ne nous satisfaisant point, nous sommes amenés à conclure que les éléments que nous allons employer devront être premiers, abstraits, mathématiques, d’une fécondité infinie de combinai sons : notre svstème devra être comme une cristallof J graphie des proportions humaines : il faudra que nous puissions obtenir dans chaque être, dans chaque fragment de cet être, le plan de cristallisation sur lequel il est tout entier construit; et il faudra que ce plan de cristallisation trouve sa place, réservée d’avance parmi les combinaisons des éléments simples dont il est composé, ainsi qu’un produit chimique a d’avance sa place prête dans la classification des chi mistes. Polti et Gary. (A suivre.)
38 l’initiation THÉORIE POLITIQUE ET SOCIALE DE CLAUDE DE SAINT-MARTIN LE PHILOSOPHE INCONNU « L’homme est un esprit tombe de l’ordre divin dans l'ordre naturel et qui tend a remonter à son pre mier état: c’est un être spirituel entièrement distinct de la nature quoiqu’il soit combiné et comme fondu avec cette substance hétérogène » ; telle est l’idée fon damentale d'où Saint-Martin va tirer tous ses prin cipes sur l’association humaine.
Il n’est pas nécessaire d’être très avancé dans l'étude de la science occulte pour voir dans ces mots une allusion à la théorie de la chute de l'homme qui est à la base de toute initiation. C’est en effet des prin cipes mêmes de cette science que Claude de SaintMartin, adepte de la véritable initiation, a tiré les fon dements de son système social.
L'ignorance de cette vérité ou de la méthode employée a souvent induit en erreur maints critiques; nous allons essayer de montrer la politique du Philosophe inconnu sous son véritable jour. L’homme est un esprit tombé de l’ordre divin dans l’ordre naturel : insister sur cette chute serait sortir du cadre de nos études et cependant il est difficile de voiler le rayon qui doit éclairer tout le système.
Nous allons emprunter à Papus le résumé de cette théorie telle qu’elle est exposée dans un livre fort curieux récemment publié.
THÉORIE POLITIQUE ET SOCIALE 3g - I .’homme était primitivement à l'état spirituel ; nlors les courants divins qui partent de son centre mystérieux pour atteindre la surface avaient libre »arrière.
Par l’effet de son alliance avec les forces iiilci ieures. l’homme donne naissance dans son être a îles courants réactionnels agissant de l'extérieur à l'intérieur à l'encontre des courants divins, c'est alors que chaque molécule spirituelle se doubla de matière ci que l’homme, à l’origine bi-un, fut séparé en deux spécifications caractérisées par les sexes.
Depuis ce malheur, l'Esprit, obscurci par la matière, accomplit lentement son évolution vers l'Etat primitif. Ce n’est pas sans peine, car les courants extérieurs, réagissant p.u les sens sur les courants intérieurs, livrent dans l'homme invisible un continuel combat. » Ce résumé doit permettre à tout le monde de nous illivre; il met en lumière l’état primitif de l'homme, <1.il spirituel; sa chute puis son évolution lente vers cet état primitif.
Engageons donc le lecteur auquel <«**. théories sembleraient trop abstraites à chercher des éclaircissements dans les ouvrages mêmes de Saint Martin, et pénétrons au cœur du sujet.
I a conséquence du principe que nous venons d’émciire apparaît immédiatement et fauteur l’expose nettement : « Si l'homme est esprit, tout ce qui sort de lui doit avoir eu primitivement le caractère de l’esprit ; car c’est une loi à l'abri de toute contestation que tout être quelconque doit offrir des résultats et des productions de sa nature par lesquelles on la puisse évidemment discerner. D’après ce principe non i.ridcincnt tout ce qui sort de fhomme-esprit doit
l'initiation 40 avoir eu primitivement le caractère de l'esprit. mais en outre, avoir eu encore le caractère d'un esprit ordonné dans toutes ses mesures, attendu que l’agent suprême, dont il ne peut émaner que des ctres qui soient esprits, n’en peut sortir de lui aucun qui n'ait en soi ces sages et éminentes propriétés.
Lors donc que l'on voit la pensée de l'homme produire des œuvres et des conceptions puisées tantôt dans un ordre inférieur à l’ordre de l'esprit, tantôt dans les irrégularités de ce même esprit, on peut assurer que ces œuvres et ces conceptions désordonnées tiennent à une altération quelconque et qu’elles ne sont point le produit pur de ses facultés primitives qui ne de vaient rien manifester de semblable (1). » Rousseau prétendait que la société est née de l'ac cord réfléchi des volontés humaines ; que le pacte primitif, qui n'est autre chose que la souveraineté du peuple ou la volonté générale substituée à toutes les volontés particulières, a été rompu et qu’il faut au moins le rétablir puisqu'il est impossible de retourner à l’état de nature qui était l étal idéal.
Helvétius prétendait que la société est née de l’ins tinct de notre conservation physique. Nous allons voir le cas que Saint Martin fait de ces théories.
A Rousseau il dit que l’état de nature tel qu’il l’a imaginé n'a jamais existé et qu’une œuvre de conven tion, un pacte semblable à celui qu’on nous représente (1) Nous avons tenu à donner in extenso cet exposé, car c’est lui qui va servir de critérium dans l'examen des théories de Rousseau et d'Hel vétius qui agitaient alors la France.
THEORIE POLITIQUE ET SOCIALE 41 mous le nom de contrat social, loin d’avoir donné naisuue à la société, la suppose déjà établie depuis long temps et parvenue à un degré de culture très avancé.
Il demande un si merveilleux accord dans les volontés, mi développement si rare dans les idées et dans les sentiments que si un monument de cette espèce avait pu être fondé, n’importe à quelle époque, il serait impossible, malgré les ravages du temps, qu’il n’eût laissé sur la terre aucune trace de son existence.
A Helvétius il répond qu'on n'a jamais trouvé un peuple ni un gouvernement assez dégradé pour borner son ambition et ses efforts à la satisfaction des besoins de la nature animale: il n’y en a pas qui n'ait été plus occupé des soins de son honneur ou de sa gloire que de la conservation de sa vie et de son bienètrc matériel.
Au milieu de sa chute l’homme a gardé le souve nir de sa splendeur perdue et rien ne peut lui arraI lier l'espérance, ni lui ôter l’envie de la reconquérir. II peut, sous l’empire de l’ignorance et des passions, •/écarter par moment du but qui est placé devant lui, jamais il ne cesse de le poursuivre.
«C’est ainsi qu’un homme tombé dans un précipice commence à gravir air quatre pattes comme les animaux, tandis qu'auparavant il marchait droit sur ses deux pieds comme les autres hommes ; et quoiqu'il se traîne, quoiqu'il tombe même à chaque tentative qu’il fait pour se relever, le but qu'il se propose n'en est pas moins évident. » Mais alors, si nous ne trouvons dans notre être infé1 icur aucun des éléments qu’exige nécessairement une
l'initiation 42 semblable entreprise, « n’est-il pas plus probable que ce n’est pointdans l’ordre humain simplcet réduità luimême que résident les matériaux de ce vaste édifice »?
Le défaut des publicistes, nous dit Saint-Martin, est de vouloir faire dériver l’ordre moral quelconque de la seule région des sensations animales et de nos besoins purement physiques, tandis que dans notre pensée saine et dans notre réflexion bien ordonnée nous sentons que les causes doivent toujours être supérieures aux effets au lieu que, dans l’hypothèse qu’il vient de combattre, ainsi que dans toutes celles de cette classe, les effets seraient de beaucoup supé rieurs aux causes.
Analyse-t-il le principe de la souveraineté du peuple, il n’est pas moins catégorique.
Son opinion sur elle est résumée dans cette phrase: « La souveraineté des peuples est leur impuissance. > Ignorants de la véritable fin de l’homme et des véri tables fins de l’univers, ils seraient depuis longtemps broyés si les lois qui se développent avec eux, leurs lois fondamentales et constitutives ne dérivaient pas des lois supérieures de l’éternelle justice: elles sortent de la nature même des choses cl c’est précisément ce qui en fait la majesté et la force.
« L'histoire des nations est une sorte de tissu vivant et mobile où se tamise, sans interruption, l’irréfragable et éternelle justice. » Qu’on n’objecte pas que la liberté humaine n’existe plus : « l’homme a la liberté de répondre ou de résister aux avances de Dieu qui dans son amour pour ses créatures a décidé que ses desseins, quoi qu'elles puissent faire, seraient accomplis. »
THÉORIE POLITIQUE ET SOCIALE 43 Mais la souveraineté du peuple c’est la volonté générale, dit Rousseau. Il n’y a pas de volonté générale, répond Saint-Martin, il n'y a que des volontés particulières qui se combattent et dont la plus forte et non la plus juste l'emporte sur les autres. Une volonté générale ne peut se former dans une société corrompue comme la nôtre, divisée par l’intérêt, par les passions et les opinions.
Le peuple n’a pas de volonté, pas même une volonté particulière; il n’a que des passions à l’aide desquelles d'autres que lui le conduisent à leur gré et le ploient à leur dessein. « Qui ne sait que ce qu’on appelle peuple doit se con sidérer partout comme l’instrument le plus maniable pour tous ceux qui voudront s’en servir, n'importe dans quel sens?
Il leur est aussi facile de le mouvoir pour faire le mal que pour faire le bien, et l’on peut le comparer à un aiguillon dans la main du pâtre qui l'emploie à son gré pour conduire son bétail où il lui plaît et qui avec ce même instrument mène à sa volonté le bœuf au pâturage, au labourage ou à la boucherie ! » Ne cherchons donc pas plus la volonté générale que la souveraineté du peuple dans le peuple: la volonté générale n’est pas seulement supérieure, elle est antérieure à toutes les volontés particulières, c’est « la volonté universelle de l’éternelle sagesse qui embrasse tout. > Mais par quels organes cette volonté sera-t-elle donc accomplie sur la terre ? Quel est donc le gouver nement capable d’entrer ainsi dans les voies de la l‘rovidence ?
44 l’initiation Saint-Martin nous le dit: c’est la théocratie.
Plu sieurs critiques, M. Franck entre autres, privés des pre miers principes de la science, dont toute la théorie sociale de Saint-Martin est la pure émanation, ont considéré cette théocratie comme le rêve d’un fana tique religieux ou d’un dictateur, il nous suffira de mettre sous les yeux du lecteur les termes mêmes dans lesquels ce théosophe exprime son opinion sur le gouvernement, l’Etat et les prêtres pour écarter à jamais un pareil soupçon.
« Le gouvernement, dit-il, n'est que la partie exté rieure du corps social, tandis que V association consi dérée dans son objet et dans ses divers caractères, en est la substance. Quelque forme que les peuples em ploient pour leur gouvernement, le fond de leur asso ciation doit rester le même et avoir toujours le même point de vue...
Si le gouvernement n’est que la forme extérieure du corps social, et si l'association consi dérée dans son but moral en est la substance et le fond, ce serait de la nature même de cette association que l’on devrait attendre le patron de sa forme, comme la forme d’un arbre dérive essentiellement de la nature de son germe. » La définition qu’il donne de l’Etat n’est pas moins explicite.
« Tous les monarques de la terre, dit-il, ont dû expier, par la chute du plus grand d’entre eux, un orgueil qui leur est commun; l'orgueil qui leura persuadé que toute une nation est concentrée dans un homme « tandis que c’est à tous les hommes d’un rEtat à s’oublier, pour se dévouer et ne se voir que dans la nation. »
THÉORIE POLITIQUE ET SOCIALE 45 Sont-ce là les théories d’un despote?
L’accusation de fanatisme religieux tombe avec la même facilité : qu'il me suffise de citer ce passage * « Quoiqu’il en soit, lorsque je plaide pour le règne théocratique, pris dans sa perfection originelle, je suis bien loin de me laisser conduire dans cette idée par les maximes vulgaires qui ne regardent la chose reli gieuse que comme un simple frein politique, qui pré tendent qu’il faut une religion aux hommes si on veut les contenir et qui ne voient par conséquent dans la chose religieuse qu’un épouvantail que les législa teurs font fort bien de montrer au peuple pour l’as servir plus facilement. » Mais alors qu’est-ce donc que cette théocratie ? c’est le gouvernement des hommes qui, par le développe ment de leurs facultés intellectuelles, je dirai même psychiques, ont pénétré les mystères de la nature et sont capables de faire régner ici-bas V ordre divin.
« Connaissez les lois et les conventions immuables qui sont avant vous, dit Saint-Martin, remplissez-les et alors l’ordre social sera dans la nature. » L'ordre divin, voilà le mot qui aurait pu donner aux critiques la clef de tout le système s'ils avaient eu les principes de la science occulte. Faire régner l’ordre divin, c'est appliquer à l’orga nisation des sociétés humaines la loi du ternaire.
Voilà ce que les critiques n’ont pas vu et ce qu'ils ne pouvaient pas voir ! La loi divine, c’est la loi qui régit l’univers comme elle régit l’homme, qui régit le macrocosme formé des trois mondes matériel, intellectuel et divin, comme
l’initiation 46 elle régit le microcosme composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit !
« Une chaîne progressive lie chaque classe voisine d'une autre par une propriété commune, quoique dans ces deux classes contiguës, il y ait toujours une propriété qui manque à la se conde et qui établisse la différence et la supériorité de la première; c’est par cette progression suivie de similitudes et de différences que l’wni/e ou la vie divine se lie et s’étend jusqu’aux derniers rameaux des êtres.
C’est par cette loi que Dieu est partout, que Dieu est tout, quoique rien ne soit lui excepté lui. » C’est là l’ordre divin qui doit régir les sociétés hu maines, c’est cet ordre qui régnera lorsqu’elles seront fondées sur cette hiérarchie que partout l’on rencontre dans la nature; lorsqu’elles auront un corps, une âme et un esprit ! Economie, Pouvoir, Autorité ! Voilà ce que Saint-Martin, le philosophe inconnu, entend par théocratie!
Est-cc le rêve d’un mystique, d’un dictateur ou d’un fanatique religieux ? Avouons que nous avons été effrayés par ces mots d’homme spirituel, d’homme-esprit et de théocratie, que nous ne comprenions pas ou que nous tradui sions mal. Saint-Martin a puisé ses connaissances à des sources cachées, ne soyons donc pas étonnes de ne pas pou voir toujours le suivre dans ses spéculations et sus pendons nos jugements.
Ces sources, le Lotus et la présente revue, l’Initiation ont entrepris de nous les faire connaître; profitons de cette aubaine et étudions; peut-être comprendrons-nous mieux ! Les recherches des sociétés savantes sur les facultés
THEORIE POLITIQUE ET SOCIALE 47 psychiques de l’homme n’ont-elles pas déjà jeté un jour nouveau sur sa nature et n’est-on pas en droit d’espérer qu’un jour l'existence de l’homme-esprii dont nous parle Saint-Martin, sera scientifiquement démontrée ? La merveilleuseapplication qu'un éminent occultiste de nos jours.
M. le Marquis de Saint-Yves fait de la loi du ternaire à la sociologie, ne jette-t-elle pas une lumière éclatante sur celte partie de la philosophie?
Lisez la France vraie et dites moi si vraiment vous trouvez une ombre de mysticisme dans sa synarchieEtudionsdonc, cherchons et puissent nos recherches nous conduire à une synthèse, à une vérité qui nous délivre à jamais de l’anarchie politique dans laquelle nous vivons; à une vérité qui ouvre enfin les yeux des économistes actuels qui en sont encore à admirer le mécanisme ingénieux de la concurrence; à une synthèse qui pénètre les socialistes de toutes les écoles, tous ceux qui pensent qu'il est nécessaire, urgent de modifier les bases delà société, qui les pénètre, dis-je, du plus profond respect pour l'ordre et la hiérarchie sans lesquels rien de durable ne se fondera. Julien Lejay. (M. S. T.)
4» l'initiation LE TESTAMENT D’UN HASCH1SCHÉEN Sembler fou est le secret du sage (Eschyle) Jupiter s’amuse et le monde se fait (Heraclite) Deux ans ont passé depuis mon dernier article sur le haschisch, et bien des années passeraient encore, si j'attendais, pour reprendre ma propagande ésoté rique, d’être complètement éclairé sur les défauts et les qualités du fameux dynamophorc.
En vertu de cette maxime de Marc Aurèle que l’homme doit toujours se conduire comme s’il allait mourir dans la journée, je crois bien faire de céder à l’obsession qui me pousse à rédiger mon testament haschischéen et à résumer sans retard la suite de mes expériences, afin que mes échecs ou mes trouvailles, si trouvailles il y a, profitentà quelques autres, soit pour les détourner de ce genre d’exploration, soit pour leur faire éviter des inconvénientsqui n’étaient peut-être pas inévitables, et qui en tous cas peuvent être atténués et combattus.
Pour ma part, j’ai vu ou fait disparaître les illusions haschischéennes du temps et de l’espace, les oublis, la crainte des impulsions toiles, les nausées nerveuses, les obsessions laides. Je ne confonds plus les boulimies maladives avec les appétences normales; je sais mieux prévenir les unes et provoquer les autres. Plus d’un achromatisme a été corrigé. Si j’ai dû dé compter pour les espérances, je me suis aperçu qu’il
TESTAMENT D'UN HASCHISCHEEN 49 fallait faire aussi la part de l'exagération haschischéenne pour les épouvantes et les désespoirs. J'ai visité presque tous les coins et les recoins du laby rinthe; et j'ai pour rassurance les pas déjà tâtonnés dans la même voie. J'ai mis les fantômes au pied du mur; et ils se sont évanouis comme des croquent itaines enfantins. Mon œil intérieur a pu tenir pied (le haschisch 1) à des défilés vertigineux.
Pour nies téméraires voyages, je me suis composé des viatiques insolites; j’ai mes sou papes de sûreté: j’ai mes appareils (i), mes mementos et mes sirènes de sauvetage (hum !). J'ai converti de la dose délirante en dose inebriante et de la dose inébriante en dose apéritive.
Sans doute mes notes sur l'idéalisant, sur l'herbe aux chantres-divines sont contestables; mais beaucoup de celles concernant le médicament valent d’être sauvées du naufrage. Le débutant haschischéen passe d'un état d’exaltation où il ne doute de rien, où Dieu le père n’est pas son cousin, à des défaillances tout aussi excessives.
Mais le temps et l'expérience accomplissent leur œuvre d’accommodation, apprennent à diluer les chaleurs en tiédeurs, à garder de ses surllux pour scs subflux, à économiser de ses sursum pour les mínima de son minime homme. Sérieusement, le grand fait, je l'ai dit ailleurs, c’est (i) Un sifflet entre autres. Pour jouer du sifflet, il est nécessaire de maintenir un effort respiratoire diversif et de prendre une figure comique.
De par les lois de la réversibilité, je vous défie de rester en route pour l’extase et de ne pas reployer vos ailes de sept lieues, après que vous aurez sifflé pendant quelques instants sur l’air de : « en jouant du mirliton » ou de « mais quand on est trois, Mlle Thérèse ».
l’initiation 5o que le haschisch se distingue des autres inébriants, en ce qu'il comporte un apprentissage. Il est protéi forme dans ses effets et l’art de les faire varier, depuis l'extase autorisée jusqu’à la simple action ton ¡-sédative, exige un doigter artistique qu'il n’est pas donné à tout le monde d’acquérir. Si pour faire varier les effets, il n'y avait qu’à varier les doses ; mais voilà!
Tant de causes agissent dans le sens de leur diminution ou de leur augmen tation ! Elles doivent donc être réglées d’après d’au tres données, d’après l’état de la sensibilité ; et pour savoir laquelle est la plus opportune de la dose mas sive, de la dose moyenne, de la faible dose ou de la dose réfractée, il est nécessaire de consulter chaque fois sa mercuriale passionnelle.
La cannabinologie et la passionnimétrie se com pliqueraient encore de notions indispensables sur le choix et le mode d’emploi des adjuvants (i), sur le maniement des suggestions avant et pendant l'accès. Pourtant le principe d’une morale du robinet est posé et il appartenaità un fils spirituel de Ch.
Courrier, de faire succéder à la réhabilitation de la passionnalité la réhabilitation des agents naturels qui influent sur les passions (2). (1) La tolérance pour le vin, la bière et les spiritueux est un des faits confirmés. (Voir Bourchardat.) Elle dépend de la force de l'accès plus que de la dose absorbée.
Le haschisch et l'alcool seraient contre-poisons l’un de l'autre et leur mélange donnerait un aliment nerveux toni-sédatif. (2) Que je me débarrasse tout de suite d'une objection qui a le don d e m’agacer particulièrement ; le haschisch « ce n est pas naturel h, comme ■si le haschisch n’était pas un produit de la nature et d’autre part, comme s’il n’était pas naturel d'utiliser les forces naturelles à améliorer notre naturel.
TESTAMENT d'üN HASCHISCHÉEN 5l On ne saurait trop venir en aide à la pauvre volonté humaine. Puisque du milieu physiologique plus encore que du milieu économique dépendent en grande partie notre bonheur et notre moralité, il s’ensuit que les hygiénistes et les médecins sont les vrais sacerdotes des temps modernes et qu’il convient de léguer à eux d’abord, les moindres observations tant soit peu inédites relatives à l'herbe par excellence.
A travers les amplifications d'un crû sui generis qui vont suivre, il restera cependant que, si le haschisch, appelé par M. Charles Richet « poison de l'intelli gence » ne peut être converti en aliment, ou (ne pré jugeons rien) en stimulant des centres supérieurs que sous certaines conditions difficiles à réaliser, c’est qu’il est avant tout un agent de sélection.
Ce terme culminantde la litanie haschischéenne implique et sous-entend une foule de dangers (i) auxquels expose l’emploi de l'herbe aux optimistes, qui est aussi l’herbe aux fantômes, l’herbe aux ramol lis, qui est l’herbe de tous les vices et de toutes les vertus. L’eau-de-vie, utile aux blancs raisonnables, servait à exterminer les nègres.
De même en Occident comme en Orient, le has chisch abrutirait à sa façon plus d’un profane de bas étage et même pas mal d’évolués. On ne compterait plus les fruits secs du cannabis indica, les vaincus de la substance fatidique.
Comme la langue, dont parle Esope, elle risquerait d’être aussi nuisible qu’u- (i) Quelques-uns de ces dangers n’ont pas encore été conjurés, en ce qui me concerne : Ils figurent dans mes notes sous les rubriques : peur de la dépression consécutive, épreuve du inancenillier. supplice de Buridan, mal de Pompilius,
52 l’initiation tile dans une société qui s’entend si bien à une chose : Abuser. Aussi, entre nous, on ne saurait trop insis ter sur le côté effrayant de V herbe défendue. C’est l’her be de la science du beau et du laid. Prenez bien garde, avant d'en manger. Qui a mangé mangera. La vapeur du monde moral fera éclater plus d’une chaudière et fêlera plus d’un alambic. Si vous ne domestiquez pas la plante philosophale, c’est elle qui vous achèvera.
Jamais nous ne mettrons assez de grilles et de dragons autour de notre jardin des Hespérides, et s’il est vrai, M. Sarcey : « que les préjugés sur la nourriture sont difficiles à détruire dans le peuple » c’était tant pis pour la pomme de terre et ce sera tant mieux pour le pantagruclium.
Pourtant si, en répondant aux objections, il m’arrive de parler de mon Idéoforme plutôt en avocat qu’en juge, de trahir mon faible pour mon angélique, je prie le lec teur d’agréer mes excuses anticipées pour cette par tialité qui n'est après tout que de la reconnaissance.
Les cocasseries eudémoniques et les effusions mysticomatérialistes auxquelles je vais m’abandonner, ne détonnent pas, selon moi, dans un journal de méde cine et de psychologie, parce qu'elles sont caractéris tiques. Elles sont la marque haschischéenne.
Si elles accusent une prédisposition à la folie des grandeurs, personnellement je crois l’avoir enrayée en me créant une parafolie, en écoulant un tas de bravades par la bouche d'une sorte de guignol philosophique, qui lui, pourra sans crainte du ridicule pincer de l'hyper bole à langue que veux-tu ? « Les hyperboles de Numa Pandorac! »
TESTAMENT i)'uN HASCHISCHEEN 53 Faut-il alors admettre que le haschisch prédispose à la folie des grandeurs? ou ne fait-il qu’intensifier ce qui était en germe dans mon cerveau de Méridio nal. de Méridional des environs de Tarascon? Plus généralement, le haschisch ne fait-il que gros sir les sensations? Ou ne grossit-il que certaines sensations? Chez certains individus?
Les modifie t-ilen les grossissant? etc., etc. Problèmes qui seront tôt ou tard mieux éclaircis par les imitateurs de Moreau de Tours. En tant que sujet, je me crois tenu à beaucoup de trans parence, à un certain devoir de confession partielle. A l’œuvre du haschisch, on reconnaîtra maintes propriétés (je ne dis pas maintes qualités) de l'artisan haschisch. Si l'on est fou, on est du moins conscient de cette folie.
C’est comme si l'on assistait à son dédoublement. On est le cornac de son propre élé phant. On se joue la comédie à soi-même. Soi-même on est le juge et l'accusé et cette folie des grandeurs a son correctif en elle-même comme nous le développerons en temps et lieu.
Ceci dit, mon moi contrôleur dégage sa responsabil ité de ce qui vasuivre, sauf pour les notes et les passages sans guillemets dont il se déclare l'auteur, et mon moi intuitif va s’a liéner pour l’instant, en ce Numa Pandorac de Taras con dont je parlais tout à l'heure et qui seul gardera la parole. Jules Giraud. (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE LA LÉGENDE DE L’INCESTE Dans l’Œther où va la Ronde des astres géants, il était un petit monde — insoumis au soleil — un petit monde errant. Les Anciens des jours et les Vigilants savent le péché des planètes. Le Soleil, c’est le cœur de Satan qui brûle sans ranimer son épouse Sina, froidic par châtiment et le plus petit monde fit le plus grand péché : l'inceste. Voici. I C’est le Déluge!
La colère de Dieu engloutit l’Atlan tide ; les eaux ont tout couvert, seul un Bamoth demeure insubmergible. Béné Satan s’y dresse, ses fils autour de lui et ses filles. Déjàle flotvert vient mouiller la frange des tuniques et écumant son argent sur les armilles d'or des femmes. La foudre éclate et tourne autour de ces hautains dont l’orgueil n'a pas demandé grâce.
LA LÉGENDE DE LlNCESTE 5 5 comme un bourreau craintif, qui s’entraîne et qui n’ose frapper de sublimes coupables. Cependant un cyclone effrayant va noyer le Bamoth. — Maria ! — dit Satan. Il « Maria ! » Et la trombe creva dans le lointain. « Maria ! » Et le îlot s’écarta du rocher. « Maria ! » Le tonnerre cessa scs aboyements. «Maria ! » L’Océan immobile sous le ciel éclairci.
Après ce quaternaire conjuratif, il dit : « Sei gneur, je me répens du péché de mon père ; il fut méchant d’oser dédire votre Verbe et tenter par luimême ce que seul vous pouvez. Je m’humilie, Sei gneur, pour sauver ma famille. » Et le fils de Satan ploya ses beaux genoux : « O conçue sans péché, qui concevra de Dieu, mon front jamais baissé, te salue.
Euture mère du Sauveur, sauve Bene Satan et ses fils, qui sept mille ans avant ta naissance s’inclinent. Ave, Marie ! » Lors, Michaël parut, éblouissant de gloire : — Ton hommage à Marie te sauve, grand cou pable, et le Très Haut veut bien commuer votre dam en exil sur un monde errant. Et les Bene Satan, portés par des nuées, frappèrent d’un pied fier et d’un cœur ranimé, la crête déchirée du petit monde errant. Le fils du grand déchu orbitra la planète et fit l’ordre aussitôt.
56 L'INITIATION Puis il sc reposait; un enfant l’éveilla : — Père, avec nous sauvés. des terrestres sont là. — Qu’ils soient précipités! Comme il se rendormait, une fille survint : — Père, je suis émue, les terrestres supplient, ils seront serviteurs, esclaves, et Dieu en les mêlant à nous, avait sa volonté, pour cela l’irriter, serait-ce sage, ô père! — Qu’ils soient donc supportés. — Et Satan s'en dormit après cette clémence: il rêva.
O l'atroce vision, que ses filles accouplées avec les Kalibans, enfan taient des bâtards et que ses gars lubriques dans les girons terrestres cherchaient la volupté, et sa race d’archange se croisait de brutaux. Il poussa un tel cri de colère et de rage que les échos du ciel en furent épouvantés. Ses enfants, ré veillés, accoururent. — Dormez : un songe me hantait, un songe détes table: il s’est évanoui. Enfants, je vais veiller.
Le sommeil est mauvais à ma paupière d’aigle. Mais vous, dormez en paix ! IV Le soir tombe. Satan, rêveur, marche majestueux à travers les champs et les grèves. Soudain, il aper çoit sa fille aimée Jzéel, que lutine un lourdaud. Il arrache un jeune arbre et d’un seul coup férit l'audacieux. La fille de Satan pleure : « Il me parlait d'amour, c’était une douceur, en le tuant vous avez frappé sur votre fille. »
LA LÉGENDE DE L'INCESTE 57 Bcne Satan se tut et suivit son chemin. A l’abri d’un rocher, son fils Rouna prend des baisers sur le sein d'une Kalibane. Au courroux de son père, l'amant rebellionné s’écrie : « — Sais-tu pas le passe et que tombé du ciel, tu es fils, comme moi, d'une simple mortelle, avide de baisers et de vertiges? Lorsque lu m’as conçu, étaitce dans le ciel ou bien sur le lit parfumé d'Ereck?
Pourquoi reproches-tu aux autres ton péché? Bene Satan se tut et suivit son chemin. Cette nuit il veilla, à regarder dormir sa race. Les adolescents se tordaient sur leur lit de fougères, étreignant des fantômes, et les vierges baisaient leur propre chair. Un arome d’amour montait qui fit pleurer le père. V Sur le Bamoth, il attendit l'aurore au premier rayon, incanta : — Michaël!
Et l’archange parut. — O toi qui fus mon frère et dont l’intelligence ne s’est pas obscurcie: conseille-moi. Mes filles admirables sont béantes d'amour et mes fils semblables aux taureaux furieux. Ils n’osent marier leur flamme dans l'inceste, et l'amour va mêler le sang de Kaliban à mon sang. Sacrilège ! — C’est le dessein de Dieu !
Bene Satan ; ton père voulut être Messie: son cœur de démon ne fut qu'un cœur de prince; il avait la beauté, le génie : la charité
58 l’initiation manquait et tout fut confondu. Dieu lui laissa sa gloire en punissant son crime, et l’âme du faux Dieu, aliment du soleil, resplendit sur le monde, en réalisa tion de son Verbe et des Normes. Pour toi, Bene Satan, et pour ta race, je connais un recours.
Que tes fils et tes filles vivent leur vie humaine, sans amour, sans baiser, que votre race hybride ne se perpétue pas et vous serez reçus dans l’atmosphère seconde, toujours punis, mais moins humiliés. — Tu railles, Michaël, la vie daïmonique est l’amour. — Eh bien! abaisse ta fierté, laisse les Kalibans approcher de tes filles et les femmes terrestres con cevoir de tes fils.
Sache que le Dieu bon dont le rôle envié écrasa les épaules du grand déchu, veut qu’à force d'amour on élève la brute et que l'entendement penche sur l’idiot, que le génie féconde l’ignare. Soli daire à jamais, fais les œuvres du Christ, rejeton de celui qui pensa devancer la divine miséricorde. Al lons !
Bene Satan, que ton orgueil écoute ce conseil salutaire dicté par les liens d'une commune essence. — Ange, cria le rebelle, stériliser ma race ou la prostituer aux mortels, et mêler l'étoile un jour tombée du firmament vermeil à la poussière vile et sale.
Je me lève, indigné contre ces deux supplices et tu diras à Dieu que Satan ne veut pas. — Prends garde, esprit encoléré, il n’est pas d’autre mot qui te sauve à nouveau, et le nom de Marie seul a pu, une fois, écarter ton destin. Les Arcanes te sont-ils pas présents? La science
LA LÉGENDE DE L’iNCESTE 5g suffit encore à t’affirmer qu’aucune humanité ne vivra dans l'inceste et que Dieu a voulu que l’un rachetât l’autre et que le grand tendît sa bonté au petit.
Bene Satan croisa ses bras sur sa poitrine: — C’est donc notre dernier entretien, Michaël, for mule-moi mon dam. — Tu seras toi le chef et l’âme réunis à ton père damné en soleil, et ta postérité, rejetée sur la terre, oubliera jusqu’au nom de Satan et son vœu: comme ils auront la Norme de l’inceste, ils n’auront point d’amour qu’entre eux et chercheront leur sang. — A merveille, et le Verbe de Dieu au Verbe de Satan fait suite.
Michaël effaça d’une croix le blasphème : — Pauvre Satan, pitoyable orgueilleux, tu parles comme un homme; as-tu donc tout perdu de la gnose céleste? Aussitôt que ce monde perdu par ton péché rejettera les tiens vers les rives terrestres , un malheur sans répit commencera pour eux.
Noyés dans l’humanité hostile, en cent ans pas un frère ne trouvera de sœur, et tes filles seront piétinées par les brutes et tes fils s’oublieront dans les bras roug?s et lourds: mêle ton sang au sang terrestre, c’est le salut... Que dois-je dire à Dieu? — Tu répondras à Dieu que Satan ne veut pas. Bene Satan redescendit ; en bas de la montagne, tous les siens anxieux, attendaient, sachant qu'il apportait la terrible parole des cieux interrogés. Il prit la main des vierges. — O mes fils! voici vos femmes. Et la mit dans la main de leurs frères.
6o l’initiation — O mes filles! voici vos époux. Et sacrilégemcnt. il bénit le péché qui conservait sa race. VI Depuis la nuit d’Ereck, ou les dix-vingt célestes tombèrent au giron mortel extasié ; aucune heure de chair n'avait sonné si chaude que ce minuit d’inceste. Le froissement des corps faisait un bruit de blés que le vent couche et le râle d'amour qui sortait des. poitrines couvrait de son ahan la clameur de la mer.
De sinistres lueurs s'allumaient sur les mares, dan saient aux pointes des rochers ; puis des flammes parurent et le sol se fendit sous l'amplexion cou pable.
Alors Satan, une dernière fois, bénit l'inceste fou, inlassé, furieux, qui conservait sa race; et ce monde craqua, éparpillant dans l'air des îles, des démons et des hommes. • Dans l’éther où va la ronde des astres géants, il était un petit monde, — insoumis au soleil. — un petit monde errant. Les Anciens des jours et les Vigilants savent le péché des planètes.
Le Soleil, c'est le cœur de Satan qui brûle sans pouvoir ranimer son épouse Sina froidie par châti ment, et le plus petit monde fit le plus grand péché:, l'inceste ! Voilà ! Et c'est depuis.ce temps que l’amour a mêlé, imLA LÉGENDE DE L’iNCESTE 6 b mondement égalitaire, le poète à la gouge et la reine au valet.
Les Œlohitcs, ainsi que les fils de Satan, ne savent pas fermer leur cœur ; ces affamés d’amour, de tendresses assoiffés se ruent sur les vulgaires, et de la puberté jusqu’au pâle moment où la mort qui délivre apparaît, les plus grands cœurs sont pris aux mains les plus grossières, comme de fins oiseaux aux doigts de paysans.
Ainsi Dieu a voulu poursuivre sur la race le verbe de l’aîné insoumis et hautain : et Socrate et Durer et Le Dante lui-même, damnes au sacrement, forniquent au-dessous d’eux. Bene Satan a dit à Dieu : « Je ne veux pas, » et ses fils obéissent au « Je veux » d’une sotte, ses filles au désir d’un goujat. Lamentable péché, dam plus lamentable qui em bourbe les grands aux vases les plus noires, aux cloa ques d’indignité.
Mais il est des Orphée refuseurs des joies basses, qui fuyant les Ménades, savent vivre d’un nom et mourir pour un songe : Euridike. 11 est des cœurs patients qui s'obstinent et qui cherchent, conscients de leur sort, le seul être euphrasien. Salut à ces patients qui, dédaigneux, regardent d’un œil indifférent les tordions d'en bas. Salut aux obstinés qui ne boiront l’ivresse qu’en des coupes frappées aux armes de leur rang.
Salut aux vigilants, qui savent les arcanes et res pectent les voix de l’idéalité ; ce sont les Œlohites, les daïmons de lumière, qui, pour l'œuvre de Dieu,
6 2 l’initiation militants et fidèles, se préfèrent stériles que fécondés du mal. Genoux terre devant les décrets du Très-Haut, et gloire aux expectants de l’inceste sublime !
JOSÉPIIIN PÉLADAN. ____________________________________________________________________________________________ HISTOIRES INCROYABLES A BRULER I Sur le point d’entreprendre l’œuvre la plus auda cieuse que jamais homme ait tentée, décidé à aller jusqu’au seuil de la Mort sans être certain de n’être pas contraint de le franchir, je veux m’étudier moimême, revivre toute ma vie passée, considérer comme au microscope les-infiniment petits qui m’ont con duit jusqu’à la limite de l’infiniment grand, en un mot, me confesser.
Mais à cette confession je ne me résous que dans la solitude d’une méditation égoïste: seul je m’interroge, seul je me répondrai. Si, par l’écriture, je donne corps à cette enquête intime, si ma plume matérialise cet interrogatoire et en dresse ce procès-verbal, il est bien entendu que je veux user ainsi d’une sorte de moyen mnémotech nique, pour moi-même, et non pour que ces lignes tombent sous les yeux d’autrui. Si de l’épreuve que je vais affronter, je sors vivant,
A BRULER 63 je relirai ces feuilles et j'y ajouterai, en quelques traits, la solution du Problème, j’écrirai la formule du Secret. Puis je me consulterai. Détruirai-je le manuscrit, ou au contraire, le livrerai-je avec la Loi Suprême qu’il contiendra, à la curiosité des hommes? Je ne le sais.
L’infinie puissance, dont la formule révélera, en même temps que l'existence, le mode d’action, le procédé d’exercice, devra telle être remise comme un dépôt aux chercheurs de la Vérité? J'hésite encore. En tout cas, je n’ai pas en ce moment de décision à prendre, puisqu’elle ne peut être que postérieure à ce que je veux tenter.
Mais il peut arriver — tant sont terribles les risques à courir — que je périsse dans l’accomplissement de la tâche que je me suis fixée. Sera-ce avant l’acte, ou bien tomberai-je, comme le soldat., sur le cadavre de l’ennemi — je l’ignore.
Mais il se peut que, dans un ou plusieurs jours, après avoir constaté mon absence, des serviteurs, des amis pénètrent dans cette chambre et me trouvent inanimé, froid mort — ayant encore devant moi le cahier de papier sur lequel j’aurai inscrit le bulletin de la bataille livrée, sans avoir pu cependant enregistrer la victoire ou la défaite.
Alors je ne veux pas que ceci soit lu par des pro fanes imbéciles, qui s’épouvanteraient ou se moque raient, deviendraient fous ou resteraient stupides. Donc avant de partir d’ici — ce que j’entends par — partir — j’enfermerai ces pages dans une large enveloppe et j’écrirai, en guise de suscription, ces deux mots — à brûler ! —
l'initiation 64 D'ordinaire on respecte ces sortes d'ordres pos thumes, et j'ai cette garantie qu’en la circonstance, ainsi qu'il arrive toujours en cas de mort subite ou singulière, on aura requis un magistrat, qui, lui, veillera à ce que ma volonté soit accomplie. Un autre motif me décide à agir ainsi.
Bien qu’aux yeux du vulgaire, l’acte que je vais exécuter soit criminel — et c’est son caractère que je vais étudier, en le décomposant en quelque sorte par les mots et les lettres qui en seront la représentation détaillée — je ne suis pas un méchant. La haine que j’éprouve contre l’être — auquel je vais livrer un combat furieux — n’est en réalité que la notion d’un droit, qui m’appartient et qu’il s'obstine à méconnaître.
Je le revendique, c’est justice, puisqu’il y a une rup ture d’équilibre à mon dommage. Mais ce droit, je ne me le reconnais pas contre l’humanité tout entière.
Or je sais que le Secret — acquis par moi au prix de tant d’efforts et d’une persévérance raisonnée dont bien peu seraient capables — serait entre les mains des ignorants un agent mauvais, délétère pour l’indi vidu, mortel pour la société, précisément en raison de la distance qui sépare l'état actuel — considéré comme normal — de la science et la réelle connais sance du Mystère de vie et de mort.
Si tous connaissaient le but possible, tous se rueraient vers lui, en aveugles, en fous, ne compre nant pas que la route doit être suivie lentement et pas à pas, d’où des déviations, des déraillements, des chutes qui amèneraient un bouleversement universel. L'homme serait alors semblable à un cavalier novice,
A BRULER 65 lancé sur un cheval fougueux qu'il ne saurait ni mater ni conduire et qui, s’emportant bientôt, le renverse rait et lui briserait le crâne d’un coup de sabot. Je ne me sens pas le courage d’assumer cette res ponsabilité.
Je suis un des premiers, le seul peut-être, qui, dans le monde occidental, ait été assez maître de lui pour arriver, sans lésion cérébrale, jusqu'au seuil du mys tère, le seul qui ait pu, dans la plénitude de sa raison, avec la mathématique du bon sens, se rendre un compte exact du chemin suivi, et, parvenu jusqu’à l'abîme, en mesurer l’épouvantable profondeur.
Me préparant à m’y précipiter, je sais ce que je fais, je connais le péril; dans ce duel avec l’infini, je tiens fermement l’arme qui peut me donner la victoire. Et encore ne suis-je pas fou? J'aurais tort de le dire, puisque je n’ai pu assez complètement m’abs traire de mon animalité pour résister à la passion qui me tuera peut-être et par laquelle je me laisse entraîner... Il fait nuit. Je suis seul.
Ma lampe enveloppe de lumière la place où je travaille, tandis qu’autour d 'elle tout est ombre profonde. J’écris. II Je suis Français de cœur et de raison. Si ce n’était orgueil, je dirais plus que Français, Gaulois, Parisien. Je suis né d’une famille de petits marchands, dont on retrouverait le nom en tête de bien des factures, depuis plusieurs centaines d’années. Leur horizon a 3
66 l’initiation toujours cu pour limites les rues Saint-Denis et SaintMartin. Un seul a fait une pointe jusqu’à la rue Vivicnne, mais il était revenu à son centre naturel, rue Turbigo. 11 y est mort. C’était mon père. Son métier, tailleur.
C'était un homme petit, nerveux, au teint décoloré, très actif, qui chaque matin courait Paris, sa toilette sous le bras, intelligent en affaires, très honnête et très obligeant : sachant deviner le client de bonne foi et ne lui refusant point crédit, mais dur pour qui conque lui paraissait se moquer de lui. C'était d'ailleurs l’incarnation de la raison : il était sobre et chaste.
En vrai Parisien, il adorait le théâtre, et un client retardataire pouvait singulièrement l’ama douer. par le don de quelque billet de faveur. Il paraissait n’avoir pas d’imagination, et la seule débauche cérébrale qu'il se permît était justement l’in térêt qu'il prenait aux aventures imaginaires de la scène. Un drame le passionnait : il haïssait sincère ment le traître et pleurait naïvement sur le sort de la jeune première.
Je ne lui ai connu qu’une vanité : son nom figurait sur le registre des vainqueurs de la Bastille et sur la Colonne de juillet. C’étaient les titres de noblesse de la famille, et il y tenait. Ses opinions politiques étaient d'ailleurs en harmonie avec son caractère pondéré. Il allait jusqu’aux extrêmes limites du libéralisme, mais se refusait à les dépasser.
Les frondeurs l’amu saient, et il riait volontiers des pointes spirituelles dont ils piquaient l'autorité ; mais, à la moindre vel léité de violence active, il redevenait sérieux, exigeant
A BRULER 67 avant toutes choses qu’on le laissât travailler tran quille. En somme, placide. Je me souviens m’être demandé souvent s’il n’y avait pas en lui. sous une apparence de banalité, l’étoffe d’une profonde philosophie. Quand j’étais enfant, j’étais frappé parfois, alors qu’il travaillait très paisible dans l’arrière-boutique, du rayon que je voyais filtrer sous ses paupières baissées.
Je sais qu’on l’estimait beaucoup, non seulement pour sa probité, mais surtout pour la rectitude de son jugement et aussi pour une instruction, que je ne pouvais juger, mais qui — à certains détails que je me rappelle — était évidemment supérieure à sa condi tion. 11 avait une clientèle de professeurs ou de jeunes savants, auxquels il rendait volontiers ces services inappréciables qui permettent une tenue indispen sable aux débuts.
Quand un timide, muni d'une recommandation, venait tenter ce qu’il appelait « le coup de la redin gote » mon père, avec sa simplicité un peu narquoise, savait faire causer le néophyte, et plus d’un, surpris, témoignait d’un respect non équivoque pour ce petit marchand qui pensait et parlait juste, même sur des questions tout à fait en dehors de sa compétence probable.
Un d’eux s’écria même un jour, en riant, mais non sans une nuance d’estime : « Mais, monsieur, c'est un véritable examen que vous me faites subir. — Bah! fit mon père, un Parisien doit savoir un peu de tout. » Le fait est qu’il lisait beaucoup, surtout le soir, n'allant jamais au café.
68 l'initiation Enfin, il était bon. Et sa conduite envers ma pauvre mère fut celle d'un être angélique. J’ai su depuis dans quelles conditions il avait épousé ma mère. Dans la maison qu’il habitait, et où il exerçait sa profession, un locataire — inconnu de lui — s’était suicidé, un original, au cerveau détraqué, disait-on dans le quartier, qui vivait seul, se livrant à ce qu’il plaisait aux bonnes gens d'appeler des œuvres du démon.
En fait, c’était sans doute un de ces savants dédaignés, doués de plus d'instruction que de raison et qui poursuivent un rêve trop hautain, sans se résoudre à monter un à un les degrés qui pourraient les y conduire. Il avait pris plusieurs brevets d’invention, avait épuisé toutes ses ressources sans parvenir à les exploiter utilement : j'ai cru comprendre qu’il avait dirigé ses recherches du côté de l’électricité, ou peutêtre du magnétisme.
Quoi qu'il en soit, le malheureux, à bout de ressources et d’énergie, s'était empoisonné, non sans avoir détruit au préalable tous ses manus crits, ainsi que les appareils qui servaient à ses expé riences. Une seule feuille de papier avait échappé à cet auto-da-fé : je la possède encore. Elle porte ce titre étrange : La vie des morts.
Je ne sais comment mon père apprit que cet homme qu'on croyait un vieux garçon était veuf et avait une fille, élevée dans un pensionnat à quelques lieues de Paris. L’enfant avait quatorze ans : la mort de son père — qui, paraît-il. avait toujours payé très
A BRULER 69 régulièrement sa pension — entraînait la cessation de ses études, et de plus livrait la pauvre fille à tous Jes hasards d’une vie de misère. Mon père à quarante ans était encore célibataire. 11 lui plut de s’intéresser à cette inconnue, et il se substitua au père disparu. La jeune fille était jolie, intelligente : elle fut reconnaissante et à dix-huit ans, mon père l'épousa. Un an après, je naissais.
De moi-même, de ce que fut ma première enfance, je parlerai tout à l’heure. L’union de mon père et de ma mère fut des plus heureuses pendant huit ans : mais à l’âge de vingt-six ans, ma mère tomba dans un état maladif qui en cinq ans la conduisit au tombeau.
J’ai sous les yeux une lettre de mon père, adressée à ce qu’on se plaît à appeler un des maîtres de la science moderne : je la transcris tout entière pour me pénétrer de ses termes, incompréhensibles évidem ment pour celui dont il réclamait le secours, mais que nul mieux que moi n’est apte à traduire.
J’y remarque surtout les tendances rationalistes, positives de l’esprit de mon père, que déroutait la singularité d’un état mal observé, en raison d'idées préconçues qui s'opposaient à l'examen. Voici cette lettre : « Monsieur le docteur, ainsi que vous avez bien voulu m’y autoriser, je viens vous faire part des cir constances que j’ai remarquées dans la maladie de ma pauvre femme : « Je vous prie de m’excuser, si ces remarques vous
l’initiation 70 paraissent obscures : je note les laits que je vois ou que je crois voir, et, ne pouvant me les expliquer, je les décris mal sans doute. Mais je puis vous assurer que tout ce qui suit est l’expression absolue de la vérité, telle qu'elle m’apparaît. « Il y a deux ans que, pour la première fois, je notai le premier symptôme.
Un soir, il était dix heures environ, l'enfant venait de se coucher, et moi je tra vaillais à mettre mes livres en ordre. J’étais avec ma femme dans la pièce qui nous sert à la fois de salon et de salle à manger. Elle est éclairée par une lampe à suspension. Adèle cousait et ne me parlait pas, ce qui n’avait pas lieu de m’étonner, car le plus souvent elle était silencieuse et rêveuse. Soudain j'entendis un bruit, comme un glissement.
Je levai vivement la tète, et je vis ma femme renversée en arrière sur le dossier de sa chaise, les yeux fermés, pâle comme une morte... « Je m’élançai vers elle et la saisissant dans mes bras, je l’étendis sur le canapé : puis courant à ma chambre, je revins apportant du vinaigre et des sels. Mais pendant plus d’un quart d'heure, tous mes efforts furent infructueux.
Le cœur battait faiblement, le pouls s’était sensiblement ralenti, mais restait égal. Je n'osais la quitter pour aller chercher du secours, redoutant une crise foudroyante. « Mais tout à coup je vis son visage se colorer de nouveau, son pouls que je consultais en ce moment meme reprit sa vigueur. Elle eut une longue aspira tion, ouvrit les yeux et se mit à parler, d’abord de façon incohérente. Elle parlait de l’enfant qui était
A BRULER 71 dans la pièce voisine. Il dormait bien maintenant. Puis elle s’excusa de m'avoir inquiété, n’accusant plus qu’un léger malaise. Elle se coucha et s’endormit paisiblement. Je dois noter que par une coïncidence singulière le petit Paul, en s’éveillant le matin, remercia sa mère d’être venue l'embrasser pendant la nuit. Evidemment il avait rêvé. « Cette crise ne se renouvela pas pendant six mois.
Mais au bout de ce temps, elle reparut, dans des con ditions à peu près identiques, mais plus intense, plus effrayante. Pendant la syncope qui dura une heure, le corps se glaça, le visage se couvrit du masque de la mort, et un instant, il me sembla que le cœur ne battait plus. Affolé, je criai au secours. Des voisins accoururent: mais Adèle se réveilla, comme la pre mière fois.
L’accès se dissipa complètement, sans laisser de traces appréciables. « J’appelai un médecin qui n'attacha aucune im portance à ces symptômes et m’en donna une expli cation banale, injustifiée d’ailleurs par le caractère et le tempérament de ma femme. « Quant à elle, lorsque je l'interrogeai sur ce qui se passait en ces syncopes, elle me répondit par des explications si bizarres que je n’ai pas encore osé vous en faire part.
Aujourd’hui je dois tout vous dire. « Elle me dit que, soudain, au moment où elle s’y attend le moins, elle sent qu'une force à laquelle elle ne peut résister l’attire hors d'elle-même, ce sont scs propres expressions. C’est, dit-elle, comme si une ventouse s’appliquait à son cœur et faisait le vide dans tout son être, Enfin, ajouta-t-elle (et c’est ici que
l’initiation 72 je fais appel à toute votre indulgence pour mon lan gage si peu scientifique) quelque chose qui est sa vie (sa force vitale, sans doute) s’exhale hors d'elle et à l'état de vapeur se condense, vague à travers l’appar tement... que sais-je?
Naturellement j’attribue ces illusions à un état maladif, c’est quelque chose comme les hallucinations de la fièvre, et je n’eusse attaché à ces récits d’autre valeur que celle qu’ils méritent comme symptômes d’un état passager, si par malheur les accès n’étaient devenus de plus en plus fréquents. « Aujourd’hui, je puis dire que la léthargie est l’état normal de la pauvre femme et que la veille raisonnable et agissante n’est que l’exception.
« Pendant une moyenne de quatre jours par semaine, Adèle est plongée dans le sommeil, sans prendre aucune nourriture. Elle ne paraît jamais souffrir; si ce n’est au début et à la fin de la crise. Je m’explique. Quand elle va tomber dans cet état, j’en suis averti par le jeu de sa physionomie d’abord surprise, puis inquiète.
11 y a dans ses yeux une angoisse qui a parfois un caractère d’effroi que je ne saurais comparer qu’à l'effarement terrifié d’un enfant auquel un opérateur va arracher une dent et qui a vu l’instrument d’acier s’approcher de sa bouche. Puis, pour continuer la comparaison, on dirait qu’instantanément l’opération est faite.
Il s’ensuit un soulagement immédiat; mais en même temps comme si le sang coulait par quelque blessure invisible, la face se décolore, les joues rentrent, le front se tend, les lèvres s’amincissent.
A BRULER 73 « Pendant toute la crise, le visage reste impassible. Jamais de contractions dans les membres, jamais de mouvements convulsifs. Si l’expression employée par ma chère Adèle n’éveillait des idées presque fan tastiques — et contre lesquelles ma raison me défend — je dirais je n'ai plus sous les yeux qu'un corps dont l’âme est provisoirement absente. « Ce qui me frappe encore plus peut-être, c’est le mode de sa résurrection.
Pardonnez-moi d’employer ce mot: mais j’essaie avant tout de me faire com prendre. « Après soixante ou quatre-vingts heures d’immo bilité, tout à coup je vois ma femme porter vivement la main à son cœur, jamais à sa tête, ce qui cepen dant pour moi semble être le siège du mal. Elle tend alors la poitrine en avant comme si, dans ce cœur présenté, elle s’offrait à recevoir de nouveau le souffle de vie.
Là encore, une secousse d’angoisse trouble sa physionomie : mais elle est instantanée, et dès cette seconde, la vie rentre en elle, les membres s’assou plissent, la bouche et les yeux s’ouvrent. « Seulement la lassitude, nulle après les premières atteintes de ce mal étrange, devient de plus en plus accablante. Certes, elle vit pendant ces intermit tences: mais le pouls est faible, la respiration à peine perceptible.
Elle parle bas, ferme à demi les yeux comme si la lumière du jour lui faisait mal : ses mouvements sont lents et elle est incapable de travail manuel, tant ses mains ont peu de force. La moindre locomotion, fût-ce de traverser la chambre, l’épuise. « Puis, vous le dirais-je, ce qui m’épouvante le
l’initiation 74 plus, c’est son sourire, doux, résigné, continuel. Si je l'interroge avec toutes les précautions nécessaires, elle me répond avec bonté, comme si elle me faisait volontiers une concession. Elle ne m’explique plus ses sensations. C’est ma faute : elle a surpris sur ma ligure quelque signe d’incrédulité, alors qu’elle m’en tretenait de ses visions.
« Et pourtant puis-je nier qu’elle m’ait parlé de faits qui s’étaient passés dans le magasin alors qu’elle était étendue immobile, dans sa chambre ? Puis-je nier qu’elle m’ait répété des paroles, prononcées par moi, hors de sa présence et qu’elle ne pouvait pas avoir entendues? Puis-je nier et cependant ceci est fou!— avoir trouvé au cou de mon fils une médaille qui était enfermée dans un meuble, dont elle ne s’était pas approchée.
« Mais je m’arrête, car vous pourriez me croire insensé, et jamais cependant ma raison n’a été plus ferme. Jamais plus je n’ai cru à la science exacte dont vous êtes un des plus illustres représentants. Je vous en supplie, venez au secours de ma chère compagne. Sauvez-la ! » III Ma mère m’aimait passionnément. Elle avait reçu, je l’ai dit, une bonne éducation et avait tenté d’éveil ler, dès mon plus jeune âge, mes facultés intelli gentes.
Il faut que j’analyse ici ce que j’ai ressenti, dès les premiers temps de ma vie: car. à la différence de tant d’autres, mes souvenirs d’extrême enfance sont,
A BRULER 75 à un certain point de vue, très nets et très saisissables. Jules Lermina. (A suivre.') ABSOLU ! D éroulant devant tous l'éternel problème, L’Etre à lui seul répond par sa question même, De deux non, contre oui, se faisant contrepoids, Il affirme la Vie en la niant deux fois. Nulle part et Partout lui mesurent iEspace.
Par Jamais et Toujours dans le Temps il s’inscrit, Et confirmant le Jour de la Nuit qui l'efface, Du contraste absolu l'Etre en deux mots, s'écrit : Tout, Rien formant / Image ; éternelle devise Qui laisse à deviner l'Etre qui s’en divise ; Mais à l'image même, empruntant l'action, Il n'affirme rien... sauf /’Imagina tion ! ! O vous, en qui Dieu mit cette sainte étincelle!
Si l’éclat du dehors lui fait obscurité, Décrochez le soleil ! — Vous pouvez tout par elle. Même inventer la Vérité! ★ ¥ ¥ l.wi$ au-dessus Tout, Dieu, l'idéal du bien, Vit ! idéal du mal trônant au-dessous Rien.
l’initiation Du sujet renversé ce n'était que l'image, Mais l'homme a pris cela pour la réalité, Et de son libre arbitre endossant l'esclavage, S’est fait le débiteur de la Fatalité. /I l'exemple de Dieu, qui croise son emblème, Chacun donc se trouvant créancier de soi-même, Mais ne se payant pas — va citer son orgueil Au tribunal secret de son humilité. — Tant pis pour les savants s’ils ont le doigt dans Quand paraîtra la Vérité ! [l’œil.
Alcide Morin. HYMNE A LA NUIT alut, ô douce Nuit! ô Nuit mère des songes! Ton ombre bienfaisante, et si chère aux amants. Verse à tous le sommeil plein de divins mensonges Où iHumanité boit l'oubli de ses tourments. Tu caches sous ton voile éblouissant et sombre Le troupeau morne et lent des plaintives douleurs, Et le lointain regard de tes astres sans nombre Console et rafraîchit les yeux brûlés de pleurs.
Le penseur, grâce à toi, devine d’autres mondes; Tu lui montres un coin du gouffre illimité, L'infini lumineux de tes plaines profondes Aux ailes de son rêve ouvre l'immensité.
HYMNE A LA NUIT 77 Salut, ô douce Nuit! ô Nuit mère des songes/ l'on ombre bienfaisante, et si chère aux amants, Verse à tous le sommeil plein de divins mensonges Où ïHumanité boit l'oubli de ses tourments. Les hommes, oublieux de leurs peines amères, S'endorment, confiants, sur ton sein maternel, Et gardent du torrent des rêves éphémères La soif de s'engloutir dans un rêve éternel. Tous ceux que le Malheur a saisis dans ses toiles.
Et ceux qu'a torturés un impossible amour, Préféreront toujours, ô Nuit pleine d'étoiles, Le calme de ton ombre à la splendeur du jour. Tu caches sous ton voile éblouissant et sombre Le troupeau morne et lent des plaintives douleurs. Et le lointain regard de tes astres sans nombre Console et rafraîchit les yeux brûlés de pleurs.
Mais si ton ombre est douce au malheur solitaire, Les heureux sont aussi par toi favorisés, Car tu prêtes, o Nuit, l'abri de ton mystère Aux couples enivrés par le vin des baisers. Salut! ô grande Nuit! ô Nuit consolatrice ! Endormeuse des cœurs meurtris et des remords ! Source d'amour, salut! Salut! libératrice Qui fais que les vivants sont semblables aux morts ! Charles Dubourg.
78 l’initiation MEMENTO Souviens-toi que la Nature t’a donné deux oreilles et une seule bouche. Pythagore. * ¥ ¥ La science de l’Amour dans les mouvements des Astres et les saisons de l’année s’appelle astronomie. Platon. ♦ * * Noé est au monde ce qu’est à l’homme sa cervelle. Kabbale des Bohémiens. * ¥ ¥ La parole de la vérité c’est la science, la vérité de la parole c’est Dieu.
Kabbale des Bohémiens. ★ ¥ * Nous avons dérobé les vases d’or des égyptiens pour en former à notre Dieu un tabernacle, loin des confins de l’Egypte. Epigraphe désœuvrés deWronski. ★ * ¥ Mais il est temps de nous quitter, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage ? C’est là un mystère pour tous, excepté pour Dieu. Socrate.
BULLETINS 79 BULLETINS Exposé du mouvement dans ses diverses brandies pen dant les derniers mois (i). PETIT BULLETIN THÉOSOPHIQUE Le colonel Olcott à Paris. — Dissolution de l'Isis. — Formation d'une nouvelle branche. Rapport du colonel Olcott. La crise qui s’était déclarée au sein de la branche Isis de Paris est enfin terminée.
On trouvera plus loin le rapport in extenso du Pré sident de la Société Théosophique, M. le colonel Olcott, venu à Paris muni des pleins pouvoirs du conseil exécutif d’Adyar pour arranger le différend.
Sa décision a été approuvée par tous les esprits justes; sans vouloir donner raison à aucun des deux partis, il a su se placer assez haut pour s’inspirer de la légalité et du respect qu’on doit à des statuts librement et loyalement acceptés de part et d'autre. C’est ainsi qu’il a fait justice des erreurs commises et a cassé tous les actes qui portaient atteinte à la liberté de conscience des membres ou aux statuts de la Société mère.
11 a exhorté les membres présents à se grouper d’après leurs affinités pour former de nouvelles branches après la dissolution de l’Isis. La plus grande partie des membres, craignant le renouvellement des déplorables malentendus qui s’étaient produits dans la précédente branche, étaient opposés à la formation d’une nouvelle loge.
Mais devant les déclarations formelles données par le (i) Toute L. toute Société théosophique, magnétique, philoso phique, spirite, etc., peut nous envoyer un court résumé de ses travaux (io à 20 iignes), mensuellement; toutes les communications importantes seront insérées dans les Bulletins. La 'Direction.
Ko l’initiation Président de la Société Théosophique dans la séance du 21 septembre, plusieurs membres de la Société prirent l’initiative de la constitution d’une branche. Une charte provisoire fut accordée à cet effet à deux des membres et le 23 septembre la branche était constituée sous le nom, approuvé par le colonel Olcott, de La Société / hèosophique Hermès.
Le 25 septembre le bureau était formé et la société fonctionne sous les statuts d’Adyar en attendant l’appro bation des siens propres par le Président de la Société Théosophique. Douze membres de la T. S. ont fondé la nouvelle branche; son bureau est composé de sept membres. Le secrétaire général est M. Encausse à qui on peut écrire pour tous les renseignements, au siège de la Revue.
DÉCISION DU COLONEL OLCOTT PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE Prononcée le 17 septembre 1888, au salon Richejeu, 1 /, rue de Valois. L’Isis, branche française de la Société Théosophique, a été fondée dansl’année 1887, sur l’initiative de MM. Dramarû et Gaboriau. Ses statuts et règlements furent ap prouvés par le Président, en Conseil, le -¿5 octobre 1887.
Ces statuts et règlements sont les seuls qui aient été approuvés, et les seuls, dès lors, qui puissent être pris en considération aux yeux de la loi et de l’équité.
Sur l’insistance de M. Dramard, j’avais pris, non sans hésiter, la mesure exceptionnelle de désigner deux mem bres comme délégués de la Société mère LMpir. i-e but de cette mesure se trouve exprimé dans l’article ier du règlement de l’Zsis, et ce but a été particulièrement précisé dans la lettre que j’ai envoyée aux délégués nommés en date du 11 octobre 1887.
Dans cette lettre, je disais que ces délégués spéciaux n’avaient d'autre rôle que de représenter le Président et le Conseil dans les communications officielles entre la Société mère et la
BULLETINS 8ï branche l’/sis. Cette mesure exceptionnelle fut approuvée, après coup, par le Conseil à’Adyar. Donc, cette nomi nation ne comportait, dans l’intention du Président et du Conseil, aucune espèce de pouvoir législatif ou exé cutif à exercer par les délégués, ni au sein de l’/sis ni dans la Société Théosophique en général.
L’élection de MM. Thurmann et Encausse au Conseil général de la Société Théosophique était simplement une distinction personnelle qui ne conférait ni le droit d’intervenir dans les affaires de l’/sis, ni le droit d’inter venir dans celles des cent cinquante branches actuelles de la Société Théosophique.
Je dois ajouter que dans la nomination de ces délégués aucune proposition ne leur conférait le droit d'agir l’un pour l’autre ni individuel lement, comme seul représentant A'Adyar. Rien n’in dique non plus que 1£ fait de quitter la France leur fit perdre le caractère de délégué, tout en laissant subsister celui de membre de l’Zsis.
Je profite de l’occasion pour constater ici que M. En causse est bien membre régulier de la Société Théoso phique. Sa demande, datée du mois d’octobre 1887 et contresignée par MM. Dramard et Gaboriau, fut agréée par moi le 2 novembre de la même année.
Je constate cela parce que M. Gaboriau a nié publiquement la qua lité de membre de la Société Théosophique que possède M. Encausse : c’est là un oubli involontaire que M. Ga boriau doit regretter vivement. A la mort de M. Dramard, président de l’Zsis, survenue en mars 1888, la question de sa succession se présenta.
Conformément à l’article 5 des statuts de \' Isis, le Prési dent ne peut être réélu, c’est le Vice-Président qui, à son tour, devient Président.
Les statuts ne prévoient pas le cas de mort ou de démission du Président pen dant l’année de son exercice, et ne disent rien au sujet de son élection pour l’année suivante. La raison de cette dernière omission est que l’élection du Vice-Pré sident comporte, comme je viens de le dire, celle du Président de l’année suivante.
Les statuts n’exigent même pas, du bureau de la branche, la confirmation de cette transmission de pouvoir : « Le Vice-Président de vient Président, » voilà les propres termes de la loi sta82 l’initiation tutairc; ipso facto, c’est-à-dire parle seul fait de l’expi ration de l'année présidentielle, ou avant cette expiration, si la présidence devient vacante pour d’autres causes.
I /élection à la Vice-Présidence ne donne pas le droit d’être élu Président, mais elle confère la Présidence par le lait que celle-ci est devenue vacante, de meme qu’aux Etats Unis d’Amérique le Vice-Président remplit les fonctions de Président dès que la Présidence est devenue vacante, et cela jusqu’à l’expiration du terme pour lequel il avait été élu Vice-Président.
Le poste devenu vacant à la mort de M. Dramard était donc celui de Vice-Prési dent, puisque celui-ci devenait Président, et la question que le bureau aurait dû vider ou, en cas de doute, sou mettre à ma décision, était celle de savoir si l’on procé derait à l’élection d’un Vice-Président ad intérim, ou bien si la Vice-Présidence resterait vacante jusqu’à la lin de l’année.
Aussi longtemps que cette question était pendante, il n’était permis à aucun des partis nés au sein de la So ciété d’interpréter la loi de sa propre autorité, et je ne puis approuver qu’on en ait agi de la sorte. Les statuts ayant été soumis à mon approbation, c’était à’moi de les interpréter dans le cas présent.
Quand on se pour voit en appel, comme vous l’avez fait, c’cst une règle légale et universellement reconnue, que les appelants ne doivent pas préjuger la décision de l’autorité d’appel, et qu’ils doivent laisser celle-ci complètement indépen dante dans la tâche qui lui incombe d'interpréter les statuts en question. Des deux côtés, au lieu d’attendre la décision qu’on m’avait demandée, on se mit à agir indépendamment et contradictoirement.
Mme Blavatsky ayant appris que M. Froment n’accep tait pas la présidence, et voyant la branche sur le point de tomberdans l’anarchie, dicta ad intérim (et malgré les pro testations de M. Gaboriau qui préférait rester secrétaire), un ordre par lequel le bureau de l’Isis était dissous, ses statuts abrogés.
Elle nommait en même temps Président de la branche M. Gaboriau, un de ses membres fonda teurs, lequel a donné maintes preuves de son dévoue ment à la cause théosophique. De plus, M. Gaboriau
BULLETINS 83 était chargé de rédiger de nouveaux statuts. La branche continuait à exister, et les droits de ses membres étaient maintenus jusqu’il l’adoption des nouveaux statuts.
On a objecté que Mme Blavatsky n’avait pas le droit d’agir de la sorte; que son intervention était illégale selon les statuts de la Société Théosophique, parce qu’elle n’est pas membre de l’Isis,mais membre de la loge Blavatsky de Londres, et qu’aucune branche n’a droit de juridic tion en dehors des limites déterminées dans sa Charte. Mais en réalité Mme Blavatsky n’est membre d’aucune branche.
Elle est avec moi co-fondateur de la Société et ex-o/^cio secrétaire correspondant et membre du Conseil Général, du Conseil Exécutif et de la Convention An nuelle, sorte de Parlement tenu à Adyar par des délé gués de tous les pays (vide art. ¡7, b) des statuts de la Société Théosophique.
Elle était donc parfaitement compétente pour expédier l’ordre en question comme mesure temporaire, ordre qui devait être en dernier lieu soumis à l’approbation du Président en Conseil. Le Conseil exécutif, dans sa séance du 14 juillet, ratifia formellement la mesure prise par Mm® Blavatsky, mesure qui était urgente et que je déclare avoir été légale.
L’état des choses était donc le suivant : le bureau de l’/sis était dissous, les statuts de la branche étaient sus pendus dans leur exécution, mais la branche elle-même subsistait et M. Gaboriau était son président, chargé de la rédaction de nouveaux statuts et de reconstituer le bureau; tout ceci, naturellement, à titre provisoire et soumis à l’approbation du Président en Conseil.
Je vous apporte aujourd’hui la résolution adoptée par le Conseil dans sa séance du 19 juillet, et la copie cer tifiée de cette résolution est sur le bureau, où les mem bres présents peuvent seuls l’examiner.
En voici le texte : « Les membres du Conseil s’étant réunis d’urgence, le Président soumit à leur examen les nouveaux docu ments qu’il avait reçus, pendant la semaine, de Paris et de Londres, relatifs aux difficultés qui se sont soulevées au sein de l’Jsis, branche française (Paris). Après une
84 l’initiation longue discussion, le Conseil a pris, à l’unanimité', la résolution suivante : « Il est arrêté qu’en vue du présent état des choses concernant le mouvement théosophique en Occident et particulièrement en Europe, le Président est autorisé à se transporter immédiatement à Londres ou partout ailleurs où il le jugera nécessaire, de la part du Conseil exécutif, afin d’arranger les difficultés existantes et d’or ganiser une section européenne du Conseil Général.
11 prendra toute mesure qui, après enquête directe sur les lieux, lui paraîtra la plus avantageuse aux intérêts de la Société et du mouvement théosophique. » Il est clair que la regrettable scission qui s’est pro duite dans la branche 175 is est née de plusieurs malen tendus : les membres se sont divisés d’opinions et for ment deux camps opposés, et j’ai le regret de constater en plus l’existence d’un troisième groupe, composé de ceux qui adhèrent à l’un et à l’autre parti!...
Il serait contraire à la pratique et à l’esprit de notre constitution de contraindre des membres à rester sous la direction d’un chef qu’ils n’aiment pas; mais, d’un autre côté, le Président en Conseil est parfaitement compétent pour abroger une charte ; il peut nommer des personnes qualifiées afin de remplir une place vacante ; il peut leur donner des commissions spéciales.
Ni moi, comme Président de la Société, ni aucun Président de branche n’a le droit de rayer de sa propre autorité, de la liste des membres, des personnes qui 11’ont pas été appelées à se défendre des accusations for mulées contre elles (statut 25 de la Société Théoso phique).
Oubliant cette règle, M. Gaboriau a prononcé l’expulsion de MM. Goyard et Barlett, sans leur donner la possibilité de fournir des explications La question ayant été portée devant moi, je déclare ces expulsions irrégulières et invalidées, de même que toute autre qui aurait été prononcée par M. Gaboriau dans les mêmes conditions.
Dans le cas actuel, le plus pressant désir du pouvoir exécutif, que je représente, est de faire prévaloir de sages conseils et rétablir l’harmonie ; mais, afin d’éviter
BULLETINS 85 des dissensions continuelles au sein d’une seule branche, il est plus sage et plus équitable envers les deux partis d’organiser chacun d’eux en groupes spe'ciaux ayant leur direction et leurs règlements propres, soumis à l’approbation des autorités exécutives, h ’étant person nellement le partisan d’aucun parti, je me permets d’en gager mes frères de la branche l’Zsis à effacer le passé, à oublier, en vrais théosophes, toute expression mal veillante qui a pu échapper aux uns et aux autres, et à recommencer sous de meilleurs auspices et des statuts nouveaux la noble et importante tâche que nous nous sommes imposée.
Mais si cela n’est malheureusement pas possible, je vous recommande une paisible et digne séparation en deux branches, sous des titres nouveaux, car celui de l’Zsis a été entaché par le scandale public qu’a produit la décision sur laquelle je me prononce.
Je crois de mon devoir d’ajouter que si ni l’une ni l’autre des solutions que je viens de vous proposer n’est acceptée par vous, j’exercerai le pouvoir que me con fère le statut io, en abrogeant la charte de i/sis et en dissolvant la branche. Il restera alors en France un cer tain nombre de membres de la Société Théosophique ne faisant partie d’aucune branche et libres de s’organiser en une ou plusieurs.
Dans ce cas, je ne donnerai de charte à aucune d’elles sous le nom d’Zsis, pour la raison que j’ai déjà exposée. La lettre suivante fut également adressée aux membres de l’Zsis avec la déclaration ci-dessus : Cher Monsieur, Voici la traduction du texte de ma décision dans le différend qui m’a été soumis par les membres de I’Zsîs.
A la suite de la lecture de cette décision, les membres présents, après une amicale discussion, se sont serré la main en promettant d’oublier leurs dissentiments passés; de plus, ils furent d’avis unanimement que le parti le plus sage était de dissoudre l’Zsü avant de réorganiser, s’il y a lieu, une ou deux nouvelles branches. Dans une deuxième réunion ( 18 septembre), la discus sion s’ouvrit sur cette question de réorganisation. Le
86 l’initiation sentiment de la grande majorité des membres présents fut qu’il était préférable de remettre la formation des nouvelles branches au jour où la Société Théosophique serait devenue plus forte, au point de vue du nombre de ses membres. lin conséquence, je vous serais très obligé, cher Mon sieur. de vouloir bien me faire connaître le plus tôt possible, votre opinion sur ce sujet et de me dire si vous vous joindriez volontiers à une branche, si elle était actuellement fondée.
Recevez, Monsieur, mes salutations empressées. H. S. Olcott, Président de la Société Théosophique. Principales Revues Théosopiiiques Françaises Le Lotus. — Revue théosophique des hautes études sous l’inspiration de Mme H. P. Blavatsky. — Mensuel. (22, rue de la Tour-d’Auvergne, Paris). — Abonne ment : 12 fr.
L'Aurore. — Sous la direction de Lady Caithness, duchesse de Pomar, présidente de la Société Théoso phique d'Orient et d’Occident. — Mensuel. (58, rue Sl-André-des-Arts). — Abonnement : 1 5 fr. Principales Revues Philosophiques La Religion Laïque, 3, rue Mercœur (Nantes). — Abonnement : 3 francs par an. Philosophie générale des Etudiants Swédinborgiens libres. — Trimestrielle. — M. Lecomte, à Noisy-le-Sec. — Abonnement : 4 francs.
Le Devoir. — Journal des Réformes sociales, à Guise (Aisne). — Abonnement : 10 francs. Les Sciences mystérieuses, 17, rue des Fabriques (Bru xelles).
BULLETINS 87 Principales Revues Théosophiques étrangères Le Lucifer. — Dirigé par M“’ Blavatsky et Mabel Collins. — (Texte anglais). — Mensuel. — Londres. — Redway, éditeur. The Theosophist.— La plus ancienne et la plus impor tante des Revues théosophiques. — (Texte anglais). — Adyar (Madras). Indes Anglaises. — Abonnement : 2 5 francs. Le Sphinx, à Leipsig (Allemagne). — (Texte alle mand).— Directeur Carl. nu Prkl.
PETIT BULLETIN FRANC-MAÇONNIQUE Pendant ce dernier mois, les travaux des At.’.ont été quelque peu interrompus par les vacances. Cependan t la session annuelle de l’Assemblée générale du Grand Orient de France, formée de tous les vénérables et dé légués des pays de la juridiction française, s’est tenue au siège du G. *. O. *. —Rien de spécial au point de vue delà réforme pratique de la Franc-Maçonnerie à signa ler.
Voici la liste des Revues s’occupant spécialement de la question : La Chaîne d'Union. — Journal de la Maçonnerie uni verselle, dirigé par le F.-. Hubert. - (Recommandé). — Bureau, 6, rue du Pont-de-Lodi (Paris). — Abonne ment : 12 francs. Le Monde Maçonnique, 32, rue Pcrronnet (Neuilly).— Abonnement : 12 francs par an. Bulletin hebdomadaire des travaux de la Maçonnerie de la France, 11, rue Cadet. — Abonnement : 2 fr. 70. Bulletin du Grand Orient de France, 16, rue Cadet. — Abonnement: 5 francs.
88 l’initiation La Truelle, 16, passage Saulnier. — Abonnement : io franc». Bulletin maçonnique de la Grande Loge symbolique, rue Monge. - Abonnement : 6 francs. PETIT BULLETIN MAGNÉTIQUE bans la dernière séance de la Société Magnétique de France, le secrétaire général, M. H. Durville a fait une communication intéressante sur les rapports du fluide magnétique et de l’électricité.
Un projet de congrès de magnétisme a été également soumis aux membres dans cette séance. Le compte rendu en sera au reste donné dans le Journal du magné tisme, * » * Le dernier vendredi de chaque mois, M. Louis Auflinger donne une séance de magnétisme expérimental, 167, galerie de Valois. Il sufnt d’écrire à la Chaîne ma gnétique pour avoir des entrées.
Ces séances sont inté ressantes; mais le contrôle scientifique manque trop pour pouvoir jamais rendre les phénomènes évidents pour les sceptiques. Principales Revues Magnétiques Journal du magnétisme. — Directeur, II. Durville, '¿3, rue Saint-Merri (Paris). La Chaîne magnétique. — Directeur, L. Auffinger, i 5, me du Eour-Saint-Germain (Paris). Le Magnétisme, revue générale, par Donato.
BULLETINS «9 Principales Sociétés Magnétiques Société Magnétique de France, 2?, rue Saint-Merri, (Paris). — Se'ances expérimentales, tous les jeudis. Institut Magnétologique de Paris. — Séances expéri mentales le dernier vendredi de chaque mois, 167, Gale rie de Valois (Paris). Cercle électro-magnétique de Paris, 20, rue de Grammont. l)r Foveau.
PETIT BULLETIN SPIRITUALISTE L’impartialité absolue qui forme la base de notre tra vail ne nous permet pas de négliger un mouvement se rattachant à la science occulte, quel qu’il soit. 11 est in contestable, après les travaux scientifiquement établis de Crookes en Angleterre et de Paul Gibier en France, que les phénomènes produits par les Spirites sont réels. La science officielle sera peu à peu amenée à les étudier quoi qu’il lui en coûte.
Peut-être les étudiera-t-elle en donnant un nouveau nom, comme pour le Magnétisme. — Quoi qu’il en soit, de nombreux groupes de spirites existent sur presque tous les points du globe; ce qui nous autorise à nous occuper attentivement d’un mou vement aussi important.— Nous donnerons mensuelle ment les comptes rendus des faits les plus dignes d’être portés à la connaissance de nos lecteurs ; pour aujour d’hui citons seulement quelques-uns des nombreux périodiques qui s’occupent de cette branche si intéres sante d’Occultisme pratique : La Revue Spirite, journal d’études psychologiques (bi-mensuel), 5, rue des Petits-Champs. — Abonnement : 10 francs.
I.'INITIATION 9° Le Spiritisme (bi-mensuel), 3g, passage Choiseul. — Abonnement : 5 francs. La Lumière. —Directrice Mmc Lucy Grange, 35, bou levard Montmorency (Paris-Auteuil). — Abonnement : 6 francs. / j l ie posthume, 27, rue Thiers (Marseille).— Abon nement : 6 francs. Le Magicien, Mme Louis Mond, rue Terme, 14 (Lyon).
LA PRESSE Depuis quelque temps la presse quotidienne enre gistre volontiers toutes les histoires de magnétisme, de somnambulisme, etc. En voici quelques échantillons précédés d’un fort judicieux article du Parisien, du Mot d'ordre qui montre à merveille l'état actuel des esprits des anciens sceptiques d'il y a quelques années. * ¥ ¥ BAVARDAGE Ne nous faisons pas d’illusions. Nous sommes dans un siècle d’ignorance, de préjugés.
De ces derniers, le plus grand est sans contredit notre résistance acharnée à tout ce qui n’appartient pas au domaine des choses connues, acceptées, estampillées parles Académies. Ne vous parait-il pas stupéfiant qu’en présence des résul tats non douteux obtenus par les chercheurs,notamment en fait d’hypnotisme et de suggestion, par les Charcot, les Crookes, les Gibier, il y ait un si petit nombre de •.avants qui s’adonnent à ces études ? Nier la réalité de certains phénomènes serait puéril. On a des points de
LA PRESSE 91 départ certains. Pourquoi s'attarde-t-on? Pourquoi laisse-t-on à des empiriques, qui se donnent des allures mystérieuses, la spécialité de ces études qu’ils détour nent de leur véritable voie ? Je songeais à cela en lisant un très curieux article du docteur Dufay, qui, avec une bonne foi évidente, relate deux épisodes inouïs. Le premier est celui-ci. Une actrice est facilement suggestible.
M. Dufay était médecin à Blois, et assistait aux premières représentations théâtrales. Un soir, une artiste attendue manque à l’appel. La représenta tion ne pouvait avoir lieu, quand M. Dufay eut l’idée de suggérer à l’actrice qu’il connaissait très sensible à son influence la volonté et le pouvoir de jouer le rôle dont la titulaire était absente. Elle ne savait pas le rôle. Il lui suggéra de le savoir.
Et, endormie, sous l’influence hypnotique, l’actrice en question joua fort bien ce rôle — qu’elle ne connaissait que pour l’avoir entendu — et cela, si bien, qu’à sa sortie de scène elle fut assaillie de compliments. Le second cas, pour être moins pittoresque, est peut-être plus étonnant encore. Le docteur Dufay a endormi une de ses clientes à une distance de 48 lieues, 192 kilomètres ! Et aussi, de la meme distance, il l’a réveillée.
Les heures ont été soigneusement notées. Toute dénégation serait enfantine. Eh bien 1 pourquoi ces expériences ne sont-elles pas sans cesse renouvelées ? Pourquoi ne s’cflorce-t-on pas, sans perdre une heure, de porter la lumière dans ces mystères qui n’ont rien de fantastique ? Avons-nous peur d’une force qui est en nous, qui, dans 5o, dans 100 ans, sera peut-être endiguée, utilisée, dirigée ?... Mais les académies veillent.
Elles viennent de re pousser dédaigneusement les observations du docteur Luys sur l’influence des médicaments à distance. Comme nos petits-fils nous trouveront niais ! Un Parisien.
l'initiation 9a Les deux faits suivants sont renvoyés à la haute com pétence de l'institut de France. N’oublions pas qu’zm ul /.ut vt\ii sutlit pour fausser l’échafaudage de l'induc tion matérialiste.
UNE SORCIÈRE Un nomme Médina doit être mis en jugement ces jours-ci, à Mexico, pour avoir tué, dans les circons tances suivantes, une vieille femme qui se faisait passer pour sorcière : Le crime a été commis dans un village de la banlieue meme de Mexico.
La vieille sorcière — on ne la con naissait pas sous d’autre nom —se faisait payer, paraitil, depuis ces années, une redevance mensuelle par chaque famille du village, menaçant ceux qui ne la payaient pas régulièrement de tuer leurs enfants en leur faisant perdre le sang par le nez ! Elle vivait dans une maison toute meublée d’objets lugubres ou étranges, et elle avait toujours autour d’elle plusieurs chats et d’autres animaux de mauvais augure.
Parfois, la sor cière montait sur des collines qui dominent le village, faisait toutes sortes de gestes mystérieux, poussait des cris sinistres ou restait des heures entières à contempler l’horizon. Tout le monde dans le village croyait à ses pouvoirs surnaturels et la regardait avec terreur. Il y a quelque temps, un enfant qui était le filleul de Médina est mort dans le village.
Quelques jours plus tard, Médina, ayant rencontré la sorcière, lui a demandé pourquoi elle avait fait mourir son filleul. « Parce que son père ne m’a pas payé sa redevance le mois dernier», a répondu la vieille. Médina s’est alors éloigné en murmurant qu'il trouverait bien le moyen de se venger. La sorcière, l'ayant entendu, a menacé Mé dina de faire mourir son propre fils. Mais alors Médina, dans un véritable accès de rage, s’est rué sur la vieille et l’a tuée.
I c procès du meurtrier sera, dit-on, des plus curieux, rat la plupart des habitants du village ont demandé, parnit-il, à être entendus comme témoins et sont prêtsLA PRESSE 93" à affirmer que la vieille était bien une sorcière et que Médina a rendu un véritable service au village en la tuant. ♦ * * UN SOLDAT SOMNAMBULE Le bataillon du 3e régiment d’infanterie de marine, à Saintes, compte parmi ses hommes un jeune soldat somnambule, qu’on a dû envoyer à l’hôpital de Rochefort.
En état de somnambulisme,ce jeune homme répondu toutes les questions qui lui sont posées, il prédit l’ave nir, voit à distance avec une lucidité merveilleuse. Voici, du reste, trois faits que nous signale notre cor respondant et qui sont attestés parde nombreux témoins. Une clef avait été perdue, on la cherchait depuis longtemps sans pouvoir la découvrir.
Le somnambule est interrogé ; il indique un des recoins de la caserne, l’on s’y rend et la clef est retrouvée. Autre fait : deux soldats du bataillon volaient le café de l’ordinaire qu’ils revendaient à une tierce personne ; plus de ioo kilos avaient ainsi disparu. 11 était fort dif ficile de découvrir les coupables, et à tout hasard on questionna ce sujet, qui les dénonça en les nommant.
Les deux coupables furent obliges d’avouer, et cette affaire est, aujourd’hui, à l’instruction. Le recéleur et les deux soldats seront jugés à la pro chaine session. Voici un autre fait plus fort que les précédents : étant en état de somnambulisme, le soldat révélateur déclara qu’un détachement de son régiment, qui était en Nou velle-Calédonie, y était arrivé le 14 juillet et y avait dé barqué à sept heures du matin.
On télégraphia aussitôt pour s’assurer de la véracité du somnambule et on acquit la certitude qu’en effet le détachement était arrivé à destination le 14 juillet et avait débarqué à sept heures du matin.
l’initiation 94 Ce jeune soldat est en traitement à l'hospice de Rochefort, cl il sera proposé pour la réforme. * * ¥ FORTUNE RETROUVÉE PAR UNE SOMNAMBULE Le peintre Jacquelin est récemment décédé à Alfort ville, où il vivait seul et très retiré. Il avait acquis à Londres une fortune considérable ; mais, à sa mort on ne découvrit qu’une somme insignifiante.
On soupçonna d’abord la vieille servante de M. Jac quelin de s’être emparée de la fortune du défunt. Une enquête n’amena aucun résultat. Tout récemment, cette vieille bonne, qui est sujette à des accèsde somnambu lisme, a vu, dans une de ses crises, M. Jacquelin se di riger vers une armoire et déposer une liasse de valeurs dans une cachette.
Sur les indications données par la somnambule, les héritiers de M. Jacquelin ont retrouvé, en effet, intégralement la fortune du vieil artiste. * * ♦ SUICIDE D’UN CHIEN Dans le dernier numéro du Progrès medical a paru une note concernant le suicide d’un chien.
11 s’est pro duit à Naugeat (Haute-Vienne), écrit le docteur Faucher, directeur médecin de l’asile d’aliénés de cette ville, un fait analogue : « M. B... notaire à Vayres (Haute-Vienne), avait reçu de Limoges depuis un mois un chien setter-gardon, âgé d’environ deux ans.
Un jour, ce chien, qui était affecté d'une névrose convulsive à crises très rares, sortit seul de la maison et se rendit à deux kilomètres en suivant une route ; là il se jeta dans l’écluse d'un moulin. « Le meunier, voyant ce bel animal prêt à périr, le retira de l’eau et le chassa pensant qu’il reviendrait, chez son maitre. Mais il n’en fut pas ainsi, car à deux cents
Lz\ PRESSE 95 mètres plus loin, le malheureux se noya dans un tout petit cours d’eau et fut retrouvé le lendemain sous le pont. « Lorsque le meunier nous eut raconté ce qui srétait passé, nous n’hésitâmes pas à penser que le pauvre ani mal, non seulement s’était suicidé, mais encore qu’il avait déployé dans l’accomplissement de cet acte une grande force de volonté. »
4)6 l'initiation LES REVUES DU MOIS Signalons dans le Lotus une remarquable étude sur Keely, traduite de l’anglais. Cette revue publie aussi le portrait du célèbre inventeur et le dessin de ses appa reils.— A signaler aussi la traduction d’une conférence sur les Elcmentaux et les élémentaires, et le bel article de Mn,e Blavatsky. Lf Aurore publie la traduction de l’étude de R. Harte sur Keely. — En outre intéressant article de l’abbé Mélinge sur les symboles religieux et étude de lady Caithness sur la théosophie sémitique. La Revue Spirite de ce mois contient deux articles à signaler : La Suggestion mentale et la magie du Dr Karl Siebel et Moulages des formes matérialisées de William Okley. A L’ÉTRANGER The Théosophist de Madras est toujours la plus inté ressante des revues Théosophiques. Tous ses articles sont à lire. Lucifer de Londres contient de remarquables articles de l’inspiratrice intellectuelle de la T. S. Mmc H.-P. Blavatsky. Le Sphinx d’Allemagne est toujours le plus philoso phique des périodiques de ce genre. — Articles impor tants de Carl de Leineigen, Carl Kieservetter, Karl du Prel, Hubbe Shleiden, etc., etc. Le Gérant : G. Encausse. TOUR?, IMP. E. ARRAULT ET CIE, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6